ARTICLE
Les progrès de la chirurgie digestive ont rendu très sûres
les gastrectomies partielles ou totales et les interventions gastro-grêliques
de dérivation, avec à la fois une réduction de la
mortalité opératoire et de la morbidité directement
liée à la technique (abcès profonds, fistule, sténose
anastomotique...). Malgré les capacités d'adaptation de
l'estomac restant et du grêle à de telles modifications anatomiques,
certains malades décrivent en post-opératoire des troubles
qui évoquent un défaut de vidange ou un dysfonctionnement
du montage. La prévalence de tels symptômes demande à
être précisée. Dans l'expérience de la Mayo
Clinic aux États-Unis, cette prévalence a été
estimée dans les 2 à 3 ans suivant l'intervention, à
1,5 % après vagotomie et pyloroplastie, à 2,4 % après
vagotomie et antrectomie, à 9 % après gastrectomie partielle
et gastro-jéjunostomie selon Finsterer et à 25 % après
gastrectomie partielle avec rétablissement de la continuité
par une anse en Y selon le procédé de Roux [1]. Les symptômes
sont parfois suffisamment sévères pour retentir sur l'état
général et la vie quotidienne du malade et altérer
sa qualité de vie post-opératoire. Les techniques d'explorations
(scintigraphie, manométrie, électromyographie) permettent
progressivement de mieux comprendre leur support physiopathologique. En
dépit de ces progrès, la prise en charge thérapeutique
de tels malades demeure délicate et parfois décevante.
Rappel
sur le fonctionnement normal de l'estomac
La motricité gastrique chez l'homme a deux profils bien distincts
: un profil interdigestif et un profil post-prandial.
La motricité interdigestive a une organisation cyclique qui comporte
trois périodes : repos moteur (phase I), activité irrégulière
non propagée (phase II) et période de quelques minutes pendant
laquelle survient un train de contractions régulières dont
la fréquence est proche de l'activité contractile maximale
autorisée par l'activité électrique de base et qui
se propage de l'estomac jusque dans le grêle, sur une longue distance
(phase III) [2]. Cette phase III est classiquement suivie d'une nouvelle
période de repos moteur. Dans l'estomac proximal, pendant la phase
I, existe un tonus qui détermine une pression intragastrique permanente
de 6 à 7 mmHg, alors qu'aucune activité motrice n'est recueillie
dans l'estomac distal [3]. En dehors de la phase I, la partie basse de
l'estomac proximal et l'estomac distal sont animés par une activité
contractile qui se greffe sur le rythme électrique de base compris
entre 2,5 et 3 cycles/min, et imposé par un pace-maker situé
à la jonction fundus-antre [4]. La région antro-pyloro-duodénale
se comporte comme une unité motrice : de nombreuses contractions
ont une propagation antro-pyloro-duodénale [5]. Des contractions
pyloriques isolées, indépendantes de toute contraction antrale
ou duodénale, surviennent également [5]. Sur cette activité
se greffe toutes les 90-120 min, une phase III [2].
La prise d'un repas a trois conséquences motrices : la suppression
de la motricité interdigestive, l'induction d'une relaxation de
l'estomac proximal qui permet à l'estomac de jouer son rôle
de réservoir, l'augmentation du nombre et de l'amplitude des contractions
antrales et pyloriques [6]. La relaxation de l'estomac proximal est une
relaxation adaptative qui permet à l'estomac de s'adapter au volume
de son contenu [3]. Après une relaxation initiale précoce
ample, le tonus fundique augmente progressivement en créant un
gradient entre les pressions fundique et duodénale. Dans les 5
à 10 min suivant l'ingestion du repas, on assiste à l'augmentation
du nombre et de l'amplitude des contractions antrales, du nombre des contractions
propagées antro-pyloro-duodénales et des contractions pyloriques,
intercalées entre ces contractions antro-pyloro-duodénales
[7].
