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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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Victims of violence in urban secondary schools in Sousse (Tunisia)


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 13, Number 3, 165-70, Juillet 2003, Étude originale


Résumé   Summary  

Author(s) : Ahmed Ben Abdelaziz, Fatma Lazreg, Sonia Hafsa, Rafika Gaha, Hajer Nabli, Sonia Messaoud, Adel Ghedira Hassen Ghannem , Service d‘épidémiologie, CHU Farhat Hached de Sousse Sousse 4000 Tunisie <ahmed_epidemioyahoo.fr> .

Summary : Most often epidemiologic studies of violence during adolescence focus on aspects related to the perpetrator. The adolescent victims of violence are certainly at least as numerous, but too little is known about them. Our aim was to estimate the extent of this social phenomenon and to identify its various forms, through a descriptive, cross‐sectional study of a sample of 685 teenagers (409 girls and 276 boys) from six public high schools in Sousse in 1999. A school physician conducted structured interviews to collect the data, recorded in compliance with the ethical rules of confidentiality and anonymity. The results indicate that 36.9% of the adolescents (54% of the boys and 24% of the girls) reported experiencing violence. Within the group of victims, physical violence was reported by 78% of the boys and 63% of the girls, verbal violence by 51% and 63%, respectively. We conclude that experiencing violence is far from uncommon and that it causes acute suffering for youngsters during an important phase of their emotional development and exposes them to the risk of becoming violent as adults. School medical staff can play a crucial role in the prevention and the management of this mistreatment.

Keywords : Violence\; School environment\; Sociology\; Tunisia.

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ARTICLE

Auteur(s) : Ahmed Ben Abdelaziz, Fatma Lazreg, Sonia Hafsa, Rafika Gaha, Hajer Nabli, Sonia Messaoud, Adel Ghedira, Hassen Ghannem

Service d’épidémiologie, CHU Farhat Hached de Sousse Sousse 4000 Tunisie
<ahmed_epidemio@yahoo.fr>

L’adolescence, une phase de maturation bio-psycho-sociale dans un environnement en perpétuelle mutation culturelle, est souvent associée à l’expression de plusieurs problèmes comportementaux limitant l’évolution, l’adaptation et l’épanouissement des jeunes. Outre les problèmes classiques s’exprimant à cette période de vie (sexualité non protégée, consommation des drogues, conduites alimentaires à risque), la violence est un nouveau problème de santé [1, 2] mal vécu par les parents, les enseignants, les encadreurs sociaux mais aussi par les adolescents eux-mêmes. Dans un nouveau « Rapport mondial sur la violence et la santé » [3] en 2002, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), G.H. Brundtland signalait : « Notre action en faveur de la santé publique échouerait si nous sauvions nos enfants des maladies (de l’enfance) pour qu’ils soient victimes d’actes de violence. » C’est un problème à multiples facettes (interpersonnelle, collective, dirigée contre soi), multifactoriel ayant des racines biologiques, psychologiques, sociales et environnementales et dont la solution nécessite des actions multisectorielles avec une importante participation communautaire [3].
Cependant, la quasi-majorité des études réalisées sur la thématique « adolescence et violence » ont été centrées sur une approche culpabilisante reprochant aux adolescents d’être toujours les « auteurs de violence » [4]. En effet, la littérature médico-sociale a consacré relativement moins de recherches à la problématique de la « violence subie » par les jeunes. Les adolescents, comme d’autres populations vulnérables et démunies (enfants, femmes, minorités, exclus sociaux, etc.) peuvent être aussi des victimes de maltraitance. Certes, la « violence subie » par les adolescents est une réalité qui a toujours existé dans tous les pays, les milieux et les moments de l’histoire, mais elle s’exprime selon des formes (verbale, physique, sexuelle) et des milieux (familial, institutionnel) culturellement adaptés [5, 6]. La violence subie, peu étudiée dans la littérature internationale, est encore un sujet tabou dans les pays en développement, gardé par la loi du silence [7] et protégé par des normes culturelles contribuant à sa banalisation et son acceptation sociale [5, 6].
Les interactions entre « violence subie » et « violence agie » sont telles que l’adolescent victime d’une violence a tendance à la projeter sur autrui ou à la retourner contre lui-même (tentative de suicide), d’où la nécessité d’une prévention primaire de la violence subie tout en assurant la sécurité des victimes et en leur apportant un appui. En Tunisie, où les objectifs quantitatifs en matière de santé infantile ont été assez largement atteints, le système de santé s’est lancé dans un débat multisectoriel sur le bien-être des jeunes dans le cadre du « Programme national d’action pour la survie, la protection et le développement de l’enfant » pour la nouvelle décennie. Très peu de données locales sont disponibles sur le sujet de la violence juvénile ; or le développement d’un programme de lutte contre la violence subie par les jeunes nécessite une connaissance de l’ampleur, de la typologie et des caractéristiques de ce phénomène dans le contexte national. Les objectifs de cette étude pilote sont, d’une part, d’estimer l’ampleur du phénomène de la violence subie par les adolescents sous ses différentes formes (physique, verbale et sexuelle) et, d’autre part, de décrire le profil socio-démographique et comportemental des jeunes victimes de violence.

