ARTICLE
san.2011.0237
Auteur(s) : Mamadou Traore1 mtraore54@yahoo.fr, Alexandre
Dumont2 alexandre.dumont@ird.fr,
Amadou Balobo Kaya1, Soumana Oumar
Traore1, Oumar Moussokoro Traore1, Amadou Dolo3
1 Centre de santé de référence
de la commune V
BP 2693
Bamako
Mali
2 IRD
UMR 216 « Santé de la mère
et de l’enfant »
Campus international UCAD/IRD
BP 1386
Dakar-Hann
Sénégal
3 Centre hospitalier universitaire Gabriel-Touré
Bamako
Mali
Tirés à part : A. Dumont
Un approvisionnement suffisant en sang non contaminé est un
élément essentiel d’un système de soins de santé efficace et
indispensable à la santé des populations [1]. La demande de sang
est élevée en Afrique subsaharienne, en raison de la prévalence
élevée de l’anémie et des complications liées à la grossesse et à
l’accouchement [2]. On estime que 251 000 femmes meurent
chaque année en Afrique de complications obstétricales, dont
25 % de cause hémorragique [3]. La transfusion sanguine est
une des stratégies essentielles pour réduire la mortalité
maternelle et atteindre l’Objectif 5 de développement du Millénaire
[4].
La transfusion sanguine est une thérapeutique substitutive du
sang ou de l’un de ses composants, cellulaires ou plasmatiques,
d’un ou plusieurs sujets appelés donneurs à un sujet malade appelé
receveur [5]. Leur utilisation doit être rationnelle, adaptée à
l’état physiologique des patients mais aussi au contexte
épidémiologique en tenant compte des risques infectieux. Les
recommandations pour la pratique clinique en matière de transfusion
sont disponibles et régulièrement mises à jour [5-8].
La disponibilité des services de transfusion en Afrique
subsaharienne ne permet pas actuellement de couvrir les besoins de
la population [9] et l’utilisation des produits sanguins n’est pas
toujours rationnelle [10]. Dans les pays où la prévalence du VIH
est élevée, le problème d’approvisionnement en sang est devenu
encore plus complexe [11]. Les systèmes de transfusion peu
performants contribuent en partie au niveau très élevé de la
mortalité maternelle [12]. Les principaux obstacles pour assurer un
approvisionnement de sang en quantité suffisante sont : une
organisation inappropriée des services de transfusion sanguine, une
prévalence importante des maladies ou des complications associées à
la transfusion, le manque de personnel qualifié pour la gestion et
l’utilisation des produits sanguins, les coupures fréquentes
d’électricité, les moyens de communication insuffisants et une
disponibilité irrégulière des tests assurant une détection du VIH
[9]. Il existe peu de données dans la littérature concernant la
faisabilité et l’efficacité des stratégies mises en œuvre en
Afrique subsaharienne pour assurer l’approvisionnement en quantité
suffisante de sang de bonne qualité.
Selon la dernière enquête démographique et de santé au Mali en
2006, la prévalence du VIH dans la population est de 1,3 % et
le taux de mortalité maternelle atteint 464 décès pour 100 000
naissances vivantes [13]. L’hémorragie obstétricale est la première
cause de décès maternels [14]. Les structures de santé de référence
sont régulièrement confrontées au problème de l’approvisionnement
insuffisant en produits sanguins pour répondre à la demande des
services de gynécologie-obstétrique, mais aussi des autres services
tels que la chirurgie ou la pédiatrie. En appui à la politique
nationale de transfusion sanguine au Mali, une politique régionale
a été mise en œuvre dans la ville de Bamako, la capitale du Mali,
dans le but de mieux organiser l’approvisionnement en sang et
d’améliorer la couverture des besoins transfusionnels de la
population. La stratégie qui a été adoptée repose sur un
partenariat entre le Centre national de transfusion sanguine (CNTS)
et les autres hôpitaux de la ville qui participent aux activités de
collecte de sang [15].
