ARTICLE
Auteur(s) : Francelyne Marano1, Michel Aubier2, Patrick Brochard3, Frédéric de Blay4, Roger Marthan5, Benoît Nemery6, Abderrahim Nemmar6, Benoît Wallaërt7
1. Université Paris 7, Denis Diderot Tour 53,
3e étage, couloir 53/54, case 7073 2, place Jussieu
75251 Paris Cedex 05
<marano@paris7.jussieu.fr>
2. Inserm U408 Faculté X. Bichat, Université Paris 7
Denis Diderot 75870 Paris Cedex 18
3. Université Bordeaux 2 Service Médecine du travail et
pathologie professionnelle Hôpital Pellegrin Place Amélie Raba-Léon
33076 Bordeaux cedex
4. CHU Strasbourg Service d’allergologie Hôpital Lyautey
67100 Strasbourg-Heudaf
5. Inserm E9937 Université Bordeaux 2 146, rue Léo
Saignat 33076 Bordeaux Cedex
6. Université de Louvain KU Leuven Laboratoire de Pneumologie
Herestraat 49, B-3000 Leuven
7. Inserm U416, Institut Pasteur de Lille 1, rue Calmette
59800 Lille
Les particules atmosphériques (PM, particulate matter)
sont constituées d’un mélange complexe qui varie en fonction du
lieu et de la période de l’année. Elles peuvent provenir de sources
fixes d’origine industrielle, du trafic automobile, de sources
intérieures aux bâtiments, du milieu naturel… Les particules Diesel
(PDi) ont été tout particulièrement étudiées dans la mesure où
elles sont de très petite taille (d < 1 µm) et où
elles peuvent représenter, en France, jusqu’à 87 % des
émissions particulaires liées au trafic. Cependant, elles ne
constituent qu’une fraction des particules prélevées et mesurées en
milieu urbain, PM10 et PM2,5 (particulate
matter de diamètre aérodynamique moyen 10 et 2,5 µm). Les
études les plus récentes s’intéressent aux particules fines
(d < 1 µm) et ultrafines
(d < 0,1 µm) qui sont supposées être celles
présentant les risques les plus importants pour la santé. En effet,
ces particules constituent une faible masse des PM (1 à 8 %)
mais elles sont très nombreuses et, dans un volume donné, elles
vont représenter une surface réactive plus importante que celle des
grosses particules. Par ailleurs, ces particules sont de taille
respirable et peuvent atteindre la région broncho-alvéolaire et s’y
déposer. Elles sont également succeptibles de transporter des
produits toxiques tels que des métaux, des composés organiques
(HAP, hydrocarbures aromatiques polycycliques), ou des
allergènes.
La toxicologie a joué un rôle important au cours des dernières
années dans la compréhension des effets biologiques des particules
atmosphériques. Elle implique des études en condition contrôlée
in vivo ou in vitro qui permettent d’établir une
relation dose/effet très difficile à mettre en évidence dans les
études épidémiologiques. Elle vise également à déterminer des
seuils au-dessous desquels les effets biologiques ne s’observent
pas. Elle donne des informations sur le rôle de composants
spécifiques dans les réponses biologiques. Elle permet d’étudier
les associations de polluants. Enfin, elle est nécessaire pour
comprendre les mécanismes d’action qui sont potentiellement
responsables des réponses physio-pathologiques chez les individus
exposés. Elle a ses limites, dans la mesure où il n’est pas
possible de reconstituer en laboratoire la complexité de
l’environnement humain. Cependant, elle reste un des maillons
essentiels dans l’ensemble des éléments qui doit conduire à
l’évaluation des risques.
Les études expérimentales ont cherché ces dernières années à
trouver des explications causales aux données épidémiologiques qui
associent la pollution particulaire à la mortalité et la morbidité
respiratoires et cardiovasculaires. Un des problèmes soulevés est
que les PM peuvent avoir des effets systémiques sur des organes,
tels que le cœur, qui ne sont pas des cibles directes. Il est donc
important de comprendre les mécanismes mis en jeu et si les
particules sont capables ou non de franchir les muqueuses
respiratoires.
Plusieurs questions ont été abordées dans ces études :
– Comment se fait le dépôt des particules dans l’appareil
respiratoire et quelle est leur biopersistance ?
– L’exposition particulaire est-elle capable seule de
déclencher les pathologies observées dans les études
épidémiologiques ?
