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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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A mid-term review of the Millennium Development Goals: Where are we with the goals on health?


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 19, Number 3, 111-9, juillet-août-septembre 2009, Étude originale

DOI : 10.1684/san.2009.0166

Résumé   Summary  

Author(s) : Miloud Kaddar , Organisation mondiale de la santé FCH-IVB-EPI 20, avenue Appia 1211 Genève 27 Suisse.

Summary : The eight Millennium Development Goals (MDGs) are the expressed commitment by world leaders to combat the most obvious forms of social inequality in the world: poverty, illiteracy and disease. The MDGs set health priorities and serve as markers of the most fundamental problems to solve: the maternal and child health high mortality, and the fight against major endemic diseases. Thus, health appears in three of the eight goals, and plays a decisive role in achieving the other MDGs such as the eradication of poverty and hunger, promotion of education and gender equality. While progress has been made in various domains and in numerous countries, enormous gaps and lack of funding remain. This is the case for infant mortality and HIV/AIDS, and even more so in the area of maternal mortality reduction especially in sub-Saharan Africa and Southeast Asia. The recent proliferation of forums and international partnerships for health have put at the forefront the targeted health-related MDG, increased financial resources for the benefit of poor countries but have made the architecture of global health even more fragmented and complex. Attempts to align on country priorities, needs and national health plans, and also to harmonize donors and partners’ actions and funding according to the 2005 Paris Declaration principles, were difficult to actually materialize. The revitalization of primary health care and the strengthening of health systems are now back on the international and national health agenda.

Keywords : developing countries, global health, health, health system, MDGs

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ARTICLE

Auteur(s) : Miloud Kaddar

1Organisation mondiale de la santé FCH-IVB-EPI 20, avenue Appia 1211 Genève 27 Suisse

À six ans de l’échéance fixée pour l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), il est important d’entreprendre un bilan critique des progrès réalisés, des obstacles rencontrés, des enseignements tirés de l’expérience accumulée et des nombreux défis à surmonter. Il est cependant certain que tous les objectifs ne seront pas atteints par tous les pays concernés, malgré les nombreux efforts des pays et les multiples partenariats initiés par divers donateurs et organisations internationales. La crise économique et financière actuelle ne vient que confirmer ce constat, remettre en cause certaines avancées et, dans certains cas, donner des prétextes supplémentaires à certains gouvernements et institutions pour fuir leurs responsabilités et engagements.

Qu’en est-il pour la santé en particulier ? Trois des huit OMD sont directement liés à la santé (OMD 4, 5 et 6), et tous les autres y contribuent sous diverses formes. On se rappelle qu’en 2001, les gouvernements du monde entier s’étaient engagés à réduire la mortalité infantile, à améliorer la santé maternelle et à lutter contre le VIH/sida, le paludisme, la tuberculose et d’autres maladies mortelles.

À mi-parcours de l’échéance (fixée en 2015), les progrès sont impressionnants, mais il ne fait, pourtant, malheureusement aucun doute que les OMD en santé seront loin d’être atteints. Comment expliquer ce semi-échec annoncé ? Quels enseignements tirer des débats et des pratiques sur la mise en œuvre des OMD en matière de santé ?

Nous apporterons, ici, quelques éléments de réponse en utilisant les données récentes publiées par les organismes des Nations unies. Nous rappellerons, dans une première partie, les ambitions et le degré actuel d’atteinte des objectifs fixés avant d’analyser, dans une seconde partie, les tendances récentes sur la scène internationale de la santé.

Bilan rapide des OMD en santé

En septembre 2001, 147 chefs d’État ont approuvé ensemble les OMD 4 et 5 : réduire de deux tiers le taux de mortalité infantile et de trois quarts le taux de mortalité des mères, entre 1990 et 2015. À cela s’ajoute l’objectif 6 : endiguer ou commencer à inverser la propagation du VIH/sida, du paludisme et d’autres maladies importantes [1].

Ce sont là des objectifs ambitieux, de grande ampleur mais tout à fait significatifs des défis à affronter si l’on veut réduire les inégalités dans le monde face à la maladie et à la mort. Fin 2009, malgré les progrès enregistrés, on note que l’écart reste important et que les inégalités se sont encore creusées, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est, par rapport au reste du monde.

Passons rapidement en revue les objectifs et leur degré de mise en œuvre sur la base des données et des rapports des organismes des Nations unies comme l’OMS [2], l’Unicef [3] et le FNUAP [4].

