Home > Journals > Public health > Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Biology and research
Public health
Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version

The integrated management of childhood illness: Haiti’s example


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 14, Number 3, 137-42, Juillet-Août-Septembre 2004, Étude originale


Résumé   Summary  

Author(s) : Élise Arrivé , Freddy Perez , Luc MW Pierre , Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED), Université Victor Segalen Bordeaux 2, Case 11, Université Victor Segalen Bordeaux 2, 146, rue Léo-Saignat, 33076 Bordeaux Cedex France France, Ministère de la santé publique et des populations d’Haïti, Assistant coordinateur du programme national de lutte contre les IST/VIH/Sida, Palais des Ministères, Port au Prince, Haïti.

Summary : Child health in developing countries is a public health priority both at the national and international level. The World Health Organization, UNICEF and other technical partners have developed The Integrated Management of Childhood Illness (IMCI) strategy to reduce child mortality and improve child health and development through a holistic approach. By the end of 2002, 109 countries among which 17 in the region of the Americas and Caribbean had adopted and implemented this strategy,. In this region, Haiti presents the highest mortality rate for under-fives. Every year, more than 138, 000 children die of diseases such as malaria, pneumonia, diarrhoea, measles and perinatal complications. Malnutrition contributes to a high percentage of these deaths. It is recognised that the mortality due to these diseases can be prevented. To fight this burden, Haiti officially adopted the IMCI strategy in 1997. The objectives of this paper are, after a general overview of the IMCI strategy, to describe Haiti’s child health and analyse the achievements of the first steps of implementing the IMCI strategy in Haiti. The methodology used was a standardised literature review and a qualitative survey based on semi-structured interviews of national and local health authorities involved in the implementation of the IMCI strategy in Haiti. Main results show a limited impact of the first and second phase of implementation in the country. The key factors for this have been limited economical and human resources. A unequal distribution of existing resources between the different IMCI strategy components especially community and family practices, has limited adequate coverage. Isolated actions in favour of child health as well as a lack of co-ordinated interventions between the various actors have been among the barriers for an adequate implementation of this strategy. We recognise that the approach used here is not a formal evaluation on the implementation of IMCI in Haiti. Nevertheless, we hope this article will contribute to draw the attention of national and international public health decision-makers on the difficulties of implementing this strategy in Haiti and in this way, improve child health in the country.

Keywords : Paediatrics, Developing Countries, Haïti, Public Health, Child Health

ARTICLE

Auteur(s) :, Élise Arrivé1, Freddy Perez1,*, Luc MW Pierre2

1Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED), Université Victor Segalen Bordeaux 2, Case 11, Université Victor Segalen Bordeaux 2, 146, rue Léo-Saignat, 33076 Bordeaux Cedex France France
2Ministère de la santé publique et des populations d’Haïti, Assistant coordinateur du programme national de lutte contre les IST/VIH/Sida, Palais des Ministères, Port au Prince, Haïti
*F. Perez

Bien que l’on ait constaté une diminution de la mortalité infanto-juvénile dans le monde dès les années 1980, plus de dix millions d’enfants de moins de 5 ans meurent encore chaque année [1]. Ces décès surviennent pour 99 % dans les pays en développement (PED), notamment en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud [2]. La malnutrition, les complications périnatales, les maladies diarrhéiques, les infections respiratoires aiguës (IRA), le paludisme et la rougeole constituaient les principaux problèmes de santé des enfants de moins de 5 ans en 2000. Leur part relative aura tendance à diminuer d’ici 2020 au profit des maladies non transmissibles et des traumatismes [3, 4] mais restera importante jusqu’à cette date, à moins d’une intensification des efforts déployés pour les éliminer et d’une meilleure prise en compte de leurs facteurs de risque [5]. C’est pourquoi, dès le milieu des années 1990, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en collaboration avec plusieurs autres institutions, a mis au point une stratégie de prise en charge intégrée des maladies de l’enfant (PCIME). À la fin de l’année 2002, 109 pays à travers le monde dont 17 en Amériques et Caraïbes l’avaient adoptée et mise en œuvre [6, 7]. Cette dernière région, avec un taux de mortalité des moins de 5 ans (TMM5) global relativement bas, de 33,4 ‰ naissances vivantes en 2000, présente de fortes inégalités, variant entre 6,6 ‰ au Canada et 108,2 ‰ en Haïti [8]. Avec le plus fort TMM5 de la région, Haïti devrait être prioritaire dans l’accès aux mesures évoquées par l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) pour atteindre les « Objectifs de Développement pour le Millénaire » pour l’année 2015 [8]. En effet, chaque année, près de 138 000 enfants de moins de 5 ans meurent en Haïti de maladies dont l’issue fatale peut être évitée. Pour combattre ces fléaux, Haïti a officiellement adopté la PCIME en 1997. Une enquête sur la mortalité, la morbidité et l’utilisation des services a été réalisée en 2000 (EMMUS III) par l’Institut haïtien de l’enfance (IHE) à la demande du ministère de la Santé publique et des populations (MSPP) d’Haïti [9]. Cette enquête révèle l’importance des problèmes de santé de l’enfant et de leur prise en charge en Haïti. L’objectif de cet article est, après un rappel sur la stratégie PCIME, d’analyser la situation et les politiques mises en œuvre relatives à la santé de l’enfant en Haïti.