L’objectif de cette étude est d’analyser la couverture des
besoins transfusionnels au Centre de santé de référence de la
commune V de Bamako après la mise en œuvre de cette stratégie.
Matériel et méthode
Contexte
Le Centre de santé de référence de la commune V est situé dans
une des six communes de la ville de Bamako dans une zone comprenant
environ 300 000 habitants. Il s’agit d’un établissement de
santé offrant les services de consultation externes et
d’hospitalisation en pédiatrie, médecine interne, chirurgie et
gynécologie-obstétrique. Il existe également un laboratoire, un
bloc opératoire, une unité de soins, d’accompagnement et de
conseils pour le VIH/SIDA (USAC). Le centre enregistre chaque année
environ 1 000 hospitalisations et 8 500
accouchements dont 1 400 césariennes. Les patients
présentant des complications sévères ne pouvant être pris en charge
au Centre de santé sont évacués vers un des deux hôpitaux nationaux
situés à Bamako. Le CNTS se situe à environ 10 km du Centre de
santé de la commune V. Une ambulance permet la liaison 24 heures
sur 24 avec les hôpitaux nationaux et le CNTS. La transfusion est
gratuite au Centre de santé de la commune V. Les activités de
collecte de sang et les tests biologiques sont financés par la
direction régionale de la Santé. Les coÛts de transport des unités
de sang sont assumés par le Centre de santé.
Description de la stratégie mise en œuvre au Centre de santé de
la commune V
Une politique d’approvisionnement et d’utilisation du sang a été
définie en 2004 par la direction régionale de la Santé (région de
Bamako). Cette politique repose sur un partenariat entre les CNTS
et les hôpitaux de référence de la ville de Bamako. La figure 1 illustre
la façon dont cette politique a été mise en œuvre au Centre de
santé de référence de la commune V. Les activités
suivantes ont été réalisées :
- –. création d’un comité de gestion du sang ;
- –. renforcement des capacités d’approvisionnement en
sang ;
- –. formation du personnel aux techniques
transfusionnelles ;
- –. mise en œuvre de l’assurance-qualité des produits
sanguins labiles.
Un comité de gestion du sang a été créé au Centre de santé de
référence de la commune V en 2004, puis renouvelé en 2007. Le
mandat de ce comité était de superviser les activités de collecte
de sang dans la commune V. Il se réunissait tous les six mois et
rendait compte de ses activités à la direction régionale de la
Santé. Son président était un médecin du Centre de santé de la
commune V et était nommé par le directeur régional de la Santé.
L’approvisionnement en sang du CNTS a été renforcé par les
activités de collecte du comité de gestion du sang la commune
V : organisation des journées de collecte mobile et collecte
de sang auprès des familles ou proches des patients hospitalisés.
Plusieurs associations étaient impliquées dans les journées de
collecte mobile : association des élèves étudiants en santé,
association des donneurs bénévoles, coordination des jeunes. De
plus, lorsqu’un patient hospitalisé avait besoin d’une transfusion,
le personnel de santé demandait aux membres de la famille ou aux
proches de faire un don de sang au laboratoire. On expliquait que
ce sang n’était pas transfusé systématiquement à leur parent, mais
qu’il contribuait à approvisionner le dépôt de sang du Centre de
santé.
Une formation du personnel du Centre de santé de la commune V a
été organisée par le CNTS en deux sessions du 11 au 16 septembre
2006, puis du 15 au 19 mai 2007. Cette formation avait pour
objectif de garantir l’usage rationnel du sang et la pérennité du
système d’approvisionnement du dépôt de sang. La formation était
organisée autour de cinq modules : la gestion d’une banque de
sang, la sécurité au laboratoire, les techniques des tests rapides,
le dépistage des agents infectieux (technique Elisa) et le
transport, la conservation et la distribution des produits sanguins
labiles.