– Quels sont les mécanismes d’action au niveau de l’organe,
du tissu, de la cellule ?
– Quelles sont les fractions et les composés susceptibles
de déclencher les effets et, en particulier, que faut-il penser des
associations avec d’autres polluants et avec les allergènes et les
endotoxines ?
– Comment peut-on expliquer les effets systémiques, en
particulier cardiovasculaires ?
– Peut-on mettre en évidence expérimentalement l’existence
de facteurs de risques tels que l’âge, l’allergie, les
bronchopathies, les pathologies cardiovasculaires ?
Pour y répondre, différentes approches expérimentales ont été
utilisées : exposition contrôlée de volontaires,
expérimentation animale chez le rongeur ou autre (primate, chien,
chat), études in vitro sur cultures de cellules animales ou
humaines. Malgré la grande diversité des particules et des modèles
utilisés, il apparaît qu’elles sont capables de déclencher au
niveau de l’appareil respiratoire une réponse majeure qui est la
réponse inflammatoire. Celle-ci pourrait expliquer la plupart des
pathologies constatées après l’exposition particulaire.
Dépôt des particules dans l’appareil respiratoire et
biopersistance
Les travaux initiaux concernant le risque pneumoconiogène en
milieu professionnel avaient permis d’opposer les particules
insolubles, à l’origine de fibrose ou de cancers (silice, amiante),
aux particules insolubles considérées comme « inertes »
(dioxyde de titane, carbone, latex…), responsables de
pneumoconioses de surcharge. Les secteurs où ont été décrites ces
pneumoconioses sont surtout représentés par les industries
extractives et apparentées, où les particules les plus
caractéristiques étaient associées à des granulométries de l’ordre
du micron et plus. Ces notions sont à l’origine d’une stratégie de
métrologie de l’atmosphère en milieu professionnel reposant
essentiellement sur la mesure pondérale (fractions inhalables et/ou
alvéolaires). Les méthodes développées ont été progressivement
appliquées à l’environnement et à la surveillance de la phase
particulaire de la pollution atmosphérique (particules totales en
suspension ; PM10 ; PM2,5).
La taille des particules détermine leur site de déposition dans
l’appareil respiratoire. La déposition a été mesurée
expérimentalement, après l’inhalation d’aérosols émettant des
rayonnements gamma, par le suivi du dépôt pulmonaire au scanner à
l’aide d’une caméra. On peut ainsi déterminer deux régions de
dépôt : la région trachéobronchiale où le mécanisme de
clairance est mucociliaire et l’élimination des particules rapide
(en 24 heures environ) et la région alvéolaire où la clairance
macrophagique est plus lente. Il est admis que les grosses
particules (d > 5 µm) s’arrêtent dans la région
nasopharyngée, les particules de 1 à 5 µm dans la région
trachéobronchiale, alors que les particules fines, inférieures à
1 µm, peuvent atteindre les régions bronchiolaire et
alvéolaire et y persister [1]. Cela est conforté par une étude
récente [2] qui montre, à partir de l’analyse au microscope
électronique de biopsies provenant de poumons humains à Mexico
(forte pollution particulaire) et Vancouver (faible pollution
particulaire), que les premiers contiennent environ 10 fois
plus de particules que les seconds et qu’il s’agit à 96 % de
PM2,5. Cette étude prouve pour la première fois que
l’exposition à des particules fines, dont certaines étaient
clairement des produits de combustion, conduit à une rétention
pulmonaire qui dépend de la concentration ambiante. Elle conforte
également l’idée que les PM2,5 (figure 1) sont les plus
dangereuses pour la santé car les plus persistantes. Par ailleurs,
la déposition particulaire dans les poumons est sensiblement plus
marquée chez des malades atteints de pathologies obstructives
telles que l’asthme et la bronchopathie pulmonaire obstructive
(BPCO) [3] ; elle est hétérogène selon les zones du poumon et
la variabilité interindividuelle est très forte.
Exposition humaine et animale contrôlée aux polluants
particulaires : effets à court terme et études de
cancérogenèse chez l’animal
Effets à court terme
Les expositions contrôlées chez l’homme
Des études d’exposition contrôlée ont été réalisées chez l’homme
en utilisant deux approches, l’instillation nasale et l’inhalation
par le biais d’une chambre d’exposition. Elles ont été
essentiellement effectuées avec des particules Diesel. Elles
montrent clairement l’induction d’une réponse inflammatoire.
