ARTICLE
abc.2012.0757
Jusqu’où mène le développement de méthodes de
référence ?
Philippe Gambert
Biologiste médecin, Philippe Gambert est PU-PH, professeur de
biologie médicale et biologie moléculaire, chef de service du
laboratoire de biochimie médicale du CHU de Dijon depuis 1991 et
actuel président de la SFBC depuis novembre 2009, il est impliqué
dans le développement de l’Inserm en Bourgogne depuis 1988
(contrats de recherche externe, contrat jeune formation), il crée
en 1998 et dirige jusqu’en 2007 l’unité Inserm U498 “Métabolisme
intravasculaire des lipoprotéines humaines”. Il coordonne la
Structure fédérative de recherche santé STIC depuis 2007 qui
regroupe tous les acteurs du Campus universitaire bourguignon dont
les recherches sont dédiées à la santé.
Mon interaction avec la SFBC a démarré dès la fin des années
1970, à la demande des professeurs Jacques Polonovski et Louis
Douste-Blazy, alors en charge de la Commission
« lipides-lipoprotéines » de la SFBC. L’objectif de cette
commission était de développer une méthode standardisée pour le
dosage du cholestérol sérique. Mon implication universitaire dans
le développement de méthodes de spectrométrie de masse applicables
à la biologie et mon activité hospitalière centrée sur
l’exploration des lipides et lipoprotéines m’ont naturellement
désigné pour mettre en place cette méthode au sein de ce groupe de
travail SFBC.
J’ai donc pu, avec l’appui des différents membres éminents de
cette commission, dont Jean-Charles Fruchart et Alain Legrand,
développer et finaliser une méthode de dosage par spectrométrie de
masse avec dilution isotopique du cholestérol marqué par le carbone
13 [1]. Cette méthode a constitué la base de développement d’une
méthode européenne en collaboration avec la société sœur de
biologie allemande (DGKC), conduisant à l’établissement d’une
méthode définitive utilisant le cholestérol doublement marqué par
le carbone 13 [2]. Elle constitue encore actuellement le “gold
standard” pour la certification d’une concentration exacte de
cholestérol d’un échantillon plasmatique.
Toutes ces activités ont été très enrichissantes pour le jeune
biologiste, analyste médical que j’étais et m’ont permis de
ré-orienter définitivement ma thématique de recherche vers les
lipoprotéines humaines, aboutissant à la création d’une unité
Inserm qui a constitué le socle de l’actuel Centre de recherche
Inserm U866 de l’Université de Bourgogne.
C’est très logiquement qu’en 2000, à la demande du président de
la SFBC de l’époque, le professeur Bernard Dastugue, j’ai repris
une activité officielle SFBC, en coordonnant à la suite du
professeur Yves Le Gall, membre de l’Académie de médecine, le
Comité scientifique en association avec Joëlle Goudable, qui me
succèdera à la présidence de la SFBC en novembre prochain.
Ainsi, j’ai pu percevoir précisément toutes les actions
développées par les différents groupes de travail SFBC et mesurer
tout le chemin parcouru depuis les années 1980.
Mon activité de vice-président puis de président dans cette
période très active d’évolution de notre profession de biologiste
médical, n’a fait que renforcer mes convictions dans les capacités
de la SFBC à s’adapter aux changements du monde professionnel. Je
ne citerai que deux exemples récents de cette réactivité de la
SFBC :
- –. les différents travaux menés dans le cadre des
groupes de travail sur l’assurance qualité coordonnés par Michel
Vaubourdolle et regroupant, dans une réflexion collective, plus de
80 biologistes, ont conduit à l’élaboration de guides
d’accompagnement dans la démarche d’accréditation, publiés sous
l’égide des Annales de biologie clinique et très prisés par
notre communauté biologique ;
- –. le succès remporté par la candidature de la SFBC à
l’organisation du congrès EuroMedLab 2015 qui permettra, en
association avec les JIB, de réunir à Paris plus de 5 000
biologistes européens pour partager et actualiser les derniers
développements scientifiques de notre spécialité de biologie
médicale.
Puisse cette évocation susciter de nombreuses vocations pour nos
jeunes biologistes désireux de s’impliquer dans notre toujours
dynamique société savante, heureuse de fêter ses 70 ans de vie
active.