Méthode

Nous avons tout d’abord procédé à une revue de la littérature scientifique publiée en anglais ou français entre janvier 1992 (année de l’élaboration de la stratégie PCIME par l’OMS) et janvier 2004. Il s’agissait d’une recherche thématique, effectuée dans les bases de données Medline, Francis et Pascal, à partir du terme Integrated management of childhood illness. Sur les 70 références identifiées, 48 ont été sélectionnées sur leur titre, puis 20 sur leur contenu. Parallèlement, nous avons étudié les documents relatifs à la PCIME et son évaluation disponibles sur les sites Internet de l’OMS et de l’OPS.

Des entretiens qualitatifs semi-structurés ont été réalisés auprès d’un échantillon de convenance de personnes connues pour être impliquées dans l’implantation ou l’application de la PCIME en Haïti. Le but de cette enquête était d’apprécier leur niveau de participation dans ce processus ou celui de l’organisme qu’ils représentent, les politiques, les activités réalisées, en cours et planifiées, les difficultés rencontrées, les solutions envisagées et les perspectives. Ainsi, 16 personnes ont été interviewées en face à face en mars 2003 à l’aide d’une grille d’environ dix questions (encadré 1). Les entretiens, enregistrés sur cassette audio duraient environ 30 à 45 minutes. Il s’agissait des cadres du MSPP : directeur général du MSPP, directeurs de la santé de la famille, du programme élargi de vaccination (PEV), de la planification et un directeur départemental (Haïti est divisé en neuf départements). De même, des responsables d’institutions haïtiennes (IHE, ancien Comité d’appui au système d’information sanitaire [CASIS], faculté de médecine de Port-au-Prince, hôpital de l’université d’État d’Haïti, école nationale des infirmières de Cayes) et d’organisations internationales ayant des compétences dans le champs de la PCIME (OPS/OMS, US Agencey for International Development (USAID), Unicef) ont été sollicités. Au cours des différents entretiens, des documents publiés du MSPP ainsi que les rapports et plans de ce même ministère non publiés concernant la situation sanitaire et les politiques relatives à la santé de l’enfant en Haïti ont été recueillis. L’analyse des entretiens et des documents a consisté en une synthèse des informations présentée ci-après.

