ARTICLE
Auteur(s) : Latifa
Elkihal1, Fatima-Zohra Ajana1, Hassan
Seddik1, Wafae Essamri1, Imane
Benelbarhdadi1, Rajae Afifi1, Mustapha BenazzouzMustapha Benazzouz1,
Abdellah Essaid1, Fouad Kettani2
1Clinique médicale « C », CHU Ibn Sina,
Rabat Maroc.
2Cabinet d’anatomopathologie, Avenue des Nations unies,
Agdal-Rabat Maroc.
Les tumeurs stromales du tube digestif (Gastrointestinal stromal
tumors, GIST) sont les tumeurs mésenchymateuses les plus fréquentes
du tube digestif [1, 2].Elles ont fait l’objet de multiples
controverses en termes d’histogénèse, de lignée de différenciation
et au regard de leur potentiel de malignité qui est difficile à
évaluer [2, 3]. Actuellement, les concepts ont beaucoup évolué
grâce aux progrès de la biologie moléculaire et des procédés
thérapeutiques [2, 3].Nous rapportons 5 cas de tumeurs
stromales digestives diagnostiqués à la clinique médicale
« C » du CHU Ibn Sina à Rabat, tout en faisant
le point sur les nouvelles acquisitions diagnostiques et
thérapeutiques concernant ces tumeurs.
Observations
Le tableau 1( Tableau 1 ) résume
les caractéristiques cliniques et évolutives de nos malades. Il
s’agit de 5 malades (3 hommes et 2 femmes), âgés en
moyenne de 39,8 ans (extrêmes de 24 à 60 ans). La
symptomatologie fonctionnelle ayant amené au diagnostic était des
hémorragies digestives dans 2 cas, des douleurs pelviennes
dans 1 cas, une dysphagie dans 1 cas. Et chez un malade
une masse abdominale a été retrouvée à l’examen clinique. Le
retentissement sur l’état général était présent dans tous ces cas.
Le siège de la tumeur stromale a intéressé l’œsophage dans
1 cas, l’estomac dans 2 cas, l’intestin grêle dans
1 cas et le mésentère dans le dernier cas.
Les anomalies biologiques étaient marquées par une anémie
ferriprive dans tous les cas.
L’aspect endoscopique était ulcérobourgeonnant dans les
3 cas qui avaient bénéficié d’une endoscopie digestive.
Des métastases hépatiques étaient présentes d’emblée chez un
patient (observation n° 4) et, dans un cas, la rate était
envahie (observation n° 3).
L’aspect macroscopique était blanchâtre dans tous les cas. La
taille moyenne de ces tumeurs était de 11,8 cm (extrêmes
4-20 cm) (tableau 2( Tableau 2
)). L’architecture était précisée dans 2 cas, à savoir
nodulaire dans 1 cas et polypoïde nodulaire dans l’autre. Des
cellules fusiformes étaient présentes sur toutes les biopsies. Un
immunomarquage positif au CD34, CD117, protéine S-100 (PS-100) et
un immunomarquage positif à l’actine muscle lisse a été observé
dans deux cas.
Tous nos patients ont été opérés et dans le cas n° 4, le
patient a bénéficié d’une chimiothérapie qui était mal suivie. Sur
un recul moyen de 40 mois, l’évolution était marquée par des
métastases hépatiques dans 3 cas dont un décès à 2 ans,
une récidive tumorale avec carcinose péritonéale a été notée dans
un autre cas à un an d’évolution et un patient a été perdu de
vue.