OMD 4 : réduire la mortalité infantile

D’ici à 2015 : il s’agit de réduire de deux tiers le taux de mortalité infantile, en passant de 93 enfants sur 1 000 mourant avant l’âge de cinq ans en 1990 à 31 pour 1 000 en 2015 [5].

Constat

Plus de 70 % des 11 millions de décès d’enfants enregistrés chaque année sont attribuables à six causes principales : la diarrhée, le paludisme, les infections néonatales, la pneumonie, un accouchement prématuré ou un manque d’oxygène à la naissance [6].

Ces décès se produisent pour la plupart dans les pays pauvres [5]. C’est en Asie du Sud et en Asie centrale qu’il y a le plus de décès néonatals, et en Afrique subsaharienne que les taux de mortalité infantile sont les plus élevés. Deux tiers de tous les décès sont concentrés dans seulement dix pays. La plupart auraient pu être évités. Certains décès sont dus à des maladies comme la rougeole, le paludisme ou le tétanos. D’autres sont la conséquence indirecte de la marginalisation des populations, d’un conflit ou du VIH/sida. La malnutrition ainsi que le manque d’assainissement et d’eau salubre sont aussi des facteurs importants dans la moitié des cas de décès d’enfants.

Progrès

La mortalité des enfants de moins de cinq ans a régulièrement diminué dans le monde entier. Elle est passée de 12,6 millions de décès en 1990 à quelque 9 millions en 2007. Le taux de mortalité des moins de cinq ans est passé de 103 pour 1 000 en 1990 à 74 en 2007 [5] (figure 1). Même si c’est en Afrique subsaharienne que les taux restent les plus élevés, des données récentes montrent des améliorations remarquables grâce à certaines interventions efficaces qui pourraient déboucher sur des progrès décisifs, au cours des prochaines années, pour les enfants de cette région. Parmi les interventions et les produits efficients, on peut citer : les vaccinations, les antibiotiques, les suppléments en micronutriments, les moustiquaires traitées à l’insecticide, les soins familiaux améliorés et l’allaitement maternel.

OMD 5 : améliorer la santé maternelle

D’ici à 2015 : il s’agit réduire de trois quarts le taux de mortalité maternelle [5].

Constat

La mortalité maternelle fait partie des meilleurs indicateurs de santé pour révéler le large fossé entre riches et pauvres, tant entre pays qu’au sein d’un même pays. Pour les femmes d’Afrique subsaharienne, le risque de mourir pendant la grossesse ou l’accouchement est de 1 pour 16 contre 1 sur 4 000 dans les pays industrialisés [5].

Les causes directes de la mortalité maternelle sont essentiellement l’hémorragie, les infections, l’hypertension pendant la grossesse et le fort taux d’avortement. De nombreuses femmes souffrent aussi d’invalidités liées à l’accouchement, et pour lesquelles elles ne reçoivent aucun traitement, par exemple, des lésions des muscles ou des organes pelviens et de la colonne vertébrale.

Au moins 20 % des maladies dominantes chez les enfants de moins de cinq ans sont liées à la mauvaise santé et nutrition de la mère. Le manque ou la qualité médiocre des soins pendant l’accouchement et les premiers jours de la vie sont aussi des facteurs aggravants. Chaque année, huit millions de bébés meurent avant ou pendant l’accouchement, ou pendant la semaine qui suit [3]. De plus, beaucoup d’enfants perdent tragiquement leur mère. Pour eux, le risque de mourir dans les deux ans qui suivent ce décès est dix fois plus élevé. L’OMS estime que sur 100 femmes de 15 à 40 ans, 30 n’ont pas accès à des soins prénatals — cette proportion étant de 46 en Asie du Sud et de 34 en Afrique subsaharienne [5].

