ARTICLE
Auteur(s) : Isabella Annesi-Maesano1, Ursula Ackermann2, Céline Boudet3, Laurent Filleul4, Sylvia Medina4, Rémy Slama5, Giovanni Viegi6
1. Institut national de la santé et de la recherche
médicale (INSERM) Epidémiologie des réponses immunitaires et
inflammatoires. Application aux maladies allergiques et
respiratoires (ERII U472), 16, av. PV-Couturier,
F94807 Villejuif cedex
<annesi@vjf.inserm.fr>
2. Dept. of Social Medicine and Public Health, Bâle, Suisse,
Medical school, Bâle, Suisse
3. Institut national de l’environnement industriel et des
risques (INERIS) Parc technologique Alata, BP n° 2,
60550 Vermeuil en Halatte
4. Institut de veille sanitaire (InVS) 14, rue Val d’Osne
94410 Saint-Maurice
5. Unité INSERM – INED U 569 (Institut
National des études démographiques) 82, rue du Général Leclerc
94276 Le Kremlin Bicêtre cedex
6. Instituto di fisiologia clinica - Consiglio nazionale
delle ricerche (IFC-CNR) Via Trieste 41 56126 Pise, Italie
Les effets sanitaires de l’exposition aux différentes formes de
particules que l’on trouve dans l’environnement sont connus depuis
longtemps. Dès 1930, un excès de mortalité avait été observé
pendant les périodes de smog (mélange de poussières et de
brouillard) intense dans la vallée de la Meuse. L’effet nuisible de
la pollution atmosphérique particulaire est confirmé de nos jours
par plusieurs études de population (Harvard Six Cities
Study, APHEA, PEACE...) réalisées à la demande des
gouvernements de certains pays (États-Unis d’Amérique, Communauté
européenne, Pays-Bas, Suède, Royaume-Uni). Les particules
(particulate matter) de diamètre aérodynamique inférieur ou
égal à 10 µm (PM10), qui constituent une fraction
des particules totales suspendues (total suspended
particles, STP) dans l’air urbain, ont été associées à un
surcroît de mortalité mais aussi de morbidité, bien que les
mécanismes d’action n’aient pas pu être éclaircis. L’implication
des expositions allergéniques (à acariens, poils d’animaux,
pollens…) dans le développement et l’aggravation des allergies ne
fait plus de doute, bien qu’il n’y ait pas d’études
méthodologiquement appropriées montrant l’efficacité de leur
éviction. Les moisissures (champignons microscopiques capables de
coloniser des supports de nature variée) ont des effets différents
selon les substances libérées : spores et/ou substances
odorantes, voire toxiques (mycotoxines, composés organiques
volatils). Les endotoxines, composés chimiques apparaissant à la
paroi des bactéries, ont été liées à l’inflammation des voies
aériennes, mais il a été observé qu’une exposition précoce aux
endotoxines peut protéger l’individu du développement des
allergies. Le rôle des virus et des bactéries dans le déclenchement
des infections est aussi bien connu. Des effets neurologiques à
long et à court terme, et plus rarement respiratoires, ont été
rapportés pour les pesticides.
Démarche épidémiologique
La démarche épidémiologique dans l’étude de l’impact sur la
santé associé aux diverses particules se compose des étapes
suivantes :
– évaluation de l’exposition subie et, éventuellement, de
la dose effectivement reçue par les individus ;
– estimation de la prévalence et/ou de l’incidence de
l’événement de santé en étude ;
– étude d’association entre l’exposition et l’événement de
santé ;
– évaluation du risque sanitaire, dont le risque
attribuable, associé.
Les mesures de l’exposition et de l’événement de santé peuvent
être collectives (données agrégées) ou individuelles.
Exposition
Définition
Il a été dit que dans la démarche d’évaluation du risque
sanitaire, l’étape d’évaluation de l’exposition constitue le pont
entre les sciences de l’environnement et les sciences de la santé
(toxicologie, épidémiologie) [1]. L’exposition peut se résumer à la
notion de contact entre un individu et un agent chimique, physique
ou biologique dans un environnement. Cependant, l’utilisation de
cette terminologie est ambiguë, car il faut différencier les
concepts d’exposition (contact), de pénétration (inhalation ou
ingestion à travers diverses barrières d’entrée comme la bouche, le
nez, la peau) et d’assimilation par l’organisme humain (absorption
directe à travers la peau ou indirecte via d’autres
barrières biologiques internes) [2, 3] et dose. Les organes cibles
sont le nez, le poumon, la peau, les reins... La description
minimale d’une exposition par une voie particulière (inhalation,
ingestion, contact cutané) doit inclure au moins la concentration
dans le milieu de transfert (concentration d’exposition) et la
durée d’exposition. À titre d’exemple, les niveaux de pollution
atmosphérique montrent de substantielles variations temporelles et
spatiales. Au total, l’exposition est directement liée au polluant,
à l’individu, au moment et à la durée de l’exposition, ce qui
dépend des activités journalières de l’individu dans les
environnements urbains intérieurs et extérieurs, ainsi que de ses
déplacements. Les données d’exposition personnelle constituent un
paramètre majeur pour l’estimation du risque. En termes de doses,
on distingue la dose expérimentale (appliquée) qui correspond à la
quantité de produit disponible au niveau de la barrière
d’absorption, la dose potentielle (externe), qui est la quantité de
produit ingérée, inhalée ou appliquée sur un organe et, enfin, la
dose interne qui correspond à la quantité de produit effectivement
absorbée par la barrière biologique et qui est alors disponible
pour interagir avec des organes cibles, des récepteurs
biologiques... C’est l’estimation de cette dernière qui constitue
le premier objectif d’une bonne évaluation de l’exposition en
épidémiologie ; la démarche de mesure épidémiologique
impliquant le passage de la source aux concentrations
environnementales, puis à l’exposition et enfin à la dose interne
[2, 3].
Données épidémiologiques
En épidémiologie, on s’intéresse aux expositions aiguës et, plus
rarement, chroniques en considérant trois environnements
différents : le macro-environnement de l’extérieur des locaux
(région, ville…), le micro-environnement de l’intérieur
(habitation, école, travail…) et l’individu (mesures personnelles
ou biomarqueurs). Les mesures individuelles constituent, a
priori, la meilleure mesure de l’exposition individuelle à un
polluant. Cependant, ces mesures sont faites sur des périodes de
temps limité.
Trois instruments ont été couramment utilisés pour estimer
l’exposition à la pollution atmosphérique particulaire (particules
totales, fumées noires, particules de divers diamètres
aérodynamiques) (PM2,5, PM10…) :
– les appareils de mesure des sites fixes des réseaux de
surveillance permettent d’évaluer les concentrations de
plusieurs sortes de particules ;
– les échantillonneurs passifs utilisant une tête de
prélèvement avec une coupure granulométrique précise permettent de
prélever les particules, dont PM2,5 et PM10
dans les micro-environnements et pour l’individu ;
– les techniques de suivi de la mobilité spatio-temporelle
des individus permettent de caractériser le budget espace-temps
(BET) de l’individu, c’est-à-dire la distribution des activités de
l’individu dans le temps et dans l’espace, afin de reconstruire ses
expositions, dont l’exposition aux particules [4].