Population d’étude et méthode

Il s’agit d’une étude descriptive et transversale, réalisée sur un échantillon représentatif des adolescents scolarisés dans six lycées étatiques de la ville de Sousse au cours de l’année scolaire 1998-1999.
En Tunisie, un pays encore jeune malgré le phénomène de la transition démographique et la réussite spectaculaire du programme national de planning familial (âge médian : 22 ans), les adolescents de 10 à 19 ans représentent 23 % de la population générale. La scolarisation est obligatoire en Tunisie jusqu’à l’âge de 15 ans à l’école de base (6 ans d’enseignement primaire et 3 ans de collège). Environ 80 % de ces adolescents sont effectivement scolarisés, bénéficiant des activités de médecine scolaire composées essentiellement du dépistage des affections organiques, de la vaccination et de l’éducation pour la santé sur les comportements à risque et les fléaux sociaux. La violence juvénile aussi bien agie que subie, malgré son ampleur sociale et médicale, est une nouvelle thématique de santé communautaire qui a peu intéressé les planificateurs de la santé publique et les acteurs de santé scolaire pour des raisons culturelles et politiques. Aucun programme national spécifique à la violence n’est actuellement opérationnel tant en milieu scolaire que communautaire.
Les données de cette étude ont été recueillies grâce à un questionnaire auto-administré, pré-testé, pré-informatisé et distribué par un médecin scolaire n’exerçant pas dans le même établissement scolaire. La confidentialité des réponses et l’anonymat des répondants ont été scrupuleusement respectés. Outre les sections relatives aux caractéristiques socio-démographiques, de l’image de soi, de l’environnement de l’adolescent et des comportements à risque, le support de recueil des données a été composé de trois questions de type fermé invitant l’élève à préciser s’il a subi une violence au cours de sa vie, le type de cette violence (verbale, physique, sexuelle) et l’identité de l’éventuel agresseur. L’adolescent a été jugé victime de « violence subie » s’il répondait affirmativement à la question « Avez-vous subi une violence dans votre vie ? » Ces données ont été saisies et traitées à l’aide du logiciel Epi-Info 6. Les statistiques descriptives ont été utilisées pour résumer les données et la comparaison des proportions a été effectuée par le test de χ2 avec un seuil de signification de 5 %.

Résultats

La population à l’étude a été composée de 685 jeunes : 276 garçons et 409 filles, soit un sex-ratio de 0,68 en faveur du genre féminin. L’âge variait de 15 à 23 ans avec une moyenne de 18 ans. Quatre-vingt-cinq pour cent des jeunes habitaient la ville de Sousse et 64 % avaient un niveau socio-économique moyen.
Trente-sept pour cent des jeunes avaient déclaré avoir été victimes de violence. Les garçons ont été deux fois plus nombreux à affirmer un vécu de violence (54 % contre 25 % chez les filles) ; cette différence est statistiquement significative (p < 10 – 6). Le portrait-robot du jeune, victime d’une violence, a été plutôt un garçon percevant négativement son état de santé et ayant un syndrome dépressif (tableau 1).

Tableau 1. Profil socio-démographique et sanitaire des jeunes victimes de « violence subie » dans un échantillon de 685 adolescents scolarisés dans les établissements secondaires de la ville de Sousse (Tunisie) en 1999.
Table 1. Socio-demographic and sanitary profile of undergone violence victims among 685 urban school children of Sousse (Tunisia) in 1999.



