ARTICLE
Auteur(s) : Hadj
Omar El Malki1,2, Yasser El Mejdoubi1,
Boubker Bouslami1, Raouf Mohsine1, Lahcen
Ifrine1, Abdelkader Belkouchi1
1Clinique chirurgicale « A » de l’hôpital
Ibn Sina, Rabat, Maroc
2Centre de recherche en épidémiologie clinique et essais
thérapeutiques (Crecet), Faculté de médecine et de pharmacie de
Rabat, Université Mohammed V-Souissi, Avenue Mohammed Belarabi El
Alaoui, BP 6203 Rabat, Maroc
La localisation musculaire isolée du kyste hydatique est une
entité rare [1]. Sa fréquence serait de 2 à 3 % de toutes les
localisations [2]. Plus d’une trentaine [2, 3] de cas de kyste
hydatique du muscle psoas (KHP) sont rapportés dans la littérature
mondiale [4]. Le but de cet article est de rapporter une nouvelle
observation de KHP et de discuter certains aspects de la prise en
charge.
Observation
Il s’agit d’un patient de 38 ans, sans antécédents
pathologiques particuliers, qui consulte pour des douleurs de la
fosse iliaque gauche depuis 4 ans. Le patient est en bon état
général, il ne rapporte pas de troubles urinaires, ni de troubles
du transit intestinal et ne se plaint d’aucun déficit
sensitivomoteur en particulier au membre inférieur gauche. L’examen
clinique objective une sensibilité de la fosse iliaque gauche et
provoque une douleur qui irradie vers le membre inférieur gauche.
On ne retrouve pas de masse palpable. Une échographie
abdomino-pelvienne montre la présence d’une masse hypoéchogène de
6 cm dans le muscle psoas-iliaque gauche avec un aspect en
nid-d’abeilles (figure 1), sans
retentissement sur le rein homolatéral. Le reste de l’exploration
de la cavité abdominale ne retrouve aucune lésion identique ni dans
le foie, ni dans la rate, ni dans le rein. L’aspect évoque en
premier lieu un kyste hydatique de type III. La radiographie
du thorax ne montre pas d’opacité sur les champs pulmonaires. Une
tomodensitométrie abdominale confirme la nature liquidienne de la
masse du muscle psoas (figure 2). La
sérologie hydatique par test Elisa est négative. Devant le contexte
épidémiologique et l’aspect très évocateur de la lésion kystique à
l’échographie, le diagnostic de kyste hydatique est retenu. Aucun
autre examen n’est demandé. Le patient est opéré par une incision
transversale iliaque gauche sans ouverture du péritoine. Des mèches
imbibées de H2O2 ont isolé la masse. Le kyste
est ponctionné et le contenu constitué de vésicules filles est
évacué. Le périkyste est souple et a été respecté. L’intervention
est terminée par un drainage. Les suites sont marquées par
l’apparition d’une parésie du nerf crural gauche qui a régressé en
2 mois après des séances de kinésithérapie. La surveillance
postopératoire a duré 24 mois. Elle a consisté en un examen
clinique tous les 3 mois et en une échographie
abdomino-pelvienne à 12 et à 24 mois. Aucun contrôle
sérologique n’est fait. Il n’y a pas eu de récidive.
Discussion
Toutes les localisations de l’hydatidose ont été décrites [1, 5].
Les localisations hépatiques et pulmonaires représentent 90 %
de toutes les localisations du kyste hydatique [2]. Cette
distribution s’explique par la dissémination sanguine du parasite
et les flux sanguins de la circulation portale. La larve, par la
circulation portale, est alors acheminée et immobilisée au niveau
des sinusoïdes qui constituent un véritable filtre. Certains
parasites échappent à ce double barrage hépato-pulmonaire. Ils
représentent 10 à 20 % des larves et rejoignent la grande
circulation pour aller se loger dans un des tissus de l’organisme
[2, 6]. La présence de shunts précapillaires expliquerait cette
fuite malgré les deux filtres [6]. D’autres hypothèses sont
évoquées, telles la migration lymphatique et la migration
transpariétale directe à travers la paroi intestinale avec
contamination directe des autres organes abdominaux. La rareté de
l’atteinte musculaire lors de l’hydatidose serait de deux
ordres :
- – mécanique du fait de la fonction contractile du muscle
qui empêcherait le développement de la larve ;
- – biochimique du fait de la teneur élevée en acide
lactique du muscle qui bloquerait la croissance de l’hydatide [3,
6].
