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Relevance of life cycle analysis (LCA) for assessing health impacts: Comparison with quantitative health risk assessments (QHRA)


Environnement, Risques & Santé. Volume 7, Number 4, 265-77, juillet-août 2008, Article original

DOI : 10.1684/ers.2008.0159

Résumé   Summary  

Author(s) : Magali Boize, Anne-laure Borie, Anne Landrin, Marion Papadopoulo, Denis Le Boulch, Romain Richard , Service des études médicales d’EDF et de Gaz de France, 22-28, rue Joubert, 75 009 Paris, Direction départementale des Affaires sanitaires et sociales des Yvelines, Service Santé environnement, 143, boulevard de la Reine, 78000 Versailles, Direction de la recherche de Gaz de France, 361, avenue du Président Wilson, BP 33, 93211 St Denis-La Plaine, St Denis La Plaine cedex, EDF Recherche et Développement, Site des Renardières, Avenue des Renardières, Ecuelles, BP 46, 77818 Moret-sur-Loing cedex.

Summary : Introduction: Life Cycle Analysis (LCA) is a global method for assessing the environmental burdens (greenhouse effect, acidification, resource depletion, etc.) associated with a product or activity over its entire life cycle. Today LCA methods for environmental impact assessment are being extended to the evaluation of the human health effects of these products and activities. These results, however, are very uncertain in view of the scale of evaluation – over the entire life cycle of the system – and the many assumptions and uncertainties associated with it. The aim of this article is to determine the validity and limitations of LCA as applied to health impact (health damage, in LCA terminology) assessment by Impact 2002+, the most recent LCA method. Methods: LCA of health will be compared to the quantitative health risk assessment (QHRA), a validated and widely used assessment tool. After a comparison of the nature of both methodologies, their differences will be illustrated by a case study of coal power plants in France. Results: Despite their similar structures, LCA and QHRA often produce divergent results and differ in many ways, including ease of updating data (epidemiological, toxicological, and exposure), number of substances considered, population characteristics and the space-time scale. The case study also highlighted the risks inherent in the practice of LCA, including the double-counting of substances and the importance of the reliability of databases. Other weaknesses are more specific to Impact 2002+. They include a lack of consistency and transparency in the development of certain effect factors, which limits their scientific relevance. Conclusion: LCA appears to be a tool complementary to QHRA that can be used for pre-diagnoses or to assess pollution transfers. LCA findings, however, must be applied cautiously (that is, interpreted by an expert) for they cannot in any case be considered comparable to health risk scores.

Keywords : health risks assessment (QHRA), life cycle analysis (LCA), toxicology

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ARTICLE

Auteur(s) : Magali Boize1, Anne-laure Borie2, Anne Landrin3, Marion Papadopoulo3, Denis Le Boulch4, Romain Richard4

1Service des études médicales d’EDF et de Gaz de France, 22-28, rue Joubert, 75 009 Paris
2Direction départementale des Affaires sanitaires et sociales des Yvelines, Service Santé environnement, 143, boulevard de la Reine, 78000 Versailles
3Direction de la recherche de Gaz de France, 361, avenue du Président Wilson, BP 33, 93211 St Denis-La Plaine, St Denis La Plaine cedex
4EDF Recherche et Développement, Site des Renardières, Avenue des Renardières, Ecuelles, BP 46, 77818 Moret-sur-Loing cedex

Article reçu le 31 Janvier 2008, accepté le 30 Avril 2008

L’analyse de cycle de vie (ACV) est une méthode globale d’évaluation environnementale proposant une analyse des « impacts » potentiels sur l’environnement et/ou la santé publique d’un système, d’un service ou d’un produit sur l’ensemble de son cycle de vie, de l’extraction des matières premières à la production de déchets (approche « du berceau à la tombe »). L’ACV [1] traite l’ensemble des enjeux environnementaux tels que l’effet de serre, l’acidification, la destruction de la couche d’ozone, etc.

Pour les impacts sur la santé, jouant souvent un rôle primordial pour le décideur, différentes méthodes d’évaluation ont été développées ces dernières années. Mais les résultats obtenus demeurent encore très controversés du fait de l’échelle globale de l’ACV peu adaptée à des impacts sanitaires à portée locale, des nombreuses hypothèses retenues, des extrapolations et des incertitudes associées.

Cet article propose une analyse de la validité de la démarche ACV dans le domaine sanitaire et plus particulièrement de la méthode d’évaluation des impacts sanitaires la plus récente, Impact 2002+. Il vise à préciser les limites et précautions d’utilisation de la méthode dans le domaine sanitaire. Ce travail repose sur la comparaison de cette méthode avec un autre outil d’évaluation des risques sanitaires : l’évaluation quantitative des risques sanitaires (EQRS), outil d’évaluation déjà largement employé. La comparaison portera en premier lieu sur la nature des méthodes, puis sera approfondie par un cas d’application sur les centrales thermiques fonctionnant au charbon.

L’analyse de cycle de vie appliquée au sanitaire

Développée depuis la fin des années 1960, l’ACV vise à estimer les répercussions environnementales des activités industrielles et à définir des priorités d’action. La SETAC (Society of Environmental Toxicology And Chemistry) est au cœur du développement de la méthodologie depuis le début des années 1990. L’analyse de cycle de vie a été normalisée par l’Organisation internationale de normalisation entre 1997 et 2002 (normes ISO 14040 et 14044) et jouit désormais d’une reconnaissance internationale. En 2002, le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue)) s’est joint à la SETAC afin de créer une initiative internationale relative à l’analyse de cycle de vie (Life cycle initiative).