Violence subie Pas de violence subie
n  % n  %
Sexe
Garçon 149 54 125 45
Fille 102 25 305 75  < 10 – 6
Niveau socio-économique
Faible 45 44 58 56
Moyen 149 35 283 65
Élevé 11 31 24 69 NS
Père
Travaille 229 36 405 64
Chômage 7 50 7 50 NS
Mère
Travaille 88 44 112 56
Chômage 159 34 307 66 0,015
Perception de l’état de santé
Bonne 224 35 406 66
Mauvaise 27 55 22 45 0,006
Syndrome dépressif
Oui 177 36 312 64
Non 74 50 74 50 0,002
NS : non significatif.

Cette violence a été jugée répétée respectivement par 38 % et 30 % des garçons et des filles victimes (tableau 2). Les formes de violence « physique » et « verbale » ont été respectivement retrouvées chez 72 % et 56 % des jeunes victimes. Seulement 11 % des garçons et 1 % des filles agressés ont déclaré avoir été victimes d’une violence sexuelle (figure 1).

Tableau 2Fréquence de la « violence subie » selon 251 adolescents victimes de violence dans la ville de Sousse en 1999.
Table 2. Frequency of undergone violence among 251 victims in the city of Sousse (Tunisia) in 1999.

Garçons Filles Total p
n  % n  % n  %
Rare 55 37 40 39 95 38 NS
Répétée 57 38 31 30 88 35 NS
Non précisée 37 25 31 30 68 27 NS
NS : non significatif.

L’agresseur a été un membre de la famille (le père, la mère, la fratrie) dans 43 % des cas. Le père a été l’agresseur le plus cité par les jeunes (23 %). Les garçons ont été plus agressés que les filles par leurs pères et leurs amis alors que les filles ont été plus agressées par leurs mères et par des inconnus (tableau 3).

Tableau 3. Identité de l’agresseur selon 251 adolescents victimes de « violence subie » dans la ville de Sousse en 1999.
Table 3. Identity of aggressor according to 251 victims of violence perpetrated in the city of Sousse (Tunisia) in 1999.



Garçons Filles Total p
n  % n  % n  %
Agresseur
Père 41 27 16 16 57 23 0,027
Mère 8 5 32 31 40 16 < 10 – 7
Fratrie 6 4 4 4 10 4 NS
Copain 13 9 1 1 14 6 0,018
Inconnu 7 4 15 15 22 15 0,005
Indéterminé 74 50 34 33 108 43 0,01
NS : non significatif.

Les jeunes victimes de « violence subie » avaient une relation conflictuelle avec leur environnement familial (non-participation aux sorties familiales, fugue, un désaccord avec la mère, un désaccord avec le père), scolaire (difficultés scolaires) et amical (sentiment de solitude), statistiquement plus fréquente (tableau 4).

Tableau 4. Facteurs familiaux, scolaires et relationnels associés avec la « violence subie » dans une population de 685 adolescents scolarisés dans les établissements secondaires de la ville de Sousse (Tunisie) en 1999.
Table 4.
 Familial, school and relational factors associated with perpetrated violence among 685 urban school children in Sousse (Tunisia) in 1999.

Violence subie Oui Non P
Facteurs n  % n  %
Milieu familial
Participer aux sorties familiales Oui 14 7 198 93
Non 102 31 229 69 < 10 – 6
Échanger des idées avec la famille Oui 159 34 313 66
Non 91 44 115 56 < 0,01
Faire une fugue Oui 43 67 21 33
Non 208 34 408 66 < 10 – 6
Être en désaccord avec la mère Oui 72 53 63 47
Non 176 34 344 66 < 10 – 4
Être en désaccord avec le père Oui 77 48 84 52
Non 60 16 319 84 < 10 – 6
Milieu scolaire
Avoir des difficultés scolaires Oui 198 45 244 55
Non 53 22 183 78 < 10 – 6
Amis
Être libre de choisir ses amis Oui 214 35 389 65
Non 36 48 39 52 0,034
Être satisfait de ses amis Oui 212 35 395 65
Non 38 53 33 46 0,0021
Avoir un sentiment de solitude Oui 89 50 89 50
Non 160 32 339 68 2 × 10 – 6

Le tableau 5 montre que certains comportements à risque ont été plus fréquents chez les jeunes victimes de violence, tels que, le tabagisme (p < 10 – 8), l’alcoolisme (p < 10 – 6), l’usage des drogues illicites (p < 10 – 4), la participation aux bagarres (p < 10 – 6) et les tentatives de suicide (p < 10 – 6).

Tableau 5. Associations entre la « violence subie » et quelques comportements à risque dans une population de 685 adolescents scolarisés dans les établissements secondaires de la ville de Sousse (Tunisie) en 1999.
Table 5.
 Association between perpetrated violence and some risky behaviors among 685 urban school children in Sousse (Tunisia) in 1999.