Un programme d’assurance qualité des produits sanguins a été
introduit en septembre 2006. Les poches pour le don de sang étaient
fournies par le CNTS. Chaque unité de sang collectée soit au cours
des journées de collecte mobile, soit au laboratoire du Centre de
santé de la commune V (don familial), était testée au CNTS. Les
tests suivants étaient pratiqués systématiquement : groupage
sanguins (groupe et Rhésus), tests de dépistage des maladies
transmissibles (syphilis, hépatites B et C, VIH). Les produits
sanguins étaient transportés une fois par semaine dans une
glacière, puis stockés dans un réfrigérateur au niveau du
laboratoire du Centre de santé. La température du réfrigérateur
était mesurée deux fois par jours (le matin et le soir). Le réglage
du réfrigérateur était ajusté dans le but de maintenir une
température comprise entre +2 et +8 degrés Celsius. Le sang des
donneurs (sang non testé) et les unités de sang du CNTS (sang
testé) étaient stockés dans deux réfrigérateurs séparés.
Collecte des données
La stratégie transfusionnelle décrite plus haut est réellement
effective depuis septembre 2006. Nous avons mené une étude
prospective descriptive entre le 1er décembre 2006 et le
31 mai 2007 pour analyser la couverture des besoins transfusionnels
au Centre de santé de la commune V. Nous avons inclus tous les
patients hospitalisés pendant la période d’étude et nécessitant une
transfusion (patients pour lesquels une demande de produit sanguin
a été adressée au laboratoire). La délivrance de chaque unité de
sang par le laboratoire était conditionnelle à la prescription par
un médecin. Chaque unité contenait 450 mL de sang total. Nous ne
disposions ni de concentrés globulaires, ni de plasma frais
congelés.
La collecte des données a été effectuée à l’aide d’un
questionnaire standardisé complété par un interne en pharmacie
travaillant au laboratoire dans le cadre de sa thèse. Les
informations ont été extraites des bons de commande de produits
sanguins et du registre de délivrance des produits sanguins du
laboratoire. Le modèle de bon de commande et le registre a été
élaboré par le personnel du laboratoire et validé par l’ensemble du
personnel du Centre de santé. Le bon de commande comprenait les
informations suivantes : identité du patient, groupe
sanguin et Rhésus ; nombre d’unités demandées ;
diagnostic ; identité du prescripteur ; service
demandeur ; date et heure. Les informations extraites du
registre concernaient l’identité du receveur, le groupe sanguin et
Rhésus, le nombre d’unités demandées, le nombre d’unités délivrées,
l’identification des poches (numéro d’identification garantissant
l’anonymat) et l’indication de la transfusion.
La qualité des informations enregistrées sur les bons de
commande et dans le registre était régulièrement contrôlée par le
directeur du laboratoire et l’interne en pharmacie. Les
informations manquantes ou incohérentes (non-concordance entre le
bon et le registre) étaient corrigées immédiatement en interrogeant
le prescripteur.
Les données du questionnaire ont été enregistrées à l’aide du
logiciel Epi-Info (version 2000). D’autres informations concernant
les hospitalisations, les donneurs de sang et l’approvisionnement
du stock de sang par le CNTS ont été extraites des registres
hospitaliers disponibles.
Méthodes d’analyse
Dans une première étape, nous avons analysé les entrées et des
sorties des unités de sang testé pendant la période d’étude pour
vérifier la disponibilité du sang au Centre de santé et la
pertinence de la stratégie mise en œuvre. Dans une deuxième étape,
nous avons analysé la couverture des besoins transfusionnels en
divisant le nombre d’unités de sang délivrées par le laboratoire
par le nombre d’unités de sang prescrites par un médecin pour
l’ensemble des patients hospitalisés pendant la période d’étude.
Dans le but d’identifier les facteurs associés à une couverture
insuffisante, l’analyse a été effectuée en fonction :
- (i). des caractéristiques individuelles des
patients : âge, sexe, diagnostic, groupe et Rhésus ;
et
- (ii). des caractéristiques organisationnelles :
période de l’étude et service demandeur.
