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Screening for childhood lead poisoning in France from 1995 through 2002


Environnement, Risques & Santé. Volume 6, Number 6, 425-32, novembre-décembre 2007, Article original

DOI : 10.1684/ers.2007.0115

Résumé   Summary  

Author(s) : Florence Canoui-Poitrine, Camille Lecoffre, Robert Garnier, Corine Pulce, Sabine Sabouraud, Monique Mathieu-Nolf, Christine Cezard, Patrick Harry, Laurence Lagarce, Daniel Poisot, Philippe Bretin , Institut de veille sanitaire (InVS), 12, rue du Val d’Osne, 94415 Saint-Maurice cedex, France, Centre antipoison et de toxicovigilance de Paris, Hôpital Fernand Widal, 200, rue du Faubourg Saint Denis, 75475 Paris cedex 10, Centre antipoison et de toxicovigilance de Lyon, Bâtiment A, 4 e étage, 162, avenue Lacassagne, 69424 Lyon cedex 03, Centre antipoison et de toxicovigilance de Lille, CHRU, 5, avenue Oscar Lambert, 59037 Lille cedex, Centre antipoison et de toxicovigilance d’Angers, CHRU, 4, rue Larrey, 49033 Angers cedex 01, Centre antipoison et de toxicovigilance de Bordeaux, Hôpital Pellegrin Tripode, Place Amélie Raba-Léon, 33076 Bordeaux cedex.

Summary : Introduction: Lead poisoning can cause neurodevelopmental and hematopoietic damage, especially in young children. Exposure to deteriorated lead-based paint in old buildings is one of the main risk factors. The objectives of the present study were 1) to count the children screened for lead poisoning and the new cases in France and to describe their distribution geographically and over time, and 2) to study their characteristics and the risk factors associated with a high blood lead level. Methods: The study population comprised all children with one or more blood lead tests in France from 1995 through 2002. Our data source was the Childhood Lead Poisoning National Monitoring System, which began recording blood lead levels and children’s characteristics in 1995. Results: In all, 36,151 children younger than 18 (35/100,000 children per year) were screened at least once. Most (95%) were younger than 7. Among those screened, 5,974 new cases were detected (incidence rate \= 5.9/100,000 person-years). The percentage of screened children with a blood lead level above the cutoff point of 100 μg/L decreased regularly, from 24.5% in 1995 to 8.5% in 2002. Screening activity was concentrated in three of the 22 French regions (Ile-de-France \= 61%, Rhônes-Alpes \= 13% and Nord-Pas de Calais \= 9 %) and 66% of the new cases lived in Paris or its suburbs. Moreover, two thirds of the children screened (64%) lived in old dilapidated housing and one in six had lead poisoning. Conclusion: The number of cases of childhood lead poisoning detected has decreased regularly since 1995. Nevertheless, the French screening activity for childhood lead poisoning remains much too heterogeneous. Even though risk factors for lead poisoning are not equally distributed within the country (old housing, industrial sites), numerous children exposed to lead are not screened in many regions and it is likely that many new cases are not identified.

Keywords : child, France, lead poisoning, mass screening, population surveillance, risk factors

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ARTICLE

Auteur(s) : Florence Canoui-Poitrine1, Camille Lecoffre1, Robert Garnier2, Corine Pulce3, Sabine Sabouraud3, Monique Mathieu-Nolf4, Christine Cezard4, Patrick Harry5, Laurence Lagarce5, Daniel Poisot6, Philippe Bretin1

1Institut de veille sanitaire (InVS), 12, rue du Val d’Osne, 94415 Saint-Maurice cedex, France
2Centre antipoison et de toxicovigilance de Paris, Hôpital Fernand Widal, 200, rue du Faubourg Saint Denis, 75475 Paris cedex 10
3Centre antipoison et de toxicovigilance de Lyon, Bâtiment A, 4e étage, 162, avenue Lacassagne, 69424 Lyon cedex 03
4Centre antipoison et de toxicovigilance de Lille, CHRU, 5, avenue Oscar Lambert, 59037 Lille cedex
5Centre antipoison et de toxicovigilance d’Angers, CHRU, 4, rue Larrey, 49033 Angers cedex 01
6Centre antipoison et de toxicovigilance de Bordeaux, Hôpital Pellegrin Tripode, Place Amélie Raba-Léon, 33076 Bordeaux cedex

