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Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé
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Moroccan experience in the surgical treatment of multiple hydatid cysts in the liver


Cahiers d'études et de recherches francophones / Santé . Volume 11, Number 3, 177-84, Mai - Juin 2001, Etudes originales


Résumé   Summary  

Author(s) : Mustapha Daali, Rachid Hssaida, Mohamed Zoubir, Kacem Borki, Service de chirurgie générale (Pr K. Borki), Hôpital militaire Avicenne, Marrakech, Maroc..

Summary : We studied 94 cases of multiple hydatid cysts in the liver, over a period of ten years. These cases accounted for 31.3% of all cases of hydatid cysts treated surgically in the Visceral Surgery Department of Avicenne Military Hospital in Marrakech. In these patients, who were often young and male, the principal symptoms were pain in the right hypochondrium (71.3%) and hepatomegaly (24.5%). In about 10% of cases, the cysts were discovered by chance. Ultrasound and CT scans facilitated diagnosis and determination of the position of the cysts, with reliability reaching 100% for CT scans. The cysts had burst in the bile ducts in 26.6% of cases and were infected in 8 cases. They were multivesicular in 77.5% of cases. Association with hydatidosis at another site was observed in 28 cases: in the peritoneum in 15, the thorax in 7, the diaphragm in 4, the spleen in 2 and the kidney in 1 case. Surgically, the route most frequently used was double incision below the rib cage (49.5%). It is not possible to recommend one particular way to treat cysts and the most appropriate approach to treatment depends on the site, type and number of cysts. Resection of the prominent dome is the technique most frequently used (57.25%). However, in recent years, the use of cystectomy has been increasing (20.2%) due to the considerable decreases in post-operative morbidity and duration of hospital stay that it affords. The principal post-operative complications observed were abscesses under the diaphragm (6 cases), biliary leakage (5 cases), pleurisy (6 cases) and the formation of abscesses in the vestigial cavity (4 cases). The rate of morbidity in the RDS appeared high, accounting for 75% of total morbidity. Only one patient died. This patient died from severe hepatic insufficiency due to the near destruction of the liver by the hydatosis. We observed two recurrences during follow up. Both underwent further surgery and neither suffered complications.

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ARTICLE

L'hydatidose multiple du foie sévit encore avec une fréquence relativement élevée. Elle pose essentiellement une difficulté diagnostique topographique des kystes, que la tomodensitométrie (TDM) a résolue.

La chirurgie reste le seul moyen thérapeutique à notre disposition pour traiter cette affection qui peut menacer le pronostic vital par ses complications. La périkystectomie est la méthode de choix qu'il faut tenter de réaliser, pour éviter de laisser une cavité résiduelle source de complications qui pourraient être graves. Cette technique n'est malheureusement pas toujours possible, surtout pour les kystes jeunes et ceux siégeant au niveau du dôme hépatique.

Nous allons détailler, à partir de 94 cas de kystes hydatiques multiples du foie, les différentes techniques thérapeutiques et leurs résultats.

Patients et méthode

Nous rapportons dans ce travail une série de 94 observations colligées dans notre service de l'hôpital militaire Avicenne de Marrakech, comme hydatidose hépatique multiple du foie, sur une période allant de 1988 à 1997.

L'âge des malades oscille entre 9 et 70 ans avec une moyenne de 36,4 ans. Le sexe masculin a été retrouvé dans 55,3 % des cas. La notion de contact avec le mouton ou le chien a été montrée dans 43,6 % des cas. L'origine rurale des malades est signalée dans 21,3 % des cas. Trois patients avaient été opérés d'une hydatidose pulmonaire et un seul d'un kyste hydatique du foie.

La clinique est dominée par la douleur abdominale atypique dans 71,3 % des cas (tableau 1).

La radiographie standard a montré 15 fois une surélévation de la coupole diaphragmatique droite et une opacité abdominale dans 5 cas.

L'échographie abdominale réalisée chez tous nos malades est d'une fiabilité de 100 % pour le diagnostic positif alors qu'elle n'est que de 85 % pour le diagnostic topographique et lésionnel. Selon l'échographie, ces kystes sont de type I dans 5,7 %, de type II dans 11,5 %, de type III dans 62,2 %, de type IV dans 14,5 % et de type V dans 3 % des cas. La TDM n'a été pratiquée que chez 50 patients car elle n'a été disponible qu'à partir de 1990 à l'hôpital. Elle est fiable dans 100 % des cas pour le diagnostic topographique (figures 1, 2 et 3). Les kystes étaient multivésiculaires dans 77,5 % des cas. Le nombre total des kystes dans cette série est de 262 répartis comme suit :

- 2 kystes chez 51 malades (54,3 %) ;

- 3 kystes dans 23 cas (24,5 %) ;

- 4 kystes chez 14 patients (14,9 %) ;

- 5 kystes dans 3 cas (3,2 %) ;

- 6 kystes chez 2 malades (2,1 %) ;

- 8 kystes chez un seul malade.

