ARTICLE
Auteur(s) : Florence
Canoui-Poitrine1, Camille Lecoffre1, Robert
Garnier2, Corine Pulce3, Sabine
Sabouraud3, Monique
Mathieu-Nolf4, Christine Cezard4,
Patrick
Harry5, Laurence
Lagarce5, Daniel
Poisot6, Philippe
Bretin1
1Institut de veille sanitaire (InVS), 12, rue du Val
d’Osne, 94415 Saint-Maurice cedex, France
2Centre antipoison et de toxicovigilance de Paris,
Hôpital Fernand Widal, 200, rue du Faubourg Saint Denis, 75475
Paris cedex 10
3Centre antipoison et de toxicovigilance de Lyon,
Bâtiment A, 4e étage, 162, avenue Lacassagne, 69424 Lyon
cedex 03
4Centre antipoison et de toxicovigilance de Lille, CHRU,
5, avenue Oscar Lambert, 59037 Lille cedex
5Centre antipoison et de toxicovigilance d’Angers, CHRU,
4, rue Larrey, 49033 Angers cedex 01
6Centre antipoison et de toxicovigilance de Bordeaux,
Hôpital Pellegrin Tripode, Place Amélie Raba-Léon, 33076 Bordeaux
cedex
Article reçu le 14 Mai 2007, accepté le 24 Septembre 2007
Chez le jeune enfant, l’intoxication chronique par le plomb peut
entraîner une anémie et une déficience persistante des fonctions
cognitives. Selon les études, une élévation de la plombémie de
100 μg/L à 200 μg/L est associée à une perte de 1 à
3 points de quotient intellectuel (QI) [1, 2]. La
symptomatologie de l’intoxication par le plomb est souvent absente,
et lorsque les symptômes sont présents, ils sont tardifs et non
spécifiques. Il s’agit principalement de signes neurologiques
(troubles du comportement, de l’humeur, de la motricité fine,
baisse des performances scolaires), digestifs (douleurs
abdominales, diarrhée, constipation, anorexie) et de symptômes liés
à l’anémie (asthénie, pâleur) [3]. La lutte contre l’intoxication
par le plomb repose sur une politique d’éradication des sources
d’exposition [4].La source principale d’intoxication est la
peinture à la céruse des habitats anciens (datant d’avant 1949).
Très utilisée au XIXe siècle, elle a fait l’objet
d’interdictions d’utilisation qui ont progressivement été étendues,
mais jusqu’en 1948, les peintures cérusées sont restées fréquemment
employées par les professionnels. La céruse est toujours présente
dans les immeubles anciens, souvent recouverte de peinture plus
récente. La dégradation des peintures sous l’effet du temps et de
l’humidité dans des immeubles mal entretenus est cause d’une
exposition au plomb des occupants, notamment des enfants. La
peinture peut être ingérée sous forme d’écailles ou de poussières
ou à l’occasion de travaux réalisés sans précaution : chez le
jeune enfant, l’activité main-bouche, voire le comportement de
pica1 est un mode majeur
d’intoxication par le plomb [5]. Les autres sources sont les
canalisations en plomb, les sols pollués par le plomb et les sites
industriels émettant du plomb. L’activité professionnelle des
parents peut être alors un vecteur de contamination par l’apport de
poussières à la maison [6]. Enfin, l’exposition au plomb peut se
faire, de manière plus rare, via l’utilisation de remèdes
traditionnels (médicaments ayurvédiques) et de cosmétiques (khôl,
surma), l’ingestion ou la succion de jouets ou d’objets contenant
du plomb et l’usage alimentaire de céramiques d’origine artisanale
[7].Du fait de l’absence fréquente et de la non-spécificité des
signes cliniques, le diagnostic de saturnisme infantile se fonde
sur une mesure de la plombémie sur sang total, qui est l’indicateur
biologique de référence pour évaluer l’imprégnation saturnine. Le
seuil de plombémie justifiant une prise en charge médicale a été
régulièrement abaissé depuis les années 1950 [8].
