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Virologie

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Des nouvelles à propos du virus de la grippe espagnole Volume 8, issue 1, janvier-février 2004

Author
Unité d‘épidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes, Institut Pasteur, Paris

Auteur(s) : Stella Cuervo

Unité d'épidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes, Institut Pasteur, Paris

La grippe espagnole a balayé le globe durant l'automne 1918 et l'hiver 1918-19, provoquant environ 40 millions de décès. D'un point de vue clinique, épidémiologique et pathologique, elle était remarquablement uniforme, suggérant que les virus responsables de l'épidémie en différents points du globe étaient très proches. Les auteurs de cette intéressante étude rétrospective ont essayé d'évaluer la possible homogénéité génétique des virus grippaux circulant à cette époque là et à l'origine de la pandémie. Pour cela, les séquences partielles du gène de l'hémaglutinine (HA1) de cinq souches ont été comparées.
Deux des souches analysées ont été isolées chez deux soldats américains décédés l'un à Camp Upton, New York, et l'autre à Fort Jackson, Caroline du Sud le 26 septembre 1918. La troisième souche a été isolée chez une femme qui habitait dans un village éloigné de la péninsule de Seward en Alaska et décédée à la mi-novembre 1918.
Les auteurs ont également examiné le matériel d'autopsie de 14 malades décédés durant l'hiver 1918-1919 et conservé dans le service d'anatomie de l'hôpital royal à Londres. Les échantillons ont été sélectionnés sur des critères histologiques évocateurs des lésions provoquées par le virus grippal. Sur ces 14 échantillons, 4 étaient positifs pour l'ARN viral mais seuls 2 d'entre eux ont pu être séquencés. Ces deux souches provenaient de prélèvements réalisés chez une femme de 50 ans décédée le 13 novembre 1918 d'une bronchopneumonie et chez un jeune homme de 25 ans décédé le 13 février 1919 d'une pneumonie.
Le séquençage d'un fragment de 563 pb du gène HA1 codant pour le site antigénique et pour le site de fixation au récepteur a été effectué pour les 5 souches choisies. Les 5 séquences obtenues ont été comparées entre elles.
La comparaison des séquences montre qu'il existe un degré de similarité entre 98,9 % et 99,8 %. En effet, la comparaison de la séquence de la souche provenant d'Alaska avec les séquences des souches londoniennes montre la présence de 2 différences nucléotidiques avec la première souche londonienne et de 3 avec la seconde. Expérimentalement, il semble que ces nucléotides soient impliqués dans l'antigénicité virale et dans la spécificité du récepteur viral. Par ailleurs, une de ces différences nucléotidiques a été aussi observée après comparaison avec les souches américaines.
Ces résultats montrent une relative homogénéité des séquences provenant de souches d'origines géographiques distinctes et isolées à des moments différents de la pandémie. Bien qu'obtenus à partir de seulement 5 souches, ils suggèrent que les mutations survenant au cours de la réplication ne se sont pas fixées dans la population virale, expliquant ainsi la circulation d'une souche consensus durant l'épidémie.

Référence

Reid AH, Janczewski TA, Lourens RM, Elliot AJ, Daniels RS, Berry CL, Oxford JS, Taubenberger JK. 1918 influenza pandemic caused by highly conserved viruses with two receptor-binding variants. Emerg Infect Dis 2003 ; 9 : 1249-53.