La localisation au niveau du foie droit est retrouvée dans 55,3 % des cas ; elle est bilatérale dans 36,2 % des cas. Les dimensions des kystes varient entre 3 et 16 cm. Les autres hydatidoses associées sont citées dans les figure 4 et tableau 2. Les lésions associées sont : une lithiase vésiculaire dans 10 cas, deux fois une lithiase de la voie biliaire principale et un kyste pleuro-péricardique chez un patient de 70 ans.

La sérologie a été réalisée chez 18 patients avec un taux de positivité de 83,3 %. Elle était surtout réalisée lorsqu'on n'avait pas encore à notre disposition le scanner et en cas de doute à l'échographie.

Tous nos malades ont été traités chirurgicalement. La voie d'abord la plus pratiquée est la bi-sous-costale (47,9 % des cas). La voie médiane a été utilisée pour les localisations gauches (tableau 3). Le scolicide a été l'eau oxygénée à 10 volumes dans tous les cas. Le traitement du périkyste a fait appel essentiellement à la résection du dôme saillant (57,25 % des cas) ; la périkystectomie totale n'était possible que dans 20,2 % des cas (tableau 4). Le traitement de la cavité résiduelle a été réalisé par un capitonnage avec un drainage dans 51,1 % des cas, alors qu'il était réalisé par une épiploplastie avec un drainage chez 17 malades (18,1 %). L'association des deux techniques a été utilisée chez 9 malades (9,6 %). Un drainage simple seul de la cavité résiduelle a été réalisé dans 21,3 % des cas (20 malades). Un système de lavage-irrigation pendant trois jours a été instauré chez 6 patients parmi les 15 malades qui avaient leurs kystes au niveau du dôme du foie. Le traitement des autres hydatidoses est résumé dans le tableau 2. Les lésions associées ont été traitées de façons différentes :

- une cholécystectomie pour lithiase vésiculaire chez 10 malades et 11 fois car le lit vésiculaire était envahi par le kyste hydatique ;

- une cholédocotomie pour extraction d'un calcul de la voie biliaire principale chez 4 patients ;

- une résection d'un kyste pleuro-péricardique par thoracotomie gauche.

Le traitement de la fistule biliaire, observée chez 25 malades, a fait appel à :

- une suture simple par des points en X au vicryl avec drainage par des drains multiperforés dans 10 cas ;

- un drainage bipolaire chez 10 malades, associant un drainage de la cavité kystique et un drainage externe de la voie biliaire principale ;

- une déconnexion kysto-biliaire chez 5 patients, consistant en un drainage de la voie biliaire principale et en un cathétérisme de la fistule biliaire par un drain multiperforé extériorisé.

La durée de drainage varie de trois à quarante jours, selon la technique chirurgicale utilisée et l'existence ou non de complications biliaires. La durée d'hospitalisation oscille de 6 à 72 jours avec une moyenne de 15,2 jours, selon le procédé chirurgical et l'apparition ou non de complications.

La mortalité dans notre série est marquée par un décès suite à une insuffisance hépato-cellulaire secondaire à une hydatidose hépatique détruisant la presque totalité du foie.

La morbidité est dominée par les abcès sous-phréniques (6 cas), les pleurésies (8 cas dont 2 enkystées), les syndromes fébriles inexpliqués (9 cas) (tableau 5).

Le recul dans notre série varie de 6 mois à 6 ans, la surveillance étant faite essentiellement par des échographies abdominales au rythme de 1 mois, 6 mois, 1 an, 2 ans.

Deux cas de récidives ont été notés au cours de cette période, toutes deux opérées avec succès.

Discussion

Épidémiologie

La localisation multiple du kyste hydatique du foie sévit encore à l'état endémique dans plusieurs pays dont le Maroc. Sa fréquence varie entre 19 et 30 % [1-3]. La découverte se fait habituellement à l'âge adulte à cause de l'évolution longue de la maladie hydatique.

