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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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Neurologic disturbancies in Human Immunodeficiency Virus carriers in Yaoundé


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 13, Number 3, 155-8, Juillet 2003, Étude originale


Résumé   Summary  

Author(s) : René Atangana, Jean Bahebeck, Émile Telesfore Mboudou, Victor Claude Eyenga, Fidèle Binam , Faculté de médecine et des sciences biomédicales, Université de Yaoundé I, BP 1364 Yaoundé, République du Cameroun <reneatanganayahoo.fr> .

Summary : Neurological manifestations are frequent with the acquired immunodeficiency syndrome (AIDS). They can be seen at the onset of the illness but more often they are found during its terminal phase. The aim of this study is to describe the neurological complications observed in AIDS as well as the evolution in the intensive care unit of the Yaounde General Hospital, Republic of Cameroon. This prospective study was carried out during a two‐year period at the intensive care unit. All patients who were HIV‐positive and who presented a neurological disorder diagnosed during the interrogation and clinical examination were included in this study. In these patients, the following paraclinical examinations were performed: ocular fundi, CD4 lymphocytes titre, toxoplasmosis serology, lumbar tap, and cerebral scan. A diagnosis was made and the patients were treated accordingly. The appreciation of the evolution was done in relation with the clinical state and the mortality observed in the service. We recruited 51 patients in all, aged 38 years on average (± 7 years). There were 31 women and 20 men. The neurological disorders observed were 26 states of coma, 14 agitations with mental confusion, 6 meningitis syndroms, 5 hallucinations. The titre of CD4 showed an average of 146\\mm 3 (± 12). Toxoplasmosis serology was positive for 6 patients. The cerebrospinal fluid revealed 2 cases of purulent meningitis. The ocular fundi showed 5 cases of papillary oedema. The cerebral scan showed 8 cases of cerebral abscess, 4 cases of cerebral tumour and 6 cases of cerebral toxoplasmosis. These paraclinical findings have enabled us to establish the following classification of the patients: cerebral tumors (n∓4)\; bacterial meningitis (n∓2)\; aseptic meningitis (n∓10)\; cerebral toxoplasmosis (n∓6)\; sub‐acute encephalopathy (n∓21)\; cerebral abcess (n∓8). These patients were treated according to the diagnosis. The clinical evolution was marked by recovery in 14 patients with improved clinical state and by mortality in 34 patients. Many neurological disorders exist in HIV infections. These complications vary according to the stage of the illness. They are caused either by opportunistic infections, by tumours or by the virus itself. The most frequent complication in our service is sub‐acute encephalitis, which induces coma. This is due to the fact that the intensive care unit receives terminal patients coming from other services. This late recruitment of patients also explains the high mortality rate.

Keywords : Neurology\; Resuscitation\; AIDS.

ARTICLE

Auteur(s) : René Atangana, Jean Bahebeck, Émile Telesfore Mboudou, Victor Claude Eyenga, Fidèle Binam

Faculté de médecine et des sciences biomédicales, Université de Yaoundé I, BP 1364 Yaoundé, République du Cameroun
<reneatangana@yahoo.fr>

L’infection par le virus d’immunodéficience acquise humaine (VIH), dont la première description remonte à 1981, était essentiellement caractérisée par une pneumonie à Pneumocystis carinii associée ou non à un sarcome de Kaposi. Les connaissances de l’époque indiquaient alors une association entre ces deux maladies et un état d’immunodépression. Les connaissances se sont précisées et, en 1983, le virus responsable a été isolé [1]. En 1986, un ensemble de signes et symptômes neurologiques a été décrit et réuni sous le terme de « AIDS Dementia complex » ou encore « AIDS Related Dementia » [2]. En Afrique sub-saharienne, cette infection n’a cessé de s’étendre, touchant surtout la population sexuellement active. Elle est fréquemment accompagnée de complications neurologiques [3, 4]. Celles-ci sont inaugurales dans 10 % des cas ; dans 40 à 75 % des cas, elles surviennent en cours de maladie. Des autopsies ont pu mettre en évidence une atteinte du système nerveux dans 75 % des cas [1, 4, 5]. Le but de cette étude est de décrire les complications neurologiques liées au Sida ainsi que leur évolution, rencontrées dans le service de réanimation de l’hôpital général de Yaoundé, république du Cameroun.

Méthodologie

Il s’agit d’une étude descriptive réalisée sur deux ans, du 1er janvier 1998 au 31 décembre 2000. Elle a été menée dans le service de réanimation de l’hôpital général de Yaoundé, l’unité de réanimation polyvalente étant dotée de 12 lits et recevant environ 350 patients par an pour diverses pathologies. Ont été inclus dans cette étude tous les patients ayant une sérologie positive au VIH, en phase maladie selon la classification de l’OMS et présentant des complications neurologiques diagnostiquées à partir de l’anamnèse et de l’examen clinique.
Dans cette série, le diagnostic de VIH a été confirmé par les tests biologiques Elisa et le western blot. Le suivi biologique comprenait en outre le titrage des CD4, la sérologie toxoplasmique, un scanner cérébral, un fond d’œil et une ponction lombaire. Un traitement symptomatique est prescrit selon la complication neurologique identifiée. L’évolution est appréciée par l’état clinique et le taux de mortalité survenue pendant l’étude. Différents tests statistiques ont été utilisés selon le type de résultats.

