ARTICLE
Auteur(s) : Martin
Luther Koanga Mogtomo, Sylvie Louandji Fomekong, Honoré Fotso Kuate, Annie Ngono Ngane
Département de biochimie Faculté des sciences
Université de Douala BP 24157 Douala Cameroun
En Occident, les risques transfusionnels liés aux maladies
infectieuses transmissibles par le sang peuvent être minimisés par
: une sélection appropriée des donneurs, la promotion des dons
altruistes volontaires répétés, l’amélioration des contrôles
sérologiques et la réduction des transfusions par application des
standards en vigueur dans la pratique médicale [1]. Dans ces pays
où, les dépistages des maladies infectieuses sont systématiques, il
y a un risque potentiel de transmission des infections virales, lié
principalement à des dons réalisés pendant la période
sérologiquement muette dite « de fenêtre sérologique », peu après
l’infection, quand les anticorps ne sont pas encore détectables [2,
3]. La détermination de ce risque est assujettie au suivi des
donneurs réguliers séronégatifs afin d’estimer l’incidence des
séroconversions, à l’analyse de la période fenêtre pour chaque
méthode spécifiquement utilisée pour le dépistage des agents
infectieux et dans l’étude des cas cliniques survenus après la
transfusion [4]. Malheureusement, aucune de ces approches n’est
possible au Cameroun en général et dans la ville de Douala en
particulier, car il n’y a aucun suivi des donneurs de sang ou des
transfusés, et la majorité des donneurs sont soit des parents, soit
des amis du patient et non des donneurs bénévoles réguliers [5, 6].
L’absence de registre national ne permet pas une évaluation des
séroconversions. Seule une analyse rétrospective des dons et des
donneurs de sang, des techniques et méthodes de dépistage
permettrait d’estimer le risque potentiel de transmission des
maladies infectieuses transmissibles par transfusion sanguine.
C’est pourquoi, il nous est apparu important d’évaluer l’évolution
de leur prévalence pour la période de 1995 à 2004 chez les donneurs
de sang de la ville de Douala dans deux populations distinctes de
donneurs de sang. Cette étude porte essentiellement sur la
détection des agents infectieux suivants : virus de
l’immunodéficience humaine (VIH), de l’hépatite B (VHB), de
l’hépatite C (VHC), de Treponema pallidum et de
Plasmodium falciparum, dans les poches de sang des donneurs.
La séroprévalence des infections à VIH, VHB, VHC, tréponème
pâle et P. falciparum a été déterminée par rapport au nombre
total de donneurs prélevés. Une analyse comparative a été ensuite
réalisée. Entre les deux sites de collecte de sang, l’analyse des
résultats montre que le risque potentiel d’infection par
transfusion sanguine reste très élevé.
Matériels et méthodes
Sites et populations d’étude
La première étude concerne tous les donneurs de sang, étudiants de
l’université de Douala entre 1999 et 2004. Il s’agit d’une
étude prospective réalisée au laboratoire de biochimie de
l’université de Douala en collaboration avec le club des donneurs
de l’université de Douala. La seconde étude concerne une
cohorte de donneurs de sang bénévoles et occasionnels
représentatifs des donneurs de sang de la banque de sang de
l’hôpital Général et de celle de l’hôpital Laquintinie de Douala
sur une période de neuf ans (1995-2004) et ayant porté sur
3 186 poches de sang. Les critères d’inclusion des
donneurs dans cette cohorte sont :
- – être physiquement bien portant ;
- – ne présenter aucun signe clinique d’infection.
La population des donneurs de sang est constituée de personnes
majeures, des deux sexes, donneurs volontaires ou occasionnels,
amenés par les familles, ayant donné leur consentement éclairé par
écrit. Dans l’ensemble, ils ne présentent aucun signe clinique
d’infection. Cette étude a obtenu l’autorisation du comité
d’éthique des études cliniques de l’université.
Méthodes
Cinq millilitres de sang veineux périphérique sont prélevés dans un
tube à EDTA stérile, pour chaque donneur au moment du don de sang.