Oui Non P
Comportements à risque n  % n  %
Épisodes d’anorexie Oui 146 43 189 56
Non 104 31 233 69 7 × 10 – 4
Conduite toxicomane
Tabagisme actuel Oui 98 62 61 38
Non 151 29 366 71  < 10 – 8
Alcoolisme actuel Oui 88 66 46 34
Non 162 30 379 70  < 10 – 6
Usage de drogues illicites Oui 21 87 3 12
Non 224 35 415 65  < 10 – 4
Sexualité non protégée
Non utilisation de contraceptifs Oui 61 66 31 34
Non 21 60 14 40 NS
Violence agie
Être en colère Oui 35 53 31 47  < 0,01
Non 212 42 296 58
Participer à des bagarres Oui 36 73 13 27  < 10 – 6
Non 213 34 412 66
Avoir des idées suicidaires Oui 40 75 13 25
Non 207 34 407 66  < 10 – 6
Avoir fait des tentatives de suicide Oui 36 68 17 32
Non 209 34 401 66  < 10 – 6

Discussion

La violence subie par les jeunes est une réalité universelle mais encore protégée par la loi du silence, particulièrement dans les pays en développement pour des considérations culturelles et psychosociales [7]. Aborder cette thématique remet en question des normes et des valeurs transmises d’une génération à une autre, autorisant les adultes à utiliser tous les moyens, dont la violence dans l’éducation des enfants, et contraignant les jeunes à l’acceptation et au silence [5, 6]. Chaque étude sur cette problématique est à la fois une aventure scientifique et un défi social.
Ce travail n’a pas été à l’abri de quelques insuffisances méthodologiques limitant faiblement sa validité interne et externe. L’étude de la violence subie par les jeunes repose sur un questionnaire ; bien qu’il soit anonyme, il pourrait décourager les jeunes de répondre à un sujet aussi sensible. Une sous-estimation des prévalences de la violence subie est à envisager lors de l’interprétation des résultats. Étant donné la nature scolaire et urbaine de la population source de l’échantillonnage, l’extrapolation des résultats de cette étude en dehors de la jeunesse tunisienne et scolarisée en milieu urbain ne pourrait se faire sans un éventuel biais de représentativité.
Il ressort de cette étude que la violence subie par les adolescents n’est pas aussi rare que le laissent croire les perceptions de tous les acteurs sociaux (enseignants, parents, politiciens) dans notre région du Sahel tunisien, particulièrement chez les garçons. Ce phénomène se caractérise par sa fréquence assez élevée, sa forme différentielle selon le genre (plutôt verbale chez les filles et physique chez les garçons), sa non-déclaration, son origine essentiellement familiale et son association avec des difficultés relationnelles de l’adolescent avec son environnement humain.

Violence subie : la loi du silence

La prévalence de la « violence subie » par les adolescents interrogés dans notre étude a été assez élevée mais inférieure à celle constatée par d’autres études étrangères qui rapportaient des proportions plus élevées, ainsi qu’une nette augmentation du nombre des signalements effectués au titre des adolescents en danger [8, 9]. Une enquête réalisée en région parisienne [10] a montré que le taux d’adolescents victimes de violence a été de 61 %.

Rareté de la violence sexuelle

La violence sexuelle a été la forme de violence la moins déclarée par les jeunes de notre population d’étude, surtout les filles qui, contrairement à la littérature occidentale, signalaient beaucoup plus de violence verbale [11]. Les garçons avaient plus de courage à rapporter une violence sexuelle que les filles qui semblent accorder plus de considérations, lors de leurs réponses, aux conséquences familiales et sociales d’une telle déclaration, même dans le cadre d’une recherche anonyme par questionnaire. Les valeurs culturelles de la pudeur, de la virginité et de l’honneur sont socialement beaucoup plus exigées pour les filles, dans les pays arabes d’une manière générale, renforçant ainsi la loi du silence autour de la question de la violence subie.
En effet, l’enquête nationale de l’Inserm à trouvé que la violence était physique pour 90 % des cas chez les garçons et sexuelle dans 50 % des cas chez les filles [11]. Parmi les jeunes de la protection judiciaire de la jeunesse ayant participé à l’enquête de M. Choquet [11], 41 % des garçons contre 55 % des filles ont été victimes d’une agression physique au cours de leur vie et 6 % des garçons contre 34 % des filles ont subi une agression sexuelle. Une autre enquête nationale française effectuée en 1993 chez des jeunes âgés de 11 à 19 ans a montré que 15 % des adolescents avaient déclaré avoir subi des agressions physiques et que les victimes de violence sexuelle étaient surtout des filles [11].