L’ACV : une méthodologie encadrée par l’International Standardisation Organization (ISO)

L’objectif d’une ACV est d’évaluer un produit, un processus ou un système sur tout son cycle de vie [2]. Les normes ISO 14040 et 14044 définissent les quatre étapes de l’ACV :
  • 1. La définition des objectifs et du champ de l’étude précise le système étudié et l’unité fonctionnelle associée : par exemple, le nettoyage d’une surface définie (si l’on compare des produits d’entretien), la construction d’une pièce automobile ou la production d’1 kWh d’électricité ;
  • 2. L’inventaire répertorie et quantifie les flux de matière et d’énergie entrant et sortant de chaque système et sous-système ;
  • 3. L’évaluation des impacts potentiels [3] sur l’environnement traduit l’inventaire en un nombre réduit « d’indicateurs d’impact potentiel » quantifiant la contribution potentielle du système aux grands problèmes environnementaux (effet de serre, acidification, santé humaine, etc.). Les résultats sont exprimés par rapport à l’unité fonctionnelle choisie.
  • 4. L’interprétation des résultats analyse les informations obtenues lors des étapes précédentes, notamment par des analyses de sensibilité afin d’éprouver la robustesse des résultats ; de nouvelles hypothèses peuvent alors être faites et l’étude précisée.

Pour les effets sanitaires, plusieurs méthodes d’impact ACV ont développé leurs propres indicateurs [4, 5]. Ces méthodes ne sont pas fondées sur les mêmes principes d’évaluation, les mêmes modèles, ni les mêmes données d’entrée [6]. Une même ACV réalisée avec l’une ou l’autre des méthodes n’aboutira donc pas aux mêmes résultats. Les développements méthodologiques de ces indicateurs sanitaires se poursuivent. Bien que des groupes de travail cherchent à élaborer une méthode de référence pour l’évaluation des impacts sanitaires en ACV, aucune des théories existantes ne fait aujourd’hui consensus. Annoncée par les membres de l’Initiative UNEP/SETAC [7] (Porto, 2007), la méthode USETOX, voulue consensuelle, n’est pas encore disponible.

Impact 2002+ : une nouvelle méthode d’évaluation des impacts ACV

La méthode Impact 2002+ propose un approfondissement de l’évaluation des « impacts » sanitaires par rapport aux méthodes d’évaluation des impacts existant en ACV : nouvelles méthodologies, données plus récentes, plus grand nombre de substances prises en compte, etc. [8, 9]. La démarche globale repose sur une approche dite mixte comportant deux niveaux d’analyse : un premier niveau appelé « niveau d’impacts intermédiaires » et un second niveau appelé « niveau de dommages ».

Les catégories intermédiaires peuvent contribuer à une ou plusieurs catégories de dommages. Par exemple, la catégorie intermédiaire « destruction de la couche d’ozone » contribuera aux dommages sur la santé et aux dommages sur la qualité des écosystèmes. Pour la catégorie de dommages « santé humaine », les résultats prennent en compte différents facteurs : le devenir de la substance dans l’environnement, la relation entre la dose ou concentration d’exposition et la réponse estimée, la sévérité et l’incidence des pathologies associées aux substances considérées. Les résultats sont exprimés en DALY (disability adjusted life year), unité développée conjointement par la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Un DALY représente la somme du nombre d’années de vie perdues et du nombre d’années vécues avec un handicap [10, 11]. Les DALY reposent sur une estimation d’experts de la gravité de la maladie par rapport à l’incidence de celle-ci et à l’espérance de vie. Cette mesure est subdivisée en deux paramètres – la mortalité et la morbidité – ces derniers reposant sur les tables de Murray issues de registres hospitaliers et de jugements d’experts datant de 1996 et non actualisés depuis.

Pour les catégories intermédiaires relatives à la santé, les résultats prennent en compte les mêmes facteurs que pour la catégorie de dommages mais ils sont relatifs aux dommages d’une substance de référence définie pour chaque catégorie intermédiaire (par exemple le chloréthylène, pour la catégorie intermédiaire « toxicité humaine »). Le choix de la substance de référence pour chaque catégorie intermédiaire n’est pas explicité dans la méthode Impact 2002+ (figure 1).

Dans Impact 2002+, cinq catégories intermédiaires sont associées à la catégorie de dommages « santé humaine » (figures 1 et 2).

La terminologie et le choix des catégories intermédiaires relatives à la santé peuvent engendrer une certaine confusion, notamment par la distinction des catégories « effets respiratoires » et « toxicité humaine » ou encore par le nom des catégories intermédiaires qui portent aussi bien sur les causes (radiations ionisantes) que sur les conséquences (effets respiratoires).

En pratique, le calcul d’un score « sanitaire » (figure 3) consiste à multiplier chaque masse de substance émise dans l’environnement par un facteur de caractérisation (FC) appelé respectivement facteur intermédiaire HTP (human toxicity potential) pour la catégorie d’impact intermédiaire ou facteur de dommage HDF (human damage factor) pour la catégorie de dommages. Le facteur HTP (exprimé en kg de substance de référence par kg de substance émise) est obtenu en divisant le facteur de dommage de la substance par le facteur de dommage de la substance de référence.