Actuellement, il apparaît que l’effet neurodéveloppemental est
probablement sans seuil : quelques études suggèrent, en effet,
que même pour des concentrations inférieures au seuil de
100 μg/L, l’exposition au plomb pourrait avoir un effet sur le
niveau du QI [9-11]. En 1991, le Center for Disease Control and
Prevention américain (CDC) a abaissé à 100 μg/L
(0,48 μmol/L) le seuil d’intervention pour la mise en place
d’actions correctives collectives, et c’est ce seuil qui définit,
en France, le saturnisme de l’enfant mineur : une plombémie
supérieure ou égale à 100 μg/L doit déclencher la recherche et
la suppression, le cas échéant, des sources d’exposition [12]. Pour
des raisons éthiques et de faisabilité, il n’est pas concevable de
faire un prélèvement sanguin à l’ensemble de la population
enfantine ; c’est donc plutôt un repérage ciblé des enfants
qui est réalisé, selon la présence de facteurs de risque. Selon la
conférence de consensus tenue sur le sujet en 2003 par l’Agence
nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes), la
recherche de facteurs de risque d’exposition doit être systématique
avant 7 ans car c’est une période de comportement à risque et
de susceptibilité physiologique accrue [4].Le saturnisme infantile
a été redécouvert en France il y a une vingtaine d’années :
d’août 1984 à août 1986, une vingtaine de cas d’intoxication
sévère ont été diagnostiqués à Paris. La source d’intoxication
s’avérait être la peinture au plomb encore présente dans l’habitat
ancien [13]. Au cours des années suivantes, un dépistage ciblé
s’est progressivement organisé dans plusieurs arrondissements
parisiens et dans quelques communes de la petite couronne.
Entre 1987 et 1990, 66 % des enfants testés dans les
services de protection maternelle et infantile parisiens avaient
une plombémie supérieure à 150 μg/L [14].Le Système national
de surveillance du saturnisme infantile (SNSSI) a été institué en
1995. Chaque plombémie mesurée chez un enfant de moins de
18 ans doit y être enregistrée. La demande de réalisation
d’une plombémie par un médecin peut être motivée par des symptômes
évocateurs de saturnisme chez l’enfant (comportement de pica, par
exemple), la présence ou la suspicion de présence de plomb dans son
environnement (habitat ancien, dégradé ou récemment réhabilité,
comportement de pica, profession des parents à risque, loisirs à
risque, risque hydrique, environnement industriel) ou la présence
d’un autre enfant intoxiqué dans l’entourage. Pour chaque demande
de plombémie, le prescripteur doit détailler sur une fiche de
surveillance du saturnisme infantile, les caractéristiques
sociodémographiques, cliniques et environnementales de l’enfant. Le
laboratoire réalise le dosage de la plombémie à partir d’un
échantillon de sang veineux total, complète la fiche de
surveillance avec la valeur de la plombémie de l’enfant et la
transmet au prescripteur et au centre antipoison régional (CAP)2[15]. Les CAP régionaux transmettent
les données agrégées et anonymisées à l’Institut de veille
sanitaire (InVS).L’objectif principal de cette étude était de
recenser le nombre d’enfants testés au moins une fois depuis 1995
et le nombre de nouveaux cas de saturnisme infantile en France
métropolitaine et de décrire leur distribution spatio-temporelle.
Il s’agissait en outre d’étudier les facteurs associés à une valeur
élevée de la plombémie, notamment les conditions de vie (habitat
ancien et/ou dégradé, proximité d’un site industriel pollué).