Le sexe prédominant est le sexe féminin, les femmes vivant davantage en relation avec les chiens et les moutons. La prédominance du sexe masculin dans notre série est due essentiellement au type de recrutement de l'hôpital composé de 70 % de militaires.

Diagnostic

La symptomatologie dépend du siège des kystes et de leur volume. Le tableau clinique est fait essentiellement de troubles compressifs de voisinage à type d'ictère épisodique, de dyspepsie postprandiale, de dysphagie ou d'hypertension portale. Le syndrome tumoral correspond aux masses kystiques perceptibles ou à l'hépatomégalie en cas de kystes centraux ou postérieurs. Parfois, une complication de l'un des kystes hépatiques, à type de rupture (pleurale, péritonéale ou biliaire surtout) ou d'infection, peut être une circonstance de découverte.

Du point de vue biologique, l'hyperéosinophilie n'est qu'un signe d'orientation d'une parasitose sans spécificité pour l'hydatidose. La sérologie, quant à elle, a surtout un rôle dans la surveillance des malades opérés [4].

L'exploration radiologique est fondée essentiellement sur l'échographie et la tomodensitométrie. L'échographie abdominale visualise les kystes et précise leur siège et leur nombre (90 % des cas) [5]. Elle permet la classification des kystes selon Hassaine et Gharbi :

- type I : collection liquidienne pure ;

- type II : collection liquidienne à paroi dédoublée ;

- type III : collection liquidienne cloisonnée avec des vésicules filles ;

- type IV : formation d'échostructure hétérogène ;

- type V : formation à paroi calcifiée.

La tomodensitométrie est un examen ayant les mêmes avantages et les mêmes limites que l'échographie, mais d'une sensibilité supérieure pour le dénombrement et la topographie, surtout les localisations multiples hépatiques ou extrahépatiques [5, 6]. L'intérêt est certain dans les types I et IV où elle permet de faire le diagnostic différentiel avec les autres tumeurs hépatiques. Cet examen joue aussi un rôle primordial dans la surveillance des malades opérés [7].

L'imagerie par résonance magnétique (IRM) n'a pas d'intérêt diagnostique dans cette affection mais elle peut être utile dans le cas de rupture d'un des kystes hydatiques dans la voie biliaire principale (cholangio-IRM) [8].

Traitement

Le traitement de l'hydatidose hépatique multiple reste chirurgical. Des tentatives de traitement médical ont été essayées, surtout à base d'albendazole [9], mais les indications sont limitées :

- en cas d'arguments préopératoires, anamnestiques et cliniques permettant de suspecter une fissuration ou une rupture spontanée ou traumatique de l'hydatide ;

- après une intervention chirurgicale et ce d'autant plus impérativement qu'existent des facteurs de risque d'échinococcose secondaire ;

- en cas d'hydatidose inaccessible à la chirurgie.

En raison de la gravité potentielle de son évolution, tout kyste hydatique du foie, et ce d'autant qu'il est multiple, doit être traité chirurgicalement, sauf les petits kystes complètement calcifiés, découverts souvent fortuitement.

Le geste chirurgical a trois buts essentiels :

- éliminer le parasite ;

- traiter le périkyste responsable d'une cavité résiduelle pouvant être à l'origine de complications parfois graves ;

- traiter les complications biliaires.

De ces impératifs découlent plusieurs techniques chirurgicales qu'on peut schématiser en techniques conservatrices ou radicales.

Le choix de la voie est fondamental dans la chirurgie du kyste hydatique du foie surtout quand celui-ci est multiple. L'avènement de l'imagerie moderne a facilité ce choix. C'est ainsi que la voie sous-costale droite, allongée plus ou moins à gauche, est la plus efficace [10], permettant de traiter les kystes hépatiques, ceux du dôme hépatique et de la face postérieure compris. C'est pour cela qu'on la préconise dans notre pratique courante. Les voies médianes ont des indications bien précises, surtout pour les lésions associées.

La thoraco-phréno-laparotomie est pratiquement abandonnée car elle est délabrante et donne des suites opératoires douloureuses. Dans tous les cas, la protection du champ opératoire est indispensable par des champs imbibés à l'eau oxygénée permettant d'éviter la dissémination de la maladie hydatique en cas de fuite du liquide hydatique.

* Traitement du parasite

Il se fait par stérilisation du kyste par de l'eau oxygénée à 10 % que nous utilisons toujours dans la chirurgie de l'hydatidose abdominale sans qu'aucun accident secondaire à l'utilisation de ce produit ne soit noté. L'évacuation du contenu kystique stérilisé se fait à l'aide de trocarts évacuateurs.

