ARTICLE
L'appendicite aiguë, bien que réputée moins fréquente
dans les pays africains que dans les pays industrialisés [1-4],
ne peut être ignorée des praticiens exerçant dans
cette région. En Centrafrique, les moyens d'investigations paracliniques
pour en établir le diagnostic médico-chirurgical en urgence
font défaut et l'examen clinique minutieux prend toute sa valeur.
Cette étude, la première menée dans ce pays, envisage
les aspects épidémiologiques, cliniques, paracliniques et
thérapeutiques de cette pathologie et les compare avec ceux observés
dans les autres pays du tiers monde, notamment africains, et dans les
pays industrialisés.
Matériel et méthode
Site et période de l'étude
L'étude rétrospective a été réalisée
en zone urbaine dans les services de chirurgie générale
pour adultes et de chirurgie pédiatrique au Centre national hospitalier
universitaire de Bangui (CNHUB) en Centrafrique du 15 septembre 1990 au
15 février 1992.
Population
La population concernée par l'étude épidémiologique
est constituée de 285 patients qui ont bénéficié
d'une appendicectomie lors d'une admission en urgence pour crise appendiculaire.
L'étude clinique, paraclinique et thérapeutique a porté
secondairement sur 57 patients dont le dossier médical était
complet, soit 20 % des patients opérés.
Méthode
Un dossier médical a été constitué comprenant,
en plus des renseignements médicaux classiques, un bilan pré-opératoire
avec systématiquement un hémogramme, un examen cytobactériologique
des urines (ECBU) avec ultracentrifugation pour la recherche d'ufs
de Schistosoma haematobium, un examen parasitologique des selles,
une aspiration à l'aide d'une seringue au niveau de l'appendice
en extemporané au moment de l'intervention pour la recherche de
kystes, d'ufs et de larves de parasites. Une radiographie sans préparation
de l'abdomen a été réalisée si nécessaire.
Pour chaque appendicectomie, la position de l'appendice dans l'abdomen
et son aspect macroscopique à la lumière, en recherchant
en particulier la présence éventuelle d'ulcération
ou d'un coprolithe, ont été notés.
Chaque appendice a été ensuite ouvert longitudinalement
puis conservé dans du formol dilué à 10 % avant d'être
acheminé au laboratoire d'Anatomie pathologique de la Faculté
de médecine de Marseille en France. Toutes les appendicectomies,
même de principe, ont été répertoriées.
Il n'y avait pas de critères d'exclusion.
Résultats
Aspects épidémiologiques
Au total 671 interventions en chirurgie viscérale pour syndromes
douloureux aigus non traumatiques de l'abdomen ont été réalisées
au CNHUB durant les 17 mois de l'étude. Parmi ces interventions,
285 patients ont bénéficié d'une appendicectomie.
Tous les âges de la vie étaient concernés avec, cependant,
des différences notables selon les tranches d'âge (figure
1). L'âge moyen des patients était de 22,8 ans (âges
extrêmes : 2 et 66 ans). Parmi eux, 147 étaient de sexe féminin
et 138 de sexe masculin (ratio 1/1). Deux cent huit appendicectomies concernaient
des patients admis en chirurgie générale des adultes et
77 des enfants hospitalisés en chirurgie pédiatrique. La
moyenne mensuelle du nombre d'appendicectomies pratiquées était
de 17. L'ablation de l'appendice représentait 42,3 % de toutes
les interventions en chirurgie viscérale d'urgence (49,5 % pour
la population adulte et 30,3 % chez les enfants). Cent soixante-dix-huit
(figure 2) des 285 appendicectomies
ont été effectuées durant l'année 1991, soit
une incidence d'au moins 36,5 % pour 100 000 habitants. Dans la plupart
des cas, les appendicectomies ont été effectuées
pour appendicite (87,4 %, soit 249 sur 285). Le pourcentage des appendicectomies
de principe (appendicectomie réalisée au cours d'une laparotomie
sans que l'appendice soit en cause, cela « à titre préventif
ou prophylactique » afin d'éviter de réopérer
prochainement pour une appendicite vraie) ne représentait que 12,7
% (36 cas sur 285). Le taux des appendicectomies pour appendicite aiguë
était très voisin chez l'adulte (184 cas sur 208, soit 88,5
%) et chez l'enfant (65 cas sur 77, soit 84,4 %). Dix patients sur les
57 retenus pour l'étude finale (soit 17,54 %) ont bénéficié
d'une appendicectomie sur appendice normal.
