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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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Subcutaneous dirofilariasis of the upper lip in Tunisia


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 20, Number 1, 47-8, janvier-février-mars 2010, Cas clinique

DOI : 10.1684/san.2009.0172

Résumé   Summary  

Author(s) : Emira Kaouech, Meriam Becheur, Meriam Cheikh, Slaheddine Belhadj, Kalthoum Kallel, Emna Chaker , Laboratoire de parasitologie-mycologie, hôpital La-Rabta, 15, rue Djebel-Lakhdhar 1007 Tunis, Tunisie.

Summary : IntroductionDirofilariasis is a rare anthroponotic disease caused by Dirofilaria, the principal reservoir of which is the dog. The first case of subcutaneous dirofilariasis in Tunisia was reported in 1990.Case reportWe report a case involving a 40-year-old woman living in northeastern Tunisia who presented with a subcutaneous lesion of the upper lip resembling a sebaceous cyst. Excisional biopsy released a worm identified on morphologic examination as Dirofilaria repens. Only excision allows simultaneous diagnosis and treatment.ConclusionThis is the 14 th case of dirofilariasis reported in Tunisia. This parasitic disease is probably underestimated in our country. It should be considered for all subcutaneous nodules, regardless of localisation.

Keywords : Dirofilaria repens, subcutaneous dirofilariasis, Tunisia

ARTICLE

Auteur(s) : Emira Kaouech, Meriam Becheur, Meriam Cheikh, Slaheddine Belhadj, Kalthoum Kallel, Emna Chaker

1Laboratoire de parasitologie-mycologie, hôpital La-Rabta, 15, rue Djebel-Lakhdhar 1007 Tunis, Tunisie

Les dirofilarioses humaines sont des anthropozoonoses cosmopolites dues à des filaires du genre Dirofilaria, dont le réservoir principal est le chien. Elles sont accidentellement transmises à l'homme à la suite d'une piqûre d'un moustique du genre Culex, Aedes ou Anopheles.

Plusieurs espèces du genre Dirofilaria sont incriminées dont principalement le sous-genre Dirofilaria Nochtiella (Dirofilaria repens), filaire de l'ancien monde, et le sous-genre Dirofilaria Dirofilaria (Dirofilaria immitis), filaire du nouveau monde [1].

Trois formes cliniques principales sont connues selon leur siège ; la dirofilariose sous-cutanée (la plus fréquente), la dirofilariose ophtalmique et la dirofilariose pulmonaire.

En Tunisie, 13 cas ont été rapportés chez l'homme depuis le premier cas décrit en 1990 (Kassar et al. 1990) [2].

Nous rapportons dans ce travail le dixième cas de dirofilariose sous-cutanée et le premier à localisation labiale.

Observation

Il s'agit d'une patiente âgée de 40 ans, originaire du Cap Bon (nord-est tunisien).

Elle consulte pour une lésion de la lèvre supérieure, oblongue de 1 cm de grand axe, indolore siégeant dans la partie médiane droite.

L'examen retrouve une tuméfaction sous-cutanée, mobile par rapport aux plans superficiel et profond. Le diagnostic d'un kyste sébacé a été retenu.

L'excision de la lésion a libéré un ver.

L'examen morphologique à la loupe binoculaire montre un ver filiforme de couleur blanchâtre mesurant 14 cm de long et moins de 1 mm d'épaisseur, ayant une cuticule dont la surface externe est striée longitudinalement. Les caractéristiques morphologiques du nématode correspondent à une femelle immature de Dirofilaria repens. Le diagnostic de dirofilariose sous-cutanée de localisation labiale est ainsi retenu. L'interrogatoire confirme l'absence de séjour à l'étranger et révèle, en outre, la présence d'animaux domestiques dans l'entourage.

L'évolution après exérèse est favorable, et aucune thérapeutique n'a été instaurée.

Discussion

Les dirofilarioses sous-cutanéomuqueuses de l'homme sont toujours et uniquement d'origine animale. Parasite du tissu conjonctif sous-cutané du chien, du chat et de nombreux autres mammifères sauvages, la dirofilaire est transmise accidentellement à l'homme sous sa forme larvaire au moment du repas sanguin de l'hôte intermédiaire compétent et vecteur, diptère de la famille des culicidés. En impasse parasitaire, le parasite atteint rarement sa maturité sexuelle [1].

La dirofilariose sévit dans le bassin méditerranéen, avec un foyer important en Italie, mais également dans d'autres régions telles que le Japon, la Russie et les États-Unis [3-5].

En Tunisie, 13 cas ont été déjà décrits dont neuf à localisation sous-cutanée et quatre localisations conjonctivales ; l'affection ne paraît donc pas exceptionnelle [6-14].

Les dirofilarioses superficielles se présentent sous forme de nodule sous-cutané unique siégeant préférentiellement au niveau d'une partie découverte du corps comme c'est le cas de notre patiente qui présentait un nodule labial [9].

La maturation dans le tissu conjonctif sous-cutané dure de quelques semaines à quelques mois, pouvant provoquer une réaction inflammatoire avec formation d'un nodule et d'éventuelles réactions allergiques de voisinage [3].

