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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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Prevalence and etiology of amblyopia of children in Yaoundé (Cameroon), aged 5-15 years


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 21, Number 3, 159-64, Juil-Août-Sept, Études originales

DOI : 10.1684/san.2011.0254

Résumé   Summary  

Author(s) : Christelle Domngang Noche, Giles Kagmeni, Assumpta Lucienne Bella, Émilienne Epee, Centre médical Innel BP 12715 Yaoundé Cameroun, Université de Yaoundé I Faculté de médecine et des sciences biomédicales Yaoundé Cameroun, Université des Montagnes Institut supérieur des sciences de la santé BP 208 Bangangté Cameroun.

Summary : Purpose: To determine the frequency of amblyopia and identify its causes in a population of children aged 5-15 years in Cameroon. Subjects and methods: This retrospective study examined the files of children aged 5-15 years seen in a private eye clinic in Yaounde from January 2008 through December 2010. The subjects underwent a complete ophthalmic examination including assessment of the best corrected visual acuity on a LogMAR chart, cycloplegic refraction measurements, and an orthoptic examination. The slit-lamp microscope and eye fundus examinations made it possible to rule out organic diseases. Statistical analysis was performed with Epi Info software, version 3.5.3, to analyze the the frequency and laterality of amblyopia according to age, sex, and refractive errors. Results: Twenty-eight of the 314 patients studied had amblyopia, for a frequency of 8.9 % in the study population and 10.3 % in the subjects with ametropia ( n \= 271). The average age of children with amblyopia was 9.9 + / - 3 years. The frequency of amblyopia was higher among boys, but the difference was not statistically significant (p\=0.3679). In order of frequency, the causes were refractive errors, for 93 % (26/28) of the children, and strabismus for 7 % (2/28). Astigmatism was the most frequent cause of ametropic amblyopia. Amblyopia had an anisometropic origin in 43 % (12/28) of cases. It was unilateral in 39.2 % (11/28) and bilateral in 61 % (17/28) of cases, severe in 18 %, moderate in 18 %, and mild in 64 %. Conclusion: Ten percent of the subjects in our series had amblyopia, mainly due to refractive errors. Amblyopia was most frequently bilateral and mild. A systematic ophthalmological examination in childhood could provide early detection and management of refractive errors that cause ocular morbidity.

Keywords : amblyopia, ametropia, anisometropia, strabismus

Pictures

ARTICLE

san.2011.0254

Auteur(s) : Christelle Domngang Noche1,3 cabinet_innel@yahoo.fr, Giles Kagmeni2 kagmenigiles@yahoo.fr, Assumpta Lucienne Bella2 ngonbidjoe@yahoo.fr, Émilienne Epee2 epee40@yahoo.fr

1 Centre médical Innel BP 12715 Yaoundé Cameroun

2 Université de Yaoundé I Faculté de médecine et des sciences biomédicales Yaoundé Cameroun

3 Université des Montagnes Institut supérieur des sciences de la santé BP 208 Bangangté Cameroun

Tirés à part : C. Domngang Noche

L’amblyopie, définie pour la première fois par Van Noorden en 1967, est un trouble fonctionnel caractérisé par la perte de discrimination de l’œil. Elle peut être uni- ou bilatérale, et de profondeur variable [1, 2]. Elle se développe tôt dans l’enfance (entre 1 et 4 ans) et son origine peut être multifactorielle [1]. Elle est source de malvoyance et constitue un problème de santé publique. Cependant, bien que grave, elle peut, dans certains cas, être réversible en cas de dépistage et de prise en charge précoce [1, 2]. La prévalence de l’amblyopie serait de 1 à 4 % dans la population occidentale [1–3]. Au Cameroun, sa prévalence a été évaluée dans une population de sujets strabiques par Ebana Mvogo et al. [4], mais elle demeure peu connue globalement en Afrique subsaharienne.

Notre étude vise à déterminer la fréquence de l’amblyopie et à en étudier les étiologies dans une population d’enfants camerounais âgés de 5 à 15 ans.

Sujets et méthodes

Il s’agit d’une étude rétrospective, descriptive et analytique portant sur des dossiers d’enfants camerounais âgés de 5 à 15 ans ayant été examinés dans un centre de soins oculaires de Yaoundé (centre médical Innel), de janvier 2008 à décembre 2010.