Aspects cliniques
Chez les 57 patients retenus, les symptômes étaient dominés
par la présence de la douleur de la fosse iliaque droite (82 %),
plus souvent continue que paroxystique. Cette douleur siégeait
dans la région épigastrique dans 5 % des cas. Dans 8 % des
cas, la douleur était abdominale et diffuse. Les troubles du transit
digestif étaient : nausées et/ou vomissements (56 %), constipation
(21 %), diarrhée (5 %). Un arrêt des matières et des
gaz était présent dans 14 % des cas. Les péritonites
d'origine appendiculaire représentaient 12 % des cas. Le délai
moyen entre le début des symptômes et l'intervention chirurgicale
a été de 4,5 jours pour les appendicites aiguës ou
subaiguës et de 10,8 mois pour les appendicites chroniques.
Les signes généraux étaient : une accélération
du pouls supérieur à 80 pulsations par minute dans 55 %
des cas et même supérieur à 100 pulsations/min dans
18 % des cas (aucune bradycardie n'était notée) ; une hyperthermie
le plus souvent modérée (37,6 à 38,5 °C) dans
65 % des cas.
L'examen physique montrait, dans 80 % des cas, une douleur abdominale
dans la fosse iliaque droite, provoquée au point dit de «
McBurney ». Dans 14 % des cas, une contracture généralisée
de l'abdomen existait. Les touchers pelviens étaient douloureux
dans 42,1 % des cas. Une défense localisée ou généralisée
et une fièvre importante concernaient 65 % des cas d'appendicites
aiguës ; cette fréquence était de 60 % dans les appendicites
subaiguës. En revanche, elle passait à 28 % dans les appendicites
chroniques. Dans 8 % des cas, le syndrome douloureux appendiculaire était
associé à une infection des voies respiratoires supérieures.
Aspects paracliniques
L'hémogramme montrait une leucocytose supérieure à
10 000 globules blancs (GB)/mm3 dans 29,8 % des cas. Il était
normal chez 61,5 % des patients opérés, et le nombre des
GB était inférieur à 5 000/mm3 dans 8,7
% des cas. Un nombre moyen de GB compris entre 12 300 et 17 000/mm3
était observé lors des lésions appendiculaires vraies
et avancées (notamment au cours des appendicites aiguës gangréneuses).
En revanche, aucun nombre de GB supérieur à 10 000/mm3
n'était noté chez les patients dont les appendices étaient
trouvés macroscopiquement normaux à l'intervention. Certains
cas d'appendicites aiguës catarrhales ou ulcéreuses s'accompagnaient
d'un nombre de GB compris strictement entre 5 000 et 10 000/mm3
(valeurs normales pour le laboratoire).
Les examens cytobactériologiques des urines (ECBU) n'ont pas
identifié de bactérie mais des ufs de S. haematobium
ont été trouvés dans 7 échantillons d'urines
examinées par ultracentrifugation. L'examen parasitologique des
selles a montré dans 23 cas sur 57 (40 %) les parasites suivants
: Entamoeba histolytica (neuf fois), ascaris (six fois), ankylostomes
(quatre fois), Strongyloides stercoralis (deux fois), tricocéphales
(deux fois). L'examen du contenu extemporané de l'appendice a identifié
dans 9 cas sur 57 (15 %) des parasites tels que E. histolytica
sous sa forme kystique (six cas) et Trichomonas intestinalis (trois
cas). Quant à l'examen anatomo-pathologique (tableau),
il a mis en évidence 10 parasites (dans les cas d'appendicites
aiguës, présence intra-murale de sept ufs de S. mansoni
et d'un cas d'uf de A. lumbricoides. En revanche, dans les
cas avec appendice normal, un cas avec présence d'ufs de
S. mansoni et de A. lumbricoides a été identifié.
La radiographie sans préparation de l'abdomen a été
pratiquée chaque fois devant un tableau de syndrome occlusif. Dans
sept cas, elle a montré des images hydro-aériques du colon
avec, pour diagnostic opératoire, une péritonite appendiculaire
et, deux fois, une ascaridiose avec début d'invagination.
Aspects thérapeutiques et évolutifs
L'incision de Mac Burney a été utilisée dans 65
% des cas, et la laparotomie médiane sus et sous-ombilicale dans
les 35 % restants en raison soit de signes évocateurs de péritonite
(12 %), soit d'annexite ou pour syndrome douloureux abdominal non spécifique
avec appendicectomie de principe (23 %). L'appendice était en position
orthotopique dans 70 % des cas. Dans 30 % des cas, le siège était
ectopique et la position rétro-cæcale était la plus
fréquente (21 %), puis les positions mésocliaques
(7 %) et pelviennes (2 %). La ligature du méso et du moignon appendiculaire
a été faite avec du fil résorbable ou non résorbable.
