ARTICLE
san.2011.0234
Auteur(s) : Aminata Famanta, Mahamadou Diakite mdiakite@icermali.org, Sory
Ibrahim Diawara, Seidina A. Diakité, Saibou Doumbia, Karim Traoré,
Drissa S. Konaté, Mory Doumbia, Abdoul Salam Keita, Daouda Thiéro,
Sékou Fantamady Traoré, Seydou Doumbia, Anatole Tounkara
Université de Bamako
Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie (FMPOS)
Malaria Research and Training Center (MRTC)
BP 1805
Bamako
Mali
Tirés à part : M. Diakite
On estime à 25 millions le nombre de femmes africaines
enceintes annuellement et qui risquent de contracter un paludisme à
Plasmodium falciparum durant leur grossesse [1]. En Afrique
sub-saharienne où il existe une transmission élevée du paludisme,
les femmes enceintes, surtout les primigestes sont les plus
exposées au paludisme à P. falciparum, avec des
densités parasitaires plus élevées que les femmes non enceintes, et
à la présence d’une parasitémie placentaire [2, 3]. Elles sont
également plus susceptibles à l’anémie avec un risque élevé de
mortalité et de morbidité liées à la grossesse [4]. L’effet du
paludisme sur la mortalité périnatale et néonatale dépend du taux
de transmission. Le paludisme peut être la cause de 30 % de
l’insuffisance pondérale à la naissance [5], et reste associé à un
risque accru d’avortements spontanés et de mort-nés.
Le Mali a adopté depuis 2006, conformément aux directives de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le traitement préventif
intermittent (TPI) avec deux doses de sulfadoxine-pyriméthamine
(SP) données aux deuxième et troisième trimestres de la grossesse.
Cette recommandation a montré son efficacité à travers plusieurs
études en Afrique et en particulier ses effets sur la réduction de
la parasitémie placentaire [6, 7], et sur l’anémie maternelle
pendant la grossesse [8]. La présente étude avait pour but
d’évaluer la prévalence du paludisme à l’accouchement en milieu
périurbain depuis l’introduction de cette nouvelle stratégie.
Méthode
Site d’étude
L’étude s’est déroulée de mars à novembre 2009 au centre de
santé communautaire de Sabalibougou situé en zone périurbaine au
sud de Bamako et couvrant une population de 72 995 habitants. La
superficie est estimée à 5,6 km2, il est limité au nord
par « les Trois Cents Logements », à l’est par
l’autoroute Bamako-Senou, au sud par Guarantiguibougou et à l’ouest
par Baco-Djicoroni.
Population d’étude
L’étude a concerné les femmes enceintes résidant à Sabalibougou
et ayant accouché au centre de santé. Après obtention du
consentement éclairé, un questionnaire était administré aux femmes
pour collecter les informations concernant les caractéristiques
sociodémographiques, les antécédents de paludisme, la prise
d’antipaludique durant la grossesse en cours. De même la taille, le
poids et la température étaient mesurés. L’âge de la grossesse
était estimé par la prise de la hauteur utérine. Pour le diagnostic
du paludisme, des prélèvements étaient faits par ponction au niveau
de la pulpe du doigt chez la femme et du gros orteil chez le
nouveau-né. Une goutte épaisse était aussi réalisée sur le sang du
cordon ombilical du nouveau-né et une autre goutte était réalisée
avec le sang placentaire. Des examens cliniques complets des mères
et des nouveau-nés étaient effectués ainsi que des examens de
laboratoire entre autres les parasitémies périphériques, du cordon
et du placenta. L’infection palustre était définie par la présence
de formes asexuées de parasites dans la goutte de sang. Le
« petit poids de naissance » était défini comme un poids
de naissance inférieur à 2 500 g, et les prématurés pour des
grossesses inférieures ou égales à 37 semaines.
