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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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Knowledge, attitudes and practices regarding glaucoma in the urban and suburban population of Lomé (Togo)


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 14, Number 3, 187-91, Juillet-Août-Septembre 2004, Étude originale


Résumé   Summary  

Author(s) : Patrice K Balo , GA Serouis , M Banla , K Agla , PA Djagnikpo , KB Koffi Gué , Service d’ophtalmologie, CHU Tokoin, BP 3001 Lomé Togo, Service d’ophtalmologie, CHU Campus, Lomé Togo.

Summary : Purpose: One of the main constraints in the prevention of blindness is the lack of awareness of people regarding eye diseases. This study was undertaken to determine the level of knowledge, the attitudes and practices regarding glaucoma in the population of Lomé. Methods: An interview using a questionnaire was conducted among an opportunistic sample of 767 people living in the capital city of Lomé and in some of its suburbs. The interview targeted people aged 20 to 65 years\; the questions were either closed or open. The interviews were conducted either in French or in the local languages where needed and in the latter case with the help of a translator. Variables measured included education status, e.g., schooling years, economic status and professional situation. Results: The knowledge of eye diseases accounted for 84% among the population studied\; the most well-known being myopia, cataract, presbyopia, and glaucoma in decreasing order. Glaucoma was known by 228 people (29.7%) among whom 25% were aware of glaucoma blindness cases\; 61.5% declared that glaucoma was a serious condition\; 4.4% admitted the use of traditional eye-healers\; 56.1% were not confident in the local doctors for the treatment of glaucoma. Conclusion: The high proportion of people who are not confident in the capabilities of national doctors to efficiently treat glaucoma is worrying. This situation requires the set up of a rational national strategic action plan (e.g., health education) aimed at reducing the burden of glaucoma blindness in the country.

Keywords : Ophtalmology, Glaucoma, KAP survey, Togo

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ARTICLE

Auteur(s) :, Patrice K Balo1,*, GA Serouis1, M Banla2, K Agla1, PA Djagnikpo1, KB Koffi Gué2

1Service d’ophtalmologie, CHU Tokoin, BP 3001 Lomé Togo
2Service d’ophtalmologie, CHU Campus, Lomé Togo
*P. K. Balo

Le glaucome primitif à angle ouvert est une cause majeure de cécité selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) [1, 2]. Sur les 45 millions d’aveugles qu’on dénombre dans le monde, près de 6 millions seraient porteurs de glaucome, soit 14 % des causes de cécité. Selon une méta-analyse réalisée par Quigley, le nombre de glaucomateux se chiffrerait à 66 millions dans le monde. En Afrique, leur nombre s’élèverait à 7 026 000. La sévérité de la maladie semble expliquée par le faible taux de diagnostic porté ; dans les pays développés, 50 % des cas de glaucomes ne seraient pas diagnostiqués, taux probablement d’au moins 75 % dans les pays moins développés [3]. Des études antérieures publiées sur le glaucome au Togo ont démontré certaines particularités, notamment l’âge relativement jeune des patients, le nombre élevé de cécité glaucomateuse en première consultation, la méconnaissance de la maladie par les patients. Il est classique de faire le lien entre le niveau économique, la forte prévalence et les morbidités élevées de certaines maladies oculaires, y compris le glaucome. Une étude récente publiée en Inde a démontré que plus le revenu mensuel était faible, plus le taux de cécité et de morbidité oculaire était élevé [3]. L’attitude des individus vis-à-vis de la maladie, de même que la perception qu’ils en ont, est variable selon les pays et même à l’intérieur d’un même pays ; on observe des variations entre groupes ethniques, zones urbaines et rurales, professions, etc. Ces derniers temps, on a noté une prolifération de « guérisseurs traditionnels » dans la capitale du Togo ; ils utilisent les médias modernes de communication et semblent attirer vers eux les patients traditionnellement vus dans les hôpitaux. Certains de ces guérisseurs prétendent guérir le glaucome. Les circuits utilisés par les patients porteurs de glaucome passent souvent par ces guérisseurs traditionnels. Aucune étude n’a été réalisée afin de déterminer les motivations réelles qui amènent les glaucomateux vers les tradithérapeutes. L’une des conditions de base pour juger une stratégie de prévention est l’évaluation du niveau de connaissance d’une population vis-à-vis de la maladie, de son appréhension du problème et sa démarche devant la maladie. L’objectif de ce travail est de rechercher le niveau tant d’informations que de connaissance des maladies oculaires et tout particulièrement du glaucome.