Le sang est centrifugé à 2 500 tours/min pendant dix
minutes, et le sérum est prélevé. Le dépistage des infections
virale, bactérienne et parasitaire est ensuite effectué sur les
sérums recueillis :
- – la sérologie du VIH est réalisée avec le kit Vidas HIV
Duo Quick (Biomérieux SA, France). C’est un test de dépistage de
l’infection à VIH, automatisé sur les instruments Vidas, permettant
la détection combinée des immunoglobulines totales anti-VIH-1
(groupe M et O) et anti-VIH-2 et de l’antigène p24 du VIH-1 dans le
sérum ou le plasma humain par la technique ELFA (Enzyme-Linked
Fluorescent Assay) ;
- – les sérologies de l’hépatite B et C ont été réalisées
selon les techniques décrites par plusieurs auteurs [7-11] ;
- – la sérologie du tréponème pâle a été réalisée avec le
kit SERODIA-TP-PA de Fujirebio Inc. dont la technique est décrite
par Deguchi et al. [12, 13] ;
- – paludisme : le dépistage de porteurs asymptomatiques
de P. falciparum dans la population a été fait par l’examen au
microscope de frottis mince et d’une goutte épaisse colorés par le
Giemsa. L’espèce plasmodique a été identifiée sur le frottis, la
densité parasitaire sur goutte épaisse est déterminée selon la
formule retenue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour
la chimiosensibilité [14].
Résultats
Première étude : séroprévalence sur 2 674 donneurs
de sang, étudiants de l’université de Douala
Les résultats de la période 1995-2003 concernée sont présentés dans
le tableau 1. Les résultats sont
donnés sur la période par année et par sexe. La séroprévalence
du VIH dans ce groupe présente le taux le plus élevé de 8,12 % en
1995 et le plus bas 2,20 % en 2003, avec une décroissance régulière
de la prévalence et avec une prévalence plus élevée chez les hommes
que chez les femmes. Pendant la même période, le taux de
séroprévalence de l’hépatite B reste en moyenne très élevée avec un
maximum de 16 % en 1995 et le minimum de 6,10 % atteint en 2000 et
la même différence de prévalence nette entre les hommes les femmes.
En revanche, la séroprévalence de l’hépatite C reste en moyenne
basse avec 1,92 % en 1999 et le plus bas sur la période 0,80 % en
2001. La séroprévalence de la syphilis présente une évolution
comparable à celle du VHB, avec un pic de 22,81 % en 1998 et un
taux plus bas 1,04 % en 2001.
Tableau 1 Séroprévalences (VIH-1 et 2, VHB, VHC,
tréponème) chez les donneurs bénévoles étudiants l’université de
Douala de 1995-2003.Table 1. Seroprevalence (HIV-1 and -2, HBV, HCV
and syphilis in student volunteer blood donors at the University of
Douala from 1995-2003.
|
Prévalence (%) par sexe
|
VIH 1+2
|
|
1995 (320)
|
1996 (408)
|
1997 (420)
|
1998 (412)
|
1999 (208)
|
2000 (344)
|
2001 (381)
|
2003 (181)
|
|
Masculin
|
nd
|
nd
|
nd
|
1,70
|
2,40
|
3,48
|
2,36
|
1,65
|
|
Féminin
|
nd
|
nd
|
nd
|
1,21
|
1,92
|
0,71
|
0,78
|
0,55
|
|
Total
|
8,12
|
6,40
|
3,09
|
2,91
|
4,32
|
4,06
|
3,14
|
2,20
|
|
Prévalence (%) par sexe
|
HBV
|
|
1995 (320)
|
1996 (408)
|
1997 (420)
|
1998 (412)
|
1999 (208)
|
2000 (344)
|
2001 (381)
|
2003 (181)
|
|
Masculin
|
nd
|
nd
|
nd
