ARTICLE
Auteur(s) : Abdelhakim El Ouali
Lalami1,2, Mohamed Cherigui1, Saad Ibnsouda
Koraichi2, Saad Maniar3, Nora El
Maimouni4, Mohamed
Rhajaoui4
1Laboratoire régional de diagnostic
épidémiologique et d’hygiène du milieu direction
régionale de la santé hôpital El-Ghassani Fès Maroc
2Laboratoire de biotechnologie microbienne, faculté
des sciences et techniques Saiss Fès Maroc
3Observatoire régional de la santé direction
régionale de santé de Fès Maroc
4Département de parasitologie institut national
d’hygiène Rabat Maroc
Le paludisme ou malaria est une parasitose transmissible,
affectant l’homme, les oiseaux et les singes. L’agent pathogène est
un protozoaire du genre Plasmodium. La transmission du
parasite à l’homme se fait par la piqûre d’un moustique femelle du
genre Anopheles.
Quatre espèces exclusivement humaines sont responsables de la
maladie : Plasmodium falciparum, Plasmodium vivax,
Plasmodium ovale, Plasmodium malariae.
Le paludisme sévit dans le monde sous forme endémo-épidémique.
Il est la première maladie transmissible et mortelle. Chaque
année, deux millions de personnes en meurent, le plus souvent des
enfants, 90 % de ces décès se produisent en Afrique [1, 2].
En l’absence d’un vaccin efficace et avec l’apparition et
l’extension des résistances aux antipaludéens [3-5], l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) recommande, pour la lutte antipaludique,
un diagnostic, le plus précoce possible, suivi d’un traitement
immédiat ainsi que des mesures spécifiquement adaptées à chaque
situation épidémiologique, telles que le dépistage actif et passif,
l’enquête autour du cas et la lutte antivectorielle.
Ces actions de surveillance et de lutte contre cette
pathologie risquent d’être compromises du fait des changements
globaux relatifs à la biodiversité et au climat, aux perturbations
dans le fonctionnement des systèmes aquatiques, le développement
d’espèces résistantes et nuisibles [6, 7], et du côté humain,
l’amplification des migrations saisonnières ou durables régionales
ou internationales.
Depuis des siècles, le Maroc, pays d’Afrique du Nord très riche
en milieux aquatiques, a connu de grandes endémies meurtrières du
paludisme, allant jusqu’à 30 % de mortalité dans certaines
localités [8]. Pour faire face à cette situation, le Maroc, en
1930, a créé le laboratoire de lutte antipaludique à l’Institut
national d’hygiène. En 1964, il a mis en place un Programme
national de la lutte contre le paludisme et, en 1975, ce programme
a pu permettre l’élimination du paludisme grave à
P. falciparum. De plus, depuis 2004, aucun cas autochtone
à P. vivax n’a été enregistré [9].
Après l’élimination du paludisme autochtone et devant
l’accroissement des déplacements internationaux, le Maroc se doit
de lutter contre le paludisme importé.
La région de Fès-Boulemane (située au Centre Nord du Royaume,
soit la préfecture de Fès et les provinces de Sefrou, Boulemane et
Moulay-Yacoub) est exposée au risque d’introduction du paludisme à
cause du mouvement de la population qu’elle subit, de sa proximité
des zones à passé épidémiologique récent et à risque potentiel de
transmission de paludisme : provinces de Chafchaoun, de Khouribga,
de Khimissat et de Taounat [10].
La ville de Fès, métropole de la région de Fès-Boulemane en tant
que ville universitaire et capitale spirituelle, représente un pôle
d’attraction pour les ressortissants de nombreux pays d’Afrique
subsaharienne touchés par le paludisme. Il paraît primordial,
en termes de lutte de maintenir dans cette région un très bon
niveau de surveillance et de contrôle.
Le but de ce travail est d’étudier la situation, l’évolution et
les caractéristiques épidémiologiques des cas positifs du paludisme
importé enregistrés au niveau du Laboratoire régional de diagnostic
épidémiologique et d’hygiène du milieu (LRDEHM) de la Direction
régionale de la santé de Fès entre les années 1997 à 2007.
Les résultats de cette étude devraient orienter le programme du
contrôle et de surveillance du paludisme dans notre région, ainsi
que le Programme national de prévention et de lutte contre le
paludisme (figure
1).
Matériel et méthodes
Lieu de l’étude
Nous avons réalisé cette étude au niveau de l’unité des maladies
parasitaires du LRDEHM. Ce laboratoire est situé à l’hôpital
El-Ghassani de Fès. Il est la seule entité du ministère de la Santé
opérant sur le diagnostic du paludisme et sur le contrôle de cette
maladie au niveau régional.
La confirmation du diagnostic, dans le cadre du contrôle qualité
externe adopté par le LRDEHM, est réalisée mensuellement avec le
Laboratoire national de référence du paludisme au département de
parasitologie à l’Institut national d’hygiène de Rabat.
