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Epidemiological and clinical characteristics of intestinal microsporidiosis


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 20, Number 1, 21-9, janvier-février-mars 2010, Étude originale

DOI : 10.1684/san.2010.0188

Résumé   Summary  

Author(s) : Sonia Anane, H Attouchi, E Kaouech, S Belhadj, T Ben Chaabane, N Ben Abdallah, T Ben Othman, A Samoud, M Ben Hriz, K Kallel, E Chaker , Laboratoire de parasitologie-mycologie CHU La Rabta 15, rue Djebel-Lakhdhar 1007 Tunis, Tunisie, Service de maladies infectieuses CHU La Rabta 15, rue Djebel-lakhdhar1007 TunisTunisie, Service de médecine interne M8 Hôpital Charles Nicolle Tunis Tunisie, Service d'hématologie Centre national de greffe de moelle osseuse de Tunis Tunis Tunisie, Service de médecine infantile A Hôpital d'enfants de Tunis Boulevard du 9-Avril Bab Saadoun Tunis Tunisie, Service de pédiatrie Hôpital Mongi SLIM Tunis Tunisie.

Summary : IntroductionIntestinal microsporidiosis is an opportunistic parasitological infection affecting mainly immunocompromised patients, particularly those infected with HIV. Purpose: The purpose of this study was to analyse the epidemiological and clinical characteristics of intestinal microsporidiosis and the treatments available for it. Materialand methods: This retrospective study examined records collected over a 13-year period (from January 1995 through December 2007). It included 572 immunocompromised patients (279 HIV-infected patients and 293 without HIV infection) with symptoms suggesting intestinal microsporidiosis. All were tested systematically for microsporidia spores by modified (Weber's) Trichrome staining. Results: Fourteen patients (10men, 4women) were diagnosed with intestinal microsporidiosis, for a prevalence of 2.4% overall, 3.6% in HIV-infected patients and 1.4% in those without HIV infection. Intestinalmicrosporidiosis affected 10 HIV-infected patients, 70% of whom had a CD4 count <\;100 cells/mm 3. Their mean age was 30±15 years (range: 15 months to 48 years). The average age of HIV-infected patients (36 years) was significantly higher than of those without HIV infection (15 years). Thirteen patients had symptoms, most frequently diarrhea (11 cases), sometimes associated with dehydration (5 cases). Eight patients (57%) received only symptomatic treatment, and 4 (28.6%) received albendazole. No treatment was recommended in 2 cases (14.3%). Clinical course was marked by improvement in 6 cases, death in 5, and persistence of asymptomatic carriage in one. Two patients were lost to follow-up. Conclusion: Intestinal microsporidiosis is a parasitological disease that mainly affects AIDS patients with CD4 counts <\;100 cells/mm 3. Its diagnosis requires special techniques. Its symptomatology is dominated by chronic diarrhea that can cause dehydration. Effective treatment requires identification of the species.

Keywords : diagnosis, epidemiology, microsporidiosis, Tunisia

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Sonia Anane1, H Attouchi1, E Kaouech1, S Belhadj1, T Ben Chaabane2, N Ben Abdallah3, T Ben Othman4, A Samoud5, M Ben Hriz6, K Kallel1, E Chaker1

1Laboratoire de parasitologie-mycologie CHU La Rabta 15, rue Djebel-Lakhdhar 1007 Tunis, Tunisie
2Service de maladies infectieuses CHU La Rabta 15, rue Djebel-lakhdhar1007 TunisTunisie
3Service de médecine interne M8 Hôpital Charles Nicolle Tunis Tunisie
4Service d'hématologie Centre national de greffe de moelle osseuse de Tunis Tunis Tunisie
5Service de médecine infantile A Hôpital d'enfants de Tunis Boulevard du 9-Avril Bab Saadoun Tunis Tunisie
6Service de pédiatrie Hôpital Mongi SLIM Tunis Tunisie

 

La microsporidiose est une affection opportuniste due à des microsporidies qui sont des eucaryotes unicellulaires à développement intracellulaire.

Ces micro-organismes considérés comme des protozoaires sont classés par certains parmi les champignons [1, 2].