La plupart des études épidémiologiques sur la pollution
atmosphérique particulaire ont estimé l’exposition des individus
par des mesures des concentrations des particules des sites fixes
des réseaux sur des périodes limitées (mois, année…) et dérivé pour
le plus des moyennes des concentrations de celles-ci, ce qui est
réductif lorsque le niveau de pollution varie dans le temps et dans
l’espace. De plus, ces mesures de concentrations peuvent être
insuffisantes dans les pays industrialisés où les individus passent
la majorité de leur temps à l’intérieur de locaux, les
concentrations des polluants à l’intérieur des locaux pouvant être
différentes de celles de l’extérieur des locaux en raison de
l’existence de sources internes. Toutefois, des publications
récentes ont montré que dans le cas des particules, en l’absence de
sources de combustion, le ratio entre la concentration extérieure
et intérieure est en moyenne égal à 1 [5]. Les mesures
réalisées par les sites fixes ont montré que les concentrations des
PM10 sont faibles dans les zones rurales
(10 µg.m-3) et élevées dans les zones urbaines
(jusqu’à 100 µg.m-3 en moyenne).
Des méthodes ont été élaborées pour mesurer la concentration
d’allergènes, d’endotoxines, de pesticides, de moisissures dans
l’air et éventuellement à des endroits fixes (matelas pour les
allergènes et les endotoxines, sol pour les pesticides, surfaces
pour les moisissures) et appliquées en épidémiologie. Il existe
aussi des biomarqueurs de la réponse individuelle à l’exposition
dans des milieux biologiques (taux des immunoglobulines spécifiques
dans le sang, la salive… dans le cas d’une exposition allergénique,
anticorps sériques dans le cas d’une infection…). Il s’agit le plus
souvent d’indicateurs de réponse à court terme.
Faute de mesures de concentrations environnementales et de
réponse individuelle, l’exposition a été estimée en épidémiologie à
l’aide de substituts (proxys) de l’exposition des individus.
L’exposition au trafic de la voirie et les taches brunes sur les
murs sont des proxys raisonnables des expositions à la
pollution véhiculaire urbaine et aux moisissures respectivement,
par exemple. Les mesures généralement réalisées étant limitées dans
le temps, l’estimation de l’exposition totale est rarement atteinte
dans les études épidémiologiques. D’ailleurs, les effets d’un
polluant sur un individu dépendent des expositions auxquelles il a
été soumis au long de sa vie (c’est-à-dire si le sujet a vécu dans
une zone rurale ou urbaine, s’il a exercé une certaine
profession…), du mélange avec les autres polluants et de la façon
dont le polluant pénètre dans l’organisme en fonction de la
sensibilité et de la biodisponibilité de l’individu. La notion de
biodisponibilité est fondamentale pour comprendre les phénomènes
d’assimilation puis de dose. Les expositions à court terme ont été
mises en relation avec les effets aigus et les expositions à long
terme avec les effets chroniques.
Nouvelles approches d’estimation de l’exposition
Il existe trois approches conceptuelles nouvelles de
l’évaluation quantitative de l’exposition :
– les scénarios d’exposition reposant sur la métrologie
(émission, environnement) et/ou la modélisation (dispersion dans
les compartiments environnementaux) et sur la formulation
d’équations mathématiques [6] via parfois l’utilisation de
modèles d’exposition multimédia ;
– les mesures directes au « point de contact » qui
utilisent les techniques de mesure micro-environnementales et
personnelles, la collecte de données budget espace-temps (BET) et
d’autres questionnaires ainsi que la formulation d’équations
mathématiques (réalisées en France dans le cadre des études
EXPOLIS, VESTA, MACBETH, etc.) [6, 7] ;
– la surveillance biologique avec la recherche de marqueurs
d’exposition (ou d’effet) directement dans les milieux biologiques
(en France : étude SOLEX) [8]. La mesure de tout biomarqueur
doit être couplée à la durée d’exposition. Parfois, il est possible
de reconstruire des expositions passées lorsqu’il existe
suffisamment de données sur les taux de pénétration et
d’assimilation de la substance par l’organisme. Tout dépend de la
disponibilité de mesures de biomarqueurs dans les tissus humains,
de telle façon que la dose interne puisse d’abord être reconstruite
de façon adéquate à l’aide de modèles pharmacocinétiques.
Ces approches conceptuelles, qui peuvent être utilisées
isolément ou ensemble, font partie d’une pyramide intégrée dont le
sommet était jusqu’à présent constitué par la recherche de
biomarqueurs en tant que mesure directe de la dose interne. Les
deux premières approches fournissent un niveau de contact, donc une
expression de l’exposition ou de la dose externe, fondée sur
l’étude des processus de transport, de transformation et
d’accumulation d’une substance dans l’environnement. Le passage à
l’expression d’une dose interne, d’une dose délivrée (fraction de
la dose interne qui atteint le récepteur biologique) ou d’une dose
biologique efficace (fraction de la dose délivrée qui interagit
effectivement avec le récepteur biologique) implique suffisamment
de connaissances sur la biodisponibilité de la substance dans
l’organisme et sur les processus d’accumulation, de transformation
et d’élimination : les modèles pharmacocinétiques (PBPK, etc.)
permettent de plus en plus ce type de détermination. Cependant, il
a été admis que la recherche de marqueurs biologiques n’est pas
nécessairement la meilleure mesure ou la mesure la plus appropriée
pour conduire une évaluation de l’exposition, surtout dans le cas
de l’évaluation d’une exposition chronique. Dans certains cas, il
est impossible de mesurer des biomarqueurs du fait de la complexité
du système ou de problèmes éthiques liés au prélèvement et à
l’analyse de tissus humains. Des facteurs génétiques peuvent aussi
interagir. De plus, les marqueurs biologiques seuls ne fournissent
pas d’information sur les sources, les voies d’exposition et de
pénétration, la distribution, la durée et la fréquence des
expositions. Des mesures de biomarqueurs comme celles réalisées
dans l’étude NHEXAS [9] sont enrichissantes et très utiles pour
identifier ou éliminer des problèmes. Cependant, elles ne répondent
pas à tous les besoins des utilisateurs potentiels d’informations
sur l’exposition : épidémiologistes, toxicologistes,
évaluateurs et gestionnaires du risque, etc.
L’agence de protection environnementale des États-Unis (US-EPA)
a développé un grand nombre de modèles d’exposition applicables aux
polluants qui sont directement ou indirectement liés aux sources
mobiles [10]. Aucun n’a porté pour l’instant sur les particules.
Ces modèles sont similaires au sens où chacun contient des
algorithmes simulant les niveaux micro-environnementaux de
polluants, les budgets espace-temps (BET), et les habitudes de
transport. Ils ont fait l’objet de nombreuses inter-comparaisons.
