ARTICLE
La notion de « mort subite » s'avère assez difficile
à définir avec précision car de nombreux paramètres
interfèrent, ce qui modifie le concept selon que l'un ou l'autre
de ces paramètres est privilégié par l'investigateur
[1-10]. Bien entendu, la prévalence du susbtratum anatomo-clinique
de la mort subite est différente selon le point de vue initialement
retenu. Quelques paramètres recueillis expliquent les divergences
d'opinion et des résultats statistiques concernant telle ou telle
« cause » de mort subite.
- La durée entre le début des symptômes
et le décès : le critère de temps retenu varie de
quelques secondes à 24 heures.
- Le caractère inattendu, inopiné,
de la mort subite chez un sujet n'ayant eu aucun symptôme antécédent
et celui « non inattendu » chez un insuffisant coronaire ancien
ou chez un insuffisant cardiaque au stade IV de la NYHA, où la
mort subite n'est que le symptôme terminal d'une affection ancienne.
- La population concernée : sujets menant
leur vie habituelle, hospitalisés (en cardiologie...),sportifs
entraînés ou occasionnels, jeunes gens ou vieillards (l'incidence
de la mort subite augmente avec l'âge), sujets soumis à des
conditions inhabituelles (« c'est le système nerveux qui détermine
le moment de la catastrophe » dit Coumel).
Si l'on ne retient que les morts subites inattendues naturelles (non
violentes), quasi instantanées après le début des
symptômes et survenant dans la vie courante, l'étude autopsique
des causes anatomiques doit s'adresser à une population provenant
beaucoup plus d'instituts médico-légaux que des hôpitaux.
Trois groupes du classement médico-légal des morts subites
naturelles sont habituellement distingués :
- morts subites lésionnelles (lésions
macroscopiques incompatibles avec la survie) ;
- morts subites fonctionnelles avec état
pathologique préexistant mais sans remaniements aigus récents
(par exemple, l'athérosclérose coronaire tritronculaire)
;
- morts subites fonctionnelles sans état
pathologique décelable. Ces « autopsies blanches » représentent
5 à 20 % des cas selon la sophistication des techniques histopathologiques
utilisées.
Lésions
extracardiaques de la mort subite
Si l'on ne s'intéresse qu'aux morts subites inattendues, très
rapides ou instantanées, les causes cardiaques représentent
plus des trois quarts des lésions identifiées [6].
Les lésions cérébrales dominent le quart restant
: hémorragies cérébro-méningées (rupture
d'anévrismes congénitaux, d'angiomes latents), dème
cérébral avec engagement décompensant brutalement
une tumeur jusque-là asymptomatique, embolies cérébrales
massives (souvent à point de départ cardiaque).
Les lésions pulmonaires occupent la seconde position : mort subite
dans l'asthme avec encombrement muqueux bloquant les bronches distales
membraneuses (après effort ou « calmants » intempestifs),
infections torpides peu fébriles broncho-pneumoniques des sujets
âgés, blocage trachéal par un corps étranger
alimentaire (le coronary-cafe des Américains) favorisé
par les troubles de déglutition des alcooliques, obèses,
vieillards. L'embolie pulmonaire massive est incluse dans les « causes
cardiaques ».
Les lésions digestives forment le troisième groupe : pancréatite
aiguë, infarctus iléo-mésentérique ou hémorragies
abondantes (varices sophagiennes) peuvent être découverts
chez des sujets auparavant asymptomatiques.
Quelques troubles « fonctionnels » peuvent s'avérer
rapidement mortels et ne laisser que peu de traces à l'autopsie
: hypoglycémie, choc anaphylactique (piqûre de guêpe),
infections septicémiques fulminantes... Les intoxications aiguës
font partie des morts violentes (non naturelles).
Causes cardiaques
de la mort subite
Réflexions générales
Deux éventualités s'opposent d'emblée
[4-9].