Cette motricité antro-pyloro-duodénale dure tant que l'estomac
est en réplétion. Elle assure le broyage, l'homogénéisation
et l'évacuation des particules solides. Le temps nécessaire
à la réduction suffisante des particules solides pour permettre
leur évacuation (diamètre < 2 mm) explique le délai
(ou lag phase), observé lors d'études scintigraphiques,
avant que ne débute la vidange des solides (figure
1) [8]. Plus la motricité antrale est importante, plus
la « lag phase » est courte [9]. Après la lag phase,
le profil d'évacuation des solides est linéaire [8]. Les
particules non digestibles, en particulier les fibres alimentaires, ne
quitteront l'estomac que lors du retour des premières phases III
antrales [6].
On considérait classiquement que la vidange des liquides dépendait
des variations du tonus fundique et du gradient fundo-duodénal
alors que celle des solides était dépendante des contractions
antrales. Cette séparation fonctionnelle a été remise
en cause par plusieurs travaux qui ont montré que la vidange des
liquides s'observe même quand le tonus fundique est faible [10]
et qu'elle dépend aussi de la motricité antrale et des contractions
pyloriques [11].
La gastroparésie
aiguë post-opératoire
La parésie post-opératoire est une conséquence
classique de toute chirurgie à ciel ouvert. La physiopathologie
de cette parésie reste assez obscure même si l'exagération
des réflexes inhibiteurs viscéro-viscéraux est de
plus en plus envisagée. La parésie post-opératoire
concerne plus souvent et surtout plus longtemps le côlon que le
grêle ou l'estomac [12, 13]. Elle se limite parfois à l'estomac,
réalisant une gastroparésie post-opératoire souvent
très gênante pour le malade, car responsable d'une impression
pénible de plénitude épigastrique, de nausées,
de vomissements associés au recueil de grandes quantités
de liquide gastrique par la sonde d'aspiration. Cette atonie gastrique
post-opératoire est le plus souvent résolutive en moins
d'une semaine. Elle peut parfois se prolonger davantage.
L'exploration de cette gastroparésie aiguë a reposé
jusqu'alors essentiellement sur l'électrogastrographie qui a révélé
la fréquence avec laquelle on recueille des rythmes rapides (tachygastrie)
à la place du rythme normal à 3 cycles/min de l'estomac.
Une telle tachygastrie peut être associée à une inhibition
de la motricité gastrique [14], même si tous les travaux
ne concordent pas sur ce point [15]. Un travail récent, chez des
malades venant d'être opérés d'une cholécystectomie,
a montré que l'estomac, en dehors des épisodes de vomissements,
était totalement dépourvu d'activité motrice [16].
Ce dysfonctionnement du pace-maker gastrique pourrait être la conséquence
d'une libération excessive de catécholamines.
Conséquences
motrices des vagotomies
La vagotomie est un geste chirurgical fréquent lors d'une chirurgie
gastrique, dont elle peut être la seule indication ou bien une conséquence
obligatoire, comme dans les gastrectomies proximales, par exemple. La
section des pneumogastriques est susceptible, en fonction de son niveau,
d'altérer la vidange gastrique par le biais de modifications motrices
en raison du rôle des fibres vagales sur la relaxation fundique
proprioceptive et la motricité gastroduodénale [17]. Seule
la vagotomie supra-sélective, où seuls les rameaux à
destinée fundique sont sectionnés, met le malade à
l'abri de conséquences motrices (Tableau
1). Elle peut néanmoins exposer le malade, dans les deux
premières semaines post-opératoires, à un ralentissement
transitoire de la vidange des solides [18].