Les microsporidies sont connues depuis 150 ans et sont largement répandues dans le règne animal (insectes, poissons, mammifères). Elles sont également incriminées dans la pathologie humaine où le premier cas de microsporidiose a été rapporté en 1959 chez un enfant japonais [3].

La microsporidiose affecte essentiellement les sujets immunodéprimés.

L'augmentation spectaculaire du nombre des facteurs d'immunodépression, surtout en rapport avec l'épidémie du sida, mais aussi la multiplication des transplantations d'organes et de greffe de moelle osseuse, et le développement des thérapeutiques immunosuppressives a entraîné une nette recrudescence des parasitoses opportunistes, dont la microsporidiose.

Elle a été décrite chez des sujets immunocompétents tels que les enfants, les sujets âgés, les voyageurs et les sujets porteurs de lentilles de contact [4].

La symptomatologie clinique de la microsporidiose est variable selon l'espèce en cause, l'organe cible et le statut immunitaire de l'hôte.

Les espèces de microsporidies les plus fréquemment incriminées dans la pathologie humaine sont Enterocytozoon bieneusi et Encephalitozoon intestinalis [1, 5].

En dehors d'atteintes oculaires, nasosinusiennes, bronchopulmonaires, musculaires, génito-urinaires et disséminées, l'atteinte gastro-intestinale représente la localisation microsporidienne la plus fréquente. Dans cette étude, nous avons essayé d'analyser les facteurs de risque, les caractéristiques cliniques, parasitologiques et thérapeutiques de la microsporidiose dans sa forme intestinale.

Patients

Il s'agit d'une étude rétrospective réalisée sur une période de 13 ans comprise entre janvier 1995 et décembre 2007.

Elle a intéressé 572 patients immunodéprimés (279 VIH positifs et 293 VIH négatifs) chez qui la recherche de microsporidies a été faite d'une façon systématique.

Méthode

Examen parasitologique des selles

Pour chaque patient, un examen parasitologique des selles a été réalisé comportant :
  • un examen direct à frais au sérum physiologique, une concentration par la méthode de Faust, une concentration par la méthode de Kato à la recherche des parasites habituels ;
  • une coloration de trichrome de Weber modifiée des frottis des selles obtenus après concentration par la technique de Ritchie à la recherche des spores de microsporidies ;
  • une coloration par la méthode de Ziehl-Neelsen modifiée favorisant la recherche des oocystes de cryptosporidies.

Analyse des dossiers

Pour les cas de microsporidiose intestinale, les données épidémiologiques, cliniques, biologiques autres que parasitologiques et thérapeutiques ont été recensées à partir des dossiers médicaux des malades sur une fiche préétablie.

Analyse statistique

L'analyse statistique des données a été faite par le test de Chi2, le test t de Student et le test exact de Fisher. Une valeur p < 0,05 est significative.

Résultats

Aspects épidémiologiques

Prévalence

Le diagnostic de la microsporidiose a été retenu chez 14 patients. La prévalence globale de la microsporidiose intestinale était donc de 2,4 % (14 cas étaient positifs sur 572 malades).

Elle était de 3,6 % chez les patients infectés par le VIH (dix cas étaient positifs sur 279 malades) et de 1,4 % chez les patients immunodéprimés VIH négatifs (quatre cas étaient positifs sur 293 malades).

Incidence

Évolution annuelle de l'incidence globale

L'évolution du taux d'incidence globale de la microsporidiose (chez tous nos sujets immunodéprimés) entre les années 1995 et 2007 est représentée par la figure 1. Après un début d'étude rapportant des résultats relativement stables en moyenne entre 2,5 et 3 % et trois années (2002, 2003, 2004) inexploitables sans études systématiques comparables aux précédentes, on peut remarquer une nette augmentation des taux en 2005 et 2007 (4,9 et 6,4 %).

Répartition mensuelle des cas de microsporidiose

Ces cas ont été répartis en fonction des mois selon la figure 2 sans qu'on puisse en extraire une tendance particulière, compte tenu du faible nombre de sujets diagnostiqués par mois.

Évolution annuelle de l'incidence chez les sujets VIH+

L'évolution du taux d'incidence de la microsporidiose intestinale, chez les sujets VIH positifs, entre les années 1995 et 2007, est représentée par le tableau 1.