L’exposition de volontaires sains à des PDi par instillation
nasale, induit une augmentation du nombre de cellules
inflammatoires, des cytokines, des chimiokines (signaux
responsables du chimiotactisme) et des immunoglobulines E (IgE)
spécifiques de la réponse allergique [4]. Le résultat d’un
processus inflammatoire est également observé dans des lavages
bronchoalvéolaires (LBA) réalisés sur des volontaires sains après
exposition à des échappements Diesel dilués [5]. L’infiltrat
inflammatoire contient des neutrophiles (PNN), cellules jouant un
grand rôle dans les bronchites chroniques mais également dans
l’asthme et les rhinites allergiques.
Pour des raisons éthiques évidentes, on ne dispose que de peu
d’études sur les effets des particules au niveau des voies
aériennes inférieures chez l’homme.
Dans les travaux réalisés en exposant des sujets sains à des
échappements Diesel dilués, les volontaires étaient placés pendant
de brèves périodes (en général 2 heures) dans une chambre
d’exposition mise au point par l’équipe de Sandström [6]. Chez ces
sujets, les modifications de la fonction respiratoire ainsi que
différents paramètres inflammatoires des voies aériennes, ont été
étudiés avant et après l’exposition. Ces derniers ont été évalués
par des techniques invasives (fibroscopie bronchique avec biopsie
et lavage bronchoalvéolaire) ou par des techniques non invasives
d’expectorations induites. Ces deux techniques explorent des
compartiments différents du poumon, le compartiment alvéolaire pour
le LBA et le compartiment bronchique pour l’expectoration
induite.
Dans un travail récent mené chez 15 sujets sains non
tabagiques exposés à des PDi, on observe dans le LBA une
augmentation des PNN, des lymphocytes B, de l’histamine, avec, sur
les biopsies bronchiques, une augmentation des PNN, des mastocytes,
des lymphocytes T (CD4 + et CD8 +) [7].
Ces différents résultats vont donc tous dans le sens d’une
réponse inflammatoire induite par les PDi. Cependant, cette réponse
est complexe et des études chez l’animal et in vitro ont été
réalisées afin de préciser les mécanismes d’action.
Les études chez l’animal
Il faut noter au préalable que les études d’inhalation utilisant
des particules radioactives ont montré une grande différence
d’accumulation entre les petits rongeurs et l’homme. Par ailleurs,
certaines études ont été réalisées par instillation
intra-trachéale. Enfin, les doses d’exposition utilisées en
expérimentation animale sont souvent nettement supérieures à celles
des atmosphères ambiantes. Il faut donc être prudent dans les
extrapolations de l’animal à l’homme. Cependant, les expositions à
court terme donnent des résultats comparables, c’est-à-dire une
réponse inflammatoire [8].
L’intérêt principal de ces études est la comparaison de
différents types de particules, par exemple des PDi et du noir de
carbone, où il apparaît que l’adsorption de composés organiques sur
les PDi augmente la réponse inflammatoire [9]. Un autre intérêt est
l’utilisation de modèles pathologiques : asthme, emphysème,
pathologies cardiovasculaires, vieillissement. Par exemple, la
comparaison entre un groupe de rats avec un emphysème induit
expérimentalement et un groupe de rats normaux exposés 24 mois
à des PDi (3 500 µg/m3) ne montrait pas de
différence notable entre les deux groupes [10]. En revanche, une
étude récente comparant la réponse à une exposition à court terme
(PM :100 µg/m3, 5 h/j, 3 jours) de
jeunes rats et de rats adultes trouvait une augmentation générale
plus importante des marqueurs de l’inflammation dans le LBA chez
les jeunes rats. Les études montrent également de fortes
différences de réponses interspécifiques, de sorte que le choix de
l’espèce est un critère prépondérant afin que l’extrapolation
humaine soit la plus pertinente possible. Cependant, il est certain
que les modèles animaux sont des outils précieux pour
l’investigation expérimentale de facteurs de susceptibilité. Le
développement des souris transgéniques devrait fournir des outils
supplémentaires pour les recherches dans ce domaine.
Études de cancérogenèse
En ce qui concerne l’exposition de longue durée, l’incidence
plus élevée des cancers en zones urbaines ou industrielles a fait
suspecter un rôle de la pollution atmosphérique. Bien qu’il semble
être sans commune mesure avec celui du tabac ou de l’exposition
professionnelle, il faut noter qu’une étude épidémiologique récente
réalisée par Pope et al. en 2002 montre une relation
entre l’incidence des cancers du poumon et l’exposition à long
terme à la pollution particulaire environnementale.
