ARTICLE
Auteur(s) : Ahmed Ben Abdelaziz, Fatma Lazreg, Sonia
Hafsa, Rafika Gaha, Hajer Nabli, Sonia Messaoud, Adel Ghedira,
Hassen Ghannem
Service d’épidémiologie, CHU Farhat Hached de Sousse Sousse 4000
Tunisie
<ahmed_epidemio@yahoo.fr>
L’adolescence, une phase de maturation bio-psycho-sociale dans un
environnement en perpétuelle mutation culturelle, est souvent
associée à l’expression de plusieurs problèmes comportementaux
limitant l’évolution, l’adaptation et l’épanouissement des jeunes.
Outre les problèmes classiques s’exprimant à cette période de vie
(sexualité non protégée, consommation des drogues, conduites
alimentaires à risque), la violence est un nouveau problème de
santé [1, 2] mal vécu par les parents, les enseignants, les
encadreurs sociaux mais aussi par les adolescents eux-mêmes. Dans
un nouveau « Rapport mondial sur la violence et la
santé » [3] en 2002, le directeur général de l’Organisation
mondiale de la santé (OMS), G.H. Brundtland signalait :
« Notre action en faveur de la santé publique échouerait si
nous sauvions nos enfants des maladies (de l’enfance) pour qu’ils
soient victimes d’actes de violence. » C’est un problème à
multiples facettes (interpersonnelle, collective, dirigée contre
soi), multifactoriel ayant des racines biologiques, psychologiques,
sociales et environnementales et dont la solution nécessite des
actions multisectorielles avec une importante participation
communautaire [3].
Cependant, la quasi-majorité des études réalisées sur la
thématique « adolescence et violence » ont été centrées
sur une approche culpabilisante reprochant aux adolescents d’être
toujours les « auteurs de violence » [4]. En effet, la
littérature médico-sociale a consacré relativement moins de
recherches à la problématique de la « violence subie »
par les jeunes. Les adolescents, comme d’autres populations
vulnérables et démunies (enfants, femmes, minorités, exclus
sociaux, etc.) peuvent être aussi des victimes de maltraitance.
Certes, la « violence subie » par les adolescents est une
réalité qui a toujours existé dans tous les pays, les milieux et
les moments de l’histoire, mais elle s’exprime selon des formes
(verbale, physique, sexuelle) et des milieux (familial,
institutionnel) culturellement adaptés [5, 6]. La violence subie,
peu étudiée dans la littérature internationale, est encore un sujet
tabou dans les pays en développement, gardé par la loi du silence
[7] et protégé par des normes culturelles contribuant à sa
banalisation et son acceptation sociale [5, 6].
Les interactions entre « violence subie » et
« violence agie » sont telles que l’adolescent victime
d’une violence a tendance à la projeter sur autrui ou à la
retourner contre lui-même (tentative de suicide), d’où la nécessité
d’une prévention primaire de la violence subie tout en assurant la
sécurité des victimes et en leur apportant un appui. En Tunisie, où
les objectifs quantitatifs en matière de santé infantile ont été
assez largement atteints, le système de santé s’est lancé dans un
débat multisectoriel sur le bien-être des jeunes dans le cadre du
« Programme national d’action pour la survie, la protection et
le développement de l’enfant » pour la nouvelle décennie. Très
peu de données locales sont disponibles sur le sujet de la violence
juvénile ; or le développement d’un programme de lutte contre
la violence subie par les jeunes nécessite une connaissance de
l’ampleur, de la typologie et des caractéristiques de ce phénomène
dans le contexte national. Les objectifs de cette étude pilote
sont, d’une part, d’estimer l’ampleur du phénomène de la violence
subie par les adolescents sous ses différentes formes (physique,
verbale et sexuelle) et, d’autre part, de décrire le profil
socio-démographique et comportemental des jeunes victimes de
violence.
Population d’étude et méthode
Il s’agit d’une étude descriptive et transversale, réalisée sur
un échantillon représentatif des adolescents scolarisés dans six
lycées étatiques de la ville de Sousse au cours de l’année scolaire
1998-1999.