L’étude VESTA (pollution atmosphérique d’origine automobile et
développement de la maladie asthmatique de l’enfant : une
étude épidémiologique dans 5 villes françaises) [11] utilise
le système des indices pour estimer l’exposition des enfants au
trafic automobile de proximité. Deux indices sont construits et
testés : un indice indirect d’exposition au trafic (indice
I/D = intensité/distance) qui nécessite, entre autres,
une bonne connaissance des BET des enfants, et un indice issu de
l’emploi du modèle conçu par le Centre scientifique et technique du
bâtiment (CSTB) et l’Institut national de recherche sur les
transports et leur sécurité (INRETS) (indice ExTra) [12]. Le
premier repose sur une estimation simple du trafic sur les voiries
proches des lieux de vie des enfants ; le second procède par
estimation des concentrations de certains polluants traceurs (dont
les NOx) dans l’air extérieur, au voisinage immédiat des lieux de
vie des enfants (simplification des BET). Ces deux indices ne font
qu’estimer une exposition environnementale aux effluents du trafic
automobile. Passer à l’exposition des enfants suppose de faire
l’hypothèse que ceux-ci respirent, quand ils sont à domicile ou
dans leur classe, un air dont la qualité est peu différente de
celle estimée au voisinage immédiat. S’agissant du NO2
et des particules fines, cette hypothèse est raisonnable en raison
de forts taux de pénétration qui conduisent à des taux intérieur et
extérieur semblables en l’absence de sources intérieures. Dans
l’étude VESTA, il est de toute façon bien explicité que ce qui est
attendu de ces indices est qu’ils classent correctement les enfants
de l’étude, non qu’ils quantifient exactement leur exposition.
Contrairement à ExTra, l’indice I/D a vocation non pas à estimer la
concentration des NOx mais à être un indicateur des sources
automobiles de voisinage. Contre toute attente, l’indice I/D
fournit de meilleurs résultats par rapport à ExTra (alors que de
très bonnes
corrélations – R > 0,8 – avaient
été observées entre l’indice et les mesures réelles dans les villes
de Grenoble et de Paris). Deux facteurs principaux sont évoqués
pour expliquer la discordance entre les deux indices : un
facteur statistique (la relativement faible gamme de variation des
valeurs de l’indice ExTra en regard d’I/D) et un facteur
« environnemental ». En pratique, les indices de type
ExTra sont des modèles complets intégrant plusieurs paramètres
d’émission et de dispersion des polluants associés au trafic, mais
les données qui l’alimentent sont difficiles à recueillir. Ainsi,
leur utilisation en épidémiologie doit répondre à des conditions
assurant la bonne qualité des données d’entrée. En particulier, le
type de configuration, selon que le lieu de vie est situé en milieu
ouvert ou dans une rue « canyon », influence la
dispersion des polluants issus des véhicules. Ces informations sont
déclarées par les parents, ce qui peut entraîner une certaine
erreur d’estimation. Au contraire, les indices de type I/D sont des
modèles très simplifiés, puisqu’ils ne prennent pas en compte la
dispersion des polluants. Les estimations qu’ils produisent sont
sans doute moins précises que celles issues de modèles plus
complexes, mais ils présentent l’intérêt d’être utilisables à large
échelle en épidémiologie.
D’autres proxys de l’exposition de populations résidant
dans des zones spécifiques se développent : entre autres, le
système des indicateurs d’exposition géographique (GEI) ou les
systèmes d’information géographique (SIG). Les GEI, indicateurs de
« zone entière » ou de proximité, sont employés dans les
études épidémiologiques pour identifier des régions ou des
populations à risque. De nombreuses hypothèses sont néanmoins
nécessaires à leur utilisation : par exemple, les
concentrations en polluant doivent être homogènes au sein d’une
même zone et ne doivent différer entre deux zones que de manière
prédictive. L’évaluation de ces indicateurs en tant qu’estimations
de l’exposition montre que les niveaux de polluant varient
substantiellement à l’intérieur d’une petite zone et qu’un mauvais
classement (mis-classification) de l’exposition et des
erreurs significatives apparaissent lorsque les GEI représentent
des zones géographiques larges. Les SIG permettent en effet de
tenir compte des lieux de vie où les personnes passent un temps
significatif (domicile, travail, école, etc.) et de leur situation
géographique (milieu urbain ou périurbain ; site de proximité
au trafic, site de fond, etc.). De nombreuses études considèrent
maintenant les SIG comme un outil central (et non plus comme une
annexe illustrative) dans la détermination des sources urbaines
d’exposition.
Les études d’expologie (mesures personnelles, micro et
macro-environnementales et questionnaires) et de modélisation par
le développement des SIG renforcent l’utilité des mesures des
réseaux comme approximation de l’exposition des populations
urbaines. Ainsi, des membres de la communauté urbaine de Roxbury
aux États-Unis ont porté des capteurs portatifs de PM2,5
et hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) à travers des rues
situées dans un rayon d’un mile autour d’un large terminus de bus
afin de créer une carte SIG des concentrations [13]. Les
concentrations en PM2,5 étaient plus élevées en semaine
et plus particulièrement aux heures de pointe matinales, ce qui
concorde avec d’autres études [6]. Les cartes précises, à haute
résolution, de la pollution de l’air liée au trafic urbain sont
nécessaires pour l’évaluation des expositions dans les études
épidémiologiques et pour informer les gestionnaires de réseaux de
surveillance de la qualité de l’air et les gestionnaires du
trafic.
Les indicateurs biologiques d’exposition ou d’effet sont aussi
utilisés pour évaluer l’exposition des populations aux polluants
urbains. Malheureusement, cette technique a été employée dans le
cas des oxydes d’azote, du benzène et seulement une fois pour le
diesel. La surveillance biologique comme la surveillance
environnementale, si elles étaient plus courantes, permettraient
une meilleure estimation de l’exposition des populations, au même
titre que certains indices d’exposition développés avant et qui
visent plus à classer correctement l’exposition de diverses
sub-populations qu’à les quantifier exactement.
En revanche, les mesures d’endotoxines, moisissures, allergènes…
sont habituellement réalisées à l’intérieur des locaux, bien que
des mesures de certaines moisissures et des pollens soient faites
aussi à l’extérieur des locaux.
Effets sanitaires des particules
Pollution atmosphérique particulaire
Les études épidémiologiques dans le domaine de la pollution
atmosphérique particulaire se sont développées sur les cinq
continents [14] et portent pour la plupart sur les effets à court
terme. Il en a suivi des indications sur les PM10 dans
les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
Air Quality Guidelines [15], utilisées pour réglementer les
émissions de particules atmosphériques au niveau local. Des
indications sont attendues pour les autres particules. L’impact
sanitaire des particules a été étudié en épidémiologie à
l’aide :
– de séries temporelles ;
– de panels ;
– d’études transversales ;
– de cas-témoin, mais très rarement ;
– d’études de cohorte ;
– d’études d’intervention appelées aussi
semi-expérimentales.
Sur le court terme, nous constatons que les études temporelles
continuent d’être les plus nombreuses, mais le nombre d’études de
panels augmente. Des concentrations journalières ou hebdomadaires
ont été considérées. Concernant les indicateurs sanitaires, la
mortalité, toutes causes ou spécifique (respiratoire et
cardiovasculaire), continue d’être l’indicateur sanitaire le plus
étudié en raison de la disponibilité des données. En termes de
morbidité, les hospitalisations pour causes respiratoires et, de
plus en plus, pour causes cardiovasculaires constituent
l’indicateur le plus fréquemment utilisé, suivies par les symptômes
respiratoires et la fonction respiratoire. L’étude des
consultations aux urgences et en médecine ambulatoire est moins
fréquente, mais elle se développe, de même que les ventes de
médicaments. Sur le long terme, les études de cohorte et parfois
transversales sont les plus utilisées. Des concentrations annuelles
ont été alors considérées. Les effets allergiques et respiratoires
des PM concentrées à l’intérieur des locaux sur la santé ont été
jusqu’ici négligés. Mais l’étude des six villes
(http ://ifr69.vjf.inserm.fr) réalisée en France est
actuellement en train de l’examiner.