Article reçu le 14 Mai 2007, accepté le 24 Septembre 2007

Chez le jeune enfant, l’intoxication chronique par le plomb peut entraîner une anémie et une déficience persistante des fonctions cognitives. Selon les études, une élévation de la plombémie de 100 μg/L à 200 μg/L est associée à une perte de 1 à 3 points de quotient intellectuel (QI) [1, 2]. La symptomatologie de l’intoxication par le plomb est souvent absente, et lorsque les symptômes sont présents, ils sont tardifs et non spécifiques. Il s’agit principalement de signes neurologiques (troubles du comportement, de l’humeur, de la motricité fine, baisse des performances scolaires), digestifs (douleurs abdominales, diarrhée, constipation, anorexie) et de symptômes liés à l’anémie (asthénie, pâleur) [3]. La lutte contre l’intoxication par le plomb repose sur une politique d’éradication des sources d’exposition [4].La source principale d’intoxication est la peinture à la céruse des habitats anciens (datant d’avant 1949). Très utilisée au XIXe siècle, elle a fait l’objet d’interdictions d’utilisation qui ont progressivement été étendues, mais jusqu’en 1948, les peintures cérusées sont restées fréquemment employées par les professionnels. La céruse est toujours présente dans les immeubles anciens, souvent recouverte de peinture plus récente. La dégradation des peintures sous l’effet du temps et de l’humidité dans des immeubles mal entretenus est cause d’une exposition au plomb des occupants, notamment des enfants. La peinture peut être ingérée sous forme d’écailles ou de poussières ou à l’occasion de travaux réalisés sans précaution : chez le jeune enfant, l’activité main-bouche, voire le comportement de pica1 est un mode majeur d’intoxication par le plomb [5]. Les autres sources sont les canalisations en plomb, les sols pollués par le plomb et les sites industriels émettant du plomb. L’activité professionnelle des parents peut être alors un vecteur de contamination par l’apport de poussières à la maison [6]. Enfin, l’exposition au plomb peut se faire, de manière plus rare, via l’utilisation de remèdes traditionnels (médicaments ayurvédiques) et de cosmétiques (khôl, surma), l’ingestion ou la succion de jouets ou d’objets contenant du plomb et l’usage alimentaire de céramiques d’origine artisanale [7].Du fait de l’absence fréquente et de la non-spécificité des signes cliniques, le diagnostic de saturnisme infantile se fonde sur une mesure de la plombémie sur sang total, qui est l’indicateur biologique de référence pour évaluer l’imprégnation saturnine. Le seuil de plombémie justifiant une prise en charge médicale a été régulièrement abaissé depuis les années 1950 [8]. Actuellement, il apparaît que l’effet neurodéveloppemental est probablement sans seuil : quelques études suggèrent, en effet, que même pour des concentrations inférieures au seuil de 100 μg/L, l’exposition au plomb pourrait avoir un effet sur le niveau du QI [9-11]. En 1991, le Center for Disease Control and Prevention américain (CDC) a abaissé à 100 μg/L (0,48 μmol/L) le seuil d’intervention pour la mise en place d’actions correctives collectives, et c’est ce seuil qui définit, en France, le saturnisme de l’enfant mineur : une plombémie supérieure ou égale à 100 μg/L doit déclencher la recherche et la suppression, le cas échéant, des sources d’exposition [12]. Pour des raisons éthiques et de faisabilité, il n’est pas concevable de faire un prélèvement sanguin à l’ensemble de la population enfantine ; c’est donc plutôt un repérage ciblé des enfants qui est réalisé, selon la présence de facteurs de risque. Selon la conférence de consensus tenue sur le sujet en 2003 par l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes), la recherche de facteurs de risque d’exposition doit être systématique avant 7 ans car c’est une période de comportement à risque et de susceptibilité physiologique accrue [4].Le saturnisme infantile a été redécouvert en France il y a une vingtaine d’années : d’août 1984 à août 1986, une vingtaine de cas d’intoxication sévère ont été diagnostiqués à Paris. La source d’intoxication s’avérait être la peinture au plomb encore présente dans l’habitat ancien [13]. Au cours des années suivantes, un dépistage ciblé s’est progressivement organisé dans plusieurs arrondissements parisiens et dans quelques communes de la petite couronne. Entre 1987 et 1990, 66 % des enfants testés dans les services de protection maternelle et infantile parisiens avaient une plombémie supérieure à 150 μg/L [14].Le Système national de surveillance du saturnisme infantile (SNSSI) a été institué en 1995. Chaque plombémie mesurée chez un enfant de moins de 18 ans doit y être enregistrée. La demande de réalisation d’une plombémie par un médecin peut être motivée par des symptômes évocateurs de saturnisme chez l’enfant (comportement de pica, par exemple), la présence ou la suspicion de présence de plomb dans son environnement (habitat ancien, dégradé ou récemment réhabilité, comportement de pica, profession des parents à risque, loisirs à risque, risque hydrique, environnement industriel) ou la présence d’un autre enfant intoxiqué dans l’entourage. Pour chaque demande de plombémie, le prescripteur doit détailler sur une fiche de surveillance du saturnisme infantile, les caractéristiques sociodémographiques, cliniques et environnementales de l’enfant. Le laboratoire réalise le dosage de la plombémie à partir d’un échantillon de sang veineux total, complète la fiche de surveillance avec la valeur de la plombémie de l’enfant et la transmet au prescripteur et au centre antipoison régional (CAP)2[15]. Les CAP régionaux transmettent les données agrégées et anonymisées à l’Institut de veille sanitaire (InVS).L’objectif principal de cette étude était de recenser le nombre d’enfants testés au moins une fois depuis 1995 et le nombre de nouveaux cas de saturnisme infantile en France métropolitaine et de décrire leur distribution spatio-temporelle. Il s’agissait en outre d’étudier les facteurs associés à une valeur élevée de la plombémie, notamment les conditions de vie (habitat ancien et/ou dégradé, proximité d’un site industriel pollué).