Résultats

Nous avons recensé 51 patients sur 683 admissions, soit une prévalence de 7,5 % comprenant 31 femmes (60,8 %) et 20 hommes (39,2 %) donnant un sex ratio F/M de 1,5. L’âge moyen était de 38 ans (± 7 ans), les extrêmes allant de 18 à 55 ans.
Les tableaux neurologiques à l’entrée comprenaient :
– 26 patients (51 %) comateux avec un score de Glasgow inférieur à 8 (normal = 15), 14 malades (27,4 %) agités, en état de confusion mentale associée à des propos incohérents et une désorientation spatio-temporelle,
– 5 patients (9,8 %) avec fièvre, céphalées intenses et hallucinations,
– et 6 patients (11,8 %) avec un syndrome méningé associant des céphalées, raideur de la nuque et un signe de Kernig positif.
Chez ces patients, le titrage de CD4 a montré un taux moyen de 146 éléments/mm3 (± 12) avec des extrêmes allant de 10 à 496 éléments/mm3.
Le scanner cérébral a révélé 6 images hyperdenses, nodulaires et arrondies évoquant une toxoplasmose cérébrale, 8 images d’abcès cérébraux, 14 cas d’œdèmes diffus sans signes de localisation, 4 patients avec une atrophie cérébrale, 12 patients avec un scanner cérébral normal et 4 patients avec une opacité nodulaire homogène prenant le contraste, située dans une zone d’œdème évoquant un abcès cérébral.
L’analyse du fond d’œil a mis en évidence 46 fonds d’œil normaux et 5 cas d’œdème papillaire évoquant une hypertension intra-crânienne.
La sérologie toxoplasmique était positive chez 6 malades.
Tous les malades ont subi une ponction lombaire et l’analyse du liquide céphalo-rachidien (LCR) a montré un liquide trouble type « eau de riz » chez 2 malades dont l’analyse bactériologique a permis d’isoler un Echerichia coli et un Streptococcus pneumoniae. Un liquide de type « eau de roche » est retrouvé chez 49 patients. Chez 10 patients, on a noté une lymphocytose avec 425 éléments/mm3 (± 27) en moyenne. Une hyperproteinorachie a été retrouvée à 0,75 g (± 0,2 g/L) et chez 39 patients, la lymphocytose était faible, avec en moyenne 2 éléments/mm3, la proteinorachie étant normale.
Aucun germe n’a été mis en évidence à l’analyse virale.
À la suite des bilans paracliniques, nous avons classé les malades neurologiques de la manière suivante :
– 8 abcès cérébraux associant céphalées, fièvre et confirmation au scanner ;
– 6 toxoplasmoses cérébrales avec troubles neurologiques et confirmation radiologique ;
– 2 méningites bactériennes avec des signes cliniques, un LCR trouble et la présence de germes ;
– 21 cas sans étiologie regroupés sous le diagnostic d’encéphalopathie sub-aiguë ;
– 4 tumeurs cérébrales accompagnées de céphalées, de signes d’hypertension intracrânienne et de lésion radiologique nodulaire homogène prenant le contraste au scanner.

Traitements

Les traitements suivants ont été proposés :
– mise en route d’une corticothérapie chez les patients présentant une tumeur cérébrale ;
– administration de diurétiques osmotiques pour diminuer l’œdème cérébral ;
– intubation trachéale et ventilation mécanique chez les patients comateux ;
– ponction gastrique à la ranitidine ;
– antibiothérapie selon la sensibilité du germe chez les patients présentant une méningite bactérienne ;
– intervention chirurgicale avec drainage et antibiothérapie en cas d’abcès ;
– traitement de la toxoplasmose cérébrale ;
– correction des troubles hydroélectrolytiques et nutritionnels par l’alimentation parentérale ou entérale à la sonde nasogastrique.
Le traitement antirétroviral n’a pas été pris en compte dans ce travail.
L’évolution a été marquée par :
– une rémission chez 17 patients avec une amélioration de l’état neurologique et de l’état général (33 %) et un séjour moyen en réanimation de 12 jours (± 4 jours) ;
– un décès chez 34 malades, soit une mortalité de 67 %.
Parmi les causes de décès on a noté 2 cas d’abcès cérébral, 2 cas de méningite septique, 7 cas de méningite aseptique, 17 cas d’encéphalite sub-aiguë, 2 cas de toxoplasmose cérébrale et 4 cas de tumeur cérébrale.
Ces cas contribuent à un taux de mortalité de 5 % parmi les malades admis dans le service de réanimation de notre formation hospitalière.