Progrès

Depuis 2000, les discours et les initiatives pour réduire la mortalité maternelle se sont multipliés, tant au niveau des pays que des organismes internationaux comme l’OMS, le FNUAP, l’Unicef et la Banque mondiale. Ces dernières décennies, certains pays ont réduit de manière significative leur taux de mortalité maternelle et leur taux de fertilité (figure 2). En Tunisie, par exemple, « 90 % des naissances ont lieu avec une assistance médicale. Soixante pour cent des femmes utilisent une contraception. Le taux de mortalité maternelle n’est que de 100 morts pour 100 000 naissances, et le taux de mortalité infantile de 18 pour 1 000 » [4]. Le taux de mortalité maternelle en Égypte est passé de 174 à 84 par 100 000 naissances vivantes grâce à un meilleur accès à la planification familiale et aux accouchements assistés. Le Bangladesh a réduit son taux de fertilité de plus de sept enfants par femme en 1970 à environ 2,7 enfants par femme. Le taux d’utilisation de contraceptifs a augmenté dans tous les groupes de pays, entre 1990 et 2007, mais il était encore très bas dans les pays à faible revenu (33 %), en 2007. En Asie du Sud, l’une des régions où les taux de mortalité maternelle sont les plus élevés, le pourcentage de femmes enceintes ayant passé au moins une visite prénatale a augmenté de 47 à 69 % entre 1990 et 2007. Cependant, le nombre de femmes enceintes, passant au moins quatre visites prénatales, n’a augmenté que de 26 à 34 % entre ces deux années (figure 3).

L’absence de fonds est criante pour les programmes destinés à atteindre l’OMD 5, objectif qui a le moins progressé à ce jour. Depuis le milieu des années 1990, la plupart des pays en développement ont connu une réduction importante du financement international des programmes de santé maternelle et de planification familiale. Selon la Banque mondiale, « l’aide accordée aux programmes de santé de la population et de santé reproductive a considérablement diminué en termes de pourcentage de l’aide totale mondiale dans le domaine de la santé, passant d’environ 30 % en 1994 à 12 % en 2008 » [7].

OMD 6 : combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies

D’ici à 2015 : il s’agit de freiner et de commencer à faire reculer l’incidence du paludisme et d’autres grandes maladies [5].

Lutte contre la pandémie du VIH/sida

Constat

Faute d’une bonne nutrition, d’un assainissement du milieu et de soins de santé adéquats, le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose condamnent à mort des millions de personnes [5, 8].

Le nombre de personnes nouvellement infectées par le VIH a culminé en 1996 puis a décliné pour atteindre 2,7 millions en 2007 (figure 4). Ces tendances positives sont dues, en majeure partie, à une baisse du nombre annuel de nouvelles infections dans certains pays, en Asie, en Amérique latine et en Afrique subsaharienne. Entre-temps, les taux d’infections continuent de progresser dans d’autres parties du monde, en particulier en Europe de l’Est et en Asie centrale. Dans ces régions, la prévalence du VIH a presque doublé depuis 2001. Le nombre de personnes vivant avec le VIH est passé de 630 000 à 1,6 million. Les décès dus au sida semblent avoir atteint un pic de 2,2 millions en 2005, puis ils ont diminué jusqu’à 2 millions en 2007.

En dépit d’une baisse des nouvelles infections, le nombre de personnes vivant avec le VIH continue de croître dans le monde. En 2007, on estimait que 33 millions de personnes vivaient avec le VIH. Ce constat s’explique, avant tout, par l’augmentation de la durée de vie des personnes vivant avec le VIH/sida.

L’Afrique australe comptabilisait, en 2007, plus d’un tiers des nouvelles infections au VIH et 38 % des décès dus au sida. Les femmes représentent près de la moitié des personnes vivant avec le VIH dans le monde. Près de 60 % des individus infectés en Afrique subsaharienne.

Progrès

En cinq ans à peine, la couverture des traitements antirétroviraux dans les pays les plus pauvres a été multipliée par dix, entraînant la première baisse du nombre de décès dus au sida depuis que l’épidémie a été identifiée au début des années 1980. Cela explique la diminution, à partir de 2005, observée dans le graphique de la figure 4. En décembre 2007, trois millions de personnes avaient accès aux antirétroviraux dans les pays en développement ; cela représente une augmentation de 47 % par rapport à décembre 2006. On estime à 200 000 le nombre d’enfants qui recevaient un traitement en 2007 contre 75 000 en 2005 [5].

Lutte contre le paludisme

Constat

D’après l’OMS, le paludisme a tué près d’un million de personnes en 2006 ; 95 % vivaient en Afrique subsaharienne, dont une vaste majorité d’enfants de moins de cinq ans. De 190 à 330 millions d’épisodes de paludisme ont eu lieu en 2006, dont 88 % en Afrique subsaharienne, 6 % en Asie du Sud et 3 % en Asie du Sud-Est [5].