Tableau 1 Caractéristiques cliniques, topographiques,
morphologiques et évolutives des malades.Table 1. Clinic,
morphological and evolutive characteristics of our patients.
|
Observation 1
|
Observation 2
|
Observation 3
|
Observation 4
|
Observation 5
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|
Âge (ans)
|
24
|
25
|
46
|
44
|
60
|
|
Sexe
|
F
|
F
|
H
|
H
|
H
|
|
Signes cliniques révélateurs
|
Douleurs pelviennes fièvre, altération de l’état général
|
Hémorragies digestives
|
Hémorragies digestives
|
Dysphagie
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Masse abdominale
|
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Siège de la tumeur
|
Intestin grêle (à 10 cm de la valvule de Bauhin)
|
Estomac (antre)
|
Estomac (sous cardiale)
|
Œsophage
|
Mésentère
|
|
Imagerie
|
|
- - TOGD : image volumineuse de 8 cm
- - ETG = normale
|
- - ETG : normale
- - TDM : processus gastrique avec envahissement de la rate
(F1)
|
- - RxP : élargissement médiastinal (F3)
- - TOGD : énorme processus ulcérobourgeonnant (F4)
- - ETG : métastases hépatiques (F5)
- - TDM : processus œsophage (F6)
|
ETG + TDM : tumeur du mésentère
|
|
Endoscopie
|
|
Masse polypoïde, ulcérée
|
Formation polypoïde sous cardiale ombiliquée (F2)
|
Processus ulcérobourgeonnant antérieur du 1/3 moyen de l’œsophage
jusqu’au cardia (F7)
|
|
|
Traitement
|
Résection tumorale + rétablissement de continuité
|
Antrectomie + anastomose gastroduodénale à la Pean
|
Gastrectomie totale + anastomose oeso-jéjunale + splénectomie
|
Œsophagectomie transhiatale (F8, F9, F10, F11) + anastomose
oeso-gastrique + métastasectomie du segment V du foie
|
Résection tumorale de l’épiploon
|
|
Suivi
|
Métastases hépatiques puis décès à 2 ans
|
Perdue de vue
|
Métastases hépatiques à 2 ans
|
Métastases hépatiques à 2 ans
|
Carcinose péritonéale à 1 an
|
Tableau 2 Aspects anatomopathologiques et
immunohistochimiques observés chez nos malades.Table 2. Histologic
and immunohistochemical characteristics of our patients.
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Siège
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Taille
|
Couleur
|
Aspect macroscopique
|
Architecture
|
Histologie
|
Immunomarquage
|
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Obs 1
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Intestin grêle
|
4 cm/3 cm
|
Blanchâtre
|
Masse bourgeonnante
|
Nodulaire
|
Cellules ovoïdes et fusiformes
|
- CD34, CD117+ HES+, PS100+
- Actine muscle lisse+
- Différenciation schwanienne
|
|
Obs 1
|
Estomac
|
5 cm/7 cm
|
Blanchâtre
|
Masse exophytique ulcérée au centre, et infiltrante
|
Polypoïde multinodulaire
|
Cellules fusiformes
|
- CD34 +, CD117+ PS-100 +
- Actine muscle lisse
|
|
Obs 3
|
Estomac
|
15 cm/10 cm
|
Blanchâtre
|
Masse polypoïde, ombiliquée au centre avec des ulcérations
creusantes
|
|
Cellules fusiformes
|
- CD34+, CD117+ (F12, F13, F14, F15)
- PS-100+, actine muscle lisse+
|
|
Obs 4
|
1/3 inf œsophage
|
Étendue sur 15 cm
|
Blanchâtre
|
Masse ulcérobourgeonnante et friable, hémicirconférentielle prenant
plus de 3/4 de la lumière œsophagienne
|
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Cellules fusiformes
|
- CD34+,CD117+
- PS 100 +
- EMA +
- Desmine -
|
|
Obs 5
|
Mésentère
|
20 cm
|
Blanchâtre
|
Masse ulcérobourgeonnante épiploïque accolée à l’estomac
|
|
Cellules ovoïdes et fusiformes
|
- Desmine -,PS-100+
- CD34 +
- CD117+
|
Discussion
Vers les années 1980, les tumeurs stromales digestives étaient
considérées comme des tumeurs d’origine musculaire lisse, vu leur
ressemblance avec les léiomyomes [1, 2]. Mais, grâce à
l’immunohistochimie, on commençait à distinguer les GIST d’origine
musculaire lisse qui exprimaient l’actine et les GIST d’origine
schwannienne qui exprimaient la protéine S-100 [2, 3]. Cependant,
il persistait des tumeurs stromales qui n’exprimaient aucun
marqueur (tableau 3( Tableau 3 )).