Effets à court terme
Les effets à court terme des polluants urbains sont connus grâce
aux séries chronologiques (tableau 1) et de panel qui ont été menées au
cours des dernières années. Ces études ont montré une association
entre les niveaux quotidiens de particules et la mortalité [16],
les hospitalisations [17, 18], et l’exacerbation de symptômes et
des changements physiologiques comme la baisse de la fonction
respiratoire [19].
Tableau 1. Effets à court terme des
particules sur la santé chez l’adulte et l’enfant (principales
études).
| Indicateurs de santé |
Population |
Types de particules |
Références |
| Adultes |
|
|
|
| Fonction
respiratoire |
Fumeurs, États-Unis |
PM10 |
(29) |
| Asthmatiques, États-Unis |
Fumées noires |
(70) |
| Patineurs, États-Unis |
PM2,5 |
(71) |
Symptômes
respiratoires nocturnes
Symptômes d’asthme |
Patients atteints de BPCO, Nouvelle-Zélande |
PM10 |
(72) |
| Asthmatiques, Pays-Bas |
PM10 |
(73) |
| Asthmatiques âgés de 50-70 ans,
Pays-Bas |
PM10, Fumées noires |
(73) |
| Mortalité
respiratoire |
France |
PM13 |
(74) |
| Philadelphie, États-Unis |
PTS |
(75) |
| Royaume-Uni |
FN, PM13 |
(17) |
| Royaume-Uni |
PM10 |
(76) |
| Canada |
PM10, PM2,5 |
(69) |
| Mortalité pour
BPCO |
États-Unis |
PM10, PM2,5 |
(75) |
| Royaume-Uni |
PM13 |
(76) |
| Hospitalisations et
visites respiratoires pour maladies respiratoires |
France |
FN, PM13 |
(74) |
| Europe |
PM10 |
(77) |
| États-Unis |
PM10 |
(78) |
| Royaume-Uni |
PM13 |
(76) |
| Enfants |
|
|
|
| Panels
d’asthmatiques |
7-15 ans, France |
PM10 |
(79) |
| 7-15 ans, France |
PM10, pas d’association |
(80) |
| 6-12 ans, Hollande |
PM10 |
(81) |
| 7-12 ans, Finlande |
PM10, pas d’association |
(82) |
| 14 villes européennes |
PM10, pas d’association |
(83) |
| 9-17 ans, États-Unis |
PM10 |
(84) |
| 5-7 ans, 5-13 ans, Mexique |
PM10 |
(85) |
| Symptômes
respiratoires |
6-15 ans, Suisse |
PM10 |
(86, 26) |
| 9 ans, Pologne |
PM10 |
(87) |
| Cohorte, Hollande |
PM10 |
(88) |
| Cohorte, Angleterre |
PM10 |
(89) |
| Cohorte, États-Unis |
PM10 |
(90) |
| Visites aux
urgences ou consultations |
< 15 ans 4 mois,
France |
PM10 |
(91, 92) |
| 1-11 ans, Angleterre |
PM10 |
(93) |
| < 15 ans, Danemark |
PM10 |
(94) |
| < 15 ans, Chili |
PM10 |
(95) |
| 5-14 ans, Chine |
PM10 |
(96) |
| 8-12 ans, Hong Kong |
PM10 |
(97) |
| Hospitalisations
pour maladies respiratoires |
Enfants < 15 ans, France |
PM10 |
(98) |
| Enfants < 15 ans, France |
PM10 |
(99) |
| Enfants en âge pré-scolaire, États-Unis |
PM10 |
(100) |
| Enfants < 2, 3-5, 6-13,
14-19 ans, Brésil |
PM10 |
(101) |
| Hospitalisations
pour asthme |
4 villes européennes |
PM10 |
(102) |
| 8 villes européennes |
PM10 |
(103, 104) |
| < 15 ans, France |
PM10 |
(99) |
| < 16 ans, Hong Kong |
PM10 |
(105) |
| Autres événements |
|
|
|
| Réponse immune |
17 villes européennes |
PM10 |
(106) |
| Retard croissance |
Pré-adolescents, Pologne |
PM10 |
(107) |
• Mortalité
D’après la méta-analyse de 60 études conduites dans
35 villes du monde entier, il existe une augmentation de
mortalité comprise entre 0,5 et 1,6 % pour chaque augmentation
journalière de 10 µg/m3 des niveaux de
PM10 et de 5 µg/m3 des niveaux de
PM2,5 [11], ce qui est confirmé en Europe par les
résultats de l’étude européenne multicentrique APHEA, réalisée dans
15 villes pour une population totale de 25 millions
d’habitants [20]. Les effets à court terme de la pollution
atmosphérique sur la mortalité respiratoire sont plus importants
que sur la mortalité cardiovasculaire. Aux États-Unis, pour une
augmentation des niveaux de particules de 50 µg/m3,
ces effets sont estimés à 25 % pour la mortalité respiratoire
et à 11 % pour la mortalité cardiovasculaire ; en Europe,
selon les études APHEA et, en France, PSAS-9, ces chiffres sont de
l’ordre de 4 % pour la mortalité respiratoire et de 2 %
pour la mortalité cardiovasculaire. Cependant, l’étude APHEA a
montré une hétérogénéité entre les villes de l’Ouest et de l’Est,
le risque étant plus élevé à l’Ouest alors que les niveaux de
pollution y sont plus faibles. Parmi les enfants, il existe aussi
un impact sur la mortalité comme l’illustre l’existence d’une
relation entre l’indicateur de visibilité optique lors des
phénomènes de pollution et la mort subite du nourrisson à Taïwan
[21]. En termes d’impact sanitaire à court terme, l’étude
européenne APHEIS récemment publiée, montre que plus de
800 décès anticipés (3 pour 100 000 habitants)
pourraient être évités si l’exposition à court terme aux particules
PM10 dans 19 villes européennes était réduite de
5 µg/m3. En France, pour une telle réduction dans
7 villes du programme PSAS-9, plus de 200 décès
pourraient être potentiellement évités.
• Morbidité
Il y a une augmentation du nombre d’hospitalisations pour causes
respiratoires aussi bien que cardiovasculaires attribuées à la
pollution atmosphérique. D’après une méta-analyse récente, à une
augmentation du niveau journalier de 10 µg/m3 des
niveaux de PM10 est associée une diminution du volume
expiratoire maximal par seconde (VEMS) (de 0,05 à 0,35), du débit
expiratoire de pointe (DP) (de 0,04 à 0,25 %) ainsi qu’une
augmentation des symptômes des voies respiratoires inférieures (de
3 %) et des voies respiratoires supérieures (de 0,7 %)
dont la toux (de 1,2 %) et des hospitalisations (de 1,9 à
2,1 %) et admissions aux urgences pour asthme (de 1 %)
[22]. Une augmentation des hospitalisations pour causes
respiratoires comprise entre 0,8 et 3,4 % est signalée aux
États-Unis en relation avec un accroissement de
10 µg/m3 des niveaux de PM10 ; en
Europe, cette augmentation est de 0,1 % pour les patients de
65 ans et plus, d’après l’étude APHEA2. Pour ce même
accroissement, sur 14 villes américaines, l’augmentation du
nombre d’hospitalisations pour causes cardiovasculaires est de
1,2 % ; et, en Europe, l’étude APHEA2 montre une
augmentation de 1,1 % du nombre d’hospitalisations pour causes
cardiaques. Les consultations aux urgences et en médecine
ambulatoire portent essentiellement sur les affections
respiratoires. Les risques signalés sont au minimum de 3 %.
