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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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Factors associated with the quality of well water and the prevalence of waterborne diseases in the municipality of Abomey-Calavi in Benin


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 21, Number 1, 47-55, Janvier-Mars 2011, Études originales

DOI : 10.1684/san.2011.0238.

Résumé   Summary  

Author(s) : Cyriaque Degbey, Michel Makoutode, Victoire Agueh, Michele Dramaix, Christophe de Brouwer, Université libre de Bruxelles École de santé publique Unité de santé au travail et de toxicologie du milieu Campus Érasme CP-593 808, route de Lennik 1070 Bruxelles Belgique, Université d’Abomey-Calavi Institut régional de santé publique (IRSP) Route des Esclaves 01 BP 918 Cotonou Bénin, Université libre de Bruxelles École de santé publique Département de biostatistique Campus Érasme CP-593 808, route de Lennik 1070 Bruxelles Belgique.

Summary : The objective of this work is to assess the factors associated with the water quality of household wells, suggest solutions to improve it, and study the prevalence of water-borne diseases in this community. The quality of well water and the prevalence of waterborne diseases in the municipality were studied by analysis of the microbiological indicators currently used to assess drinking-water quality and the retrospective study of waterborne diseases treated in the local health centres. The wells surveyed were contaminated by Escherichia coli, Klebsiella pneumonia, Staphylococcus aureus, Salmonella spp, Clostridium perfringens and fecal streptococci, at prevalences of 12.5, 12.2, 12.2, 12.1, 12 and 11.1%, respectively. The high rates of diarrhea, urinary infections, typhoid fever and abdominal pain found in the retrospective study were consistent with the results of the well-water quality assessment. These results showed that human activity has strongly influenced water quality, especially the lack of sanitation in the different districts and neighbourhoods. Other factors affecting the vulnerability of well water include poor waste management by households, the low depth of the water table, the nature of the soil, and the permeability of the aquifer used. Improvement in water quality, sanitation, and personal hygiene will make it possible to reduce considerably the propagation of these diseases and several others. It is therefore important to provide these populations with the necessary equipment for an adequate drinking water supply, but also to promote health education to avoid water pollution. The search for solutions to these problems will lead to a plan for future action.

Keywords : Benin, drinking water, toxicology, waterborne diseases, water quality

ARTICLE

san.2011.0238

Auteur(s) : Cyriaque Degbey1,2 comlancy@yahoo.fr, Michel Makoutode2, Victoire Agueh2, Michele Dramaix3, Christophe de Brouwer1

1 Université libre de Bruxelles École de santé publique Unité de santé au travail et de toxicologie du milieu Campus Érasme CP-593 808, route de Lennik 1070 Bruxelles Belgique

2 Université d’Abomey-Calavi Institut régional de santé publique (IRSP) Route des Esclaves 01 BP 918 Cotonou Bénin

3 Université libre de Bruxelles École de santé publique Département de biostatistique Campus Érasme CP-593 808, route de Lennik 1070 Bruxelles Belgique