Procédure

Les sujets ont subi un interrogatoire pour le recueil des données telles que l’âge, le sexe, le motif de consultation. De plus, ils ont subi un examen ophtalmologique complet, comprenant notamment l’évaluation de la meilleure acuité visuelle sur une échelle logarithmique, une skiascopie sous cycloplégie et un examen orthoptique. L’examen biomicroscopique et l’examen du fond de l’œil ont permis d’exclure toute pathologie organique. Étaient exclus tous les sujets présentant une pathologie oculaire organique pouvant entraîner une baisse d’acuité visuelle.

La cycloplégie a consisté en trois instillations, à 5 minutes d’intervalle, d’une goutte de chlorhydrate de cyclopentolate à 0,5 % et de tropicamide à 0,5 % (la première au temps 0, les deux autres à 5 et 10 minutes). La réfraction était mesurée 30 à 50 minutes après la dernière goutte grâce au réfractomètre automatique Topcon RM 8000B. Les paramètres suivants étaient pris en compte : la sphère, le cylindre, l’axe du cylindre, l’équivalent sphérique.

L’examen orthoptique a consisté en l’examen de la motilité oculaire, le prism-cover-test, test de Bagolini, le Titmus-Fly-test, la recherche de la fixation excentrique à l’ophtalmoscope.

Toutes les données étaient recueillies sur des fiches d’enquêtes individuelles.

Définition

Les amétropies (ou erreurs réfractives) étaient classées en myopie, hypermétropie et astigmatisme (hypermétropique, myopique ou mixte). Le patient était considéré comme amétrope dès lors que son équivalent sphérique était supérieur ou égal à 0,50 dioptrie, et astigmate lorsque son cylindre était supérieur ou égal à 0,75 dioptrie.

L’anisométropie était définie par une différence, entre les deux yeux, supérieure ou égale à 1 dioptrie de l’équivalent sphérique en cas d’anisohypermétropie, à 3 dioptrie de l’équivalent sphérique en cas d’anisomyopie et à 1,5 dioptrie en cas d’anio-astigmatisme entre les deux yeux.

Après le port d’une correction optique durant une période de 4 à 6 semaines minimum, l’amblyopie était définie par une acuité visuelle corrigée inférieure ou égale à 0,2 LogMar. Elle était considérée comme profonde pour une acuité visuelle inférieure ou égale à 1,0 LogMar, moyenne si elle était strictement supérieure à 1,0 et inférieure ou égale à 0,5 LogMar, et légère lorsqu’elle était strictement supérieure à 0,5 et inférieure ou égale à 0,2 LogMar. Aucun enfant n’avait été traité pour amblyopie auparavant.

Le strabisme était déclaré pour toute hétérotropie en fixation de loin ou de près.

Analyse statistique

L’analyse statistique a été réalisée grâce au logiciel Epi Info 3.5.3 pour l’âge, le sexe, les erreurs réfractives ainsi que la fréquence, la latéralité, la profondeur et les étiologies de l’amblyopie. La comparaison des pourcentages a été faite grâce au test du Chi-deux (χ2). Le test était statistiquement significatif pour une valeur de p < 0,05.

Résultats

Étude de la population

Au total, 314 dossiers ont été inclus dans l’étude : 142 garçons (45,2 %) et 172 filles (54,8 %). Le sex-ratio M/F était de 0,8/1.

L’âge moyen était de 10,5 ± 2,9 ans : 10,6 ± 2,8 ans pour les garçons et 10,4 ± 2,9 ans pour les filles (p = 0,521).

L’amétropie était présente chez 271 sujets, soit 86,3 % de la population étudiée. Les amétropes étaient répartis en 118 sujets masculins (43,5 %) et 153 sujets féminins (56,5 %).

Amblyopie

Fréquence

Vingt-huit sujets présentaient une amblyopie uni- ou bilatérale : 14 garçons (50 %) et 14 filles (50 %). La fréquence de l’amblyopie était de 8,9 % dans la population étudiée et de 10,3 % dans le groupe des amétropes. L’âge moyen des amblyopes était de 9,9 ± 3 ans.

La fréquence de l’amblyopie était proche de 10 % (9,85 %) (14/142) dans la population masculine et de 8 % (14/172) dans la population féminine (p = 0,3679).