Gestion des données
Les données ont été saisies, validées et nettoyées avec le
logiciel Epidata 3.1 et analysées sur SPSS 12.0. Le test
statistique χ2 a été utilisé pour la comparaison des
proportions, le seuil de signification statistique a été fixé à
5 %.
Résultats
Au total, 379 parturientes étaient concernées par notre
étude avec une moyenne d’âge de 23 ± 5,7 ans. La proportion de
femmes mariées était de 9 3 % et seulement 6 % de
femmes étaient des célibataires. La proportion des primigestes
était de 27,4 % contre 39 % pour les paucigestes
(tableau 1). Les femmes
référées au niveau supérieur pour accouchement assisté
représentaient 1,5 % (6/379) équivalent aux perdus de vue pour
l’évaluation du petit poids de naissance. La prévalence de la prise
de TPI/SP était de 71,2 %, l’utilisation de moustiquaires au
cours de la grossesse était rapportée par 81 % de nos
parturientes. Après prise de TPI/SP, environ 5,2 % des femmes
ont déclaré avoir eu une réaction secondaire à type d’asthénie,
d’anorexie, nausées et vomissements qui s’estompaient au bout de
deux à trois jours. La consultation prénatale (CPN) a été suivie
par 73 % des parturientes. La fièvre a été observée chez
32 % des parturientes au moment de l’accouchement et la
prévalence de la parasitémie périphérique était de 2,4 %. La
parasitémie placentaire a été observée chez 1,6 % des femmes
de l’étude contre 0,5 % au niveau du sang du cordon chez les
nouveau-nés. La fréquence du petit poids de naissance était de
12,1 %. Il n’y avait pas de cas de paludisme observé chez les
nouveau-nés au moment de l’accouchement.
Tableau 1 Caractéristiques de base à l’accouchement (n
=309).
Basic characteristics at delivery.
| Caractéristiques |
n |
% |
Études antérieures(références) |
| Âge < 20 ans |
119 |
31,4 |
22,6 % [9] |
| Primigeste |
104 |
27,4 |
18,6 % [9] |
| Visites de CPN |
276 |
72,8 |
21,1 % [9] |
| TPI/SP |
270 |
71,2 |
22,2 % [9] |
| Utilisation des MII |
306 |
80,7 |
50,2 % [9] |
| Fièvre observée à l’accouchement |
122 |
32,2 |
28-51 [10] |
| Parasitémie périphérique |
9 |
2,4 |
16-39 [10] |
| Parasitémie placentaire |
6 |
1,6 |
17-42 [10] |
| Parasitémie du cordon ombilicale |
2 |
0,5 |
2,3-1,1 [10] |
| Petit poids de naissance |
45 |
12,1 |
17-20 [10] |
L’âge moyen à l’accouchement était de 23 ± 5,7 ans, l’âge
médian était de 22 ans.
CPN : consultation prénatale ; MII :
moustiquaires imprégnées d’insecticide ; TPI : traitement
préventif intermittent ; SP :
sulfadoxine-pyriméthamine.
Les femmes ayant un âge de moins de 20 ans et celles de
plus de 35 ans avaient enregistré un plus grand nombre de
faible poids de naissance avec 14,3 et 15,4 % respectivement,
tandis que celles de 20 à 35 ans représentaient 10,7 %.
Cependant, cette différence n’était pas statistiquement
significative (p = 0,54 ; tableau
2).
Tableau 2 Relation entre classe d’âge et les paramètres de suivi
de la grossesse.
Relation between age-group and antenatal care
characteristics.
|
| < 20 ansn = 119 |
20-35 ansn = 247 |
> 35 ansn = 13 |
|
| Classe d’âge |
n |
% |
n |
% |
n |
% |
p |
| Visite CPN |
85 |
71,4 |
182 |
73,7 |
9 |
69,2 |
0,86 |
| Utilisation des MII |
93 |
78,2 |
204 |
82,6 |
9 |
69,2 |
0,34 |
| Prise de SP |
83 |
69,7 |
178 |
72,2 |
9 |
69,2 |
0,89 |
| Petit poids de naissance |
17 |
14,3 |
26 |
10,7 |
2 |
15,4 |
0,54 |
CPN : consultation prénatale ; MII :
moustiquaires imprégnées d’insecticide ; TPI : traitement
préventif intermittent ; SP :
sulfadoxine-pyriméthamine.
