ARTICLE
Le point de vue du biologiste
La valeur très basse du TP imposait le dosage des facteurs de
la voie exogène de la coagulation pour orienter le diagnostic soit
vers une insuffisance hépato-cellulaire en raison du contexte d'hépatites
A et C, soit vers une carence en vitamine K, ce que confirme un facteur
V (non vitamine K-dépendant) normal et des facteurs vitamine K-dépendants
effondrés.
Le bilan nutritionnel montre une albumine et une préalbumine
effondrées dans le cadre d'un état de dénutrition
majeure. L'orosomucoïde, faite conjointement pour discerner la part
inflammatoire de l'hypoalbuminémie, montre que celle-ci est mineure.
D'autres paramètres sont totalement effondrés tels la vitamine
D, les folates, le cholestérol. Tous ces troubles s'expliquent
par une très mauvaise absorption duodénale liée à
l'atrophie villositaire.
Comme aides au diagnostic de la maladie cliaque,
trois anticorps peuvent être recherchés [1] :
Les anticorps antigliadine, dosés par technique
Elisa. Leur sensibilité est bonne, mais leur spécificité
médiocre. On trouve en effet des faux positifs au cours des maladies
inflammatoires chroniques intestinales, de certaines affections auto-immunes
(lupus érythémateux, polyarthrite rhumatoïde, diabète
insulino-dépendant...). On recherche de préférence
les IgA aux IgG. Elles ont été retrouvées douteuses
chez notre patiente, ce qui est fréquent dans les formes frustes.
En revanche, la recherche de ces anticorps présente plus d'intérêt
pour le diagnostic chez le jeune enfant.
Les anticorps anti-endomysium [2], recherchés en
immunofluorescence indirecte sur coupe d'sophage, sont très
sensibles et très spécifiques. Ils constituent un bon marqueur
de la maladie cliaque, car absents au cours des atrophies villositaires
non liées à une intolérance au gluten. En plus d'un
rôle diagnostique, ils permettent d'apprécier globalement
la bonne compliance au régime sans gluten (néanmoins la
prudence s'impose, en effet des anticorps peuvent être présents
chez les cliaques en l'absence d'atrophie villositaire). On peut
rechercher les IgA et les IgG (surtout dans le cas de déficit en
IgA présent dans 2 à 3 % des malades). Mme A avait des anticorps
anti-endomysium positifs.
Les anticorps antiréticuline. Ils sont très
spécifiques mais peu sensibles, et sont peu utiles pour le diagnostic.
En revanche une découverte fortuite en immunofluorescence indirecte
sur triple substrat peut orienter vers le diagnostic.
Un nouveau dosage, celui des antitransglutaminase
[3], permettrait le dépistage et le suivi de la maladie cliaque.
La transglutaminase est l'antigène reconnu par les anticorps anti-endomysium
en immunofluorescence sur coupe d'sophage de singe.
La maladie cliaque est due au gluten présent dans les aliments
à base de seigle, orge, avoine et blé. La protéine
responsable est en fait la gliadine. Deux mécanismes sont proposés
pour expliquer la physiopathologie [4] :
Un mécanisme toxique qui implique un déficit
en une peptidase intestinale. Le gluten, la gliadine, ainsi que les plus
grands peptides à longue chaîne contenant de la gliadine,
n'étant pas hydrolysés, seraient toxiques pour la muqueuse
intestinale.
Un mécanisme immunologique, qui pourrait coexister
avec le précédent. La gliadine comprend quatre fractions
immunogènes avec essentiellement l'alpha-gliadine et surtout la
sous-fraction A. Les molécules antigéniques sont riches
en proline et en glutamine. La gliadine se fixe sur les constituants de
la lamina propria, en particulier l'endomysium et la réticuline.
De nouveaux épitopes sont formés et induisent la synthèse
d'auto-anticorps. Ceux-ci vont donc se fixer sur la muqueuse intestinale
avec une desquamation exagérée des entérocytes de
surface responsable de l'atrophie villositaire. La maladie cliaque
est donc une maladie auto-immune.
La maladie cliaque est beaucoup plus fréquente chez des
patients avec un haplotype HLA de classe II DR 3, DR7 et DQW2.
Le point de vue du clinicien
Trois critères sont indispensables pour le diagnostic de maladie
cliaque : l'existence d'une malabsorption, la présence d'atrophies
villositaires sur la biopsie jéjunale du grêle avec modification
de l'épithélium de surface, enfin une amélioration
clinique, biochimique et histologique après instauration d'un régime
sans gluten.