Population et méthode
La population d’étude était constituée de l’ensemble des enfants
(moins de 18 ans) ayant eu au moins une plombémie entre le
1er janvier 1995 et le
31 décembre 2002 et résidant en France métropolitaine. La
source de données était le SNSSI. Pour chaque plombémie, la date du
prélèvement et la valeur de la plombémie étaient recueillies ainsi
que les caractéristiques sociodémographiques de l’enfant (âge,
sexe, commune de résidence) et les facteurs de risque d’exposition
au plomb (habitat ancien, dégradé et/ou récemment réhabilité,
autres enfants intoxiqués par le plomb dans l’entourage, profession
des parents ou loisirs à risque, pica, risque hydrique, proximité
d’un site industriel pollué). Pour chaque enfant, la date du
premier dépistage a été repérée et prise comme référence.
La base de données du SNSSI a été recoupée et enrichie des
résultats d’une enquête réalisée en 2003 auprès des Directions
départementales des Affaires sanitaires et sociales (Ddass) dans
l’ensemble des départements français. Cette enquête recensait
l’ensemble des campagnes de dépistage réalisées dans chaque
département sur la même période dans le but de compléter les
informations apportées par le SNSSI. Certaines campagnes de
dépistage avaient en effet été organisées avec un recueil de
données ad hoc, les plombémies n’étant alors pas enregistrées
dans le SNSSI. Le nombre d’enregistrements manquants dans le SNSSI
a été estimé par croisement des deux sources de données, les
variables communes étant l’année de dépistage et la commune de
résidence de l’enfant.
Le nombre d’enfants dont la plombémie était mesurée au moins une
fois entre 1995 et 2002 et le nombre de nouveaux cas de
saturnisme infantile ont été calculés. Ces deux effectifs ont été
rapportés à la population d’enfants mineurs. Les données de
population utilisées étaient celles du recensement général de la
population de 1999 de l’Institut national de la statistique et des
études économiques (Insee) [16]. Ces résultats ont été déclinés par
région et département et par an. Le rendement du premier test de
plombémie a ensuite été établi en rapportant le nombre d’enfants
ayant une plombémie au moins égale à 100 μg/L lors de leur
première mesure de plombémie au nombre d’enfants prélevés pour la
première fois. Les caractéristiques des enfants testés ont été
étudiées ainsi que les motifs ayant conduit à la réalisation d’une
plombémie selon la valeur de la plombémie. Cette analyse a été
menée à partir des données du SNSSI non enrichies des données de
l’enquête « Ddass ». En effet, cette dernière ne
comportait ni la valeur de la plombémie ni les caractéristiques des
enfants. Ces résultats concernaient 77 % de l’ensemble des
enfants dont la plombémie a été mesurée pour la première fois,
pendant la période de l’étude. Enfin, la répartition des logements
construits avant 1949 et disposant d’un confort minimal (pas de
sanitaires intérieurs et/ou pas de toilettes et/ou pas de chauffage
central) a été comparée à celle des cas de saturnisme découverts en
dehors du contexte de campagnes de dépistage réalisées autour de
sites industriels pollués.
Analyse statistique
La plombémie ayant une distribution log-normale, une transformation
logarithmique de la plombémie a été effectuée et les moyennes
utilisées pour les comparaisons sont les moyennes géométriques. Les
variables catégorielles (sexe, âge, classes de plombémie) ont été
comparées par un test du χ2 et les variables
continues (plombémie) par un test d’analyse de variance (procédure
Anova).
L’ensemble de ces analyses a été réalisé avec le logiciel Stata®
Version 8.2 et les cartes avec le logiciel Arcview® 9.1.
