Home > Journals > Public health > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Biology and research
Public health
Environnement, Risques & Santé
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

LES ENFANTS SONT-ILS PLUS SENSIBLES QUE LES ADULTES AUX CHAMPS ÉLECTROMAGNÉTIQUES ?, Sèminaire de l’Organisation mondiale de la


Environnement, Risques & Santé. Volume 4, Number 3, 226-31, Mai-Juin 2005, Compte rendu de Congrès



Author(s) : Dr Jacques Lambrozo, Service des ètudes mèdicales d’EDF et du Gaz de France, Paris.

ARTICLE

Auteur(s) : Dr Jacques Lambrozo

Service des études médicales d’EDF et du Gaz de France, Paris

Organisé par le bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de Genève, dirigé par le Dr Michael Repacholi, avec notamment la collaboration de l’EPRI1 du projet européen COST 281 et de l’ICNIRP2, ce séminaire a réuni 136 participants. Il s’inscrit dans la même démarche que l’initiative européenne SCALE3, c’est-à-dire qu’il était focalisé sur la santé de l’enfant, celui-ci étant potentiellement une cible privilégiée des risques environnementaux. Mais ici, seules ont été envisagées les expositions aux champs électromagnétiques de très basse fréquence et aux radiofréquences.

Cette préoccupation découle notamment du classement par le Centre international de rechercher sur le cancer (CIRC), en juin 2000, des champs électromagnétiques de fréquence 50/60 Hz en catégorie II B pour les expositions résidentielles chez l’enfant.

Après une série de leçons tutoriales, plusieurs des facteurs pouvant jouer un rôle tel que les données dosimétriques, les facteurs d’exposition et les résultats des études épidémiologiques, ont été passés en revue. Au chapitre des conclusions, c’est le cadre général impliquant la position de l’OMS vis-à-vis du principe de précaution, qui a été discuté.

Le professeur Robert Brent, de l’Université Thomas Jefferson à Philadelphie, a ouvert la première session en traitant de la sensibilité des organismes en voie de développement exposés à des toxiques environnementaux. À partir d’une série d’exemples tirés d’alertes environnementales portant sur les cyclamates, la saccharine, les pesticides, la chloration de l’eau et les ultrasons, l’orateur a insisté sur le risque de se fonder sur des tests extrêmement simplifiés conduisant à une surinterprétation, car il s’agit de maladies particulièrement graves et angoissantes telles que les cancers, les maladies mentales, les affections héréditaires ou les malformations congénitales. Il a opposé les effets de type déterministe (mort fœtale, malformations congénitales, retard de développement mental, microcéphalie, effets neurocomportementaux, prématurité) qui requièrent un seuil d’effet, aux effets stochastiques (cancers et mutagenèse) où le risque d’effet (mais non la sévérité) augmente avec l’exposition.

Parmi les pathologies qui surviennent pendant le développement de l’embryon, de l’enfant et/ou de l’adolescent, certaines étiologies peuvent être reliées à des expositions environnementales (liste jointe en annexe 1). En fait, si les effets sur le développement embryonnaire commencent à être mieux connus, il n’en va pas de même des effets survenant après la naissance et qui peuvent concerner la croissance, la fertilité, le développement neurologique, ou le risque de cancer.

Annexe 1

Maladies survenant exclusivement ou majoritairement pendant des phases de développement (d’après Robert Brent)

1. Malformations congénitales
2. Retard du développement fœtal
3. Fausse couche, enfant mort-né
4. Prématurité
5. Microcéphalie et troubles neurocomportementaux
6. Syndrome de mort subite du nourrisson
7. Leucémie lymphocytaire aiguë
8. Adénocarcinome du vagin
9. Bronchiolite
10. Colique
11. Allergie au lait de vache
12. Craniosténose
13. Croup
14. Amblyopie par défaut d’usage
15. Tumeur d’Ewing
16. Crises fébriles
17. Pneumonie, ostéomyélite et sepsies par streptocoque du groupe B
18. Purpura de Schönlein-Henoch
19. Invagination idiopathique
20. Développement problématique du langage dû à une surdité
21. Botulisme du nourrisson
22. Ictère nucléaire
23. Médulloblastome
24. Retard mental dû à l’hypothyroïdie
25. Entérocolite nécrosante
26. Neuroblastome
27. Ostéosarcome
28. Sténose du pylore
29. Syndrome de détresse respiratoire 
30. Rétinopathie liée à la prématurité
31. Tachypnée transitoire du nouveau-né
32. Néphroblastome