En Tunisie, un pays encore jeune malgré le phénomène de la
transition démographique et la réussite spectaculaire du programme
national de planning familial (âge médian : 22 ans), les
adolescents de 10 à 19 ans représentent 23 % de la
population générale. La scolarisation est obligatoire en Tunisie
jusqu’à l’âge de 15 ans à l’école de base (6 ans
d’enseignement primaire et 3 ans de collège). Environ
80 % de ces adolescents sont effectivement scolarisés,
bénéficiant des activités de médecine scolaire composées
essentiellement du dépistage des affections organiques, de la
vaccination et de l’éducation pour la santé sur les comportements à
risque et les fléaux sociaux. La violence juvénile aussi bien agie
que subie, malgré son ampleur sociale et médicale, est une nouvelle
thématique de santé communautaire qui a peu intéressé les
planificateurs de la santé publique et les acteurs de santé
scolaire pour des raisons culturelles et politiques. Aucun
programme national spécifique à la violence n’est actuellement
opérationnel tant en milieu scolaire que communautaire.
Les données de cette étude ont été recueillies grâce à un
questionnaire auto-administré, pré-testé, pré-informatisé et
distribué par un médecin scolaire n’exerçant pas dans le même
établissement scolaire. La confidentialité des réponses et
l’anonymat des répondants ont été scrupuleusement respectés. Outre
les sections relatives aux caractéristiques socio-démographiques,
de l’image de soi, de l’environnement de l’adolescent et des
comportements à risque, le support de recueil des données a été
composé de trois questions de type fermé invitant l’élève à
préciser s’il a subi une violence au cours de sa vie, le type de
cette violence (verbale, physique, sexuelle) et l’identité de
l’éventuel agresseur. L’adolescent a été jugé victime de
« violence subie » s’il répondait affirmativement à la
question « Avez-vous subi une violence dans votre
vie ? » Ces données ont été saisies et traitées à l’aide
du logiciel Epi-Info 6. Les statistiques descriptives
ont été utilisées pour résumer les données et la comparaison des
proportions a été effectuée par le test de χ2 avec un
seuil de signification de 5 %.
Résultats
La population à l’étude a été composée de 685 jeunes :
276 garçons et 409 filles, soit un sex-ratio de
0,68 en faveur du genre féminin. L’âge variait de 15 à 23 ans
avec une moyenne de 18 ans. Quatre-vingt-cinq pour cent des
jeunes habitaient la ville de Sousse et 64 % avaient un niveau
socio-économique moyen.
Trente-sept pour cent des jeunes avaient déclaré avoir été
victimes de violence. Les garçons ont été deux fois plus nombreux à
affirmer un vécu de violence (54 % contre 25 % chez les
filles) ; cette différence est statistiquement significative
(p < 10 – 6). Le portrait-robot
du jeune, victime d’une violence, a été plutôt un garçon percevant
négativement son état de santé et ayant un syndrome dépressif
(tableau 1).
Tableau 1. Profil
socio-démographique et sanitaire des jeunes victimes de
« violence subie » dans un échantillon de
685 adolescents scolarisés dans les établissements secondaires
de la ville de Sousse (Tunisie) en 1999.
Table 1. Socio-demographic and sanitary profile of
undergone violence victims among 685 urban school children of
Sousse (Tunisia) in 1999.
|
|
|
Violence subie |
Pas de violence subie |
|
|
|
n |
% |
n |
% |
|
| Sexe |
|
|
|
|
|
|
|
Garçon |
149 |
54 |
125 |
45 |
|
|
Fille |
102 |
25 |
305 |
75 |
< 10 – 6 |
| Niveau socio-économique |
|
|
|
|
|
Faible |
45 |
44 |
58 |
56 |
|
|
Moyen |
149 |
35 |
283 |
65 |
|
|
Élevé |
11 |
31 |
24 |
69 |
NS |
| Père |
|
|
|
|
|
|
|
Travaille |
229 |
36 |
405 |
64 |
|
|
Chômage |
7 |
50 |
7 |
50 |
NS |
| Mère |
|
|
|
|
|
|
|
Travaille |
88 |
44 |
112 |
56 |
|
|
Chômage |
159 |
34 |
307 |
66 |
0,015 |
| Perception de l’état de santé |
|
|
|
|
|
Bonne |
224 |
35 |
406 |
66 |
|
|
Mauvaise |
27 |
55 |
22 |
45 |
0,006 |
| Syndrome dépressif |
|
|
|
|
|
Oui |
177 |
36 |
312 |
64 |
|
|
Non |
74 |
50 |
74 |
50 |
0,002 |
NS : non significatif.