Étiologies de l’amblyopie

Les étiologies étaient : les erreurs réfractives, dans 93 % des cas, et le strabisme dans 7 %. Une combinaison de ces deux étiologies a été observée dans 1 cas (6 %).

L’astigmatisme était fréquemment retrouvé parmi les amblyopies amétropiques (11 sur 14, soit 78,6 %).

Chez les patients âgés de 5 à 9 ans, l’anisométropie était l’étiologie la plus fréquemment associée à l’amblyopie (figures 1 et 2).

La fréquence du strabisme dans la population étudiée était de 1,3 % (4 sur 314) et celle de l’anisométropie de 4,1 % (13 sur 314) – pour 4,8 % (13 sur 271) dans le groupe des amétropes.

La fréquence de l’amblyopie était de 100 % (13 sur 13) dans le sous-groupe des anisométropes et de 50 % (2 sur 4) dans celui des strabiques.

Latéralité

Parmi les amblyopes, 11 sujets (39,3 %) avaient une amblyopie unilatérale. Elle était bilatérale dans 60,7 % des cas (17 sur 28) (tableau 1).

Tableau 1 Étiologies de l’amblyopie selon la latéralité.

Causes of amblyopia, according to the eye affected.

Latéralité Amblyopie droite Amblyopie gauche Amblyopie bilatérale Total
n
Étiologies
 Amétropie 2 0 12 14
 Anisométropie 2 5 5 12
 Strabisme 1 0 0 1
 Anisométropie + strabisme 1 0 0 1
Total 6
(21,4 %)
5
(17,8 %)
17
(60,7 %)
28
(100 %)

Profondeur de l’amblyopie

La fréquence de l’amblyopie profonde était de 17,8 % (5 sur 28), celle de l’amblyopie moyenne de 17,8 % et celle de l’amblyopie légère de 64,3 % (tableau 2, figure 3).

Tableau 2 Distribution de l’amblyopie selon son étiologie et sa profondeur.

Distribution of amblyopia according to cause and severity.

Profondeur Légère Moyenne Profonde Total
Étiologies
 Amétropie 9 3 2 14 (50,0 %)
 Anisométropie 8 1 3 12 (42,8 %)
 Strabisme 1 0 0 1 (3,5 %)
 Anisométropie + strabisme 0 1 0 1 (3,5 %)
Total 18
(64,3 %)
5
(17,8 %)
5
(17,8 %)
28
(100 %)

Discussion

Amblyopie

Fréquence

La prévalence de l’amblyopie est variable dans la littérature. Karki [5] ainsi que Pant et al. [6] ont respectivement observé dans des études hospitalières toutes deux menées au Népal, des prévalences de 5,97 et 7,6 %. En revanche, la prévalence mesurée dans les autres études [7, 8] (à l’exception de celle menée par Salomao et al. au Brésil [9], qui rapporte une prévalence de11,4 %) est faible. La prévalence de l’amblyopie dans notre étude (8,9 %), bien que légèrement supérieure, reste superposable à celles retrouvées dans d’autres études hospitalières. Le mode de recrutement (dans un centre de soins oculaires), le niveau socioéconomique de la population étudiée, l’âge de dépistage de l’amblyopie (50 % des amblyopes sont âgés de 10 ans au moins) et éventuellement l’insuffisance de sa prise en charge pourraient expliquer la fréquence observée dans notre série [10]. La prévalence de l’amblyopie était légèrement plus importante dans la population masculine, bien que la différence fÛt statistiquement non significative.

Étiologies

Erreurs réfractives

Les erreurs réfractives (amétropie, anisométropie) étaient les causes les plus fréquentes d’amblyopie.

Dans notre série, parmi les amétropies, l’astigmatisme était la première cause d’amblyopie.

L’amétropie est une cause reconnue d’amblyopie dans de nombreux travaux [1-8, 11-13]. Karki [5], ainsi que Chia et al. [13], ont également mis en évidence l’astigmatisme comme l’amétropie la plus fréquemment incriminée dans l’amblyopie. Dans notre contexte, la première place occupée par l’amétropie parmi les diverses causes pourrait s’expliquer par une prise en charge insuffisante et tardive des vices de réfraction, qui contribuerait à l’augmentation de la morbidité visuelle.