Sur le plan clinique, le KHP se manifeste par un syndrome de
masse sans aucune spécificité [4]. La douleur ou les signes
compressifs amènent le patient à consulter. Comme chez notre
patient, l’aspect insidieux du développement explique les tailles,
proches de 20 cm, que peut prendre le kyste [3]. Ce kyste peut
s’infecter [7] et se manifester par une fièvre. L’échographie
abdominale est l’examen fondamental. Elle apporte le diagnostic de
masse kystique du psoas et signe l’origine hydatique de la
formation. En effet, les aspects échographiques sont très
suggestifs [8]. Notre malade avait un kyste de stade III (figure 1). Seuls
les kystes de stade I peuvent poser dans certains cas des
problèmes de diagnostics différentiels. Le recours à l’IRM ne
s’impose que lorsque l’échographie et le scanner s’avèrent
insuffisants dans l’étude des rapports du kyste avec les structures
avoisinantes [9, 10]. La sérologie hydatique dans le KHP, comme
pour notre malade, est le plus souvent négative [2, 3]. Vu le
contexte endémique de l’hydatidose au Maghreb, le recours à
d’autres tests telle l’immuno-empreinte, quoique plus sensible et
plus spécifique, est plus du domaine de la recherche que
d’application pratique (le coût de cette technique est élevé). La
recherche d’autres localisations doit être systématique pour que
l’attitude opératoire soit adaptée.
Sur le plan thérapeutique, la chirurgie reste la méthode de
référence. Lors de kystes simples isolés du muscle psoas, le
traitement médical exclusif est insuffisant. Il sera administré
comme couverture d’un traitement percutané. Ce dernier peut être
intéressant devant certaines situations de dissémination de la
maladie hydatique dans le muscle [2] où le traitement chirurgical
sera très mutilant. Dans notre pratique, l’administration de
l’albendazole ou de l’un de ses dérivés en périopératoire est
réservée aux cas d’hydatidose disséminée et de rupture kystique
[11, 12].
La voie d’abord extra-péritonéale est souhaitable afin d’éviter
toute contamination intra-abdominale [4]. Vu le nombre réduit des
cas et les controverses que suscite la chirurgie laparoscopique en
matière de kyste hydatique en général, nous ne recommandons pas
cette technique. L’idéale est de réaliser une périkystectomie. Mais
la ponction, l’évacuation et la stérilisation du kyste sont
d’autant plus efficaces que le kyste se développe en pleine
épaisseur du muscle psoas. L’exérèse trop large peut compromettre
les résultats fonctionnels. Le traumatisme peropératoire du nerf
crural en particulier doit être évité. Les veines lombaires peuvent
être lésées lors du geste chirurgical et être la cause d’une
hémorragie difficile à contrôler.
Conclusion
Le kyste hydatique isolé du psoas est une entité rare.
L’échographie est un bon examen pour le diagnostic des kystes
hydatiques. Le traitement chirurgical est le meilleur traitement.
La recherche d’autres localisations des kystes est impérative avant
toute décision thérapeutique. Elle conditionnera la voie d’abord
chirurgicale et permettra d’envisager la combinaison des autres
méthodes thérapeutiques.
Références
1 Grassi G. Contributo allo studio di alcune localizzazioni
rare delle cisti da echinococco. Gazz Sanit 1965 ; 9 :
428-34.
2 Melis M, Marongiu L, Scintu F, et al.
Primary hydatid cysts of psoas muscle. ANZ J Surg 2002 ;
72 : 443-5.
3 Benchekroun A, Jira H, Cheikhani OJ,
Kasmaoui EH, Zannoud M, Faik M. Kyste hydatique du
psoas à propos d’un cas. Ann Urol 2001 ; 35 : 108-10.
4 El Fares F, Meziane M, Diouri A. Kystohydatique
du psoas à propos de 5 cas. Rev Maroc Med Sante 1981 ;
3 : 53-5.
5 Polat P, Kantarci M, Alper F, Suma S,
Koruyucu MB, Okur A. Hydatid disease from head to toe.
Radiographics 2003 ; 23 : 475-94.
6 Versaci A, Scuderi G, Rosato A, et al.
Rare localizations of echinococcosis : personal experience.
ANZ J Surg 2005 ; 75 : 986-91.
7 Gupta R, Kapoor R, Mandhani A, Dubey D.
Renal hydatid cyst presenting as perinephric and iliopsoas abscess.
Urol Int 2004 ; 73 : 178-80.
8 Gharbi HA, Hassine W, Branner MW. Ultrasound
examination of hydatid liver. Radiology 1981 ; 139 :
459-63.
9 Ben M’Rad S, Mathlouthi A, Merai S, et al.
Hydatidose multiple de la cuisse : place de l’imagerie par
résonance magnétique. J Radiol 1998 ; 79 : 877-9.
10 Meddeb N, Bachrouch N, Elleuch M, et al.
Kyste hydatique des adducteurs de la cuisse. Aspect I.R.M, à propos
d’un cas. Bull Soc Pathol Exot 2001 ; 94 : 106-8.
11 Saez J, Pinto P, Apt W, Zulantay I.
Cystic echinococcosis of the tongue leading to diagnosis of
multiple localizations. Am J Trop Med Hyg 2001 ; 65 :
338-40.
12 El Malki HO, El Mejdoubi Y, Mohsine R,
Ifrine L, Belkouchi A. La rupture intraperitoneale du
kyste hydatique du foie. Gastroenterol Clin Biol 2006 ;
30 : 1214-6.
|