Références
1. Gambert P, et al Assessment of serum
cholesterol by two methods : gas-liquid chromatography on a
capillary column and chemical ionization-mass fragmentography with
isotopic dilution of [3,4-13C] cholesterol as internal standard.
J Chromatogr 1979 ; 162 : 1-6.
2. Kattermann R, et al. Candidate selected
method for the enzymatic determination of total cholesterol in
serum. J Clin Chem Clin Biochem 1983 ; 21 :
347-55.
La force de la SFBC : les groupes de travail
Joëlle Goudable
Joëlle Goudable est pharmacien, praticien hospitalier en
biochimie aux Hospices civils de Lyon et MCU puis PU est
aujourd’hui et PUPH en santé publique du fait de sa spécialisation
en nutrition. Elle est membre de l’équipe Inserm 1060 CarMeN
(cardiovasculaire, métabolisme et nutrition) et membre fondateur de
CENS : Centre européen nutrition santé, né du plan campus et
qui se met en place actuellement sur Lyon. C’est le professeur
Christian Collombel qui l’a encouragée à prendre des
responsabilités au sein de la SFBC, tout d’abord comme responsable
de groupe de travail puis comme président du Conseil scientifique.
Joëlle Goudable assurera les fonctions de présidente de la SFBC à
partir de novembre 2012.
L’une des missions de la SFBC est d’accompagner les biologistes
médicaux dans leur exercice professionnel, notamment en intégrant
les nouvelles données scientifiques et médicales, et en améliorant
constamment les pratiques biologiques, pour une qualité d’analyse
et d’interprétation des résultats constamment meilleure et
finalement plus pertinente dans son interprétation bioclinique.
Pour mener à bien cette mission, un des objectifs principaux de la
SFBC est d’émettre des recommandations pour la pratique
professionnelle des biologistes médicaux. Ces recommandations sont
proposées par les groupes de travail, à la fois bases de la SFBC
mais aussi lieux de rencontres, d’échanges et de discussions entre
experts d’une thématique particulière.
Après avoir débuté ma collaboration avec la SFBC en 1981 dans un
groupe de travail destiné à recommander une technique de dosage des
acides biliaires, j’ai ensuite dirigé plusieurs groupes sur les
analyses de biologie médicale délocalisées. Ce sujet très polémique
il y a quelques années, a permis de mettre en présence des
biologistes ayant des positions différentes sur cette question pour
réfléchir à des propositions et des recommandations raisonnables et
applicables en pratique quotidienne. La Direction générale de la
santé nous a demandé en 2006 de nous associer à toutes les
organisations professionnelles pour piloter un groupe de travail et
émettre des recommandations sous l’égide du Ministère de la Santé.
Cet exemple illustre bien la place de la SFBC au sein de la
profession, comme interlocutrice et référence professionnelle.
L’HAS demande actuellement de façon systématique à notre société
des experts pour les différents thèmes de recommandations médicales
sur lesquels elle travaille.
Il est important de souligner que les groupes de travail, quelle
qu’en soit la thématique, ont toujours permis aux biologistes de
s’investir sur des sujets d’actualité et d’être membres actifs de
la SFBC. La rencontre avec d’autres biologistes de différentes
régions avec des modes d’exercice différents permet, en particulier
à nos jeunes collègues, de réfléchir sur l’exercice professionnel,
de confronter des méthodes de travail, de proposer des
améliorations de technique, d’interprétation biologique ou de
contrôle de la qualité.
Des groupes de travail ont proposé des recommandations qui font
toujours référence après 15 ou 20 ans. Je pense en particulier aux
groupes de travail « Validation de techniques » et
« Normes de validation du protocole de validation de
techniques » (responsable : Anne Vassault) qui, grâce à
ses publications dans les Annales de biologie clinique, a
permis de diffuser très largement des recommandations toujours
d’actualité.
Les groupes de travail de notre société sont notre force et
montrent notre dynamisme. Ils permettent à tous les biologistes,
membres de la SFBC, de partager leurs connaissances et de mener une
réflexion qui nourrit notre pratique professionnelle quotidienne et
fait évoluer notre mode d’exercice.