Résultats
Entre 1995 et 2002, 36 151 enfants ont bénéficié
pour la première fois d’un contrôle de leur plombémie en France
métropolitaine, ce qui correspond à
35,4 pour 100 000 enfants de moins de 18 ans en
moyenne par an. Les enfants testés en Ile-de-France constituaient
60,7 % de l’ensemble des enfants testés pour la première fois
en France. Les enfants testés dans les régions Rhône-Alpes,
Nord-Pas-de-Calais et Lorraine représentaient respectivement 12,6,
8,9 et 4,8 % et l’ensemble des autres régions, 13,0 % de
l’ensemble des enfants testés. La figure 1 présente le
taux moyen annuel d’enfants testés par département. Au total,
33 départements ont testé au moins une fois plus de
100 enfants et 2 d’entre eux (Paris et Seine-Saint-Denis) plus
de 10 000 enfants (tableau 1). Près de
la moitié des tests de dépistage (48,6 %, n = 7 578) ont été
effectués dans les départements de Paris et Seine-Saint-Denis. Les
enfants testés résidaient principalement dans quatre communes du
département de Seine-Saint-Denis ou dans les arrondissements de
l’Est parisien. Entre 1995 et 2002, 5 974 nouveaux cas de
saturnisme infantile ont été détectés. Parmi les enfants ayant une
plombémie au moins égale à 100 μg/L, 83,2 % avaient une
plombémie inférieure à 250 μg/L, 12,2 % une plombémie
comprise entre 250 et 449 μg/L et 4,6 % avaient une
plombémie supérieure à 450 μg/L3. La grande majorité d’entre eux
(67,7 %) résidait en Ile-de-France, 17,8 % en Rhône-Alpes
et 7,1 % dans le Nord-Pas-de-Calais. Le taux d’incidence moyen
annuel était de 5,9 pour 100 000 enfants de moins de
18 ans et variait de 65,5 pour 100 000 pour le
département de Paris à 0,1 pour 100 000 enfants pour
l’Oise, les Côtes d’Armor, la Seine-Maritime, l’Hérault, le Var,
les Alpes-Maritimes et l’Aisne (figure 2). Pour les
enfants de moins de 7 ans, le taux d’incidence moyen annuel
était de 17/100 000. Le rendement moyen du dépistage du saturnisme
infantile était de 14,4 % pour le premier prélèvement :
sur 7 enfants testés pour la première fois, 1 était
atteint. Le rendement moyen allait de 2,0 % ou moins dans les
départements lorrains et en Haute-Saône à plus de 20 % dans la
Loire, la Gironde et le Rhône. Les départements qui avaient la plus
forte activité de dépistage avaient en moyenne un rendement plus
élevé (tableau 1).
Si le nombre d’enfants testés pour la première fois a
régulièrement augmenté tous les ans (passant de 3 439 en 1995 à
5 153 en 2002), la proportion d’enfants ayant une plombémie
initiale au moins égale à 100 μg/L a significativement et
régulièrement baissé, passant de 24,5 % en 1995 à 8,5 %
en 2002 (figure 3). On observe
le même phénomène pour les plombémies les plus élevées : les
enfants ayant une plombémie au moins égale à 450 μg/L
représentaient une proportion de 1,8 % en début de période et
de 0,4 % en fin de période. La plombémie moyenne des enfants
testés pour la première fois a aussi significativement
diminué : la moyenne géométrique des plombémies initiales est
passée de 60,0 μg/L en 1995 à 36,3 μg/L en 2002
(p < 0,0001). Les garçons étaient un peu plus nombreux que les
filles (14 877 versus 12 667) et le sex-ratio était similaire d’une
année à l’autre (p = 0,25). L’âge moyen était de 2,9 ans et
variait de 2,4 à 3,4 ans selon les années sans qu’aucune
tendance statistique ne se dessine. La très grande majorité des
enfants testés (94,4 %) avait moins de 7 ans et près d’un
tiers (31,6 %) avait entre 1 et 2 ans.
Le facteur de risque « habitat » était mentionné pour
71 % des enfants (n = 19 895) testés. Parmi eux, 64 %
vivaient dans un habitat ancien (antérieur à 1948) et dégradé,
10 % dans un habitat ancien et récemment réhabilité et
26 % dans un habitat ancien sans notion de dégradation ni de
réhabilitation. Sur 6 enfants habitant dans un logement ancien
et dégradé, 1 avait une plombémie au moins égale à 100 μg/L.
