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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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Screening of infectious microorganisms in blood banks in Douala (1995-2004)


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 19, Number 1, 3-8, janvier-février-mars 2009, Étude originale

DOI : 10.1684/san.2009.0144

Résumé   Summary  

Author(s) : Martin Luther Koanga Mogtomo, Sylvie Louandji Fomekong, Honoré Fotso Kuate, Annie Ngono Ngane , Département de biochimie Faculté des sciences Université de Douala BP 24157 Douala Cameroun.

Summary : The infection of people with haemophilia by human immunodeficiency virus (HIV) through blood transfusions demonstrated the potential risks of infectious disease transmission by transfusions. The microorganisms that can be transmitted through transfusion include: hepatitis viruses B, C, D, and G, HIV, cytomegalovirus, human T lymphotrophic virus (HTLV I and II), Treponema pallidum, Brucella spp, Toxoplasma gondii, Plasmodium spp and trypanosoma cruzi. We estimated the prevalence of transfusion-transmissible HIV, hepatitis B and C viruses, syphilis, and Plasmodium falciparum infection in two groups of blood donors at Douala city over the period of 1995 -2004. Our results for the donors at Douala University show that at points during that period the seroprevalence of HIV ranged from 2.20% to 8.12%, for HBV from 6.10% to 16%, for HCV from 0.80% to 1.65% and for syphilis from 1.10 to 22.81%. For the blood bank of Laquintinie Hospital we observed the following prevalences: 7.89%, for HIV, 6.91% for HBV, 2.32%, for HCV, 7.90% for syphilis, and 12.82% for P. falciparum infection. These results highlight the need for continuous monitoring for safe blood transfusion.

Keywords : blood transfusion, HIV, HBV, HCV, syphilis, Plasmodium falciparum

ARTICLE

Auteur(s) : Martin Luther Koanga Mogtomo, Sylvie Louandji Fomekong, Honoré Fotso Kuate, Annie Ngono Ngane

Département de biochimie Faculté des sciences Université de Douala BP 24157 Douala Cameroun

En Occident, les risques transfusionnels liés aux maladies infectieuses transmissibles par le sang peuvent être minimisés par : une sélection appropriée des donneurs, la promotion des dons altruistes volontaires répétés, l’amélioration des contrôles sérologiques et la réduction des transfusions par application des standards en vigueur dans la pratique médicale [1]. Dans ces pays où, les dépistages des maladies infectieuses sont systématiques, il y a un risque potentiel de transmission des infections virales, lié principalement à des dons réalisés pendant la période sérologiquement muette dite « de fenêtre sérologique », peu après l’infection, quand les anticorps ne sont pas encore détectables [2, 3]. La détermination de ce risque est assujettie au suivi des donneurs réguliers séronégatifs afin d’estimer l’incidence des séroconversions, à l’analyse de la période fenêtre pour chaque méthode spécifiquement utilisée pour le dépistage des agents infectieux et dans l’étude des cas cliniques survenus après la transfusion [4]. Malheureusement, aucune de ces approches n’est possible au Cameroun en général et dans la ville de Douala en particulier, car il n’y a aucun suivi des donneurs de sang ou des transfusés, et la majorité des donneurs sont soit des parents, soit des amis du patient et non des donneurs bénévoles réguliers [5, 6]. L’absence de registre national ne permet pas une évaluation des séroconversions. Seule une analyse rétrospective des dons et des donneurs de sang, des techniques et méthodes de dépistage permettrait d’estimer le risque potentiel de transmission des maladies infectieuses transmissibles par transfusion sanguine. C’est pourquoi, il nous est apparu important d’évaluer l’évolution de leur prévalence pour la période de 1995 à 2004 chez les donneurs de sang de la ville de Douala dans deux populations distinctes de donneurs de sang. Cette étude porte essentiellement sur la détection des agents infectieux suivants : virus de l’immunodéficience humaine (VIH), de l’hépatite B (VHB), de l’hépatite C (VHC), de Treponema pallidum et de Plasmodium falciparum, dans les poches de sang des donneurs. La séroprévalence des infections à VIH, VHB, VHC, tréponème pâle et P. falciparum a été déterminée par rapport au nombre total de donneurs prélevés. Une analyse comparative a été ensuite réalisée. Entre les deux sites de collecte de sang, l’analyse des résultats montre que le risque potentiel d’infection par transfusion sanguine reste très élevé.