Une synthèse des résultats des études de panel existantes est
fournie par une méta-analyse récente. Au total, les associations
les plus fortes avec les indicateurs sanitaires sont observées avec
les PM. Les études de panels sont conduites le plus souvent chez
des asthmatiques ou des patients présentant des symptômes ou autres
affections chroniques. Pour une augmentation de
5 µg/m3 de PM2,5, le pourcentage
d’augmentation du risque est de l’ordre de 3 % pour les crises
d’asthme ; il est de l’ordre de 1,5 % pour la toux, et
inférieur à 1 % pour le volume expiratoire maximal par seconde
(VEMS) et le débit expiratoire de pointe (DEP). Les crises d’asthme
et la prise de médicaments (bronchodilatateurs) augmenteraient de
3 % et de 2,9 % respectivement pour une augmentation
journalière de 10 µg/m3 des niveaux de
PM10. Là, néanmoins, l’étude multicentrique européenne
PEACE [23] n’a pas retrouvé de lien entre la pollution et les
indicateurs de santé, bien que ses premiers résultats soient remis
en cause par une analyse ultérieure de données plus récentes [24].
La valeur des études de panel reste limitée car la majorité des
études a porté sur des sous-groupes à risque (asthmatiques en
premier lieu, sujets présentant des symptômes ou autres affections
respiratoires chroniques). Des études chez des sujets non
asthmatiques confirment les effets respiratoires des expositions à
court terme, mais la sensibilité de ces sujets est inférieure à
celle des patients symptomatiques.
Effets à long terme
Rares sont les études ayant porté sur les effets à long terme
parce que leur réalisation est compliquée et nécessite des
ressources importantes (tableau 2).
Pourtant ces études sont importantes parce que les effets à long
terme d’un polluant ne peuvent pas être modélisés dans une étude de
type expérimental (études en chambres ou sur l’animal). C’est dans
ce contexte que l’épidémiologie constitue la discipline de choix.
Parmi les études transversales et longitudinales réalisées en
population générale et ayant disposé de mesures des émissions de
PM, on peut citer les suivantes :
– SAPALDIA (Swiss Study on Air Pollution and Lung
Diseases in Adults) : 10 000 adultes de
8 zones contrastées quant aux niveaux de pollution
[25] ;
– SCARPOL (Swiss Study on Childhood Allergy and Respiratory
Symptoms with Respect to Air Pollution, Climate and
Pollen) : 4 500 enfants de 10 zones
contrastées [26] ;
– ACS (American Cancer Society) study :
500 000 adultes dans 151 villes suivis entre 1982 et
1998) [27] ;
– AHSMOG (Seventh-day Adventists Health Study on
Smog) : 6 000 adultes non-fumeurs de
12 zones du sud de la Californie suivis pour la mortalité
[28] ;
– l’étude dite « des six villes » :
8 000 adultes vivant dans 6 agglomérations de l’est
des États-Unis suivis entre 1974 et 1990 [29].
Tableau 2. Effets à long terme
des particules sur la santé chez l’adulte (principales études).
| Indicateurs de santé |
Types d’études |
Population |
Types de particules |
Références |
| Mortalité
cardiopulmonaire |
Étude de cohorte |
8 000 Américains, 6 villes,
15 ans de suivi |
PM2,5, PM10, sulfates,
PTS |
(108) |
| |
552 000 Américains, 50 villes,
8 ans de suivi |
|
|
| Mortalité par cancer du poumon |
|
8 000 Américains, 6 villes,
15 ans de suivi |
|
(108) |
| Bronchite, asthme |
|
Cohorte suivie en Angleterre depuis la
naissance pendant 23 ans |
Fumées noires |
(27, 28) |
| Crachat |
Études transversales répétées |
5 000 Italiens |
PTS |
(109) |
| Symptômes respiratoires |
Études de cohorte dont on a fait une analyse
transversale |
Suisse, Chine |
PM10 PTS |
(25, 26, 56) |
| Sensibilisation aux pollens |
|
Suisse |
Trafic |
(26) |
| Symptômes respiratoires chroniques et baisse
de la fonction respiratoire |
Étude transversale |
Inde |
Polluants mesurés habituellement |
(110) |
| Baisse de la fonction
respiratoire |
|
Suisse |
PM10 |
(25, 26, 111) |
| |
Chine |
PM2,5 |
|
| Incidence de l’asthme |
|
Californie |
PM10, sulfates |
(50) |
PTS : particules totales en suspension.
• Mortalité
La majorité des études ayant mesuré la pollution de façon
directe suggère un lien entre la teneur moyenne en particules et la
mortalité (toutes causes, causes respiratoires, causes
cardiovasculaires). Dans les études ACS et « des six
villes », à des différentiels moyens de PM2,5 de
18 µg/m3 et 24,5 µg/m3
correspondent des risques relatifs de mortalité de 1,26 et
1,17 respectivement. L’étude AHSMOG a confirmé ces résultats,
avec un risque relatif de 1,11 pour un différentiel de
24,1 µg/m3 de PM10. Une ré-analyse des
données de la cohorte de l’ACS a doublé le suivi de la population
(16 années de suivi) et confirmé qu’une exposition à long
terme aux particules fines est un facteur de risque important pour
la mortalité par cause cardiopulmonaire et par cancer du poumon.
Aux Pays-Bas [30], dans la première étude de cohorte sur la
mortalité à long terme réalisée en Europe, le risque de décéder
pour une cause cardiorespiratoire est plus élevé que pour la
mortalité toutes causes. Ainsi, la mortalité pour cause
cardiopulmonaire était associée au fait de résider à proximité
d’une grande voie de circulation avec un risque relatif
significatif de 1,95. Pour la mortalité toutes causes, ce risque
relatif était de 1,41 mais n’était pas significatif. Cette
même étude montre qu’une augmentation des niveaux ambiants de
fumées noires de 10 µg/m3 entraîne une augmentation
de 34 % de la mortalité cardiorespiratoire. Lorsque les
niveaux de fumées noires incluent les stations de proximité, ce
pourcentage double. L’exposition à long terme a été estimée dans
cette étude impliquant environ 5 000 sujets à partir des
adresses des sujets. Les risques de mortalité estimés sur de plus
longues périodes sont plus élevés que lorsque l’on considère
uniquement l’exposition à très court terme (0-1 jour). Cela
signifie qu’un excès de risque de mortalité observé un jour donné
en rapport avec une élévation de la pollution atmosphérique n’est
pas compensé par une diminution de risque dans les jours qui
suivent. Quant à la question du degré d’anticipation des décès,
dans les études de séries chronologiques réalisées pour étudier les
effets à court terme de la pollution atmosphérique, pour les
personnes décédées présentant une affection respiratoire chronique,
l’anticipation du décès serait, en moyenne, de l’ordre de 2 à
3 semaines. Pour les personnes décédées présentant une
affection cardiovasculaire, l’anticipation du décès serait, en
moyenne, de l’ordre de 2 mois. Les études de cohorte réalisées
pour étudier les effets à long terme de la pollution atmosphérique
estiment une augmentation de l’espérance de vie de l’ordre d’un an
par individu en moyenne sur l’ensemble de la population dans les
villes moins polluées comparées aux villes plus polluées. L’effet
des particules sur la mortalité existe aussi chez les enfants
(tableau 3). Dans les études de
cohorte, le risque de mortalité infantile augmente d’environ
1 % lorsqu’on compare les zones de forte et de faible
pollution. Parmi les enfants de Mexico [31], un accroissement de
10 µg/m3 s’accompagnait d’une augmentation de
6,9 % dans la mortalité des enfants âgés de 0 à 11 ans.