Résultats

La stratégie PCIME dans le monde : revue de la littérature

La PCIME est une stratégie proposée aux pays en développement pour réduire leur morbi-mortalité infanto-juvénile (tableau 1( Tableau 1 )). Son utilité est largement justifiée par de nombreuses études montrant qu’un seul diagnostic est souvent inapproprié dans les établissements de santé de premier niveau où les examens complémentaires sont limités. La majorité des enfants présente souvent au moins deux pathologies [10, 11]. En effet, les causes de morbi-mortalité infanto-juvénile peuvent être associées, soit parce qu’elles ont les mêmes facteurs environnementaux ou comportementaux de risque d’apparition, soit parce la présence de l’une favorise l’autre. Les interactions entre ces maladies chez un même individu peuvent avoir ainsi un effet de synergie sur la mortalité [2]. Les recommandations de la PCIME, fondées sur des algorithmes de décision, aboutissent à la classification de l’enfant selon la gravité de son état de santé, correspondant à un niveau d’intervention (hospitalisation, traitement au dispensaire, à domicile) et à un type d’intervention (curatif ou préventif). Des indicateurs ont été proposés pour montrer son efficience [12]. Il s’agit de la diminution du coût du traitement en évitant de prescrire des médicaments inappropriés [13, 14], de l’amélioration des performances des agents de santé [2], de la validité et de la fiabilité des algorithmes [11, 15], et de l’amélioration des soins apportés aux enfants au niveau familial, particulièrement en matière de nutrition [16]. Selon l’OMS, l’implantation de la PCIME dans un pays se fait en trois étapes et suivant les trois composantes essentielles que sont l’amélioration des compétences des agents de santé, du système de santé pour renforcer la PCIME et enfin des soins de santé à l’enfant aux niveaux familial et communautaire. La première étape de l’implantation correspond à l’introduction de la PCIME auprès des cadres du ministère de la Santé et la deuxième, à la mise en œuvre initiale durant laquelle les recommandations cliniques génériques de la PCIME sont adaptées à la situation épidémiologique et culturelle du pays et appliquées dans un nombre limité de secteurs. La troisième étape, l’extension, vise à élargir les activités PCIME et en favoriser l’accès [17]. Une revue commente les principales limites du processus d’implantation de la PCIME, à savoir : la faible couverture du personnel formé et des activités et son corollaire ; la faible utilisation des services par la population ; le manque de supervision et de suivi ; et les efforts insuffisants relatifs au renforcement du système de santé et à l’amélioration des pratiques familiales et communautaires [18].
Tableau 1 Synthèse de la revue de la littérature sur les caractéristiques de la prise en charge intégrée des maladies de l’enfant (PCIME) dans le monde, 2004.Table 1. Summary of the literature review regarding the characteristics of The Integrated Management of Childhood Illness strategy worldwide, 2004

Bénéficiaires

Enfants de moins de 5 ans

Justification

Comorbidité fréquente [2, 10, 11]

Indicateurs [12]

Diminution du coût lié au traitement [13, 14]

Amélioration des performances des agents de santé [2]

Validité et fiabilité des algorithmes [11, 15]

Amélioration des soins apportés aux enfants au niveau familial [16]

Étapes de l’implantation [17]

Introduction

Mise en œuvre

Extension

Composantes [17]

Amélioration des compétences des agents de santé

Amélioration du système de santé pour renforcer la PCIME

Amélioration des soins de santé à l’enfant au niveaux familial et communautaire

Limites [18]

Faible couverture/faible utilisation des services de santé

Manque de supervision

Efforts insuffisants vis-à-vis des deuxième et troisième composantes

Politique sanitaire haïtienne relative à la santé de l’enfant : consultation des documents

La réduction de la morbi-mortalité infanto-juvénile fait partie intégrante des grands axes du MSPP et elle est, après la réduction de la mortalité maternelle, la deuxième priorité sanitaire du gouvernement depuis 1995 (Agenda pour l’action : octobre 2002, septembre 2003 – MSPP, Port au Prince, Haïti). En juillet 1997, le plan stratégique pour la PCIME 1997-2002 (Direction centrale des soins du MSPP, Port au Prince, Haïti) avait pour objectif de réduire la mortalité infanto-juvénile de 18 % en quatre ans. Il prévoyait le renforcement institutionnel, le plaidoyer auprès des décideurs et professionnels de la santé, la sensibilisation et la participation communautaire et enfin la coordination intersectorielle. Trois ans après l’adoption de ce plan, le taux de mortalité infantile atteignait, d’après le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) 79 ‰ et le TMM5, 123 ‰ en 2001, soit une diminution de respectivement 14 et 7 % par rapport aux données de 1997 [19]. L’EMMUS III a révélé que le recours aux soins en 2000 était faible. Un tiers seulement des enfants ayant souffert d’IRA et/ou de fièvre (37 %) ont été amenés en consultation et 10 % n’ont reçu aucun traitement. De même, au moment de cette enquête, la couverture vaccinale était faible puisque seulement 34 % des enfants de 12 à 23 mois avaient reçu toutes les doses de tous les vaccins du PEV. Près d’un enfant sur quatre accusait un retard de croissance et un sur six présentait une insuffisance pondérale liés à un état de malnutrition. De manière générale, ces indicateurs étaient plus défavorables envers les enfants vivant en milieu rural et ceux de mère sans instruction. Ils variaient aussi selon les départements [8]. En juillet 2001, les responsables du MSPP et ceux de l’OPS/OMS ont élaboré un projet de support à la PCIME et au PEV (MSPP, Port au Prince, Haïti) en vue d’augmenter, de cette date à décembre 2002, la disponibilité de services de qualité relatifs à la prise en charge intégrée de la santé de l’enfant à l’échelle nationale.