Les dénominations de ces tumeurs se sont multipliées :
« tumeurs musculaires lisses à pronostic inhabituel »,
« tumeur myéloïde intramurale de l’estomac »,
« plexomes », « tumeurs du système nerveux
autonome » ou « GANTS », le terme de
Gastrointestinal stromal tumors (GIST) étant utilisé par les
Anglo-Saxons en 1983 [4]. Puis, une meilleure individualisation de
ces tumeurs a vu le jour grâce à l’expression de la protéine
C-kit ; cela fait même actuellement partie de la définition de
ces tumeurs [3, 4]. La protéine C-kit est un récepteur
transmembranaire ayant une activité tyrosine-kinase dont le ligand
est un facteur de croissance, le Stem cell factor (SCF) [1, 5]. Des
mutations du gène C-kit ont été mises en évidence dans des formes
de GIST et se traduisent par une activation constitutionnelle de la
protéine correspondante et par une prolifération cellulaire [1, 5].
Les cellules digestives de Cajal, cellules pacemaker de la paroi ou
l’un de leurs précurseurs seraient à l’origine des GIST [1, 2, 5].
Les GIST sont les tumeurs mésenchymateuses les plus fréquentes
du tube digestif [1-3]. Leur incidence est inférieure à 5 000 cas
par ans aux États-Unis et à 1 000 cas en France [1, 3]. Kindblom a
récemment estimé leur incidence à 20 cas par million
d’habitants [4]. La localisation gastrique est la plus fréquente
(70 %), suivie de l’intestin grêle (20-30 %) et à un
degré moindre (10 %) viennent le colon, le rectum et encore
plus rarement l’œsophage et le mésentère [4-6]. Parmi les cas que
nous avons rapportés, la localisation œsophagienne (cas n° 4)
et mésentérique (cas n° 5) sont originales par la rareté de
leur siège ; la localisation gastrique (cas n° 2
et 3) ainsi que la localisation grêlique (cas n° 1) sont
en revanche habituelles.
Ces tumeurs se voient à tout âge, avec une prédominance vers 50
à 60 ans [3, 7, 8] ; dans nos observations l’âge se situe
entre 24 et 50 ans. Elles seraient plus fréquentes chez
l’homme avec un sex ratio de 1,5 à 2 [5]. Les observations
rapportées concernent 2 femmes et 3 hommes.
Aucune prédominance raciale n’est notée dans la littérature
[5].
Sur le plan anatomopathologique, les GIST se développent à
partir de la couche musculaire de la paroi intestinale [1, 2, 5].
Elles sont plutôt volumineuses, endo- et exoluminales « en
iceberg », de consistance élastique ou fluctuante, de couleur
blanchâtre, gris foncé ou brun foncé avec parfois un lacis
vasculaire [1-3, 5, 9]. Leur taille varie de quelques millimètres à
40 cm [5]. En coupe, elles sont faites d’un tissu encéphaloïde
avec un lacis vasculaire distinct, une ulcération muqueuse
fréquente, ainsi que des remaniements hémorragiques, nécrotiques ou
kystiques [8, 9]. Dans les cas que nous avons rapportés, la taille
va de 4 à 20 cm, et la couleur blanchâtre et l’aspect
exophytique sont observés dans les 5 cas.
Microscopiquement, l’aspect de cellules fusiformes et de
cellules épithélioïdes est fréquent [2-4]. Le stroma est grêle avec
des globules éosinophiles [5]. L’architecture peut être fasciculée,
storiforme ou palissadique [1, 5]. Dans nos observations, des
cellules fusiformes ont été prédominantes avec une architecture
polypoïde et nodulaire dans 2 cas.