Cette violence a été jugée répétée respectivement par 38 %
et 30 % des garçons et des filles victimes (tableau 2). Les formes de violence
« physique » et « verbale » ont été
respectivement retrouvées chez 72 % et 56 % des jeunes
victimes. Seulement 11 % des garçons et 1 % des filles
agressés ont déclaré avoir été victimes d’une violence sexuelle
(figure 1).
Tableau 2. Fréquence de la
« violence subie » selon 251 adolescents victimes de
violence dans la ville de Sousse en 1999.
Table 2. Frequency of undergone violence among
251 victims in the city of Sousse (Tunisia) in 1999.
| Garçons |
Filles |
Total |
p |
|
|
n |
% |
n |
% |
n |
% |
|
|
Rare |
55 |
37 |
40 |
39 |
95 |
38 |
NS |
|
Répétée |
57 |
38 |
31 |
30 |
88 |
35 |
NS |
| Non
précisée |
37 |
25 |
31 |
30 |
68 |
27 |
NS |
NS : non significatif.
L’agresseur a été un membre de la famille (le père, la mère, la
fratrie) dans 43 % des cas. Le père a été l’agresseur le plus
cité par les jeunes (23 %). Les garçons ont été plus agressés
que les filles par leurs pères et leurs amis alors que les filles
ont été plus agressées par leurs mères et par des inconnus (tableau 3).
Tableau 3. Identité de
l’agresseur selon 251 adolescents victimes de « violence
subie » dans la ville de Sousse en 1999.
Table 3. Identity of aggressor according to 251
victims of violence perpetrated in the city of Sousse (Tunisia) in
1999.
|
Garçons |
Filles |
Total |
p |
|
n |
% |
n |
% |
n |
% |
|
|
Agresseur |
|
|
|
|
|
|
|
| Père |
41 |
27 |
16 |
16 |
57 |
23 |
0,027 |
| Mère |
8 |
5 |
32 |
31 |
40 |
16 |
< 10 – 7 |
| Fratrie |
6 |
4 |
4 |
4 |
10 |
4 |
NS |
| Copain |
13 |
9 |
1 |
1 |
14 |
6 |
0,018 |
| Inconnu |
7 |
4 |
15 |
15 |
22 |
15 |
0,005 |
| Indéterminé |
74 |
50 |
34 |
33 |
108 |
43 |
0,01 |
NS : non significatif.
Les jeunes victimes de « violence subie » avaient une
relation conflictuelle avec leur environnement familial
(non-participation aux sorties familiales, fugue, un désaccord avec
la mère, un désaccord avec le père), scolaire (difficultés
scolaires) et amical (sentiment de solitude), statistiquement plus
fréquente (tableau 4).
Tableau 4. Facteurs familiaux,
scolaires et relationnels associés avec la « violence
subie » dans une population de 685 adolescents scolarisés
dans les établissements secondaires de la ville de Sousse (Tunisie)
en 1999.
Table 4. Familial, school and relational factors
associated with perpetrated violence among 685 urban school
children in Sousse (Tunisia) in 1999.