En comparant les prévalences de cette parasitose avant (2,9 %) et après 2000 (4,2 %), date de généralisation de la trithérapie dans notre pays, nous avons remarqué qu'il n'y a pas de différence statistiquement significative (p = 0,791) si l'on compare les moyennes des années dont les résultats sont comparables obtenus à la suite d'enquête avec des techniques d'évaluation équivalentes.

Tableau 1 Taux d'incidence de la microsporidiose intestinale chez les sujets VIH+ (1995-2007).Table 1. Incidence rate of intestinal microsporidiosis in HIV+ subjects (1995-2007).

Années

Nombre de malades VIH+

Nombre de cas positifs VIH+

Taux d'incidence (%)

Prévalence (%)

1995

39

0

0

1996

34

2

5,88

1997

23

1

4,34

2,92

1998

23

1

4,34

1999

18

0

0

2000

29

1

3,44

2001

26

1

3,84

2002

17

0

0

2003

12

0

0

4,22

2004

16

0

0

2005

18

1

5,55

2006

8

1

12,5

2007

16

2

12,5

Sexe

La microsporidiose intestinale intéressait dix hommes et quatre femmes. Le sex-ratio était de 2,5.

Chez les sujets infectés par le VIH, sept étaient de sexe masculin et trois étaient de sexe féminin. Le sex-ratio était de 2,33.

Chez les sujets immunodéprimés VIH négatifs les trois quarts étaient de sexe masculin (tableau 2).

Tableau 2 Tableau comparatif entre les sujets VIH+ et VIH–.Table 2. Comparison of subjects with and without HIV infection.

VIH+

VIH–

p

Sex–ratio

3 F/7 M

1 F/3 M

0,689 (NS)

Âge moyen

35,9 ± 9,1 ans

15 ± 17 ans

0,01 (S)

Diarrhée (nombre [%])

8 (80 %)

3 (75 %)

0,670 (NS)

Évolution de la diarrhée (nombre [%]):

0,665 (NS)

Amélioration

4

1

Pas d'amélioration

3

1

Rechute

1

0

Perdu de vue

0

1

Âge

L'âge moyen de nos malades ayant une microsporidiose intestinale était de 30 ± 15 ans avec des extrêmes de 15 mois et de 48 ans.

Il était de 36 ans chez les sujets VIH positifs et de 15 ans chez les sujets VIH négatifs. La différence est significative (p = 0,01) (tableau 2).

Taux des lymphocytes CD4

Au moment du diagnostic de la microsporidiose, le taux des lymphocytes CD4 chez nos dix patients infectés par le VIH a varié entre 3 et 331 cellules/mm3, avec un taux moyen de 78,4 ± 104,9 cellules/mm3.

Il était inférieur à 100 cellules/mm3 chez sept patients (70 %) et supérieur à 100 cellules/mm3 chez trois patients (30 %).

Les taux des lymphocytes CD4 sont répartis selon la figure 3 montrant la plus forte proportion de porteurs de microsporidies chez les malades ayant un taux très faible de CD4.

Charge virale

La moyenne de la charge virale était de 107 200 copies/ml (± 72 354,682) avec des extrêmes de 48 000 et de 208 000 copies/ml.

Infections opportunistes associées

Nos dix patients infectés par le VIH ont présenté des infections opportunistes classiquement variées (tableau 3).

Les examens parasitologiques et mycologiques ont permis d'isoler :

  • une candidose buccale observée chez cinq patients ;
  • une pneumocystose pulmonaire diagnostiquée chez deux malades ;
  • une toxoplasmose cérébrale dans deux cas ;
  • une candidose œsophagienne dans un cas ;
  • une cryptosporidiose intestinale dans un cas.


Tableau 3 Tableau récapitulatif des 14 cas de microsporidiose intestinale.Table 3. Summary of 14 cases of intestinal microsporidiosis.