Forces et faiblesses du processus d’implantation de la PCIME en Haïti : entretiens

La première étape de la PCIME, l’introduction, a, d’après les personnes interrogées, été franchie mais la faible implication des autorités centrales, des universités (formation non incluse dans le cursus), du secteur privé et des autorités politiques locales ont été mentionnées à plusieurs reprises au cours des entretiens (tableau 2( Tableau 2 )). En ce qui concerne la mise en œuvre initiale et la composante d’amélioration des compétences des agents de santé, 66 formateurs ont été formés en 1998, puis 120 professionnels de santé en 1999, soit 1 % du personnel de santé total du pays. La PCIME a été implantée dans 11 unités communales de santé (UCS) prioritaires soit 17 % (11/63) du nombre total d’UCS, équivalent du district de santé tel que le définit l’OMS. Ces chiffres reflètent la faible couverture de la stratégie en Haïti. Concernant l’amélioration du système général de santé, une direction de la santé de la famille (DSF), avec un service de santé infantile, avait été créée pour atteindre les objectifs du Plan stratégique pour la PCIME en 1997. Elle a été divisée, avant l’échéance du Plan en 2002, en quatre directions centrales : directions du programme élargi de vaccination (PEV), de la nutrition et de la santé de la reproduction, en plus de la DSF. Le manque de coordination entre ces directions et la focalisation sur les campagnes de vaccination contre la poliomyélite et la rougeole en 1998 ont été déplorés. Par ailleurs, des médicaments essentiels nécessaires à la PCIME étaient disponibles depuis 1998 grâce à un accord de coopération signé entre les autorités sanitaires et le gouvernement du Japon pour une période de cinq ans, mais n’étaient pas accessibles dans les établissements de santé. Ensuite, malgré la création en 1996 du CASIS, structure chargée de renforcer le système d’information sanitaire (SIS), il n’y a pas eu d’harmonisation entre ce système et la PCIME. Enfin, concernant la troisième composante, les actions en faveur de la sensibilisation de la population en matière de PCIME se sont révélées rares, bien que la participation et l’action communautaire aient été encouragées en Haïti depuis trois décennies dans le domaine de la santé.
Tableau 2 Forces et faiblesses du processus d’implantation de la prise en charge intégrée des maladies de l’enfant (PCIME) en Haïti : résultats des entretiens, mars 2003.Table 2. Strengths and weaknesses of the implementation process of The Integrated Management of Childhood Illness strategy in Haiti: Results of the interviews, March 2003.

Étape de l’implantation de la PCIME

Forces

Faiblesses

Introduction

Étape franchie

Non participative

Mise en œuvre initiale

Amélioration des compétences des agents de santé

Formation de formateurs et de personnels de santé

Insuffisante quantitativement

Focalisation sur cette composante

Amélioration du système général de santé

Création de directions centrales

Manque de coordination

Campagnes de vaccination menées

Focalisation sur ces campagnes

Accord de coopération signé avec le gouvernement du Japon fournissant les médicaments essentiels pour une période de 5 ans

Indisponibilité des médicaments essentiels dans les formations sanitaires

Création d’un Comité d’appui au Système d’information sanitaire (SIS)

Manque d’harmonisation entre SIS et PCIME

Amélioration des pratiques familiales et communautaires

Promotion de la participation communautaire encouragée dans le domaine de la santé

Peu d’actions réalisées en matière de sensibilisation de la population dans le cadre de la PCIME

