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Virologie

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La grippe : à quand un vaccin moderne ? Volume 8, issue 1, janvier-février 2004

Author
Laboratoire de virologie, CHU, Bicêtre

Auteur(s) : C. Pallier

Laboratoire de virologie, CHU, Bicêtre

Alors même que l'épidémie de grippe a débuté précocement en Europe et aux États-Unis, dès la fin du mois d'octobre, le nombre important de cas cette année révèle les limites des vaccins actuels et rend plus pressante la nécessité d'une modernisation de leur production. En effet, c'est encore en œuf de poule embryonné que sont préparés les vaccins antigrippaux. Si ce procédé est éprouvé, efficace et fiable, l'amplification de la souche peut prendre jusqu'à 6 mois puisqu'il faut mettre en culture des dizaines de millions d'œufs, 1 à 2 œufs étant nécessaires pour une dose de vaccin. De plus, la souche prédominante du virus qui circule cette année est la souche Fujian que l'OMS n'est pas parvenue à multiplier en œufs embryonnés suffisamment tôt pour l'inclure dans les vaccins de cette saison. Les vaccins contiennent toutefois la souche Panama qui en est très proche et qui confère une protection partielle contre la souche Fujian.
Ces problèmes de délai de la production de masse des vaccins antigrippaux et de culture des différentes souches pourraient être surmontés au moyen de la génétique inverse. Cependant les vaccins fabriqués en utilisant cette technologie doivent encore subir des essais cliniques. Mais surtout, selon les responsables de l'OMS et d'autres experts, les fabricants de vaccins pourraient ne pas vouloir faire appel à la génétique inverse, car il faudrait pour cela qu'ils versent des droits à MedImmune, une société américaine de biotechnologies qui détient les brevets de cette technique. Une autre alternative serait la production des vaccins en utilisant des cellules de mammifères en culture, ce qui prendrait environ 2 semaines et serait peu coûteux d'après Bram Palache de la société Solvay aux Pays-Bas.
En février 2004, l'OMS va organiser à Genève une réunion entre les fabricants de vaccins, les autorités sanitaires et d'autres acteurs afin de réfléchir à ces problèmes. Il serait en effet souhaitable de mettre en place une nouvelle stratégie avant que ne survienne la prochaine pandémie, explique Klaus Stohr, chef du programme sur la grippe à l'OMS.

Référence

Pearson H. “Reverse genetics” could offer toward thinking flu vaccine. Nature 2003 ; 426 : 742.