Concernant les données immunohistochimiques de la littérature,
leur analyse reste difficile en raison de la variété des anticorps
utilisés et de l’hétérogénicité des séries étudiées [1]. Plus de
70 % de GIST sont positifs au C-kit [6]. Pour les GIST
négatives au C-kit, différentes études ont testé la valeur
discriminative des platelet-derived growth factor receptors (PDGFR)
en immunohistochimie des autres tumeurs digestives, la plus récente
étant l’étude de Rossi et al. qui l’ont retenue comme élément
discriminant dans les cas de GIST négatives au C-kit [10].
Dans les 5 cas, un immunomarquage positif au CD34 et CD117
a été noté.
Pour les circonstances de découverte des GIST, les plus
fréquentes sont un saignement digestif ou des douleurs abdominales
non spécifiques [1, 2]. Une masse abdominale peut être palpée [3,
5]. Ces tumeurs peuvent rester asymptomatiques dans 30 % des
cas jusqu’au moment où elles deviennent volumineuses ou donnent
lieu à une complication [1, 5]. Pour les cas rapportés, une
symptomatologie dans le cas n° 1 faite de fièvre au long cours
était atypique et la masse latéro-utérine retrouvée à l’examen
clinique faisait évoquer une grossesse extra-utérine et ce n’est
qu’à l’exploration chirurgicale que la tumeur grêlique fut
retrouvée. Pour les cas n° 2 et n° 3, la tumeur avait été
révélée par une hémorragie digestive. Pour le cas n° 4, la
tumeur œsophagienne fut révélée par une dysphagie haute avec une
hémorragie digestive, et dans le cas n° 5, la tumeur
mésentérique fut révélée par une masse abdominale.
Dans la littérature, les GIST sont accompagnées de métastases
dès leur découverte, dans 15 à 20 % de cas [3-5]. Dans nos
observations, un patient avait des métastases hépatiques dès la
découverte de sa maladie (cas n° 4). Des associations
cliniques de GIST avec d’autres pathologies ont été décrites :
la triade dite de Carney qui intéresse les adolescents et les
femmes jeunes, associe des tumeurs stromales gastriques multiples,
un chondrome pulmonaire et paragangliome extra-surréranlien [1, 5]
et 5 % des patients atteints de neurofibromatose ont des GIST
multiples [5]. De rares cas de formes familiales ont été également
rapportés [3, 5]. Pour nos cas rapportés, aucune de ces
associations n’a été observée.
Pour les méthodes diagnostiques, les GIST œsophagiennes et
gastriques peuvent être mises en évidence par endoscopie : les
tumeurs sous muqueuses sont évocatrices [5]. C’était le cas des
observations n° 2, 3 et 4.
L’échoendoscopie est le meilleur examen pour les tumeurs sous
muqueuses œsogastroduodénale et rectale [3, 5]. Les critères
échoendoscopiques de malignité sont surtout la taille
(> 10 cm), l’existence d’une nécrose centrale ou d’un
envahissement d’un organe de voisinage ainsi que la présence de
zones kystiques au sein de la tumeur [5]. Par manque de moyens,
aucun de nos patients n’a bénéficié d’échoendoscopie.
L’opacification barytée du tube digestif a permis de préciser le
siège de la tumeur pour le cas n° 2 (estomac) et pour le cas
n° 3 (œsophage).
Le scanner abdominal pourrait aider à caractériser ces tumeurs
[1]. Le patient n° 4 a bénéficié d’un scanner thoracique qui a
mis en évidence une tumeur œsophagienne étendue sur 15 cm avec
de multiples nodules hépatiques. Pour le cas n° 5, la tumeur
stromale mésentérique a été mise en évidence par l’échographie et
la tomodensitométrie (TDM).
L’entéroscopie et l’entéroscanner restent les examens les plus
sensibles pour visualiser les petites tumeurs du grêle [1, 5].