Le risque de mourir du paludisme est considérablement plus élevé en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde pour plusieurs raisons : la transmission de la maladie y est plus intense et la forme la plus létale du parasite (Plasmodium falciparum) y est plus abondante dans une région aux systèmes de santé souvent défaillants. Le paludisme est d’abord une maladie de la pauvreté et du sous-développement.

Progrès

De grands progrès ont été faits dans la lutte contre le paludisme au cours des dernières années, en grande partie grâce à un financement accru et à une attention plus grande portée au contrôle de la maladie. Au niveau international, des objectifs nouveaux et ambitieux ont été fixés en 2008 par le Plan d’action mondial : « Faire reculer le paludisme » pour aider les pays à mettre en place des interventions planifiées et efficientes. Parallèlement, les fonds internationaux destinés aux initiatives visant au contrôle de la maladie ont augmenté de façon significative. Selon les estimations de « Faire reculer le paludisme », le financement international du contrôle du paludisme est passé de 250 millions de dollars en 2004 à 700 millions en 2007 et plus d’un milliard en 2008.

De plus, la communauté internationale a accéléré les initiatives centrées sur des interventions cruciales, en particulier les moustiquaires imprégnées d’insecticide, tout en s’efforçant de réduire les blocages au niveau de la production, de l’achat et de la distribution.

En Afrique subsaharienne, l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide chez les enfants est passée de 2 % en 2000 à 20 % en 2006. Pendant cette période, elle a au moins triplé dans 19 des 22 pays d’Afrique subsaharienne, où des données sont disponibles, et a quintuplé dans 17 d’entre eux [5].

Par ailleurs, les pays ont rapidement adopté des stratégies plus efficaces, qui auraient été hors de leur portée si le financement n’avait pas suivi. Les efforts entrepris récemment pour amplifier les programmes, notamment avec le recours plus fréquent à des tests de diagnostic et aux thérapies combinées à base d’artémisinine (ACT), commencent à porter leurs fruits (figure 5).

Lutte contre la tuberculose

Constat

L’incidence mondiale de la tuberculose — à savoir, le nombre de nouveaux cas par 100 000 personnes — semble avoir atteint un pic en 2004 et est actuellement en train de marquer le pas. Même si les taux d’incidence diminuent dans toutes les régions, les progrès n’ont pas été assez rapides, le nombre absolu de nouvelles infections continue d’augmenter.

Au niveau mondial, on estime qu’il y a eu 9,3 millions de nouveaux cas de tuberculose en 2007 contre 9,2 millions en 2006 et 8,3 millions en 2000. En 2007, la plupart des cas ont été recensés en Asie (55 %) et en Afrique (31 %). Sur les 9,3 millions de cas de tuberculose qui se sont déclarés en 2007, environ 1,4 million (15 %) concernaient des personnes séropositives au VIH, dont la majorité (79 %) en Afrique. Par ailleurs, l’infection touche les hommes près de deux fois plus que les femmes [5].

Progrès

La prévalence de la tuberculose, à savoir le nombre de cas sur 100 000 personnes, a diminué dans le monde : 200 000 cas de moins entre 2006 et 2007. Cependant, il y a peu de chance qu’on atteigne les cibles établies par le partenariat « Halte à la tuberculose », visant à une diminution de moitié de la prévalence et des taux de décès de 1990 à 2015. Cela est dû, en grande partie, au fait que la prévalence continue d’augmenter en Afrique subsaharienne et à une brusque augmentation des taux de prévalence dans certains pays d’Europe au cours des années 1990 [2, 5].

Le succès dans la mise en œuvre de la stratégie « Halte à la tuberculose » et la réalisation de ses objectifs dépendront, entre autres, de l’adoption de l’approche de détection et de traitement connue sous le sigle anglais de DOTS. Elle a permis un taux de détection de 63 % en 2007 et un taux de succès de 85 % pour les traitements en 2006. Cependant, il est urgent de procéder à des améliorations à la fois au niveau des laboratoires et des médicaments utilisés. Il faut aussi aider les nombreux pays qui continuent à subir des ruptures de stock des médicaments de première ligne. Le diagnostic et le traitement de la tuberculose polyrésistante et la mise en œuvre d’initiatives conjointes tuberculose-VIH sont également des éléments importants de la stratégie de lutte contre la tuberculose [5].