L'accélération de la vidange des liquides, surtout observée
après vagotomie tronculaire, est une accélération
de la vidange précoce : 50 % de la phase liquide du repas quitte
l'estomac dans les 20 premières minutes en déclenchant parfois
des manifestations de dumping syndrome [19]. L'absence de variation
du tonus fundique après l'ingestion du repas [20] pourrait être
un des facteurs de cette vidange précoce accélérée
en favorisant un gradient fundo-duodénal élevé. La
pyloroplastie, associée à la vagotomie, en amenant la disparition
de la résistance pylorique qui intervient dans le contrôle
de l'évacuation gastrique des liquides [10, 11] est un second facteur
favorisant. Cette accélération de la vidange initiale des
liquides est suivie d'une seconde phase où, au contraire, la vidange
des liquides se fait à un rythme plus lent que celle d'un sujet
normal (figure 2)
[21]. L'expérimentation animale a démontré que ce
ralentissement secondaire serait la résultante de la stimulation
des récepteurs duodénaux : Parr et al. [22] ont comparé
la vidange des liquides dans trois groupes de chiens : un premier groupe
simplement vagotomisé, un second groupe d'animaux vagotomisés
chez qui le contenu était dérivé à la sortie
de l'estomac par une canule et un troisième groupe vagotomisé
chez qui le contenu dérivé à la sortie de l'estomac
par une canule était ensuite réinstillé dans le duodénum
distal. En cas de dérivation sans réinstillation, la vidange
des liquides était constamment accélérée.
La réinstillation permettait de retrouver le profil biphasique
observé après vagotomie : accélération initiale
et retard secondaire.
Seule la vagotomie tronculaire affecte la vidange des solides. Dans le
travail expérimental de Dozois et Kelly [23], seulement 20 % des
microsphères avaient quitté l'estomac 8 h après leur
ingestion, malgré la confection d'une pyloroplastie avec la vagotomie
tronculaire. Chez l'homme, la stase des solides après vagotomie
tronculaire paraît avant tout résulter d'une hypomotricité
antrale post-prandiale (figure
3) avec raréfaction des contractions antrales alors que
les contractions duodéno-jéjunales sont normales [24]. La
stase gastrique peut être aggravée par la raréfaction
des phases III interdigestives qui assurent l'évacuation des particules
solides non digestibles, comme les fibres [24]. Ce trouble moteur interdigestif
expose à la survenue de bézoard.
Les troubles de la vidange des solides après vagotomie s'améliorent
probablement avec le temps. Dans son travail scintigraphique, Howlett
et al. ont mesuré le temps de demi-vidange d'un repas solide
7 jours, 1 mois et 6 mois après une vagotomie tronculaire [25].
Aux 7e et 30e jours post-opératoires, la
vidange des solides était significativement plus lente que celle
calculée dans un groupe contrôle et dans un groupe d'ulcéreux
duodénaux. Au 6e mois post-opératoire, les profils
de vidange étaient superposables entre les différents groupes.
Par contre, Mac Gregor et al. ont observé que la vidange
des liquides demeurait accélérée à distance
d'une vagotomie tronculaire avec pyloroplastie, avec une évacuation
de la phase liquide demeurant trois fois plus rapide que celle de sujets
témoins à la 40e min, un an après l'intervention
[26].
Conséquences
motrices d'une gastro-entéro-anastomose
Cette technique chirurgicale ne comporte aucun geste de dénervation
ou de résection susceptible de modifier la relaxation fundique
ou la motricité gastrique. Il est cependant susceptible d'induire
une stase gastrique par la constitution d'un cercle vicieux (figure
4) : le chyme expulsé dans le duodénum revient dans
l'estomac par l'anastomose gastro-jéjunale [27].
Conséquences
motrices d'une gastrectomie distale avec anastomose gastro-jéjunale
selon Finsterer
La gastrectomie distale avec anastomose gastro-jéjunale expose
à une accélération de la vidange des liquides par
un triple mécanisme :
- la suppression de la portion distale de l'estomac, et notamment de la
région pylorique, qui intervient dans le contrôle de l'évacuation
des liquides [10, 11] ;
- l'ablation de l'antre, zone productrice de gastrine, peptide intervenant
dans le contrôle de la relaxation de l'estomac proximal [28] ;
- le court-circuit, du fait du montage, des récepteurs duodénaux
et donc d'un des mécanismes de rétro-contrôle de la
vidange des liquides.