|
7,03
|
12,98
|
5,52
|
8,92
|
6,07
|
|
Féminin
|
nd
|
nd
|
nd
|
2,91
|
2,88
|
0,58
|
1,04
|
2,20
|
|
Total
|
16,0
|
12,5
|
12,4
|
9,95
|
15,60
|
6,10
|
9,96
|
8,30
|
|
Prévalence (%) par sexe
|
HCV
|
|
1995 (320)a
|
1996 (408)
|
1997 (420)
|
1998 (412)
|
1999 (208)
|
2000 (344)
|
2001 (381)
|
2003 (181)
|
|
Masculin
|
ndb
|
nd
|
nd
|
nd
|
1,92
|
0,90
|
0,80
|
1,65
|
|
Féminin
|
nd
|
nd
|
nd
|
nd
|
0
|
0
|
0
|
0
|
|
Total
|
nd
|
nd
|
nd
|
nd
|
1,92
|
0,90
|
0,80
|
1,65
|
|
Prévalence (%) par sexe
|
Tréponème pâle
|
|
1995 (320)
|
1996 (408)
|
1997 (420)
|
1998 (412)
|
1999 (208)
|
2000 (344)
|
2001 (381)
|
2003 (181)
|
|
Masculin
|
nd
|
nd
|
nd
|
nd
|
nd
|
1,74
|
0,80
|
1,10
|
|
Féminin
|
nd
|
nd
|
nd
|
nd
|
nd
|
0,87
|
0,26
|
0
|
|
Total
|
21,25
|
11,51
|
9,28
|
22,81
|
3,84
|
2,61
|
1,04
|
1,10
|
Généralités de la cohorte de l’hôpital
Laquintinie
Les données générales sur les donneurs de sang, enregistrées à la
banque de sang de l’hôpital Laquintinie de Douala, sont présentées
dans le tableau 2. Les 1 513
donneurs se recrutent dans toutes les tranches d’âges au-dessus de
20 ans avec un sex-ratio H/F de 3,05 dans la cohorte, alors
qu’il est de 3,42 pour l’ensemble des donneurs de l’hôpital (77,39
% d’hommes contre 22,61 % de femmes). Les donneurs pris en
compte pendant la période d’étude présentent une configuration
comparable à celui du registre de la banque de sang, dans la
représentativité par tranche d’âges et par sex-ratio H/F.
Le registre des donneurs de l’hôpital Laquintinie présente en
outre la particularité d’avoir deux catégories distinctes de
donneurs : les donneurs bénévoles qui donnent régulièrement leur
sang et les donneurs occasionnels ou familiaux qui donnent leur
sang à la demande du personnel soignant pour remplacer les poches
administrées à la parenté. Dans le tableau
3, le registre montre que seulement 5,29 % des donneurs
sont bénévoles (80 donneurs) et 94,71 % occasionnels (1 733
donneurs). On note un parallélisme avec les donneurs enregistrés
dans la cohorte d’étude : 6,57 % de donneurs bénévoles (20
donneurs) contre 93,43 % de donneurs occasionnels (284).
Tableau 2 Caractéristiques et comparaison des groupes
de donneurs en fonction du sexe et de l’âge.Table 2. Comparison of
the characteristics of each group of blood donors according to age
and sex.
|
Âge (ans)
|
Donneurs de la banque de sang hôpital L. Douala
(1 513)a
|
Donneurs de la cohorte de l’étude (304)a
|
|
Distribution par sexe
|
Distribution par sexe
|
|
Masculin
|
Féminin
|
Masculin
|
Féminin
|
|
< 20
|
55b (3,63)c
|
24 (1,60)
|
9 (3)
|
7 (2,30
|
|
20-29
|
489 (32,32)
|
148 (9,80)
|
98 (32,23)
|
31 (10,20)
|
|
30-39
|
383 (25,30)
|
103 (6,81)
|
84 (27,63)
|
26 (8,55)
|
|
40-49
|
175 (11,56)
|
53 (3,50)
|
29 (9,53)
|
4 (1,31)
|
|
50-60
|
69 (4,56)
|
14 (0,92)
|
9 (3)
|
7 (2,30)
|
|
Total
|
1 171 (77,39)
|
342 (22,61)
|
229 (75,32)
|
75 (24,68)
|
Tableau 3 Caractéristiques et comparaison des groupes
de donneurs en fonction à la catégorie et l’âge.Table 3. Comparison
of characteristics of each group of blood donors according to donor
type and age.