Le renouvellement fréquent de ces groupes de travail est
indispensable pour suivre l’évolution de notre profession, informer
et aider les biologistes au quotidien. Les groupes de travail et
groupes de veille de la SFBC constituent aujourd’hui une force de
travail importante, supervisés par un comité scientifique qui
travaille sans relâche pour les aider à diriger leurs travaux,
élaborer des documents de synthèse, préconiser de nouvelles
méthodes de fonctionnement et pratiques professionnelles. Ces
travaux témoignent du dynamisme des instances scientifiques et de
la vie des structures de la SFBC, pour aider les biologistes
médicaux dans leur activité quotidienne au service des cliniciens
et in fine des patients. C’est toute la noblesse de notre
mission et de notre action collective au sein de la SFBC pour la
profession !
Le temps des –omes…
Philippe Gillery
Philippe Gillery a été président de la SFBC de 2003 à 2006.
Il est professeur de biochimie et biologie moléculaire à la Faculté
de médecine et chef du Pôle de biologie du CHU de Reims, dont il a
été président de la Commission médicale d’établissement de 2003 à
2011. Il est vice-président de la division scientifique de l’IFCC
depuis 2011, et assurera les fonctions de co-président du
congrès/président du Comité scientifique du congrès EuroMedLab 2015
organisé à Paris. Il est président de la Conférence régionale de la
santé et de l’autonomie Champagne-Ardenne depuis 2010.
Il est communément admis que pour survivre, il faut s’adapter.
Réciproquement, on peut énoncer que, pour s’adapter, il faut
d’abord survivre. Ce qui pourrait n’être qu’une simple argutie
prend cependant tout son sens en matière de biologie médicale.
L’évolution de la discipline est rapide, brutale, et il ne faudrait
pas que le temps nécessaire à intégrer les indispensables
évolutions soit incompatible avec une réalité qui s’imposerait trop
vite, sans laisser de possibilité de réorientation.
La biologie médicale présente la particularité de se situer à
l’interface entre la recherche scientifique fondamentale et la
pratique quotidienne de la prise en charge du patient. Entre ces
deux mondes, elle doit garder, ou peut-être reprendre, toute la
place qui fait son originalité au sein du système de santé.
Prenons un exemple. Depuis une dizaine d’années, de nombreux
néologismes sont apparus en biologie, consistant à affubler le
radical de divers termes utilisés en biochimie et biologie
moléculaire du suffixe “ome”. Après le génome et le transcriptome,
les appellations dérivées se sont multipliées, en commençant par le
protéome (pourquoi pas le protéinome ?), le glucidome, le
lipidome, le métabolome, et bien d’autres. En 2005, j’avais suggéré
lors d’une conférence internationale d’ajouter à la famille des
“omics” le “fashionomics”. Je n’avais pas forcément anticipé que la
mode allait persister et la tendance s’accroître. Ainsi, le génome
peut maintenant se définir comme un kaléidoscope d’identités
entrecroisées, comme l’oncogénome ou le méthylome.
Si une volonté de systématisation dans la description des
réactions biologiques, de leurs acteurs et de leurs interrelations
(cas de l’interactome), est louable afin de mieux comprendre la
complexité du vivant, on ne peut s’empêcher de penser que ces
découpages, en sous-ensembles qui se recoupent partiellement, de
familles, de structures ou de métabolismes, ont une nature quelque
peu arbitraire. Ainsi, pourquoi ne pas dissocier le substratome,
l’enzymome et le productome pour décrire les partenaires des
réactions enzymatiques ? Mais quelle en serait la
justification, hors cette volonté de systématique ?
Par extension, la “omique” pourrait aussi s’étendre à des
considérations techniques. Ainsi, l’extraordinaire développement
des techniques d’hybridation moléculaire, leur automatisation et
leur exploitation par des méthodes biostatistiques pourraient
largement justifier la définition du puceome.
Nombre de ces dénominations sont prêtes, comme certaines l’ont
déjà fait, à passer le cap de la recherche et à être utilisées en
diagnostic dans les laboratoires de biologie médicale. Au-delà du
caractère anecdotique de mes propos, il est évident que ces
nouveaux concepts sont d’importants vecteurs d’approches innovantes
pour identifier les facteurs diagnostiques, prédictifs ou
thérapeutiques chez un patient donné. À ce titre, ils doivent
retenir toute l’attention de la communauté biologique, et en
particulier de la Société française de biologie clinique, dans ses
orientations scientifiques.