Matériels et méthodes

Sites et populations d’étude

La première étude concerne tous les donneurs de sang, étudiants de l’université de Douala entre 1999 et 2004. Il s’agit d’une étude prospective réalisée au laboratoire de biochimie de l’université de Douala en collaboration avec le club des donneurs de l’université de Douala. La seconde étude concerne une cohorte de donneurs de sang bénévoles et occasionnels représentatifs des donneurs de sang de la banque de sang de l’hôpital Général et de celle de l’hôpital Laquintinie de Douala sur une période de neuf ans (1995-2004) et ayant porté sur 3 186 poches de sang. Les critères d’inclusion des donneurs dans cette cohorte sont :
  • être physiquement bien portant ;
  • ne présenter aucun signe clinique d’infection.

La population des donneurs de sang est constituée de personnes majeures, des deux sexes, donneurs volontaires ou occasionnels, amenés par les familles, ayant donné leur consentement éclairé par écrit. Dans l’ensemble, ils ne présentent aucun signe clinique d’infection. Cette étude a obtenu l’autorisation du comité d’éthique des études cliniques de l’université.

Méthodes

Cinq millilitres de sang veineux périphérique sont prélevés dans un tube à EDTA stérile, pour chaque donneur au moment du don de sang. Le sang est centrifugé à 2 500 tours/min pendant dix minutes, et le sérum est prélevé. Le dépistage des infections virale, bactérienne et parasitaire est ensuite effectué sur les sérums recueillis :
  • la sérologie du VIH est réalisée avec le kit Vidas HIV Duo Quick (Biomérieux SA, France). C’est un test de dépistage de l’infection à VIH, automatisé sur les instruments Vidas, permettant la détection combinée des immunoglobulines totales anti-VIH-1 (groupe M et O) et anti-VIH-2 et de l’antigène p24 du VIH-1 dans le sérum ou le plasma humain par la technique ELFA (Enzyme-Linked Fluorescent Assay) ;
  • les sérologies de l’hépatite B et C ont été réalisées selon les techniques décrites par plusieurs auteurs [7-11] ;
  • la sérologie du tréponème pâle a été réalisée avec le kit SERODIA-TP-PA de Fujirebio Inc. dont la technique est décrite par Deguchi et al. [12, 13] ;
  • paludisme : le dépistage de porteurs asymptomatiques de P. falciparum dans la population a été fait par l’examen au microscope de frottis mince et d’une goutte épaisse colorés par le Giemsa. L’espèce plasmodique a été identifiée sur le frottis, la densité parasitaire sur goutte épaisse est déterminée selon la formule retenue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la chimiosensibilité [14].

Résultats

Première étude : séroprévalence sur 2 674 donneurs de sang, étudiants de l’université de Douala

Les résultats de la période 1995-2003 concernée sont présentés dans le tableau 1. Les résultats sont donnés sur la période par année et par sexe. La séroprévalence du VIH dans ce groupe présente le taux le plus élevé de 8,12 % en 1995 et le plus bas 2,20 % en 2003, avec une décroissance régulière de la prévalence et avec une prévalence plus élevée chez les hommes que chez les femmes. Pendant la même période, le taux de séroprévalence de l’hépatite B reste en moyenne très élevée avec un maximum de 16 % en 1995 et le minimum de 6,10 % atteint en 2000 et la même différence de prévalence nette entre les hommes les femmes. En revanche, la séroprévalence de l’hépatite C reste en moyenne basse avec 1,92 % en 1999 et le plus bas sur la période 0,80 % en 2001. La séroprévalence de la syphilis présente une évolution comparable à celle du VHB, avec un pic de 22,81 % en 1998 et un taux plus bas 1,04 % en 2001.

Tableau 1 Séroprévalences (VIH-1 et 2, VHB, VHC, tréponème) chez les donneurs bénévoles étudiants l’université de Douala de 1995-2003.Table 1. Seroprevalence (HIV-1 and -2, HBV, HCV and syphilis in student volunteer blood donors at the University of Douala from 1995-2003.