* L'autopsie met en évidence des altérations anatomiques
macroscopiques, créant des conditions incompatibles avec toute
survie que l'on peut regrouper en trois variétés :
- les destructions myocardiques diffuses (myocardites aiguës, amylose,
infarctus massif) ;
- les ruptures du cur ou des gros vaisseaux (paroi libre ventriculaire
gauche après infarctus, anévrisme disséquant de l'aorte)
;
- les oblitérations circulatoires qui peuvent siéger au
niveau d'un orifice valvulaire (enclavement d'un myxome), des artères
pulmonaires (embolie massive), des artères coronaires.
La responsabilité cardiaque est alors évidente par asystole
avec dissociation électromécanique.
* L'autopsie détecte seulement un substratum anatomique compliqué
d'un phénomène paroxystique, habituellement rythmique et
capable d'entraîner le décès (fibrillation ventriculaire,
torsades de pointe, trouble conductif avec faillite du rythme idioventriculaire
de remplacement). Une part d'hypothèse demeure, dans cette éventualité,
quant à la réalité du trouble rythmique ; la prise
en compte de l'anomalie détectée repose sur l'exclusion
de toute autre cause décelable de mort subite. Les altérations
ne sont ici dépistées que grâce à des examens
histopathologiques systématiquement programmés.
Fréquence des lésions anatomiques
L'histoire naturelle de certaines cardiopathies a montré qu'elles
se terminent souvent par une mort subite et, pourtant, on les retrouve
rarement dans les statistiques publiées. Ceci peut tenir à
leur rareté intrinsèque dans la population (où elles
représentent un nombre infime de cas) ou à la transformation
du pronostic par les moyens médicaux. À l'inverse, d'autres
lésions apparaissent dans les statistiques autopsiques alors qu'elles
échappent souvent aux investigations cliniques, rythmologiques
sophistiquées. Enfin, la grande fréquence d'affections comme
l'athérosclérose coronaire a tendance à faire surestimer
son poids dans la mort subite et on ne doit pas en faire un bouc émissaire
commode.
De façon un peu artificielle, nous avons regroupé les
lésions anatomiques en quatre chapitres : altérations coronaires
(athéroscléreuses et diverses), maladies myocardiques, maladies
rythmiques à substratum plus ou moins bien connu, autres cardiopathies
diverses.
Maladie athéroscléreuse
coronaire
Nous resterons très schématique dans la description des
lésions athéroscléreuses coronaires obstructives,
sources de mort subite, sujet qui a donné lieu à une énorme
littérature [11-14].
Deux populations s'individualisent dont les lésions sont différentes
: l'une concerne des sujets qui ont déjà eu des manifestations
d'insuffisance coronaire (angor, infarctus du myocarde, arythmies graves
ressuscitées), qui sont surveillés par les cardiologues
et dont la mort subite est « non inattendue » ; l'autre concerne
les morts subites inopinées où le décès représente
le symptôme inaugural et terminal de la maladie qui dure de «
30 secondes à 30 ans ». Les constatations anatomiques montrent
que, en fait, la plupart des sujets avaient présenté une
ischémie silencieuse. Les morts subites inopinées représenteraient
60 % de la totalité des décès dus à des lésions
athéroscléreuses coronaires destructives et ce sont elles
que nous allons envisager.
Lésions coronaires
* La thrombose aiguë est facile à mettre en évidence
mais sa fréquence est très diversement appréciée
par les auteurs (4 à 64 %) dans la mort subite inattendue. On admet
aujourd'hui que cette thrombose oblitérante survient à l'occasion
de la rupture et de la fissuration profonde d'une plaque athéroscléreuse
fragile, ce qui met en contact le sang (plaquettes) et les constituants
(lipides et collagène) de la plaque : l'activation plaquettaire
engendre la thrombose. Les caractères qui fragilisent la plaque
sont : la situation excentrée et peu sténosante, la richesse
en lipides du cur central (très fluides à 37°,
ces lipides se déforment facilement), la finesse de la capsule
collagène, la richesse en macrophages dont les cytokines lysent
les parties solides de la plaque
et, enfin, l'exposition particulière par la situation excentrée
aux contraintes rhéologiques, aux cisaillements transmis par les
mouvements du ventricule gauche et aux effets du spasme surajouté
possible au niveau de la partie saine de la circonférence coronaire.