Âgea/sexe

Facteurs de risque

Taux de LTCD4

Signes cliniques

Traitement de la microsporidiose

Infections opportunistes

Date d'instauration de la thérapie antirétroviralec

Évolution de la microsporidiose

P1

15m/M

Entéropathie auto-immune

Diarrhée

Symptomatique

Non

Perdu de vue

P2

9/M

Greffe de moelle osseuse

Diarrhée, douleurs abdominales, vomissements

Symptomatique

Non

Amélioration

P3

40/M

Greffe de rein

Fièvre, diarrhée

Symptomatique

Infection viscérale à CMV

Décès

P4

10/F

Déficit immunitaire humoral

Douleurs abdominales (coliques hépatiques, épigastralgies)

Albendazole

Non

Perdu de vue

P5

28/M

VIH+ (stade C3)

56 cellules/mm3

Diarrhée

Symptomatique

Tuberculose pulmonaire

4 ans avant le diagnosticb

Amélioration

P6

48/F

VIH+ (stade C3)

180 cellules/mm3

Diarrhée, douleurs abdominales, fièvre, vomissements, anorexie, amaigrissement, déshydratation

Symptomatique

Pneumocystose pulmonaire, tuberculose pulmonaire, salmonellose mineure

5 mois avant le diagnosticb

Décès

P7

45/F

VIH+ (stade C3)

38 cellules/mm3

Diarrhée, douleurs abdominales, vomissements, amaigrissement, déshydratation

Albendazole

Salmonellose mineure, candidose buccale, infection à chlamydia, toxoplasmose cérébrale

2 ans après le diagnostic

Décès

P8

36/M

VIH+ (stade C2)

331 cellules/mm3

Diarrhée, douleurs abdominales, fièvre, anorexie, déshydratation

Albendazole

Sarcome de kaposi disséminé

Au moment du diagnostic

Décès

P9

39/M

VIH+ (stade C3)

3 cellules/mm3

Diarrhée, vomissements, anorexie, amaigrissement

Symptomatique

Candidose buccale, candidose œsophagienne, infection à CMV

7 mois avant le diagnostic

Amélioration

P10

35/M

VIH+ (stade C3)

26 cellules/mm3

Diarrhée, amaigrissement, vomissements

Aucun traitement

Toxoplasmose cérébrale

Au moment du diagnostic

Amélioration

P11

32/M

VIH+ (stade C3)

8 cellules/mm3

Vomissements, anorexie, nausées, pas de diarrhée

Symptomatique

Candidose buccale, pneumocystose pulmonaire

3 ans avant le diagnostic

Amélioration

P12

41/M

VIH+ (stade C3)

16 cellules/mm3

Diarrhée, vomissements, anorexie, amaigrissement, déshydratation

Symptomatique

Infection viscérale à CMV, cryptosporidiose intestinale

Au moment du diagnostic

Amélioration

P13

16/F

VIH+ (stade C3)

114 cellules/mm3

Asymptomatique

Aucun traitement

Candidose buccale

Au moment du diagnostic

Malade toujours asymptomatique

P14

39/M

VIH+ (stade C3)

12 cellules/mm3

Diarrhée, douleurs abdominales, fièvre, amaigrissement, déshydratation

Albendazole

Candidose buccale, tuberculose pulmonaire

Au moment du diagnostic

Décès

Classification de l'infection VIH

Nos dix malades ont pu être classés selon la classification de l'infection VIH, du CDC en stade C3 du sida dans neuf cas (90 %) et en stade C2 du sida dans un cas (10 %).

Aspects cliniques

La symptomatologie clinique a été dominée par la diarrhée qui était présente chez 11 de nos patients (78 %). La diarrhée était liquidienne non glairosanglante dans neuf cas (81 %) et semi-liquidienne chez deux malades. Sa fréquence moyenne était de six selles par jour avec une durée moyenne d'évolution de quatre mois et deux semaines.

Trois de nos malades (21 %) étaient non diarrhéiques et un totalement asymptomatique.

Parmi les autres signes cliniques, on notait des vomissements observés chez sept patients (50 %), suivis de l'amaigrissement et des douleurs abdominales chez six patients (43 %), d'anorexie et de signes de déshydratation chez cinq patients (36 %), de la fièvre chez quatre patients (29 %) et des nausées chez un patient.

Une insuffisance rénale a été observée chez deux des patients (14 %). Elle était fonctionnelle dans un cas (déshydraté) et organique dans un autre cas (greffé rénal).

Sur le plan ionique, une hyponatrémie a été constatée chez six patients (43 %) et une hypokaliémie a été constatée chez quatre patients (29 %).