Méthodologie

L’étude a été réalisée sur une période de 6 mois, de janvier à juillet 2001. Elle s’est déroulée dans les différents quartiers de Lomé et de sa périphérie, représentatifs des différents groupes ethniques de la ville. Lomé est la capitale du Togo ; elle compterait près de 900 000 habitants de diverses origines. La langue locale la plus parlée par ses résidents est le mina qui est une variante de la langue ewé ; d’autres langues locales telles que le kabyé, le cotocoli coexistent avec le mina. Pour les besoins de l’enquête, un questionnaire précodé a été établi ; il a été testé lors d’une étude pilote ayant porté sur 50 participants. Les leçons tirées de cette phase pilote ont permis de restructurer certaines questions pour les rendre plus intelligibles et accessibles à la population. Au début de l’étude, nous n’avions pas prédéterminé de taille d’échantillon ; la large répresentativité était souhaitée comprenant les groupes ethniques, les niveaux d’éducation afin que le poids d’un groupe donné ne biaise pas le résultat d’ensemble. De ce fait, plusieurs quartiers de la ville ont été sélectionnés car ils abritent parfois certaines composantes ethniques particulières. Certaines définitions opérationnelles ont été adoptées pour ce travail :
  • Le glaucome est défini et traduit aux interviewés comme une maladie dans laquelle on trouve une pression intraoculaire élevée avec, dans les stades très avancés, une cécité. Cette définition a été utilisée pour permettre aux différentes personnes rencontrées de faire un rapprochement avec l’hypertension artérielle relativement bien connue de la population.
  • La cataracte correspond au terme Essi, en mina–ewé et est définie comme une pupille blanche associée à une baisse de vue.
  • La myopie correspond à une baisse de vue de loin dans laquelle un port de lunettes est prescrit.
  • La conjonctivite est définie par un de ses symptômes notamment la rougeur de l’œil, les prurits ou les sécrétions oculaires.
  • La presbytie a été traduite comme l’impossibilité pour les personnes atteintes de lire de près (livres de cantiques ou le Coran), ou même d’enfiler les aiguilles.
  • Le niveau d’éducation a été défini comme le nombre d’années passées à étudier ; ainsi nous dénombrons quatre sous-groupes : absence d’instruction scolaire, niveau primaire, secondaire ou universitaire. Parmi les personnes dites instruites, nous n’avons pas questionné celles qui travaillent dans les services d’ophtalmologie (publics ou privés) ; en revanche, les autres catégories de personnel de santé ont été interviewées.
  • La connaissance de la maladie a été définie comme le fait d’avoir au moins une fois entendu parler de la maladie sans tenir compte de l’aptitude de la personne interviewée à pouvoir la définir ni l’expliquer. L’interview a été menée en langues locales pour les personnes non instruites en français, auquel cas nous avons tout fait pour ne pas influencer les réponses lors de l’interview.

Pour certaines personnes, les questionnaires déposés ont été collectés quelques jours plus tard ; on note cependant que tous les questionnaires déposés n’ont pas pu être retournés.

Les différentes réponses obtenues ont été saisies et analysées à l’aide du programme Epi Info.

