ARTICLE
san.2011.0264
Auteur(s) : Alexis Elira Dokekias dokekias@yahoo.fr
Service d’hématologie
CHU de Brazzaville
Congo
Tirés à part : A. Elira Dokekias
Le myélome multiple est une hémoprolifération lymphoïde
chronique B fréquente au sein de la population noire aux États-Unis
d’Amérique comparativement à la population blanche. En Afrique
subsaharienne, cette pathologie semble très fréquente, mais à cause
d’études incomplètes, la fréquence exacte de cette hémopathie
maligne est peu connue. Le diagnostic, en Afrique noire, repose
essentiellement sur les critères biochimiques (présence d’un pic
monoclonal sérique ou urinaire, les techniques d’immunofixation),
et surtout sur l’apport de la cytologie à travers la mise en
évidence d’une plasmocytose médullaire anormale. Dans le cas des
tumeurs plasmocytaires localisées, l’analyse histologique, parfois
complétée par l’immunohistochimie [1, 2], permet le
diagnostic. Les patients sont le plus souvent jeunes par rapport à
l’âge moyen classique de cette hémopathie et ils sont admis à un
stade avancé. Cette admission tardive aggrave le pronostic de la
maladie. L’insuffisance du plateau technique réduit la possibilité
d’explorer en dehors de la créatinémie plasmatique, la calcémie, le
taux des lacticodéshydrogénases et, dans quelques cas, la
β-2-microglobuline, d’autres analyses. Les analyses cytogénétiques
qui permettent de déterminer les facteurs pronostiques initiaux ne
sont pas disponibles [3].
Au CHU de Brazzaville, nous avons reçu entre 1993 et 2008, 168
patients atteints de myélome multiple, dont 59 patients âgés de
moins de 50 ans (29,8 %). Parmi ces patients, on dénombrait 90
patients de sexe féminin (53,6 %) et 78 de sexe masculin (46,4%).
Dans cet effectif, 122 patients se présentaient au stade IIIB de la
maladie (73,6 %), 40 au stade IIIA (23,8 %), et dans 6 cas il
s’agissait de tumeurs plasmocytaires isolées (2,6 %). Il faut noter
dans cet effectif 3 cas de myélome multiple associés à l’infection
par le VIH. L’agressivité du tableau clinique initial était
caractérisée par 28 cas de fractures spontanées, 43 cas de syndrome
de compression médullaire, 56 cas d’insuffisance rénale aiguë, et
69 cas d’insuffisance médullaire avec anémie sévère
(Hb < 6 g/dL).
Ce constat nous a amenés à proposer la réalisation de cures de
type VAD (vincristine 0,6 mg/m2, doxorubicine
6 mg/m2 en perfusion continue pendant 4 jours et de la
dexaméthasone 40 mg dose totale en IV). Le coÛt d’une cure tous les
21 à 28 jours est estimé à 128 euros à la charge du patient sans
prendre en compte les autres mesures générales. Au total, 82
patients (48,8 %) ont bénéficié du traitement par VAD d’emblée. Ils
ont reçu au minimum 3 cures en milieu hospitalier, avant leur
sortie provisoire, pour limiter le nombre des perdus de vue. Nous
rapportons 38 patients (22,6 %) parmi les autres cas qui ont reçu
soit du VMCP (vincristine, melphalan, cyclophos-phamide et
prednisone) ou du VAMCP (A= doxorubicine 25 mg/m2 à J1).
Le deuxième constat est que, parmi les patients ayant reçu du VMCP
ou VAMCP, à cause de la progression de la maladie après la deuxième
cure, 34 (89,4 %) ont basculé sur le VAD entraînant une réponse
thérapeutique meilleure. Sur les 82 patients ayant reçu du VAD
d’emblée, 74 (90,2 %) ont été jugés en réponse clinique,
biochimique et cytologique conformément aux critères internationaux
[4]. Les 34 patients ayant basculé du VMCP/VAMCP vers le VAD ont
obtenu une réponse complète après 3 cures dans 68 % des cas. La
réponse complète au traitement a conduit à poursuivre le schéma VAD
selon 3 à 4 cures complémentaires sans noter de graves
complications iatrogènes. Sur l’effectif global de 116 patients
ayant bénéficié du traitement par VAD, on a pu relever que 71
patients (61,2 %) ont maintenu une réponse thérapeutique complète
et non évolutive durant une période minimale de trois années sans
poussée évolutive. Certains patients ayant une présentation
clinique initiale très agressive ont reçu entre les cures des
injections de dexaméthasone (40 mg DT par jour pendant 4 jours).