Population et méthode

La population d’étude était constituée de l’ensemble des enfants (moins de 18 ans) ayant eu au moins une plombémie entre le 1er janvier 1995 et le 31 décembre 2002 et résidant en France métropolitaine. La source de données était le SNSSI. Pour chaque plombémie, la date du prélèvement et la valeur de la plombémie étaient recueillies ainsi que les caractéristiques sociodémographiques de l’enfant (âge, sexe, commune de résidence) et les facteurs de risque d’exposition au plomb (habitat ancien, dégradé et/ou récemment réhabilité, autres enfants intoxiqués par le plomb dans l’entourage, profession des parents ou loisirs à risque, pica, risque hydrique, proximité d’un site industriel pollué). Pour chaque enfant, la date du premier dépistage a été repérée et prise comme référence.

La base de données du SNSSI a été recoupée et enrichie des résultats d’une enquête réalisée en 2003 auprès des Directions départementales des Affaires sanitaires et sociales (Ddass) dans l’ensemble des départements français. Cette enquête recensait l’ensemble des campagnes de dépistage réalisées dans chaque département sur la même période dans le but de compléter les informations apportées par le SNSSI. Certaines campagnes de dépistage avaient en effet été organisées avec un recueil de données ad hoc, les plombémies n’étant alors pas enregistrées dans le SNSSI. Le nombre d’enregistrements manquants dans le SNSSI a été estimé par croisement des deux sources de données, les variables communes étant l’année de dépistage et la commune de résidence de l’enfant.

