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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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Causes of encephalopathy: Descriptive study at Abidjan (Côte-d’Ivoire)


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 14, Number 3, 173-6, Juillet-Août-Septembre 2004, Étude originale


Résumé   Summary  

Author(s) : Pascale Cowppli-Bony , François Akani , Dominique N’dri Oka , Ange Datie , Ernest Beugré Kouassi , Service de neurologie, CHU de Cocody, BP V13, Abidjan Côte d’ivoire.

Summary : Objective: Assess the etiology and course of cases of encephalopathy seen in the neurology department of the Cocody University Hospital in Abidjan (Côte-d’Ivoire), a city of more than three million inhabitants. Methods: Retrospective analysis of patients admitted to the hospital neurology unit from 1 December, 1998, through 31 December, 2000\; with a lesion of the brain, brainstem, cerebellum or meninges. Lesions were either confirmed by computed tomography or clinically obvious\; MRI was unavailable. Results: Overall, 1011 subjects met the inclusion criteria: 58% were male\; their median age was 45 years (range: 1 to 93 years)\; more than 40% were not working, and 92% had a medical history. The etiology was vascular (445), infectious (380) or undetermined (125)\; rare cases were degenerative (5) or traumatic (4). Of 35 cases of metabolic encephalopathy, half were associated with another etiology. Pathological confirmation of cerebral tumors (22) was unavailable. All cases of toxic encephalopathy (11) involved adults and alcohol. Global lethality was 26% and did not differ significantly according to whether or not the etiology was identified (26% vs 28.8%). Another 13% were lost to follow-up (left without discharge), and 61% patients recovered and were discharged after a median hospitalization of 12.5 days. Conclusion: The proportion of cases with an undetermined etiology is worrisome. Better knowledge would be useful to develop indicators to evaluate improvements in the medical management of these diseases.

Keywords : Neurology, Hospitalization, Health Care Policies, Côte d’Ivoire

ARTICLE

Auteur(s) :, Pascale Cowppli-Bony*, François Akani, Dominique N’dri Oka, Ange Datie, Ernest Beugré Kouassi

Service de neurologie, CHU de Cocody, BP V13, Abidjan Côte d’ivoire
*P. Cowppli-Bony

La fréquence des étiologies des encéphalopathies est peu documentée dans les pays qui ne bénéficient pas de tous les progrès scientifiques et médicaux récents. Malgré ces plateaux techniques non optimum la connaissance de ces étiologies et de leur évolution est utile pour améliorer la prise en charge de ces affections. L’objectif de ce travail était de décrire la fréquence des différentes encéphalopathies et secondairement d’apprécier leur évolution en milieu hospitalier spécialisé d’une ville qui n’a pas d’imagerie par résonance magnétique et qui dispose de trois scanners pour une population estimée à 3 323 924 habitants en 1998 [1].

Matériel et méthode

C’est une analyse rétrospective des patients admis en hospitalisation dans le service de neurologie du CHU de Cocody (Abidjan) entre le 1er décembre 1998 et le 31 décembre 2000. Les diagnostics ont été établis lors d’une réunion hebdomadaire des médecins avec parfois avis des neurochirurgiens de l’université de Cocody. Ont été inclus dans notre étude ceux qui avaient une atteinte du cerveau, du tronc cérébral, du cervelet ou des méninges. Cette atteinte était confirmée par une tomodensitométrie cérébrale (TDM) ou, cliniquement sans équivoque, en présence de troubles de la vigilance, crise comitiale, syndromes confusionnel, pyramidal avec participation faciale, cérébelleux ou méningé. La présence d’au moins deux de ces signes (fièvre et/ou diarrhée au long cours, altération de l’état général, zona) a laissé supposer des antécédents d’immunodépression. Le qualificatif « indéterminé » désigne les cas où un diagnostic n’a pas été formulé malgré la réalisation du bilan prescrit ou en cas de bilan partiellement effectué. Les comparaisons ont été faites par un test de χ2 pour les variables qualitatives et un test de Student pour les variables quantitatives, avec un seuil de signification du risque α fixé à 5 %.