Une fois ces mises en garde précisées, la question était posée de savoir si l’enfant est plus vulnérable que l’adulte. La réponse n’est pas univoque : « Les enfants sont différents. » Ils peuvent être plus sensibles à certains produits tels que les cyclines, la morphine, l’atropine ; en revanche, ils peuvent être moins sensibles à d’autres composés tels que la strychnine, les hormones thyroïdiennes, la codéine, le méthotrexate ou les thio-urées. Ils possèdent par ailleurs de meilleures capacités de récupération que les adultes.

Une fois évoquée l’éventualité d’une pathologie environnementale, il reste à essayer d’en démontrer la responsabilité. L’épidémiologie est la clé de voûte de la démonstration, mais toutes les études ne se valent pas et les cohortes apportent une qualité d’information supérieure aux études cas-témoins qui, elles, ont l’avantage d’être particulièrement sensibles en termes de détection d’un risque.

L’évolution de l’incidence des pathologies est aussi un élément à considérer, mais il doit être interprété avec prudence. En effet, si l’incidence des cancers chez l’enfant entre les années 1989 et 1998 a connu une diminution, celle des leucémies entre les années 1974-1978 et 1994-1998 montre une augmentation de l’incidence qui, pour être valablement interprétée, doit tenir compte du changement de classification de ces pathologies pouvant expliquer cette variation.
Les études expérimentales, et notamment les études in vitro, peuvent être contributives, mais il est inutile de développer un programme expérimental si les études épidémiologiques ne sont pas déjà en faveur d’un effet.
Dans tous les cas, la plausibilité biologique est un argument important. Ainsi, le fait de ne pas avoir observé de lésions osseuses malignes dans les traitements des pseudarthroses par de forts niveaux de champ magnétique est en défaveur de la réalité d’une action délétère. De même, R. Brent a rappelé que le fait de se déplacer en avion, dans le champ magnétique terrestre, génère un champ magnétique de l’ordre de 450 mG sans que, jusqu’à présent, l’attention ait été attirée par des effets quelconques.
En conclusion, la sensibilité de l’enfant doit tenir compte à la fois de son stade de développement et du (ou des) facteur(s) d’expositions environnementales.
Dans le cadre de la session tutoriale, une deuxième contribution sur l’étiologie des leucémies et de l’enfant a été proposée par le Professeur Tracy Lightfoot.
Elle a rappelé que les leucémies sont les cancers les plus fréquents chez l’enfant, puisqu’elles participent pour 25 à 35 % des cancers à cet âge, et que la leucémie aiguë lymphoblastique est la plus fréquente des leucémies, avec une prévalence plus importante dans la population de race noire que dans la population de race blanche.
Il y a un pic d’incidence entre 2 et 5 ans, qui culmine en général à l’âge de 3 ans. C’est d’ailleurs ce pic qui a suggéré différentes hypothèses étiologiques associées notamment aux contacts infectieux. Les différents types de leucémie aiguë lymphoblastique ou myéloblastique sont fréquemment caractérisés par des altérations génétiques au nombre desquelles figurent les translocations chromosomiques. Plus de 200 gènes ont été reconnus impliqués dans ces translocations et, notamment MML, KEL et AML1.
Certaines données plaident en faveur de la survenue in utero de ces modifications et il a été suggéré qu’une fusion du gène MML dans la cellule souche hématopoïétique appropriée pourrait être suffisante pour être à l’origine d’une leucémie.
L’observation de réarrangements du gène MML chez l’adulte leucémique, préalablement exposé à une chimiothérapie avec des inhibiteurs de la topo-isomérase II de l’ADN, a conduit à s’interroger sur le fait que l’exposition à ces inhibiteurs, pendant la grossesse, pourrait être impliquée dans la genèse de leucémies infantiles. D’ailleurs, des associations entre fusion du gène MML et usage, chez la mère, de dipyrone et de produits antimoustiques ont été rapportées.
La liste des inhibiteurs de la topo-isomérase II est particulièrement longue et ne se réduit pas aux agents de chimiothérapie et aux pesticides. Elle inclut aussi les métabolites du benzène, les bioflavonoïdes, des plantes médicinales, les laxatifs anthraquinoniques, les antibiotiques de la famille des quinolones, la plupart des phénols et leurs métabolites, mais les fruits, le café, le thé, le vin, le soja et la noix de coco n’en sont pas exempts. Il est aussi probable que d’autres produits chimiques ayant la propriété d’inhiber la topo-isomérase n’ont pas été encore reconnus.