|
Violence
subie |
Oui |
Non |
P |
|
Facteurs |
n |
% |
n |
% |
|
| Milieu familial |
|
|
|
|
|
|
| Participer aux sorties
familiales |
Oui |
14 |
7 |
198 |
93 |
|
|
Non |
102 |
31 |
229 |
69 |
< 10 – 6 |
| Échanger des idées avec la
famille |
Oui |
159 |
34 |
313 |
66 |
|
|
Non |
91 |
44 |
115 |
56 |
< 0,01 |
| Faire une fugue |
Oui |
43 |
67 |
21 |
33 |
|
|
Non |
208 |
34 |
408 |
66 |
< 10 – 6 |
| Être en désaccord avec la
mère |
Oui |
72 |
53 |
63 |
47 |
|
|
Non |
176 |
34 |
344 |
66 |
< 10 – 4 |
| Être en désaccord avec le
père |
Oui |
77 |
48 |
84 |
52 |
|
|
Non |
60 |
16 |
319 |
84 |
< 10 – 6 |
| Milieu scolaire |
|
|
|
|
|
|
| Avoir des difficultés
scolaires |
Oui |
198 |
45 |
244 |
55 |
|
|
Non |
53 |
22 |
183 |
78 |
< 10 – 6 |
| Amis |
|
|
|
|
|
|
| Être libre de choisir ses
amis |
Oui |
214 |
35 |
389 |
65 |
|
|
Non |
36 |
48 |
39 |
52 |
0,034 |
| Être satisfait de ses
amis |
Oui |
212 |
35 |
395 |
65 |
|
|
Non |
38 |
53 |
33 |
46 |
0,0021 |
| Avoir un sentiment de
solitude |
Oui |
89 |
50 |
89 |
50 |
|
|
Non |
160 |
32 |
339 |
68 |
2 × 10 – 6 |
Le tableau 5 montre que certains
comportements à risque ont été plus fréquents chez les jeunes
victimes de violence, tels que, le tabagisme
(p < 10 – 8), l’alcoolisme
(p < 10 – 6), l’usage des drogues
illicites (p < 10 – 4), la
participation aux bagarres
(p < 10 – 6) et les tentatives de
suicide (p < 10 – 6).
Tableau 5. Associations entre la
« violence subie » et quelques comportements à risque
dans une population de 685 adolescents scolarisés dans les
établissements secondaires de la ville de Sousse (Tunisie) en
1999.
Table 5. Association between perpetrated violence and
some risky behaviors among 685 urban school children in Sousse
(Tunisia) in 1999.
|
Oui |
Non |
P |
| Comportements à risque |
|
n |
% |
n |
% |
| Épisodes
d’anorexie |
Oui |
146 |
43 |
189 |
56 |
|
|
Non |
104 |
31 |
233 |
69 |
7 × 10 – 4 |
| Conduite
toxicomane |
|
|
|
|
|
|
| Tabagisme
actuel |
Oui |
98 |
62 |
61 |
38 |
|
|
Non |
151 |
29 |
366 |
71 |
< 10 – 8 |
| Alcoolisme
actuel |
Oui |
88 |
66 |
46 |
34 |
|
|
Non |
162 |
30 |
379 |
70 |
< 10 – 6 |
| Usage de drogues
illicites |
Oui |
21 |
87 |
3 |
12 |
|
|
Non |
224 |
35 |
415 |
65 |
< 10 – 4 |
| Sexualité non
protégée |
|
|
|
|
|
|
| Non utilisation
de contraceptifs |
Oui |
61 |
66 |
31 |
34 |
|
|
Non |
21 |
60 |
14 |
40 |
NS |
| Violence
agie |
|
|
|
|
|
|
| Être en
colère |
Oui |
35 |
53 |
31 |
47 |
< 0,01 |
|
Non |
212 |
42 |
296 |
58 |
|
| Participer à des
bagarres |
Oui |
36 |
73 |
13 |
27 |
< 10 – 6 |
|
Non |
213 |
34 |
412 |
66 |
|
| Avoir des idées
suicidaires |
Oui |
40 |
75 |
13 |
25 |
|
|
Non |
207 |
34 |
407 |
66 |
< 10 – 6 |
| Avoir fait des
tentatives de suicide |
Oui |
36 |
68 |
17 |
32 |
|
|
Non |
209 |
34 |
401 |
66 |
< 10 – 6 |
Discussion
La violence subie par les jeunes est une réalité universelle
mais encore protégée par la loi du silence, particulièrement dans
les pays en développement pour des considérations culturelles et
psychosociales [7]. Aborder cette thématique remet en question des
normes et des valeurs transmises d’une génération à une autre,
autorisant les adultes à utiliser tous les moyens, dont la violence
dans l’éducation des enfants, et contraignant les jeunes à
l’acceptation et au silence [5, 6]. Chaque étude sur cette
problématique est à la fois une aventure scientifique et un défi
social.