La distribution des besoins couverts et non couverts en fonction
de chacune des variables a été testée à l’aide du test du
χ2. La distribution a été jugée homogène si
p > 0,05. Les analyses ont été effectuées à l’aide du
logiciel Epi-Info.
Résultats
Durant la période d’étude, nous avons enregistré 4 762
hospitalisations dont 4 250 patientes admises en
gynécologie-obstétrique pour une prise en charge du travail et de
l’accouchement. Pendant cette période, les médecins ont prescrit
une transfusion à 134 patients. Tous ces patients ont reçu au moins
une unité de sang.
Durant la période d’étude, le comité de gestion du sang de la
commune V a organisé six journées de collecte mobile et collecté
554 unités de sang. Parallèlement, la famille ou les proches des
patients hospitalisés au Centre de santé ont fait le don de 121
unités de sang au laboratoire. Toutes les unités de sang collectées
ont ensuite été testées au CNTS. Entre le 1er décembre
2006 et le 31 mai 2007, le CNTS a délivré 278 unités de sang total
testé pour approvisionner le dépôt de sang du Centre de santé de la
commune V. Le tableau 1 présente le
bilan des entrées et des sorties des unités de sang au Centre de
santé pendant la période d’étude.
Tableau 1 Bilan des entrées et sorties des unités de sang au
Centre de santé de référence de la commune V de Bamako au Mali
(données exprimés en poches de 450 mL)
Inventory of blood products collected and used in the Fifth
District Health Center in Bamako, Mali (data expressed as 450-mL
units).
| Période de l’étude |
Entréesa |
Sortiesb |
Différence |
| Décembre |
37 |
27 |
10 |
| Janvier |
51 |
44 |
07 |
| Février |
55 |
45 |
10 |
| Mars |
42 |
34 |
08 |
| Avril |
52 |
46 |
06 |
| Mai |
41 |
34 |
07 |
| Total |
278 |
230 |
48 |
La différence entre les entrées et les sorties (n = 48)
correspond à la somme des unités délivrées par le laboratoire pour
transfuser les patients hospitalisés dans d’autres établissements
de santé de la ville de Bamako (n = 7), des unités périmées
non utilisées (n = 17) et des unités délivrées en urgence
pour des patients pour lesquels l’information n’a pas été retrouvée
(n = 14).
a Entrée : approvisionnement par le Centre
national de transfusion sanguine (n = 278).
b Sorties : unités délivrées par le laboratoire
pour transfuser les patients hospitalisés au Centre de santé de la
commune V (n = 230).
L’approvisionnement en produits sanguins était régulier
– entre 37 et 55 unités de sang par mois (moyenne = 46
unités par mois) – soit 278 unités pendant les six mois de
l’étude. Pendant cette période, 230 unités de sang ont été
délivrées par le laboratoire pour transfuser les patients
hospitalisés au Centre de santé de la commune V. La différence
entre les entrées et les sorties (48 unités) correspond aux unités
délivrées par le laboratoire pour transfuser les patients
hospitalisés dans d’autres établissements de santé de la ville de
Bamako (n = 7), aux unités périmées non utilisées
(n = 17) et aux unités délivrées en urgence pour des
patients pour lesquels l’information n’a pas été retrouvée
(n = 14).
L’analyse de la couverture des besoins transfusionnels est
présentée dans les tableaux 2 et
3.
Tableau 2 Couverture des besoins transfusionnels au Centre de
santé de référence de la commune V en fonction des caractéristiques
des patients.