Cinquante-cinq patients (44 %) ont rechuté au-delà du
15e mois après l’arrêt de la chimiothérapie, ce qui nous
a obligés à entreprendre soit la reprise du VAD, soit
l’administration de doses isolées de dexaméthasone IV. La
réalisation de traitements innovants dont l’efficacité en première
ligne semble être démontrée par certains travaux européens
[5, 6] paraît actuellement difficile à envisager dans nos
pays. Il s’agit particulièrement de l’association dexaméthasone et
inhibiteurs de protéasome (thalidomide, lénalidomide, bortézomib).
Deux patientes transférées en France ont bénéficié de l’autogreffe
de cellules souches hématopoïétiques sans succès. Si dans les pays
développés, l’avènement de la chimiothérapie intensive, de
l’autogreffe des cellules souches et de nouvelles thérapies a
permis d’améliorer les taux de réponses complètes par rapport à la
chimiothérapie conventionnelle [7, 8], la situation en Afrique
noire semble différente et particulière sur plusieurs
aspects :
- –. les patients sont admis à des stades avancés et
présentent des particularités liées à la sémiologie initiale du
myélome multiple représentées par des complications
multiples ;
- –. le recours aux schémas conventionnels semble inadapté
malgré le contexte des ressources limitées ;
- –. la prise en charge difficile des complications
osseuses (lytiques, pertes de substances osseuses, fractures
spontanées). En dehors des méthodes orthopédiques de contention, la
disponibilité des biphosphonates et dérivés est
difficile ;
- –. le recours d’emblée au schéma type VAD à adapter en
fonction de chaque patient. Il faudra prendre en compte la fonction
rénale, la fonction myocardique et le degré d’insuffisance
médullaire. Il apparaît ici que le VAD entraîne de meilleures
réponses, thérapeutiques. La dexaméthasone à hautes doses semble
avoir une action anti-inflammatoire au cours des compressions
médullaires favorisant une amélioration de l’état fonctionnel des
patients ;
- –. l’âge très jeune des patients devrait favoriser la
réalisation après quelques cures de type VAD, d’un traitement
intensif suivi de greffe de cellules souches (autologue ou
allogénique). En effet, après obtention de réponse thérapeutique
comme cela est le cas dans notre service, il est difficile pour les
praticiens d’envisager d’autres alternatives par insuffisance des
moyens et du plateau technique [5, 8] ;
- –. plusieurs patients – 32 dans cette étude (19 %) –
n’ont pas pu avoir accès au traitement par absence de moyens. Il
faut souligner que les tumeurs plasmocytaires en l’absence de
moyens de réaliser la radiothérapie locorégionale ont juste
bénéficié du traitement chirurgical local associé à des cures de
chimiothérapie de type VMCP avec des réponses variables. Au total,
l’obtention d’une réponse complète au cours du myélome multiple est
corrélée à un meilleur choix thérapeutique qui doit se fonder sur
le pronostic initial de chaque patient. Le VAD constitue, à notre
avis, en Afrique noire, le schéma thérapeutique de première ligne
en raison des critères cités plus haut [9]. Mais le contrôle de la
maladie résiduelle et l’utilisation de nouvelles thérapies en vue
d’un traitement de maintenance [5, 8] restent encore
inaccessibles en Afrique subsaharienne, nécessitant des efforts
complémentaires ainsi qu’une collaboration Nord-Sud.
Remerciements et autres mentions
Financement : aucun ; conflits d’intérêts :
aucun.
Références
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