|
Âge (ans)
|
Donneurs de la banque de sang hôpital L. Douala
(1 513)a
|
Donneurs de la cohorte de l’étude (304)a
|
|
Distribution par catégorie
|
Distribution par catégorie
|
|
Bénévole
|
Occasionnel
|
Bénévole
|
Occasionnel
|
|
< 20
|
4 (0,26)
|
75b (4,95)c
|
0
|
16 (5,26)
|
|
20-29
|
40 (2,64)
|
597 (39,45)
|
13 (4,27)
|
116 (38,15)
|
|
30-39
|
16 (1,05)
|
470 (31,06)
|
5 (1,64)
|
105 (34,53)
|
|
40-49
|
13 (0,87)
|
215 (14,21)
|
2 (0,65)
|
31 (10,19)
|
|
50-60
|
7 (0,46)
|
76 (5,02)
|
0
|
16 (5,26)
|
|
Total
|
80 (5,29)
|
1 433 (94,71)
|
20 (6,57)
|
284 (93,43)
|
Prévalence de l’infection à Plasmodium
Le tableau 4 montre la prévalence de
l’infection à Plasmodium dans la cohorte sur la période d’étude. On
note que 12,82 % de donneurs sont porteurs du parasite, 9,21 % des
hommes contre 3,61 % des femmes. Les données sur la prévalence
par catégorie montrent que toutes les infections détectées
concernent des donneurs occasionnels de toutes les tranches d’âge
et majoritairement des hommes.
Tableau 4 Prévalence de la parasitémie en fonction du
sexe, de la catégorie et de l’âge.Table 4. Prevalence of
parasitemia according to sex, donor type, and age.
|
Âge (ans)
|
Parasitémie (Plasmodium Falciparum)
|
|
Sexe (304)a
|
Catégorie (304)
|
|
Masculin
|
Féminin
|
Bénévole
|
Occasionnel
|
|
< 20
|
0
|
1 (0,33)
|
0
|
1 (0,33)c
|
|
20-29
|
12 (3,94)b
|
4 (1,32)
|
0
|
16 (5,26)
|
|
30-39
|
8 (2,63)
|
4 (1,32)
|
0
|
12 (3,95)
|
|
40-49
|
7 (2,30)
|
1 (0,33)
|
0
|
8 (2,63)
|
|
50-60
|
1 (0,33)
|
1 (0,33)
|
0
|
2 (0,66)
|
|
Total
|
28 (9,21)
|
11 (3,62)
|
0
|
39 (12,83)
|
|
Total général
|
39 (12,83)d
|
Prévalence des marqueurs sérique
de la syphilis
La prévalence des marqueurs sérologiques de l’infection à tréponème
pâle est présentée dans le tableau 5.
Les donneurs de sexe masculin montrent une prévalence de 4,60
contre 3,28 % pour le sexe féminin. La prévalence totale sur
les 304 sujets de la cohorte est 7,90 % dont 0,66 % (2/20) sont des
bénévoles et 7,24 % des donneurs occasionnels (22/284). Il ne
faut pas négliger de mentionner, ici, la fréquence des
tréponématoses cutanées qui donnent les mêmes résultats
sérologiques que la syphilis sans distinction possible avec les
réactifs utilisés et qui peuvent majorer la prévalence
observée.
Tableau 5 Séroprévalence de la syphilis en fonction de
l’âge, du sexe et de la catégorie.Table 5. Seroprevalence of
syphilis according to age, sex, and donor type.
|
Âge (ans)
|
Séroprévalence tréponème pâle
|
|
Sexe (304)a
|
Catégorie (304)
|
|
Masculin
|
Féminin
|
Bénévole
|
Occasionnel
|
|
< 20
|
0
|
1 (0,33)b
|
1 (0,33)c
|
0
|
|
20-29
|
6 (1,97)
|
6 (1,97)
|
1 (0,33)
|
11 (3,62)
|
|
30-39
|
3(0,99)
|
3 (0,99)
|
0
|
6 (1,97)
|
|
40-49
|
4 (1,32)
|
0
|
0
|
4 (1,32)
|
|
50-60
|
1 (0,33)
|
0
|
0
|
1 (0,33)
|
|
Total
|
14 (4,61)
|
10 (3,29)
|
2 (0,66)
|
22 (7,24)
|
|
Total général
|
24 (7,90)d
|
Séroprévalence du VIH 1+2 dans la cohorte
Vingt-quatre donneurs ont été retrouvés séropositifs : 20 hommes et
quatre femmes. La séroprévalence du VIH 1+2 est de 7,89 % sur
l’ensemble des donneurs (24/304). Chez les donneurs hommes, elle
est de 8,73 % (20/229) et de 5,33 % chez les donneurs femmes
(4/75). On note également que 7,56 % des donneurs séropositifs sont
des donneurs occasionnels (23/284) (tableau
6).