La déchirure a lieu au niveau de l'épaulement joignant le
couvercle de la plaque à la paroi saine adjacente, ce qui induit
une minime dissection hémorragique ; le sang progresse jusqu'à
la média musculaire sous-jacente et engendre une vasoconstriction
réactionnelle qui aggrave la sténose. Le thrombus devient
oblitérant, après que des amas plaquettaires ont migré
(mélangés à de la bouillie athéromateuse)
dans le territoire terminal dépendant.
* Les lésions athéroscléreuses diffuses
associées à la thrombose aiguë récente sont
habituelles et peuvent aussi se rencontrer isolément : bi et tritronculaires,
avec des sténoses fines dépassant 75 % de la lumière,
elles ne peuvent être considérées (si elles ne sont
pas accompagnées de thrombose aiguë) que comme un substratum
potentiellement responsable de la mort subite [12].
Lésions myocardiques
L'infarctus myocardique récent n'est pas constant dans les morts
subites inopinées. Quelques cas indolores expliquent peut-être
la constatation de rupture externe du ventricule gauche avec hémopéricarde,
ou de choc cardiogénique mortel par infarctus myocardique massif.
Les séquelles fibreuses d'infarctus du myocarde anciens (transmuraux
ou sous-endocardiques) se retrouvent dans 40 à 60 % des cas, témoins
de « l'ischémie silencieuse » préexistante due
aux lésions coronaires fixées extensives.
Lésions du tissu de conduction [15]
Quelques morts subites sont en rapport direct avec un bloc auriculo-ventriculaire
aigu survenant au début de la constitution de l'infarctus du myocarde
postérieur (artère coronaire droite dominante) ou antéroseptal
(artère interventriculaire antérieure vascularisant le faisceau
postérieur de la bronche gauche hissienne). Lie [16] a montré
que le système conductif était en fait peu sensible aux
conséquences de l'athérosclérose coronaire.
Lésions coronaires non
athéroscléreuses
Beaucoup plus rarement en cause que les lésions athéroscléreuses
coronaires destructives, nous citerons [6, 17, 18] :
- parmi les anomalies constitutionnelles,
la naissance en canon de fusil des deux troncs principaux en regard de
la sigmoïde antéro-droite (compression possible de la partie
initiale de l'artère interventriculaire antérieure entre
aorte et artère pulmonaire) ou l'existence d'un pont myocardique
sur l'artère ventriculaire antérieure proximale ;
- les anomalies acquises qui regroupent la
dissection coronaire spontanée isolée, les embolies coronaires,
les artérites coronaires et leurs séquelles (maladie de
Kawasaki) ainsi que la thrombose sur artère saine. La question
du spasme coronaire échappe au pathologiste.
On peut citer ici les morts subites survenant dans les années
qui suivent une transplantation cardiaque dont le substratum anatomique
est représenté par la maladie coronaire du transplant :
athérosclérose accélérée atteignant
aussi les petites artères intramyocardiques et provoquant la détérioration
du greffon, à la fois par des infarctus du myocarde indolores et
par une fibrose interstitielle source de myocardiopathie restrictive,
longtemps peu symptomatique et se terminant par une mort subite [19].
Maladies du myocarde
Nous avons regroupé ici les affections où l'autopsie après
mort subite peut identifier macro et/ou microscopiquement des altérations
très prédominantes au niveau du myocarde.
Myocardiopathies hypertrophiques [20, 21]
Évidentes dès l'examen macroscopique, elles peuvent être
symétriques concentriques (petite cavité ventriculaire gauche
avec parois dures dépassant 2 cm d'épaisseur) ou, plus rarement,
asymétriques (cavité réduite, hypertrophie prédominant
sur la partie haute du septum et sur la paroi antérieure du ventricule
gauche) ; cette dernière forme comporte une plaque fibreuse endocardique
septale épaisse, témoin des microtraumatismes dus au mouvement
antérieur de la grande valve mitrale. L'examen histopathologique
est caractérisé par les anomalies architecturales (enroulements
des faisceaux myocytaires normalement parallèles ou whorls),
l'anisocytose et l'hypertrophie myocytaire, les halos clairs périnucléaires
et la fibrose interstitielle. Une désorganisation ultrastructurale
des myofibrilles s'adjoint à celle des myocytes.