L’évaluation quantitative des risques sanitaires (EQRS)

Afin d’étudier la pertinence des indicateurs ACV, la méthodologie ACV est comparée à une autre méthodologie d’évaluation des risques pour la santé : l’évaluation quantitative des risques sanitaires [12]. Dans le cadre des études d’impact, l’EQRS est un outil d’évaluation des risques sanitaires à l’échelle locale s’inscrivant dans des obligations réglementaires (Décret no 77-1133 du 21 septembre 1977 pris pour l’application de la loi no 76-663 du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection de l’environnement).

La démarche de l’EQRS suit quatre étapes [13] :

  • 1. Identification des dangers ;
  • 2. Définition des relations doses-réponses ;
  • 3. Estimation de l’exposition humaine ;
  • 4. Caractérisation du risque.

Deux types d’effets sont distingués :

  • les effets dits à seuil : ils se produisent au-delà d’une dose administrée. La gravité de l’effet croît avec la dose. Il s’agit essentiellement des effets aigus et chroniques non cancérogènes ;
  • les effets dits sans seuil : ils comprennent les effets cancérogènes génotoxiques pour lesquels les observations n’ont pas mis en évidence de seuil de toxicité. Le danger survient quelle que soit la dose et c’est le risque qui augmente avec l’exposition.

Les résultats de l’évaluation des risques sanitaires sont exprimés de façon qualitative et/ou quantitative selon la disponibilité des données.

Pour les effets à seuil, un quotient de danger (QD) est calculé (quotient de la dose journalière d’exposition (ou DJE) par la valeur toxicologique de référence (ou VTR)). Il fournit un résultat semi-quantitatif.

Pour les effets sans seuil, les résultats sont exprimés par un excès de risque individuel (ERI), qui correspond à la probabilité supplémentaire qu’a un individu de développer un effet associé à une substance pour une exposition vie entière (70 ans) par rapport à une personne non exposée.

Lorsque le calcul du QD ou de l’ERI n’est pas réalisable (absence de VTR, par exemple), une évaluation qualitative est effectuée. Elle permet de prendre en compte, malgré un manque de données, une substance potentiellement toxique pour les personnes exposées.

Une détermination des incertitudes doit clore l’EQRS afin de permettre une bonne gestion ultérieure des risques.

Comparaison des méthodes

Tout d’abord, il faut rappeler que les deux méthodes présentent une différence d’échelle spatiale : l’ACV évalue un produit sur tout son cycle de vie et est donc amenée à considérer une population globale sans spécificité, alors que l’EQRS se pratique à une échelle locale (plus ou moins étendue) et évalue les risques potentiels pour une population déterminée.

Les deux méthodes sont structurées selon quatre étapes suivant un cheminement similaire (tableau 1) qui vont structurer l’analyse comparative.

Définition du système étudié et réalisation de l’inventaire ACV versus identification des dangers

Sélection des substances prises en compte

La première étape de l’ACV consiste à définir le système étudié et les frontières de l’étude. La norme ISO définit les frontières d’un système comme un ensemble de critères spécifiant les processus élémentaires faisant partie d’un système de produits. Le praticien ACV propose des critères permettant de justifier l’exclusion de certaines phases du système ou de certains flux. Ces critères peuvent être fondés sur des considérations massiques (% de la masse totale), économiques (% du coût total) ou sur la contribution estimée du flux aux aspects environnementaux suivis. Ensuite intervient l’inventaire (véritable bilan matière et énergie) des émissions et des extractions liées aux flux entrant (énergie, matériaux, substances, eau, consommables) et sortant du système [émissions (eau, air, sol) déchets, énergie]. Une méthode telle qu’Impact 2002+ peut ainsi prendre en compte plus de 1 800 substances.

Ces deux étapes peuvent être rapprochées de la première étape de l’EQRS.

Dans une EQRS, un choix est effectué parmi les substances émises localement, moins nombreuses qu’en ACV puisque ne sont prises en compte que les substances liées aux émissions canalisées et diffuses, à une échelle locale. Seules quelques dizaines de substances sont généralement évaluées. La sélection, via une réflexion d’experts, repose sur des critères scientifiques et réfléchis (détermination des dangers, comportement dans l’environnement, présence et quantité de substances émises dans l’environnement du site, disponibilité des données, etc.).

Tableau 1 Mise en parallèle des étapes de l’ACV et de l’EQRS.Table 1. Comparison of the stages of the LCA and the QHRA.

Étapes d’une ACV appliquée au sanitaire

Étapes de l’EQRS

1. Définition des objectifs et des limites du système étudié

a. Collecte des données - identification des dangers

2. Inventaire des émissions et des extractions

3. Analyse de « l’impact » sanitaire des substances inventoriées

b. Évaluation de l’exposition

c. Détermination de la relation dose-réponse

4. Interprétation des résultats

d. Caractérisation des résultats et description des incertitudes

Prise en compte des dimensions spatiales et temporelles des émissions

L’inventaire ACV ne tient compte ni de la localisation, ni de la temporalité des émissions de substances. Les données collectées sont agrégées en un inventaire global sur le cycle de vie. Ainsi, les propriétés intrinsèques de la substance supplantent les paramètres spatiaux et temporels, simplification importante de la réalité. En effet, les paramètres spatio-temporels ont un impact non négligeable sur le devenir des substances dans l’environnement (différences de sols, de climats entre des pays, etc.), sur l’exposition de la population (effectifs de population très variables) et sur la toxicité (caractéristiques génétiques des populations, différences de sensibilité, etc.). Du point de vue de l’évaluation de l’impact sanitaire, cette simplification confère à l’analyse une très importante source d’incertitudes. Différents laboratoires universitaires (université de Berkeley et du Michigan aux États-Unis ; École polytechnique de Montréal au Canada) travaillent à l’intégration de paramètres régionaux dans les ACV (démographie, conditions météorologiques, etc.).

