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Proposer un dossier sur les aliments fonctionnels dits « aliments-santé
» se justifie doublement, d'une part, parce que l'année 2001
est sans conteste marquée par le développement confirmé
de ces produits et, d'autre part, parce que les matières grasses
(huiles combinées, margarines, etc.) et les molécules lipidiques
(acides gras poly-insaturés - AGPI - oméga 3, phytostérols,
etc.) sont fortement concernées par ce secteur. Un aliment fonctionnel
peut se définir comme un produit d'alimentarité prouvée,
qui présente une composition spécifique ou qui contient
un ou des ingrédients affectant de manière ciblée,
selon la nature et la dose du ou des nutriments ou ingrédients,
une ou plusieurs fonctions de l'organisme dans le but d'obtenir des effets
positifs qui puissent justifier une ou des allégations fonctionnelles,
voire une ou des allégations de santé. Tous les aliments
ayant au minimum une fonction « santé » qui est l'apport
énergétique, ces nouveaux aliments doivent donc se démarquer
en apportant un bénéfice santé supérieur
à l'alimentation classique. Serge Hercberg1 les caractérise
par une « valeur santé ajoutée », qui peut être
soit une fonction cible améliorée, soit la réduction
du risque d'une pathologie. Ainsi, un produit apportant des phytostérols
à une dose active pourra contribuer à « diminuer significativement
le LDL-cholestérol » et un produit enrichi en AGPI oméga
3 peut revendiquer un apport en nutriments qui « contribuent à
la réduction des risques cardiovasculaires ». Il nous paraît
important de limiter la notion d'aliment fonctionnel à un produit
industriel élaboré pour lequel soit la technologie, soit
la formulation, soit les deux ont été volontairement adaptées
ou optimisées pour obtenir une fonctionnalité ciblée
sur notre métabolisme. On constate en effet un amalgame et une
vulgarisation du message « santé » pour des produits
qui sont, certes, « bons pour la santé », les fruits
et légumes par exemple pour lesquels des études scientifiques
ont montré qu'une consommation élevée contribue à
la réduction du risque de maladies cardiovasculaires et de certains
cancers, mais pour autant on ne peut pas les considérer comme des
aliments fonctionnels ! Contrairement aux produits allégés
ou diététiques qui répondent à une attente
de prévention du capital forme - « Je maîtrise mon corps
avec mon alimentation » -, les aliments fonctionnels répondent
à un besoin de santé active - « Je mange pour me soigner
». C'est dans ce contexte de bénéfice santé,
le plus immédiat possible, que le consommateur peut accepter le
prix de ces produits. Les aliments fonctionnels sont porteurs d'une image
de haute technicité et perçus comme l'aboutissement d'une
recherche pointue, associant le monde industriel au monde de la science,
en l'occurrence celle des médecins et des nutritionnistes. Hors
de ce contexte, ce type d'aliment n'est pas crédible et est voué
à l'échec commercial. La plupart des supports de communication
de ces produits - publicité, emballage, site Internet, brochure
informative - comportent une référence à des publications
scientifiques et surtout à une équipe de recherche, voire
un nom, généralement un médecin, qui devient à
la fois caution et porte-parole du produit.
Conformément aux deux règles de base du Code de la
consommation, à savoir le principe de conformité et le principe
de sécurité, un aliment fonctionnel doit répondre
aux garanties suivantes : une efficacité prouvée et quantifiée
pour un bénéfice justifié, d'une part, et l'absence
de danger pour la santé, d'autre part. Pour chaque nutriment, il
faudrait donc idéalement connaître la forme et la dose optimales
à ingérer ainsi que le contexte « alimentation - population
/cible » favorable pour avoir, d'une part, une efficacité
maximale et durable sur un bio-marqueur donné et, d'autre part,
une toxicité minimale à court et long termes. Ceci suppose
de nombreux travaux, entre autres sur l'expertise analytique, la fonctionnalité
du ou des actifs - molécule, mélange, extrait -, sur les
effets cliniques et les relations de causalité. Cette démarche
est longue et coûteuse pour l'industriel et différents obstacles
à l'innovation, d'ordre technique ou réglementaire, peuvent
apparaître. En effet, si on dispose généralement de
données expérimentales suffisantes pour garantir la nature
chimique et la teneur d'un nutriment donné dans un produit, il
est difficile de connaître toutes les formes de dégradation
de ce nutriment après traitement technologique ou stockage et leurs
conséquences nutritionnelles, voire toxicologiques. Un autre obstacle
est le respect des limites de sécurité lorsqu'elles existent
- c'est le cas des vitamines - ou des apports nutritionnels conseillés,
qui est difficilement maîtrisable pour un produit isolé.
Même si un aliment fonctionnel ne met pas en uvre un nouvel
ingrédient, une nouvelle source ou une nouvelle technologie, auquel
cas la procédure européenne dite Novel Food doit
être obligatoirement suivie, il devra faire l'objet d'un dossier
technique et scientifique rigoureux pour obtenir un avis favorable de
mise et de maintien sur le marché. Le comité d'experts spécialisé
en nutrition humaine de l'Agence française de sécurité
sanitaire des aliments vient de proposer, en avril 2001, un guide de lignes
directrices pour la constitution de tels dossiers industriels. Un contrôle
particulier est appliqué aux allégations et aux mentions
d'étiquetage. En particulier, sachant que le principal facteur
alimentaire de santé reste l'équilibre général
de tous les apports nutritionnels, une allégation fonctionnelle
ne peut se concevoir que dans le cadre de régimes équilibrés
et adaptés quantitativement. Enfin, il ne faut pas oublier qu'un
aliment fonctionnel réussi doit aussi être bon au niveau
du goût !