Origine familiale

L’agresseur a été un membre de la famille dans 43 % des cas. En effet, le milieu familial qui devrait protéger l’adolescent semble être le premier lieu de violence subie. Cet aspect a été aussi évoqué par les études étrangères qui signalaient que les jeunes âgés entre 16 et 19 ans, subissaient plus de violence intra-familiale [12, 13]. Selon l’enquête de l’Inserm, la tranche d’âge la plus touchée a été représentée par les garçons âgés de plus de 15 ans [11]. Une autre étude parisienne [10] a trouvé que la violence subie a été, dans 13,7 % des cas, vécue dans leurs environnements urbains (famille, cité). L’enquête sociale et de santé québécoise de 1992-1993 a prouvé que chez les jeunes âgés de 15 à 17 ans, 40 % ont été victimes de violence verbale ou symbolique, 10 % de violence physique minime et 3 % de violence physique grave en milieu familial [11]. Les recherches récentes sont consistantes en ce qui concerne l’influence du milieu familial, prouvant que la probabilité d’être victime de violence de la part des parents augmentent si la famille vit dans la pauvreté depuis un certain temps [14].
D’autres études avaient le courage de signaler la violence institutionnelle [15] où existent d’autres formes de violence non pas tant physique qu’intellectuelle, morale et psychologique. Selon ces études, les garçons ont été souvent plus touchés par cette violence que les filles en milieu scolaire [4]. Près d’un jeune sur deux disait avoir été victime d’humiliation de la part d’un professeur [10].

Identité de l’agresseur

La non-déclaration de l’identité de l’agresseur a été constatée selon notre enquête chez 43 % des jeunes victimes de violence qui n’ont pas dévoilé l’identité de leur agresseur (est-ce par peur d’aborder un tel sujet ?). En revanche, l’enquête de M. Choquet réalisée sur les jeunes de la protection judiciaire de la jeunesse a trouvé que l’agresseur est reconnu dans la majorité des cas de violence physique ou sexuelle et que le jeune parle de son agression dans presque 65 % des cas mais ne porte plainte que dans un cas sur quatre [10].

Relation conflictuelle avec l’environnement

Notre enquête fait ressortir que le fait d’être victime de violence est lié à une mauvaise communication familiale, aux difficultés rencontrées dans le milieu scolaire et dans les relations amicales. Dans la littérature internationale, il existe une forte interaction entre la violence subie et la violence agie, l’exposition à la violence intra-familiale ou dans la communauté et la perpétuation de la violence [16, 17]. En effet, les jeunes victimes de mauvais traitements sont exposés au risque de devenir de futurs adultes violents et des parents maltraitants. Les adolescents victimes de violence s’engagent plus que leurs pairs indemnes dans des conduites à risque [18, 19] (états d’ivresse, tabagisme régulier, usage de drogues illicites, troubles de comportement alimentaire à type de boulimie et d’anorexie). D’autres études ont montré qu’il existe des liens entre violence subie et tentative de suicide ; la prévalence de cette dernière passe de 8 % à 40 % si les jeunes ont subi des violences et les jeunes font plus de passage à l’acte suicidaire, surtout s’ils ont été victimes de violence sexuelle [20].

Conclusion

Bien qu’elle atteigne des taux inférieurs à ceux signalés dans la littérature occidentale, la prévalence de la violence subie constatée chez les adolescents scolarisés dans la région de Sousse est une réalité à ne plus nier mais à prendre en considération, particulièrement par les services de médecine scolaire qui devraient accorder plus d’importance à l’écoute des ces jeunes en difficulté de vie et au dialogue avec les parents sur cette thématique encore tabou dans notre contexte culturel.
Une réflexion sur la violence subie par les jeunes menée par une équipe pluridisciplinaire regroupant les professionnels de la santé, du milieu scolaire, des ministères de la Sécurité et de la Justice ainsi que des travailleurs sociaux, est à envisager. D’autres recherches sur cette thématique, utilisant des schémas d’études des sciences sociales, et appliquées à d’autres strates de jeunes, en situation de chômage ou de travail, seront nécessaires pour mieux comprendre les spécificités socio-épidémiologiques de ce nouveau problème de santé des jeunes.

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Violence subie

Fréquence de la violence subie


 

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