De manière globale, les OMD en santé — des progrès bien insuffisants

Depuis l’adoption des OMD en 2001, des progrès certains ont été réalisés (notamment en matière de vaccinations, de recul du sida et de lutte contre le paludisme avec la distribution en masse de moustiquaires imprégnées), mais ils restent insuffisants pour assurer l’atteinte des différentes cibles. Les disparités intra- et interpays se sont maintenues. Entre le Nord et le Sud, le fossé s’est creusé, et aujourd’hui encore, le risque pour un enfant d’un pays en voie de développement de mourir avant l’âge de cinq ans est 13 fois plus grand que pour les enfants des pays du Nord. Au niveau des disparités intrapays, les enfants issus des zones rurales et des familles les plus pauvres sont plus vulnérables face à la maladie. La différence de sexe continue parallèlement à engendrer des inégalités au niveau de la santé : en Afrique subsaharienne, 75 % environ des infections par le VIH/sida, chez les 15-24 ans, touchent des jeunes femmes [8].

La santé est un élément fondamental pour la croissance économique et le développement. Une mauvaise santé est à la fois cause et effet de la pauvreté. Les retards constatés dans la réalisation des autres OMD, notamment en matière d’éducation, d’alimentation, de réduction de la pauvreté et de création d’un environnement favorable au développement viennent limiter la portée des quelques progrès enregistrés dans le domaine de la santé [9].

Tendances récentes en politique de santé internationale, opportunités et les mesures susceptibles de relancer l’atteinte des OMD

Huit ans après l’adoption enthousiaste des OMD, la scène internationale de la santé a connu de considérables changements tant sur le plan institutionnel que financier. Ces changements ont été induits, en partie, par les tentatives de mise en œuvre des OMD en santé et par les effets de la mondialisation.

Nous rappellerons, ici, quelques évolutions récentes qui ont, pour certaines, été des opportunités pour les pays et, pour d’autres, plutôt des contraintes additionnelles pour atteindre les OMD en santé.

Multiples initiatives mondiales en santé

Au cours des années 2000, la santé a souvent été en première position dans l’agenda des sommets internationaux et régionaux [7, 14-16]. De nombreuses initiatives ont été créées, et de multiples partenariats se sont mis en place pour soutenir, notamment, la lutte contre les maladies dominantes et le renforcement des programmes de santé. Cela s’est traduit, par exemple, par la mise en place des initiatives mondiales centrées sur certaines maladies et interventions et financées sur des fonds publics et privés (Fonds mondial de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Alliance mondiale pour les vaccins et les vaccinations : GAVI en anglais, etc.). On en compte plusieurs dizaines, mobilisant des milliards de dollars américains. Cependant, la multiplication de ces initiatives a largement complexifié et fragmenté le champ international de la santé. Cela est souvent fait au détriment de la coordination de tous les acteurs impliqués et surtout au détriment des pays qui voient défiler de nombreuses missions d’experts et qui sont soumis à de multiples procédures de programmation, de financement et d’évaluation. La multiplication des initiatives a donc provoqué une confusion au lieu d’une meilleure coordination malgré les principes d’efficacité de l’aide de la Déclaration de Paris [17]. Tout récemment, sur la base d’un constat critique, des efforts sont entrepris (partenariat international pour la santé, IHP+ et autres) pour une harmonisation des bailleurs et des organisations d’appui technique aux pays [10, 18].

Flux financier inégalé dans le passé

Globalement, l’aide internationale annuelle, versée chaque année pour la santé, a plus que doublé entre 2000 et 2006, passant de 6,8 à 16,7 milliards de dollars. De nouvelles sources et modalités de financement ont été mises à contribution (fondations privées, taxes sur les billets d’avion, émissions d’obligations, etc.). Les pays ont aussi augmenté leur financement du secteur de la santé. Le niveau de l’aide reste malheureusement inférieur, à la fois aux engagements pris et aux montants nécessaires. La Commission « Macroéconomie et Santé » de l’OMS avait estimé, en 2001, que pour réaliser les OMD relatifs à la santé à l’horizon 2015, l’assistance publique au développement (APD) totale provenant des bailleurs aurait dû atteindre 27 milliards de dollars en 2007 et qu’elle devrait atteindre 38 milliards de dollars en 2015 [19]. On en est loin.

Il faut noter aussi le manque d’efficience dans la manière d’utiliser les ressources, tant de la part des bailleurs que des pays bénéficiaires. Les exemples de mauvaise gestion se sont multipliés ces dernières années.