Aspects thérapeutiques

Dans notre série, le traitement de la microsporidiose a été basé seulement sur le traitement symptomatique (antidiarrhéiques et antiseptiques intestinaux) dans huit cas (57 %). L'albendazole a été utilisée dans quatre cas (29 %). Dans deux cas les malades n'ont reçu aucun traitement.

La réhydratation a été prescrite dans sept cas (50 %).

La thérapie antirétrovirale a été instaurée chez nos dix malades VIH positifs sous forme de trithérapie dans huit cas et de monothérapie dans deux cas.

L'évolution clinique chez nos malades a été marquée par l'amélioration dans six cas (cinq cas VIH positifs et un cas VIH négatif), le décès est survenu chez cinq malades, l'absence de notion sur l'évolution dans deux cas (malades perdus de vue) et la persistance de l'absence de manifestations cliniques dans un cas.

L'évolution des malades traités par l'albendazole a été marquée par le décès dans deux cas (à j5 et à j9 du traitement) et la rechute dans les deux autres cas.

L'amélioration sous trithérapie a été constatée chez quatre patients avec augmentation du taux du CD4 que dans deux cas et chez un autre patient sous monothérapie.

Discussion

Aspects épidémiologiques

La microsporidiose est une parasitose cosmopolite. Les données de sa prévalence sont très variées. Elles dépendent de la région géographique, de la population étudiée et peut-être plus encore des méthodes diagnostiques utilisées [5-7]. Elle peut varier de 1,5 à 50 %.

Elle touche particulièrement les sujets infectés par le VIH, mais elle a été décrite aussi chez des sujets immunodéprimés VIH négatifs.

La microsporidiose est peu mise en évidence en Tunisie. Dans notre pays, les premiers cas de microsporidiose intestinale ont été rapportés en 1997 chez deux sidéens ainsi que chez un sujet immunocompétent [8, 9], depuis les nouveaux cas rapportés dans la littérature [10, 11] sont rares.

La prévalence de la microsporidiose chez les sujets tunisiens infectés par le VIH varie de 3,2 à 5,7 % [10, 11].

Dans notre étude, le taux de prévalence de la microsporidiose chez les sujets VIH positifs était de 3,6 %.

Cette prévalence est comparable à celle rapportée par Michiels et al. (3,38 %, France), Bern et al. (3 %, Pérou), Breton et al. (3 %, Gabon et Cameroun), Wumba et al. (2 %, République démocratique du Congo) et Dworkin et al. (1,5 %, États-Unis) [12-16].

Elle est inférieure à celle rapportée par les études de Konate et al. (11,5 %, Mali), Nkinin et al. (35,7 %, Cameroun), Kotler et al. (39 %, États-Unis) et Ferreira et al. (42,8 %, Portugal) [17-20].

En dehors du sida, quelques cas ont été également observés chez des Tunisiens immunodéprimés VIH négatifs, particulièrement chez des patients atteints de déficits immunitaires primitifs [21].

Dans notre étude, la prévalence de la microsporidiose chez les sujets VIH négatifs était de 1,4 %.

La différence de prévalence entre nos sujets VIH positifs et VIH négatifs n'est pas significative. Cela rejoint les résultats de Breton et Nkinin et qui ont trouvé des prévalences comparables dans les deux groupes [14, 18].

Cependant, pour Samie et al. (Afrique du Sud) et Endeshaw et al. (Éthiopie), le taux de prévalence était plus élevé chez les sujets VIH positifs [22, 23].

Dans notre étude, nous n'avons pas remarqué d'influence saisonnière sur la survenue de la microsporidiose. Cette constatation a été déjà retrouvée dans l'étude de Sparfel et al. [24].

Nous avons constaté dans notre série que les hommes sont plus touchés que les femmes, cela aussi bien chez les sujets VIH positifs que VIH négatifs (sex-ratio = 2,5), comme cela a été rapporté par d'autres auteurs chez des sujets VIH positifs [16, 23, 25].

L'âge moyen des malades VIH positifs et VIH négatifs de notre série est de 30 ± 15 ans avec des extrêmes allant de 15 mois à 48 ans.

Chez nos malades VIH positifs, porteurs de microsporidies, l'âge moyen est de 36 ans, ce qui correspond à l'âge moyen de la population séropositive pour le VIH. Cet âge est comparable à celui rapporté par les études de Dworkin et al. (34 ans), d'Espern et al. (34 ans), de Billaud et al. (34,6 ans) et d'Endeshaw et al. (36 ans) [16, 23, 26, 27].