Tableau 6 Séroprévalence des infections virales en
fonction de l’âge et du sexe.Table 6. Seroprevalence of viral
infections according to age and sex.
|
Âge (ans)
|
Séroprévalence VIH-1/2
|
Séroprévalence VHB
|
Séroprévalence VHC
|
|
Distribution par sexe (304)a
|
Distribution par catégorie (304)
|
Distribution par sexe (304)
|
Distribution par catégorie (304)
|
Distribution par sexe (304)
|
Distribution par catégorie (304)
|
|
Masc
|
Fém
|
Béné
|
Occa
|
Mas
|
Fém
|
Bén
|
Occa
|
Mas
|
Fém
|
Bén
|
Occa
|
|
< 20
|
1 (0,32)b
|
0
|
0
|
1
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
|
20-29
|
5 (1,64)
|
4 (1,32)
|
0
|
9
|
8 (2,63)
|
1 (0,32)
|
0
|
9
|
3 (0,99)
|
0
|
0
|
3
|
|
30-39
|
11 (3,62)
|
0
|
0
|
11
|
7 (2,32)
|
1 (0,32)
|
0
|
8
|
1 (0,32)
|
0
|
0
|
1
|
|
40-49
|
3 (0,99)
|
0
|
1
|
2
|
4 (1,32)
|
0
|
0
|
4
|
0
|
0
|
0
|
0
|
|
50-60
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
0
|
3 (0,99)
|
0
|
0
|
3
|
|
Total
|
20 (6,58)
|
4 (1,32)
|
1 (0,32)
|
23 (7,56)
|
19 (6,25)
|
2 (0,66)
|
0
|
21 (6,90)
|
7 (2,32)
|
0
|
0
|
7 (2,32)
|
|
Total général
|
24 (7,89)
|
|
24 (7,89)
|
|
21 (6,91)
|
|
21 (6,90)
|
|
7 (2,32)
|
|
7 (2,32)
|
|
Séroprévalence des hépatites B et C
Vingt et un donneurs sur 304 testés sont porteurs d’AgHBs (VHB), et
sept sur ces 304 ont une sérologie VHC positive.
La séroprévalence des hépatites est de 6,91 et 2,32 %
respectivement pour le VHB et VHC. La prévalence pour le VHB
est de 8,29 et 2,66 % respectivement chez les hommes et les femmes.
Les séropositivités observées ne concernent que les donneurs
occasionnels. Les donneurs positifs pour le VHC sont tous de
sexe masculin. Les séropositifs pour VHB et le VHC
appartiennent tous à la catégorie des donneurs occasionnels avec
7/284 pour le VHC et 21/284 pour l’hépatite B (tableau 6).
Discussion
Le contrôle des maladies infectieuses transmises par transfusion
est très important pour la politique de santé publique dans les
pays en développement. De grands progrès ont été réalisés dans
les banques de sang dans les années 1990, en termes d’équipement,
de qualité des réactifs et des procédures. La transfusion
sanguine présente cependant encore des risques immunologiques et
infectieux. Bien que la préoccupation soit permanente pour les
infections virales comme le VIH et les hépatites concernant ce
risque infectieux, elle l’est moins pour les infections
parasitaires comme le paludisme. Pour prévenir la transmission
d’agents pathogènes, un certain nombre de tests biologiques
obligatoires pour le VIH et les hépatites sont effectués dans les
banques de sang [15]. Les résultats obtenus dans la première
étude, à l’université de Douala sont intéressants à double titre,
d’une part, ils donnent des informations sur les jeunes étudiants
donneurs de sang et, d’autre part, sur les caractéristiques
sérologiques de ces dons spontanés, bénévoles et volontaires.
Ils ont en effet déterminé l’étude à la banque de sang de
l’hôpital Laquintinie. Les résultats montrent l’importance de
mettre en place un système de dons basés sur le volontariat et le
bénévolat en termes de sécurité virale transfusionnelle.
Les infections parasitaires, en revanche, ne font pas l’objet
d’un dépistage systématique. Les résultats obtenus ont été
certainement influencés par l’absence d’un système de contrôle de
qualité et par la pratique routinière des tests de dépistages
sérologiques à la banque de sang. Ces paramètres peuvent
affecter l’estimation des risques potentiels de transfusion du sang
entier et des fractions de sang infectées. Le risque de
recrutement devrait être spécifiquement étudié en fonction des
diverses populations concernées par la transfusion : en particulier
s’il s’agit de femmes enceintes ou d’enfants, le risque à
transfuser des poches non dépistées est différent de celui à
transfuser des adultes en général.