Il ressort donc que, comme pour la plupart des cancers, l’un des mécanismes de la genèse des leucémies impliquerait une interaction entre certains gènes et des facteurs environnementaux à identifier. D’autres événements doivent aussi être pris en considération comme le rôle des folates, l’alimentation au sein qui pourrait transmettre des agents infectieux ou des produits chimiques toxiques pour le génome, tout comme les nouvelles techniques de reproduction assistée.
Quant à l’hypothèse infectieuse, deux voies différentes semblent devoir être prises en compte : d’une part, la survenue d’infections retardées et, d’autre part, les progrès de l’hygiène qui, en prévenant nombre d’infections de la période périnatale, pourraient ainsi de la sorte influer négativement sur la réponse immunitaire.
Puisque le colloque était centré sur les champs électromagnétiques, une mise au point sur les propriétés diélectriques des tissus biologiques en fonction de l’âge était tout à fait bienvenue (C. Gabriel, Microwaves Consultants Limited, Londres, Royaume-Uni). Il existe en effet d’importantes variations de la permittivité et de la conductivité du tissu cérébral et du crâne. Ces variations de nature tissulaire qui sont dépendantes des sujets examinés peuvent modifier les DAS (débit d’absorption spécifique) locaux. Un tableau a été présenté qui montrait clairement une variation du DAS corporel total chez des rats d’âges différents et exposés à des fréquences étagées entre 27 MHz et 2 000 MHz.
Le DAS s’élève aussi légèrement avec l’âge et cette variation est à mettre en relation avec la permittivité plus basse de la peau chez les rats les plus âgés. Sans prétendre transposer ces résultats chez l’homme adulte ou chez l’enfant, il faut les prendre en considération, notamment lorsque les chercheurs utilisent les propriétés diélectriques de la peau de l’animal, en général un rongeur, pour les transposer dans les études d’exposition humaine.
Avant d’aborder les données issues de la recherche, notamment épidémiologique, une étape nécessaire consistait à prendre en compte les particularités de la dosimétrie chez l’enfant.
Philippe Chadwick (Microwaves Consultants Limited, Londres, Royaume-Uni) a présenté un travail particulièrement important, qui concerne aussi bien les expositions de l’enfant que les travailleurs dans la perspective de l’application de la Directive européenne, puisqu’il vise, en modélisant l’exposition aux champs électriques et magnétiques à partir des niveaux de champs externes, à apprécier l’intensité de l’exposition interne qui en résulte. Bien entendu, à la différence de ce qui est observé pour les radiofréquences, l’exposition aux champs électrique et magnétique 50/60 Hz doit être considérée de façon séparée, car les deux composantes du champ n’ont pas entre elles de relation établie et les mécanismes de couplage avec l’organisme sont donc différents. Dans la mesure où le champ magnétique n’est pas notablement modifié par la géométrie du corps, à la différence du champ électrique, on peut considérer que les tissus et les organes sont exposés au même niveau de champ magnétique que celui qui est mesuré à l’extérieur du corps.

Ce champ génère un champ électrique interne et des courants « circulaires » dont l’amplitude dépend du rayon de l’organe considéré. Leur intensité dépend de la taille de l’organe : plus son rayon est petit, plus l’intensité sera faible.

En revanche, les champs électriques ont une forte interaction avec l’organisme puisqu’ils ne pénètrent pas pour l’essentiel le corps et se renforcent à sa périphérie. Il en résulte un couplage au niveau de la surface du corps, le courant circulant de façon verticale. La taille du sujet intervient, puisque les sujets de plus grande taille modifieront davantage le champ électrique externe que les sujets de plus petite taille ou les animaux de laboratoire, qui sont quadrupèdes. Il en résultera alors des courants induits plus importants dans l’organisme. Il convient également de toujours prendre en considération les courants de contact associés à un champ électrique externe. Un sujet « chargé » par le champ électrique qui touche un objet mis à la terre, par exemple une clôture, percevra un courant de contact de la même manière qu’un sujet mis à la terre qui se trouve en contact avec un objet volumineux qui, lui, ne l’est pas, tel un véhicule.