Près d’1 enfant sur 8 avait un comportement de pica ou un frère ou
une sœur intoxiqué(e). Parmi ceux qui avaient un comportement de
pica ou qui avaient un membre de leur fratrie intoxiqué,
respectivement 22,4 et 26,6 % étaient intoxiqués (tableau 2). Les facteurs « professions à
risque des parents », « loisirs à risque »,
« risque hydrique » et « environnement
industriel » étaient mentionnés respectivement pour 2, 3,7,
5,1, et 3,9 % des enfants testés. La proportion d’enfants dont
le motif de réalisation de la plombémie était l’habitat ancien,
dégradé ou récemment réhabilité était la plus forte en
Ile-de-France, dans les Pays de la Loire et en Rhône-Alpes. Dans le
Nord-Pas-de-Calais, les deux tiers des fiches (66,6 %)
accompagnant les prescriptions de plombémie mentionnaient la
présence du facteur de risque « environnement
industriel » et 19,7 %, « profession des parents à
risque ». En Auvergne, 62 % des enfants testés l’avaient
été en raison d’une exposition au risque hydrique. Les valeurs de
plombémie moyenne les plus élevées ont été observées pour les
classes d’âge 1-2 ans et 2-3 ans. Cinquante-cinq pour
cent des enfants dont la plombémie était au moins égale à
100 μg/L avaient entre 1 et 3 ans. Les proportions de
filles et de garçons dont la plombémie était au moins égale à
100 μg/L n’étaient pas significativement différentes
(p = 0,91).
En 1999, près de 2,5 millions de logements (soit
10,5 % de l’ensemble des logements4) dataient d’avant 1949 et ne possédaient
pas l’ensemble des éléments de confort. Treize pour cent
(n = 315 933) de ces logements se situaient dans les départements
de Paris et du Nord. Près d’un tiers (31,5 %, n = 1 798) des
cas de saturnisme infantile identifiés en France résidaient à Paris
et 3,9 % dans le département du Nord (n = 221) (hors cas liés
à un environnement industriel pollué). En Seine-Saint-Denis et dans
le Rhône, les proportions d’enfants intoxiqués étaient de
27,7 % (n = 1 582) et de 13,7 % (n = 780) de l’ensemble
des cas français ; le poids des logements anciens et sans
confort dans ces départements était respectivement de 1,1 %
(n = 25 503) et 2,0 % (n = 48 340). À l’inverse, dans
huit départements où la proportion de logements anciens et sans
confort était supérieure à 1 % (n = 20 000), moins de
10 enfants avaient été testés entre 1995 et 2002 et
aucun nouveau cas d’intoxication par le plomb n’avait été
détecté.
Tableau 1 Rendement du premier test de plombémie selon
le nombre d’enfants testés par département entre 1995
et 2002.
Table 1 Yield of first blood lead level test according
to the number of children tested per district from 1995 through
2002.
- Enfants testés
- par département (n)
|
|
Enfants testés (n)
|
|
|
|
> 1 000
|
7
|
25 932
|
4 305
|
16,6
|
|
]500 à 1 000]
|
5
|
3 686
|
425
|
11,5
|
|
]250 à 500]
|
10
|
3 559
|
244
|
6,9
|
|
] 100 à 250]
|
11
|
2 113
|
156
|
7,4
|
Tableau 2 Nombre et proportion d’enfants testés et
intoxiqués selon la présence de facteur de risque.