Blood transfusion needs met at the Fifth District Health Centre
in Bamako, Mali, according to patients’ characteristics.
|
| Nombre d’unités demandées* |
Nombre d’unités délivrées* |
% de besoins couverts |
p |
| Âge |
|
|
| |
| 15 ans et moins |
17 |
13 |
76 |
0,50 |
| 16-44 ans |
318 |
203 |
64 |
| 45 ans et plus |
20 |
14 |
70 |
| Sexe |
|
|
| |
| Masculin |
56 |
35 |
63 |
0,81 |
| Féminin |
299 |
195 |
65 |
| Diagnostic |
|
|
| |
| Anémie chronique |
170 |
107 |
63 |
0,15 |
| Hémorragie du post-partum |
76 |
52 |
68 |
| Hémorragie ante-partum |
28 |
14 |
50 |
| Perte sanguine excessive au cours d’une
césarienne |
38 |
30 |
79 |
| Grossesse extra-utérine (hémopéritoine) |
21 |
12 |
57 |
| Placenta praevia hémorragique |
8 |
7 |
88 |
| Avortement hémorragique |
14 |
8 |
57 |
| Groupe/Rhésus |
|
|
| |
| A+ |
109 |
63 |
58 |
< 0,01 |
| B+ |
97 |
65 |
67 |
| B- |
11 |
5 |
45 |
| AB+ |
12 |
8 |
67 |
| O+ |
99 |
87 |
88 |
| O- |
7 |
2 |
29 |
|
| Total |
355 |
230 |
65 |
|
* Unité : poche de 450 ml de sang total.
Tableau 3 Couverture des besoins transfusionnels au Centre de
santé de référence de la Commune V en fonction des caractéristiques
organisationnelles.
Blood transfusion needs met in the Fifth District Health Center
in Bamako, Mali, according to organizational factors.
|
| Nombre d’unités demandées |
Nombre d’unités délivrées |
% de besoins couverts |
p |
| Période de l’étude |
|
|
| |
| Décembre 2006 |
49 |
27 |
55 |
0,12 |
| Janvier 2007 |
69 |
44 |
64 |
| Février 2007 |
57 |
45 |
79 |
| Mars 2007 |
56 |
34 |
61 |
| Avril 2007 |
67 |
46 |
69 |
| Mai 2007 |
57 |
34 |
60 |
| Service demandeur |
|
|
| |
| Gynécologie-obstétrique |
258 |
168 |
65 |
0,61 |
| Médecine/pédiatrie |
72 |
47 |
65 |
| USCA** |
23 |
13 |
57 |
| Autres établissements |
2 |
2 |
100 |
|
| Total |
355 |
230 |
65 |
|
* Unité : poche de 450 ml de sang total
** USCA : unité de soins, d’accompagnement et de conseils
pour le VIH/sida.
Parmi les 134 patients transfusés au Centre de santé, 355 unités
de sang ont été demandées par les médecins. Le nombre d’unités
demandées par patient variait de 1 à 5 (moyenne = 2,6 unités
par patient, écart type = 0,8). Entre 49 et 69 unités étaient
prescrites par mois, soit une moyenne de 59 unités par mois. La
demande d’unités de sang concernait en majorité des femmes dont
l’âge était compris entre 16 et 45 ans. Trois unités de sang
sur quatre étaient demandées par le service de
gynécologie-obstétrique. Les principales indications de transfusion
étaient l’anémie chronique sévère (170 unités), l’hémorragie du
post-partum (76 unités) et l’intervention césarienne (38 unités).
Les groupes sanguins les plus souvent demandés étaient A+, B+ et O+
(86 % des demandes de sang).
Pendant la période d’étude, le laboratoire a délivré 230 unités
de sang frais iso-groupe et iso-Rhésus. La proportion de demandes
satisfaites atteint 65 % des besoins exprimés par les médecins
prescripteurs (IC95% = 60-70 %). Le nombre d’unités de sang
transfusées par patient variait de 1 à 4 (moyenne = 1,7 unité
par patient, écart type = 0,7). Le taux de couverture des besoins
variait en fonction des caractéristiques individuelles et
organisationnelles entre 29 et 88 %. Ce taux était plus faible
pour les groupes sanguins rares tels que B- et O- par comparaison
avec les autres groupes sanguins (p < 0,001). La
proportion des besoins couverts n’était pas significativement
différente en fonction de l’âge, du sexe, du diagnostic, du
service demandeur, ni de la période d’étude.