Les biopsies endoscopiques trop superficielles sont négatives
dans la moitié des cas [4]. Pour le cas n° 2, les premières
biopsies ont montré un aspect de léiomyoblastome et ce n’est qu’à
l’étude de la pièce opératoire que le diagnostic fut redressé. Les
biopsies de la tumeur sous-cardiale (cas n° 3) et de la tumeur
œsophagienne (cas n° 4) avaient posé le diagnostic
histologique dès la première étude.
Pour les biopsies sous échoendoscopiques, leur sensibilité est
décevante [1, 5] et puis le risque d’essaimage fait qu’elles sont
rarement indiquées pour des tumeurs qui vont bénéficier d’un geste
chirurgical [1, 4].
L’étude histologique des prélèvements fixés et
l’immunohistochimie au CD34 et CD117 permettent de distinguer les
GIST des autres tumeurs digestives [1, 5]. Dans les 5 cas
rapportés, l’immunomarquage au CD34 et CD 117 était positif.
L’histoire naturelle des GIST n’est pas encore clairement
élucidée du fait de l’hétérogénicité des séries publiées [1,
5].
Dans certaines séries, un quart des GIST gastriques et grêliques
sont malignes [1]. Les critères de malignité sont habituellement
l’envahissement des organes de voisinage, la récidive locorégionale
ou l’apparition de métastases [1, 5]. Plus de deux tiers des GIST
malignes récidivent ou métastasent dans les deux ans qui suivent
l’exérèse et les métastases sont habituellement hépatiques ou
péritonéales [1, 5]. Trois des cas opérés que nous avons rapportés
(cas n° 1, n° 2 et n° 5) ont présenté des métastases
hépatiques avant deux ans d’évolution et le cas n° 5 a
présenté une carcinose péritonéale. Une patiente est décédée avant
deux ans d’évolution.
Pour les facteurs pronostiques, la distinction entre tumeur
stromale bénigne et maligne n’est pas aisée et fait encore l’objet
de nombreux débats [11, 12]. Le pronostic a été corrélé à la taille
tumorale et à l’agressivité des cellules qui les composent (index
mitotique) (tableaux 4 et 5( Tableau
4 )( Tableau 5 )) [13, 14].
Pour le traitement des GIST, la résection chirurgicale reste le
seul traitement curatif quand elle est possible avec une exérèse en
« bloc » de la tumeur et en laissant des marges de
sécurité [1, 5]. Le curage ganglionnaire n’est pas toujours
réalisé, vu la rareté des métastases lymphatiques de ces tumeurs
[1, 5]. Plus récemment, certaines équipes ont procédé à l’exérèse
sous cœlioscopie de certaines tumeurs étant accessibles à cette
technique [1, 3, 5]. Les tumeurs œsophagiennes peuvent bénéficier
d’une énucléation sous thoracoscopie [1]. Et dans les tumeurs
malignes œsophagiennes résécables, une œsophagectomie peut être
discutée [1, 3-6] comme dans le cas du patient n° 4 qui a
bénéficié d’une œsophagectomie transhiatale avec anastomose
œsogastrique.
Des équipes asiatiques ont procédé à des résections
perendoscopiques par anse diathermique pour certaines GIST non
profondes [1]. Une chirurgie des métastases hépatiques et des
résections de carcinoses péritonéales avec chimiothérapie
intrapéritonéale ont été réalisées chez certains malades et leurs
résultats restent à évaluer [15-17].
Une métastatesectomie hépatique avec résection du segment V
du foie a été réalisée dans le cas n° 4 qui présentait une
GIST œsophagienne avec métastases hépatiques.
Du fait de la grande fréquence de récidives après l’exérèse de
ces tumeurs, un traitement adjuvant par chimiothérapie ou
radiothérapie pourrait être indiqué en cas de malignité, sans
preuve d’efficacité jusque-là démontrée [1, 4, 5]. Le taux de
réponse à la radiothérapie ou à la chimiothérapie reste inférieur à
10 % [1]. Pour le cas n° 4 une chimiothérapie a été
démarrée mais mal suivie et le patient a présenté des métastases
hépatiques à deux ans.