Tirès à part : C. Degbey

L’eau est une ressource aussi précieuse que vitale et les hommes doivent en disposer en quantité et en qualité. L’accès à une eau de boisson saine est incontestablement bénéfique pour la santé. Dans le monde, 1,1 milliard de personnes n’ont pas un accès suffisant à l’eau potable [1]. Lorsqu’elle est accessible, l’eau est souvent sujette à une contamination chimique [2] et/ou bactériologique [3]. La contamination fécale de l’eau de consommation est d’origine humaine ou animale, directe ou indirecte [4]. L’utilisation d’une telle eau comme boisson ou dans la préparation des aliments peut être à l’origine de nouveaux cas d’infection. Les agents pathogènes en cause sont des bactéries, des virus et des protozoaires [5]. Ils peuvent provoquer des maladies de gravité variable, de la gastro-entérite bénigne à la dysenterie, à l’hépatite ou à la fièvre typhoïde, voire à la diarrhée sévère et parfois mortelle [2]. Les maladies d’origine hydrique entraîneraient ainsi chaque année 3,4 millions de décès, dont 2,2 millions par maladies diarrhéiques, notamment le choléra [1]. Au Bénin, la quantité utilisée par personne et par jour est de 60 litres pour chaque citadin et de dix à 20 litres pour chaque habitant en milieu rural [3] .En effet, le déficit en eau de consommation est estimé à 59 % [6]. La société nationale des eaux du Bénin capable d’effectuer un traitement efficace de l’eau dessert quasi exclusivement les zones urbaines. Dans les zones rurales, les sources naturelles restent d’actualité. L’explosion démographique que connaissent les pays en développement et leur économie défectueuse ont généré l’exode rural avec pour conséquence un phénomène d’urbanisation anarchique difficilement contrôlable. Abomey-Calavi, une ville semi-urbaine jouxtant Cotonou, la capitale économique, a connu un accroissement rapide de la population qui est passée de 126 507 habitants en 1992 à 307 745 habitants en 2002 [7]. Cet accroissement rapide de la population a entraîné une croissance tout aussi rapide de la demande en eau de bonne qualité. Dans cette commune, les eaux usées domestiques sont déversées directement dans la nature sans aucun traitement préalable, suite à l’absence ou au dysfonctionnement des stations d’épuration existantes. Ces eaux sont susceptibles de polluer le sol et le sous-sol, et par la suite les eaux souterraines, en raison de leurs teneurs souvent élevées en matières organiques biodégradables et en micro-organismes d’origine fécale. Le développement accéléré et incontrôlé de cette ville et la multiplication des quartiers dépourvus de tout plan d’urbanisation entraînent une prolifération de systèmes individuels d’assainissement inadéquats. L’infiltration, la persistance, la survie et l’évolution des micro-organismes présents sont liées à tout un ensemble de facteurs comprenant notamment la nature du sol, les conditions environnementales prévalant dans ce sol et dans l’eau souterraine, et la qualité des eaux superficielles infiltrées. Cette commune qui a une faible couverture en approvisionnement en eau potable connaît par moments un phénomène d’inondation dont la conséquence est l’infiltration de l’eau de ruissellement qui contamine la nappe phréatique, voire les puits. Cette nappe phréatique, ressource principale en eau de la commune, constitue le principal réservoir à partir duquel la majorité de la population est approvisionnée en eau de consommation. Le présent travail s’intéresse à l’étude des facteurs associés à la qualité des eaux de puits et à la prévalence des maladies hydriques dans la commune d’Abomey-Calavi au Bénin.

Matériel et méthode

Il s’agit d’une étude descriptive sur les facteurs associés à la qualité de l’eau de puits, d’une part, et, d’autre part, d’une étude rétrospective sur la prévalence des maladies hydriques dans la commune d’Abomey-Calavi, située dans le département de l’Atlantique au Bénin. En préalable, une enquête préliminaire nous a permis de connaître le nombre de ménages et de constater que presque tous disposent de puits traditionnels. Pour la première étude, 110 puits et ménages ont été sélectionnés par tirage aléatoire simple tenant compte de la répartition géographique des 55 898 ménages que comprend cette commune. Dans chaque zone, trois ménages consommant de l’eau de puits ont été tirés au hasard et ensuite un puits a été tiré au sort parmi les puits de ces trois ménages, ce qui fait au total 330 ménages utilisant l’eau des puits. Les cas de diarrhées et autres symptômes, de 2008 à 2009, ont été comparés aux cas de maladies hydriques dont les données étaient complétées dans les dossiers. Les variables à l’étude ont porté sur la qualité de l’eau de puits, les effets de santé (maladies hydriques) au niveau des centres de santé et les caractéristiques sociodémographiques (l’âge, le sexe, le niveau d’instruction des patients et leurs professions). Le prélèvement dans les puits a été réalisé dans des flacons stériles de 500 mL lestés, auxquels est fixée une ficelle permettant de les faire descendre dans le puits. L’eau est prélevée à environ 50 cm de la surface libre. Les échantillons d’eau recueillis sont conservés en moyenne 4 heures en glacière réfrigérée (4 °C) avant l’analyse. L’analyse bactériologique est effectuée en trois étapes :

