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Tsunami : où est notre responsabilité ?


Environnement, Risques & Santé. Volume 4, Number 3, 165-6, Mai-Juin 2005, Éditorial



Author(s) : Gilles Brucker , Directeur de l’Institut de veille sanitaire (InVS).

ARTICLE

Auteur(s) :, Gilles Brucker

Directeur de l’Institut de veille sanitaire (InVS)

26 décembre 2004, un séisme en mer. Un tsunami qui dévaste tout : 300 000 morts. Des millions de gens pour qui la vie s’arrête et ne sera jamais plus comme avant. Quatre mois plus tard, que reste-t-il de notre émotion, de notre solidarité, de notre compassion ? Que faire pour prévenir de telles conséquences ?Les images s’éloignent. Les questions demeurent : que dire, que faire face à une catastrophe naturelle ? Le choc émotionnel s’estompe : pas de négligence coupable, pas de bouc émissaire, pas de crise politique pour prolonger le débat… Cependant, cet événement a suscité un immense élan de générosité, sans précédent : les organisations non gouvernementales (ONG) ont été, elles, submergées par un raz-de-marée de générosité… au point que se créent des querelles d’ONG face à l’ampleur des dons. Les projets de réhabilitation, eux, tardent à être opérationnels. Face à tout cela, la question demeure : où est notre responsabilité ?Nous devons revendiquer cette responsabilité comme l’affirmation de notre solidarité humaine, citoyenne, mais aussi scientifique et technique. Un devoir d’ingérence pour tous les drames qui affectent les peuples de notre terre, celle-là même qui paraît soudain si fragile, comme prête à se rompre.Plus que jamais la protection des populations, face à un environnement que nous ne contrôlerons jamais tout à fait, doit nous faire concevoir de nouvelles actions de surveillance, d’évaluation des risques, de recherche d’indicateurs précoces de menaces, mais aussi de plans d’actions pour protéger ces populations.En matière de protection de la population, il faut rejeter l’hypothèse de la fatalité.Il faut pour cela partager les acquis de la science pour promouvoir l’équité d’accès aux technologies de veille, et permettre des plans de prévention. Car une fois de plus, ce n’est pas par hasard si ce drame a cette ampleur. Une fois encore, ce sont les pays les plus pauvres, les populations les plus vulnérables qui paient le prix le plus cher, le prix de la vie, celui de la famille disloquée par la vague, celui de la douleur dévastatrice du malheur.Le Japon, bâti sur une zone hautement sismique, n’a compté ces jours-ci à l’issue d’une violente secousse aucun mort. La force du yen fait tenir les immeubles. La Californie également sur une faille sismique sait mieux contrôler ce risque : le dollar fait sans doute aussi bien que le yen.Mais, pays pauvres ou pays riches, peut-on arrêter une vague de 20 mètres de hauteur qui déferle sur les côtes à 100 km/h ? Que peut-on faire pour prévenir de nouveaux tsunamis ? Sur le phénomène lui-même, peu de chose sans doute ; sur ses conséquences, certainement tout : détecter précocement ; alerter sans délai la population exposée ; prévoir les transmissions d’information, les équipes d’évacuation, les plans de secours indispensables… Quelques heures pour changer le visage d’un drame.Notre responsabilité est de savoir tirer les leçons de cet événement exceptionnel. Événement exceptionnel, certes, mais qui se répète : hier, la tempête en France en décembre 2000, sans vrai drame humain ; la canicule sur l’Europe en 2003 ; le tsunami sur l’Asie en 2004 ;… et demain ?Évaluateurs des risques environnementaux, soyons vigilants. Nous savons la planète plus malade du mode de développement que nous lui infligeons que de ses maux naturels : tempêtes, raz-de-marée, typhons, et autres séismes sont comme des accès de fièvre brutaux et parfois mortels qui dévastent l’environnement. Pour sévère que soit le bilan, il ne compromet pas l’avenir de notre terre. Plus graves, plus insidieuses, plus pernicieuses, sont les pollutions chroniques de notre air, de nos réserves d’eau qui s’amenuisent, de nos sols infiltrés par les usages immodérés des produits toxiques comme un cancer environnemental se nourrissant de nos industries polluantes, proliférant par certaines technologies de pointe ou des recherches de productivité à courte vue.Notre responsabilité, c’est ici de connaître et d’évaluer ces risques, et de le faire savoir. Il nous faut partager les compétences en termes d’évaluation des risques, d’identification des groupes exposés, de mise en œuvre de systèmes de surveillance et d’alerte.Il faut aussi, et c’est encore l’urgence même pour les victimes du tsunami, réhabiliter l’habitat, reconstruire les villages, redonner les outils de travail, refonder les écoles… et former à nouveau des professionnels dans tous les domaines où les victimes furent nombreuses : éducation, santé, services publics…Plus longue, plus difficile sans doute, sera la reconstruction du lien social. Surveiller, alerter, prévenir ne sont pas dissociables de la gestion des situations de crise : il faut non seulement savoir faire vite, très vite, mais aussi accompagner longtemps, durablement.En matière d’évaluation, il faudra aussi se soumettre à l’évaluation de ces programmes d’aide. Sans doute, comme face au tsunami, la modestie sera de mise, mais la détermination doit rester totale.


 

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