Cependant, la biologie médicale a parallèlement fait l’objet ces
dernières années de modifications majeures d’ordre réglementaire,
et l’entrée en accréditation a modifié la vie de tous les
laboratoires, quel que soit leur statut, public, privé,
hospitalo-universitaire. Les préoccupations liées à l’accréditation
et à la qualité ont fait l’objet de remarques antérieures de ma
part [1]. De nouveaux espaces, qui n’ont rien de virtuel, sont
apparus, liés au qualitome et à ses sous-ensembles, comme le
procédurome ou l’auditome. J’ai à plusieurs reprises insisté dans
cette revue sur l’importance pour la biologie médicale de redéfinir
ses missions et son positionnement [2, 3]. Le moment est plus
que jamais venu. Celle-ci doit trouver une nouvelle place dans la
prise en charge du patient, en lien avec les cliniciens, au sein
d’un partenariat équilibré et porté sur l’avenir. Elle ne doit pas
se résoudre à un rôle de plateau technique, si sophistiqué soit-il,
même avec une petite connotation médicalisée pour donner le change,
au moins encore pendant quelques années. Elle ne doit jamais
oublier la plus-value que lui confère son statut de discipline
interface, ni prendre le risque de couper le lien avec ses
composantes plus scientifiques, par nature sources d’innovation.
C’est à ce seul prix que la biologie médicale gardera sa plus-value
par rapport aux alternatives nouvelles qui se présentent aux
patients et aux cliniciens, même sous forme de tentations
irresponsables.
L’organisation territoriale de la biologie autour des
laboratoires hospitalo-universitaires dans le cadre des schémas
régionaux d’organisation sanitaire pourrait permettre une telle
approche, et donner à des restructurations inévitables un sens
médical, et pas seulement une justification
économico-administrativo-financière. Cette démarche, est à mon
sens, nécessaire à notre survie collective.
Les biologistes doivent comprendre cet enjeu, sans se laisser
aveugler par le souvenir d’un passé vu, peut-être avec raison,
comme un âge d’or. Mais le contexte socio-économique, scientifique,
démographique et épidémiologique est autre, et l’ancien âge d’or
est bel et bien révolu. Il ne nous reste qu’à en bâtir un nouveau.
Cet objectif nécessite sans aucun doute une nouvelle réflexion,
plus poussée, sur le rôle des biologistes, leur formation et leur
place dans le système de santé.
La Société française de biologie clinique a un rôle majeur à
jouer dans ce processus, afin d’aider la biologie médicale à se
projeter dans l’avenir et à se positionner de façon pérenne, avec
ambition et détermination, entre le qualitome et le puceome.
Références
1. Gillery P. Signe des temps. Ann Biol Clin
2012 ; 70 : 353-4.
2. Gillery P. La biologie médicale doit se
redynamiser. Ann Biol Clin 2000 ; 58 : 259-60.
3. Gillery P. Question de vie. Ann Biol Clin
2004 ; 62 : 3.
De l’uréomètre aux directives européennes…
Simone Zerah
Simone Zerah est biologiste médical libérale en région
parisienne. Ancien interne des hôpitaux de Paris, elle est diplômée
du « Jones Institute » de Norfolk (USA) pour l’activité
d’Assistance médicale à la procréation. Elle représente la SFBC
auprès des instances européennes et internationales, et préside la
commission « Professional Committee » de l’EFLM et la
commission du Registre EC4 des biologistes européens. Elle est
aussi présidente du CEPLIS (Comité européen des professions
libérales).
« Curiosity » vient d’atterrir sur la planète
Mars lorsque je commence à écrire ce texte. Simple coïncidence…
Pour moi plus que cela : le parallélisme de l’évolution de
notre profession avec celle de la Nasa m’apparaît comme une
évidence et un symbole. La biologie médicale est aujourd’hui sur
une autre orbite. C’est en 1958 que l’agence spatiale de la Nasa a
été créée. C’était encore pour nous l’époque de l’uréomètre, du Van
Slyke, ou du Baudouin-Lewin (que les « jeunes » n’ont pas
connu), et de l’arrivée des premières chaînes
« Technicon ». Un bref rappel des grandes étapes me
semble utile pour mieux comprendre et situer dans le temps
(deuxième moitié du vingtième siècle !) le voyage
spectaculaire et passionnant que nous « les anciens »
avons eu la chance de vivre.