  • 1. La méthode de filtration sur membrane. Un volume défini de l’échantillon est filtré et la membrane est incubée sur un milieu gélosé spécifique. Différents milieux et conditions d’incubation (temps et température) peuvent être utilisés selon le type de bactéries fécales recherché. Le résultat s’exprime en unité formant colonie (UFC) par unité de volume. Les milieux gélosés spécifiques les plus utilisés pour l’énumération des coliformes étaient le milieu m-Endo et le milieu lactosé TTC-Tergitol. Dans notre étude, le milieu lactosé TTC-Tergitol a été employé pour le dénombrement des Coliformes fécaux ou Coliformes thermotolérants, la gélose de Slanetz et Bartley pour les Streptocoques fécaux, le milieu trypcase sulfite néomycine (TSN) pour le Clostridium perfringens, le milieu BAIRD-PARKER pour les staphylocoques, et le milieu Salmonella-Shigella (SS) pour les salmonelles et les shigelles [8, 9]. Les boîtes de Pétri étaient placées en position inversée dans un incubateur à 37 et 44 ± 0,5 °C pendant 24 ± 2 heures à 48 heures aussitôt après la filtration. L’incubation de ces milieux à 37 °C pendant 24 à 48 heures permet le dénombrement des coliformes, streptocoques fécaux, staphylocoques, salmonelles, shigelles et à 44 ± 0,5 °C pour les coliformes thermotolérants ;
  • 2. La numération des colonies. La numération des colonies à la loupe binoculaire survient après incubation des boîtes de Pétri pendant 24 à 48 heures. Elle est faite après avoir posé sur la platine la boîte de Pétri ensemencée, puis décomptée au grossissement 45× à l’aide d’un hémoleucomètre tout en repérant les colonies avec un crayon feutre pour éviter d’en oublier ou d’en compter une deux fois ;
  • 3. L’identification des bactéries. L’identification est réalisée par la galerie API 20E (bio Mérieux sa 69280 Marcy-L’étoile/France) constituée de 20 microtubes prêts à l’emploi et permettant de réaliser 23 tests biochimiques afin d’identifier des bacilles Gram-, appartenant à la famille des Enterobacteriaceae ou non. Cette méthode consiste à prélever une colonie suspecte bien isolée pour en faire l’inoculum à partir de l’eau distillée stérile. L’inoculum est distribué dans les microtubes contenant des substrats déshydratés de la galerie API 20 E. Cette galerie est incubée dans une étuve à 37 °C pendant 24 heures. Les réactions produites pendant la période d’incubation se traduisent par des virages colorés spontanés ou révélés par l’addition de réactifs (tryptophane désaminase : TDA, JAMES pour indole, VP1 + VP2 pour le pyruvate de sodium). La lecture est faite à l’aide d’un tableau de lecture et l’identification obtenue par un catalogue analytique. Les cocci à Gram + ont été identifiés selon la procédure détaillée ci-dessous.


Les tests de catalase et de coagulase (caractérisation) avaient été faits pour l’identification des Staphylococcus aureus ; les colonies caractéristiques dénombrées catalase négative sont ensemencées sur gélose biliée à l’esculine. La culture avec hydrolyse de l’esculine (noircissement de la gélose) confirme la présence de streptocoques du groupe D ou streptocoques fécaux. La culture de Clostridium perfringens consiste dans un premier temps à couler une première couche d’environ 2 mm du milieu TSN dans les boîtes de Pétri puis à laisser solidifier sur une surface froide et chauffer l’inoculum afin de détruire les formes végétatives et d’activer les spores puis filtrer 20 mL. On dépose la membrane dans la boîte, face supérieure tournée vers le bas, en s’assurant qu’il ne reste pas de bulles d’air emprisonnées sous le filtre. Dans un deuxième temps une nouvelle couche de gélose est coulée de façon à porter l’épaisseur total de gélose à 5 mm environ. On laisse solidifier sur une surface froide et incuber dans une jarre pendant 44 heures à 46 °C. Les colonies de Clostridium perfringens apparaissent sur le milieu TSN entourées d’une auréole noire de taille importante due à la réduction du sulfite qui provoque une précipitation de sulfure de fer. Enfin, pour l’analyse mycologique, la culture de l’eau de puits est réalisée sur la gélose sabouraud au chloramphénicol incubé dans une étuve à 37 °C pendant 24 heures pour les champignons à croissance rapide puis à la température du laboratoire pendant cinq jours pour des champignons à croissance lente. L’étude rétrospective sur la prévalence des symptômes et maladies hydriques a été réalisée sur consultation des registres dans les différents centres de santé publics et confessionnels de la commune de 2008 à 2009. Les résultats obtenus sont analysés à l’aide du logicielStata, version 10.0 et Epi Info. Après calcul des pourcentages, les proportions sont comparées à l’aide du test χ2 de Pearson ou du test exact de Fisher, avec un seuil de signification fixé à 0,05.