L'enfouissement du moignon a été réalisé dans
8,7 % des cas. Une toilette péritonéale a été
pratiquée dans 12 % des cas avec mise en place d'un drain, principalement
une lame de Delbet.
Une mono ou bi-antibiothérapie par voie uniquement parentérale
a été prescrite systématiquement en post-opératoire
en dehors d'une réhydratation hydroélectrique éventuelle.
La durée moyenne de cette antibiothérapie était de
7 jours. Les antibiotiques administrés étaient, pour les
appendicites non compliquées, la pénicilline seule (17,5
%) et, pour les appendicites abcédées, gangrénées
ou perforées, soit l'association pénicilline plus colistine
(26,3 %), soit l'association ampicilline plus gentamycine (35 %).
Les suites post-opératoires précoces ont été
simples dans tous les cas. On a noté deux complications post-opératoires
tardives. L'une chez un patient âgé de 30 ans admis pour
une hernie inguinale droite étranglée depuis 72 heures,
avec arrêt des matières et des gaz, et en très mauvais
état général. Ce patient est décédé
au deuxième jour de l'hospitalisation suite à une péritonite
après appendicectomie comportant une résection intestinale.
L'autre complication est survenue chez un enfant de 12 ans : il est décédé
suite à un choc septique lors d'une nouvelle intervention pour
syndrome occlusif 23 jours après l'appendicectomie et après
sa sortie de l'hôpital. Le jeune patient avait été
réadmis quatre jours après le début du syndrome douloureux
abdominal aigu. La durée d'hospitalisation moyenne des 57 patients
était de 7,6 jours.
Discussion
L'incidence des appendicites aiguës à Bangui en Centrafrique
est plus grande pour les mois correspondant au milieu de la saison sèche
(janvier à avril) et de la saison des pluies (septembre à
novembre). La fréquence de cette augmentation des appendicectomies
au milieu des deux principales saisons est également signalée
au Nigeria [5, 6]. La raison n'en est pas claire, mais elle pourrait être
liée partiellement à un changement du régime alimentaire
de plus en plus proche de celui des pays occidentaux [1, 3] et à
une modification de l'environnement [3]. Dans les pays à climats
tempérés, un état d'endémicité de l'appendicite
prédomine mais avec une recrudescence hivernale et printanière.
Cette variation saisonnière, surtout chez l'enfant d'âge
scolaire, pourrait être expliquée en plus par une étiologie
virale [7].
Dans la ville de Bangui, pour une population estimée à
environ 500 000 habitants, l'incidence basse des appendicectomies qui
est au moins de 36,5 pour 100 000 habitants est proche de la réalité,
car la quasi-totalité des interventions chirurgicales de la ville
est réalisée au CNHUB. Ce chiffre corrobore les taux peu
élevés régulièrement signalés chez
les Africains (autour de 1 %) et chez les Asiatiques contrairement à
la Grande-Bretagne et aux États-Unis d'Amérique où
l'incidence se situe autour de 15 % [1], voire plus (40 %) notamment en
France [8].
La prédominance nette du sexe féminin pour l'appendicite
est signalée par certains travaux africains [9-12]. Cette prédominance
n'apparaît pas dans notre travail malgré la prise en compte
d'appendicectomies de principe pratiquées lors d'interventions
sur la sphère gynécologique ou chez l'enfant ; le sex-ratio
est en revanche similaire à celui de Koumaré et al.
[13] dans une étude où il y avait autant d'hommes que de
femmes. D'autres travaux africains [2, 14] et des pays industrialisés
[15, 16], à l'inverse, rapportent une prédominance du sexe
masculin. Ces résultats divergents résultent probablement
des modes différents de recrutement des malades selon les services.
L'appendicite est fréquente chez les jeunes à Bangui en
Centrafrique ainsi que chez les autres en afrique [11, 12, 14]. La classe
modale fréquente représentée par la tranche d'âge
20-29 ans est similaire à celle qui est signalée sur le
continent [9, 14, 17, 18] alors que, dans les pays industrialisés,
un âge compris entre 30 et 60 ans est plus fréquent [15,
16]. Néanmoins, tous les âges de la vie sont concernés
par la crise appendiculaire mais, surtout, un âge inférieur
à 30 ans se voit une fois sur deux et n'influe pas sur le diagnostic
[15].