L’anisométropie était la deuxième cause d’amblyopie. Alors que la prévalence de l’anisométropie soit relativement faible dans la population étudiée, tous les sujets anisométropes présentaient une amblyopie. De plus, une combinaison de l’amétropie et du strabisme a été retrouvée chez un sujet. Sethi et al. ont retrouvé une fréquence d’amblyopie anisométropique de 21 % dans une étude hospitalière pakistanaise [14]. Lee et al. [15] dans une étude hospitalière portant sur des amblyopes anisométropiques coréens (n = 63) a noté, d’une part, une absence de corrélation entre la prévalence de l’amblyopie et le type d’anisométropie, et d’autre part une augmentation du risque d’amblyopie liée à l’importance de l’anisométropie.

La forte proportion d’amblyopies d’origine amétropique ou anisométropique dans notre étude et celles d’autres auteurs (respectivement [5-7, 11] et [13, 14]) suggère l’intérêt du dépistage précoce des troubles de réfraction et de leur correction optique. Cependant, dans notre contexte, des réticences entourent encore le port d’une correction optique chez les enfants pour des raisons économiques (coÛt), culturelles (corrélation à la cécité, refus du port des lunettes par les parents).

Strabisme

Le strabisme était, en fréquence, la cause d’amblyopie la moins fréquente. La prévalence du strabisme était faible dans notre population (1,27 %), en accord avec d’autres études (Ebana Mvogo et al. [16] : 1,22 %, et Jamali et al. [7] : 1,2 %. Cependant, 50 % des strabiques étaient amblyopes. Le strabisme est reconnu comme une cause fréquente d’amblyopie [1-3, 7, 12-17]. Le faible poids du strabisme comme étiologie de l’amblyopie dans notre étude pourrait être lié au lieu de recrutement (étude clinique). D’après l’étude de Donahue [18] sur une population d’enfants nord-américains strabiques, une corrélation existerait entre la profondeur de l’amblyopie et l’augmentation de l’âge. De plus, la combinaison des facteurs contribuant à l’amblyopie constituerait un facteur aggravant [14, 16].

Latéralité

Parmi nos sujets, l’amblyopie bilatérale était plus fréquente (60,7 %) que l’amblyopie unilatérale. À l’inverse, certains auteurs [5, 13] ont trouvé que l’amblyopie monoculaire était plus fréquente que la forme binoculaire. La fréquence élevée de l’amblyopie bilatérale dans notre série pourrait être liée au fait qu’elle est beaucoup plus symptomatique et constituerait donc un motif de consultation plus fréquent que l’amblyopie unilatérale. La forte proportion d’erreurs réfractives (amétropies) contribuant à l’amblyopie pourrait également la justifier.

Profondeur

La forme légère de l’amblyopie était la plus fréquente. La forte proportion d’erreurs réfractives responsables d’amblyopie dans notre série pourrait l’expliquer. Les amétropies bilatérales peuvent, en cas de correction tardive, être cause d’une amblyopie bilatérale modérée à légère [2]. Cependant, le port d’une correction optique, en cas d’erreurs réfractives, pendant un minimum de 1 mois, pourrait entraîner une diminution de la profondeur de l’amblyopie. Le port d’une correction optique, en favorisant l’iso-acuité contribuerait à diminuer, voire abolir l’amblyopie car elle est reconnue comme le traitement de base de cette pathologie [1, 10].

Limites

Les limites de notre étude sont liées au lieu de recrutement de nos sujets. De plus, la durée du port de la correction optique pourrait constituer un biais. L’exclusion de patients ayant des causes organiques de baisse d’acuité visuelle a pu constituer un biais, car nous n’avons pas tenu compte des amblyopies par privation visuelle et nystagmiques.

Conclusion

L’amblyopie était une pathologie relativement fréquente dans la population des enfants de 5 à 15 ans de notre série (1 enfant sur 10 environ). Les erreurs réfractives étaient la principale étiologie. Elle était plus volontiers bilatérale et de forme légère. Compte tenu de la proportion d’amblyopies liées aux erreurs réfractives, une sensibilisation en vue de l’examen ophtalmologique chez l’enfant en âge scolaire serait souhaitable. En effet, le dépistage et la prise en charge précoce de toute amétropie, et, par conséquent de l’amblyopie, contribueraient à diminuer la morbidité visuelle à terme.

Remerciements et autres mentions

Fréderick Tchouine, statisticien HCY ; conflits d’intérêts : aucun.

Références

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