Chez nos quatre malades VIH négatifs, l'âge moyen est nettement inférieur à celui des VIH positifs (15 ans). Il s'agit d'un adulte et de trois enfants immunodéprimés, dont un malade atteint d'une entéropathie auto-immune, un greffé de moelle osseuse et un malade atteint d'un déficit immunitaire humoral primitif.

Dans la littérature, la microsporidiose a été aussi rapportée chez des enfants, qu'ils soient immunodéprimés ou immunocompétents, souffrant ou non de diarrhée [8, 21, 28].

L'immunodépression de type cellulaire illustrée par l'infection par le VIH, représente le principal facteur de risque de la microsporidiose humaine [1, 4, 5].

Cette infection rétrovirale a été trouvée chez 71,43 % (10/14) de nos malades.

La microsporidiose survient à un stade avancé de l'immunodépression avec un taux de lymphocytes CD4 inférieur à 100 cellules/mm3 [1, 5], constaté chez 70 % (7/10) de nos cas.

Cela fait rejoindre notre série à celles de Bern et al. Endeshaw et al., Dworkin et al. et Espern et al. qui ont trouvé un taux des lymphocytes CD4 inférieur à 100 cellules/mm3 respectivement dans 90, 84, 82 et 67 % des cas étudiés [13, 16, 23, 26].

Le taux moyen des lymphocytes CD4 dans notre série est de 78,4 cellules/mm3. Il est supérieur à celui rapporté par Endeshaw et al. (22,8 cellules/mm3), par Dworkin et al. (33 cellules/mm3) et par Billaud et al. (39 cellules/mm3) [16, 23, 27]. Il est inférieur à celui de Chacin-Bonilla et al. (140,2 cellules/mm3) [25].

Chez nos malades sidéens, la moyenne de la charge virale était de 107 200 copies/ml. Ce taux est supérieur à celui rapporté par Endeshaw et al. (22 217 copies/ml) [23].

L'immunodépression thérapeutique induite chez les sujets atteints d'hémopathies malignes, chez les transplantés d'organes et chez les greffés de moelle osseuse est un autre facteur de risque de la microsporidiose [29, 30].

Chez les sujets atteints d'hémopathies malignes sous chimiothérapie (leucémie myéloïde aiguë, leucémie lymphoïde aiguë et lymphome malin non hodgkinien), Norhayati et al. ont rapporté plusieurs cas de microsporidiose intestinale. Yasar et al. ont décrit un cas de microsporidiose pulmonaire chez un patient atteint de leucémie myéloblastique aiguë [29, 31].

La microsporidiose a été aussi rapportée chez des greffés de moelle osseuse et des transplantés d'organes (rein, foie, rein-pancréas, cornée, cœur et cœur-poumon) [30, 32-34].

Notre série comporte deux cas de microsporidiose intestinale diagnostiqués respectivement chez un greffé de moelle osseuse et un transplanté rénal.

Le déficit immunitaire primitif, rarement décrit au cours de la microsporidiose [21], a été rapporté chez l'un de nos malades, et par ailleurs l'entéropathie auto-immune, jamais rapportée dans la littérature, a été aussi décrite chez l'un de nos malades.

Aspects cliniques

Les manifestations cliniques de la microsporidiose dépendent de l'espèce en cause, du site de l'infection et du statut immunitaire de l'hôte [6, 35].

En dehors des rares cas d'atteintes oculaires, nasosinusiennes, bronchopulmonaires, musculaires, cérébrales, génito-urinaires et disséminées, les localisations gastro-intestinales sont les plus fréquentes [1, 11].

Le signe clinique principal de la microsporidiose intestinale est la diarrhée [1, 4]. C'est le cas de 11 de nos patients, soit 78,57 % des cas. La diarrhée a été trouvée chez 80 % des sujets VIH positifs et chez 75 % des sujets VIH négatifs.

Chez les sujets VIH positifs, notre fréquence est comparable à celle de Billaud et al. (60 %) [27]. Elle est supérieure à celle rapportée par Sarfati et al. (37,5 %) et Nkinin et al. (20 %) [18, 36].