Avec la crise économique récente, on a vu les bailleurs s’éloignaient de leurs promesses en matière de financement (notamment celles de consacrer 0,7 % du PIB à l’aide au développement et celle de réduction drastique de la dette [19, 20]). Certaines institutions et alliances pour la santé ont vu la croissance de leurs ressources marquer le pas et le risque de déficit financier apparaître et menacer la continuité de leurs programmes et soutiens aux pays en développement. On est encore loin de la mise en œuvre effective des principes de prévisibilité et d’efficacité de l’aide internationale tels qu’édictés par la Déclaration de Paris signée en 2005 et réaffirmés en septembre 2008 à Accra, lors du troisième forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide [21].

Revitalisation des soins de santé primaires et des systèmes de santé

Une des critiques majeures des OMD en santé est leur caractère vertical, fragmenté. Cette approche, non explicite dans les OMD mais réelle, favorise les initiatives et les financements ciblés, ce qui est observable ces dix dernières années avec la lutte contre le sida, la tuberculose, le paludisme ou la rougeole. Ces approches ont permis des progrès certains, mais ont aussi montré leurs limites dans l’atteinte des résultats escomptés. Aussi, un renouveau d’intérêt s’est manifesté pour l’intégration des actions de santé et le renforcement des systèmes de santé (investissement dans les ressources humaines, la logistique, la gouvernance, etc.). L’OMS a joué un rôle clé en ce domaine, avec ces rapports annuels et recommandations sur le renforcement des systèmes de santé et des soins de santé primaires [22].

Croissance des risques et des maladies chroniques non transmissibles

Les OMD ont un champ d’intervention centré sur les grandes maladies transmissibles, celles qui sont responsables d’un énorme fardeau pour les pays pauvres. Ils négligent les autres fléaux peut-être moins ravageurs, mais tout aussi destructeurs et mortels et qui sont en croissance rapide dans tous les pays en développement, faisant émerger le double fardeau de la maladie pour ces pays (maladies transmissibles et non transmissibles). Il s’agit en particulier des maladies chroniques (diabète, hypertension, etc.), des effets néfastes sur la santé du changement climatique, des accidents de circulation, du tabagisme, de l’obésité, etc.

Il apparaît nécessaire de mieux tenir compte des profils épidémiologiques des pays, y compris ceux à revenu intermédiaire, et de ne pas négliger les populations qui, dans les pays pauvres, souffrent aussi des maladies chroniques non transmissibles et des nouvelles menaces sur la santé [23].

Responsabilité mutuelle à l’égard des résultats

Il y a une claire conscience que l’atteinte des OMD est une responsabilité collective qui s’impose aux acteurs nationaux (gouvernements et société civile), mais aussi aux organisations internationales et aux donateurs. Aussi, de nombreux mécanismes ont été mis en place pour le suivi de la mise en œuvre et l’évaluation des résultats [24]. De même, l’aide publique internationale est rendue plus prévisible, davantage étendue dans le temps, davantage alignée sur les priorités nationales.

La responsabilité mutuelle signifie une réciprocité dans les comptes à rendre entre les deux parties (receveurs vers donateurs, et inversement). Jusqu’à présent, toutefois, la responsabilité ne fonctionne que dans un seul sens : du bénéficiaire aux bailleurs. La responsabilité mutuelle devrait également concerner les citoyens et la société civile. Les populations devraient être en droit d’exiger que leurs gouvernements et les bailleurs rendent des comptes afin de s’assurer, d’une part, de l’allocation de l’aide financière aux secteurs qui en ont le plus besoin ; et, d’autre part, de la gestion efficiente des ressources allouées aux gouvernements, sans corruption ni détournement.

Conclusion

Les OMD en santé représentent une avancée majeure dans la lutte contre la pauvreté. Ils ont permis des progrès considérables dans certains pays et continents, mais il est maintenant quasi certain que tous les États ne seront pas au rendez-vous en 2015. Il y a déjà une relative lassitude qui se manifeste, aggravée par les crises alimentaires et financières vécues ces dernières années.

Les derniers sommets de haut niveau sur les OMD à New York, à Doha et ailleurs ont montré que les pays sont moins ambitieux et que les bailleurs de fonds ne font, au mieux, que réaffirmés des engagements financiers non tenus, déjà pris à Monterrey en 2002 et auparavant [11-13].