Analyse de l’impact sanitaire versus détermination de l’exposition et estimation de la relation dose-réponse

La troisième étape en ACV – le calcul des indicateurs d’impact – inclut la détermination de l’exposition et de la relation dose-réponse. Cette étape correspond aux deuxième et troisième étapes de l’EQRS.

La relation dose-réponse

Le choix de la relation dose-réponse diffère entre l’EQRS et Impact 2002+.

À la différence de l’EQRS qui distingue effets à seuil et sans seuil, la méthode Impact 2002+ ne prend pas en compte la notion de seuil d’effet. Les concepteurs de la méthode privilégient, quels que soient la substance considérée et ses effets potentiels, une approche harmonisée utilisant une pente (βED10 ; figure 4) pour caractériser le potentiel toxique des substances pour la catégorie intermédiaire « toxicité humaine » (effets cancérogènes et non cancérogènes) [14]. La pente caractérise le risque pour une unité de dose d’exposition. Cela permet une harmonisation de la méthodologie d’évaluation entre les effets à seuil et les effets sans seuil au sein de l’outil.

En outre, l’EQRS privilégie les données épidémiologiques de préférence aux données animales, quand elles sont disponibles, pour la caractérisation de la relation dose-réponse. Ce n’est pas le cas des indicateurs sanitaires ACV qui utilisent des données animales ou épidémiologiques selon les substances, sans justification particulière.

Par ailleurs, les valeurs retenues pour l’établissement de la relation dose-réponse dans les méthodes d’impact disponibles sont figées : jusqu’à présent, force est de constater qu’elles ne sont pas suffisamment actualisées en fonction de l’état de l’art ; l’utilisateur est dans l’impossibilité technique de modifier ces valeurs.

A contrario, les données utilisées dans les EQRS, comme la relation dose-réponse, peuvent être révisées qualitativement et quantitativement en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques. On peut prendre en compte par exemple la révision du classement cancérogène pour une substance par un organisme comme le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et la modification ou l’ajout de valeurs toxicologiques de référence. Toutes ces données peuvent changer la caractérisation d’un risque, à la fois sur le plan qualitatif et sur le plan quantitatif.

L’estimation de l’exposition

L’estimation de l’exposition de la population dans Impact 2002+ passe par l’expression de la fraction absorbée (kg absorbé par kg de substance émise). Cette dernière représente la fraction de substances émises dans l’environnement à laquelle la population est exposée via différentes voies (inhalation, ingestion, contact cutané). Cette fraction absorbée ne prend pas en compte les différences géographiques. Or, lors du congrès de la SETAC à Porto (mai 2007), l’importance de l’impact de la régionalisation sur les valeurs de fraction absorbée a été mise en avant. Les dernières études réalisées dans ce domaine ont démontré l’influence significative de l’intégration de paramètres locaux (données météorologiques, démographiques, hydrologiques, géographiques, etc.) sur la valeur de la fraction absorbée. En revanche, ces paramètres sont pris en compte dans une EQRS.

Les caractéristiques de la population sont également simplifiées dans Impact 2002+. Il s’avère en effet impossible de calculer un impact sanitaire pour les individus sensibles (enfants, personnes âgées, déficients respiratoires et cardiaques, individus avec une susceptibilité génétique, etc.). Ces simplifications restent néanmoins concevables au vu de l’échelle d’évaluation considérée.

Dans les EQRS, les concentrations en polluants proviennent fréquemment de la modélisation des données d’émissions ou directement de l’utilisation des données de mesure tenant compte des paramètres locaux du site. Sur cette base, une estimation la plus juste possible de l’exposition des populations concernées est réalisée. Il est alors possible, via la réalisation de scénarios d’exposition pour des populations déterminées (scénarios écoles, hôpitaux, par exemple, etc.) d’appréhender le risque pour les personnes plus sensibles.

Les lacunes communes

Dans les méthodes d’impacts ACV, les effets sur la santé liés à la pollution de l’air intérieur ne sont pas pris en compte. Dans les EQRS, l’hypothèse par défaut est que la concentration dans l’air extérieur est égale à celle de l’air intérieur. De même, la voie cutanée n’est prise en considération dans aucune des deux méthodes : soit par manque de données, soit parce que cette voie est jugée peu contributive par comparaison avec l’inhalation et l’ingestion. Par ailleurs, le problème de la prise en compte de la spéciation chimique et des effets des métaux est à la fois présent dans les EQRS et les méthodes d’impacts ACV. Enfin, le bruit de fond et les effets des mélanges ne sont pris en compte dans aucune des deux méthodes.

Interprétation des résultats versus analyse des incertitudes

Dans l’EQRS, l’évaluation qualitative et quantitative des incertitudes est incluse dans la phase de caractérisation des risques. Dans la mesure du possible, les incertitudes liées aux différentes étapes de la démarche doivent accompagner les résultats afin que les décisions ultérieures de gestion soient les plus éclairées possible [15]. Un rappel de la localisation de l’incertitude est également nécessaire (évaluation des données toxicologiques utilisées, définition des paramètres d’exposition et de transfert, etc.) afin de relativiser les résultats, le document ne devant pas se limiter aux seuls calculs de risques sanitaires théoriques.