Une étude américaine de cohorte infantile incluant
4 000 000 d’enfants nés entre 1989 et 1991 rapporte
un effet des PM10 sur la mortalité respiratoire et la
mort subite du nourrisson [32] : chez les enfants avec un
poids normal à la naissance, le risque de mortalité pour causes
respiratoires augmente de 4 % et celui de mort subite du
nourrisson de 2,6 %. Les mécanismes sous-jacents sont
actuellement à l’étude. En Europe, une étude cas-témoin en
République tchèque montre, pour une augmentation de
50 µg/m3 des particules, une augmentation du risque
de mortalité respiratoire post-néonatale de 9,5 %. Ils
concernent entre autres les mécanismes de la coagulation [33]. En
termes d’impact sanitaire à long terme, l’étude européenne APHEIS
montre que plus de 5 000 décès anticipés (19 pour
100 000 habitants) pourraient être évités si la moyenne
annuelle de PM10 dans 19 villes européennes était
réduite de 5 µg/m3. En France, pour une telle
réduction dans 7 villes du programme PSAS-9, plus de
1 500 décès pourraient être potentiellement évités.
Tableau 3. Associations entre PM,
événements précoces et mortalité infantile.
| Événements de santé |
Pays |
Types d’études |
Association |
Références |
| Mortalité |
|
|
|
|
|
Intra-utérine |
Brésil |
Série temporelle |
non |
(60) |
| République tchèque |
Série temporelle |
non |
(112) |
|
Néo- et post-néonatale
(1-12 mois) |
République tchèque |
Série temporelle et cas-témoins |
oui |
(113) |
| États-Unis |
Transversale |
oui |
(114) |
| Mexique |
Série temporelle |
oui |
(31) |
| Infantile
(1-5 ans) |
Brésil |
Série temporelle |
oui |
(115) |
| |
Brésil |
Série temporelle |
oui |
(116) |
| Retard croissance
intra-utérine |
République tchèque |
Série temporelle |
oui |
(117) |
| République tchèque |
Série temporelle |
non |
(118) |
| Poids à la
naissance < 2 500 g |
Chine |
Série temporelle |
oui |
(56) |
| République tchèque |
Série temporelle |
oui |
(115) |
| États-Unis |
Série temporelle |
non(1) |
(119) |
| Naissance avant terme
(< 37 semaines) |
Chine |
Série temporelle |
oui |
(120) |
| États-Unis |
Série temporelle |
oui |
(121) |
| République tchèque |
Série temporelle |
oui |
(115) |
| Lithuanie |
Série temporelle |
ND |
(122) |
(1) mais réduction significative de poids ;
ND = non déterminé.
• Morbidité
Les effets à long terme de la morbidité chez les adultes
montrent une association entre pollution atmosphérique et maladies,
symptômes et fonctions respiratoires, à la fois chez l’adulte et
l’enfant. En l’absence de mesures objectives, l’exposition des
sujets aux polluants dont la circulation automobile est
responsable, a été caractérisée de façon indirecte dans des études
écologiques considérant la circulation automobile.
L’hyperréactivité bronchique est plus fréquente dans les zones les
plus polluées, à la fois chez l’adulte et chez l’enfant, d’après
quelques études [34-36]. De même, d’autres études ont montré que
les individus vivant dans les zones les plus polluées ont un risque
accru de bronchites chroniques et d’autres symptômes respiratoires
[3, 14, 15]. Ces études trouvent une relation entre le trafic
automobile et la fonction ventilatoire et les symptômes
respiratoires. En revanche, les résultats sur les allergies sont
moins clairs. Certaines études épidémiologiques n’ont pas montré
davantage d’asthme ou d’atopie dans les populations plus fortement
exposées aux polluants photochimiques [37-39], bien que, dans une
de ces études, l’exposition à la pollution véhiculaire fût
significativement liée à la sensibilisation aux pollens chez les
individus ayant vécu plus de 10 ans à la même adresse [40].
D’autres études ont présenté une association statistiquement
significative entre la circulation automobile et la fréquence des
symptômes d’asthme, de la rhinite allergique et de l’eczéma
[41-43], les odds ratios (OR) correspondants étant compris
entre 1,5 et 2,0. De même, avant la réunification de l’Allemagne,
les prévalences des affections allergiques étaient plus élevées en
Allemagne de l’Ouest où la pollution photochimique était plus forte
qu’en Allemagne de l’Est et où la pollution acido-particulaire
prédominait [44, 45]. L’étude de l’évolution des prévalences de ces
affections dans ces deux régions entre 1990 et 1996 montrait une
augmentation de ces dernières à l’Est, en correspondance avec des
changements importants des niveaux de pollution. En effet, on
assistait à une diminution de 103 à 23 µg/m3 pour
SO2, de 77 à 70 µg/m3 pour les PM et une
augmentation de 33 à 48 µg/m3 pour NO2
[46, 47], ce qui met en cause le type de pollution plutôt que son
niveau dans le développement des allergies. Ces résultats se
confirment lorsque la pollution particulaire est mesurée de façon
objective. Une diminution de la fonction ventilatoire d’un peu plus
de 1 % chez l’enfant et entre 1,5 et 3,5 % chez l’adulte
a été associée à un différentiel de 5 µg/m3 de
PM2,5 aux États-Unis [48]. Une augmentation de la
prévalence de la dyspnée et de la bronchite, de respectivement 40
et 30 % a été mise en relation avec un différentiel de
10 µg/m3 de PM10 chez l’adulte dans
l’étude SAPALDIA [49]. L’étude de cohorte AHSMOG a montré une
augmentation de l’incidence de l’asthme en relation avec
l’exposition chronique à O3, surtout chez les hommes
[50]. Dans l’étude SCARPOL [26] menée chez l’enfant, les risques
relatifs entre les PM10 d’un côté et la toux chronique,
la toux sèche nocturne et la bronchite de l’autre (dans la ville la
plus polluée versus la moins polluée) étaient respectivement
de 3,07, 2,88 et 2,17. Dans une étude transversale nord-américaine
ayant inclus 13 000 enfants de 24 villes avec
qualité d’air contrastée, à un différentiel de
52 nmole/m3 dans les PM acides correspondait un
excès significatif de bronchite (OR = 1,66) [51].