Résultats

Les puits des ménages prélevés dans la zone d’étude sont de type privé traditionnel ; ils sont réalisés entièrement par des puisatiers locaux disposant d’un matériel rudimentaire. Ces puits sont de petits diamètres (60 cm à 1 m) et moins profonds (2 à 15 m) à partir de la surface du sol que les puits modernes à grands diamètres. Certains de ces puits disposent de systèmes de protection – margelle, couvercle, par exemple – qui sont souvent mal entretenus. Les travaux domestiques s’exercent à proximité de ces ouvrages, la puisette est déposée sur la margelle après usage. Les eaux usées domestiques envahissent certains de ces puits. Le tableau 1 présente la prévalence des micro-organismes dans les eaux de puits. Il ressort de ce tableau que les eaux de puits étudiés sont contaminées par les Escherichia coli, Klebsiella pneumoniae, Staphylococcus aureus, Salmonella spp, Clostridium perfringens et Streptocoques fécaux qui respectivement ont une prévalence de 12,5, 12,2, 12,2, 12,1, 12 et 11,1 % pour l’ensemble des germes identifiés. Les tableaux 2 et 3 présentent les répartitions des différents diagnostics des maladies hydriques dans les centres de santé dans la zone d’étude de 2008 à 2009. Sur ces différents tableaux nous notons des pourcentages élevés au niveau des diarrhées, infections urinaires, fièvres typhoïdes et douleurs abdominales. Les tableaux 4 et 5 nous renseignent sur le pourcentage de diarrhées en fonction des caractéristiques des personnes atteintes de maladies hydriques et d’autres cas de maladies hydriques et symptômes dans la zone d’étude de 2008 à 2009.

Tableau 1 Prévalence des micro-organismes dans les eaux de puits.

Prevalence of microorganisms in well water.

Micro-organismes identifiés Nombre de fois retrouvés Pourcentage
Escherichia coli 110 12,5
Streptocoques fécaux 97 11,1
Clostridium perfringens 105 12
Salmonella spp. 106 12,1
Shigella spp. 106 12,1
Klebsiella pneumoniae 107 12,2
Pseudomonas aeruginosa 104 11,9
Staphylococcus aureus 107 12,2
Candida albicans 34 3,9
Total 876 100

Tableau 2 Répartition des différents diagnostics des maladies hydriques dans les centres de santé de la zone d’étude en 2008.

Distribution of diagnoses of various waterborne diseases in the health centres of the study zone during 2008.

Maladies et symptômes diagnostiqués Nombre de fois diagnostiqués Prévalence des maladies et symptômes diagnostiqués (%)
Ascaridiose 42 8,1
Amibiase 25 4,8
Hépatite (A, E) 25 4,8
Candidose 32 6,1
Fièvre typhoïde 58 11,1
Dysenterie bacillaire 29 5,6
Gastroentérites 46 8,8
Diarrhées 56 10,7
Douleurs abdominales 55 10,5
Infections vaginales 29 5,6
Infections urinaires 67 12,8
Prurit 06 1,1
Dermatose 29 5,6
Anémie 23 4,4
Total 522 100

Tableau 3 Répartition des différents diagnostics des maladies hydriques dans les centres de santé de la zone d’étude en 2009.

Distribution of diagnoses of various waterborne diseases in the health centres of the study zone, during 2009.

Maladies et symptômes diagnostiqués Nombre de fois diagnostiqués Prévalence des maladies et symptômes diagnostiqués (%)
Ascaridiose 43 6,2
Amibiase 30 4,3
Hépatite (A, E) 29 4,2
Candidose 40 5,8
Fièvre typhoïde 60 8,7
Dysenterie bacillaire 32 4,6
Gastroentérites 47 6,9
Diarrhées 189 27,4
Douleurs abdominales 57 8,3
Infections vaginales 30 4,3
Infections urinaires 70 10,1
Prurit 06 0,9
Dermatose 30 4,3
Anémie 27 4
Total 690 100

Tableau 4 Pourcentage de diarrhées en fonction des caractéristiques des personnes atteintes de maladies hydriques et d’autres cas de maladies hydriques et symptômes en 2008 dans les centres de santé.

Percentage of cases of diarrhoea according to patient characteristics, among people with waterborne diseases and symptoms diagnosed at local health centres in 2008.