Résultats

Il s’agissait de 1 011 patients, 586 hommes (H) et 425 femmes (sex ratio de 1,38 en faveur des H). Plus de 40 % étaient sans profession (n = 419), les autres étaient commerçants (n = 148), d’une profession intermédiaire (n = 142), ouvriers (n = 97), étudiants (n = 65) ou agriculteurs (n = 54). L’âge médian était de 45 ans (34-60 ; min = 1 et max = 93) avec le mode dans la classe des 30 à 39 ans. Neuf cent trente-trois patients avaient au minimum un antécédent médical, dont 314 patients celui d’immunodépression. La sérologie VIH connue chez 455 patients était positive dans 47 %. L’examen physique objectivait principalement un coma (n = 80), un syndrome confusionnel (n = 95), pyramidal (n = 766), ou cérébelleux (n = 12). Quatre-vingt huit patients n’ont pas réalisé la TDM prescrite.

Étiologie

Les principales étiologies, vasculaires (44 %), infectieuses (37,5 %) ou indéterminées (12,4 %) sont présentées dans le tableau 1( Tableau 1 ). Les 445 sujets qui avaient une affection vasculaire (V) étaient en moyenne plus âgés de 20 ans par rapport à ceux des étiologies infectieuse (INF) et indéterminée (IND). Les affections V étaient un accident vasculaire cérébral (n = 429) dont le type n’était pas précisé dans 13,5 % des cas, une encéphalopathie hypertensive (n = 4), une démence (n = 5), un hématome sous-dural (n = 5), une hémorragie méningée (n = 1) ou une thrombophlébite (n = 1). Les infections étaient un abcès (n = 183), une méningo-encéphalite (n = 113), une encéphalite (n = 44) et une méningite (n = 40). Le bilan prescrit a été réalisé dans 20 % des cas d’étiologie indéterminée. Les encéphalopathies métaboliques (n = 35) étaient isolées dans 50 % des cas, associées à un accident vasculaire cérébral (AVC) (n = 11), à une autre encéphalopathie (n = 6). La confirmation anatomopathologique des tumeurs cérébrales (n = 24) n’était pas connue. Les affections dégénératives se résumaient à 3 cas de maladie de Parkinson et 2 cas de sclérose latérale amyotrophique. Dans les 11 cas d’encéphalopathie toxique, ne concernant que des adultes (age moyen 36 ans), seul l’éthanol a pu être identifié (n = 2) ; chez les autres un produit de pharmacopée traditionnelle a été évoqué.
Tableau 1 Caractéristiques des patients selon les principales étiologies de notre échantillon.Table 1. Patients’ characteristics according to main aetiologies in our sample.

Vasculaire

Infectieuse

Indéterminée

Variables qualitatives

n

%

n

%

n

%

Antécédents médicaux

Immunodépression

32

7,2

264

69,5

26

20,8

Hypertension artérielle

272

61,1

26

6,8

17

13,6

Affection neurologique

65

14,6

22

5,8

29

23,2

Alcoolisme

57

12,8

16

4,2

9

7,2

Tabagisme

49

11,0

13

3,4

8

6,4

Diabète

44

9,8

4

1,1

1

0,008

Tuberculose pulmonaire

4

0,009

37

9,7

10

8,0

Dyslipidémie

1

0,002

0

0,0

0

0,0

Hyperuricémie

1

0,002

0

0,0

0

0,0

Autre

33

7,4

24

6,3

7

5,6

Sérologie VIH*

Non réalisée

254

57,0

198

52,1

83

66,4

Positive

26

5,8

174

45,8

17

13,6

Négative

165

37,1

42

11,1

25

20,0

Variables quantitatives

Vasculaire

Infectieuse

Indéterminée

Âge

Moyenne ± écart type

57,1 ± 14,4

38,1 ± 13,2

38,7 ± 18,5

Extrêmes

14 - 93

1 - 88

5 - 85

1er quartile

48

30

25

2e quartile

58

36

36

3e quartile

67

45

49

Durée d’hospitalisation

Moyenne ± écart type

12,6 ± 8,8

13,7 ± 10,8

7,7 ± 7,9

Extrêmes

1 - 62

1 - 68

1 - 41

*Virus de l’immunodéficience humaine.