L’appréciation des niveaux de courants induits a été modélisée par Maria Stuchly de l’Université de Victoria en Colombie britannique au Canada. Cette modélisation a pris en compte l’hétérogénéité tissulaire des organes rencontrés et a divisé l’organisme en cellules (voxels) de 2 mm de côté. Dans chaque cellule ainsi définie, le niveau de champ électrique et la densité de courant ont été calculés. Malgré l’effort de précision réalisé, la résolution du modèle n’est bien sûr pas suffisante pour permettre une détermination des courants induits ou des champs électriques internes au niveau cellulaire ou au niveau membranaire. Il s’agit là d’un autre secteur, la dosimétrie microscopique, qui implique de transposer les résultats de la modélisation macroscopique au modèle électrique d’une membrane cellulaire ou d’une structure nerveuse. Les adultes connaissent, vis-à-vis de l’enfant, des champs électriques internes et des densités de courants plus importants du fait de la différence de taille. Cependant leurs distributions sont différentes et certains tissus ont, chez l’enfant, des densités de courant induit plus importantes que chez l’adulte pour un même champ externe. Autre résultat notable, en raison de leur anatomie, les enfants ont des densités de champs internes et de courants induits par les courants de contact en moyenne trois fois plus élevées que celles de l’adulte. Pour l’auteur, les courants de contact jouent, chez l’enfant, un rôle plus important que l’exposition directe au champ magnétique proprement dit. Cette donnée s’intègre au travail de B. Kavet (EPRI) qui prend en compte les courants de contact au niveau des membres dans l’évaluation du risque sanitaire lié aux champs électromagnétiques chez l’enfant. Pour l’auteur, cette précision anatomique est d’importance, car c’est au niveau des os longs que se situerait la myélopoïèse la plus active à cet âge, ce qui pourrait en faire une structure cible de la leucémogenèse chez l’enfant.

Une fois traitées les données concernant les propriétés diélectriques des tissus et l’évaluation dosimétrique des organes cibles, l’étape suivante consistait à évaluer les expositions.

J. Swanson, du National Grid, a présenté, à partir de l’expérience britannique, les données actuelles dont nous disposons sur l’exposition résidentielle des enfants aux champs électriques et magnétiques de fréquence 50-60 Hz et à certaines de leurs harmoniques.

Il classe les expositions en trois grands types : celles liées aux lignes de transport d’électricité ; celles liées aux lignes de distribution ; et enfin, celles liées aux applications domestiques de l’électricité. L’exposition aux lignes de distribution, qui concerne toute la population, est généralement faible, inférieure à 1 microtesla en valeur instantanée. Il en est de même de celle qui résulte des applications domestiques ; mais ici, les niveaux d’exposition peuvent être parfois très élevés et atteindre jusqu’à 10 microteslas. Il ne s’agit toutefois que de quelques dizaines de secondes.

L’exposition aux lignes de transport est au maximum de l’ordre de 10 microteslas mais elle n’est le fait que de 0,5 à 1 % de la population. À ce jour, aucun paramètre de mesure du champ magnétique n’a fait la preuve de sa supériorité ou en tout cas de sa pertinence au plan biologique en l’absence de mécanisme biophysique d’interaction avec le vivant. Les travaux épidémiologiques ont surtout utilisé l’exposition moyennée (time weighted average) mais la médiane du champ ou le carré du champ pourraient tout aussi bien être considérés.

L’exposition au champ magnétique n’est pas uniforme dans les différents pays et cela même à l’intérieur de l’espace européen. En effet, les niveaux les plus élevés de champs résidentiels sont retrouvés en Suède puis aux États-Unis avec une moyenne géométrique d’environ 70 nanoteslas avec 10 % des maisons où les champs dépassent 0,2 microtesla. Ensuite, par ordre décroissant, on retrouve la Finlande, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, où la moyenne géométrique des champs est aux alentours de 35 nanoteslas, l’Allemagne, la Suède, la Norvège. Aucune donnée n’a été communiquée en ce qui concerne la France.