Avec l’escalade de la crise financière et économique, le financement de l’aide internationale est remis en question. Cela intervient dans un contexte où les pays pauvres sont confrontés à une réduction des recettes fiscales et d’exportation, à une diminution des flux de capitaux privés et à une hausse des prix des produits alimentaires. La crise économique mondiale risque de provoquer davantage de ravages chez ceux qui sont déjà le plus durement frappés par la crise mondiale de la santé.

La réforme de l’architecture financière et économique mondiale en discussion est une chance à saisir pour parvenir à une véritable prise en compte des besoins des plus pauvres et de la nécessité de nouveaux mécanismes de financement, de répartition des richesses à l’échelle mondiale. Elle constitue ainsi une occasion inédite d’accroître les investissements dans le domaine de la santé et de garantir l’accès universel aux soins de santé primaires.

Cependant, rien de fondamental n’émergera sans une implication beaucoup plus active et continue des États et des populations des pays en développement. Les logiques d’assistance et de charité dominantes ont montré, depuis très longtemps, leurs limites et leurs effets pervers. L’impératif d’atteindre les OMD et la crise actuelle ne laissent pas d’autres choix que de sortir de l’assistance pour bâtir d’autres formes de solidarité, de gouvernance et de partenariat.

Références

1 Nations Unies. Déclaration du millénaire. New York : Nations Unies, 2000.

2 Organisation mondiale de la santé. Statistiques sanitaires mondiales. Genève : OMS, 2009.

3 Fonds des Nations Unies pour l’enfance. La situation des enfants dans le monde. New York : Unicef, 2009.

4 Fonds des Nations Unies pour la population. État de la population mondiale 2008. Lieux de convergence : culture, genre et droit de la personne. New York : FNUAP, 2008.

5 Nations Unies. Objectifs du millénaire pour le développement. Rapport 2009. New York : Nations Unies, 2009.

6 Organisation mondiale de la santé. MDGs, Health and the Millennium Development Goals. Genève : OMS, 2005.

7 The World Bank. Global Monitoring Report 2009: a development emergency. Washington DC : The International Bank for Reconstruction and Development/The World Bank, 2009.

8 Programme commun des Nations Unies pour le VIH/sida. Report on the global AIDS Epidemic. Geneva : ONUSIDA, 2008.

9 United Nations. Report on the World Commission on Environment and Development “our common future”. New York : United Nations, 1987.

10 Programme des Nations Unies pour le développement. Rapport mondial sur le développement humain. New York : Economica, 1997.

11 United Nations. Monterrey Consensus on the International Conference on Financing for Development. New York : United Nations, 2003.

12 Nations Unies. Déclaration de Doha sur le financement du développement : document final de la Conférence internationale de suivi sur le financement du développement, chargée d’examiner la mise en œuvre du Consensus de Monterrey. Doha, Qatar : Nations Unies, 2008.

13 Nations Unies. La Conférence internationale sur le financement du développement. New York : Département de l’information, division de l’information et des médias, 2002.

14 Nations Unies. Document final du Sommet mondial 2005 de l’ONU. New York : ONU, 2005.

15 United Nations. Delivering on the global partnership for achieving the Millennium Development Goals: report of the MDG Gap Task Force. New York : United Nations, 2008.

16 Nations Unies. High-level event on the Millennium Development Goals, committing to action: achieving the Millennium Development Goals, background note by the UN Secretary-General. New York : United Nations, 2008.

17 Organisation de coopération et de développement économique. Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide au développement. Paris : OCDE, 2005.

18 Sachs J. Investir dans le développement : plan pratique pour réaliser les objectifs du millénaire pour le développement. Washington : PNUD, 2005.

19 Organisation mondiale de la santé. 55e Assemblée mondiale de la santé: rapport de la commission macroéconomique et de santé de l’OMS. Genève : OMS, 2002.

20 Organisation mondiale de la santé. The Financial Crisis and Global Health: report of a high-level consultation. Geneva: OMS, 2009.

21 Organisation de coopération et de développement économique. Accra Agenda for Action. Paris : OCDE, 2008.

22 Organisation mondiale de la santé. Rapport sur la santé dans le monde 2008 : les soins de santé primaires. Genève : OMS, 2008.

23 Organisation mondiale de la santé. 60e Assemblée mondiale de la santé: lutte contre les maladies non transmissibles — mise en œuvre de la stratégie mondiale. Genève : OMS, 2007.

24 Organisation de coopération et de développement économique. Survey on monitoring the Paris Declaration: making aid more effective by 2010. Paris : OECD, 2008.


 

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