Variables n Pourcentage de diarrhées p valeurs
Absence 198 Présence 56
Âge ≤ 5 86 79,1 20,9
]5,55] 123 78,9 21,1 0,712
]55,77] 45 73,3 26,7
Niveau d’instruction des patients Non scolarisé 137 79,6 20,4
Primaire 55 70,9 29,1
Secondaire 47 80,9 19,1 0,560
Supérieur 15 80 20
Profession des patients Sans profession 164 75 25
Ouvrier 32 90,6 9,4 0,228
Commerçant 34 82,3 17,7
Fonctionnaire 24 75 25
Sexe Masculin 160 74,4 25,6
Féminin 94 84 16 0,073
Ascaridiose Absence 212 81,6 18,4
Présence 42 59,5 40,5 0,002
Candidose Absence 222 77,9 22,1 0,980
Présence 32 78,1 21,9
Salmonellose Absence 196 78,6 21,4
Présence 58 75,9 24,1 0,662
Douleur abdominale Absence 199 76,9 23,1 0,435
Présence 55 81,8 18,2
Gastroentérite Absence 208 77,9 22,1 0,956
Présence 46 78,3 21,7
Amibiase Absence 229 79,9 20,1 0,023
Présence 25 60 40
Anémie Absence 231 80,1 19,9 0,009
Présence 23 56,5 43,5
Dysenterie bacillaire Absence 225 77,3 22,7 0,507
Présence 29 82,8 17,2

n : taille de l’échantillon.

Tableau 5 Pourcentage de diarrhées en fonction des caractéristiques des personnes atteintes des maladies hydriques et d’autres cas de maladies hydriques et symptômes en 2009 dans les centres de santé.

Percentage of cases of diarrhoea according to patient characteristics, among people with waterborne diseases and symptoms diagnosed at local health centres in 2009.

Variables n Pourcentage de diarrhées p valeurs
Absence 89 Présence 189
Âge ≤ 5 100 32 68
]5,55] 132 28,8 71,2 0,293
]55,77] 46 41,3 58,7
Niveau d’instruction des patients Non scolarisé 163 25,8 74,2
Primaire 59 32,2 67,8
Secondaire 49 53,1 46,9 0,005
Supérieur 07 28,6 71,4
Profession des patients Sans profession 178 25,3 74,7
Ouvrier 40 37,5 62,5 0,007
Commerçant 36 44,4 55,6
Fonctionnaire 24 54,2 45,8
Sexe Masculin 176 29,6 70,4 0,246
Féminin 102 36,3 63,7
Ascaridiose Absence 235 33,2 66,8 0,325
Présence 43 25,6 74,4
Candidose Absence 238 33,6 66,4 0,163
Présence 40 22,5 77,5
Salmonellose Absence 218 35,8 64,2
Présence 60 18,3 81,7 0,010
Douleur abdominale Absence 221 35,8 64,2 0,009
Présence 57 17,5 82,5
Gastroentérite Absence 231 32,9 67,1 0,483
Présence 47 27,7 72,3
Amibiase Absence 248 34,7 65,3 0,006
Présence 30 10 90
Anémie Absence 251 31,9 68,1 0,877
Présence 27 33,3 66,7
Dysenterie bacillaire Absence 246 30,5 69,5 0,130
Présence 32 43,75 56,25

n : taille de l’échantillon.

Les résultats pour 2008 montrent que :

  • –. 40,5 % de ceux qui font des diarrhées présentent une ascaridiose contre 59,5 % qui présentent une ascaridiose avec une différence statistiquement significative ;
  • –. 40 % de ceux qui font des diarrhées présentent une amibiase avec une différence statistiquement significative, alors que c’est le cas de 60 % des sujets de l’autre groupe ;
  • –. 43,5 % des sujets qui font des diarrhées présentent des anémies alors que 56,5 % des sujets de l’autre groupe présentent une anémie avec une différence statistiquement significative.