Au Royaume-Uni, seulement 1 à 2 % des résidences connaîtraient des champs magnétiques supérieurs à 0,2 microtesla. L’exposition dépend aussi de facteurs qui sont propres aux enfants et à leur âge puisque les enfants en bas âge passent plus de temps à la maison qu’à l’extérieur et sont moins exposés aux applications domestiques de l’électricité que les adultes ou les adolescents. L’auteur considère donc que, de la naissance à 9 ans, l’exposition mesurée dans la résidence serait bien corrélée avec leur exposition personnelle. En ce qui concerne l’exposition aux radiofréquences, le paramètre considéré est, soit l’intensité du champ exprimée en volts par mètre, soit la densité de puissance en mW par mètre carré. Les principales sources sont les ondes radio et télé dont la fréquence s’étage entre 10et 109 Hz avec une large couverture géographique, à la différence des stations de base qui couvrent une aire géographique beaucoup plus restreinte et dont les fréquences s’étagent de 418 Hz à 219 Hz, incluant aussi des composants à des fréquences plus basses. Les stations radar émettent à des fréquences de 0,1 à 410 Hz. Les variations temporelles sont aussi notables, puisque si les ondes de radiodiffusion sont généralement constantes, celles des émissions des stations de base varient avec le volume des appels, donc dans la journée.

L’exposition liée aux stations de base, si elle peut atteindre jusqu’à 10 000 W/m2 à l’extérieur, est en moyenne de 0,01 W/m2. À l’intérieur des habitations, ce niveau est fortement réduit, et généralement inférieur à 0,1 mW/m2. L’intensité des ondes radio est, elle aussi, réduite à l’intérieur des maisons, puisqu’elle n’atteint que 0,05 à 0,2 mV/m2. En Europe, la médiane de densité de puissance à l’intérieur des maisons est de 0,005 mW/m2. L’exposition des enfants au téléphone cellulaire a été traitée par Joachim Schuz (Institute of Medical Biostatistics Epidemiology and Informatics, University of Mainz, Allemagne). Si, en 1998, 3 % des enfants âgés de 12 à 13 ans possédaient un téléphone portable, cette incidence atteint 69 % en 2002. En 1998, 16 % des adolescents âgés de 18 à 19 ans possédaient un portable ; ils étaient 91 % en 2002.

En Australie, en 2003, 93 % des enfants âgés de 6 à 9 ans, ont mentionné utiliser de temps à autre le portable de leurs parents. Dans un récent sondage aux États-Unis, en 2004, 51 % des enfants interrogés possèdent un téléphone portable.

Parmi les facteurs qui jouent un rôle dans la possession et l’usage d’un téléphone portable chez les enfants, il faut relever le sexe (les garçons sont plus nombreux que les filles), l’âge, le temps passé à regarder la télévision ou à jouer sur des consoles de jeux et le fait d’être enfant unique. Enfin, la proportion d’enfants possédant un téléphone portable était plus importante dans les groupes sociaux d’enfants les plus désavantagés, ce qui pourrait paraître paradoxal mais devrait être interprété comme un symbole d’ascension sociale. L’exposition des enfants aux ondes de radiofréquences est donc plus importante que celle de leurs parents au même âge. Ainsi, du fait de l’extension de son usage, il devient de plus en plus difficile d’isoler les populations d’enfants qui ne soient pas détenteurs d’un téléphone portable.

Une fois les paramètres d’exposition définis, il était dès lors possible d’aborder les données des études épidémiologiques.