Table 2 Number and proportion of children tested who
had lead poisoning, according to the presence of risk factors.
|
n (%)
|
Nombre ≥ 100 μg/L
|
% ≥ 100 μg/L
|
|
Habitat ancien et dégradé
|
12 744 (45,9)
|
2 156
|
16,9†
|
|
Habitat ancien récemment réhabilité
|
1 949 (7,0)
|
202
|
10,4
|
|
Pica
|
3 726 (13,4)
|
833
|
22,4
|
|
Frère ou soeur intoxiqué(e)
|
3 434 (12,3)
|
914
|
26,6
|
|
Profession des parents à risque
|
544 (2,0)
|
87
|
16
|
|
Loisirs à risque
|
1 018 (3,7)
|
145
|
14,2
|
|
Risque hydrique
|
1 416 (5,1)
|
158
|
11,2
|
|
Environnement industriel
|
1 062 (3,8)
|
153
|
14,4
|
|
Autre motif de prélèvement
|
3 166 (11,4)
|
447
|
14,1
|
Discussion
Entre 1995 et 2002, 5 974 nouveaux cas de saturnisme
infantile ont été identifiés, ce qui correspond, chez les enfants
de moins de 7 ans, à environ
17 cas pour 100 000 enfants. L’expertise de
l’Institut national de la santé et de la recherche médicale
(Inserm) estimait en 1999 que la prévalence du saturnisme infantile
était de 2,1 %, soit
2 100 cas pour 100 000 enfants de 1 à
6 ans [17]. La prévalence du saturnisme infantile a
probablement diminué au cours de la période étudiée. Néanmoins, un
rapport de plus de 100 entre la prévalence estimée et l’incidence
observée à partir des données du SNSSI indique que l’activité de
dépistage rapportée ici n’a vraisemblablement permis d’identifier
qu’une très faible part des enfants réellement intoxiqués par le
plomb. Cela peut s’expliquer par le fait qu’elle est restée
globalement très modeste : au cours de la période étudiée, un
enfant avait en moyenne 0,6 % de chances d’être testé avant
l’âge de 7 ans.
La répartition des enfants testés et en conséquence des cas de
saturnisme était très hétérogène dans l’espace : 35 % des
enfants français vivent en Ile-de-France, en Rhône-Alpes ou dans le
Nord-Pas-de-Calais (20 %, 10 % et 5 %
respectivement) alors que, entre 1995 et 2002, 87 %
des enfants dépistés résidaient dans une de ces trois régions. La
disparité géographique du volume de l’activité de dépistage est
liée à une mobilisation inégale des acteurs de santé sur le
saturnisme, qui a ses racines dans l’histoire de la découverte de
cette maladie. À cette disparité s’ajoute celle des stratégies
de dépistage, différentes d’un territoire à l’autre : ciblage
plus ou moins fort des enfants présentant un risque d’exposition,
variabilité des critères utilisés pour le ciblage des enfants. Hors
Ile-de-France, les actions de dépistage étaient souvent très
localisées : quartiers anciens d’une ville, proximité d’un
site industriel ; parfois, le risque hydrique a été le critère
principal de dépistage (une enquête dédiée a été réalisée dans la
région Auvergne en 1998). L’objectif de ces campagnes était en fait
d’évaluer l’existence d’un risque saturnin ; elles n’ont été
que rarement suivies d’une action pérenne de dépistage du
saturnisme infantile. L’hétérogénéité combinée du taux de
dépistage, des stratégies de dépistage et probablement aussi de la
prévalence, aboutit à une répartition des cas incidents encore plus
fortement contrastée géographiquement que l’activité de
dépistage.
La répartition inégale de l’habitat ancien dégradé contribue à
la disparité géographique des cas de saturnisme. Il n’existe pas de
données statistiques pour représenter l’habitat ancien dégradé,
c’est pourquoi a été retenu un indicateur approché qui est
l’habitat ancien sans confort. On trouve en fait peu de cohérence
entre cet indicateur et la répartition géographique des enfants
testés à partir du risque habitat. Il est probable que la
répartition de l’activité de dépistage du saturnisme infantile n’a
pas été homogène par rapport à la répartition du risque réel
présenté par les peintures au plomb de l’habitat ancien. Mais il
est probable aussi que l’indicateur « habitat ancien sans
confort » soit trop peu spécifique du risque pour en tirer des
conclusions précises sur l’adéquation entre activité de dépistage
et risque.