L'ablation de la région antro-pylorique affecte également
la vidange des solides. Elle va raccourcir ou supprimer la phase initiale
de latence (lag phase) [6]. Le geste chirurgical expose donc à
l'arrivée prématurée de grosses particules solides
dans le grêle. Le patient est d'autant plus symptomatique en post-opératoire
que cette arrivée est rapide [29]. Cette vidange initiale rapide
n'a pas été retrouvée lorsqu'une vagotomie tronculaire
est effectuée en même temps que l'antrectomie (figure
5) [30]. Après cette vidange précoce, la vidange
des solides s'effectue selon une cinétique proche de celle des
sujets témoins. L'évacuation des solides est même
souvent plus lente que celle de sujets normaux, notamment chez les malades
symptomatiques en post-opératoire (figure 6)
[31]. Dans son travail scintigraphique, l'équipe hollandaise a
étudié les relations existant entre les perturbations de
la vidange d'une bouillie semi-solide et d'un repas solide et les symptômes
signalés par les malades. Les nausées, les vomissements
comme les manifestations vasomotrices étaient surtout observés
en cas d'évacuation trop rapide du repas semi-solide et non pas
en cas de stase gastrique. Les épigastralgies post-prandiales immédiates
et la pesanteur épigastrique décalée étaient
davantage la traduction d'un profil anormal d'évacuation des solides
: les épigastralgies étaient d'autant plus fréquentes
que la lag phase était courte et l'arrivée des aliments
solides dans le grêle rapide ; la sévérité
de la pesanteur épigastrique décalée était
corrélée à l'importance de la rétention des
solides dans le moignon gastrique au-delà de la première
heure post-prandiale [31].
Conséquences
motrices d'une gastrectomie distale avec rétablissement de la continuité
par une anse en Y selon Roux
Après gastrectomie partielle, le rétablissement de la
continuité digestive peut se faire par une anse en Y selon Roux,
après section du jéjunum 20 cm environ après l'angle
de Treitz (figure 7).
Avec ce type de montage, au moins
25 % des malades signalent des symptômes qui caractérisent
le syndrome de l'anse en Y [32] : épigastralgies post-prandiales,
plénitude épigastrique, nausées ou vomissements.
Ces signes peuvent être post-opératoires immédiats
ou d'apparition décalée [33]. Le risque de les voir apparaître
augmente quand la longueur de l'anse montée dépasse 40 cm
[32] ; leur sévérité est d'autant plus grande que
la vidange du moignon est lente. Le ralentissement porte essentiellement
sur la vidange de la phase solide alors que celle de la phase liquide
est souvent normale [34].
La stase peut résulter d'un mauvais fonctionnement de l'estomac
résiduel. L'expérimentation animale [35] a montré
l'absence habituelle d'activité péristaltique propulsive
dans le moignon et l'existence de contractions moins puissantes que dans
un estomac normal. Le volume de l'estomac résiduel sera donc un
élément important dans l'apparition d'un syndrome de l'anse
en Y alors qu'en cas de gastrectomie subtotale avec anse en Y, la vidange
est souvent très accélérée [34]. La réalisation
d'une vagotomie avec la résection gastrique est un second facteur
exposant à une stase post-opératoire (figure
8) [36]. Dernier facteur à prendre en compte : la viscosité
du repas puisqu'il existe une relation linéaire entre la viscosité
et le temps de séjour du repas dans l'estomac résiduel [35].