Les aliments fonctionnels existant à ce jour peuvent se regrouper
en deux catégories. La première correspond à des
aliments traditionnels, pris alors comme supports ou vecteurs, dans lesquels
est ajouté au moment de la fabrication un ingrédient exogène
à une dose nutritionnellement active. Nous pouvons citer ici les
produits laitiers ou céréaliers enrichis en acides gras
oméga 3, le lait supplémenté en vitamine D, les poudres
sucrantes aux fibres bifidogènes ou fructo-oligosaccharides (FOS)
prébiotiques actifs sur la flore digestive - « Le sucre qui
a la fibre santé » - et, enfin, les margarines enrichies en
stérols végétaux. La margarine Fruit d'Or pro-activ,
qui contient 8 % de stérols estérifiés, constitue
un exemple réussi de triple démarche : démarche scientifique
avec, d'une part, de nombreux essais cliniques qui ont permis de mesurer
l'efficacité de réduction du cholestérol sanguin
et, d'autre part, des tests toxicologiques qui ont prouvé l'innocuité
du produit, démarche réglementaire avec l'aboutissement,
en juillet 2000, d'une autorisation de mise sur la marché selon
le Règlement européen et, enfin, démarche marketing
avec une communication santé forte fondée sur le rôle
des prescripteurs médicaux. La deuxième catégorie
d'aliments fonctionnels regroupe des produits naturellement sources de...,
riches en..., ou équilibrés en certains nutriments d'intérêt
physiologique. Citons ici le lait fermenté Actimel de Danone riche
en bactéries probiotiques actives sur la flore intestinale et qui
est considéré comme un précurseur en matière
de communication santé - « Le geste santé du matin
» - ainsi que les ufs enrichis en AGPI oméga 3 via
l'alimentation des poules à base d'huiles de poisson. Ce groupe
d'aliments fonctionnels inclut les huiles combinées, dont l'huile
Isio 4 de Lesieur qui constitue un bon exemple d'évolution de la
revendication nutritionnelle d'un même produit, en fonction de l'attente
du consommateur, d'une part, et de l'avancement des connaissances en nutrition,
d'autre part. Après avoir mis en avant une simple composition équilibrée
en acides gras, cette huile est présentée comme une combinaison
de plusieurs facteurs majeurs de prévention cardiovasculaire, «
conforme aux recommandations actuelles pour le traitement diététique
des hypercholestérolémies », pour aboutir en 2000 à
la notion de biodisponibilité de l'acide alpha-linolénique.
Un exemple plus récent est celui de l'huile combinée Primevère,
mise sur le marché en avril 2001 dans la continuité de la
gamme des margarines diététiques Primevère, et qui
revendique une utilisation « en association aux régimes proposés
pour l'excès de cholestérol », du fait, entre autres,
de son apport en AGPI oméga 3. Parmi les ingrédients fonctionnels
prometteurs pour demain, on peut citer les isomères de l'acide
linoléique (CLA) qui ont de nombreux effets physiologiques observés
chez l'animal : effet anticancérigène, antiathérogène,
anabolisant ou immuno-modulateur, mais pour lesquels on ne connaît
pas encore chez l'homme les effets réellement bénéfiques
et indésirables selon l'isomère et la dose ingérée
; on ne sait donc pas encore définir une allégation objectivée.
C'est également le cas des flavonoïdes tels que les isoflavones
de soja ou les catéchines de thé vert, qui sont certes déjà
utilisées dans certains compléments alimentaires pour des
effets annoncés soit sur la cholestérolémie soit
sur les troubles de la ménopause, mais qui n'ont pas de statut
alimentaire à ce jour et aucune allégation fonctionnelle
officiellement reconnue.
En conclusion, si le consommateur peut intellectuellement ou philosophiquement
s'interroger sur le concept des aliments-santé, on dispose aujourd'hui
de suffisamment de recul pour reconnaître un statut scientifique
et non purement marketing aux produits mis sur le marché. Vouloir
non pas maîtriser son état de santé mais optimiser
son « capital-santé » est un concept de base tout à
fait justifié, qui peut être non seulement un objectif au
niveau de chaque individu, mais aussi un enjeu de santé publique.
Or, les apports alimentaires, dont certains nutriments, contribuent à
la réduction des risques de pathologies multi-factorielles telles
que les maladies cardiovasculaires, les cancers et l'obésité.
Les aliments fonctionnels peuvent donc constituer un nouveau moyen non
négligeable pour améliorer l'état nutritionnel d'un
individu et par suite d'une population. Lors d'une journée «
Acides gras, nutrition et santé » organisée par l'Institut
des corps gras le 4 avril 2001 à Bordeaux, le Professeur Eric Bruckert,
spécialiste des maladies cardiovasculaires, précisait l'intérêt,
développé dans ce dossier, de conseiller à ses patients
un apport en phytostérols en complément d'un traitement
médical pour abaisser le LDL-cholestérol, facteur de risque
reconnu comme majeur.
Les maîtrises de l'origine, de la technologie, de l'absence
de toxicité et d'effets indésirables du produit, de la nature
et de la concentration en actifs, des populations cibles, du contenu et
de la forme des allégations sont autant de garanties que l'industriel
doit au consommateur, via un cadre juridique et réglementaire
adapté et harmonisé, qui veille entre autres à maintenir
une frontière claire entre aliments et médicaments. L'enjeu
des aliments fonctionnels est tel qu'un institut de recherche spécifique
sur les nutraceutiques et les aliments fonctionnels, l'INAF, vient de
se créer au Québec, et que des compétences équivalentes
d'aide à l'innovation et au développement se multiplient
en France et en Europe.
Note :
1 Unité de surveillance et d'épidémiologie
nutritionnelle, Institut scientifique et technique de la nutrition et
de l'alimentation, Paris.
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