Le nombre d’enfants dont la plombémie était mesurée au moins une fois entre 1995 et 2002 et le nombre de nouveaux cas de saturnisme infantile ont été calculés. Ces deux effectifs ont été rapportés à la population d’enfants mineurs. Les données de population utilisées étaient celles du recensement général de la population de 1999 de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) [16]. Ces résultats ont été déclinés par région et département et par an. Le rendement du premier test de plombémie a ensuite été établi en rapportant le nombre d’enfants ayant une plombémie au moins égale à 100 μg/L lors de leur première mesure de plombémie au nombre d’enfants prélevés pour la première fois. Les caractéristiques des enfants testés ont été étudiées ainsi que les motifs ayant conduit à la réalisation d’une plombémie selon la valeur de la plombémie. Cette analyse a été menée à partir des données du SNSSI non enrichies des données de l’enquête « Ddass ». En effet, cette dernière ne comportait ni la valeur de la plombémie ni les caractéristiques des enfants. Ces résultats concernaient 77 % de l’ensemble des enfants dont la plombémie a été mesurée pour la première fois, pendant la période de l’étude. Enfin, la répartition des logements construits avant 1949 et disposant d’un confort minimal (pas de sanitaires intérieurs et/ou pas de toilettes et/ou pas de chauffage central) a été comparée à celle des cas de saturnisme découverts en dehors du contexte de campagnes de dépistage réalisées autour de sites industriels pollués.

Analyse statistique

La plombémie ayant une distribution log-normale, une transformation logarithmique de la plombémie a été effectuée et les moyennes utilisées pour les comparaisons sont les moyennes géométriques. Les variables catégorielles (sexe, âge, classes de plombémie) ont été comparées par un test du χ2 et les variables continues (plombémie) par un test d’analyse de variance (procédure Anova).

L’ensemble de ces analyses a été réalisé avec le logiciel Stata® Version 8.2 et les cartes avec le logiciel Arcview® 9.1.

Résultats

Entre 1995 et 2002, 36 151 enfants ont bénéficié pour la première fois d’un contrôle de leur plombémie en France métropolitaine, ce qui correspond à 35,4 pour 100 000 enfants de moins de 18 ans en moyenne par an. Les enfants testés en Ile-de-France constituaient 60,7 % de l’ensemble des enfants testés pour la première fois en France. Les enfants testés dans les régions Rhône-Alpes, Nord-Pas-de-Calais et Lorraine représentaient respectivement 12,6, 8,9 et 4,8 % et l’ensemble des autres régions, 13,0 % de l’ensemble des enfants testés. La figure 1 présente le taux moyen annuel d’enfants testés par département. Au total, 33 départements ont testé au moins une fois plus de 100 enfants et 2 d’entre eux (Paris et Seine-Saint-Denis) plus de 10 000 enfants (tableau 1). Près de la moitié des tests de dépistage (48,6 %, n = 7 578) ont été effectués dans les départements de Paris et Seine-Saint-Denis. Les enfants testés résidaient principalement dans quatre communes du département de Seine-Saint-Denis ou dans les arrondissements de l’Est parisien. Entre 1995 et 2002, 5 974 nouveaux cas de saturnisme infantile ont été détectés. Parmi les enfants ayant une plombémie au moins égale à 100 μg/L, 83,2 % avaient une plombémie inférieure à 250 μg/L, 12,2 % une plombémie comprise entre 250 et 449 μg/L et 4,6 % avaient une plombémie supérieure à 450 μg/L3. La grande majorité d’entre eux (67,7 %) résidait en Ile-de-France, 17,8 % en Rhône-Alpes et 7,1 % dans le Nord-Pas-de-Calais. Le taux d’incidence moyen annuel était de 5,9 pour 100 000 enfants de moins de 18 ans et variait de 65,5 pour 100 000 pour le département de Paris à 0,1 pour 100 000 enfants pour l’Oise, les Côtes d’Armor, la Seine-Maritime, l’Hérault, le Var, les Alpes-Maritimes et l’Aisne (figure 2). Pour les enfants de moins de 7 ans, le taux d’incidence moyen annuel était de 17/100 000. Le rendement moyen du dépistage du saturnisme infantile était de 14,4 % pour le premier prélèvement : sur 7 enfants testés pour la première fois, 1 était atteint. Le rendement moyen allait de 2,0 % ou moins dans les départements lorrains et en Haute-Saône à plus de 20 % dans la Loire, la Gironde et le Rhône. Les départements qui avaient la plus forte activité de dépistage avaient en moyenne un rendement plus élevé (tableau 1).