Les résultats présentés mettent en lumière non seulement la
problématique de la sécurité de la transfusion sanguine, mais
également son importance dans un système de santé par les données
qu’elle peut apporter sur la prévalence des différents types de
donneurs.
En effet, la proportion des poches de sang testées positives
pour les agents infectieux est en moyenne de 4,28, 11,47, 1,32 et
9,18 % respectivement pour le VIH, HBV, HCV et la syphilis pour les
donneurs de l’université de Douala sur la période 1995-2003.
L’échantillonnage de l’hôpital Laquintinie montre une
séroprévalence de 7,89, 6,91, 2,32 et 7,90 % respectivement pour le
VIH-1/2, VHB, VHC et la syphilis.
Il faudrait prendre en considération la problématique du risque
d’infection virale pendant la période « fenêtre », quand les
anticorps ne sont pas détectables même avec 100 % de donneurs
dépistés. La période fenêtre actuelle considérée par la
plupart des tests de dépistage est de 22, 39 et 12 jours
respectivement pour le VIH, le VHB et le VHC [17-20] à condition
d’utiliser des réactifs combinés dépistant antigènes et anticorps
et qui permettent un gain considérable dans le raccourcissement de
la fenêtre sérologiquement muette (Monalisa AgHBs Ultra de Biorad
présente une fenêtre de 39 jours, HCV Monalisa, HCV Combo AgAc
de Biorad ou Murex Combo HCV d’Abbott, la fenêtre est de 12 à
15 jours). Par ailleurs, la transmission pendant la période
fenêtre ne peut être estimée qu’avec l’étude des séroconversions
des donneurs et des transfusés [15-20]. Le risque est, par
ailleurs, accru par le fait que très peu de donneurs sont bénévoles
: 5 % environ contre 95 % d’occasionnels, mais souvent fortement
sollicités, car faisant partie de la famille du receveur chez
lesquels les facteurs de risques sont méconnus ou inavoués.
Le risque de transmission du P. falciparum est très souvent
sous-estimé. En effet, 12,83 % des donneurs de l’hôpital
Laquintinie sont infectés. Cette parasitémie constitue un risque
potentiel de contamination des receveurs. Le risque du
paludisme transfusionnel est d’autant plus élevé, qu’il n’est pas
fonction de la densité parasitaire. Une parasitémie de 100
parasites par microlitre considérée comme faible représente pour le
receveur transfusé avec 500 mL de sang, un inocula d’environ
50 000 000 parasites, plus souvent pathogène chez un
sujet déficient. Le paludisme post-transfusionnel est très
imprévisible et survient chez des patients déjà affaiblis par la
maladie [21, 22]. Par conséquent, une surveillance plus accrue
devrait permettre de pouvoir transfuser du sang et des dérivés
sanguins exempts de toute infection.
Le problème de la fenêtre sérologique pour le VIH, VHB et VHC
peut être désormais pris en compte, grâce au progrès de la biologie
moléculaire et son automatisation. Après l’organisation d’une
sélection réglementée et performante de donneurs, la structuration
d’un suivi de donneurs bénévoles réguliers, répondant à des
questionnaires stricts, et à une prévalence très faible des
marqueurs viraux et des dépistages avec des réactifs combinés ;
alors, on pourra lancer la détection des acides nucléiques dans le
plasma ou le sérum, qui, pour quelques cas, permettraient
d’identifier une primo-infection avant l’émergence des anticorps.
Sur le plan local, l’importance de la transfusion sanguine et en
particulier les risques de transmission des maladies infectieuses
sont de plus en plus intégrés dans les politiques de santé
publique, notamment par des lois réglementant ce secteur délicat et
particulier [23]. La mise en œuvre de ces mesures devrait à
terme permettre d’optimiser la qualité et la sécurité
transfusionnelle au Cameroun et pourquoi pas la certification du
sang et ses produits dérivés destinés à la transfusion.
Remerciements
Les auteurs remercient les responsables des laboratoires, des
hôpitaux Général et Laquintinie de Douala pour leur assistance dans
la réalisation de cette étude.
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