Résultats

La taille de l’échantillon est de 767 personnes dont 419 hommes (54,6 %) et 348 femmes (45,4 %). Le groupe d’âge 20-25 ans est le plus représenté (27 % de l’échantillon), suivi par les 36-40ans (16,3%), les 31-35 ans (15,5 %) ; p < 0,001 (( figure 1 )). Le niveau d’instruction de la population d’étude est représenté de la façon suivante : près de 47 % ont le niveau scolaire (357 personnes ), 28,3 % le niveau universitaire (217 personnes ) ; 16,7 % ont le niveau primaire (128 personnes) ; seulement 8,5 % (65 personnes) se déclarent non instruites, n’ayant donc jamais suivi une classe de l’école primaire. L’autre caractéristique de la population est la profession exercée par les différentes personnes interviewées, ce qui donne une indication quant à leur niveau économique. On trouve ainsi en majorité des élèves et étudiants dans 21,3 % des cas, suivis par les cadres et employés d’administration 18 %, les cadres de commerce 15,4 %, les artisans 14,2 %, les professionnels de santé se retrouvant dans la faible proportion de 4,7 %. On dénombre enfin 12,9 % de sans emploi (( figure 2 )).

Niveau d’information sur les maladies oculaires

Nous avions demandé aux différentes personnes interviewées de citer trois maladies dont elles ont entendu parler ; sur les 767 personnes de l’étude, 84 % (soit 647) ont déclaré avoir entendu parler d’une maladie et être en mesure de la décrire. Parmi les 647 qui ont des informations ou connaissent les maladies oculaires, 181 se sont déclarées incapable de citer trois maladies. Les affections les plus citées sont, dans l’ordre, la myopie, la cataracte, la presbytie, la conjonctivite, l’onchocercose oculaire, et le glaucome ; ainsi, près de 82 % ont une information sur la cataracte contre 29 % pour le glaucome.

Connaissance de la cataracte

Près de 55,4 % (soit 349) des personnes interrogées ont pu décrire la cataracte ; pour 592 personnes (94 %), la cataracte est grave et pour 529 personnes (soit 84 %), elle peut même faire perdre la vue ; 498 connaissent quelqu’un qui souffre de cataracte et près de 99 % (625) pensent qu’elle se soigne. Le traitement est traditionnel pour 39 % (249) et 573 font mention d’un traitement chirurgical. C’est ainsi que 398 personnes signalent connaître un patient opéré de cataracte avec un « bon résultat » dans 81,9 %, le « bon résultat » étant compris ici comme la récupération visuelle postopératoire sans qu’on puisse chiffrer l’acuité visuelle obtenue. À l’opposé, 420 personnes (soit 54,8 %) préféreraient se faire opérer hors du Togo en cas de cataracte, les motifs avancés pour expliquer cette attitude étant le manque de confiance dans les praticiens nationaux et le manque d’équipements dans les hôpitaux publics.

Connaissance du glaucome et de sa gravité

Sur les 767 personnes étudiées, 228 (soit 29,7 %) déclarent avoir déjà entendu parler de glaucomes. Parmi ces derniers, 34 souffrent de la maladie ; 122 affirment ne pas en souffrir tandis que 72 ne savent pas s’ils sont ou non porteurs de la maladie. Pour les personnes glaucomateuses, le nombre de visites annuelles variait de 1 à 5 ; ainsi 23,5 % font une consultation annuelle, 3 % consultent deux fois dans l’année, trois visites annuelles sont faites par 9 % du groupe, 38 % consultent quatre fois et 26,5 % le font cinq fois. On peut conclure que la tendance parmi les glaucomateux est de faire au moins quatre visites annuelles. Le coût du traitement est jugé prohibitif par la très grande majorité de ceux qui suivent des consultations ophtalmologiques régulières, soit 32 sur 34 glaucomateux (p < 0,001). Sur les 228 personnes ayant entendu parler et/ou connaissant le glaucome, 129 (soit 56,6 %) connaissent une personne qui en souffre, tandis que 44 % n’en connaissent pas ; par ailleurs, 25 % ont connaissance de cas de cécité glaucomateuse. La perception de la gravité du glaucome semble très forte ; parmi ceux qui connaissent le glaucome, 61 % le considèrent comme une maladie grave, 31 % estiment qu’il peut conduire à la cécité tandis que seuls 4 % ne le considèrent pas comme une maladie grave.