Les résultats pour 2009 montrent que :

  • –. 74,2, 67,8, 46,9, 71,4 % de ceux qui font des diarrhées et 25,8, 32,2%, 53,1, 28,6 % de ceux qui n’en font pas sont respectivement non scolarisés, de niveau primaire, secondaire et de niveau supérieur avec une différence statistiquement significative ;
  • –. 74,7, 62,5, 55,6, 45,8 % de ceux qui font des diarrhées et 25,3, 37,5, 44,4, 54,2 % de ceux qui n’en font pas sont respectivement sans profession, ouvriers, commerçants et fonctionnaires avec une différence statistiquement significative ;
  • –. 81,7 % de ceux qui font des diarrhées présentent une salmonellose alors que 18,3 % des sujets de l’autre groupe présentent une salmonellose avec une différence statistiquement significative ;
  • –. 82,5 % de ceux qui font des diarrhées présentent une douleur abdominale alors que 17,5 % des sujets de l’autre groupe présentent une douleur abdominale avec une différence statistiquement significative ;
  • –. 90 % ceux qui font par diarrhées présentent une amibiase alors que 10 % des sujets de l’autre groupe présentent une amibiase avec une différence statistiquement significative.


Discussion

Les ménages et les puits ont été sélectionnés par tirage aléatoire simple. Les résultats trouvés peuvent être rapportés à la population cible. L’étude rétrospective sur la prévalence des maladies hydriques a connu quelques biais d’information compte tenu du fait que certains centres de santé n’avaient pas leurs registres à jour et que d’autres ne voulaient pas que nous ayons accès aux différents registres pour avoir des informations. Ces biais ont été plus ou moins contrôlés à l’observation dans les ménages au cours de nos prélèvements et les différents résultats de nos analyses confirment et infirment les informations recueillies. Quant aux analyses biologiques, la méthode API pour l’identification des entérobactéries ou non et la méthode classique pour l’identification des streptocoques fécaux, des staphylococcus aureus et des clostridium perfringens connaissent des limites dans la mesure où ces méthodes permettent seulement de réaliser le biotype. Les 110 puits prélevés dans les ménages de notre zone d’étude ont des profondeurs variant entre 2 à 15 m. Les eaux de puits sont menacées par de nombreux polluants d’origines multiples : l’agriculture, les déchets, les activités domestiques et les industries, par déversements directs ou indirects dans les nappes souterraines. Les déjections animales, issues de l’élevage, contenant des matières organiques, azotées et phosphores posent des problèmes de pollution des eaux superficielles et souterraines dans les zones d’élevage intensif : c’était aussi le cas de la commune d’Abomey-Calavi au Bénin. Les rejets de bactéries dans l’environnement sont limités par les pratiques agricoles qui consistent à stocker le lisier dans des fosses. Lorsque les conditions d’épandage sont respectées, ces rejets sont bien absorbés par l’environnement. Toutefois, certains peuvent perdurer des semaines, voire des mois, dans l’environnement et en zone d’élevage intensif. Les facteurs démographiques et économiques ont influencé la qualité de l’eau de boisson de par la taille de leurs ménages. Ces différents paramètres agissent sur la qualité de l’eau de boisson consommée et ont un effet sur les facteurs environnementaux. L’eau de consommation est le véhicule d’un certain nombre de maladies comme la typhoïde, le choléra, l’amibiase et autres maladies diarrhéiques [10]. Dans les pays en développement, l’hygiène de l’eau reste défectueuse, et la quantité d’eau par personne et par jour reste nettement inférieure aux normes définies par l’OMS. Les facteurs environnementaux ont un impact sur la qualité de l’eau de boisson à la source comme dans le ménage. Les facteurs tels que la source d’eau elle-même, le mode d’évacuation des excréta et la distance entre la source d’eau et le ménage ont une influence sur la qualité de l’eau de boisson. Les variables indépendantes tels les paramètres microbiologiques sont influencées par des facteurs comme la distance et la position du puits par rapport aux latrines, les excréta humains et animaux, les dépotoirs sauvages, le dispositif de protection de puits ainsi que les méthodes de recueil, de transport et de stockage. Les puits de la commune d’Abomey-Calavi connaissent de fortes pollutions en termes de contamination fécale, en accord avec ce qu’ont trouvé Lévesque et al. au Bermudes [11], Bordalo et al. lors de leur recherche pour l’eau potable sÛre en Guinée Bissau [12], tout comme Djuikom et al. qui ont étudié la pollution bactériologique des puits dans la communauté urbaine de Douala au