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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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Hydatid cyst of the psoas muscle


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 17, Number 3, 177-9, juillet-août-septembre 2007, Cas clinique

DOI : 10.1684/san.2007.0064

Résumé   Summary  

Author(s) : Hadj Omar El Malki, Yasser El Mejdoubi, Boubker Bouslami, Raouf Mohsine, Lahcen Ifrine, Abdelkader Belkouchi , Clinique chirurgicale « A » de l’hôpital Ibn Sina, Rabat, Maroc, Centre de recherche en épidémiologie clinique et essais thérapeutiques (Crecet), Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, Université Mohammed V-Souissi, Avenue Mohammed Belarabi El Alaoui, BP 6203 Rabat, Maroc.

Summary : While hydatid cysts may occur in any area of the body, isolated muscular localizations are rare. Only some thirty-odd such cases have been reported. The authors report the case of a 38-year-old man who consulted for isolated abdominal pain in the left iliac region. Radiographic study showed a simple hydatid cyst of the left psoas muscle. The cyst was removed by extraperitoneal transverse laparotomy. Crural nerve palsy occurred but regressed after 2 months and had not recurred after 24 months. Ultrasonography is the preferred method for detecting muscular hydatid cysts. No other diagnostic tool is needed. Surgical treatment remains best. We recommend the unroofing technique over pericystectomy. Other cyst localizations must be sought before any therapeutic decision, since they determine the initial surgical management and allow consideration of other therapeutic methods to be combined with surgery.

Keywords : surgery, hydatidosis, Morroco, psoas

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Hadj Omar El Malki1,2, Yasser El Mejdoubi1, Boubker Bouslami1, Raouf Mohsine1, Lahcen Ifrine1, Abdelkader Belkouchi1

1Clinique chirurgicale « A » de l’hôpital Ibn Sina, Rabat, Maroc
2Centre de recherche en épidémiologie clinique et essais thérapeutiques (Crecet), Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, Université Mohammed V-Souissi, Avenue Mohammed Belarabi El Alaoui, BP 6203 Rabat, Maroc

La localisation musculaire isolée du kyste hydatique est une entité rare [1]. Sa fréquence serait de 2 à 3 % de toutes les localisations [2]. Plus d’une trentaine [2, 3] de cas de kyste hydatique du muscle psoas (KHP) sont rapportés dans la littérature mondiale [4]. Le but de cet article est de rapporter une nouvelle observation de KHP et de discuter certains aspects de la prise en charge.

Observation

Il s’agit d’un patient de 38 ans, sans antécédents pathologiques particuliers, qui consulte pour des douleurs de la fosse iliaque gauche depuis 4 ans. Le patient est en bon état général, il ne rapporte pas de troubles urinaires, ni de troubles du transit intestinal et ne se plaint d’aucun déficit sensitivomoteur en particulier au membre inférieur gauche. L’examen clinique objective une sensibilité de la fosse iliaque gauche et provoque une douleur qui irradie vers le membre inférieur gauche. On ne retrouve pas de masse palpable. Une échographie abdomino-pelvienne montre la présence d’une masse hypoéchogène de 6 cm dans le muscle psoas-iliaque gauche avec un aspect en nid-d’abeilles (figure 1), sans retentissement sur le rein homolatéral. Le reste de l’exploration de la cavité abdominale ne retrouve aucune lésion identique ni dans le foie, ni dans la rate, ni dans le rein. L’aspect évoque en premier lieu un kyste hydatique de type III. La radiographie du thorax ne montre pas d’opacité sur les champs pulmonaires. Une tomodensitométrie abdominale confirme la nature liquidienne de la masse du muscle psoas (figure 2). La sérologie hydatique par test Elisa est négative. Devant le contexte épidémiologique et l’aspect très évocateur de la lésion kystique à l’échographie, le diagnostic de kyste hydatique est retenu. Aucun autre examen n’est demandé. Le patient est opéré par une incision transversale iliaque gauche sans ouverture du péritoine. Des mèches imbibées de H2O2 ont isolé la masse. Le kyste est ponctionné et le contenu constitué de vésicules filles est évacué. Le périkyste est souple et a été respecté. L’intervention est terminée par un drainage. Les suites sont marquées par l’apparition d’une parésie du nerf crural gauche qui a régressé en 2 mois après des séances de kinésithérapie. La surveillance postopératoire a duré 24 mois. Elle a consisté en un examen clinique tous les 3 mois et en une échographie abdomino-pelvienne à 12 et à 24 mois. Aucun contrôle sérologique n’est fait. Il n’y a pas eu de récidive.

Discussion

Toutes les localisations de l’hydatidose ont été décrites [1, 5]. Les localisations hépatiques et pulmonaires représentent 90 % de toutes les localisations du kyste hydatique [2]. Cette distribution s’explique par la dissémination sanguine du parasite et les flux sanguins de la circulation portale. La larve, par la circulation portale, est alors acheminée et immobilisée au niveau des sinusoïdes qui constituent un véritable filtre. Certains parasites échappent à ce double barrage hépato-pulmonaire. Ils représentent 10 à 20 % des larves et rejoignent la grande circulation pour aller se loger dans un des tissus de l’organisme [2, 6]. La présence de shunts précapillaires expliquerait cette fuite malgré les deux filtres [6]. D’autres hypothèses sont évoquées, telles la migration lymphatique et la migration transpariétale directe à travers la paroi intestinale avec contamination directe des autres organes abdominaux. La rareté de l’atteinte musculaire lors de l’hydatidose serait de deux ordres :
  • mécanique du fait de la fonction contractile du muscle qui empêcherait le développement de la larve ;
  • biochimique du fait de la teneur élevée en acide lactique du muscle qui bloquerait la croissance de l’hydatide [3, 6].