En ACV, la quatrième étape examine les résultats de l’évaluation des impacts au regard des objectifs initialement fixés, avec pour conséquence d’agir sur l’inventaire (collecte de données à approfondir, étude de sensibilité à mener). Cela relève d’un contrôle de la cohérence des résultats avant conclusion plutôt que d’une détermination exhaustive et quantifiée de l’incertitude sur l’ensemble des flux étudiés.

De même, il est difficile de réaliser une détermination qualitative des incertitudes.

Formalisme des résultats

Les résultats des deux méthodologies sont exprimés de manières différentes. Dans Impact 2002+, les résultats agrégés sont traduits par le calcul d’un indicateur sanitaire, exprimé en DALY pour les dommages ou en kg équivalent (kg éq) d’une substance de référence (ce qui correspond à un dommage relatif) pour les catégories intermédiaires. Il est très difficile d’interpréter ces unités et d’évaluer leur pertinence, et ce d’autant plus pour les kg équivalent d’une substance de référence pour lesquels aucune justification de choix n’est fournie par les auteurs. Les DALY, notamment, dépendent des paramètres de mortalité et morbidité. Ces derniers reposent sur des jugements d’experts datant de 1996 et des données non actualisées depuis. Or, l’incidence des types de cancers et leur mortalité ont évolué (CIRC 20061). Ces évolutions soulèvent la question de leurs répercussions sur les résultats d’Impact 2002+.

Pour une EQRS, le risque est exprimé de façon quantitative et qualitative. La quantification du risque représente une estimation de la gravité des effets (QD) et une estimation de l’excès de risque pour un individu par rapport à un individu non exposé (ERI) susceptibles de se produire dans une population déterminée en raison de l’exposition à un ensemble de substances. Ces valeurs de risque sont également censées être protectrices pour les populations sensibles. Lorsque la quantification n’est pas possible, une analyse qualitative est requise. Ce travail serait difficilement réalisable pour un indicateur ACV vu le nombre de polluants pris en compte et l’échelle spatiale. Lorsqu’il n’existe pas de données toxicologiques sur les substances, les facteurs de caractérisation sont considérés comme nuls : des substances potentiellement toxiques ne sont donc pas prises en compte.

Synthèse sur la comparaison des deux méthodes

Même si, en apparence, ACV sanitaire et EQRS présentent un cheminement voisin, l’analyse détaillée révèle de nombreux points de divergences. Les plus évidents portent sur l’actualisation : à la différence des données utilisées dans l’EQRS (exposition, toxicologie, épidémiologie), actualisées en fonction des connaissances scientifiques, les facteurs de caractérisation utilisés en ACV apparaissent figés. Il serait néanmoins possible de remédier à ce point par un travail complémentaire d’actualisation des données mais sans doute difficile à réaliser. Plus important encore, l’étape d’agrégation des données ACV occulte les paramètres spatio-temporels de l’exposition. Le calcul d’impact repose donc sur une forte simplification de la réalité et fournit un résultat éloigné de l’exposition réelle des populations. Il est également difficile d’interpréter des résultats en kg éq d’une substance de référence car les substances associées à une catégorie d’impact n’ont pas forcément le même effet que la substance de référence de cette catégorie. La pertinence des regroupements des substances dans les catégories intermédiaires peut être remise en question.

Le volet applicatif suivant permet d’éclairer concrètement les conséquences de ces divergences.

Cas d’application pour les centrales thermiques à charbon : ACV versus EQRS

La mise en perspective, qualitative et quantitative, des résultats d’une ACV sanitaire sur la production d’électricité d’une centrale thermique au charbon et de plusieurs EQRS a été effectuée. L’objectif est de compléter l’évaluation de la pertinence des indicateurs sanitaires utilisés en ACV et des impacts sanitaires calculés. Les différences d’échelle d’évaluation entre les deux méthodologies ont été prises en compte lors de cette comparaison : les substances ont été rapportées aux étapes du cycle de vie auxquelles elles correspondent (unité de production de la centrale thermique, parc à cendres, déchets, etc.).

Cohérence des résultats entre les deux méthodes

Les substances contribuant le plus aux résultats dans les deux méthodologies ont été identifiées. L’étude s’est limitée à la catégorie de dommages « santé humaine » et aux catégories intermédiaires « toxicité humaine » (effets cancérogènes et non cancérogènes) et « effets respiratoires ». Les voies inhalation et ingestion sont prises en compte, sauf pour la catégorie intermédiaire « effets respiratoires » où seules les émissions dans l’air sont considérées. La figure 5 présente les substances ressortant prioritairement pour la catégorie de dommages « santé humaine ».

L’ACV sanitaire et les EQRS thermiques n’ont pas mis en avant les mêmes substances, sauf pour la catégorie « toxicité humaine » (tableaux 2 et 3). Pour les substances ressortant uniquement dans les résultats d’ACV, une recherche a été effectuée pour déterminer la phase du cycle de vie émettrice (centrale ou autre). Pour les substances uniquement présentes dans les résultats d’EQRS, une réflexion a également été menée sur les causes de la non-prise en compte de ces substances dans l’ACV. Les exemples suivants viennent illustrer ces constats.