Période et durée de l’étude
Nous avons réalisé une étude rétrospective des cas de paludismes
importés identifiés dans l’unité des maladies parasitaires du
LRDEHM, sur une période de 11 ans, s’étendant de janvier 1997
à décembre 2007. Au cours de cette période, 68 lames de patients
suspects provenant de l’étranger ont été examinées au niveau du
LRDEHM.
Cette étude rétrospective est basée sur un recueil de données :
la date de la maladie et du diagnostic, la provenance, la
nationalité, l’âge, le sexe, l’évolution de la maladie et l’espèce
plasmodiale identifiée, chez tous les cas du paludisme
d’importation regroupés sur le registre du paludisme au
laboratoire.
Le prélèvement de la goutte épaisse et du frottis sanguin
s’effectue au niveau du troisième doigt du patient par une piqûre
rapide à l’aide de vaccinostyle stérile. Une fois le frottis mince
et la goutte épaisse confectionnés, et après coloration au Giemsa
de la lame, on procède par examen microscopique à la recherche du
parasite [11].
Analyse statistique des données
Elle a été réalisée à l’aide du logiciel ÉpiInfo™. Les graphes
ont été réalisés à l’aide du logiciel Excel.
Résultats et discussion
Nombre de cas positifs du paludisme importé durant
la période étudiée
Sur un nombre de 68 prélèvements cliniquement suspects colligés au
cours de la période 1997 à 2007, 56 cas se sont révélés positifs
(soit 82 %) (figure
2).
Répartition de cas positifs du paludisme importé
par année
La figure 3
montre que les années de forte incidence sont 2002 avec 11 cas,
1998 et 2005 avec neuf cas et 2004 avec huit cas. Les années de
faible incidence sont les années 2000 et 2006 avec 1 cas.
Répartition des cas positifs du paludisme importé
en fonction de pays d’origine
Les pays d’Afrique concernés par le paludisme importé à Fès sont au
nombre de 11, et les ressortissants des pays de Côte-d’Ivoire (14
%), de Congo (11 %) et de Burkina Faso (11 %) représentent la
majorité des cas positifs (tableau 1).
Ce tableau montre également une disparité du nombre de cas
positifs de paludisme importé entre les pays d’Afrique.
Il existe un biais évident secondaire au nombre mal identifié
d’Africains suivant une chimioprophylaxie ou ayant recours à une
automédication.
Les cas indéterminés sont au nombre de 24 (soit 41 %) dont huit
cas ont été enregistrés en 1998 et cinq cas en 2002, années de
forte incidence, cela doit inciter le laboratoire à améliorer la
notification des cas diagnostiqués.
Tableau 1 Répartition de cas positifs du paludisme
importé en fonction de pays d’origineTable 1. Distribution of cases
positive for imported malaria according to country of origin.
|
Pays de séjours
|
Nombre de cas positifs
|
Pourcentage des cas
|
|
Indéterminé
|
24
|
42,85
|
|
Côte-d’Ivoire
|
08
|
14,28
|
|
Congo
|
06
|
10,71
|
|
Burkina Faso
|
06
|
10,71
|
|
Niger
|
03
|
5,35
|
|
Sénégal
|
02
|
3,57
|
|
Mali
|
02
|
3,57
|
|
Congo Brazzaville
|
01
|
1,78
|
|
Bénin
|
01
|
1,78
|
|
Camerone
|
01
|
1,78
|
|
Mauritanie
|
01
|
1,78
|
|
Guinée Bissau
|
01
|
1,78
|
|
Total
|
56
|
100
|
Répartition de cas positifs du paludisme importé
en fonction du sexe
La figure 4
montre qu’il y a, dans la série étudiée, plus d’hommes que de
femmes touchés par le paludisme (aux environs de 79 contre 21 %).
Répartition des cas positifs du paludisme importé
en fonction des espèces
Nous remarquons sur la figure 5 que le nombre du
paludisme à P. falciparum est le plus dominant avec un
pourcentage de 89 %. Ces données concordent avec les résultats
de la littérature et reflètent la situation épidémiologique de
l’Afrique, et spécialement en Afrique subsaharienne [12]. En effet,
P. falciparum est présent chez 98 % des sujets impaludés où il
est à l’origine de désordres graves, voire létaux [13].
Le nombre du paludisme importé à P. vivax, deuxième espèce
retrouvée en Afrique du Nord, vient également en deuxième position
avec quatre cas, soit un pourcentage de 7 %. Ces quatre cas
recensés au LRDEHM de Fès sont répartis entre 1997 avec un cas,
deux cas en 1998 et un cas en 2006 originaire du Nord de la
Mauritanie.
L’existence de cas du paludisme importé à P. vivax doit
susciter une vigilance quotidienne et particulière en matière de
lutte et de surveillance du paludisme dans notre région et au Maroc
pour deux raisons principales : le P. vivax est la principale
espèce responsable du paludisme autochtone, d’une part, et, d’autre
part, l’Anopheles labranchiae, vecteur principal du paludisme
au Maroc, est souvent récolté et rencontré dans notre pays, en
particulier dans les gîtes larvaires de la ville de Fès.