Ce travail n’a pas été à l’abri de quelques insuffisances
méthodologiques limitant faiblement sa validité interne et externe.
L’étude de la violence subie par les jeunes repose sur un
questionnaire ; bien qu’il soit anonyme, il pourrait
décourager les jeunes de répondre à un sujet aussi sensible. Une
sous-estimation des prévalences de la violence subie est à
envisager lors de l’interprétation des résultats. Étant donné la
nature scolaire et urbaine de la population source de
l’échantillonnage, l’extrapolation des résultats de cette étude en
dehors de la jeunesse tunisienne et scolarisée en milieu urbain ne
pourrait se faire sans un éventuel biais de représentativité.
Il ressort de cette étude que la violence subie par les
adolescents n’est pas aussi rare que le laissent croire les
perceptions de tous les acteurs sociaux (enseignants, parents,
politiciens) dans notre région du Sahel tunisien, particulièrement
chez les garçons. Ce phénomène se caractérise par sa fréquence
assez élevée, sa forme différentielle selon le genre (plutôt
verbale chez les filles et physique chez les garçons), sa
non-déclaration, son origine essentiellement familiale et son
association avec des difficultés relationnelles de l’adolescent
avec son environnement humain.
Violence subie : la loi du silence
La prévalence de la « violence subie » par les
adolescents interrogés dans notre étude a été assez élevée mais
inférieure à celle constatée par d’autres études étrangères qui
rapportaient des proportions plus élevées, ainsi qu’une nette
augmentation du nombre des signalements effectués au titre des
adolescents en danger [8, 9]. Une enquête réalisée en région
parisienne [10] a montré que le taux d’adolescents victimes de
violence a été de 61 %.
Rareté de la violence sexuelle
La violence sexuelle a été la forme de violence la moins
déclarée par les jeunes de notre population d’étude, surtout les
filles qui, contrairement à la littérature occidentale, signalaient
beaucoup plus de violence verbale [11]. Les garçons avaient plus de
courage à rapporter une violence sexuelle que les filles qui
semblent accorder plus de considérations, lors de leurs réponses,
aux conséquences familiales et sociales d’une telle déclaration,
même dans le cadre d’une recherche anonyme par questionnaire. Les
valeurs culturelles de la pudeur, de la virginité et de l’honneur
sont socialement beaucoup plus exigées pour les filles, dans les
pays arabes d’une manière générale, renforçant ainsi la loi du
silence autour de la question de la violence subie.
En effet, l’enquête nationale de l’Inserm à trouvé que la violence
était physique pour 90 % des cas chez les garçons et sexuelle
dans 50 % des cas chez les filles [11]. Parmi les jeunes de la
protection judiciaire de la jeunesse ayant participé à l’enquête de
M. Choquet [11], 41 % des garçons contre 55 % des filles
ont été victimes d’une agression physique au cours de leur vie et
6 % des garçons contre 34 % des filles ont subi une
agression sexuelle. Une autre enquête nationale française effectuée
en 1993 chez des jeunes âgés de 11 à 19 ans a montré que
15 % des adolescents avaient déclaré avoir subi des agressions
physiques et que les victimes de violence sexuelle étaient surtout
des filles [11].
Origine familiale
L’agresseur a été un membre de la famille dans 43 % des
cas. En effet, le milieu familial qui devrait protéger l’adolescent
semble être le premier lieu de violence subie. Cet aspect a été
aussi évoqué par les études étrangères qui signalaient que les
jeunes âgés entre 16 et 19 ans, subissaient plus de violence
intra-familiale [12, 13]. Selon l’enquête de l’Inserm, la tranche
d’âge la plus touchée a été représentée par les garçons âgés de
plus de 15 ans [11]. Une autre étude parisienne [10] a trouvé
que la violence subie a été, dans 13,7 % des cas, vécue dans
leurs environnements urbains (famille, cité). L’enquête sociale et
de santé québécoise de 1992-1993 a prouvé que chez les jeunes âgés
de 15 à 17 ans, 40 % ont été victimes de violence verbale
ou symbolique, 10 % de violence physique minime et 3 % de
violence physique grave en milieu familial [11]. Les recherches
récentes sont consistantes en ce qui concerne l’influence du milieu
familial, prouvant que la probabilité d’être victime de violence de
la part des parents augmentent si la famille vit dans la pauvreté
depuis un certain temps [14].