Prévalence (%) par sexe

VIH 1+2

1995 (320)

1996 (408)

1997 (420)

1998 (412)

1999 (208)

2000 (344)

2001 (381)

2003 (181)

Masculin

nd

nd

nd

1,70

2,40

3,48

2,36

1,65

Féminin

nd

nd

nd

1,21

1,92

0,71

0,78

0,55

Total

8,12

6,40

3,09

2,91

4,32

4,06

3,14

2,20

Prévalence (%) par sexe

HBV

1995 (320)

1996 (408)

1997 (420)

1998 (412)

1999 (208)

2000 (344)

2001 (381)

2003 (181)

Masculin

nd

nd

nd

7,03

12,98

5,52

8,92

6,07

Féminin

nd

nd

nd

2,91

2,88

0,58

1,04

2,20

Total

16,0

12,5

12,4

9,95

15,60

6,10

9,96

8,30

Prévalence (%) par sexe

HCV

1995 (320)a

1996 (408)

1997 (420)

1998 (412)

1999 (208)

2000 (344)

2001 (381)

2003 (181)

Masculin

ndb

nd

nd

nd

1,92

0,90

0,80

1,65

Féminin

nd

nd

nd

nd

0

0

0

0

Total

nd

nd

nd

nd

1,92

0,90

0,80

1,65

Prévalence (%) par sexe

Tréponème pâle

1995 (320)

1996 (408)

1997 (420)

1998 (412)

1999 (208)

2000 (344)

2001 (381)

2003 (181)

Masculin

nd

nd

nd

nd

nd

1,74

0,80

1,10

Féminin

nd

nd

nd

nd

nd

0,87

0,26

0

Total

21,25

11,51

9,28

22,81

3,84

2,61

1,04

1,10

Généralités de la cohorte de l’hôpital Laquintinie

Les données générales sur les donneurs de sang, enregistrées à la banque de sang de l’hôpital Laquintinie de Douala, sont présentées dans le tableau 2. Les 1 513 donneurs se recrutent dans toutes les tranches d’âges au-dessus de 20 ans avec un sex-ratio H/F de 3,05 dans la cohorte, alors qu’il est de 3,42 pour l’ensemble des donneurs de l’hôpital (77,39 % d’hommes contre 22,61 % de femmes). Les donneurs pris en compte pendant la période d’étude présentent une configuration comparable à celui du registre de la banque de sang, dans la représentativité par tranche d’âges et par sex-ratio H/F. Le registre des donneurs de l’hôpital Laquintinie présente en outre la particularité d’avoir deux catégories distinctes de donneurs : les donneurs bénévoles qui donnent régulièrement leur sang et les donneurs occasionnels ou familiaux qui donnent leur sang à la demande du personnel soignant pour remplacer les poches administrées à la parenté. Dans le tableau 3, le registre montre que seulement 5,29 % des donneurs sont bénévoles (80 donneurs) et 94,71 % occasionnels (1 733 donneurs). On note un parallélisme avec les donneurs enregistrés dans la cohorte d’étude : 6,57 % de donneurs bénévoles (20 donneurs) contre 93,43 % de donneurs occasionnels (284).

Tableau 2 Caractéristiques et comparaison des groupes de donneurs en fonction du sexe et de l’âge.Table 2. Comparison of the characteristics of each group of blood donors according to age and sex.

Âge (ans)

Donneurs de la banque de sang hôpital L. Douala (1 513)a

Donneurs de la cohorte de l’étude (304)a

Distribution par sexe

Distribution par sexe

Masculin

Féminin

Masculin

Féminin

< 20

55b (3,63)c

24 (1,60)

9 (3)

7 (2,30

20-29

489 (32,32)

148 (9,80)

98 (32,23)

31 (10,20)

30-39

383 (25,30)

103 (6,81)

84 (27,63)

26 (8,55)

40-49

175 (11,56)

53 (3,50)

29 (9,53)

4 (1,31)

50-60

69 (4,56)

14 (0,92)

9 (3)

7 (2,30)

Total

1 171 (77,39)

342 (22,61)

229 (75,32)

75 (24,68)



Tableau 3 Caractéristiques et comparaison des groupes de donneurs en fonction à la catégorie et l’âge.Table 3. Comparison of characteristics of each group of blood donors according to donor type and age.