Sur les 671 interventions de chirurgie viscérale pour douleurs
aiguës de l'abdomen effectuées au CNHUB durant les 17 mois
de l'étude, 42,3 % sont imputables aux appendicites. Un pourcentage
équivalent de 40 % est observé à Port Harcourt au
Nigeria chez 360 patients opérés pour urgence abdominale
non traumatique [10]. En revanche, à Accra au Ghana et à
Khartoum au Soudan, l'appendicectomie peut atteindre respectivement 52,7
% [19] et 63 % des opérations réalisées en urgences
[17]. Dans les pays à climat tempéré, une répartition
diagnostique de 552 cas d'abdomen douloureux vus en urgence donne au contraire
un pourcentage moins élevé de 26,3 % d'appendicites [20].
Tous les travaux publiés font état d'une douleur abdominale
[1, 7, 11, 14, 15, 21, 22]. Cette douleur, située le plus souvent
dans la fosse iliaque droite et maximale au point de Mac Burney, constitue
ainsi le maître symptôme de l'appendicite. Elle est présente
la plupart du temps chez nos patients ainsi que dans les autres séries
africaines [2, 5, 11, 14, 17], voire quasi constamment chez des séries
françaises [15, 22]. Néanmoins, le siège épigastrique
ou même périombilical de la douleur comme chez certains de
nos patients ne doit pas faire écarter le diagnostic, ce d'autant
plus que le sujet est jeune [11, 22], et la douleur de la fosse iliaque
droite ne permet cependant pas le diagnostic différentiel avec
les nombreuses affections intra-abdominales pouvant simuler une appendicite
aiguë. Elle devra être considérée jusqu'à
preuve du contraire comme évocatrice d'une appendicite en milieu
africain. La défense abdominale témoignant de l'irritation
péritonéale par l'inflammation de l'appendice était
notée plus d'une fois sur deux en accord avec les données
publiées [15]. Les touchers pelviens systématiques sont
douloureux chez la moitié de nos patients mais insconstamment,
voire volontiers rares, chez Hay et al. [15]. Les troubles digestifs
sont à type parfois de constipation (qui n'influencerait en rien
sur le diagnostic de l'appendicite) plutôt que de diarrhée
(rarement). Leur pourcentage est sensiblement équivalent à
celui de plusieurs études [2, 5, 11, 14, 15, 17]. Les vomissements
présents dans un cas sur deux sont observés par d'autres
auteurs dans un à deux tiers des cas [2, 7, 21, 22]. Les signes
généraux tels que l'augmentation modérée de
la température (37,6-38 °C) et l'accélération
du pouls chez nos patients sont loin d'être constants. Cette inconstance
des signes généraux est aussi signalée [15, 22].
Leur valeur paraît être faible pour le diagnostic d'une appendicite
aiguë [17, 23]. Mais, pour l'hyperthermie, le doute diagnostique
actuellement n'est autorisé qu'en son absence [22].
Sur le plan des examens biologiques, seule la numération sanguine
dans notre étude (sans la formule pour des raisons matérielles)
était pratiquée en urgence. La leucocytose supérieure
à 10 000 GB par mm3 n'était que constante alors
que, dans les séries africaines et occidentales, elle est habituelle
ou quasi constante [12, 15, 18, 22]. Un nombre de GB également
bas est observé parmi d'autres africains présentant une
appendicite aiguë simple, voire compliquée [11]. Étant
donné qu'une leucocytose supérieure à 10 000 globules
blancs par mm3 oriente vers un processus infectieux ou témoigne
d'un processus inflammatoire d'étiologie indéterminée,
on peut se poser la question de savoir quelle valeur diagnostique accorder
à ce signe sans la connaissance du pourcentage des polynucléaires
neutrophiles et, surtout, de paramètres de l'inflammation tel le
niveau sérique de la protéine C réactive (CRP). Généralement,
il est admis qu'un taux de polynucléaires neutrophiles supérieur
à 75 % est un argument en faveur d'un syndrome infectieux d'origine
bactérienne. Dans un contexte clinique évocateur, l'hyperleucocytose
à polynucléose neutrophile orienterait vers une appendicite
aiguë mais cette assertion n'est pas absolue [7, 24]. C'est le cas
notamment de nombreuses affections intra-abdominales d'origine infectieuse
chez la femme, telles que la salpingite aiguë et le pyosalpynx, et,
dans les deux sexes, d'affections comme la diverticulite, la cholécystite
aiguë, la pyélonéphrite et la colique néphrétique
qui entraînent un hyperleucocytose et peuvent simuler une appendicite.