Cameroun [13], Atidegla et al. au Bénin [14] et enfin Egwri et al. à Lagos au Nigeria qui ont étudié l’impact environnemental de la qualité bactériologique de l’approvisionnement en eau domestique [15]. Les fortes prévalences en coliformes fécaux et streptocoques fécaux au niveau des puits de la commune sont similaires à celles trouvées par Nola et al. [16] au niveau de la nappe phréatique de Yaoundé au Cameroun. De même, de fortes prévalences en coliformes fécaux sont enregistrées au niveau des eaux de puits de la nappe phréatique de Yembeul au Sénégal par Tandia et al. [17]. En effet, les fortes prévalences en coliformes totaux, avec une prévalence importante en streptocoques fécaux, mais moins importante contrairement au niveau des puits dans la commune d’Abomey-Calavi peuvent être attribuées aux mauvaises conditions d’hygiènes enregistrées, d’une part, et à une forte pluviométrie, d’autre part. L’intensité de la pollution des eaux souterraines dépend du type du sol et de la dose en polluants [11]. En effet, les eaux superficielles chargées en micro-organismes s’infiltrant dans le sol sablonneux, parviennent à la nappe sans avoir bénéficié d’une filtration efficace, et occasionnent une multitude de pollutions ponctuelles. En outre, les rejets d’élevage du bétail ainsi que l’utilisation du fumier comme fertilisants contribuent aussi à la pollution biologique des eaux souterraines [18]. La qualité bactériologique des eaux des puits mettrait en évidence la contamination de la nappe phréatique par les latrines, les ordures ménagères et les eaux usées. Notons des pourcentages élevés au niveau des centres de santé de la zone d’étude de 2008 à 2009 en ce qui concerne les maladies diarrhéiques, les infections urinaires, les fièvres typhoïdes, et les douleurs abdominales. Ces forts taux de maladies seraient dus à la qualité des eaux consommées dans la commune [3, 19]. Le risque à court terme peut se traduire par des troubles intestinaux dont l’apparition et l’importance dépendent de l’état général de santé du consommateur et de sa sensibilité. La qualité microbiologique est une préoccupation sanitaire essentielle. L’eau consommée doit être indemne d’organismes pathogènes. Dans la commune d’Abomey-Calavi le manque d’eau potable a entraîné beaucoup de problèmes dans les quartiers et arrondissements. Parmi ces problèmes figurent les maladies hydriques comme la diarrhée, la dysenterie, la fièvre typhoïde, le choléra qui ont affecté les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes et les personnes du troisième âge [19]. Au Bénin, les conséquences de la contamination des eaux due à des conditions insuffisantes d’assainissement et de mauvaise gestion des déchets sont catastrophiques et provoquent des ripostes à l’épidémie des maladies d’origine hydriques comme le choléra de 2004 à 2008 avec des taux de létalité respectifs de 1,40, 1,90, 1,10 et 0,25 % en 2004, 2005, 2006 et 2008 respectivement [20, 21]. En matière d’actions communautaires, la chloration des eaux de puits et la désinfection des domiciles font partie des mesures recommandées en cas d’épidémie de choléra. Ces actions ont été menées selon deux stratégies complémentaires : individuelle ou familiale au domicile des cas, et collective par intervention systématique dans les quartiers les plus touchés, en même temps qu’étaient menées des actions de sensibilisation sur la désinfection de l’eau, sa conservation domestique et les comportements hygiéniques [21]. Il faut donc prendre les précautions nécessaires pour assurer la salubrité et le bon fonctionnement d’un système individuel d’approvisionnement en eau de boisson [22]. Un manquement à ces mesures de prudence pourrait favoriser la prolifération des bactéries. La commune d’Abomey-Calavi a enregistré en 2006 un taux de prévalence de 8 % des maladies diarrhéiques et les enfants de moins de 5 ans sont les plus atteints [23]. Les manifestations symptomatiques des troubles gastriques et intestinaux sont spécifiques : diarrhées, vomissements, nausées et douleurs abdominales. Les causes sont nombreuses et diverses, alors que l’étiologie peut être infectieuse ou non. L’origine infectieuse des diarrhées aiguës apparaît cependant de loin la plus répandue des causes. Selon Goodman et al. [24], la majorité des cas de diarrhées à étiologie infectieuse sont causés par la consommation d’aliments ainsi que par l’ingestion d’eau ou de boissons ; toutefois, des facteurs exogènes, tels les activités sociales et les voyages, qui suscitent des contacts directs avec des porteurs de micro-organismes pathogènes entériques sont aussi à considérer. Dans le contexte spécifique de cette étude qui cible