Connaissance du mode de transmission et /ou de la cause du glaucome

Parmi ceux qui connaissent le glaucome, la maladie serait causée par « une mauvaise circulation de sang » selon 43,4 % de personnes, l’hérédité pour 42,5 %, l’envoûtement ou le « mauvais sort » dans 20,2 %. D’autres causes diverses sont avancées telles que l’hypertension artérielle, les infections, les piqûres d’insectes, etc.

Connaissance d’un traitement pour le glaucome

L’existence d’un traitement est signalée par 209 des 228 qui connaissent la maladie, soit près de 91 %. Ces derniers ont souvent cité deux ou même trois types de traitement. Dans ce sens, l’environnement culturel influence les réponses car pour 40 personnes (17 %), il faut recourir à un traitement traditionnel. Cependant pour la grande majorité (soit 68 %), le traitement du glaucome devrait se faire à l’hôpital avec la médecine moderne et ce traitement devrait être chirurgical pour 46 % ; par ailleurs, près de 54 % estiment ne pas désirer se faire soigner par les médecins nationaux en cas de glaucome, arguant de leur inefficacité à guérir le mal.

Connaissance d’un nom local du glaucome

Le glaucome est peu évoqué comme maladie dans les langues locales, on ne lui connaît pas de dénomination ; il existe en revanche des noms locaux pour la cataracte et certains noms sont invariablement utilisés pour désigner soit le glaucome soit la cataracte.

Corrélation entre le niveau d’instruction et la connaissance de la cataracte et du glaucome

Nous avons analysé le lien entre le niveau d’instruction et la connaissance de ces deux affections oculaires. Nous constatons que sur un total de 65 personnes non scolarisées, 46 (soit 70,8 %) affirment connaître la cataracte et sont en mesure de décrire une de ses conséquences sur la vue tandis que seules 5 (soit 7,7 %) le sont pour le glaucome. Chez 128 personnes ayant une instruction de niveau primaire, 99 (77,3 %) disent connaître la cataracte et 28 (21,9 %) le glaucome. Quant au niveau secondaire, il est représenté par 357 personnes dont 287 (80,4 %) affirment connaître la cataracte et 80 (22,4 %) le glaucome. Le niveau universitaire concerne 217 personnes ; parmi elles, 198 (91,2 %) connaissent la cataracte et 115 (53 %) le glaucome. Il semble exister un lien entre le niveau d’instruction et la connaissance de la cataracte et du glaucome. Globalement, le glaucome est moins connu et l’est encore moins par ceux qui ont un bas niveau d’instruction.

Attitudes devant les maladies oculaires

Elles ont été recherchées en s’informant sur les lieux où les personnes de l’étude se rendaient pour les soins ; on note une variété de réponses. Ainsi, 22 % font de l’automédication, 44,7 % consultent les médecins généralistes et 80,6 % disent avoir recours aux spécialistes pour se soigner tandis que 4,4 % affirment visiter les guérisseurs traditionnels.