La profession n’a commencé à être structurée que dans les années
1970 : loi de 1975, radio-immunologie (l’immunologie
d’aujourd’hui n’était pas encore née), développement des appareils,
usage unique, introduction de l’informatique… Dans les années 1980,
la génétique et la « FIV » (fécondation in vitro),
aujourd’hui « AMP » (assistance médicale à la
procréation) ; on peut parler de changement de société :
désormais, on peut voir au microscope un spermatozoïde s’attacher
(ou non) à la membrane pellucide de l’ovocyte et le pénétrer (ou
non). On découvre que 30 % des stérilités sont masculines.
Dans les années 1990-2000, le développement du matériel et des
techniques de laboratoire devient exponentiel : biologie
moléculaire, puces, automatisation en bactériologie,
nanotechnologies, criblage protéomique, etc. On pourrait dire, pour
illustrer le propos : des « Journées de
Lariboisière » aux JIB et autres grands congrès
d’aujourd’hui…
L’avènement de la qualité dans la profession doit être considéré
comme un atout : publication de la Norme ISO/EN 15189 en 2003,
grâce à la très grande motivation des personnes qui ont œuvré à sa
rédaction (en France : Claude Giroud, Anne Vassault, Simone
Zerah). Il est important de rappeler que cette norme spécifique
rédigée pour des biologistes, par des biologistes, tient enfin
compte des phases pré- et post-analytiques. C’est un bouclier
contre la biologie « industrielle » et
« financière ». C’est nous qui déterminons si le bon
échantillon a été prélevé au bon moment et conservé conformément
aux bonnes règles, et c’est nous qui interprétons les
résultats.
Le rôle du biologiste médical s’est accru pendant ces
années : il est reconnu comme le « maillon fort » de
la chaîne de soin. Soixante-dix pour cent de toutes les décisions
médicales reposent sur notre travail (diagnostic, traitement,
prévention, sécurité des patients). Parallèlement, l’Europe s’est
mise en place. Le traité de Rome en 1957 organise la liberté de
mouvement des marchandises et des services dans l’Union européenne.
Les autorités de Bruxelles établissent des directives : une
directive est un acte législatif, obligatoirement transposable dans
tous les pays membres. Nous étions 6 pays au début, nous sommes
maintenant 27, bientôt 28 avec la Croatie dont l’entrée sera
effective en 2013. La profession s’organise au niveau
européen : les professionnels se rencontrent et travaillent
ensemble. La société représentative de chaque pays (en France, la
SFBC) nomme un délégué d’une part à l’EFLM, d’autre part à la
commission du Registre EC4 où ne peuvent s’inscrire que les
professionnels ayant le niveau requis, défini par la directive sur
les qualifications professionnelles, et sur la base du Syllabus
[1]. Nous sommes reconnus par la commission européenne comme
représentants de la profession [2].
Notre profession est relativement jeune, elle avait besoin d’un
nom pour être reconnue. Depuis 2011 nous avons enfin un titre
européen : nous sommes « Specialists in laboratory
medicine », quelle que soit notre formation de base, à
condition d’être du niveau requis par le Registre EC4. Nous sommes
environ 30 000 travaillant en milieu hospitalier ou privé. Ce
fait fondamental va nous aider à faire savoir qui nous sommes,
aussi bien auprès des patients que des autorités
administratives.
La directive sur les qualifications professionnelles
C’est un sujet d’actualité, fondamental pour l’avenir de notre
profession. La première version de la directive sur les
qualifications professionnelles (2005/36EC) devait être transposée
par tous les États membres en 2007 ; elle est en évaluation et
révision depuis 2010. En tant que présidente du Comité
professionnel de l’EFLM, je suis très impliquée sur ce sujet. J’ai
assisté à toutes les réunions à Bruxelles, depuis mars 2010, nous
avons répondu à tous les questionnaires. Nous avons fait du
lobbying avec l’aide du CEPLIS (Comité européen des
professions libérales) et rencontré des membres de la
commission.
La proposition de directive de la Commission européenne au
Parlement européen a été publiée en décembre 2011 ainsi que le nom
du rapporteur (Madame Vergnaud) et des « shadow
rapporters » [3]. La date limite pour déposer des
amendements est le 15 octobre 2012. Le texte définitif devrait
être publié en décembre 2012. Nous avons déposé des
amendements : discussions et décisions avec les
professionnels, coopération de tous les Etats membres, définir les
autorités compétentes dans chaque Etat membre, le rôle des
coordinateurs [4] doit être clair et transparent, conserver les
niveaux d’éducation. Les autres points soulevés dans la directive
sont : les cartes professionnelles, l’accès partiel (ne
devrait pas concerner les professions de santé), la formation
continue, les mécanismes d’alerte, les exigences linguistiques.