D’autres études avaient le courage de signaler la violence
institutionnelle [15] où existent d’autres formes de violence non
pas tant physique qu’intellectuelle, morale et psychologique. Selon
ces études, les garçons ont été souvent plus touchés par cette
violence que les filles en milieu scolaire [4]. Près d’un jeune sur
deux disait avoir été victime d’humiliation de la part d’un
professeur [10].
Identité de l’agresseur
La non-déclaration de l’identité de l’agresseur a été constatée
selon notre enquête chez 43 % des jeunes victimes de violence
qui n’ont pas dévoilé l’identité de leur agresseur (est-ce par peur
d’aborder un tel sujet ?). En revanche, l’enquête de M.
Choquet réalisée sur les jeunes de la protection judiciaire de la
jeunesse a trouvé que l’agresseur est reconnu dans la majorité des
cas de violence physique ou sexuelle et que le jeune parle de son
agression dans presque 65 % des cas mais ne porte plainte que
dans un cas sur quatre [10].
Relation conflictuelle avec l’environnement
Notre enquête fait ressortir que le fait d’être victime de
violence est lié à une mauvaise communication familiale, aux
difficultés rencontrées dans le milieu scolaire et dans les
relations amicales. Dans la littérature internationale, il existe
une forte interaction entre la violence subie et la violence agie,
l’exposition à la violence intra-familiale ou dans la communauté et
la perpétuation de la violence [16, 17]. En effet, les jeunes
victimes de mauvais traitements sont exposés au risque de devenir
de futurs adultes violents et des parents maltraitants. Les
adolescents victimes de violence s’engagent plus que leurs pairs
indemnes dans des conduites à risque [18, 19] (états d’ivresse,
tabagisme régulier, usage de drogues illicites, troubles de
comportement alimentaire à type de boulimie et d’anorexie).
D’autres études ont montré qu’il existe des liens entre violence
subie et tentative de suicide ; la prévalence de cette
dernière passe de 8 % à 40 % si les jeunes ont subi des
violences et les jeunes font plus de passage à l’acte suicidaire,
surtout s’ils ont été victimes de violence sexuelle [20].
Conclusion
Bien qu’elle atteigne des taux inférieurs à ceux signalés dans
la littérature occidentale, la prévalence de la violence subie
constatée chez les adolescents scolarisés dans la région de Sousse
est une réalité à ne plus nier mais à prendre en considération,
particulièrement par les services de médecine scolaire qui
devraient accorder plus d’importance à l’écoute des ces jeunes en
difficulté de vie et au dialogue avec les parents sur cette
thématique encore tabou dans notre contexte culturel.
Une réflexion sur la violence subie par les jeunes menée par une
équipe pluridisciplinaire regroupant les professionnels de la
santé, du milieu scolaire, des ministères de la Sécurité et de la
Justice ainsi que des travailleurs sociaux, est à envisager.
D’autres recherches sur cette thématique, utilisant des schémas
d’études des sciences sociales, et appliquées à d’autres strates de
jeunes, en situation de chômage ou de travail, seront nécessaires
pour mieux comprendre les spécificités socio-épidémiologiques de ce
nouveau problème de santé des jeunes.
Références
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and sexual coercion in South Africa: An overview. Soc Sci
Med 2002 ; 55 : 1231-44.
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students in Mpumalanga Province, South Africa. Psychol Rep
2001 ; 89 : 431-44.
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2002 ; 350 p.
4. Tursz A, Rey C. La violence à
l’adolescence : une sémiologie, des causes et une prévention
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44 : 297-300.
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Fréquence de la violence subie
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