En revanche, la CRP est un marqueur biologique précieux et plus
fiable de l'inflammation. Elle participe en premier à la réaction
inflammatoire initiale. Son taux élevé montre l'existence
d'une infection aiguë avec une sensibilité de 93 à
100 % et une spécificité de 80 à 87 % dans l'appendicite
[25, 26]. Sa valeur prédictive négative est de 100 % en
l'absence de son augmentation et d'une hyperleucocytose [8]. Elle devrait
être incluse parmi les tests biologiques de routine au même
titre que le nombre de GB pour le diagnostic de l'appendicite aiguë
dans les pays en développement afin d'améliorer la fiabilité
du diagnostique biologique.
La radiographie sans préparation de l'abdomen dans la crise appendiculaire
typique montre un ou plusieurs signes dont la sensibilité et de
la spécificité sont faibles [27]. Elle est surtout utile
lors d'un syndrome occlusif ou devant un syndrome douloureux abdominal
non spécifique où elle peut apporter de précieux
renseignements à des praticiens expérimentés. Quant
à l'échographie utilisant la compression abdominale graduée,
elle est facile à réaliser, non invasive, indolore et peu
onéreuse. En outre, elle est plus performante dans la détection
de l'appendicite aiguë et devrait être systématiquement
utilisée en cas de doute diagnostique. Chez l'adulte, sa sensibilité
varie de 75 à 93 % et sa spécificité de 86 à
100 % dans l'appendicite aiguë [22, 27, 28] ; la sensibilité
de l'échographie diminue de 30 % en revanche dans l'appendicite
rompue [22, 27]. Chez l'enfant, la sensibilité en revanche semble
faible comparée à la clinique pour le diagnostic de l'appendicite
aiguë non compliquée : taux de faux négatifs de 25
% dans une série anglaise [29] et de 26 % chez une équipe
française [7]. Les limites de l'échographie sont d'être
opérateur-dépendante, de réalisation difficile chez
les patients obèses ou avec des gaz intestinaux, et de causer une
douleur à la pression de la sonde [30]. Les autres examens paracliniques
sont surtout utiles au diagnostic différentiel. Tous les ECBU pratiqués
chez nos patients étaient normaux. Ils doivent néanmoins
être systématiques, surtout chez l'enfant et la femme enceinte
où les infections urinaires sont si fréquentes. Leurs résultats
ne devront pas être attendus pour décider de l'intervention
si la douleur provoquée est nette dans la fosse iliaque droite
(FID) au point de Mac Burney.
Le rôle des parasites dans la genèse des appendicites en
milieu tropical est souvent évoqué [31-34] mais reste discuté,
car : des parasites intestinaux sont trouvés dans une proportion
relativement faible de cas malgré leur endémicité
dans ces contrées ; cette rareté est illustrée par
notre travail avec 19 parasites lors d'examens histologiques et du contenu
extemporané des appendices et par l'étude de Malonga et
al. [31] où, sur 41 pièces d'appendicectomie examinées
sur un ensemble de patients ayant présenté un syndrome appendiculaire,
des parasites sont identifiés seulement deux fois tandis que, cinq
fois, des lésions sont évocatrices d'une parasitose sans
que des parasites aient pu être mis en évidence en raison
de nombreux polynucléaires neutrophiles ; une association fortuite
à des lésions inflammatoires non spécifiques ne peut
être exclue [32, 34] ; peu de parasitoses reproduiraient parfaitement
le tableau clinique d'une appendicite aiguë en milieu tropical. La
non-prescription systématique d'antiparasitaire lors d'un syndrome
douloureux abdominal en urgence est donc préconisée [35].
L'anatomo-pathologie apparaît comme le seul moyen permettant de
voir les parasites ou leurs lésions spécifiques responsables
de l'appendicite. Dans notre travail, toutes les atteintes appendiculaires
sur les coupes histologiques sont dues à S. mansoni et à
A. lumbricoides qui figurent parmi les parasites intestinaux infestant
l'appendice [31, 33, 34, 36]. C'est dans la forme chronique de l'appendicite
qu'est parfois mis en cause S. haematobium [37], sans négliger
les complications génitales et urinaires fréquentes dues
à ce parasite en zone d'endémie. Dans notre série,
la présence d'ufs de S. haematobium dans les urines
était proche de 12,5 % des cas malgré la négativité
des examens anatomo-pathologiques pour cette espèce de schistosome.