Récemment, depuis quelques années, un nouveau traitement non
chimiothérapique a été utilisé dans les GIST : le STI571 ou
imatinib (Glivec®). Il s’agit d’un inhibiteur sélectif
des tyrosines kinases, en particulier de c-abl, bcr-abl, C-kit et
du récepteur de PDGE, au niveau du site de fixation de l’ATP [1,
4]. Ce traitement avait été utilisé initialement dans les leucémies
myéloïdes chroniques ; il a ensuite été utilisé dans les GIST,
vu son action inhibitrice de la protéine C-kit [1, 5]. Les
principaux essais thérapeutiques de l’imatinib dans les GIST en
cours d’inclusion ou d’activation, figurent dans le tableau 6(
Tableau 6 ) et la stratégie
thérapeutique actuelle dans les GIST fait l’objet du
tableau 7( Tableau 7 )[1].
Par manque de moyens, aucun de nos patients n’a bénéficié de
traitement par l’imatinib.
Récemment, beaucoup d’études se sont penchées sur l’analyse des
facteurs prédictifs de bonne réponse à l’imatinib, notamment
l’étude du type de mutation observée sur le gène C-kit [18]. Des
résistances primaires (10-15 % de cas) ou secondaires
(15 % de cas) à l’imatinib peuvent se rencontrer [5, 18]. Une
étude européenne incluant 946 malades a analysé des facteurs
pronostiques de réponse et de toxicité de l’imatinib [19]. D’autres
questions demeurent encore non résolues et seul le recul
permettrait d’y répondre [1].
Tableau 3 Classification des différentes
différenciations des tumeurs stromales avec le type de marqueur
immunohistochimique exprimé [7].Table 3. Determination and
differenciation of GIST per type of immunohistochemical marker
expressed [7].
|
Type de différenciation tumorale
|
Marqueurs exprimés
|
|
Différenciation musculaire lisse
|
Actine musculaire lisse +++
|
|
- Desmine +
|
|
- Cladesmone +
|
|
- Calponine +
|
|
- Vimentine -
|
|
Différenciation schwanienne
|
Protéine S100+
|
|
80 % des tumeurs stromales sans différenciations précises
|
HHF35+
|
|
Différenciation mixte
|
Plusieurs marqueurs
|
Tableau 4 Évaluation par un comité d’experts du risque
évolutif après exérèse d’une tumeur stromale digestive, en fonction
de la taille et de l’index mitotique [13].Table 4. Evaluation of
the risk of agressive infiltration of gastrointestinal stromal
tumours in relation to size and mitosis index [13].
|
Risque
|
Diamètre maximal
|
Index mitotique
|
|
Très faible risque
|
< 2 cm
|
< 5/50 CFG
|
|
Faible risque
|
2-5 cm
|
< 5/50 CFG
|
|
Risque intermédiaire
|
< 5 cm
|
6-10/50 CDFG
|
|
5-10 cm
|
< 5/50 CFG
|
|
Risque élevé
|
> 5 cm
|
> 5/50 CFG
|
|
> 10 cm
|
« quel qu’il soit »
|
|
« quel qu’il soit »
|
> 10/50 CFG
|
Tableau 5 Évaluation histologique du potentiel de
malignité d’une tumeur stromale digestive [14].Table 5. Evaluation
of the histological risk of malignancy in GIST [14].
|
Malignité
|
Type de tumeur
|
Histologie
|
|
Probablement bénigne
|
- Tumeur gastrique
|
- Diamètre maximal < 5 cm et index mitotique < 5/50
CFG
|
|
- Tumeur intestinale
|
- Diamètre maximal < 2 cm et index mitotique < 5/50
CFG
|
|
Maligne
|
- Tumeur gastrique
|
- Diamètre maximal > 10 cm ou index mitotique > 5/50
CFG
|
|
- Tumeur intestinale
|
- Diamètre maximal > 5 cm ou index mitotique >5/50
CFG
|
|
Potentiel incertain
|
- Tumeur gastrique
|
- Diamètre maximal 5-10 cm et index mitotique < 5/50
CFG
|
|
- Tumeur intestinale
|
- Diamètre maximal 2-5 cm et index mitotique < 5/50 CFG
|
Tableau 6 Principaux essais thérapeutiques dans les
tumeurs stromales digestives avec l’imatinib en cours d’inclusion
ou d’activation [1].Table 6. Main ongoing or planned clinical
trials with imatinib in gastrointesitnal stromal tumours [1].