Substances ressortant dans l’ACV et non dans l’EQRS

Parmi les substances mises en évidence par l’ACV et non retenues dans les EQRS, le zinc ressort nettement dans la catégorie intermédiaire « toxicité humaine effets non cancérogènes ». Cet impact est essentiellement lié à l’exploitation de la centrale. Sa faible toxicité (non classé comme cancérogène, effets nécessitant des expositions massives pour survenir par inhalation, etc.) et les flux d’émission relativement faibles justifient sa non-prise en compte dans l’EQRS. Deux raisons peuvent être invoquées pour expliquer les résultats obtenus avec Impact 2002+ concernant le zinc : une surestimation des flux d’émissions au niveau de l’inventaire ou une surévaluation de la toxicité potentielle du zinc dans les facteurs de caractérisation.

Les résultats d’ACV sanitaire font également ressortir les impacts associés aux émissions de monoxyde de carbone et d’ammoniac. Ces substances ne font pas partie des polluants sélectionnés lors de la phase d’identification des dangers dans les EQRS étudiées. Au regard de cette constatation, la question de leur prise en compte dans les EQRS peut se poser.

Tableau 2 Comparaison des substances contribuant aux impacts de la catégorie intermédiaire « toxicité humaine effets cancérogènes » avec les substances sans seuil prises en compte dans une EQRS de centrale thermique.Table 2. Comparison of the substances contributing to the impacts in the midpoint category “human toxicity carcinogenic effects” with no-threshold substances taken into account in a QHRA of a power plant.ACV : analyse de cycle de vie ; EQRS : évaluation quantitative des risques sanitaires.On peut observer une homogénéité des substances prises en compte dans l’EQRS avec celles contribuant le plus à l’impact dans l’ACV. Les substances sont classées selon l’ordre des résultats obtenus. Seules les 11 premières substances sont présentées.We observe the similarity of the substances taken into account in the Quantitative health risk assessments (QHRA) and those contributing the most to impact in the Life cycle analysis (LCA). The substances are classified in the order of the results obtained. Only the first 11 substances are presented.

Tableau 3 Comparaison des substances contribuant aux impacts de la catégorie intermédiaire « toxicité humaine effets non cancérogènes » avec les substances sans seuil prises en compte dans une EQRS de centrale thermique.Table 3. Comparison of the substances contributing to the impacts in the midpoint category “human toxicity noncarcinogenic effects” with no-threshold substances taken into account in a QHRA of a power plant.ACV : analyse de cycle de vie ; EQRS : évaluation quantitative des risques sanitaires.On peut observer une absence homogénéité des substances prises en compte dans l’EQRS avec celles contribuant le plus à l’impact dans l’ACV.We observe the lack of similarity of the substances taken into account in the Quantitative health risk assessments (QHRA) and those contributing the most to impact in the Life cycle analysis (LCA).

Substances ressortant dans l’EQRS et non dans l’ACV

À l’inverse, certaines substances présentes dans les EQRS étudiées ne sont pas prises en compte dans l’ACV, aucun facteur de caractérisation n’ayant été calculé. Parmi ces substances, on trouve notamment le fluoranthène, le naphtalène, le manganèse (effets à seuil), le nickel ou encore le plomb (effet sans seuil).

En effet, depuis 2002, le naphtalène (HAP) est passé de la classe 3 à la classe 2B du CIRC, c’est-à-dire cancérogène possible. Or aucun facteur de caractérisation n’est disponible pour cet effet. Pour le nickel, seul un facteur de caractérisation est fourni pour les effets non cancérogènes. Pourtant, cette substance est classée dans le groupe 2B (probablement cancérogène pour l’homme) par le CIRC (1990) et les composés du nickel dans le groupe 1 (cancérogène pour l’homme). Le nickel est pris en compte dans les EQRS pour sa cancérogénicité. D’un point de vue toxicologique, il serait pertinent de disposer d’un facteur prenant en compte la cancérogénicité (poumon et fosses nasales) potentielle du nickel.

Ces exemples illustrent le manque d’homogénéité entre les substances et les effets pris en compte dans les deux méthodes.

Ces différences s’expliquent dans certains cas. Elles soulèvent toutefois le problème de la mise à jour des données toxicologiques ou épidémiologiques utilisées dans l’ACV sanitaire.

Pertinence toxicologique

L’analyse des indicateurs ACV relatifs à la santé a montré que certaines substances disposent de facteurs de caractérisation pour des effets non retrouvés dans la littérature. À l’inverse, certaines substances ne disposent pas de facteurs pour des effets pourtant régulièrement observés.

Le molybdène est un exemple notable. Ce polluant ne fait pas partie des substances évaluées dans les EQRS. En ACV, le molybdène provient essentiellement de l’approvisionnement en combustible (phase d’extraction du charbon). Dans Impact 2002+, un facteur d’effet relatif à ses effets cancérogènes (figure 6) est fourni. Or, dans la littérature, les bases de données consultées (US-EPA, ATSDR, RIVM, OMS et CIRC2) n’ont pas permis de conclure quant au danger de ce métal (non évalué ou non classé). Le facteur de caractérisation pour des effets cancérogènes ne semble donc pas adapté et aucune justification n’est disponible sur l’élaboration de ce facteur. Cet exemple soulève le problème de la robustesse scientifique des données utilisées dans l’élaboration des facteurs de caractérisation d’ACV.