* Le traitement du périkyste peut se faire selon deux méthodes

Les interventions conservatrices

Elles vont du respect total du périkyste à sa résection partielle. Le principe de ces interventions est d'éviter la dissection périkystique toujours hémorragique quand le kyste est jeune, profondément enchâssé dans la glande hépatique. Si le geste reste bénin, les suites risquent d'être compliquées par la persistance d'une cavité résiduelle dont le drainage, même prolongé, n'est pas garant de bons résultats. Ces méthodes sont :

- la marsupialisation, presque abandonnée vu ses suites tumultueuses et la longueur d'évolution avant cicatrisation ;

- la résection du dôme saillant (RDS), c'est-à-dire une périkystectomie partielle facile à pratiquer n'exposant à aucun risque hémorragique. Elle laisse une cavité résiduelle plus ou moins importante nécessitant un drainage parfois prolongé. Des fuites biliaires peuvent apparaître malgré l'aveuglement des fistules [11]. Cette technique a été réalisée pour 194 kystes de cette série (74 % des cas). Elle reste l'intervention de base pour la plupart des auteurs maghrébins [12-14] en raison de sa mortalité pratiquement nulle au prix cependant d'une morbidité non négligeable, 40 % selon Debesse [15]. Cette morbidité est faite essentiellement de suppuration de la cavité résiduelle ou de fistules biliaires externes, surtout pour les kystes du dôme hépatique dont la cavité restante n'est pas déclive [7, 16].

L'amélioration des résultats de ces méthodes conservatrices est liée au respect de certaines règles, à savoir la résection maximale du périkyste saillant, la réalisation d'un capitonnage avec ou sans épiploplastie [3] et en assurant un drainage de la cavité résiduelle, voire même en laissant en place un système de lavage-irrigation de cette cavité. Le non-respect de ces règles peut aboutir au développement d'un abcès sous-phrénique potentiel, surtout pour les kystes du dôme [3, 13, 17]. La RDS a une bonne indication dans les kystes jeunes univésiculaires, non infectés et à périkyste souple.

Les interventions radicales

Elles consistent à enlever la totalité ou le maximum du périkyste. Si, techniquement, elles peuvent poser des problèmes essentiellement hémorragiques, elles règlent cependant le problème de la cavité résiduelle et celui des fistules biliaires.

- La périkystectomie peut être totale ou subtotale lorsque les risques vasculaires sont importants. Elle est indiquée dans les kystes hydatiques à adventice épaisse scléreuse, ce qui facilite la dissection [1]. Elle est hémorragique dans le cas de kystes jeunes, accident prévenu récemment par l'utilisation de dissecteur à ultrasons.

Il faut cependant se garder de faire la périkystectomie à tout prix. Il est prudent parfois d'abandonner le « fond du coquetier » plutôt que de risquer une blessure vasculaire grave [6, 18, 19]. Nous relevons dans cette série une plaie de la veine sous-hépatique droite au cours d'une périkystectomie dont l'hémostase a été laborieuse. L'échographie peropératoire et le bistouri à ultra-sons ont amené les auteurs européens à réaliser ce type d'intervention de manière quasi systématique, au prix cependant d'une mortalité non négligeable [15, 20, 21].

- La kystectomie vraie qui emporte la totalité du kyste fermé est utilisée surtout pour les kystes superficiels appendus au bord inférieur du foie.

- La résection hépatique réglée a des indications exceptionnelles limitées aux kystes multiples groupés au niveau d'un hémifoie [2, 10, 18, 22]. Il arrive parfois que la presque totalité d'un lobe soit déjà détruite par le processus. Le chirurgien ne fait que compléter l'hépatectomie.

* Recherche et traitement des fistules biliaires

La fistule bilio-kystique est la complication la plus fréquente d'un kyste hydatique du foie. Sa recherche doit être systématique [23]. Ces fistules sont le plus souvent l'apanage des kystes hydatiques multivésiculaires de type III de la classification de Hassaine et Gharbi [22]. La multiplicité des kystes hydatiques ne semble pas jouer un rôle déterminant dans la genèse des fistules bilio-kystiques [21, 24].