L’indice plasmodique était de 4 % chez les
paucigestes ; 1,6 et 1 % respectivement chez les
multigestes et primigestes. Cette différence n’était pas
statistiquement significative (p = 0,23). En considérant
l’ensemble des femmes, l’indice plasmodique était de 2,4 %.
Parmi les femmes ayant une goutte épaisse périphérique positive, un
tiers avait également une parasitémie placentaire.
L’infection placentaire était de 4 et 1,3 % respectivement
chez les primigestes et chez les paucigestes. Elle était absente
chez les multigestes. Il n’y avait pas de différence
statistiquement significative entre l’infection placentaire et la
gestité (p = 0,23). Le petit poids de naissance a été
observé chez 11,1 % des nouveau-nés de mères positives à
P. falciparum contre 12,1 % chez les
nouveau-nés de mères non infectées. Il n’existait pas de différence
statistiquement significative entre le faible poids de naissance et
l’infection du sang périphérique maternel (p = 0,70). La
fréquence du petit poids de naissance était de 10,5 % chez les
mères ayant utilisé le TPI/SP contre 16 % chez celles n’ayant
pas pris du TPI/SP. L’utilisation du TPI/SP n’a pas eu d’effet
significatif sur le portage de parasites au niveau maternel
(p = 0,7), placentaire (p = 0,55) et au niveau du
cordon (p = 0,50) au cours de notre étude (figure 1 et tableau 3).
Tableau 3 Impact du TPI/SP sur les paramètres de suivi.
Impact of TPI/SP malaria-related findings.
|
| TPI/SP ouin = 270 |
TPI/SP nonn = 109 |
p |
|
| n |
% |
n |
% |
|
| Parasitémie périphérique |
7 |
2,6 |
2 |
2,0 |
0,70 |
| Parasitémie du cordon |
1 |
0,4 |
1 |
0,9 |
0,50 |
| Parasitémie placentaire |
4 |
1,5 |
2 |
1,8 |
0,55 |
| Petit poids de naissance |
28 |
10,5 |
17 |
16,0 |
0,19 |
TPI : traitement préventif intermittent ; SP :
sulfadoxine-pyriméthamine.
Au total :
- –. la prévalence de l’infection palustre était de
2,4 % chez nos femmes enceintes. Les multipares avaient un
indice plasmodique (IP) plus élevé (2,9 %) que celle des
primipares (1,0 %).
Nous n’avons pas observé de variation statistiquement
significative de la prévalence du paludisme maternel
(p = 0,7).
Parmi les parturientes qui utilisaient la moustiquaire imprégnée
d’insecticide (MII) au cours de la grossesse, 1,4 % avait une
parasitémie placentaire à l’accouchement contre 2,6 % de
celles qui ne l’utilisaient pas.
La proportion de nouveau-nés avec un faible poids de naissance
représentait 10,5 % chez les mères ayant observé un TPI à la
SP contre 16 % des parturientes n’ayant pas utilisé le TPI à
la SP (p = 0,19).
Le faible poids de naissance a été observé chez 12,3 % des
nouveau-nés de mères utilisatrices de MII contre 11,2 % des
nouveau-nés de mères non utilisatrices (p = 0,84).
Discussion
Dans notre étude, nous avons observé un faible indice
plasmodique à l’accouchement soit 2,4 %, ce constat pourrait
être dÛ à une adhésion des communautés périurbaines aux directives
de la direction nationale de la lutte contre le paludisme. Il
s’agit essentiellement de l’utilisation combinée des MII et du
TPI/SP à deux doses. Ce « paquet » est offert
gratuitement dans les centres de santé reconnus comme tels. En
revanche, d’autres études ont montré des indices plasmodiques plus
élevés [11-13]. Cette différence pourrait s’expliquer par le site
périurbain de notre étude à transmission faible.
