Résumé : La nouvelle technologie des tétramères permet de quantifier aisément les CTL spécifiques d'antigène et a bouleversé non seulement l'abord méthodologique autrefois laborieux et hasardeux de ces lymphocytes T cytotoxiques spécifiques d'antigène, notamment des virus de l'immunodéficience humaine (VIH), des hépatites B et C (HBV et HCV), d'Epstein-Barr (EBV) et du cytomégalovirus (CMV) ou du mélanome et du cancer du col, mais également certains concepts fondamentaux de l'homéostasie des lymphocytes CD8. Cette méthode permet de détecter directement les cellules T spécifiques d'Ag par marquage direct de leur TcR avec un complexe de quatre unités de CMH de classe-I préalablement chargées de l'épitope d'intérêt. La fixation de ce tétramère couplé à un fluorochrome se fait sans pré-manipulation in vitro des cellules à tester, et est évaluée par cytométrie de flux. Ainsi, l'analyse multiparamétrique permet de quantifier et de préciser le phénotype intra- et extracellulaire des cellules T CD8+ ayant fixé le tétramère. La sensibilité de ce test est telle que une cellule positive sur 5 000 cellules T CD8 totales peut être détectée.
Les tétramères ont permis de visualiser directement ex vivo l'expansion de cellules CD8 spécifiques de virus, de démontrer le phénomène d'épuisement clonal ou d'éliminer l'hypothèse d'une activation « bystander » en démontrant la proportionnalité de l'expansion cellulaire spécifique et de la charge virale dans des modèles murins mais aussi lors d'infections humaines par les virus HIV, EBV, CMV, HCV... Les tétramères permettent également de détecter ex vivo des cellules CD8 spécifiques d'antigènes tumoraux. Outils de quantification, d'isolement ou de caractérisation phénotypique et fonctionnelle des cellules CD8 spécifiques d'antigènes viraux ou tumoraux, les tétramères HLA de classe-I permettent d'étendre considérablement notre compréhension des cellules CD8 tant dans un but cognitif que dans des applications cliniques à visée diagnostique, thérapeutique ou vaccinale.