L’association entre les particules et l’asthme est compliquée. En
Californie, dans l’étude ASHMOG, une exposition chronique à
PM2,5, PM10 et TSP a été liée aux symptômes
d’asthme [52]. En France, la réalisation du protocole ISAAC
II-France (International Study of Asthma and Allergies in
Childhood) et de mesurages de pollution urbaine dans
6 villes (étude des six villes) pourra fournir des
renseignements utiles sur la relation entre les particules et les
allergies. Mais les effets des particules sur la santé commencent
dès la vie in utero. Au cours de ces 5 dernières
années, une série de cohortes d’enfants a abordé la question de la
fonction de reproduction en relation avec la pollution
atmosphérique particulaire. L’étude épidémiologique de la fonction
de reproduction concerne tous les phénomènes biologiques allant de
la gamétogenèse (spermatogenèse, ovogenèse) à la naissance (poids
de naissance, survenue de malformations congénitales), en passant
par l’étude de la mortalité intra-utérine (risque de fausse-couche
spontanée, mortinatalité). Plusieurs études ont mis en évidence un
effet possible de l’exposition à la pollution atmosphérique de la
femme pendant la grossesse (premier ou dernier trimestre) sur le
poids de naissance entraînant une augmentation du risque de faible
poids à la naissance de 4-10 % (tableau
3). Ainsi, parmi la cohorte des enfants nés en
Grande-Bretagne une semaine donnée de mars 1946, le poids de
naissance était plus faible de 81 g (écart type :
29 g) pour les naissances faisant partie des 25 % les
plus exposées, par rapport au quartile le moins exposé [53]. Cette
diminution du poids de naissance avec l’exposition est susceptible
d’exister aussi pour des niveaux d’exposition plus proches de ceux
existant actuellement dans les pays développés. Une étude coréenne
[54] a indiqué que la concentration atmosphérique en
NO2, SO2, CO et la concentration totale des
particules en suspension étaient associées à un poids de naissance
diminué parmi les enfants non prématurés. L’effet de l’exposition
était plus net pour une exposition au cours du premier trimestre
qu’au cours du troisième trimestre de grossesse, ce qui était
cohérent avec les hypothèses biologiques sous-jacentes ;
l’étude ne permettait pas de distinguer l’effet respectif des
différents composés [55, 56]. Concernant le risque de naissance
prématurée, il pourrait augmenter avec l’exposition au monoxyde de
carbone et aux particules en suspension d’un diamètre inférieur à
10 microns (PM10) [57]. Plusieurs mécanismes
biologiques pourraient expliquer un effet des polluants
atmosphériques, notamment du monoxyde de carbone et des composés
polycycliques aromatiques [58].
Par ailleurs, une étude en Californie s’appuyant sur des données
de registre a indiqué une association entre l’exposition au
monoxyde de carbone et à l’ozone et le risque de survenue de
certaines malformations cardiaques [59]. L’exposition aux dioxydes
d’azote, de soufre, et au monoxyde de carbone pourrait augmenter le
risque de mortinatalité, c’est-à-dire la mortalité intra-utérine du
dernier trimestre de grossesse [60]. L’étude concernait la zone de
Sao Paulo, avec une exposition moyenne de l’ordre de
150 µg/m3 pour NO2,
20 µg/m3 pour SO2 et 5 ppm pour CO.
Aucune étude n’a porté sur les particules, mais leur rôle ne peut
pas être exclu. Assez peu ou pas d’informations sont disponibles
concernant la survenue de malformations congénitales, la mortalité
intra-utérine ou les caractéristiques spermatiques [59-61].
Études d’intervention
Des informations utiles sur l’impact sanitaire associé aux
particules nous parviennent des études d’intervention ou
semi-expérimentales qui ont estimé les conséquences de la réduction
de la pollution particulaire. La réunification entre les deux
Allemagnes dont on a déjà parlé offre un autre exemple de modèle
d’étude semi-expérimentale. La fermeture d’une usine d’acier
(mélange de fer et charbon) dans l’Utah Valley à la suite d’une
grève provoqua une réduction sensible des hospitalisations pour
cause respiratoires [62]. Une récente étude visant à évaluer
l’impact de l’interdiction gouvernementale de vente de charbon à
Dublin montre qu’une réduction de 35 µg/m3 des
niveaux de fumées noires a été observée et qu’elle entraîne une
diminution de 15 % de la mortalité respiratoire et de
10 % de la mortalité cardiovasculaire [63]. La diminution
était plus importante parmi les sujets âgés de plus de 75 ans.
Pour finir, l’introduction de filtres appropriés dans les silos du
port de Barcelone a empêché la propagation de particules végétales
de soja et ainsi le renouvellement de l’épidémie d’asthme au soja
observée entre 1981 et 1987. La concentration allergénique de soja
viable passait de 1 500 µg/m-3 dans les années
1980 à 269 µg/m3 au maximum dans les années 1990.
Seules les hospitalisations diminuaient entre temps, la
sensibilisation allergique ainsi que les symptômes respiratoires
restant presque constants. Cela fait penser à une situation
semblable à celle que l’on observe dans l’asthme professionnel.
Pour finir, à la suite du changement du plan de circulation
routière pendant les Jeux olympiques d’Atlanta, la concentration de
PM10 a baissé significativement de 36,7 à
30,8 µg/m3, entraînant ainsi une baisse
significative du nombre de visites aux urgences (11,1 % de
baisse relative) et des consultations pour maladies respiratoires
(19,1 % de baisse relative). Ces résultats encouragent à
adopter des mesures de contrôle de la pollution atmosphérique.
Allergènes et moisissures
Plusieurs études ont mis en relation les expositions
allergéniques avec le développement des allergies. Des seuils de
sensibilisation (production d’immunoglobulines E (IgE)) et
d’aggravation des crises ont même été mis en évidence pour les
acariens et les phanères des chats. Les moisissures qui agissent en
tant qu’allergènes et toxiques ont été peu étudiées en
épidémiologie. Chez les personnes sensibilisées, les moisissures
peuvent provoquer des manifestations allergiques et des irritations
des muqueuses. Des données récentes ont mis en relation la gravité
de l’asthme avec la présence d’Alternaria. Chez les
personnes aux défenses immunitaires abaissées, elles sont à
l’origine essentiellement d’infections pulmonaires (telle
l’aspergillose invasive). Dans le cadre d’activités
professionnelles (agriculture, fromagerie), les moisissures peuvent
provoquer des pneumopathies d’hypersensibilité lorsqu’une quantité
massive de spores est inhalée.
Endotoxines
Les endotoxines (constituées principalement de
lipopolysaccharides (LPS), molécules que l’on trouve dans la
membrane externe des bactéries Gram négatif ont aussi été liées
avec l’inflammation des voies aériennes. Cependant, une exposition
précoce aux endotoxines pourrait protéger l’individu du
développement des allergies. Le rôle des virus et des bactéries
dans les infections est aussi connu depuis longtemps.