Discussion
La mise en place d’un système performant de transfusion sanguine
dans un contexte de pays à faibles ressources touché par la
pandémie de VIH est complexe. Notre stratégie était basée sur le
partenariat entre un service d’approvisionnement central (CNTS à
Bamako) et les différents hôpitaux de la région. La collecte de
sang était renforcée par les activités organisées au niveau local
(hôpital). La sécurité transfusionnelle était assurée par le niveau
central en ce qui concerne le risque infectieux et par les hôpitaux
qui contrôlaient les conditions de transport et de stockage des
unités de sang. Ce système mis en place au Centre de santé de la
commune V a permis un approvisionnement régulier en produits
sanguins de qualité et une couverture satisfaisante des besoins
transfusionnels, en particulier parmi les patientes qui ont
présenté des complications obstétricales.
Le point fort de notre stratégie était le renforcement de
l’approvisionnement en sang par les activités de collecte mobile et
les activités de collecte de sang auprès des familles ou des
proches des patients hospitalisés. Un système de transfusion
reposant uniquement sur le recrutement des donneurs auprès des
familles serait incompatible avec les demandes de sang urgentes
pour traiter les complications obstétricales. L’implication des
associations communautaires militant pour le don volontaire de sang
permettait une collecte complémentaire d’un volume important de
sang (environ 80 unités de 450 mL de sang par journée de collecte
mobile). Les différents obstacles au don volontaire de sang ont été
identifiés par les acteurs de santé. L’obstacle majeur, dans notre
contexte, résidait dans la peur de se faire dépister VIH positif.
Un autre facteur non moins important était le manque d’information
des populations sur le bien-fondé du don de sang. Les donneurs
volontaires recrutés auprès des familles ou de proches des patients
hospitalisés ne comprenaient pas toujours que leur sang ne soit pas
utilisé immédiatement pour leur parent. Nous avons dÛ ajuster nos
messages d’information et d’éducation aux préoccupations de la
population pour promouvoir le don volontaire de sang. Nous avons
développé un système d’information respectant l’anonymat des
donneurs et expliqué aux familles que leur sang contribuait à
l’approvisionnement du stock de sang de l’hôpital. Si la
transfusion n’était pas urgente, nous transfusions les patients
avec le sang des donneurs recrutés dans leur famille. De plus, une
collation était offerte systématiquement à chaque donneur et une
prise en charge clinique du donneur était proposée si son état de
santé le nécessitait et s’il avait consenti avant le don de sang à
être informé du résultat des tests. Cette démarche a permis de
fidéliser un certain nombre de donneurs volontaires au Centre de
santé.
En Afrique subsaharienne, 75 à 80 % des transfusions sont
issues de donneurs recrutés dans les hôpitaux [16]. L’organisation
d’une banque de sang au sein de l’hôpital est une solution
alternative intéressante à un service central d’approvisionnement
car elle réduit les coÛts de production des produits sanguins.
Toutefois, la sécurité transfusionnelle n’est pas optimale dans ce
type de système car les tests rapides utilisés pour la détection du
VIH ont une sensibilité inférieure à 100 % [17]. De plus, le
risque de non-utilisation des unités périmées est plus élevé. Le
risque de ne pas pouvoir disposer d’unité dont le groupe sanguin
est rare est également plus important. Les systèmes de transfusion
basés sur un service central d’approvisionnement sont plus
performants. En revanche, leur pérennité reste un défi pour des
systèmes de santé fragiles et en développement. Cette stratégie
n’est pas toujours compatible avec les contraintes géographiques
des zones rurales où les moyens de communication entre les
structures de santé sont insuffisants. Enfin, le coÛt plus élevé
des unités de sang produites par un système centralisé peut limiter
l’accès à la transfusion des plus pauvres [16, 17].