La pertinence des voies d’exposition considérées dans l’établissement des facteurs de caractérisation a également été étudiée. Pour l’évaluation des dioxines, la méthode Impact 2002+ calcule un facteur de caractérisation uniquement pour les rejets atmosphériques et ne considère donc que l’exposition par inhalation. Or la principale source d’exposition humaine est l’alimentation (90 %).

Pour le calcul du dommage associé aux particules, il est recommandé dans la méthode Impact 2002+ d’utiliser uniquement un facteur de dommage santé humaine (HDF) lié aux PM2,5 (figure 7). Les concepteurs de la méthode justifient ce choix en considérant que seules les particules d’un diamètre inférieur à 2,5 μm sont toxiques, les autres (PM10 et PMtot) étant jugées « inertes ». Or ce jugement ne fait pas consensus dans la littérature scientifique.

Principe de transparence

Au manque de pertinence toxicologique de certains facteurs de caractérisation s’ajoute un manque de transparence. Les exemples suivants illustrent ce manque de transparence, tant sur l’élaboration de certains de ces facteurs que sur les substances réellement prises en compte.

Pour le métal chrome (figures 5 et 7), deux facteurs de caractérisation sont distingués dans la méthode Impact 2002+ : respectivement pour le chrome et pour le chrome VI (CrVI). Une question se pose quant à la nature du facteur considéré pour le « chrome ». Tout d’abord, l’utilisateur ne sait pas sous quelle forme ce dernier est pris en compte : chrome sous forme élémentaire (métallique), CrVI, CrIII, ou chrome total. Ensuite, l’étude de la littérature ne présente des résultats en termes de toxicité que pour le chrome VI et le chrome III : le chrome VI est considéré pour sa cancérogénicité avérée au niveau de différents organes (groupe 1 du CIRC, 1990). La question de la pertinence du calcul d’un facteur de caractérisation cancérogène pour le chrome métallique est donc posée. De plus, dans une des EQRS étudiées, le chrome VI contribuait fortement au risque total cancérogène. Le facteur de caractérisation du chrome VI devrait donc contribuer significativement au score d’impact au niveau de l’unité centrale thermique, ce qui n’est pas le cas. Il semble donc que la contribution du chrome VI en termes de toxicité soit sous-évaluée dans les ACV. La classe de polluants des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) est un autre exemple du manque de transparence. En effet, il n’est pas possible de savoir ce qu’englobe le terme général d’HAP. Il peut s’agir de l’ensemble des HAP, du mélange des 7 molécules reconnues cancérogènes ou du mélange des 16 substances réglementaires.

Un problème plus large est apparu quant à la double prise en compte d’effets cancérogènes ou non cancérogènes dans les catégories intermédiaires « toxicité humaine » et « effets respiratoires » (figure 8).

Risques inhérents à la pratique de l’ACV sanitaire

Double comptage de substances

Le risque de double comptage pour certaines substances doit être considéré. Par exemple, le benzo(a)pyrène peut soit être renseigné dans le flux HAP, soit être renseigné en tant que tel. Si c’est le cas, il faudra alors le soustraire au flux global HAP.

Cette remarque est également valable pour d’autres substances telles que les hydrocarbures aromatiques et les composés organiques volatils.

La pertinence d’une ACV sanitaire passe donc par un soin minutieux lors de l’inventaire afin d’éviter les doubles comptages ou de les prendre en compte pour l’interprétation des résultats.

Incertitude sur la fiabilité des bases de données utilisées

Les résultats obtenus en matière de dommages sur la santé humaine lors du cas pratique tendent à faire ressortir les dioxines (dont la 2,3,7,8 TCDD) comme les substances ayant la plus forte contribution au niveau des dommages sur la santé humaine. Or, après consultation des concepteurs de la base de données, une erreur sur ce flux a été confirmée. Cet exemple soulève le problème de la fiabilité des bases de données utilisées qui, en essayant de couvrir de façon exhaustive l’ensemble des flux et des systèmes répertoriés, génèrent un risque certain d’erreurs.

Le rôle du praticien ACV comprend donc la vérification et la validation des chiffres issus de bases de données lors de la phase d’interprétation des résultats.

Conclusions

La pertinence de l’ACV dans le domaine sanitaire est souvent questionnée : cette étude visait donc à étudier l’application de l’ACV aux problématiques sanitaires par une analyse poussée des indicateurs, et par sa comparaison avec une démarche d’évaluation utilisée couramment, l’EQRS.

Cette comparaison a été réalisée sur le plan théorique et au travers d’un cas d’application.

L’étude théorique a montré les différences essentielles entre les deux approches : différences d’échelles spatio-temporelles, nombre de substances prises en compte, caractéristiques des populations, etc. Le cas pratique les a confirmées de façon concrète. L’étude a également mis en évidence les risques inhérents à la pratique de l’ACV dans le domaine sanitaire, notamment l’existence possible de doubles comptages de substances et la fiabilité des bases de données utilisées.

D’autres faiblesses sont plus spécifiques à Impact 2002+ : les effets sanitaires pris en compte pour l’élaboration de certains facteurs d’effet sans cohérence avec les études toxicologiques existantes ; l’absence de mise à jour et le caractère figé des données toxicologiques utilisées ; un manque de transparence nécessaire à la compréhension de l’élaboration des facteurs de caractérisation et donc de leur bien-fondé scientifique.

Il est également certain que l’ensemble des incertitudes présentes dans une ACV ne peut être déterminé de manière exhaustive.