Discussion

Cette enquête réalisée en zone urbaine et périurbaine et portant sur 767 personnes montre que seule 30 % ont une connaissance du glaucome alors que 82 % connaissent la cataracte. Cette étude pourrait permettre de comprendre le comportement des gens devant la maladie et donner quelques explications aux barrières existant pour l’accès aux soins. La prévalence de cécité est relativement forte en Afrique subsaharienne ; on y note aussi une faible distribution des ressources humaines [2, 4-6]. Il est donc recommandé de renforcer les stratégies de prévention, y compris le développement des ressources humaines. L’une des conditions fondamentales requises pour une bonne méthode de prévention est l’évaluation du niveau de connaissance de la maladie et du niveau de conscientisation. Ces derniers sont à même de d’inciter le patient à se soigner et à mieux diriger ses choix de traitement et de mode de vie s’il y a lieu, à orienter la manière dont il appréhende la maladie et sa démarche vis-à-vis de cette dernière. Livingston et Mc Carty [7] ont récemment publié les résultats d’une enquête CAP (Connaissances, attitudes, pratiques ) réalisée en Australie et portant sur 3 184 personnes correspondant à 89 % de leur population cible. Les résultats obtenus montrent que 98 % connaissent l’existence de la cataracte et 93 % celle du glaucome. Par ailleurs, 29 % ont pu prouver leurs connaissances sur le glaucome, 20 % sur la cataracte et 26 % sur les dégénérescences maculaires liées à l’âge. Dans cette étude, il a été noté que la connaissance était en relation avec les niveaux d’instruction et la profession. Cette conclusion pourrait être mise en perspective avec nos résultats ; en effet, dans le groupe ayant une instruction de niveau universitaire, par exemple, nous avons noté que la connaissance du glaucome était retrouvée dans 53 %. Cette proportion est moindre que celle de Mc Carty [7], mais elle n’est pas négligeable. Une des explications à cet écart serait le mode de vie, notamment l’accès plus élevé à l’Internet et l’organisation du système de santé qui faciliteraient certaines visites médicales plus en Australie que dans nos pays. En effet, Mc Carty a noté que les services de soins oculaires étaient plus fréquentés par les personnes ayant une connaissance des pathologies oculaires courantes. La prise de conscience par rapport au glaucome a été étudiée par Eke et collaborateurs [8] chez 50 patients glaucomateux dont l’âge est compris entre 56 et 91 ans ainsi que chez leurs parents : 25 % des patients ont déclaré avoir un parent proche atteint de glaucome, 92 % étaient conscients de la prédisposition familiale, 86 % étaient au courant de l’existence du service de dépistage gratuit. La communication au sein de la famille, l’importance du dépistage et la perception du risque de glaucome ont également été examinés. Dans ce sens, 96 % des patients glaucomateux pensent que leurs parents de premier degré étaient au courant de leur diagnostic. Parmi les parents qui ont répondu, 97 % connaissaient un membre de la famille atteint de glaucome ; seulement 52 % des patients ont dit à leurs parents qu’ils devaient se soumettre au dépistage ; 53 % pensaient qu’ils avaient un risque élevé de développer le glaucome au cours de leur vie. De plus, la perception du risque était plus basse chez les frères et sœurs (35 %) que chez les enfants des patients glaucomateux (62 %). La connaissance du mode de transmission telle que recueillie dans notre étude montre que 42,5 % lient le glaucome à une transmission héréditaire, ce que l’on peut rapprocher des 53 % de l’étude de Eke qui pensent avoir un risque élevé de développer le glaucome. Nous avons retrouvé chez 4,4 % des cas un recours aux guérisseurs traditionnels en cas de glaucome. Nous savons que les guérisseurs traditionnels ou tradithérapeutiques sont très proches de la population puisqu’on les retrouve dans chaque village de notre pays. Par ailleurs, certains prétendent guérir et le corps et l’âme, ce que nombre de gens semble apprécier dans nos milieux culturels. Il ne semble pas dans ce contexte y avoir une forte attraction des guérisseurs en matière de glaucome, probablement à cause de leur limite à identifier spécifiquement le glaucome d’une part, et de la confusion fréquente qui consiste à qualifier tous les troubles oculaires de cataractes, d’autre part. Au Malawi, par exemple, Courtright [9] a rapporté les pratiques de 107 guérisseurs traditionnels en matière de soins oculaires : il trouve que 68 % traitent au moins une des six affections courantes des yeux, l’affection la plus traitée étant la cataracte, suivie par les conjonctivites et particulièrement le trachome inflammatoire. La notoriété du guérisseur, le fait de savoir lire et écrire et l’éloignement des services de santé ont une influence sur le plan des soins oculaires. Les guérisseurs ont considérablement plus d’influence sur la population rurale que le personnel de santé.