Il s'agit d'une diarrhée liquidienne avec des selles aqueuses, non sanglantes, non glaireuses [4, 6]. Cet aspect a été observé chez 82 % (9/11), une fréquence semblable à celle trouvée dans l'étude d'Endeshaw et al. (79,5 %) [23].

D'où, la nécessité de rechercher de façon systématique les microsporidies dans les selles des sujets immunodéprimés, même asymptomatiques, vu non seulement le risque de passage à l'état symptomatique. La microsporidiose a été même décrite chez des sujets non diarrhéiques [21, 28]. C’est le cas de trois de nos malades (21 %), dont l’un est un malade infecté par le virus VIH et complètement asymptomatique mais aussi du rôle épidémiologique important dans la transmission de la maladie [28]. Ce portage asymptomatique des microsporidies pourrait être expliqué par un stade précoce de l'invasion microsporidienne ou par un niveau modéré d'immunodépression [37]. Le taux des lymphocytes CD4 de notre malade asymptomatique était de 114 cellules/mm3 (P13).

Chez nos patients infectés par le VIH, la diarrhée a été associée à un taux bas de lymphocytes CD4 (< 100 cellules/mm3) dans 75 % des cas. Cette association a été comparable à celle rapportée dans l'étude de Dworkin et al. (81,81 %) et d'Endeshaw et al. (84,4 %) mais supérieure à celle rapportée par Belhadj et al. (50 %) [10, 16, 23], ce qui est en faveur de la corrélation entre la diarrhée et le stade avancé de l'immunodépression cellulaire représentée par le taux bas des lymphocytes CD4.

Dans notre étude, la fréquence quotidienne moyenne de la diarrhée est de six selles par jour. Dans la littérature, elle varie de trois à dix selles par jour [4, 6]. Endeshaw a décrit une fréquence des selles entre deux et six par jour dans 89,8 % des cas étudiés et une fréquence supérieure à six selles par jour dans 10,2 % des cas [23].

Au cours de la microsporidiose, la diarrhée survient de façon progressive et dure des mois. Chez certains patients, elle survient d'une façon intermittente [1, 6]. C'est le cas de quatre de nos malades.

La durée d'évolution de la diarrhée chez nos malades varie de sept jours à deux ans avec une durée moyenne de quatre mois et deux semaines.

Selon Dworkin et al., la durée moyenne est d'un mois avec un intervalle variant de trois jours à deux ans et dix mois [16].

Cette diarrhée était chronique (> 28 jours) chez 82 % de nos cas. Ces résultats concordent avec les données de la plupart des auteurs qui rapportent la notion de chronicité de la diarrhée dans 61,5 à 92,3 % des cas [23, 25].

La diarrhée est associée à des nausées entraînant une perte de l'appétit, des vomissements, des douleurs abdominales, de la fièvre et une perte de poids progressive. Dans les formes les plus graves, il y a une déshydratation entraînant la cachexie [4, 6, 38].

D'autres signes cliniques ont été associés à la diarrhée chez nos malades. Endeshaw et al. ont rapporté ces mêmes signes cliniques à une fréquence semblable à celle de notre série pour les vomissements (46,2 %), alors que l'amaigrissement, l'anorexie, les douleurs abdominales, les nausées et la fièvre sont rapportés à une fréquence supérieure à la nôtre (94,4, 74,4, 64,1, 56,4 et 47,7 % respectivement) [23].

La coïnfection avec d'autres agents pathogènes à tropisme digestif est possible. Les cryptosporidies sont les parasites les plus fréquemment associés à la microsporidiose intestinale [6, 38].

Dans notre série, la cryptosporidiose est associée à la microsporidiose dans un cas, soit 7 % des cas étudiés et 10 % des sujets infectés par le VIH.

Cette fréquence d'association chez les sujets VIH positifs est comparable à celle rapportée par Endeshaw et al. et Sparfel et al. (10,2 et 10,8 % respectivement) [23, 24].

Cette association peut aggraver le pronostic [13, 22, 23]. En effet, la cryptosporidiose engage le pronostic vital, contrairement à la microsporidiose qui n'a pas d'impact majeur sur la survie des sidéens [13, 22]. L'évolution chez notre malade qui a présenté cette association était bonne. Cela pourrait être expliqué par la reconstitution de son statut immunitaire sous trithérapie antirétrovirale. Le taux des lymphocytes CD4 est passé de 16 à 158 cellules/mm3.