Myocardiopathies dilatées [22]
Beaucoup plus fréquentes, elles évoluent vers l'insuffisance
cardiaque mais peuvent aussi être source d'arythmies graves révélatrices
et mortelles. La dilatation des cavités ventriculaires prime ici
à l'examen macroscopique sur l'hypertrophie pariétale mais
le poids cardiaque est très augmenté (521 grammes contre
335 pour les normaux, dans une étude personnelle). Les lésions
histopathologiques sont peu spécifiques ; l'importance et la localisation
de la fibrose (en plaques mutilantes ou en réseau interstitiel
systématisé) permettent de décrire plusieurs variétés
dont l'étiologie est encore mal connue (génétique,
métabolique, séquelles de myocardite, etc.). Les thromboses
intracardiaques fréquentes peuvent être source d'embolies
systémiques.
Hypertrophies myocardiques consécutives à
l'hypertension artérielle [23]
Le triplement de l'incidence de la mort subite chez l'hypertendu semble
corrélé à l'augmentation de la masse ventriculaire
au-delà de 120 g/m (normale = 75). Les remaniements structuraux
du ventricule gauche associent l'hypertrophie des myocytes (multiplication
des myofibrilles avec augmentation de la taille), la sclérose interstitielle
collagène et la diminution relative du lit capillaire.
Myocardites aiguës
La mort subite peut être la manifestation inaugurale d'une myocardite
aiguë, affection définie par des lésions histopathologiques
: association de nécrose non ischémique des myocytes et
d'infiltration interstitielle de cellules inflammatoires en grand nombre.
Le pronostic change selon le type des cellules (lymphocytes, polynucléaires,
cellules géantes).
La plupart des myocardites aiguës sont lymphocytaires, d'origine
virale (coxackie B) et bénignes, si l'on s'en tient aux critères
de Dallas [24]. La mort subite survient dans deux circonstances : l'atteinte
préférentielle du tissu conductif et la destruction myocardique
massive. La sarcoïdose myocardique parfois incriminée aux
États-Unis (troubles conductifs paroxystiques) n'est pratiquement
jamais source de mort subite en France.
Dysplasie arythmogène du ventricule droit
Si l'interprétation étiopathologique de cette affection
reste encore sujette à discussion [25-29] (d'où de très
nombreuses dénominations), son autonomie est admise par tous :
elle représente probablement une des causes les plus fréquentes
de mort subite inattendue des sujets entre 20 et 40 ans. L'identification
anatomique des lésions est très facile tant sur le plan
macroscopique qu'histopathologique. Il s'agit de plages limitées
à la face antérieure du ventricule droit et dépourvues
de myocarde : la paroi n'est constituée (entre épicarde
et endocarde) que de tissu adipeux, avec quelques faisceaux myocytaires
sous-endocardiques ou quelques colonnes charnues. Au fil des années,
une fibrose interstitielle vient investir ces quelques îlots myocardiques.
Les plages dépourvues de myocarde (bien visibles par transillumination
du ventricule droit) sont plus ou moins étendues et peuvent aller
jusqu'à engendrer une distension de cette cavité. Il pourrait
s'agir au départ d'une agénésie constitutionnelle
du myocarde antérieur du ventricule droit et non d'une atrophie
acquise : les altérations postischémiques, postinflammatoires,
posttraumatiques ont un tout autre aspect. La dégénérescence
graisseuse du myocarde est tout à fait différente et il
ne peut pas s'agir de la transformation de myocytes en adipocytes. La
mise en évidence de formes familiales vient aussi à l'appui
de cette interprétation constitutionnelle. Il est probable que
l'anomalie ventriculaire droite (interprétée comme une forme
partielle et localisée de la maladie de Uhl) ne soit qu'un élément
d'anomalies dysgénétiques plus complexes.
Maladies rythmiques
Il s'agit d'un cadre ou l'anatomo-pathologiste est beaucoup moins à
l'aise.