En revanche au Congo, fortuitement au cours de lecture de routine de pièces
d'appendicectomie, des ufs de S. haematobium intrapariétaux
sous forme de granulome bilharzien, parfois d'ufs morts calicifiés,
sont observés dans 85 % des cas [33]. La prévalence de la
bilharzioze à S. haematobium est élevée sur
tout le territoire congolais [33] contrairement au Centrafrique où
elle est plus élevée dans les régions situées
au nord et faible dans les régions situées au sud, notamment
dans la ville de Bangui où notre étude était réalisée.
L'examen parasitologique des selles lors de syndrome appendiculaire doit
être systématique afin de débarrasser les patients
des parasitoses intestinales fréquentes sous les tropiques [38],
surtout chez l'enfant [39], et qui peuvent être source de complications
postopératoires.
La durée moyenne entre le début des symptômes et
l'intervention chirurgicale pour nos patients a été de 4,5
jours pour les appendicites aiguës et subaiguës. La survenue
de complications telle la péritonite appendiculaire (12 % de cas
dans notre série) est associée à une complication
tardive. À Soweto, en Afrique du Sud [40], parmi 63 patients qui
ont demandé une aide médicale pour douleur sévère
de la FID évoluant entre un jour et six mois (délai moyen
5 jours), les complications observées chez 18 patients (28,6 %)
sont : appendicites gangrénées chez huit patients (12,7
%), perforées chez deux (3,2 %) et péritonite chez huit
(12,7 %) ; parmi un autre groupe de 34 patients qui ont sollicité
initialement l'aide de tradipraticien(s) pour une douleur sévère
de la FID (délai entre la demande d'aide médicale et ressentiment
de la douleur variant de un jour à quatre semaines, la médiane
étant de 14 jours), les complications sont appendicite gangrénée
chez 11 patients (32,3 %), appendicite rompue chez trois (8,8 %) et, par
la suite, trois patients se plaignent par moment de constipation continue.
À Bamako au Mali, trois des quatre décès postopératoires
parmi les 109 appendicectomies sont survenus chez les patients présentant
une péritonite appendiculaire ; par ailleurs, les patients opérés
au stade de perforation ont eu une évolution pré-opératoire
supérieure à quatre jours dans 50 % des cas [13]. Ce retard
à la consultation en comparaison avec les séries publiées
dans les pays à climat tempéré pourrait s'expliquer
par un recours fréquent initialement aux tradipratiens, par l'automédication
et/ou par la peur d'une première hospitalisation [39, 40] et, parfois,
par le manque d'information des médecins praticiens sur cette pathologie.
La voie d'abord chirurgicale chez 65 % de nos patients est celle de
Mac Burney. C'est la voie d'élection et le caractère esthétique
de cette incision plaide en sa faveur lorsqu'elle est petite et la réparation
parfaite des plans [35]. Pour les autres patients, l'opérateur
a choisi la médiane large en raison de signes évocateurs
soit d'une péritonite (12 %), soit d'annexite ou pour appendicectomie
de principe. Ces différents choix de la voie d'abord étaient
guidés par la clinique et l'acte principal par les constatations
opératoires. Dans l'expérience des chirurgiens centrafricains,
l'appendicectomie de principe n'augmente pas la gravité de celle-ci
et le taux nul de morbidité postopératoire précoce
en témoigne. En plus, elle préviendrait des risques de confusions
ultérieurs compte tenu de la fréquence élevée
des affections parasitaires et bactériennes en milieu tropical
qui peuvent être à l'origine de douleur abdominale, et simuler
une appendicite, et de stérilité tubaire secondaire à
une perforation tubaire [21]. Dans la littérature, les avis sur
l'appendicectomie de principe sont partagés : de 1975 à
1984, les résultats d'une série de 748 appendicectomies
préventives à l'occasion d'une laparotomie exploratrice
par Schumacher et Schwartz en Allemagne [41] signalent 73 % d'appendices
non pathologiques contre 27 % avec des modifications inflammatoires chroniques.
Les complications postopératoires sont observées seulement
dans deux cas de saignement de l'artère appendiculaire qui ont
motivé des relaparotomies ; une autre équipe allemande [42],
sur un total de 5 369 laparotomies gynécologiques entre 1965 et
1986, a réalisé une appendicectomie préventive dans
1 718 cas (32 %). Dans tous ces cas, la période de guérison
s'est déroulée sans complication. Les études histologiques
montrent une appendicite aiguë dans 136 cas (7,9 %). Dans 1 118 cas
(65,1 %), une appendicite chronique est trouvée, avec différente
sévérité de cicatrice fibreuse, incluant une oblitération
totale. Dans 96 cas (5,6 %), il y a une lésion carcinoïde,
une mucocèle et une endométriose évidentes. Seulement
368 appendices (21,4 %) sont morphologicalement normaux. En France, dans
la série de 226 appendicectomies de principe rapportée par
Adloff et Schloegel on note que 31 % des appendices présentent
des modifications histo-pathologiques [20]. Au Canada, Tranmer et al.