La stase n'existe pas seulement dans le moignon gastrique mais survient
également dans l'anse, à la fois chez les sujets symptomatiques
et asymptomatiques [34]. Les études animales ont montré
que dans l'anse montée les contractions étaient moins fréquentes
et deux fois moins propagées que dans un jéjunum intact
[35]. Des anomalies motrices dans l'anse existent également chez
l'homme tant en période interdigestive qu'en période post-prandiale
[34]. En période interdigestive, les phases III sont moins fréquentes
et seulement propagées sur quelques centimètres, le repos
moteur est plus long et les contractions simultanées sont plus
fréquentes qu'au niveau du jéjunum de sujets non opérés
[34]. La fréquence de ces anomalies motrices est plus grande chez
les sujets symptomatiques que chez ceux qui sont asymptomatiques. Après
un repas, même chez les malades symptomatiques, la réponse
du grêle à l'alimentation est habituellement conservée.
Mais cette réponse est plus faible, moins longue, avec des anomalies
de la propagation des ondes de contractions : chez des sujets sains, la
quasi-totalité des contractions post-prandiales se propage vers
l'aval en couvrant, dans au moins 50 % des cas, une distance supérieure
à 2 cm. Dans l'anse montée, les trois quarts des contractions
se propagent sur une distance inférieure à 2 cm. De plus,
si près de 50 % des contractions se propagent normalement vers
l'aval, l'autre moitié a une propagation rétrograde vers
l'estomac restant [34]. Ce dysfonctionnement moteur de l'anse paraît
être le résultat d'une désorganisation de l'activité
électrique qui sous-tend l'activité motrice.
Normalement, un pace-maker duodénal proximal impose son rythme
au grêle d'aval [37]. Dans le montage selon Roux, la section digestive
isole le grêle en aval de la section et le met sous le contrôle
de pace-makers situés dans l'anse elle-même, et qui fonctionnent
à un rythme plus lent que celui du pace-maker habituel [38]. On
note également, dans le grêle monté, la perte de la
décroissance normale d'amont en aval du rythme électrique
de base [39]. La réalisation d'une vagotomie ne paraît pas
un facteur supplémentaire de ralentissement du transit dans l'anse
[40].
Toutes ces données montrent qu'au cours du syndrome de l'anse en
Y après gastrectomie distale le défaut de vidange du moignon
gastrique résulte autant d'une perte des capacités propulsives
de l'estomac restant que d'un frein à l'écoulement dans
l'anse, du fait d'une propagation des contractions réduite et/ou
rétrograde. Plus l'anse montée est longue, plus ce frein
est susceptible de se manifester cliniquement [32]. Dans les cas extrêmes
des malades très symptomatiques, toute motricité peut avoir
disparu dans l'anse montée, tant en période interdigestive
que post-prandiale [41].
Aspects
thérapeutiques
Les perturbations de la vidange après chirurgie gastrique posent
souvent des problèmes thérapeutiques difficiles. Les symptômes
n'ont pas toujours une valeur d'orientation. Les explorations fonctionnelles,
notamment l'étude de la vidange d'un repas marqué, permettent
dans les cas rebelles de mieux appréhender le substratum physiopathologique
des manifestations cliniques (Tableau
2).
Dans le cas d'une vidange accélérée (accélération
de la vidange des liquides après vagotomie-tronculaire et pyloroplastie,
accélération de la vidange des solides et/ou des liquides
après gastrectomie distale avec anastomose gastro-jéjunale),
les conseils hygiéno-diététiques sont souvent l'une
des seules solutions : fragmentation des repas, réduction de leur
richesse en sucres d'absorption rapide, réduction du volume des
boissons ingérées avec le repas. Dans le cas de manifestations
sévères de dumping syndrome après vagotomie
tronculaire et pyloroplastie, la confection d'une gastro-jéjunostomie
avec anse en Y selon Roux a été discutée.
Dans les stases gastriques, qui concernent essentiellement les solides,
le traitement médical s'appuie d'abord sur la prescription de règles
hygiéno-diététiques simples (fragmentation des repas,
réduction de leur richesse en lipides, réduction de leur
teneur en fibres) et la prescription de prokinétiques. Dans cette
classe, le bétanéchol [42] et le cisapride [43] semblent
les plus efficaces. Dans le travail d'Hocking et al. [42], le bétanéchol
(Urécholine®, 2,5 mg en sous-cutané) n'a
souvent eu qu'une efficacité transitoire, chez 30 % des malades.