Sur le plan clinique, le KHP se manifeste par un syndrome de masse sans aucune spécificité [4]. La douleur ou les signes compressifs amènent le patient à consulter. Comme chez notre patient, l’aspect insidieux du développement explique les tailles, proches de 20 cm, que peut prendre le kyste [3]. Ce kyste peut s’infecter [7] et se manifester par une fièvre. L’échographie abdominale est l’examen fondamental. Elle apporte le diagnostic de masse kystique du psoas et signe l’origine hydatique de la formation. En effet, les aspects échographiques sont très suggestifs [8]. Notre malade avait un kyste de stade III (figure 1). Seuls les kystes de stade I peuvent poser dans certains cas des problèmes de diagnostics différentiels. Le recours à l’IRM ne s’impose que lorsque l’échographie et le scanner s’avèrent insuffisants dans l’étude des rapports du kyste avec les structures avoisinantes [9, 10]. La sérologie hydatique dans le KHP, comme pour notre malade, est le plus souvent négative [2, 3]. Vu le contexte endémique de l’hydatidose au Maghreb, le recours à d’autres tests telle l’immuno-empreinte, quoique plus sensible et plus spécifique, est plus du domaine de la recherche que d’application pratique (le coût de cette technique est élevé). La recherche d’autres localisations doit être systématique pour que l’attitude opératoire soit adaptée.

Sur le plan thérapeutique, la chirurgie reste la méthode de référence. Lors de kystes simples isolés du muscle psoas, le traitement médical exclusif est insuffisant. Il sera administré comme couverture d’un traitement percutané. Ce dernier peut être intéressant devant certaines situations de dissémination de la maladie hydatique dans le muscle [2] où le traitement chirurgical sera très mutilant. Dans notre pratique, l’administration de l’albendazole ou de l’un de ses dérivés en périopératoire est réservée aux cas d’hydatidose disséminée et de rupture kystique [11, 12].

La voie d’abord extra-péritonéale est souhaitable afin d’éviter toute contamination intra-abdominale [4]. Vu le nombre réduit des cas et les controverses que suscite la chirurgie laparoscopique en matière de kyste hydatique en général, nous ne recommandons pas cette technique. L’idéale est de réaliser une périkystectomie. Mais la ponction, l’évacuation et la stérilisation du kyste sont d’autant plus efficaces que le kyste se développe en pleine épaisseur du muscle psoas. L’exérèse trop large peut compromettre les résultats fonctionnels. Le traumatisme peropératoire du nerf crural en particulier doit être évité. Les veines lombaires peuvent être lésées lors du geste chirurgical et être la cause d’une hémorragie difficile à contrôler.

Conclusion

Le kyste hydatique isolé du psoas est une entité rare. L’échographie est un bon examen pour le diagnostic des kystes hydatiques. Le traitement chirurgical est le meilleur traitement. La recherche d’autres localisations des kystes est impérative avant toute décision thérapeutique. Elle conditionnera la voie d’abord chirurgicale et permettra d’envisager la combinaison des autres méthodes thérapeutiques.

Références

1 Grassi G. Contributo allo studio di alcune localizzazioni rare delle cisti da echinococco. Gazz Sanit 1965 ; 9 : 428-34.

2 Melis M, Marongiu L, Scintu F, et al. Primary hydatid cysts of psoas muscle. ANZ J Surg 2002 ; 72 : 443-5.

3 Benchekroun A, Jira H, Cheikhani OJ, Kasmaoui EH, Zannoud M, Faik M. Kyste hydatique du psoas à propos d’un cas. Ann Urol 2001 ; 35 : 108-10.

4 El Fares F, Meziane M, Diouri A. Kystohydatique du psoas à propos de 5 cas. Rev Maroc Med Sante 1981 ; 3 : 53-5.

5 Polat P, Kantarci M, Alper F, Suma S, Koruyucu MB, Okur A. Hydatid disease from head to toe. Radiographics 2003 ; 23 : 475-94.

6 Versaci A, Scuderi G, Rosato A, et al. Rare localizations of echinococcosis : personal experience. ANZ J Surg 2005 ; 75 : 986-91.

7 Gupta R, Kapoor R, Mandhani A, Dubey D. Renal hydatid cyst presenting as perinephric and iliopsoas abscess. Urol Int 2004 ; 73 : 178-80.

8 Gharbi HA, Hassine W, Branner MW. Ultrasound examination of hydatid liver. Radiology 1981 ; 139 : 459-63.

9 Ben M’Rad S, Mathlouthi A, Merai S, et al. Hydatidose multiple de la cuisse : place de l’imagerie par résonance magnétique. J Radiol 1998 ; 79 : 877-9.

10 Meddeb N, Bachrouch N, Elleuch M, et al. Kyste hydatique des adducteurs de la cuisse. Aspect I.R.M, à propos d’un cas. Bull Soc Pathol Exot 2001 ; 94 : 106-8.

11 Saez J, Pinto P, Apt W, Zulantay I. Cystic echinococcosis of the tongue leading to diagnosis of multiple localizations. Am J Trop Med Hyg 2001 ; 65 : 338-40.

12 El Malki HO, El Mejdoubi Y, Mohsine R, Ifrine L, Belkouchi A. La rupture intraperitoneale du kyste hydatique du foie. Gastroenterol Clin Biol 2006 ; 30 : 1214-6.


 

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