La présence d’une parasitémie placentaire semble être le
principal indicateur parasitologique et le plus approprié pour
évaluer les stratégies de prévention du paludisme au cours de la
grossesse. Nous avons trouvé un faible taux d’infection placentaire
de 1,6 %. Ce résultat serait dÛ à la large couverture en MII
et TPI/SP. Selon l’enquête démographique et de santé IV
Mali(EDSIV), elle est de 61 % pour les MII et 81 % pour
le TPI/SP à Bamako. En revanche, un taux plus élevé (53,6 %) a
été rapporté en 2006 au Gabon [14], dans ce même pays, en 2010, les
proportions de 34,4, 53,6 et 18,2 % ont été retrouvées pour
l’infection maternelle, placentaire et du cordon ombilical
respectivement [14]. Ces différences pourraient s’expliquer par le
niveau d’endémicité le taux de transmission, et les techniques de
diagnostic utilisées chez les femmes enceintes (goutte épaisse
[GE], histidine rich protein test [HRP], PCR). Lors de ces
études, il a été suggéré d’évaluer l’infection du sang périphérique
au cours de la grossesse au lieu de l’infection placentaire [14].
Ladite étude avait conclu qu’il n’y avait aucune différence entre
les primipares et les multipares [11]. De même, nos résultats
viennent de démontrer que la prévalence de l’infection palustre
était plus élevée chez les multipares que chez les primipares avec
respectivement 2,9 et 1,0 %. Nous n’avons pas observé de
différence statistiquement significative de la prévalence du
paludisme maternel (OR = 1,42 [0,27-10,1] ;
p = 0,7).
Au Malawi, Feng et al., en 2010, ont démontré que
l’utilisation combinée de MII et de TPI/SP réduirait de façon
significative les parasitémies périphérique et placentaire [15]. Il
a été démontré que cette infection placentaire est hautement
corrélée avec les infections tardives périphériques, lesquelles
sont les plus délétères pour l’enfant [16], car les femmes sont
plus facilement accessibles à l’accouchement qu’au cours de la
grossesse. Kayentao et al. trouvaient 17,1 et 42,3 %
respectivement à Koro et Bandiagara malgré la chimioprophylaxie à
la chloroquine principalement [10].
Le faible poids de naissance est un indicateur permettant de
mesurer les conséquences du paludisme gestationnel. C’est un
facteur prédicateur puissant de la santé de l’enfant facilement
mesurable et reproductible [5, 17, 18]. Nous avons
observé une faible proportion de petit poids de naissance chez les
nouveau-nés dont les mères utilisaient le TPI/SP (10,5 %) que
chez celles n’ayant pas pris de TPI/SP (16 %), une étude
rapportait au Cameroun des résultats comparables aux nôtres
(9,6 %) [19]. En revanche, une proportion de 2,2 % a été
rapportée au Soudan avec un risque trois fois plus élevé pour les
nouveau-nés issus de mères souffrant de paludisme [20].
Conclusion et perspectives
Parmi les antipaludiques utilisés chez les femmes enceintes, la
SP reste de loin le médicament le plus disponible et le plus
utilisé (faible coÛt, assez de données sur sa tolérance et sa
facilité d’utilisation) au Mali et en Afrique. Il devient alors
nécessaire de mettre en œuvre une stratégie de surveillance de la
pharmacovigilance. Depuis l’adoption de la gratuité du TPI/SP et la
distribution des MII, le paludisme durant la grossesse connaît
actuellement un recul, des études ultérieures permettront de mieux
cibler les stratégies pour étendre les effets bénéfiques à d’autres
catégories de la population générale.
Remerciements et autres mentions
Financement : aucun ; conflits
d’intérêts : aucun.
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