Les enquêtes CAP réalisées en Australie ou en Nouvelle-Zélande ont concerné des sujets de 40 ans et plus [7] et 49 ans et plus [10], respectivement. On remarquera que nous avons inclu des sujets de 20 à 65 ans dans cette étude. On est surpris par la faible proportion de ceux et celles qui prétendent consulter les tradithérapeutiques, et on peut simplement noter que les morbidités des lésions oculaires cécitantes causées par les guérisseurs ont été chiffrées entre 5 % et 10 % dans l’étude de Courtright, très souvent par ulcération et perforation cornéenne mais aussi par kératites bactériennes et ou fungiques liées aux méthodes de conservation des produit instillés dans les yeux des patients. Il faut par ailleurs noter que compte tenu de la durée de traitement du glaucome, certains patients associent la fréquentation des guérisseurs traditionnels à leur traitement médical classique. Le niveau d’instruction et les revenus économiques sont corrélés avec la cécité et la fréquence élevée des maladies oculaires [6, 11-13]. L’étude de Dandonna en Inde [6] a montré que ceux qui avaient un revenu mensuel de moins de 4,5 dollars couraient 5 fois plus de risque de faire de la cécité que ceux dont le revenu mensuel est supérieur.

Conclusion

Une enquête portant sur les connaissances, attitudes et pratiques (CAP) a été réalisée sur une période de 6 mois dans la ville de Lomé et sa périphérie ; cette enquête a concerné 767 personnes compte tenu de certaines défections pendant les interviews. On note un déséquilibre en faveur de la cataracte face à la connaissance du glaucome : 29 % contre 82 %. La gravité du glaucome est perçue par la majorité de ceux qui connaissent le glaucome et si 80,6 % affirment avoir recours aux spécialistes, on constate que près de 4,5 % ont toujours recours aux tradithérapeutes. La chronicité de la maladie, l’absence de résultats immédiats au point de vue fonctionnel expliquent cette fréquentation, même si l’environnement socioculturel n’est pas complètement exclu. Nous pensons qu’une stratégie de promotion de la santé oculaire axée sur la sensibilisation devrait être systématique afin de contribuer à réduire la prévalence de la cécité glaucomateuse.

Références

1 Thylefors B, Negrel AD, Pararajasegram R, Dadzie KY. Global data on blidness. Bull WHO 1995 ; 73 : 115-21.

2 Cunningham ET. World blindness-no end in sight. Br J Ophthalmol 2001 ; 85 : 253-6.

3 Quigley HA, Vitale SS. Model of open angle glaucoma prevalence and incidence in the United States. Invest Ophthalmol Vis Sci 1997 ; 38 : 83-91.

4 Balo KP, Wabagira J, Kuaovi RK. Causes spécifiques de cécité et de déficiences visuelles dans une région rurale du sud Togo. J Fr Ophtalmol 2000 ; 23 : 459-64.

5 Balo KP, Talabe M. Les jeunes glaucomateux togolais. J Fr Ophtalmol 1994 ; 17 : 667-8.

6 Dandona R, Dandona L. Socioeconomic status and blindness. Br J Ophthalmol 2001 ; 85 : 1484-8.

7 Livingston PM, Mc Carty CA, Taylor HR. Knowledge, attitudes and self care practices associated with age related eye disease in Australia. Br J Ophthalmol 1998 ; 82 : 780-5.

8 Eke T, Reddy MA, Karwatowski WS. Glaucoma awareness and screening uptake in relatives of people with glaucoma. Eye 1999 ; 13 : 647-9.

9 Courtright P. Eye care knowledge and practices among Malawian traditional healers and the development of collaborative blindness prevention programmes. Soc Sci Med 1995 ; 41 : 1569-75.

10 Attebo K, Mitchell P, Cumming R, Smith W. Knowledge and beliefs about common eye diseases. Aust NZ J Ophthalmol 1997 ; 25 : 283-7.

11 Lee PP, Linton K, Ober RR, Glandville J. The efficacy of a multimedia educational campaign to increase the use of eye care services. Ophthalmology 1994 ; 101 : 1465-9.

12 Fafowora OF. Socio –cultural influences on eye health in a rural undeserved community of Oyo State. West Afr J Med 1995 ; 14 : 134-6.

13 Smith GJ, Smith AF. The economic burden of global blindness : a price too high! Br J Ophthalmol 1996 ; 80 : 276-7.


 

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