Dans l'expérience hollandaise, la cisapride (Prépulsid®,
10 mg x 4/jour) a amélioré à 3 semaines à
la fois les symptômes et la vidange de l'estomac restant dans le
syndrome de l'anse en Y de Roux chez 50 % des patients lorsque la stase
était gastrique, mais seulement chez 30 % lorsque la stase s'observait
dans l'anse. Certains échecs des prokinétiques pourraient
être liés à la mauvaise biodisponibilité du
médicament qui séjourne de façon prolongée
dans l'estomac et qui ne parvient pas à être absorbé
dans un délai suffisamment court après un repas pour être
efficace. Le recours à une autre voie d'administration que la voie
orale, comme la voie parentérale ou la voie rectale, peut être
bénéfique.
L'érythromycine, analogue structural de la motiline [44], offre
une alternative thérapeutique intéressante dans les cas
sévères, avec une action à la fois dose-dépendante
et surtout nette en administration parentérale. Ce médicament
a donné des résultats spectaculaires, par voie intraveineuse,
dans des gastroparésies sévères comme la gastroparésie
diabétique [45]. Dans un essai contrôlé récent
[46], le lactobionate d'érythromycine, à la dose de 200
mg par voie intraveineuse, a accéléré de façon
significative la vidange gastrique
après duodéno-pancréatectomie céphalique en
réduisant de 37 % l'incidence des retards de la vidange gastrique
dans les suites immédiates de cette intervention.
Dans les stases gastriques majeures rebelles, certains auteurs ont proposé
la totalisation de la gastrectomie avec, dans leur expérience,
des résultats fonctionnels et nutritionnels intéressants
au prix d'une faible morbidité et d'une mortalité nulle
[47]. L'indication, qui doit prendre en compte le risque important d'oesophagite
sévère post-opératoire, est discutée lorsque
les symptômes sont quotidiens et ont un retentissement nutritionnel
important. Elle ne doit être posée qu'au terme d'un bilan
moteur approfondi. Il serait en effet illogique de discuter par exemple,
la totalisation d'une gastrectomie dans une gastro-jéjunostomie
selon Roux si le trouble moteur siège sur l'anse montée.
La stimulation électrique du moignon gastrique et/ou du grêle
anastomosé est envisagée par certaines équipes pour
restaurer une motricité normale dans le montage. Il s'agit toujours
d'une technique de recherche avec des résultats tantôt encourageants
[38], tantôt décevants [48, 49].
CONCLUSION La
plupart des gestes chirurgicaux effectués sur l'estomac paraissent
susceptibles de modifier sa motricité et de perturber sa fonction
d'évacuation réglée d'un repas, avec des conséquences
fonctionnelles souvent modérées mais parfois sévères.
Les explorations fonctionnelles sont souvent utiles dans les cas difficiles
pour comprendre la physiopathologie des symptômes qui manquent de
spécificité et qui peuvent, dans certaines circonstances,
traduire des situations opposées comme une vidange trop rapide des
liquides et une stase gastrique des solides.
Les raisons pour lesquelles certains malades sont symptomatiques en post-opératoire
alors que d'autres ne le sont pas demeurent mal comprises. La motricité
digestive pré-opératoire est certainement un paramètre
majeur à considérer et qui pourrait influencer la technique
chirurgicale. Ainsi, dans le cas particulier des gastrectomies distales
avec anastomose gastro-jéjunale par une anse en Y selon le procédé
de Roux, l'exploration pré-opératoire des malades pourrait
amener à renoncer à ce mode d'anastomose pour éviter
de cumuler les troubles moteurs dus à la résection gastrique
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