Nous avons rencontré à plusieurs reprises
Madame Vergnaud ; elle a accepté de participer à notre
congrès EFLM/UEMS [5] qui aura lieu à Dubrovnik en octobre 2012.
Depuis 2 ans le rapprochement de nos deux fédérations européennes
est réel et très productif. Nous nous réunissons régulièrement et
avons des projets communs.
La version actuelle du texte proposé tient compte d’un certain
nombre de nos propositions, notamment sur les « principes
communs de formation » (par exemple, les plateformes
communes). Si 9 pays se mettent d’accord, ils pourront proposer à
la Commission un « principe commun de formation » et
favoriser la libre circulation.
La France devait être « Euro-moteur » :
sera-t-elle au moins dans les 9 ? To be or not to
be ? Nous aurons besoin de tous, dès la parution du texte
final de la directive pour avoir, chez nous des contacts avec les
autorités concernées et mettre en place une collaboration. Nous
avons déjà des contacts avec plusieurs autres pays de l’Union
européenne. Ce serait un comble que la France ne prenne même pas le
train en marche…
Grâce à la défense d’un haut niveau de compétence des
professionnels en Europe, le « Specialist in laboratory
medicine » pourra continuer à exercer ce très beau métier
et à jouer un rôle primordial dans la chaîne de
soin.Références
1. Zerah S, et al. The EC4 European syllabus
for post-graduate training in clinical chemistry and laboratory
medicine : version 4 – 2012. Clin Chem Lab Med
2012.
2.
http://eesc.europa.eu/self-and-coregulation/full.asp?ID=121.
3. Membres du Parlement de familles politiques
différentes de celles du Rapporteur, désignés par un comité
parlementaire.
4. Dans chaque pays membre de l’UE, il y a 1 point
de contact et 1 coordinateur responsable et conseiller pour la
Directive rattaché à un ministère.
5. UEMS : European Union of Medical
Specialists, Board of Medical Biopathology.

Du prix international au secrétariat général de la
SFBC
Vincent Sapin
Jeune biologiste médical, Vincent Sapin est professeur de
biochimie et biologie moléculaire à la Faculté de médecine
(Université d’Auvergne) et chef de service au CHU de
Clermont-Ferrand. Il dirige l’Equipe d’accueil 7281 (R2D2), et est
secrétaire général adjoint de la SFBC depuis 2009 ; il
coordonne également un groupe de travail sur les marqueurs
biologiques du syndrome d’alcoolisation fœtale.
Durant mes années d’internat et d’assistanat en biologie
médicale, le premier lien tangible avec la SFBC se fît par
l’intermédiaire de son journal, les Annales de biologie
clinique. De façon très régulière, je voyais apparaître sur mon
bureau le journal à la fameuse couverte bleue, déposé pendant
quelque temps par le président de la SFBC, Bernard Dastugue. Eduqué
très jeune par ce dernier, avec le fameux principe « Publish
or perish », c’est avec un réel plaisir que j’ai appris par le
rédacteur en chef de l’époque, Jean-Louis Dhondt, l’acceptation de
mon premier article dans les ABC en 2002, portant sur l’étude de la
perturbation de la détermination immuno-turbidimétrique de la
transferrine due à la présence d’une immunoglobuline M monoclonale.
Par la suite, il m’est apparu important de continuer à contribuer
aux ABC en demandant aux internes du service que je dirige de
s’initier à la rédaction de publication au sein du journal, mais
aussi à la lecture critique en s’appuyant sur des articles issus
des ABC. C’est au décours de la lecture de ce journal, que je vis
l’annonce du prix international de la SFBC 2007, auquel je décidais
de participer en proposant mes travaux sur alcool et
grossesse : aspects diagnostiques et perturbations du signal
placentaire de la vitamine A. Je me rappelle encore avec émotion,
l’appel du président de la SFBC, à l’époque Alain Legrand, me
demandant de réserver le deuxième vendredi de novembre pour venir
recevoir ce prix et présenter mes travaux lors d’une des sessions
des journées scientifiques de la SFBC organisées annuellement lors
des JIB. J’ai alors pu découvrir certaines facettes très
intéressantes de la SFBC, qui m’ont conduit à m’impliquer dans son
fonctionnement.