Évolution

La létalité globale était de 26 %. Quelque 12,8 % des patients ont été perdus de vue, 61,3 % des patients ont eu une évolution favorable et une sortie régulière après une durée médiane d’hospitalisation de 12,5 jours (1er quartile = 9 ; 3e quartile = 18 ; min = 1 et max = 68). Le mode de sortie selon l’étiologie est présenté au tableau 2( Tableau 2 ). L’étiologie infectieuse était la plus fatale (33,6 %) suivie de celle qui était indéterminée (28,8 %) et des affections vasculaires (20,6 %).
Tableau 2 Répartition des patients selon l’étiologie et le mode de sortie.Table 2. Patients distribution according to aetiologies and hospital discharge mode.

Étiologie

Mode de sortie

Régulière

Transfert

Décès

Irrégulière

Vasculaire

303

21

92

29

445

Infectieuse

220

19

128

13

380

Indéterminée

62

5

36

22

125

Métabolique

11

5

3

0

19

Néoplasique

10

10

2

0

22

Toxique

7

2

2

0

11

Dégénérative

4

1

0

0

5

Traumatique

2

2

0

0

4

Total patients

619

65

263

64

1 011

Discussion

Cette étude rétrospective de 1 011 patients hospitalisés en neurologie pour encéphalopathie permet de mettre en évidence la part des différentes étiologies reconnues et d’avoir une approche quantitative des sujets pour lesquels une étiologie n’a pas été formulée. Malgré les limites de notre étude (recrutement rétrospectif dans un seul service hospitalier, 12,8 % de perdus de vue) il apparaît que les principales étiologies sont vasculaires (44 %), infectieuses (37,5 %) ou indéterminées (12,4 %). Les AVC (40 %) sont, comme dans d’autres études en hospitalisation de neurologie africaine, le diagnostic le plus fréquent [2]. Quant à notre faible prévalence des thromboses veineuses cérébrales (TVC), plusieurs éléments peuvent l’expliquer: (i) le mode de constitution de notre échantillon dont certains sujets à risque d’avoir une TVC ont involontairement été exclus. En effet, les sujets hospitalisés en chirurgie et en gynécologie pour lesquels un avis neurologique a été sollicité n’ont pas été transférés dans notre service ; (ii) la variabilité des tableaux cliniques des TVC laisse persister cette hypothèse sur le cas d’hémorragie méningée [3] et sur ceux d’AVC indéterminés parce que n’ayant pas eu de TDM (13 %) ou une TDM normal, cet examen ayant des limites pour le diagnostic de TVC [4].