Si le nombre d’enfants testés pour la première fois a régulièrement augmenté tous les ans (passant de 3 439 en 1995 à 5 153 en 2002), la proportion d’enfants ayant une plombémie initiale au moins égale à 100 μg/L a significativement et régulièrement baissé, passant de 24,5 % en 1995 à 8,5 % en 2002 (figure 3). On observe le même phénomène pour les plombémies les plus élevées : les enfants ayant une plombémie au moins égale à 450 μg/L représentaient une proportion de 1,8 % en début de période et de 0,4 % en fin de période. La plombémie moyenne des enfants testés pour la première fois a aussi significativement diminué : la moyenne géométrique des plombémies initiales est passée de 60,0 μg/L en 1995 à 36,3 μg/L en 2002 (p < 0,0001). Les garçons étaient un peu plus nombreux que les filles (14 877 versus 12 667) et le sex-ratio était similaire d’une année à l’autre (p = 0,25). L’âge moyen était de 2,9 ans et variait de 2,4 à 3,4 ans selon les années sans qu’aucune tendance statistique ne se dessine. La très grande majorité des enfants testés (94,4 %) avait moins de 7 ans et près d’un tiers (31,6 %) avait entre 1 et 2 ans.

Le facteur de risque « habitat » était mentionné pour 71 % des enfants (n = 19 895) testés. Parmi eux, 64 % vivaient dans un habitat ancien (antérieur à 1948) et dégradé, 10 % dans un habitat ancien et récemment réhabilité et 26 % dans un habitat ancien sans notion de dégradation ni de réhabilitation. Sur 6 enfants habitant dans un logement ancien et dégradé, 1 avait une plombémie au moins égale à 100 μg/L. Près d’1 enfant sur 8 avait un comportement de pica ou un frère ou une sœur intoxiqué(e). Parmi ceux qui avaient un comportement de pica ou qui avaient un membre de leur fratrie intoxiqué, respectivement 22,4 et 26,6 % étaient intoxiqués (tableau 2). Les facteurs « professions à risque des parents », « loisirs à risque », « risque hydrique » et « environnement industriel » étaient mentionnés respectivement pour 2, 3,7, 5,1, et 3,9 % des enfants testés. La proportion d’enfants dont le motif de réalisation de la plombémie était l’habitat ancien, dégradé ou récemment réhabilité était la plus forte en Ile-de-France, dans les Pays de la Loire et en Rhône-Alpes. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les deux tiers des fiches (66,6 %) accompagnant les prescriptions de plombémie mentionnaient la présence du facteur de risque « environnement industriel » et 19,7 %, « profession des parents à risque ». En Auvergne, 62 % des enfants testés l’avaient été en raison d’une exposition au risque hydrique. Les valeurs de plombémie moyenne les plus élevées ont été observées pour les classes d’âge 1-2 ans et 2-3 ans. Cinquante-cinq pour cent des enfants dont la plombémie était au moins égale à 100 μg/L avaient entre 1 et 3 ans. Les proportions de filles et de garçons dont la plombémie était au moins égale à 100 μg/L n’étaient pas significativement différentes (p = 0,91).

En 1999, près de 2,5 millions de logements (soit 10,5 % de l’ensemble des logements4) dataient d’avant 1949 et ne possédaient pas l’ensemble des éléments de confort. Treize pour cent (n = 315 933) de ces logements se situaient dans les départements de Paris et du Nord. Près d’un tiers (31,5 %, n = 1 798) des cas de saturnisme infantile identifiés en France résidaient à Paris et 3,9 % dans le département du Nord (n = 221) (hors cas liés à un environnement industriel pollué). En Seine-Saint-Denis et dans le Rhône, les proportions d’enfants intoxiqués étaient de 27,7 % (n = 1 582) et de 13,7 % (n = 780) de l’ensemble des cas français ; le poids des logements anciens et sans confort dans ces départements était respectivement de 1,1 % (n = 25 503) et 2,0 % (n = 48 340). À l’inverse, dans huit départements où la proportion de logements anciens et sans confort était supérieure à 1 % (n = 20 000), moins de 10 enfants avaient été testés entre 1995 et 2002 et aucun nouveau cas d’intoxication par le plomb n’avait été détecté.