Âge (ans)

Donneurs de la banque de sang hôpital L. Douala (1 513)a

Donneurs de la cohorte de l’étude (304)a

Distribution par catégorie

Distribution par catégorie

Bénévole

Occasionnel

Bénévole

Occasionnel

< 20

4 (0,26)

75b (4,95)c

0

16 (5,26)

20-29

40 (2,64)

597 (39,45)

13 (4,27)

116 (38,15)

30-39

16 (1,05)

470 (31,06)

5 (1,64)

105 (34,53)

40-49

13 (0,87)

215 (14,21)

2 (0,65)

31 (10,19)

50-60

7 (0,46)

76 (5,02)

0

16 (5,26)

Total

80 (5,29)

1 433 (94,71)

20 (6,57)

284 (93,43)

Prévalence de l’infection à Plasmodium

Le tableau 4 montre la prévalence de l’infection à Plasmodium dans la cohorte sur la période d’étude. On note que 12,82 % de donneurs sont porteurs du parasite, 9,21 % des hommes contre 3,61 % des femmes. Les données sur la prévalence par catégorie montrent que toutes les infections détectées concernent des donneurs occasionnels de toutes les tranches d’âge et majoritairement des hommes.

Tableau 4 Prévalence de la parasitémie en fonction du sexe, de la catégorie et de l’âge.Table 4. Prevalence of parasitemia according to sex, donor type, and age.

Âge (ans)

Parasitémie (Plasmodium Falciparum)

Sexe (304)a

Catégorie (304)

Masculin

Féminin

Bénévole

Occasionnel

< 20

0

1 (0,33)

0

1 (0,33)c

20-29

12 (3,94)b

4 (1,32)

0

16 (5,26)

30-39

8 (2,63)

4 (1,32)

0

12 (3,95)

40-49

7 (2,30)

1 (0,33)

0

8 (2,63)

50-60

1 (0,33)

1 (0,33)

0

2 (0,66)

Total

28 (9,21)

11 (3,62)

0

39 (12,83)

Total général

39 (12,83)d

Prévalence des marqueurs sérique de la syphilis

La prévalence des marqueurs sérologiques de l’infection à tréponème pâle est présentée dans le tableau 5. Les donneurs de sexe masculin montrent une prévalence de 4,60 contre 3,28 % pour le sexe féminin. La prévalence totale sur les 304 sujets de la cohorte est 7,90 % dont 0,66 % (2/20) sont des bénévoles et 7,24 % des donneurs occasionnels (22/284). Il ne faut pas négliger de mentionner, ici, la fréquence des tréponématoses cutanées qui donnent les mêmes résultats sérologiques que la syphilis sans distinction possible avec les réactifs utilisés et qui peuvent majorer la prévalence observée.

Tableau 5 Séroprévalence de la syphilis en fonction de l’âge, du sexe et de la catégorie.Table 5. Seroprevalence of syphilis according to age, sex, and donor type.

Âge (ans)

Séroprévalence tréponème pâle

Sexe (304)a

Catégorie (304)

Masculin

Féminin

Bénévole

Occasionnel

< 20

0

1 (0,33)b

1 (0,33)c

0

20-29

6 (1,97)

6 (1,97)

1 (0,33)

11 (3,62)

30-39

3(0,99)

3 (0,99)

0

6 (1,97)

40-49

4 (1,32)

0

0

4 (1,32)

50-60

1 (0,33)

0

0

1 (0,33)

Total

14 (4,61)

10 (3,29)

2 (0,66)

22 (7,24)

Total général

24 (7,90)d

Séroprévalence du VIH 1+2 dans la cohorte

Vingt-quatre donneurs ont été retrouvés séropositifs : 20 hommes et quatre femmes. La séroprévalence du VIH 1+2 est de 7,89 % sur l’ensemble des donneurs (24/304). Chez les donneurs hommes, elle est de 8,73 % (20/229) et de 5,33 % chez les donneurs femmes (4/75). On note également que 7,56 % des donneurs séropositifs sont des donneurs occasionnels (23/284) (tableau 6).

Tableau 6 Séroprévalence des infections virales en fonction de l’âge et du sexe.Table 6. Seroprevalence of viral infections according to age and sex.