Leika Kheifets, ancienne du programme EMF de l’OMS à Genève et actuellement professeur à l’UCLA4, a présenté une synthèse des études sur le risque de leucémie chez l’enfant en exposition aux champs magnétiques de très basse fréquence. À partir de deux constats d’ordre général – un pic d’incidence de la leucémie chez l’enfant entre 2 et 4 ans aux États-Unis (mais aussi dans les autres pays occidentaux) plus prononcé pour la leucémie lymphoblastique aiguë que pour la leucémie myéloïde aiguë, et la méconnaissance des facteurs étiologiques éventuels puisque les facteurs de risque bien identifiés ne rendent compte que de 10 % de l’incidence des leucémies infantiles –, les analyses conjointes d’Ahlbom et de Greenland qu’elle a passées en revue, montrent une association entre risque de leucémie et exposition résidentielle à des niveaux moyennés de champ magnétique dépassant 0,3 ou 0,4 microtesla. Cette association n’est pas le fait du hasard, elle n’est probablement pas non plus liée à une erreur de classification entre exposés et non-exposés. Parmi les facteurs confondants examinés, ni les variables socio-économiques, ni l’intensité du trafic automobile, ni les expositions aux produits chimiques, le tabagisme passif, les facteurs alimentaires ou infectieux (viraux ou bactériens) ne peuvent rendre compte de l’association. Cependant, on ne peut pas exclure un effet simultané combiné de plusieurs types d’exposition agissant conjointement. La possibilité d’un biais de sélection qui rendrait compte de ces résultats est, elle, à considérer plus attentivement. En effet, la participation des sujets, si elle atteint 94 %, voire 100 %, dans les études reposant sur des registres de population, est beaucoup moins bonne dans les autres études puisqu’elle n’inclut que 37 à 68 % des cas éligibles pour remplir des questionnaires, et elle n’est plus que de 9 à 31 % lorsque des mesures d’exposition sont réalisées. La situation serait encore moins bonne pour les témoins, même si les auteurs minimisent généralement la question alors qu’il est probable que des facteurs tels que la mobilité résidentielle et le statut socio-économique affectent notablement la participation des cas et surtout des témoins aux études. Il s’agit d’une piste sérieuse de travaux pour étudier, par exemple, les différences entre les témoins qui ont participé à l’étude et les témoins éligibles qui n’y ont pas participé. Cependant, le fait que le même niveau d’association soit retrouvé dans les études utilisant des registres de population comme dans les autres études pourtant plus sujettes à ce type d’erreur, limiterait le rôle du biais de sélection comme facteur explicatif des résultats observés. Abordant la question délicate de la causalité, L. Kheifets retient en faveur d’une association causale la consistance des résultats épidémiologiques et leur spécificité. En revanche, l’absence d’un mécanisme clairement validé et reproductible d’interaction entre les champs et les systèmes biologiques (ce qui est aussi un obstacle pour apprécier valablement les paramètres pertinents d’exposition) et l’absence de données expérimentales corrélées aux données épidémiologiques s’inscrivent à l’encontre de la réalité d’une association causale. D’autres pistes consisteraient à envisager des hypothèses alternatives telles que le rôle des courants de contact, de la mélatonine (qui a fait l’objet d’une présentation peu convaincante de D. Henshaw et de R. Reiter), ou de la sensibilité particulière au risque de leucémie de sous-groupes de populations tels les enfants présentant des gènes de fusion produits par une translocation chromosomique de type TEL-AML1. À ce jour, aucune donnée validée ne vient à l’appui de ces éventualités.
À la question posée de savoir quels types d’études épidémiologiques pourraient faire avancer les connaissances, il ressort qu’il est peu probable que de nouveaux résultats puissent modifier de façon substantielle l’association observée dans les études conjointes. En revanche, des études ciblées pour tester les hypothèses telles que les biais de sélection ou les sous-groupes spécifiques pourraient s’avérer utiles.
La seconde partie de la présentation a été consacrée à une revue de la littérature portant sur les études d’exposition aux radiofréquences et particulièrement aux stations relais (7 études citées). Les données fournies n’apportent pas d’arguments en faveur d’une relation avec la leucémie, mais l’essentiel est, à ce stade, d’améliorer nos connaissances sur les données d’exposition.
P. Mckinney a revu les études épidémiologiques et les facteurs de risque concernant les tumeurs cérébrales. Les tumeurs du système nerveux central représentent 20 % des tumeurs de l’enfant avant 15 ans mais seulement moins de 2 % des cancers chez l’adulte. Elles sont aussi de type histologique différent et, pour la plupart, de localisation sous-tentorielle.
La question a été posée d’une augmentation de l’incidence depuis les années 1970. En fait, si l’incidence a pu augmenter, notamment aux États-Unis, en Grande-Bretagne, au Japon et en Australie, il ne s’agit pas d’une distribution uniforme mais de données hétérogènes sur les différents types histologiques de tumeurs où les astrocytomes représentent 50 % des cas ; aussi, son caractère réel ou artéfactiel du fait de l’amélioration des techniques diagnostiques, reste débattu. L’incidence est plus importante dans les pays occidentaux : 30 par million de personnes/année, alors qu’elle n’est que de 10 par million de personnes/année en Afrique.
En dehors des radiations ionisantes, aucun facteur « environnemental » n’a fait la preuve de son implication dans leur genèse.
Chez l’enfant, aucune association consistante n’a été observée entre exposition au champ magnétique et survenue de tumeurs cérébrales. Il reste qu’une analyse conjointe comparable à ce qui a été fait pour la leucémie de l’enfant serait bienvenue.
M. Feychting a abordé un tout autre registre pathologique, celui des anomalies congénitales, faible poids de naissance, manifestations d’hypersensibilité, une association avec la survenue de maladie d’Alzheimer ou de sclérose latérale amyotrophique, voire des effets « tardifs » comme les affections coronariennes chez l’adulte5, qui ont pu être associées dans certaines publications avec une exposition au champ magnétique. En fait, les données disponibles ne permettent pas de retenir la réalité d’un effet... même si en l’état des connaissances il n’est pas possible de conclure à l’absence de danger. La publication de Li qui avait fait état d’une augmentation de risque d’avortements spontanés ne peut être retenue comme contributive car des lacunes méthodologiques, notamment des biais dans l’évaluation des expositions, en atténuent singulièrement la portée.