[43] observent, lors de l'analyse d'un groupe consécutif de patients
âgés de plus de 40 ans opérés pour appendicites
prouvées histologiquement, aucun décès ; 36 complications
dont 30 sont liées à une infection pariétale ; 31
patients à l'opération ont une perforation. De ces 100 patients,
13 ont eu leur appendice enlevé auparavant, lors d'une laparotomie
élective. Dans un groupe de 200 patients sélectionnés
au hasard, également âgés de plus de 40 ans, qui ont
bénéficié soit d'une hystérectomie, soit d'une
cholécystectomie, la moitié a bénéficié
d'une appendicectomie secondaire et l'autre non. L'indication d'appendicectomie
était la préférence des chirurgiens. Il n'y a pas
de différence significative dans les problèmes opératoires
et postopératoires pour les deux groupes étudiés.
Ces travaux témoignent du bien fondé de l'appendicectomie
de principe au cours d'une laparotomie justifiée dans un groupe
défini de patients, spécialement les personnes âgées
et les femmes en gynécologie, sans que cette opération n'augmente
de risque : morbidité et mortalité postopératoires
peu élevées, voire nulles [41, 42]. C'est donc une procédure
qui en vaut la peine et sans risque sauf s'il y a des contre-indications
spécifiques [43]. En outre, le pourcentage élevé
de modifications histopathologiques observées [20, 42] prouve que
l'appendice est un organe lymphatique rudimentaire paraissant prédestiné
à une modification inflammatoire [42]. Pour d'autres en revanche,
l'appendicectomie de principe ou prophylactique d'un appendice sain ne
saurait être anodine : la mortalité ne peut être nulle,
la morbidité non plus, les risques ultérieurs d'occlusion
sur bride seraient même supérieurs à ceux d'une crise
aiguë vraie [44].
Le traitement postopératoire avec un antibiotique pour les appendicites
aiguës ou deux antibiotiques disponibles pour les appendicites abcédées,
gangrénées ou perforées (ces formes s'accompagnent
le plus souvent d'un épanchement péritonéal) avait
été systématique bien que l'indication dans le premier
cas soit généralement discutée [45]. Toutefois, il
serait probablement préférable, en accord avec les données
publiées, de recourir systématiquement à une antibioprophylaxie
préopératoire ou prophylactique qui a fait ses preuves en
abaissant le taux de complications infectieuses après appendicectomie
et réserver l'antibiothérapie à visée curative,
adaptée et prolongée aux appendicites compliquées
[7, 22].
La peur de passer à côté d'une véritable
appendicite devant un syndrome douloureux abdominal aigu atypique et en
raison du délai généralement tardif de consultation
des patients, de l'absence de service de réanimation adéquat
pour la surveillance, de l'absence de moyen diagnostique autre que la
clinique incite les chirurgiens centrafricains comme ceux des autres pays
d'Afrique tropicale à recourir à l'intervention chirurgicale,
seul moyen de confirmation du diagnostic suspecté cliniquement
[13, 46]. D'où le pourcentage élevé d'appendice normal
après appendicectomie observé dans les hôpitaux de
Bangui en Centrafrique (17,5 % de 57 patients), de Nyeri au Kenya (18,3
% de 306 cas) [18], de Bamako au Mali (19 % de 109 patients) [13] et de
Jos au Nigeria (29,6 % de 35 patients) [47]. Ce taux de laparotomie négative
signalé à cause du diagnostic essentiellement clinique est
encore de 17 à 30 %. Le taux au-dessus de 20 % est maintenant considéré
comme inacceptable à cause des risques élevés pour
le patient et des moyens disponibles qui peuvent, dans les cas incertains,
aider à la précision des diagnostics différentiels
des appendicites suspectées cliniquement [47], en particulier,
la mesure sérique de la CRP [25, 26] et la pratique de l'échographie
abdominale [28, 30]. Si l'examen clinique et les investigations paracliniques
sont négatifs ou discordants, surtout chez les adolescentes, les
femmes en âge de procréer et les patients obèses,
le recours à la clioscopie s'impose. Celle-ci peut apporter
un bénéfice dans la confirmation ou le redressement de l'hypothèse
diagnostique et permettre ainsi de diminuer le pourcentage élevé
d'appendicectomie sur appendice normal. Les résultats obtenus avec
cette méthode exploratoire directe et complète de la cavité
abdomino-pelvienne l'attestent dans les pays industrialisés [1,
30, 48-50], malgré la nécessité d'une anesthésie
générale et le coût onéreux du matériel
[30]. Le bénéfice signalé dans les pays industrialisés
est observé également en Afrique, notamment à Jos
au Nigeria [47] : sur une période rétrospective de 4 ans
(1985-1989), le taux d'appendicectomie négative était auparavant
de 29,7 % chez les 15 hommes et 47 % chez les 20 femmes de l'étude.