Le résultat de cette étude est donc sans ambiguïté : l’ACV ne peut prétendre au statut de méthode d’évaluation des risques sanitaires. Mais l’a-t-elle jamais prétendu ? L’ACV est une méthode d’évaluation environnementale d’un produit, impliquant une analyse de l’ensemble du cycle de vie. Dès lors, elle ne peut disposer d’un degré de précision équivalent à celui de l’EQRS. Pour ces différentes raisons, les calculs d’indicateurs sanitaires ACV ne doivent pas être assimilés à des calculs de risque pour la santé.

Par conséquent, il semble difficile d’envisager l’ACV comme outil de communication sur des aspects sanitaires. Si le concept global de l’ACV peut être facilement assimilé, les différentes hypothèses et contingences inhérentes à cette méthode ne sont pas accessibles à la plupart des personnes à qui ces types de résultats pourraient être présentés. Une mauvaise utilisation peut également avoir des conséquences non négligeables en termes de gestion des risques pour les entreprises.

Il convient donc de rester très vigilant quant à l’interprétation et à l’utilisation qui peut être faite des résultats d’ACV pour la partie sanitaire. Rechercher à améliorer l’ACV sur le plan sanitaire présenterait-il un véritable intérêt ? Même si une méthode d’impact faisant consensus s’imposait, la plupart des risques et faiblesses mis en évidence subsisteraient.

Malgré cela, l’ACV reste la seule méthode disponible permettant d’appréhender l’ensemble du cycle de vie. L’ACV pourrait se révéler un outil complémentaire de l’EQRS. Il est également envisageable de l’utiliser comme outil d’autoamélioration à l’échelle globale : la force de l’ACV est de poser la question des déplacements de pollution et des reports d’impacts sanitaires associés. Cela permet par exemple de considérer les répercussions de la mise en place d’un procédé de dépollution sur l’ensemble d’un système.

Nous espérons que ce travail contribuera à donner aux lecteurs ou utilisateurs d’ACV sanitaires un regard critique sur cette méthodologie.

Remerciements

Nous souhaitons ici remercier les Dr Pierre-André Cabanes et Anne-Marie Fillet, ainsi que Mmes Gaëlle Guillossou et Évelyne Fiorenza du Service des études médicales, et Patricia Flach-Malaspina (Direction de la recherche, Gaz de France) pour leur contribution à la réalisation de ce travail.

Références

1 Caseau P, Gauthier D, Mazeas H, Lecouls H, Sidoroff S, Boeglin N. Les analyses de cycle de vie. Paris : Académie des Technologies, 2002.

2 Jolliet O, Saade M, Crettaz P. Analyse du cycle de vie, Comprendre et réaliser un écobilan. Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 2005.

3 Hauschild MZ. Assessing environmental impacts in a life-cycle perspective. Environ Sci Technol 2005 ; 39 : 81A-88A.

4 Koning DA, Guinée J, Pennington D, et al. Methods and typology report Part A : Inventory and classification of LCA characterisation methods for assessing toxic releases. Contribution to Work-package 7 of the OMNIITOX Project as part A of appropriate deliverable D11. Leiden (The Netherlands) : Centre of Environmental Science, Leiden University, 2002.

5 Jolliet O, Rosenbaum R, Chapman PM, et al. Establishing a framework for life cycle toxicity assessment, findings of the lausanne review workshop. Int J Life Cycle Assess 2006 ; 11 : 209-12.

6 Mckone TE, Kyle AD, Jolliet O, Irving Olsen S, Hauschild M. Dose-response modeling for life cycle impact assessment, findings of the portland review workshop. Int J Life Cycle Assess 2006 ; 11 : 137-40.

7 www.unep.fr/pc/sustain/lcinitiative/.

8 Humbert S, Margni M, Jolliet O. IMPACT 2002+ User Guide - Draft for version 2.1. Lausanne : Swiss Federal Institute of Technology, 2005.

9 Jolliet O, Margni M, Charles R, et al. IMPACT 2002+ : A new life cycle impact assessment methodology. Int J Life Cycle Assess 2003 ; 8 : 324-30.

10 Murray CJL, Lopez AD. The global burden of disease, Vol. 1. Boston : Harvard University press, 1996.

11 Murray CJL, Lopez AD. Global health statistics, Vol. 2. Boston : Harvard University Press, 1996.

12 National Academy of Sciences National Research Council (NAS-NRC), Committee on the Institutional Means for Assessment of Risks to Public Health NRC. Risk assessment in the federal government : managing the process. Washington (DC) : National Academy Press, 1983.

13 Institut national de veille sanitaire (InVS), Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement (Afsse). Estimation de l’impact sanitaire d’une pollution environnementale et évaluation quantitative des risques sanitaires. Saint-Maurice ; Maisons-Alfort : InVS ; Afsse, 2005.

14 Crettaz P, Pennington D, Rhomberg L. Assessing human health response in life cycle assessment using ED10s and DALYs - part 1 : cancer effects. Risk Anal 2002 ; 22 : 931-46.

15 Hubert P. Pour un meilleur usage du risque attribuable en santé environnementale. Environnement, Risques & Santé 2003 ; 2 : 266-78.

2 US EPA : United States Environmental Protection Agency ; ATSDR : Agency for Toxic Substances and Disease Registry ; RIVM : Rijksinstituut voor Volksgezondheid en Milieu ; OMS : Organisation mondiale de la santé ; CIRC : Centre international de recherche sur le cancer.1 http://www-dep.iarc.fr/ et http://www.iarc.fr/indexfr.html


 

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