Discussion

La PCIME est une stratégie mondialement reconnue en matière de réduction de la morbi-mortalité infanto-juvénile. Ses recommandations ont fait leurs preuves, mais présentent des limites liées à leur mise en pratique, ce à quoi s’intéresse la Multi-country evaluation of IMCI effectiveness, cost and impact (MCE) de l’OMS, sur le point de s’achever [20]. Elle concerne quatre pays : Tanzanie, Ouganda, Bangladesh et Pérou, sélectionnés sur la base d’une implantation adéquate de la PCIME, avec une population de taille suffisante, des partenaires disponibles et un climat politique stable [10]. Les résultats seront donc indicatifs mais non généralisables aux autres pays dont très peu répondent à ces critères. Haïti, notamment, a une population réduite par rapport aux pays étudiés, et est en proie à une instabilité politique chronique qui démobilise les appuis extérieurs. Notre travail permet donc de se faire une idée du processus et de l’état d’avancement de l’implantation de la PCIME dans ce pays, avant une éventuelle évaluation formelle. Malgré une diminution de la morbi-mortalité infanto-juvénile dans ce pays, les taux restent néanmoins élevés. S’il existe une volonté politique de combattre ce fléau grâce à la PCIME, le processus d’implantation doit faire face à de nombreuses difficultés, souvent similaires à celles que rencontrent d’autres pays en développement. Ainsi, Haïti se trouve confrontée à la faible couverture des activités de la PCIME, ce que plusieurs facteurs, relatifs aux deux premières composantes, peuvent expliquer. Concernant l’amélioration des compétences des agents de santé, la mise en œuvre quantitativement insuffisante pouvait être liée à la crise politique et institutionnelle qui a entraîné une variation considérable de l’aide externe [21] sur laquelle repose le financement de la PCIME. Concernant l’amélioration du système de santé, les épidémies de rougeole en 1998 et la réémergence de la poliomyélite dans les Amériques en 1999 ont amené le ministère haïtien à mettre l’accent sur ces deux maladies et la structuration de la PCIME dans sa globalité a été négligée. À cela s’ajoute le manque de coordination des différentes directions centrales en faveur de l’enfant : malgré des tentatives de coordination entre PEV et DSF, chacune fonctionne avec ses propres normes et équipes. Malgré la disponibilité des médicaments essentiels nécessaires à la PCIME depuis 1998, ceux-ci n’ont pu être délivrés aux établissements de premier échelon faute de procédure de distribution et de politique clairement définie sur le recouvrement des coûts en matière de PCIME. Le corollaire de la faible couverture est la faible utilisation des services sanitaires par la population. Elle peut s’expliquer par le manque d’action en faveur de la communauté, lié à un retard dans la traduction de l’espagnol et l’adaptation des documents génériques concernant la PCIME communautaire, à la focalisation sur l’amélioration des agents de santé et à un contexte politique défavorable. Ainsi, les efforts de l’Éthiopie pour intégrer la troisième composante dans des régions pilotes, réviser la politique des médicaments essentiels de la PCIME et inclure la PCIME dans les programmes de formation des agents de santé sont des points à considérer pour améliorer l’application de la stratégie en Haïti [22]. Notre analyse ne permet pas de statuer sur la PCIME en Haïti et ne remplace pas une évaluation systématique mais nous souhaitons qu’elle contribue à attirer l’attention des acteurs nationaux et internationaux de santé publique sur ce problème et amener des actions concrètes dans ce pays.

Conclusion

La santé de l’enfant dans les PED reste une priorité de santé publique tant au niveau national qu’international. En particulier, la PCIME est une stratégie mondialement reconnue en matière de réduction de la morbi-mortalité infanto-juvénile. Cet article, fondé sur une revue de la littérature et une enquête de terrain montre les limites de l’impact, dans les conditions réelles, des premières et deuxièmes étapes de l’implantation de la PCIME en Haïti. Les difficultés rencontrées par ce pays sont similaires à celles rencontrées dans d’autres PED. Elles concernent la faible couverture et le faible recours aux soins. Une des explications réside à la fois dans le manque de moyens alloués pour permettre une couverture adéquate et dans la répartition inégale de ces moyens entre les différentes composantes, notamment la composante communautaire et familiale souvent laissée pour compte. Le morcellement de l’action en faveur de l’enfant et le manque de collaboration entre les différents acteurs contribuent aux difficultés de mise en œuvre de la stratégie. Un projet pilote à l’échelle d’un département permettrait de déterminer les modalités d’implantation de la PCIME les plus appropriées au contexte haïtien et de relancer ce programme prioritaire.

Remerciements

Nous remercions François Dabis (ISPED), Olivier Fontaine (OMS, Genève) et Amadou Garbat (Centre d’étude et de recherche pour les méningocoques et les schistosomiases - CERMES, Niamey) pour leur lecture critique du manuscrit ainsi que Evelyne Mouillet (ISPED) pour son aide bibliographique. Nos remerciements vont également à tous les participants à l’enquête.

Références

1 Ahmad OB, Lopez AD, Inoue M. The decline in child mortality : a reappraisal. Bull WHO 2000 ; 78 : 1175-91.

2 Black RE, Morris SS, Bryce J. Where and why are 10 million children dying every year? Lancet 2003 ; 361 : 2226-34.

3 Tulloch J. Integrated approach to child health in developing countries. Lancet 1999 ; 354(Suppl 2) : S16-S20.

4 Deen JL, Vos T, Huttly SRA, et al. Traumatismes et maladies non transmissibles : des pathologies émergentes chez les enfants des pays en développement. Bull WHO 1999 ; 77 : 518-24.