Ce nodule est peu ou pas douloureux, augmentant de taille progressivement pour atteindre un diamètre de 1 à 3 cm. Il évoque en première intention un kyste épidermique ou sébacé également suspecté dans notre observation [10].

Ainsi, les formes sous-cutanées de localisations variées se présentent le plus souvent sous la forme de nodules dont l'étiologie dirofilarienne est impossible à évoquer sur le seul examen clinique [10].

Le diagnostic repose généralement sur l'examen anatomopathologique de la pièce opératoire permettant l'identification de la filaire avec sa cuticule striée caractéristique, ou sur l'examen morphologique à la loupe binoculaire après conservation de l'helminthe dans l'alcool [3, 9, 13, 14].

Le diagnostic sérologique des sous-genres Dirofilaria repens et Dirofilaria immitis est actuellement réalisable mais reste peu sensible et peu spécifique aussi bien en pratique humaine que vétérinaire.

De nouvelles méthodes de biologie moléculaire sont instaurées ; elles permettent de dépister le parasite chez l'homme après exérèse et pourraient aider à la reconnaissance de l'espèce.

Toutefois, l'utilisation de ces méthodes sérologiques ou moléculaires n'est pas de pratique courante, et le diagnostic repose essentiellement sur l'étude morphologique de la filaire couplée aux données épidémiologiques et géographiques [3-5, 10].

Le traitement reste chirurgical ; quant aux antihelminthiques leur intérêt est discutable d'autant que l'évolution serait favorable par la seule exérèse de l'helminthe [2, 9, 10].

Conclusion

La dirofilariose humaine, relativement rare en apparence, s'avère plutôt méconnue, car souvent discrète et généralement bénigne. Elle est vraisemblablement sous-estimée en Tunisie ; il est donc important d'y penser devant tout nodule sous-cutané quelle que soit sa localisation.

Remerciements et autres mentions

Nous remercions le Dr Cheikh, otorhinolaryngologiste, et le Dr Kanzari, biologiste, de nous avoir adressé le ver pour l'identification.

Financement : aucun ; conflit d'intérêt: aucun.

Références

1 Raccourt C, Carme B. Dirofilarioses. Encycl Med Chir (Elsevier, Paris), Maladies infectieuses, 1999 ; 8-514- A-70, 7p.

2 Kassar L, Kchir N, Boubaker S, et al. Un cas de dirofilariose sous-cutanée en Tunisie. Bull Soc Path Exot 1990 ; 83 : 517-20.

3 Weill FX, Accoseberry I, Montané V, et al. Dirofilariose orbitaire à Dirofilaria repens en France. Un cas humain contracté sur le littoral atlantique. Med Mal Infect 1999 ; 29 : 642-5.

4 Morassin B, Magnaval JF, Bessieres MH, Fabre R, Ducos De La Hitte J. A new case of subcutaneous dirfilariasis. Med Trop 1999 ; 59 : 368-70.

5 Cordonnier C, Chatelin D, Nevez G, Sevestre H, Gontier MF, Raccurt CP. Problèmes soulevés par le diagnostic de la dirofilariose humaine à distance d'une région enzootique connue. Rev Med Interne 2002 ; 23 : 71-6.

6 Chaabouni M, Sallami R, Ben Said M, Ben Rachid MS, Romdane K. Dirofilariose sous conjonctivale à propos d'un cas découvert dans la région de Kairouan. Arch Inst Pasteur (Tunis) 1990 ; 67 : 5-9.

7 Ben Said M, Korbi S, Abdelhedi M, et al. La dirofilariose sous-cutanée humaine: à propos de deux nouveaux cas tunisiens. Med Mal Infect 1995 ; 25 : 519-21.

8 Mrad K, Romani Ramah S, Driss M, et al. Mammary dirofilariasis. A case report. Int J Surg Pathol 1999 ; 7 : 175-8.

9 Ayadi-Kaddour A, Ouertani L, Bouraoui S, et al. Dirofilariose sous-cutanée humaine : à propos de deux nouveaux cas tunisiens. Nouv Dermatol 2003 ; 22 : 17-9.

10 Souissi A, Klibi Farah F, Zermani R, et al. Dirofilariose sous-cutanée à Dirofilaria repens en Tunisie : une observation à localisation scrotale. Med Trop 2004 ; 64 : 375-8.

11 Ziadi M, Trimeche M, Mestiri S, et al. La dirofilariose sous-conjonctivale humaine : à propos de deux cas tunisiens. J Fr Ophtalmol 2005 ; 2 : 773.

12 Hannachi, Sassi S, Abid L, Dhouib R, et al. Dirofilariose conjonctivale à Dirofilaria repens. À propos d'un nouveau cas tunisien. J Fr Ophtalmol 2006 ; 29 : 197.

13 Makni F, Hachicha L, Abdelkafi N, et al. Dirofilariose sous-cutanée à Dirofilaria repens dans la région de Sfax (Tunisie). Ann Dermatol Venerol 2007 ; 134 : 53-4.

14 Bahri Zouari I, Samet Fakhfakh I, Gouiaa N, et al. Dirofilariose cutanée. Ann Dermatol Venerol 2008 ; 135 : 160-1.


 

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