En effet, l’implication de la SFBC au cours de ces journées est
à mon sens, très symbolique de son action tout au long de l’année.
Evoluant au cœur même des préoccupations de la biologie médicale
tant privée que publique, elle sait traiter des sujets aussi bien
tournés vers notre pratique quotidienne que des sujets plus en
pointe (journée en lien avec l’Inserm). Nombreux sont aussi les
sujets traités par des groupes de travail ou de veille présentés
lors de ces journées, que nous retrouvons dans des futures
recommandations et/ou documents officiels (cf. le mot de
Joëlle Goudable) pour aider la pratique de nos collègues et in
fine optimiser la prise en charge des patients, cœur de cible
de notre activité de biologistes médicaux. À ce titre, le travail
entrepris pour la rédaction de traités sur l’accréditation en est
un formidable exemple d’actualité. Administrativement, ces journées
permettent également la tenue de réunions réglementaires régissant
notre association comme l’assemblée générale. Telle la partie
visible de l’iceberg, cette présentation synthétique n’est que le
pâle reflet de la partie immergée que constitue au jour le jour, la
gestion administrative, financière et réglementaire du millier de
membres de la SFBC, ainsi que celle de ses relations avec les
différentes instances françaises et internationales. C’est que j’ai
appris à découvrir en tant qu’adjoint de notre secrétaire générale
actuelle Roselyne Garnotel, que tout le monde connaît trop
injustement de façon limitée par ses appels à cotisation puis sa ou
ses relance(s) lors de leur non acquittement. À la question
classique « si vous deviez vous retenir une seule chose de
votre vision de la SFBC », je répondrai d’ailleurs sans
hésiter que « dans un monde de plus en plus tourné vers une
financiarisation redoutée pour notre profession, l’investissement
bénévole de l’ensemble des membres du bureau de la SFBC est, à mon
sens, une garantie rafraîchissante lui permettant de souffler avec
confiance ces 70 bougies… ».
La biologie médicale est un art exercé par des
scientifiques
Jean-Marie Dever
Jean-Marie Dever est biologiste médical, directeur de
laboratoire depuis 12 ans dans un centre de médecine préventive à
Paris (le CIEM) dont il a pris la direction générale en juin 2012.
Son laboratoire est accrédité par le Cofrac depuis 2011. Jean-Marie
Dever est membre du Comité scientifique et rédactionnel des Annales
de biologie clinique depuis 2009.
La biologie médicale est soumise en France à des défis
majeurs : faire face à l’industrialisation de notre
profession, assurer sa pérennité en tant que service aux patients
et aux cliniciens, prendre à son compte l’élan donné par la
démarche plus ou moins forcée vers l’accréditation.
Au-delà des aspects financiers, juridiques et organisationnels
que ces défis entraînent, l’incertitude sur la politique de santé
de notre pays est un frein à l’esprit d’entreprise, pour les
laboratoires comme d’ailleurs pour tous les autres secteurs
d’activités médicaux. Notre profession est par ailleurs trop
divisée et de toute façon trop peu nombreuse pour peser sur le
cours des évènements. L’arrivée d’acteurs financiers, aux intérêts
souvent divergents avec ceux des biologistes, n’a fait qu’accentuer
le problème.
Il nous reste une voie sur laquelle nous devons être
intransigeants : conserver et développer un niveau
d’excellence qui nous rendra indispensable dans le secteur de la
santé. La norme NF EN ISO 15189 est un outil formidable qui permet
de remettre en cause nos acquis et de tirer l’ensemble de la
profession vers le haut. Encore faut-il la considérer comme telle
et non comme une contrainte, malgré le fait qu’elle ne prend sans
doute pas en compte toutes les particularités de notre métier. La
SFBC l’a bien compris, en créant des groupes de travail qui ont
permis la mise à disposition d’outils précieux pour les biologistes
sous forme de recommandations publiées par les Annales de
biologie clinique.
La biologie médicale doit être exercée par des biologistes (et
non pas par des qualiticiens ou des auditeurs) conscients que la
pérennité de leur outil de travail passe par leur compétence et la
valeur ajoutée qu’ils apportent aux cliniciens et donc aux
patients. La réussite financière suivra…
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