L’étiologie indéterminée chez 12,3 % de nos patients résulte probablement de plusieurs facteurs : (i) décès précoce (44 % à J1 d’hospitalisation et 86 % avant J6 d’hospitalisation) ; (ii) difficultés de prise en charge résultant de limites financières (80 % n’ont pas effectué le bilan prescrit) ou de limites des moyens diagnostics, notamment l’absence d’IRM qui peut expliquer que 20 % de ceux qui ont une étiologie indéterminée ont effectué le bilan prescrit ; (iii) le nombre important de sorties irrégulières dont il serait utile d’élucider les raisons (limites financières ? Manque de conviction en la médecine moderne ? Non-satisfaction du séjour dans le service ?) Quant à ceux pour lesquels, malgré une évolution favorable en cours d’hospitalisation, aucune étiologie n’a été retenue, plusieurs diagnostics peuvent être évoqués : (i) une encéphalopathie postérieure réversible décrite dans l’encéphalopathie hypertensive [5] ; (ii) un AVC dont le risque est augmenté de 13 à 25 fois [6] par le VIH et qui peut survenir avant le stade des infections opportunistes par une action directe du VIH [7] ; (iii) une étiologie inflammatoire, notamment la sclérose en plaques décrite en Afrique et dont le caractère itératif des déficits neurologiques fortement évocateur est rarement retrouvé parce que les patients sont perdus de vue [8].Toutes les autres complications neurologiques du VIH, à issue fatale sans traitement sont possibles [9] pour les cas de décès à étiologie IND. Même pour l’étiologie vasculaire qui est la plus fréquente, le diagnostic est parfois de premier niveau. Le type d’AVC qui influence la prise en charge immédiate et guide le bilan étiologique, meilleur atout de la prévention secondaire n’a pas été précisé dans 13,5 %, ces patients étant exposés à une récidive puisque le bilan étiologique n’a pas pu être limité par une prescription médicale ciblée mais le sera certainement par les contraintes financières. De plus, la TDM, certes moins sensible que l’IRM, donne une orientation pronostique par la quantification des lésions de la substance blanche qui sont prédicteurs de récidive d’AVC [10]. L’interprétation de la létalité est limitée par les décès de l’étiologie IND (28,8 %). Cependant, on note que les AVC ont une mortalité proche de celle décrite dans une étude multicentrique occidentale [11] en rapport peut être avec l’hétérogénéité des pratiques et nettement plus élevée qu’en milieu spécialisé occidental [12], témoin de l’inégalité des moyens médicaux mais aussi de la mortalité accrue des AVC chez les sujets de race noire [13]. La létalité n’est pas significativement différente selon que l’étiologie soit déterminée ou non (25,6 % vs 28,8 %) ; ce fait invite à évaluer la prise en charge des encéphalopathies à étiologie déterminée pour au moins améliorer le pronostic de ceux pour lesquels un diagnostic est avancé dans ce contexte sanitaire non optimum.

Conclusion

Les étiologies vasculaires et infectieuses sont les plus fréquentes. La proportion d’étiologie indéterminée est préoccupante et pourrait être utile à l’élaboration d’indicateurs pour évaluer des actions d’amélioration de la prise encharge de ces affections.

Références

1 Institut national de la statistique. Répartition de la population selon le sexe et la nationalité d’Abidjan ville de 1988 à 1998. Abidjan : Institut national de la statistique, 1998 ;  : 26-30.

2 Talabi OA. A 3-year review of neurologic admissions in University College Hospital, Ibadan, Nigeria. West Afr J Med 2003 ; 22 : 150-1.

3 Tidahy E, Derex L, Belo M, et al. Thrombophlébite cérébrale révélée par une hémorragie sous-arachnoïdienne. Rev Neurol 2004 ; 3 : 347-9.

4 Ameri A, Bousser MG. Cerebral venous thrombosis. Neurol Clin 1992 ; 10 : 87-111.

5 Hinchey J, Chaves C, Appignani B, et al. A reversible posterior leuko-encephalopathy syndrome. N Engl J Med 1996 ; 334 : 494-500.

6 Grunitzky EG, Balogou AK, Kowou AL. La sclérose en plaques en Afrique noire. Afr J Neurol Sci 2001 ; 1 : 4-7.

7 Cole JW, Pinto AN, Hebel RJ, et al. Acquired immunodeficiency syndrome and the risk of stroke. Stroke 2004 ; 45 : 51-6.

8 Blanche P, Toulon P, De La Blanchardiere A, et al. Cerebral infarction in human immunodeficiency virus infection. Presse Med 1995 ; 24 : 937-8.

9 Price RW. Neurological complications of HIV infection. Lancet 1996 ; 348 : 445-52.

10 Inzitiari D. The cardiovascular outcome of patients with motor impairment and extensive leuko-araiosis. Arch Neurol 1995 ; 52 : 687-91.

11 Reed SD, Blough DK, Meyer K, et al. Inpatients costs, length of stay, and mortality for cerebrovascular events in community hospitals. Neurology 2001 ; 57 : 305-14.

12 Duffy BK, Phillips PA, Davis S, et al. Evidence-based care and outcomes of acute stroke managed in hospital speciality units. MJA 2003 ; 178 : 318-23.

13 Gaines K, Burke G. Ethnic differences in stroke:black-white differences in the united states population. Neuroepidemiology 1995 ; 14 : 209-39.


 

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