Concernant l’exposition aux radiofréquences, si des études chez des kinésithérapeutes avaient montré un risque plus élevé de malformations congénitales dans leur descendance, aucun type spécifique de malformations n’a été rapporté de façon consistante et il existe de plus un biais important de remémoration dans ce type d’études.

Certes, l’exposition à un téléphone portable dans un sac, une poche ou à la ceinture, toutes situations qui pourraient le rapprocher du fœtus chez une femme enceinte utilisant notamment un kit mains libres, a fait l’objet de discussions, mais sans que la réalité d’un risque puisse être démontrée. Enfin, même si les expositions aux stations de base sont de plusieurs ordres de grandeur inférieures à celles du téléphone portable, la durée d’exposition est ici à prendre en considération.

Après B. Veyret (PIOM6 de Bordeaux) qui a fait le point sur les résultats expérimentaux relatifs aux expositions aux radiofréquences, Isabelle Lagroye, du même laboratoire, a présenté une synthèse très claire des études biologiques. Elle concernait principalement les systèmes hématopoïétique et immunitaire en cas d’exposition à des champs magnétiques de très basse fréquence et à des radiofréquences, en regrettant que peu de protocoles aient spécifiquement testé la plus grande sensibilité éventuelle de l’enfant.

À la question soulevée par L. Keifets relative aux données animales expérimentales sur l’induction de leucémies, les résultats sont négatifs, qu’il s’agisse de leucémies, de lymphomes spontanés [1, 2] ou de leucémies induites [3, 4]. Il en est de même pour l’exposition aux radiofréquences, la seule exception étant la survenue de lymphomes dans la publication de Repacholi chez des souris transgéniques. Plus récemment, un travail portant sur l’exposition in utero de rates prégnantes ayant reçu des injections de nitroso-urée n’a montré d’accroissement ni du nombre ni du développement des tumeurs du système nerveux central chimio-induites.

Les études sur une perturbation du système immunitaire sont également négatives et la revue conduite par l’ICNIRP en 2004 a conclu à l’absence d’effet pathologique sur la prolifération de cellules immunocompétentes et sur la production de cytokines.

Les effets neurocomportementaux ont été analysés par Z. Sienkiewicz du National Radiological Protection Board. Il conclut à des effets « modestes » dont la relation avec la santé n’est pas claire, quelle que soit la gamme de fréquence étudiée, mais les travaux concernant spécifiquement les enfants sont ici encore trop peu nombreux.

R. Kavet (EPRI) a présenté une synthèse sur la genèse des courants de contact en exposition résidentielle, et ce particulièrement chez les petits enfants. Constatant la négativité des études expérimentales en exposition au champ magnétique, alors que la question encore pendante concerne les enfants en exposition résidentielle, il analyse le rôle des courants de contact qui génèrent un champ électrique à l’intérieur du corps comme une alternative explicative. Ils entraînent une exposition régulière, sinon fréquente chez les jeunes enfants (car leur seuil de perception est notablement plus bas que chez l’adulte), jouant dans leur bain (d’où une impédance plus basse) et touchant les robinets. Il en résulte un passage de courant dans les avant-bras où la moelle hématopoïétique serait particulièrement active. Bien entendu, il ne s’agit pas du mécanisme d’initiation qui se produit probablement in utero, mais d’un second stade de stimulation affectant spécifiquement les cellules souches hématopoïétiques.