Pesticides
Pour les pesticides (dénommés officiellement produits
agropharmaceutiques et destinés à lutter contre les organismes
« nuisibles » dans le but d’augmenter les rendements et
d’améliorer la qualité des productions agricoles) des effets
neurologiques, à court et à long termes, ont été rapportés, mais il
existe peu de données épidémiologiques sur la santé respiratoire et
allergique. Les études épidémiologiques portant sur la relation
entre exposition aux pesticides et maladies allergiques sont peu
nombreuses. Une étude cas-témoins chez l’adulte n’a pas montré de
relation significative [64]. Chez l’adulte de plus de 15 ans,
dans une étude prospective portant sur 22 528 sujets,
l’exposition aux pesticides était significativement associée à
l’asthme (OR = 1,9 ; IC à 95 % : 1,3-2,9),
après ajustement sur les autres facteurs confondants [65]. Dans une
étude de cohorte de fermiers américains, l’exposition aux
pesticides était associée aux sifflements, en particulier
l’exposition aux herbicides et insecticides, et ce d’autant qu’il
s’agissait d’une diffusion sous forme d’aérosol
(OR = 1,2 ; IC à 95 % : 1,04-1,3). La
force de l’association augmentait lorsqu’il s’agissait
d’utilisation d’insecticides pour les animaux
(OR = 1,6 ; IC à 95 % : 1,42-1,9), avec un
effet dose-réponse entre sifflements et fréquence d’utilisation
pour les organophosphates [66]. Chez l’enfant, l’exposition aux
insecticides organochlorés serait significativement associée à
l’asthme (OR = 3,7 ; IC à 95 % :
1,1-12,56), et à un doublement du taux en IgE [67] et diminuerait
l’effet protecteur de l’allaitement maternel vis-à-vis de l’asthme
[68].
Facteurs de susceptibilité
Rares sont les données sur les facteurs de susceptibilité aux
effets des particules [33]. Plusieurs études épidémiologiques ont
comparé les effets des PM sur la morbidité et la mortalité dans des
groupes différents et trouvé que la mortalité aiguë est plus élevée
parmi les sujets souffrant de maladies cardiovasculaires, de
maladies respiratoires, et davantage chez les personnes âgées
souffrant de ces pathologies. Parmi d’autres, les données de la
sécurité sociale ont été mises en relation dans une étude réalisée
au Québec [69] avec les données de pollution particulaire. Les
sujets avec un état pathologique préexistant avaient un risque
accru de mortalité. Par ailleurs, les enfants ayant subi les effets
de la pollution dès la vie in utero [55] pourraient avoir un
risque accru plus tard. Il n’est pas exclu que le fait d’avoir subi
précocement les effets de la pollution soit un indicateur de
susceptibilité. Plusieurs investigateurs ont essayé d’établir si la
susceptibilité aux particules est déterminée au moins en partie
génétiquement. Mais il s’agit d’études animales et elles
nécessitent d’être répliquées chez l’homme. Il s’agit de préciser
les interactions gène-environnement. D’autre part, on ne peut pas
exclure l’hypothèse que la réponse individuelle aux agressions
environnementales soit influencée par certains facteurs
environnementaux tels que le régime alimentaire, l’alcool, le
tabagisme…
Besoins
Au vu des connaissances épidémiologiques, des nouvelles pistes
de recherche se dégagent. Parmi les plus importantes :
• Exposition
Il faut procéder à l’intégration des concepts de biomarqueur,
exposition personnelle, BET, mesure micro-environnementale et
scénario d’exposition afin d’estimer l’exposition individuelle au
mieux, et à la mise au point de banques de données
environnementales, voire biologiques, afin de pouvoir tester des
hypothèses a posteriori. Les méthodes à utiliser devront
être sélectionnées sur la base de besoins précis pour une étude
particulière.
Effets sur la santé
Il faut se tourner vers :
– les effets des particules ultrafines ;
– l’impact de la composition des particules ;
– les effets d’interaction entre les particules et les
autres indicateurs de pollution dans la mesure de l’estimation de
l’exposition ;
– les effets à long terme des particules sur la santé des
enfants, sur la morbidité chronique des différents organes, sur les
années de vie perdues, sur la qualité de vie, sur la restriction
d’activité ;
– les effets sur la santé des différentes sources de
pollution particulaire en Europe ;
– l’utilisation de l’épidémiologie biologique pour
l’identification des mécanismes d’action sous-jacents ;
– l’étude de l’interaction gène-particules ;
– la mise au point de méthodes statistiques appropriées
pour l’analyse des associations incluant le calcul du nombre des
sujets nécessaires.
• Évaluation de l’impact sanitaire des politiques de
prévention
Il est nécessaire d’estimer la réduction des niveaux de
pollution particulaire en France et dans d’autres pays
européens.
Cela suppose de :
– suivre l’évolution des niveaux de pollution particulaire
en France et dans d’autres pays européens afin d’évaluer l’impact
des politiques de prévention ;
– développer des activités de surveillance épidémiologique
permettant d’évaluer si ces mesures de prévention se traduisent par
une réduction des effets de la pollution atmosphérique particulaire
sur la santé des populations concernées.
Conclusions
Il est clair que l’évidence de l’association entre particules et
santé est aujourd’hui renforcée. D’ailleurs, les fondements
biologiques d’un certain nombre d’effets adverses sont maintenant
démontrés. Les travaux épidémiologiques conduits depuis une
quinzaine d’années, surtout par des chercheurs américains ayant
recours aux techniques nouvelles d’analyse des données temporelles
de l’étude des six villes américaines, suivis par les projets
multicentriques européens tels qu’APHEA et les études suisses sur
les adultes et les enfants ont radicalement changé les
connaissances et la compréhension des effets de la pollution
particulaire atmosphérique sur la santé. Plus récemment encore,
quelques études longitudinales – également d’origine
nord-américaine – ont mis en évidence l’impact à long terme
d’une exposition modérée aux particules sur la survie d’adultes
sains. Il y a dix ans, la plupart des experts auraient conclu que
les effets sur la santé associés à des niveaux modestes de
particules étaient rares. Il est maintenant estimé que, même avec
des concentrations moyennes modérées, la pollution atmosphérique
est encore à l’origine de dizaines de milliers de cas de décès
anticipés et de maladies respiratoires et cardiovasculaires par an
en Europe, s’accompagnant d’une réduction significative de la durée
de vie de populations importantes. Des relations ont été trouvées
aussi avec les allergies et la vie reproductive, mais d’autres
études sont nécessaires. En termes de santé publique, l’impact est
loin d’être négligeable et le degré d’anticipation des décès
commence à être connu. De plus, il a été observé que les risques
sont plus élevés dans des sous-groupes de population, en
particulier en présence d’un état morbide sous-jacent.
La mesure de l’exposition s’est améliorée bien que d’autres
progrès doivent être accomplis. De même, de nouvelles approches
statistiques sont nécessaires pour analyser les associations.
Ainsi, les études temporelles, fondées le plus souvent sur des
régressions de Poisson et utilisant les modèles additifs
généralisés se perfectionnent. D’autres méthodes d’analyse font
leur apparition, dont les études cas-témoins croisées
bidirectionnelles (études case-crossover) où la probabilité
de l’événement de santé à un jour donné est comparée à la
probabilité du même événement de deux autres jours, avant et après,
dans un laps de temps court. De ce fait, il ne faut contrôler que
l’effet de la météorologie ; il n’est plus nécessaire de
contrôler les effets à moyen et long termes, notamment l’effet
saison. D’autres approfondissements méthodologiques sont également
proposés (programme américain NMMAPS) et font appel à des méthodes
bayésiennes. Enfin, pour étudier l’effet harvesting
(c’est-à-dire de regroupement), de nouvelles approches se
développent également.
Sur le plan des mesures de contrôle à envisager, les effets à
court terme des particules ont montré qu’il faut éviter les pics de
pollution en définissant de nouveaux standards pour les seuils. Les
effets des expositions à long terme observés à des concentrations
faibles de particules incitent aussi à réglementer les émissions.
n
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