Discussion

Des manifestations neurologiques variées accompagnent l’infection au VIH. Ces troubles neurologiques diffèrent en fonction de l’évolution de la maladie [4]. Dans les pays développés, ces manifestations ont été bien cataloguées. Lévy et al., sur une série de 1 286 patients malades du sida, ont rapporté 37 % de manifestations neurologiques [3] ; de même, Katlama et al., dans un travail portant sur 115 patients sidéens, ont observé 35 % de sujets présentant des atteintes nerveuses [4]. En zone tropicale, où la prévalence des porteurs du VIH ne cesse d’augmenter [6, 7], la prévalence des atteintes neurologiques reste à apprécier avec exactitude.
Ces manifestations sont en général divisées en trois grands groupes selon leurs étiologies : les atteintes liées aux infections opportunistes, celles liées aux tumeurs de localisation cérébrale et enfin les manifestations dues au VIH lui-même [8].
Parmi les infections opportunistes responsables des atteintes neurologiques, on cite : les infections parasitaires et mycosiques, au rang lesquelles la toxoplasmose et la cryptococcose sont en tête, les infections virales avec surtout les infections à cytomegalovirus et à herpes simplex virus et enfin les infections bactériennes dont la tuberculose et la syphilis.
Concernant les tumeurs, il s’agit essentiellement de lymphomes primitifs d’évolution généralement défavorable, malgré les essais de radiothérapie ou une polychimiothérapie. D’autres néoplasies telles que le sarcome de Kaposi dans sa forme cérébrale sont exceptionnelles.
La neurogénicité du VIH a été découverte en 1983. Les mécanismes physiopathologiques responsables font l’objet de plusieurs hypothèses notamment l’action de l’inflammation, le rôle de macrophage infecté ou l’infection directe des cellules nerveuses. Plusieurs tableaux cliniques peuvent en découler : la méningite aseptique décrite chez 5 à 10 % de patients du sida, les encéphalites aiguës, rares, les atteintes médullaires (paraplégie, ataxie) et les neuropathies périphériques, sensitivo-motrices surtout responsables de paresthésies [9-11].
La prise en charge dans un service de réanimation comporte les mesures de réanimation prises pour les malades en détresse vitale aiguë à savoir :
– libération des voies aériennes, intubation et ventilation artificielle ;
– correction des troubles hydroélectrolytiques ;
– diminution de l’œdème cérébral par des diurétiques osmotiques.
Le traitement spécifique est fonction de l’étiologie bactérienne, virale, parasitaire, fongique ou enfin tumorale [12].
Le traitement antirétroviral tire son fondement de sa capacité de pénétration et de l’évolution des concentrations efficaces dans le système nerveux central [13].

Conclusion

Les complications neurologiques constituent l’une des complications les plus redoutables de l’infection à VIH. Leur prise en charge pose plusieurs problèmes dus à la diversité des lésions observées et celui de l’insertion familiale. Le malade devient parfois antisocial à cause des troubles de comportement. Il convient au clinicien de bien cerner ces complications afin de comprendre comment prendre en charge le patient porteur du VIH de manière globale n

Références

1. Barre-Sinassi F, Chermann JC, Rey F, et al. Isolation of a lymphotropic retrovirus from a patient at risk for acquired immune deficiency syndrome (AIDS). Science 1983 ; 220 : 868-71.

2. Navia BA, Jordan BD, Price RW. The AIDS Dementia Complex: I. Clinical features. Ann Neurol 1986 ; 19 : 517-24.

3. Levy, RM, Bredesen DE, Rosenblum M. Opportunistic Central nervous System pathology in patients with AIDS. Ann Neurol 1988 ; Suppl 23 : 7-12.

4. Katlama C, et al. Manifestations Neurologiques du Sida. In : Zittoun R, ed. Syndrome d’Immunodéficience Acquise. Paris : Doin, 1986 : 131-2.

5. Katlama C. Manifestation neurologique au cours de l’infection à VIH. In : Rosenheim M, Itoua-Ngaporo A, éds. Sida, infection à VIH : aspects en zone tropicale. Paris : Ellipses/Aupelf, 1989 : 129-40.

6. Ngaly B, Ryder W. Epidemiology of HIV infection in Africa. J Acquin Immune Defic Syndr, 1988 ; 1 : 551-8.

7. Mann JM, Chin J, Piot P, Quinn T. The international epidemiology of AIDS. Sci Am 1988 ; 259 : 82-9.

8. Navia BA, CHOES, Petilock, Price RW. The AIDS Dementia Complex: II. Neuropathology. Ann Neurol 1986 ; 19 : 525-35.

9. Price RW, Navia BA, CHOES. AIDS Encephalopathy. Neurol Clin 1986 ; 4 : 285-301.

10. Petito CK, Navia BA, CHOES, et al. Vacuolar myelopaths pathologically resembling subacute combined degeneration in patients with acquired immunodeficiency syndrome (AIDS). New Engl J Med 1985 ; 3 : 874-9.

11. Parvy G. Peripheral neuropathies associated with Human Immunodeficiency Virus. Ann Neurol 1988 ; supp 23 : 49-53.

12. Mann JM, Francis H, Quinn T, et al. Surveillance of AIDS in central African City, Kinshasa, Zaïre. JAMA 1986 ; 255 : 3255-9.

13. Rosenhein M, Itoua-Ngaporo A. Sida, infection à VIH : aspects en zone tropicale. Paris : Ellipses/Aupelf 1989 ; 129-40.


 

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