Dans une étude conduite dans 191 résidences avec F. Zafanella, à Denver, il a observé une assez bonne corrélation entre le niveau de champ magnétique résidentiel et le voltage sur le système de plomberie mis à la terre selon les normes nord-américaines.

D’après ses estimations, un courant imperceptible d’au moins 10 micro-ampères peut être rencontré dans 5 à 10 % des maisons individuelles aux États-Unis. Il produirait un champ électrique dans la moelle osseuse du bras qui excède notablement celui créé par le champ magnétique ambiant résidentiel.

La principale question qui se pose est la transposition de ce mécanisme en Europe où le système de mise à la terre est différent de celui en vigueur aux États-Unis (sauf en Suède).

La position de l’OMS, face au recours au principe de précaution, a été traitée par E. Van De Venter et M. Repacholi. À partir d’un document en cours de préparation et intitulé « Cadre pour développer des mesures de précaution dans les domaines d’incertitude scientifique » et d’une analyse de la position de certains pays tels que le Canada, la Suisse, la Nouvelle-Zélande, et bien entendu la Communauté européenne, il ressort que la précaution est un complément et non un substitut à la gestion des risques fondée sur les connaissances scientifiques validées. Elle doit proposer des options raisonnables et réalistes, tenir compte d’une évaluation du rapport coût-bénéfice, être un moteur de la recherche scientifique et impliquer une évaluation itérative des politiques engagées. À partir de ces considérations générales, il est prévu de développer des études de cas génériques pour faire adopter l’ensemble de la démarche au meilleur niveau de l’Organisation mondiale de la santé.

Le mot de conclusion est revenu au Président en exercice de l’ICNIRP, P. Vecchia qui, en synthèse des sessions scientifiques, retenait que les enfants ne sont pas fondamentalement différents des adultes, du moins vis-à-vis des champs électromagnétiques. Il pourrait même être dangereux de considérer que nous n’en savons pas assez quant à leur éventuelle sensibilité aux champs, car le risque d’une mauvaise interprétation des résultats existe et il serait de nature à accroître l’inquiétude du public.
Dans cet esprit, l’OMS prévoit, dans un document de communication vis-à-vis des gouvernements, d’établir clairement ce qui est acquis quant aux effets des champs électromagnétiques, d’exposer les différentes positions vis-à-vis du risque éventuel et de s’engager à suivre régulièrement les résultats des activités de recher-che tout en en informant régulièrement le public.

1 EPRI : Electric Power Research Institute
2
International Commission for Non Ionizing Radiation Protection,
3
SCALE : Science, Children, Awareness, Legal instrument, Evaluation
4
UCLA : University of California, Los Angeles.
5
Ainsi une étude aurait rapporté que l’usage du tabac pendant la grossesse serait associé à une prévalence plus élevée de réduction de l’appétit chez l’enfant, mais à l’âge de 42 ans…..
6
PIOM : laboratoire de Physique des interactions ondes-matière.

Références

1. Mandeville R, Franco E, Sidrac-Ghali S, et al. Evaluation of the potential carcinogenicity of 60 Hz linear sinusoidal continuous wave magnetic fields in Fisher F344 rats. FASEB Journal 1997 ; 11 : 1127-36.2

2. Harris AW, Basten V, Gebski D, et al. A test of lymphoma induction by long-term exposure of E μ-Pim1 transgenic mice to 50-Hz magnetic fields. Rad Res 1998 ; 149 : 300-7.

3. Devevey L, Patinot C, et al. Absence of the effects of 50-Hz magnetic fields on the progression of acute myeloid leukaemia in rats. Int J Radiat Biol 2000 ; 76 : 853-62.

4. Bernard N, Chrétien P, Tanguy ML, Lambrozo J, Guillosson JJ, Nafziger J. Study of the potentiel leukemogenic effects of 50 Hz magnetic fields and harmonics in a rat lymphoblastic leukaemia model. Annual meeting of BEMS, 2004, Washington DC, Etats-Unis.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]