Les anomalies des tests d'absorption intestinale peuvent être
minimes ou sévères. Les perturbations sont corrélées
à la longueur du segment du grêle atteint et, à un
moindre degré, à la sévérité des lésions
proximales.
Plusieurs phénomènes permettent d'expliquer la diarrhée
[4]. Tout d'abord l'absorption de sel et d'eau au niveau du duodénum
et du jéjunum est fortement perturbée. Ensuite la muqueuse
jéjunale anormalement perméable secrète une quantité
notable d'eau. Enfin, au niveau colique, une sécrétion d'eau
et d'électrolytes est induite par les acides gras non absorbés
et les acides gras hydroxylés. Cependant, l'intestin grêle
distal a la capacité d'adaptation aux lésions et à
la perte de capacité d'absorption du grêle proximal. Celle-ci
est responsable de la déshydratation et de l'hyponatrémie.
La recherche de maladies auto-immunes associées (lupus érythémateux
disséminé, thyroïdite, diabète...) est impérative
et s'est révélée négative chez notre patiente.
Le tableau clinique de notre patiente est classique avec asthénie,
amaigrissement et diarrhée. Des symptômes extradigestifs
liés à la malabsorption sont aussi présents telles
une perte de poids, une ostéopénie... En revanche, bien
que carencée en fer et en folates, la patiente ne présente
pas d'anémie.
Le traitement a consisté en une réhydratation avec du
sérum glucosé comprenant un ajout de sodium, de potassium,
calcium, complété par un apport oral de fer, folates, vitamine
D. L'injection de vitamine K a permis de normaliser le TP. Bien sûr,
le régime sans gluten est indispensable pendant toute la vie.
En ce qui concerne les principaux diagnostics différentiels à
évoquer, il faut citer : une ulcération du jéjunum
et du duodénum, un déficit en lactase avec intolérance
au lait, une sprue au collagène, un lymphome intestinal, une parasitose
type giardiase, une maladie de Crohn....
Prix international de biologie clinique
2000
D'un montant de 20 000 F, ce prix est destiné à récompenser
un travail ou un ensemble de travaux dans tous les domaines de la biologie
clinique.
Participation
Les candidats, de nationalité française ou étrangère,
ne devront pas être âgés de plus de 40 ans dans l'année
du dépôt de leur dossier. Les dossiers devront être
adressés au plus tard le 15 septembre 2000 au secrétaire
général de la Société française de
biologie clinique, 7, rue Albert-Lebrun, BP 403, 54001 Nancy Cedex. Tél.
03 83 35 36 25. Fax 03 83 32 75 13.
Dossier de candidature
Le dossier de candidature devra comporter les éléments
suivants : curriculum vitae en 3 exemplaires, exposé des travaux
en 3 exemplaires, tirés à part des travaux publiés
durant les trois années précédent le dépôt
du dossier ou manuscrits acceptés pour publication, en 3 exemplaires,
tout autre document ou mémoire que le candidat estimerait nécessaire
de soumettre au jury.
Jury
Le jury est composé des personnes suivantes : le président,
le vice-président et le secrétaire général
de la SFBC, le rédacteur en chef des Annales de Biologie Clinique,
les présidents du comité scientifique, trois membres du
conseil d'administration et trois présidents de sections ou responsables
de groupes de travail.
La remise du prix aura lieu lors de la journée scientifique organisée
par le comité d'interface Inserm/SFBC, le jeudi 23 novembre 2000
à Lille.
Article reçu le 23 décembre 1999, accepté le 18
mars 2000.
REFERENCES
1. Humbel RL. Auto-anticorps et maladies auto-immunes.
Éditions scientifiques Elsevier, 1994 : 141-9.
2. Boige V, Bouchnick Y, Delchier JC, Jian R, Matuchandsky, Andre
C. Anticorps anti-endomysium et antiréticuline chez les adultes
atteints de maladie cliaque suivis en région parisienne.
Gastroenterol Clin Biol 1996 ; 20 : 931-7.
3. Dieterich W, Laag E, Schopper H, et al. Autoantibodies
to tissue tranglutaminase as predictors of coeliac disease. Gastroenterology
1998 ; 115 : 1317-21.
4. Harrison TR, Wilson JD, Braunwald E, et al. Principes
de médecine interne. Médecine-Sciences Flammarion, 1992
: 1264-5.
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