Âge (ans)

Séroprévalence VIH-1/2

Séroprévalence VHB

Séroprévalence VHC

Distribution par sexe (304)a

Distribution par catégorie (304)

Distribution par sexe (304)

Distribution par catégorie (304)

Distribution par sexe (304)

Distribution par catégorie (304)

Masc

Fém

Béné

Occa

Mas

Fém

Bén

Occa

Mas

Fém

Bén

Occa

< 20

1 (0,32)b

0

0

1

0

0

0

0

0

0

0

0

20-29

5 (1,64)

4 (1,32)

0

9

8 (2,63)

1 (0,32)

0

9

3 (0,99)

0

0

3

30-39

11 (3,62)

0

0

11

7 (2,32)

1 (0,32)

0

8

1 (0,32)

0

0

1

40-49

3 (0,99)

0

1

2

4 (1,32)

0

0

4

0

0

0

0

50-60

0

0

0

0

0

0

0

0

3 (0,99)

0

0

3

Total

20 (6,58)

4 (1,32)

1 (0,32)

23 (7,56)

19 (6,25)

2 (0,66)

0

21 (6,90)

7 (2,32)

0

0

7 (2,32)

Total général

24 (7,89)

24 (7,89)

21 (6,91)

21 (6,90)

7 (2,32)

7 (2,32)

Séroprévalence des hépatites B et C

Vingt et un donneurs sur 304 testés sont porteurs d’AgHBs (VHB), et sept sur ces 304 ont une sérologie VHC positive. La séroprévalence des hépatites est de 6,91 et 2,32 % respectivement pour le VHB et VHC. La prévalence pour le VHB est de 8,29 et 2,66 % respectivement chez les hommes et les femmes. Les séropositivités observées ne concernent que les donneurs occasionnels. Les donneurs positifs pour le VHC sont tous de sexe masculin. Les séropositifs pour VHB et le VHC appartiennent tous à la catégorie des donneurs occasionnels avec 7/284 pour le VHC et 21/284 pour l’hépatite B (tableau 6).

Discussion

Le contrôle des maladies infectieuses transmises par transfusion est très important pour la politique de santé publique dans les pays en développement. De grands progrès ont été réalisés dans les banques de sang dans les années 1990, en termes d’équipement, de qualité des réactifs et des procédures. La transfusion sanguine présente cependant encore des risques immunologiques et infectieux. Bien que la préoccupation soit permanente pour les infections virales comme le VIH et les hépatites concernant ce risque infectieux, elle l’est moins pour les infections parasitaires comme le paludisme. Pour prévenir la transmission d’agents pathogènes, un certain nombre de tests biologiques obligatoires pour le VIH et les hépatites sont effectués dans les banques de sang [15]. Les résultats obtenus dans la première étude, à l’université de Douala sont intéressants à double titre, d’une part, ils donnent des informations sur les jeunes étudiants donneurs de sang et, d’autre part, sur les caractéristiques sérologiques de ces dons spontanés, bénévoles et volontaires. Ils ont en effet déterminé l’étude à la banque de sang de l’hôpital Laquintinie. Les résultats montrent l’importance de mettre en place un système de dons basés sur le volontariat et le bénévolat en termes de sécurité virale transfusionnelle.

Les infections parasitaires, en revanche, ne font pas l’objet d’un dépistage systématique. Les résultats obtenus ont été certainement influencés par l’absence d’un système de contrôle de qualité et par la pratique routinière des tests de dépistages sérologiques à la banque de sang. Ces paramètres peuvent affecter l’estimation des risques potentiels de transfusion du sang entier et des fractions de sang infectées. Le risque de recrutement devrait être spécifiquement étudié en fonction des diverses populations concernées par la transfusion : en particulier s’il s’agit de femmes enceintes ou d’enfants, le risque à transfuser des poches non dépistées est différent de celui à transfuser des adultes en général.

Les résultats présentés mettent en lumière non seulement la problématique de la sécurité de la transfusion sanguine, mais également son importance dans un système de santé par les données qu’elle peut apporter sur la prévalence des différents types de donneurs.