La recherche des fistules est réalisée par l'injection de bleu de méthylène soit par ponction directe de la vésicule biliaire, soit par l'intermédiaire d'un drain trans-cystique après cholécystectomie de nécessité. L'exploration de la voie biliaire principale peut être justifiée s'il existe une fistule très large ou s'il y a des signes cliniques et biologiques d'obstacle cholédocien [5]. Cette VBP peut être dilatée, voire même contenir des débris hydatiques [24]. L'attitude vis-à-vis des fistules bilio-kystiques tient compte de leur topographie, de leur diamètre, de la localisation du kyste dans le parenchyme hépatique et de l'intervention pratiquée [25]. Ce traitement peut se faire par :

- suture simple de la fistule par des points en X. C'est une méthode facile à réaliser, mais il faut la réserver aux cas où on ne peut pas pratiquer les autres méthodes citées ci-dessous car elle est grevée d'un grand taux de morbidité, essentiellement l'abcédation de la cavité résiduelle alimentée par la bile puisque la suture n'est pas toujours étanche ;

- drainage bipolaire : drainage de la cavité résiduelle avec drainage externe de la voie biliaire principale ;

- déconnexion kysto-biliaire : drainage externe de la voie biliaire principale avec cathétérisme du canalicule biliaire détruit par l'échinococcose par un drain tubulé de diamètre égal à celui de l'orifice fistuleux. Cette technique donne de bons résultats aux dépens d'un séjour hospitalier un peu long, mais elle n'est pas toujours réalisable, surtout pour les kystes postérieurs [25] ;

- cholédocostomie transhépatique de Pedromo [26] : drainage de la voie biliaire principale par un drain de Kehr introduit à travers l'orifice de la fistule et poussé jusqu'au cholédoque, l'autre extrémité étant mise à la peau à travers le parenchyme hépatique. Elle est réservée aux fistules de gros calibre.

* Traitement de la cavité résiduelle

Pour effacer au maximum la cavité résiduelle, certains artifices sont utilisés tels que le capitonnage de la cavité ou le comblement de cette dernière par l'épiploon quand cela est possible. L'utilisation de ces procédés a fait diminuer nettement la morbidité [2, 22, 27]. Dans notre série, la morbidité a diminué de 40 % en cas de réalisation de l'une de ces méthodes.

Résultats

Les suites postopératoires dépendent de plusieurs facteurs qui sont le plus souvent intriqués les uns aux autres :

- l'état du patient et les tares associées ;

- la technique chirurgicale ;

- la qualité de la réanimation.

Drainage

La zone opératoire doit être largement drainée. Pour cela, plusieurs drains doivent être mis en place, essentiellement dans la région sous-hépatique et la cavité résiduelle où le ou les drains doivent être installés de la façon la plus déclive possible. Ils sont retirés quand ils ne donnent plus. Cette durée dépend de plusieurs facteurs :

- le type du geste réalisé ;

- l'existence ou l'absence de fistule bilio-kystique ;

- la nature des suites opératoires.

Le drain biliaire est souvent enlevé vers la troisième semaine, habituellement après cholangiographie de contrôle.

Morbidité

Son taux varie entre 25 et 30 % [2, 28]. Elle est de 40 % dans notre série. Les principaux facteurs influençant le taux de cette morbidité sont essentiellement la technique chirurgicale utilisée et l'existence ou non de complications biliaires. Dans notre série, 75 % des patients qui avaient des suites compliquées ont été traités par simple résection du dôme saillant. Les principales complications sont :

* les suppurations pariétales, généralement d'évolution favorable sous antibiotiques, non spécifiques à la chirurgie de l'hydatidose ;

* les abcès sous-phréniques. Il existe une relation linéaire avec l'existence de fistules biliaires et l'absence d'un drainage correct. Ils sont rencontrés souvent dans les kystes du dôme hépatique traités par simple RDS [17, 29]. L'instauration d'un système de lavage-irrigation pendant les trois premiers jours postopératoires fait diminuer ce risque [27]. La moitié des patients qui ont présenté cette complication dans notre série avaient un kyste hydatique du dôme et aucun des trois n'avait été drainé par un système de lavage-irrigation. Donc, la réalisation de ce système nous paraît utile pour tout kyste hydatique du dôme, surtout en présence de fistule biliaire, afin de prévenir cette complication grave. Le traitement fait appel à l'antibiothérapie adaptée avec, parfois, une ponction-aspiration-drainage échoguidée. La reprise chirurgicale n'est envisagée qu'après échec de ce protocole. Deux malades de notre série ont été opérés pour réaliser une évacuation complète de l'abcès et instaurer un système de lavage-irrigation ;