Tableau 1 Rendement du premier test de plombémie selon le nombre d’enfants testés par département entre 1995 et 2002.
Table 1 Yield of first blood lead level test according to the number of children tested per district from 1995 through 2002.

  • Enfants testés
  • par département (n)


  • Départements
  • (n)


Enfants testés (n)

  • Cas de
  • saturnisme (n)


  • Rendement
  • moyen * (%)


> 1 000

7

25 932

4 305

16,6

]500 à 1 000]

5

3 686

425

11,5

]250 à 500]

10

3 559

244

6,9

] 100 à 250]

11

2 113

156

7,4



Tableau 2 Nombre et proportion d’enfants testés et intoxiqués selon la présence de facteur de risque.
Table 2 Number and proportion of children tested who had lead poisoning, according to the presence of risk factors.

n (%)

Nombre ≥ 100 μg/L

% ≥ 100 μg/L

Habitat ancien et dégradé

12 744 (45,9)

2 156

16,9

Habitat ancien récemment réhabilité

1 949 (7,0)

202

10,4

Pica

3 726 (13,4)

833

22,4

Frère ou soeur intoxiqué(e)

3 434 (12,3)

914

26,6

Profession des parents à risque

544 (2,0)

87

16

Loisirs à risque

1 018 (3,7)

145

14,2

Risque hydrique

1 416 (5,1)

158

11,2

Environnement industriel

1 062 (3,8)

153

14,4

Autre motif de prélèvement

3 166 (11,4)

447

14,1

Discussion

Entre 1995 et 2002, 5 974 nouveaux cas de saturnisme infantile ont été identifiés, ce qui correspond, chez les enfants de moins de 7 ans, à environ 17 cas pour 100 000 enfants. L’expertise de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) estimait en 1999 que la prévalence du saturnisme infantile était de 2,1 %, soit 2 100 cas pour 100 000 enfants de 1 à 6 ans [17]. La prévalence du saturnisme infantile a probablement diminué au cours de la période étudiée. Néanmoins, un rapport de plus de 100 entre la prévalence estimée et l’incidence observée à partir des données du SNSSI indique que l’activité de dépistage rapportée ici n’a vraisemblablement permis d’identifier qu’une très faible part des enfants réellement intoxiqués par le plomb. Cela peut s’expliquer par le fait qu’elle est restée globalement très modeste : au cours de la période étudiée, un enfant avait en moyenne 0,6 % de chances d’être testé avant l’âge de 7 ans.

La répartition des enfants testés et en conséquence des cas de saturnisme était très hétérogène dans l’espace : 35 % des enfants français vivent en Ile-de-France, en Rhône-Alpes ou dans le Nord-Pas-de-Calais (20 %, 10 % et 5 % respectivement) alors que, entre 1995 et 2002, 87 % des enfants dépistés résidaient dans une de ces trois régions. La disparité géographique du volume de l’activité de dépistage est liée à une mobilisation inégale des acteurs de santé sur le saturnisme, qui a ses racines dans l’histoire de la découverte de cette maladie. À cette disparité s’ajoute celle des stratégies de dépistage, différentes d’un territoire à l’autre : ciblage plus ou moins fort des enfants présentant un risque d’exposition, variabilité des critères utilisés pour le ciblage des enfants. Hors Ile-de-France, les actions de dépistage étaient souvent très localisées : quartiers anciens d’une ville, proximité d’un site industriel ; parfois, le risque hydrique a été le critère principal de dépistage (une enquête dédiée a été réalisée dans la région Auvergne en 1998). L’objectif de ces campagnes était en fait d’évaluer l’existence d’un risque saturnin ; elles n’ont été que rarement suivies d’une action pérenne de dépistage du saturnisme infantile. L’hétérogénéité combinée du taux de dépistage, des stratégies de dépistage et probablement aussi de la prévalence, aboutit à une répartition des cas incidents encore plus fortement contrastée géographiquement que l’activité de dépistage.