La moyenne géométrique des plombémies lors du premier dépistage
de l’enfant a sensiblement diminué entre 1995 et 2002 et
la proportion d’enfants ayant une plombémie supérieure ou égale à
100 μg/L lors de la première mesure de plombémie a été divisée
par 3 pendant cette période. Une diminution du même ordre de
grandeur a été observée aux États-Unis, entre 1991
et 2001, dans l’État du Maryland où la proportion d’enfants
intoxiqués est passée de 28 à moins de 3 % [18]. Cette
diminution peut être en partie expliquée par la décroissance de
l’imprégnation des enfants de moins de 7 ans, mise en évidence
dans plusieurs pays industrialisés, en lien avec la disparition
progressive de l’essence plombée et la diminution des apports
alimentaires [19-21]. Dans une moindre mesure, la diminution de
l’exposition hydrique, liée à la suppression progressive des
canalisations en plomb et au traitement des eaux acides et peu
minéralisées qui ont un fort pouvoir de dissolution du plomb des
canalisations, a probablement contribué à la réduction des apports
en plomb. Mais la décroissance importante du taux d’enfants ayant
des plombémies très élevées peut difficilement s’expliquer par la
diminution des apports de fond. On peut supposer que les programmes
de réduction de l’exposition liée à l’habitat développés dans les
zones où l’incidence du saturnisme infantile était élevée et où le
dépistage est resté très actif, ont eu un effet positif :
information des familles et des propriétaires, réhabilitation et
démolition de logements insalubres. Une étude réalisée en proche
banlieue parisienne a montré en effet que ces mesures
s’accompagnaient d’une réduction de la proportion d’enfants ayant
une plombémie très élevée [22]. Enfin, il est probable que la
mesure de la plombémie a été étendue à des enfants présentant des
facteurs de risque moins nombreux ou d’une gravité moindre que par
le passé.
Conclusion
L’analyse des données du Système national de surveillance du
saturnisme infantile entre 1995 et 2002 montre que
l’incidence apparente du saturnisme infantile a continuellement
diminué en France métropolitaine. Cependant, l’hétérogénéité
importante de l’activité de dépistage laisse supposer que beaucoup
d’enfants exposés n’ont pas été dépistés. Ces observations rendent
souhaitable le développement d’outils de ciblage des populations à
risque, qu’il faudra tester et valider dans d’autres études, afin
que ces populations puissent bénéficier d’actions de prévention.
Remerciements
Les auteurs remercient l’ensemble des acteurs du système de
surveillance des plombémies de l’enfant : médecins
prescripteurs, laboratoires et centres antipoison et de
toxicovigilance ainsi que les Directions départementales et
régionales des Affaires sanitaires et sociales.
Le rapport détaillé de cette étude est disponible sur le site
Internet de l’InVS à la page suivante :
http://www.invs.sante.fr/publications/2006/depistage_saturnisme/depistage_saturnisme_1995_2002.pdf
Références
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IQ : a meta-analysis and search for a threshold. Environ Res
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3 Institut national de la santé et de la recherche médicale
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4 Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé
(Anaes) ; Société française de pédiatrie (SFP) ; Société
française de santé publique (SFSP). Texte des Recommandations
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www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/Saturnisme_long.pdfIntoxication.
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1 Selon la classification internationale
des maladies (CIM-10) : « Trouble caractérisé par la
consommation persistante de substances non nutritives (par exemple
de la terre, des bouts de peinture, etc.).»
2 L’actuel Système national de surveillance
des plombémies de l’enfant (SNSPE) s’appuie sur 10 centres
antipoison (depuis 2004).
3 Ces proportions ont été établies à
partir du SNSSI. La valeur exacte de la plombémie n’était pas
renseignée dans l’enquête Ddass.
4 Résidences principales :
www.recensement.insee.fr/FR/ST_ANA/F2/PRINCALLPRINC1PRINC1AF2FR.html
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