Fibrillation ventriculaire sur cur sain
Cette « maladie cardiaque électrique primitive » devrait,
par définition, ne comporter aucune lésion décelable
et donc se traduire par une « autopsie blanche ». Le cur
est-il « cliniquement sain » (et quels examens doit-on avoir
effectués pour l'affirmer ?) ou véritablement indemne de
toute altération ? Gomes [30] suggère la possible responsabilité
de minimes zones fibreuses dispersées dans le tissu spécifique,
Davies [2] celle de minimes cicatrices fibreuses du myocarde commun, sources
de réentrées.
Syndrome QT long torsades de pointe
Peu d'études nécropsiques lui ont été consacrées.
James, en 1978, a fait le bilan de huit autopsies (mort subite entre 3,5
et 18 ans) et a constaté que les lésions microscopiques
siégeaient sur les ganglions sympathiques situés autour
du nud sinusal et sur les nerfs à destinée cardiaque.
Il s'agissait d'infiltration lymphocytaire, parfois dense, siège
d'une fibrose cicatricielle, distribuée « au hasard »,
hétérogène, associée à une dégénérescence
neuronale d'intensité variable mais sans altération du tissu
nodal lui-même. D'autres cas présentaient des anomalies plutôt
constitutionnelles : finesse du calibre des artères nourricières
du tissu spécifique, dispersion des éléments du nud
atrio-ventriculaire avec conservation de la structure ftale, agénésie
partielle du tronc ou des branches hissiennes [31, 32].
Préexcitation Syndrome de Wolf Parkinson
White
La présence d'une bande myocardique connectant oreillette et
ventricule (faisceau de Kent) peut engendrer une mort subite par fibrillation
ventriculaire si la voie accessoire comporte une période réfractaire
antérograde courte (inférieure à 200, 250 millisecondes).
Les autres faisceaux accessoires sont très rares et leur responsabilité
dans la mort subite reste mal connue : fibres artério-nodales de
James, fibres nodo- ou fasciculo-ventriculaires de Mahain. Les voies accessoires
peuvent s'associer [33].
Prolapsus valvulaire mitral
Si la réalité de la relation prolapsus valvulaire mitral-mort
subite est attestée par plusieurs publications [34-37], le mécanisme
pathogénique reste controversé comme l'atteste la multiplicité
des hypothèses. Sur le plan anatomique, on peut retenir que les
prolapsus valvulaires mitraux constatés dans ces cas correspondent
à des lésions mitrales importantes : dégénérescence
mucoïde très marquée, excès majeur de tissu
mitral avec ballonnisation extrême, cordages très longs et
fins et régurgitation notable. Par ailleurs, certaines altérations
anatomiques sont rencontrées beaucoup plus souvent lorsqu'il existe
un prolapsus valvulaire mitral et l'on ne peut considérer ces associations
comme fortuites : voie accessoire de préexcitation, anomalies hissiennes
associées, dysplasie arythmogène du ventricule droit, ancrage
mitral atypique menaçant le tissu hissien, faux tendons ventriculaires,
pont myocardique de l'artère interventriculaire antérieure,
hypoplasie de l'artère circonflexe, cicatrices fibreuses sous-endocardiques
du ventricule gauche dues aux frictions des cordages étirés.
Troubles de conduction. Anomalies du système
His Purkinje
Les blocs auriculo-ventriculaires, par disparition du tissu spécifique
des deux branches droite et gauche et du faisceau de His, ne sont plus
une cause fréquente de mort subite depuis l'avènement des
stimulateurs cardiaques.
Que l'on retienne l'interprétation de Lenegre (fibrose spécifique
des deux branches hissiennes [38]) ou celle de Lev (extension de la sclérose
à partir du noyau fibreux central avec calcifications dystrophiques
surajoutées [39]), la conséquence anatomique est identique.
Quelques cas aigus surviennent par nécrose ischémique lors
de l'infarctus du myocarde [15, 16].