Il n'y a pas de mortalité pour les appendicectomies non nécessaires,
mais huit patients ont une infection de la paroi et, chez un, une hypertension
latente est découverte. Entre 1989 et 1990, après l'introduction
de la clioscopie pour les cas douteux de douleur abdominale aiguë
chez 40 patients (17 hommes et 23 femmes), le taux d'appendicectomie négative
n'est plus que de 11 % chez les hommes et de 10 % chez les femmes. Durant
cette période prospective, seules trois appendicectomies non nécessaires
ont été pratiquées (2 hommes et 1 femme). Parmi nos
57 patients, aucune complication postopératoire précoce
n'a été observée. Cela résulte probablement
de la prescription systématique d'antibiotique aux patients opérés.
Les deux complications postopératoires tardives (3,5 %) sont survenues
paradoxalement à la suite du traitement de lésions peu sévères.
Toutefois, ces résultats sont à interpréter avec
précaution compte tenu du faible nombre d'appendicectomies retenu
pour l'étude. À Bamako (Mali), 8 (7,3 %) des 109 patients
ont eu des complications postopératoires dont quatre décès,
trois abcès de paroi et une fistule digestive [13]. Chez des enfants
à Lagos (Nigeria), on signale 44,6 % de complications dont 27,2
% sont des infections pariétales [38] tandis que, dans le Nord-Est
de l'Ethiopie, le taux d'infection est de 41 % pour 69 appendicectomies
[2]. Dans les pays occidentaux, les études rapportées en
1989 portant sur 692 appendicectomies et, plus récemment, chez
4 950 patients objectivent une morbidité postopératoire
de 5 à 8 % [20, 22]. Hormis une différence d'infrastructure
hospitalière, le délai entre le début des symptômes
et une consultation chirurgicale est en Occident inférieur à
12 heures. Dans notre travail, la durée moyenne de 4,5 jours est
associée à un pourcentage élevé de péritonite
d'origine appendiculaire (12 %), cela est en faveur d'une consultation
tardive des patients. Cette notion permet d'expliquer en partie une morbidité
post-opératoire moindre mais aussi une mortalité qui s'abaisse
jusqu'à 0,1 % pour les appendicites aiguës et 2,7 % pour les
appendicites perforées dans les séries occidentales [20].
Cette relation entre mortalité et consultation tardive des patients
avec des appendicites compliquées est partout observée en
Afrique tropicale : la mortalité qui avoisinait 3,5 % dans la série
du CNHU de Bangui en Centrafrique peut aller de 3 % [11, 38] jusqu'à
4,5 % en Éthiopie et au Mali [2, 13]. Ces taux de mortalité
sont encore très élevés comparés à
ceux signalés dans les pays industrialisés qui sont compris
entre 0,1 et 0,25 % [22].
CONCLUSION La
fréquence de l'appendicectomie est élevée parmi les
interventions chirurgicales viscérales d'urgence au Centre national
hospitalier universitaire de Bangui (Centrafrique) mais similaire à
celle observée dans d'autres pays d'Afrique tropicale. Tout médecin
praticien exerçant dans cette région peut être donc
amené à évoquer le diagnostic d'appendicite sur des
arguments cliniques et, parfois, selon les lieux d'exercice et les moyens
disponibles, renforcés par des examens biologiques évocateurs.
La morbidité et la mortalité élevées résultent
des consultations fréquemment tardives. Aussi, des campagnes d'information
périodiques pour la population par l'intermédiaire de la radio,
de la télévision et d'affiches murales devrait inciter celle-ci
à une consultation médicale précoce au lieu du recours
en premier aux tradipraticiens ou de la peur de se rendre à l'hôpital,
et des cours de recyclages pour le personnel de santé devraient être
organisés périodiquement par les autoritaires sanitaires sur
les syndromes douloureux aigus de l'abdomen et, notamment, sur les dangers
d'un diagnostic tardif ou d'une méconnaissance du diagnostic d'une
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