les puits domestiques, deux indicateurs microbiens ont été utilisés pour évaluer le risque de gastro-entérite associé à une contamination d’origine fécale des eaux de puits non désinfectées. Ce sont la bactérie E. coli et les entérocoques. La bactérie E. coli associée au groupe des bactéries coliformes est la seule bactérie indicatrice qui représente sans équivoque une contamination d’origine fécale animale ou humaine selon Edberg et al. [25]. Sa détection dans une eau doit être considérée comme reflétant la présence possible de micro-organismes pathogènes d’origine entérique. E. coli est en fait considérée comme le meilleur indicateur de contamination fécale de l’eau. Les entérocoques font partie d’un groupe de bactéries naturellement présentes dans la flore intestinale des animaux et des hommes ; certains streptocoques fécaux sont très apparentés aux entérocoques et sont encore utilisés à titre d’indicateurs de contamination fécale. Ils se retrouvent habituellement dans les eaux de surface à la suite d’une pollution d’origine fécale. La très grande majorité des entérocoques, surtout ceux retrouvés en milieu naturel, n’ont pas un pouvoir pathogène particulier envers les hommes ; ce sont plutôt des microorganismes pathogènes opportunistes infectant des personnes à risque comme les immunodéprimées. De nombreuses études ont été réalisées sur le lien entre la présence d’indicateurs de contamination microbienne de l’eau et la survenue d’épisodes de gastro-entérite. Il n’est pas dans notre intention d’en faire ici une revue exhaustive, mais notons toutefois que le lien est bien établi pour des indicateurs comme E. coli et les entérocoques avec des infections découlant d’activités nautiques comme la baignade [26]. En revanche, en ce qui concerne les études de consommation d’eau, les données probantes sont limitées. Raina et al. [27] en 1999 et Strauss et al. [28] en 2001 au Canada ont pu, dans leurs études, faire le lien entre les indicateurs de contamination microbienne de l’eau et la survenue d’épisodes de gastro-entérite. Une autre étude réalisée en France en 1987 par Ferley et al. [29] auprès d’une population de près de 30 000 habitants, répartis sur 52 villages et suivie pendant 18 mois, n’a pu mettre en évidence un risque lié à la présence de coliformes fécaux dans les réseaux d’eau desservant les municipalités lorsque des streptocoques fécaux étaient détectés dans les réseaux. En revanche, un risque accru de consultation pour gastro-entérite était observé lorsque des streptocoques fécaux étaient détectés dans les réseaux. Les infections d’origine hydrique attribuables à des souches pathogènes d’E. coli ont été signalées épisodiquement suite à la consommation d’une eau dont la concentration en chlore résiduel était insuffisante en bout de réseau [30]. Un plan d’action est à mettre en place pour protéger les captages et améliorer la qualité des eaux consommée afin de réduire le taux de morbidité et de mortalité. Cela néccesite de protéger les captages pour éviter la dégradation de la qualité de l’eau prélevée, réduire les traitements nécessaires pour l’eau de distribution, diminuer les coÛts de potabilisation de l’eau, offrir une plus grande accessibilité de l’eau aux différents usagers. La protection des captages et la préservation de la qualité de la ressource ont un rôle environnemental, mais aussi social.

Conclusion

Comme dans bien d’autres communes et villes africaines, les maladies d’origines hydriques sont fréquentes dans la commune d’Abomey-Calavi au Bénin, une commune marquée par des conditions insuffisantes d’assainissement et une mauvaise gestion des déchets. Prenant en compte la réalité béninoise et dans l’impossibilité matérielle d’apporter rapidement des solutions adaptées aux problèmes de gestion des déchets et d’éducation sanitaire de base, la commune s’est donnée comme priorité d’améliorer l’accès à l’eau potable. La présence répétée de pathogènes dans l’eau de consommation est un facteur de risque de maladies diarrhéiques. Les connaissances, attitudes et pratiques, qui sont fonction des caractéristiques socio-économiques, constituent ainsi des déterminants non négligeables dans la gestion de la qualité de l’eau. Il est donc important, non seulement de mettre à la disposition des populations des équipements d’approvisionnement en eau potable, mais aussi de promouvoir l’éducation sanitaire pour éviter la pollution de l’eau. La recherche de solutions à ces problèmes aboutira à un plan d’action pour le futur.

Remerciements et autres mentions

Financement : aucun ; conflits d’intérêts : aucun.

Références

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