5 Murray CJL, Lopez AD. The global burden of disease : a comprehensive assessment of mortality and disability from diseases, injuries and risk factors in 1990 and projected to 2020. Cambridge : Havard University Press, 1996 ; ; 990 p.

6 Department of Child and Adolescent Health and Development, Organisation mondiale de la santé (OMS). Implementation of IMCI. [Consulté en janvier 2004]. Disponible sur : www.who.int/child-adolescent-health/IMCI/map12-01.jpg.

7 Organisation panaméricaine de la santé ; Organisation mondiale de la santé (OMS). Vingt-sixième conférence sanitaire panaméricaine. Prise en charge intégrée des maladies de l’enfant. 2002. [Consulté en janvier 2004]. Disponible sur : http://www.paho.org/French/GOV/CSP/csp26-11-f.pdf.

8 Organisation panaméricaine de la santé ; Organisation mondiale de la santé (OMS). La prise en charge intégrée des maladies de l’enfant (PCIME) et sa contribution à la réalisation des objectifs de développement du millénaire. 2003. [Consulté en janvier 2004]. Disponible sur : http://www.paho.org/French/GOV/CD/cd44-12-f.pdf.

9 Cayemittes M, Placide MF, Barrère B, Mariko S, Sévère B. Enquête mortalité, morbidité et utilisation des services, Haïti 2000. Calverton (Maryland, États-Unis) : Ministère de la Santé publique et de la Population, Institut haïtien de l’Enfance ; ORC Macro, 2000 ; 375 p.

10 Organisation mondiale de la santé (OMS). The multi-country evaluation of IMCI effectiveness, cost and impact. 2001. [Consulté en janvier 2004]. Disponible sur : http://www.who.int/imci-mce/Publications/PDF/MCE_Progress_Report_2002.pdf.

11 Shah D, Sachdev HP. Evaluation of the WHO/UNICEF algorithm for integrated management of childhood illness between the age of two months to five years. Indian Pediatr 1999 ; 36 : 767-77.

12 Armstrong Schellenberg J, Bryce J, de Savigny D, et al. The effect of Integrated Management of Childhood Illness on observed quality of care of under-fives in rural Tanzania. Health Policy Plan 2004 ; 19 : 1-10.

13 Wammanda RD, Ejembi CL, Iorliam T. Drug treatment costs : projected impact of using the integrated management of childhood illnesses. Trop Doct 2003 ; 33 : 86-8.

14 Boulanger LL, Lee LA, Odhacha A. Treatment in Kenyan rural health facilities : projected drug costs using the WHO-UNICEF integrated management of childhood illness (IMCI) guidelines. Bull WHO 1999 ; 77 : 852-8.

15 Gupta R, Sachdev HP, Shah D. Evaluation of the WHO/UNICEF algorithm for integrated management of childhood illness between the ages of one week to two months. Indian Pediatr 2000 ; 37 : 383-90.

16 Santos I, Victora CG, Martines J, Goncalves H, Gigante DP, Valle NJ, Pelto G. Nutrition counseling increases weight gain among Brazilian children. J Nutr 2001 ; 131 : 2866-73.

17 Lambrechts T, Bryce J, Orinda V. Prise en charge intégrée des maladies de l’enfant : synthèse des premières expériences. Bull WHO 1999 ; 77 : 582-94.

18 Bryce J, El Arifeen S, Pariyo G, Lanata C, Gwatkin D, Habicht JP. Reducing child mortality : can public health deliver? Lancet 2003 ; 362(1) : 59-64.

19 Programme des Nations unies pour le développement. Rapport mondial sur le développement humain. 2003. [Consulté en janvier 2004]. Disponible sur : http://www.undp.org.

20 Bryce J, Victora CG, Habicht JP, Vaughan JP, Black RE. The multi-country evaluation of the integrated management of childhood illness strategy : lessons for the evaluation of public health interventions. Am J Public Health 2004 ; 94 : 406-15.

21 Farmer P. Haïti, l’embargo et la typhoïde. Le Monde Diplomatique 2003 ; 592 : 26-7.

22 Lulseged S. Integrated management of childhood illness : a review of the Ethiopian experience and prospects for child health. Ethiop Med J 2002 ; 40 : 187-201.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]