Si l’approvisionnement en sang en quantité suffisante est un
élément indispensable à un système de transfusion performant,
l’utilisation rationnelle des produits sanguins contribue également
à la pérennité de ce système. La stratégie mise en œuvre au
Centre de santé de la commune V a eu comme effet de sensibiliser
les différents acteurs de santé sur la notion de responsabilité
dans l’utilisation des produits sanguins. La nécessité de
documenter chaque demande de sang a permis d’effectuer une
supervision des prescripteurs orientée sur la pertinence des
indications de transfusion et la couverture des besoins. Une
gestion rationnelle des produits sanguins a été obtenue grâce à la
formation du personnel sur les alternatives à la transfusion
sanguine [18]. La transfusion sanguine est un acte médical et comme
tel, elle engage la responsabilité du médecin prescripteur et celui
ou celle qui exécute la prescription. Cet acte médical n’est jamais
dénué de risque. Sa prescription et son exécution doivent de ce
fait observer des règles strictes pour assurer la sécurité du
receveur [6]. D’autres auteurs ont évalué les effets des
interventions fondées sur l’utilisation rationnelle du sang. En
Tanzanie, la création d’un comité du sang et la stricte application
des recommandations pour la pratique transfusionnelle a permis de
réduire de 75 % l’utilisation des produits sanguins [19].
Dans notre étude, le service de gynécologie-obstétrique du
Centre de santé de la commune V à Bamako était le principal
utilisateur de sang (73 % des unités de sang délivrées par le
laboratoire). Une étude menée au Nigeria a montré que le taux de
transfusion au cours des césariennes était élevé (25 %) et
qu’il était possible de réduire ce taux sans augmenter la morbidité
maternelle [20]. D’autres études suggèrent un bénéfice potentiel de
la transfusion d’une seule unité de sang pour la prise en charge
des hémorragies du post-partum dans les pays à faibles ressources
[21]. D’autres auteurs ont montré les bénéfices d’un système de
transfusion performant dans les pays où la mortalité maternelle est
élevée. Dans un hôpital de référence en Tanzanie, la mise en œuvre
d’un programme de 22 interventions incluant une vaste campagne
d’information pour le don de sang et l’introduction de
recommandations strictes pour la pratique de la transfusion a été
accompagnée d’une réduction de la mortalité maternelle de 933 à 186
décès maternels pour 100 000 naissances vivantes entre la
première et la septième année du programme [22]. Au Ghana, une
intervention basée sur la revue systématique des cas de décès
maternels dus à l’hémorragie a permis d’améliorer l’organisation
des services, la qualité des soins et la disponibilité des produits
sanguins, puis de réduire le taux de létalité des cas de 1,3 à
0,7 % en 8 ans [23].
Conclusion
Un système de transfusion reposant sur un service central
d’approvisionnement est possible dans un contexte urbain tel que
celui de Bamako au Mali. La mise en place de ce système est
complexe mais permet d’atteindre une couverture satisfaisante des
besoins transfusionnels dans les hôpitaux de référence où la
demande est importante. Pour assurer la pérennité de ce système, un
partenariat entre les différents établissements de santé est
nécessaire et une politique d’approvisionnement et d’utilisation du
sang doit être élaborée, incluant la gratuité de la transfusion
pour les bénéficiaires. D’autres études sont nécessaires pour
vérifier si un système centralisé peut être généralisé aux
différents systèmes de santé qui existent dans les pays d’Afrique
subsaharienne, en particulier dans les régions rurales où les
contraintes géographiques et économiques sont souvent plus
importantes qu’en zone urbaine. D’autres recherches seraient utiles
pour évaluer l’impact de cette stratégie sur la santé maternelle et
périnatale et comparer les effets sur la santé entre différents
modèles d’approvisionnement du sang.
Remerciements et autres mentions
Financement : aucun ; conflits d’intérêts :
aucun.
Références
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et des produits sanguins : produits sanguins. Module 1.
WHO/GPA/CNP/93.2C. Genève (Suisse) : OMS, 1993.
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WHO, 2005.
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congelé. Mise à jour : février 2003 ;
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et des produits sanguins. Module d’introduction : Recommandations
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(Suisse) : OMS, 1993.
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