La répartition inégale de l’habitat ancien dégradé contribue à la disparité géographique des cas de saturnisme. Il n’existe pas de données statistiques pour représenter l’habitat ancien dégradé, c’est pourquoi a été retenu un indicateur approché qui est l’habitat ancien sans confort. On trouve en fait peu de cohérence entre cet indicateur et la répartition géographique des enfants testés à partir du risque habitat. Il est probable que la répartition de l’activité de dépistage du saturnisme infantile n’a pas été homogène par rapport à la répartition du risque réel présenté par les peintures au plomb de l’habitat ancien. Mais il est probable aussi que l’indicateur « habitat ancien sans confort » soit trop peu spécifique du risque pour en tirer des conclusions précises sur l’adéquation entre activité de dépistage et risque.

La moyenne géométrique des plombémies lors du premier dépistage de l’enfant a sensiblement diminué entre 1995 et 2002 et la proportion d’enfants ayant une plombémie supérieure ou égale à 100 μg/L lors de la première mesure de plombémie a été divisée par 3 pendant cette période. Une diminution du même ordre de grandeur a été observée aux États-Unis, entre 1991 et 2001, dans l’État du Maryland où la proportion d’enfants intoxiqués est passée de 28 à moins de 3 % [18]. Cette diminution peut être en partie expliquée par la décroissance de l’imprégnation des enfants de moins de 7 ans, mise en évidence dans plusieurs pays industrialisés, en lien avec la disparition progressive de l’essence plombée et la diminution des apports alimentaires [19-21]. Dans une moindre mesure, la diminution de l’exposition hydrique, liée à la suppression progressive des canalisations en plomb et au traitement des eaux acides et peu minéralisées qui ont un fort pouvoir de dissolution du plomb des canalisations, a probablement contribué à la réduction des apports en plomb. Mais la décroissance importante du taux d’enfants ayant des plombémies très élevées peut difficilement s’expliquer par la diminution des apports de fond. On peut supposer que les programmes de réduction de l’exposition liée à l’habitat développés dans les zones où l’incidence du saturnisme infantile était élevée et où le dépistage est resté très actif, ont eu un effet positif : information des familles et des propriétaires, réhabilitation et démolition de logements insalubres. Une étude réalisée en proche banlieue parisienne a montré en effet que ces mesures s’accompagnaient d’une réduction de la proportion d’enfants ayant une plombémie très élevée [22]. Enfin, il est probable que la mesure de la plombémie a été étendue à des enfants présentant des facteurs de risque moins nombreux ou d’une gravité moindre que par le passé.

Conclusion

L’analyse des données du Système national de surveillance du saturnisme infantile entre 1995 et 2002 montre que l’incidence apparente du saturnisme infantile a continuellement diminué en France métropolitaine. Cependant, l’hétérogénéité importante de l’activité de dépistage laisse supposer que beaucoup d’enfants exposés n’ont pas été dépistés. Ces observations rendent souhaitable le développement d’outils de ciblage des populations à risque, qu’il faudra tester et valider dans d’autres études, afin que ces populations puissent bénéficier d’actions de prévention.

Remerciements

Les auteurs remercient l’ensemble des acteurs du système de surveillance des plombémies de l’enfant : médecins prescripteurs, laboratoires et centres antipoison et de toxicovigilance ainsi que les Directions départementales et régionales des Affaires sanitaires et sociales.

Le rapport détaillé de cette étude est disponible sur le site Internet de l’InVS à la page suivante : http://www.invs.sante.fr/publications/2006/depistage_saturnisme/depistage_saturnisme_1995_2002.pdf

Références

1 Pocock SJ, Smith M, Baghurst P. Environmental lead and children’s intelligence : a systematic review of the epidemiological evidence. BMJ 1994 ; 309 : 1189-97.

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1 Selon la classification internationale des maladies (CIM-10) : « Trouble caractérisé par la consommation persistante de substances non nutritives (par exemple de la terre, des bouts de peinture, etc.).»

2 L’actuel Système national de surveillance des plombémies de l’enfant (SNSPE) s’appuie sur 10 centres antipoison (depuis 2004).
3 Ces proportions ont été établies à partir du SNSSI. La valeur exacte de la plombémie n’était pas renseignée dans l’enquête Ddass.
4 Résidences principales : www.recensement.insee.fr/FR/ST_ANA/F2/PRINCALLPRINC1PRINC1AF2FR.html


 

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