La conception de James [32] est plus générale et lui a
permis de décrire nombre des anomalies histopathologiques qui provoquent
« l'instabilité électrique sous-tendant la majorité
des morts subites ». Les anomalies constitutionnelles concernent
surtout le nud atrio-ventriculaire : dispersion « ftale
» d'îlots cellulaires ou bien groupement en une structure unique,
asymétrie du faisceau de His déjeté à droite
avec branche gauche réduite à un faisceau étroit
fragile, dysplasie fibro-musculaire focale isolée de l'artère
nodale. Les anomalies acquises concernent un grand nombre d'affections
infiltratives ou inflammatoires qui montrent une affinité particulière
pour le tissu spécifique : amylose, hémochromatose, spondylarthrite
ankylosante, myocardites, voire formations tumorales bénignes (fibrome
du noyau central, vestige épithélial microkystique nodal)
ou malignes (lymphangite carcinomateuse hissienne). Bharati [40, 41] a
aussi décrit de telles anomalies.
L'étude systématique de la partie haute du septum (nud
de Tawara, tronc et branches du faisceau de His) nous a permis de détecter
106 anomalies structurales diverses isolées ou associées
à des morts subites inattendues [5].
Autres cardiopathies
Un grand nombre de cardiopathies peuvent se manifester par une mort
subite inaugurale et l'on pourrait dresser un catalogue quasi exhaustif
de la cardiologie. Nous signalerons seulement celles où la mort
subite est souvent rencontrée.
Rétrécissement aortique
Avant la pratique des remplacements prothétiques, la part de
la mort subite atteignait 25 % de la mortalité globale de l'affection
[42]. Actuellement, seules quelques sténoses serrées méconnues
entraînent la mort subite de sujets jeunes, parfois au cours d'efforts
sportifs. Les autres valvulopathies sont en général diagnostiquées
et traitées, si bien que, s'il y a mort subite, elle est «
non inattendue ».
Affections fréquentes avec mort subite possible
- Anévrismes disséquants de l'aorte ascendante.
La rupture externe, dans le péricarde, se rencontre soit chez
l'adolescent atteint du syndrome de Marfan, soit chez l'adulte plus âgé
avec maladie annulo-ectasiante.
- Rupture des anévrismes athéromateux
méconnus de l'aorte abdominale.
- Embolies pulmonaires massives.
Elles oblitèrent d'emblée (ou en quelques jours sans avoir
été identifiées) plus des deux tiers du lit pulmonaire,
où elles engendrent un cur pulmonaire chronique post-embolique
méconnu jusqu'à la mort subite.
Affections rares mais où la mort subite a
une forte prévalence
- L'hypertension artérielle pulmonaire dite
« primitive » [43].
- Les tumeurs du cur [44].
- L'amylose cardiaque [45].
Cas anecdotiques
Fibrose myocardique post-traumatique [46], péricardite liquidienne,
prothèses valvulaires, phéochromocytome et myocardite adrénergique
sont exceptionnellement à l'origine de mort subite.
CONCLUSION
Les efforts mis en uvre pour préciser les lésions
cardiaques sous-jacentes à la mort subite débouchent sur
des constatations déroutantes : découverte d'altérations
mineures mais capables d'engendrer instabilité électrique
et trouble rythmique létal, ou présence d'anomalies telles
que ce n'est pas la mort subite qui étonne mais le fait que le
sujet ait pu survivre sans symptôme (ou sans consulter ?) jusqu'au
décès.
Les associations lésionnelles sont particulièrement fréquentes
dans le premier cas (par exemple, lésions hissiennes et hypoplasie
myocardique ventriculaire droite, myocardiopathie et anomalie hissienne)
et l'on peut penser qu'il existe une potentialisation de ces anomalies
dysgénétiques qui engendre le trouble rythmique fatal. Certaines
anomalies (tel le prolapsus valvulaire mitral) pourraient représenter
un « marqueur » de lésions associées moins facilement
détectables mais plus dangereuses ; il faut se souvenir que plus
le substratum anatomique est important, plus discrète pourra rester
la circonstance déclenchant l'arythmie par les interactions entre
la fonction mécanique, l'ischémie et l'instabilité
électrique cardiaque.
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