Chez nos patients VIH positifs, d'autres affections opportunistes sont associées à la microsporidiose. Cette association est expliquée par le stade avancé de l'immunodépression chez nos malades.

Aspects diagnostiques

Le diagnostic de la microsporidiose intestinale repose sur la mise en évidence des spores de microsporidies sur les frottis des selles colorés. La coloration de trichrome de Weber modifiée représente la technique de coloration la plus spécifique et la plus utilisée pour l'identification des spores des microsporidies qui apparaissent ovoïdes, colorées en rose avec une partie incolore correspondant à la vacuole postérieure [6, 35]. C'est la méthode qui a été utilisée chez tous nos malades.

Cependant, l'identification du genre et de l'espèce est impossible [1, 4, 5]. Cette identification serait nécessaire pour adapter un éventuel traitement spécifique et apprécier le pronostic. Cette identification ne peut se faire que par la microscopie électronique, les techniques de biologie moléculaire ou par l'immunofluorescence directe, techniques hors de notre pratique quotidienne actuellement.

E. bieneusi est l'espèce la plus fréquemment rencontrée, responsable de 90 % de cas de microsporidiose intestinale. E. intestinalis est moins fréquemment rapporté [1, 4, 6]. Encephalitozoon cuniculi peut occasionnellement affecter l'intestin [1].

Aspects thérapeutiques

Plusieurs traitements ont été envisagés pour la prise en charge de la microsporidiose intestinale avec une efficacité variable selon les espèces de microsporidies en cause.

Sur le plan thérapeutique, il n'existe actuellement aucune molécule permettant de traiter avec succès toutes les espèces de microsporidies. L'identification d'espèce est ainsi nécessaire afin d'adapter le traitement qui se base sur la fumagilline pour E. bieneusi et sur l'albendazole dérivé benzimidazole à activité antihelminthique large [7, 39] pour E. intestinalis [7, 39]. L'albendazole a été administrée chez quatre de nos malades (28 %) mais sans efficacité. Il est possible que la microsporidiose dans ces cas soit due à l'espèce E. bieneusi pour laquelle l'albendazole est inefficace.

La thérapie anti-rétrovirale permet chez les sidéens de diminuer la charge virale et d'améliorer le taux des lymphocytes TCD4 avec une reconstitution immunitaire. Elle entraîne par conséquent la réduction des prévalences des infections opportunistes, dont la microsporidiose, et réduit la mortalité et la morbidité liées à l'infection par le VIH et le développement d'opportunistes [7, 20, 35, 40]. Si on compare le taux de prévalence de la microsporidiose intestinale avant (2,9 %) et après 2000 (4,2 %), date de généralisation de la trithérapie dans notre pays, la différence des taux n'est pas statistiquement significative, vu le peu de cas comparés.

La bonne évolution clinique chez quatre de nos patients ayant bénéficié de la trithérapie antirétrovirale sans traitement spécifique de la microsporidiose consolide l'intérêt de la trithérapie dans le traitement de cette infection. Cependant, l'amélioration du statut immunitaire avec augmentation du taux des lymphocytes CD4 n'a été remarquée que chez deux d'entre eux.

Conclusion

La microsporidiose intestinale est une parasitose qui touche surtout les sidéens ayant un taux de lymphocytes CD4 inférieur à 100 cellules/mm3. Sa symptomatologie est dominée par une diarrhée chronique pouvant entraîner la déshydratation. Le portage asymptomatique observé chez un de nos patients justifie le dépistage systématique de la microsporidiose chez les sujets à risque.

Son diagnostic repose sur la mise en évidence des spores de microsporidies dans les selles, ce qui nécessite impérativement l'utilisation des techniques spéciales telles que la coloration de trichrome de Weber modifiée. Ces techniques ne sont réalisées que si le biologiste est orienté vers le diagnostic de la microsporidiose, d'où la nécessité des renseignements cliniques.

Sur le plan thérapeutique, aucune molécule ne permet de traiter avec la même efficacité toutes les espèces de microsporidies infectant l'homme. L'identification d'espèce devrait permettre d'adapter le traitement à l'espèce reconnue.

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