|
Groupe
|
Type d’essai
|
Commentaires
|
|
CALGB
|
Étude génétique de prédiction de réponse à l’imatinib
|
|
|
ACOSOG
|
Imatinib adjuvant versus placebo après résection
|
- Tumeur de 3 cm ou plus
- Résection R0 ou R1
- Traitement de 1 an
|
|
EORTC
|
Imatinib adjuvant versus chirurgie seule après résection
|
Traitement de 2 ans
|
|
RTOG
|
Imatinib néoadjuvant et adjuvant postopératoire
|
Phase II (693 malades prévus)
|
|
Groupe sarcomes français
|
Tumeurs stromales avancées : arrêt de l’imatinib après 1 an
versus poursuite
|
Exérèse des lésions résiduelles si résection complète possible
|
Tableau 7 Thérapeutique actuelle schématique des
tumeurs stromales digestives [1].Table 7. Summary of therapeutic
strategies in gastrointestinal stromal tumours [1].
|
Traitements recommandés
|
Traitements en évaluation
|
|
Tumeur localisée
|
Exérèse chirurgicale R0
|
Glivec® adjuvant
|
|
Tumeur localement avancée
|
Exérèse chirurgicale
|
Glivec® adjuvant
|
|
Exérèse R0 possible
|
|
Glivec® néoadjuvant puis exérèse chirurgicale
secondaire
|
- Tumeur localement avancée
- Exérèse R0 impossible
|
Glivec® 400 mg/j
|
Exérèse chirurgicale secondaire
|
|
Tumeur métastatique d’emblée
|
Exérèse de la tumeur primitive si possible + Glivec® 400
mg/j
|
Exérèse chirurgicale secondaire des lésions résiduelles
|
- Rechute locorégionale isolée
- Exérèse R0 possible
|
Exérèse chirurgicale
|
Glivec® adjuvant
|
- Rechute locorégionale isolée
- Exérèse R0 impossible
|
Glivec® 400 mg/j
|
Exérèse chirurgicale secondaire
|
|
Rechute métastatique (+/- locorégionale)
|
Glivec® 400 mg/j
|
Exérèse chirurgicale secondaire
|
Conclusion
Pour récapituler, un consensus international qui s’est tenu en
mars 2004 à Lyon pour essayer de répondre à quelques questions
[20] retient que le diagnostic standard des GIST reste l’examen
histologique avec immunohistochimie (CD34, CD117, PS-100, desmine,
actine) et que le recours à l’identification de la mutation C-kit
et au PDGFRA reste une option pour les GIST négatives au CD117
[20].
Le traitement standard reste la résection chirurgicale avec
l’imatinib comme traitement adjuvant [20]. Ce dernier doit être
démarré dès le diagnostic de métastases sauf observation
d’intolérance ou de progression et le traitement chirurgical des
métastases reste encore en phase d’essai [20].
Annexe 1 – Figures 1 à 15.
Références
1 Landi B, Lecomte T, Berger A, Cellier C.
Traitement des tumeurs stromales digestives. Gastroenterol Clin
Biol 2004 ; 28 : 893-901.
2 Koay MH, Goh YW, Iacopetta B, et al.
Gastrointestinal stromal tumours (GISTS) : a
clinicopathological and molecular study of 66 cases. Pathology
2005 ; 37 : 22-31.
3 Meittiner M, Lasto J. Gastrointestinal tumors,
définition, clinical, histological, immunohistochemical and
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