Répartition des cas positifs du paludisme importé
en fonction de l’âge
La tranche d’âge la plus touchée, par le paludisme importé,
enregistrée de 1997 à 2007 au niveau du LRDEHM est celle des plus
de 15 ans. Aucun cas d’enfants âgés de moins de 15 ans
n’a été notifié.
Évolution des cas positifs du paludisme importé
L’évolution sous-thérapeutique des patients diagnostiqués au LRDEHM
entre 1997 et 2007 est favorable, sauf pour un seul cas de sexe
féminin originaire du Mali qui est décédé en 2002 après avoir été
diagnostiqué trop tardivement. Selon les recommandations actuelles
[14], toute suspicion ou confirmation d’un diagnostic de paludisme
impose l’hospitalisation pour la mise en route du traitement.
Conclusion
Cette étude nous a permis de dégager les constatations suivantes :
- – sur les 68 demandes de recherche du paludisme 56
étaient positives ;
- – tous les cas proviennent d’Afrique subsaharienne
;
- – les ressortissants de la Côte-d’Ivoire, du Congo et de
Burkina Faso représentent la majorité des cas positifs du paludisme
importé recensés au laboratoire dans la période d’étude ;
- – les hommes représentent 79 % des cas de patients
atteints du paludisme importé à Fès ;
- – 100 % des cas touchés par le paludisme importé ont
plus de 15 ans ;
- – les espèces rencontrées sont P. falciparum (89
%), P. vivax (7 %) et P. ovale (4 %).
Ces résultats méritent d’être complétés en prenant en compte
d’autres paramètres d’évaluation clinique et épidémiologique, en
particulier sur l’origine exacte des cas diagnostiqués de
P. vivax, espèce anciennement autochtone et susceptible de se
développer à nouveau. D’autres éléments restent à explorer pour
contrôler de façon plus efficace l’éventuelle réimplantation du
paludisme au Maroc :
- – l’étude sérologique et la génétique du parasite ;
- – la surveillance et l’identification entomologique,
hydrobiologique, écologique et génétique du vecteur de transmission
dans notre région ;
- – la confirmation de cas positifs par technique
moléculaire ;
- – renforcer la notification des cas tout en veillant à
enregistrer toutes les informations accessoires selon les besoins
du programme national.
Remerciements
Nous remercions vivement toutes les personnes qui ont contribué de
loin ou de près à la réalisation et à la réussite de ce travail par
leurs remarques et leurs discussions constructives.
Références
1 Bonneville J, Defrance C, Miklavec T. Guide
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(France) : Sanisphere, 2007.
2 Anonyme. Situation du paludisme dans le monde. REH 1999 ;
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3 Farcas G, Lovegrove F, Graham C, Zhong K,
Kain KC. Evaluation of the Binax NOW ICT test versus PCR and
microscopy for the diagnosis of Plasmodium falciparum and
Plasmodium vivax malaria in returned travelers. Amer J Trop
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4 Durrheim DN. Artemis in-class combination therapy for
malaria-unresolved ethical and technical issues. Travel Med Infect
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White NJ. Therapeutic responses to antimalarial and
antibacterial drugs in vivax malaria. Acta Tropica 2004 ;
89 : 351-6.
6 Githeko AK, Lindsay SW, Confalonieri UE,
Patz JA. Changement climatique et maladies à transmission
vectorielle : une analyse régionale. Bulletin de l’OMS 2000 ;
78 : 1136-47.
7 Duvallet G. Parasites, vecteurs de pathogènes et changements
climatiques. Hydroécol Appl 2006; 15 : 87-96. Doi:
10.1051/hydro:2006008.
8 Alaoui SN, Jouid N, Benhoussa A, Hajji K.
Typologie des habitats d’Anopheles dans une zone urbaine
(Diptera culicidae). Entomologiste 1999 ; 55 :
181-90.
9 Ministère de la Santé. Santé en chiffres. Bilan des maladies
parasitaires 2005-2007. Rabat : DPRF, 2007. www.santé.gov.ma.
10 Faraj C, Adlaoui E, Rhajaoui M,
Lyagoubi M. Estimation of malaria transmission in high-risk
provinces of Morocco. Eastern Mediterranean Health Journal
2003 ; 9 : 21-6.
11 Ministère de la Santé du Maroc. Guide des activités. Rabat :
Imprimerie Élite, 1997.
12 Trape JF. The public health impact of chloroquine
resistance in Africa. Am J Trop Med Hyg 2001 ; 64 :
12-7.
13 Mouchet J, Cannevale P, Coosemans M, et al. Typologie du
paludisme en Afrique. Cahiers de santé. 1993 ; 3 : 220-38.
14 OMS. Roll Back Malaria – Faire reculer le paludisme. Décennie
des Nations Unies pour faire reculer le paludisme 2001-2010. Genève
: OMS, PNUD, UNICEF, Banque mondiale, 1998.
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