* les fuites biliaires. La persistance d'un écoulement biliaire nous a obligé a maintenir le drainage pour une durée plus longue. Cette fuite biliaire prolongée a été consécutive à une chirurgie conservatrice dans tous les cas de notre série. Elles ont bien évolué spontanément avec un simple drainage d'une durée plus longue, allongeant ainsi la période d'hospitalisation. Cet accident favorise l'abcédation de la cavité résiduelle en l'alimentant de bile ;

* les pleurésies souvent réactionnelles à la chirurgie des kystes hydatiques du dôme. Elles évoluent souvent de façon favorable sous antibiotiques et une kinésithérapie respiratoire. Quand elles sont enkystées, le traitement peut nécessiter une reprise chirurgicale (deux patients de notre série ont subi une thoracotomie pour pleurésie enkystée) ;

* l'abcédation de la cavité résiduelle. Dans la genèse de cet incident on note surtout le siège au niveau du dôme hépatique du kyste, la réalisation d'une simple RDS, un drainage non adapté et l'existence de fistules bilio-kystiques. Leur ponction échoguidée peut entraîner une guérison définitive ; sinon, la reprise chirurgicale est indispensable.

Récidives

En matière de kystes hydatiques du foie, elles sont très difficiles à définir. S'agit-il, en cas de découverte précoce, d'une vraie récidive ou bien d'un kyste méconnu lors d'une première intervention ? Mais ce doute est devenu de plus en plus minime grâce à l'échographie et à la sérologie et, surtout, à la TDM [6-8]. En cas d'une découverte tardive, on se pose la question entre une vraie récidive et une réinfestation. Cette récidive peut survenir jusqu'à 10 ans après l'intervention [2]. Dans le cas d'une récidive, plusieurs facteurs favorisants peuvent être incriminés :

- l'innoculation peropératoire ;

- la responsabilité du scolicide utilisé ;

- la responsabilité d'une éventuelle vésiculation exogène ;

- le rôle d'un geste conservateur [16].

Durée d'hospitalisation

Le séjour hospitalier dépend de plusieurs facteurs :

- l'existence ou non de fistules biliaires ;

- le geste chirurgical réalisé ;

- la nature des suites opératoires.

Les méthodes radicales permettent de façon indiscutable des suites plus simples et un raccourcissement du séjour hospitalier. Il était en moyenne de 8 jours pour tous les malades ayant subi un traitement radicale de leurs kystes, alors qu'elle était de 15 jours pour le reste des malades traités par méthodes conservatrices.

Mortalité

La multiplicité des kystes hydatiques au niveau du foie n'intervient pas de façon significative dans le taux de mortalité, si ce n'est par la quantité du parenchyme hépatique détruit par l'échinococcose qui peut engendrer une insuffisance hépatique sévère aggravée par l'acte chirurgical. C'est le cas d'une de nos patientes.

Surveillance

Un patient opéré pour kystes hydatiques du foie doit être surveillé régulièrement, dans les suites immédiates ou à long terme [12]. Cette surveillance est fondée essentiellement sur l'échographie au rythme de 3 mois-6 mois-1 an, demandée essentiellement pour l'étude de la nature et l'état de la cavité résiduelle. La surveillance sérologique s'impose chaque fois qu'elle est possible [30]. Cette sérologie est faite 6 mois puis 1 an après le geste chirurgical. La TDM est réservée aux cas douteux de récidive et pour la surveillance des grandes cavités résiduelles (figure 5).

CONCLUSION

L'hydatidose hépatique multiple du foie reste une affection relativement fréquente et grave. La multiplicité kystique n'offre pas de problèmes particuliers mais crée parfois des difficultés techniques qui pèsent sur la morbidité et la mortalité.

L'échographie et surtout la TDM sont des examens essentiels pour le diagnostic positif et topographique. La sérologie occupe une place importante dans la surveillance postopératoire.

Sur le plan thérapeutique, la périkystectomie totale semble être l'intervention de choix chaque fois qu'elle peut être réalisée sans risque, car elle apporte une réponse aux trois types de problèmes posés par cette pathologie :

- le problème parasitaire du fait des récidives possibles ;

- le problème de la cavité résiduelle ;

- le problème des fistules biliaires.

Le pronostic ne peut être amélioré que par le dépistage des stades précoces non compliqués permettant des interventions simples, en attendant l'éradication totale de cette maladie de notre pays par différents moyens d'hygiène.

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