En effet, la proportion des poches de sang testées positives pour les agents infectieux est en moyenne de 4,28, 11,47, 1,32 et 9,18 % respectivement pour le VIH, HBV, HCV et la syphilis pour les donneurs de l’université de Douala sur la période 1995-2003. L’échantillonnage de l’hôpital Laquintinie montre une séroprévalence de 7,89, 6,91, 2,32 et 7,90 % respectivement pour le VIH-1/2, VHB, VHC et la syphilis.

Il faudrait prendre en considération la problématique du risque d’infection virale pendant la période « fenêtre », quand les anticorps ne sont pas détectables même avec 100 % de donneurs dépistés. La période fenêtre actuelle considérée par la plupart des tests de dépistage est de 22, 39 et 12 jours respectivement pour le VIH, le VHB et le VHC [17-20] à condition d’utiliser des réactifs combinés dépistant antigènes et anticorps et qui permettent un gain considérable dans le raccourcissement de la fenêtre sérologiquement muette (Monalisa AgHBs Ultra de Biorad présente une fenêtre de 39 jours, HCV Monalisa, HCV Combo AgAc de Biorad ou Murex Combo HCV d’Abbott, la fenêtre est de 12 à 15 jours). Par ailleurs, la transmission pendant la période fenêtre ne peut être estimée qu’avec l’étude des séroconversions des donneurs et des transfusés [15-20]. Le risque est, par ailleurs, accru par le fait que très peu de donneurs sont bénévoles : 5 % environ contre 95 % d’occasionnels, mais souvent fortement sollicités, car faisant partie de la famille du receveur chez lesquels les facteurs de risques sont méconnus ou inavoués.

Le risque de transmission du P. falciparum est très souvent sous-estimé. En effet, 12,83 % des donneurs de l’hôpital Laquintinie sont infectés. Cette parasitémie constitue un risque potentiel de contamination des receveurs. Le risque du paludisme transfusionnel est d’autant plus élevé, qu’il n’est pas fonction de la densité parasitaire. Une parasitémie de 100 parasites par microlitre considérée comme faible représente pour le receveur transfusé avec 500 mL de sang, un inocula d’environ 50 000 000 parasites, plus souvent pathogène chez un sujet déficient. Le paludisme post-transfusionnel est très imprévisible et survient chez des patients déjà affaiblis par la maladie [21, 22]. Par conséquent, une surveillance plus accrue devrait permettre de pouvoir transfuser du sang et des dérivés sanguins exempts de toute infection.

Le problème de la fenêtre sérologique pour le VIH, VHB et VHC peut être désormais pris en compte, grâce au progrès de la biologie moléculaire et son automatisation. Après l’organisation d’une sélection réglementée et performante de donneurs, la structuration d’un suivi de donneurs bénévoles réguliers, répondant à des questionnaires stricts, et à une prévalence très faible des marqueurs viraux et des dépistages avec des réactifs combinés ; alors, on pourra lancer la détection des acides nucléiques dans le plasma ou le sérum, qui, pour quelques cas, permettraient d’identifier une primo-infection avant l’émergence des anticorps. Sur le plan local, l’importance de la transfusion sanguine et en particulier les risques de transmission des maladies infectieuses sont de plus en plus intégrés dans les politiques de santé publique, notamment par des lois réglementant ce secteur délicat et particulier [23]. La mise en œuvre de ces mesures devrait à terme permettre d’optimiser la qualité et la sécurité transfusionnelle au Cameroun et pourquoi pas la certification du sang et ses produits dérivés destinés à la transfusion.

Remerciements

Les auteurs remercient les responsables des laboratoires, des hôpitaux Général et Laquintinie de Douala pour leur assistance dans la réalisation de cette étude.

Références

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21 Guiguemde TR, Sanou MA, Ouedrago JB, Coulibaly N, Ghary AR, Coulibaly SO. Le paludisme et la transfusion, une étude portant sur les donneurs de la banque de sang de l’hôpital de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso). Malaria 1995 ; 2 : 35-8.

22 Kinde G, Oke J, Gnahoui I, Massoughodji A. Le risque de paludisme transfusionnel à Cotonou, Bénin. Santé 1998 ; 10 : 389-92.

23 Loi cadre régissant la transfusion sanguine au Cameroun, no 2004/014 du 22 décembre 2003. Journal officiel du Cameroun, numéro 1 ; janvier 2004.


 

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