Les nombreuses études expérimentales de cancérogenèse réalisées
chez le rat et les études de mutagenèse ont fait classer les PDi
dans le groupe 2A par l’International Agency for Research on
Cancer (IARC), c’est-à-dire probablement cancérigène pour
l’homme. Toutefois, ces expériences de cancérogenèse par inhalation
ont été réalisées à des concentrations souvent très élevées et
seules les plus fortes, en général supérieures à
1 000 µg/m3, induisent un excès de cancers.
Ces études ont récemment été revues dans une méta-analyse qui
conclut que les expositions à des doses inférieures à
600 µg/m3, c’est-à-dire plus de 15 fois les
valeurs limites admises actuellement, n’augmentent pas le risque
cancer chez le rat [11].
Mécanismes d’action
Afin de mieux comprendre la réponse inflammatoire observée chez
les sujets exposés, des expériences plus mécanistiques ont été
réalisées, essentiellement sur cultures cellulaires d’origine
animale ou humaine. Elles ont conduit à s’interroger sur le rôle
respectif des différents composants des PM dans les mécanismes
cellulaires et moléculaires induits par les particules au niveau de
leurs principales cellules cibles, c’est-à-dire la muqueuse des
voies aériennes, l’épithélium alvéolaire et les macrophages.
Propriétés des PM responsables des effets biologiques
Les données disponibles portent essentiellement sur les PDi, le
noir de carbone et les ROFA (residual oil fly ash). Les
publications sur les PM elles-mêmes sont encore peu nombreuses. Les
premières études réalisées in vivo chez la souris lors
d’administrations intratrachéales de PDi ou de ROFA ont suggéré une
implication du stress oxydant. En effet, une diminution des
activités enzymatiques anti-oxydantes (superoxyde dismutase,
glutathion peroxydase et glutathion-S-transférase) a été observée
dans les poumons et le taux de mortalité est diminué si les animaux
sont prétraités par de la superoxyde dismutase [12].
Rôle du corps de la particule
Plusieurs études, utilisant différents modèles de particules
comme le polystyrène, le noir de carbone, la silice amorphe ou
l’oxyde de titane, indiquent que la particule en elle-même peut
exercer des effets toxiques indépendamment de sa composition
[13].
Rôle des composés organiques
Les composés organiques adsorbés à la surface des PDi peuvent
être à l’origine de la production d’espèces réactives de l’oxygène
(EAO). En effet, parmi ceux-ci se trouvent des quinones qui sont
suspectées d’être responsables de la production de radicaux libres
(radicaux superoxyde et hydroxyl) [14]. Les HAP constituent une
autre catégorie de composés organiques représentés sur les PDi et
qui sont connus pour leurs propriétés cancérigènes. Leur
participation aux effets cellulaires induits par les PM et en
particulier les PDi implique leur désorption suivie de leur
bioactivation par les enzymes de métabolisation telles que les
monooxygénases à cytochromes P450. Par ailleurs, la métabolisation
des HAP produit des métabolites réactifs comme des HAP
o-quinones qui peuvent générer des EAO par des cycles rédox
ou être prises en charge par les enzymes de conjugaison. Ainsi, il
a été montré que la fraction organique des PDi et plus
particulièrement la fraction polaire, induit une enzyme
anti-oxydante, la hème oxygénase via l’ARE (antioxydant
response element) présent dans le promoteur du gène de cette
enzyme [15]. Il faut cependant noter qu’étant donné le nombre de
composés organiques présents sur la majorité des particules
atmosphériques et, en particulier, sur celles qui proviennent des
combustibles fossiles tels que le gasoil, une analyse plus
approfondie de leurs effets reste encore à faire. Elle devrait
permettre de mieux orienter les stratégies de dépollution.
Rôle des métaux
Les PDi sont, à l’origine, pauvres en métaux. Cependant, au
cours de leur « maturation » dans l’environnement, elles
peuvent adsorber de nombreux métaux qu’on retrouve ensuite dans les
PM2,5 (Fe, Cu, Ni). Certaines particules émises par des
sources industrielles sont également riches en métaux de
transition, tel le vanadium trouvé dans les ROFA. Comme il est bien
établi que les métaux, et plus particulièrement les métaux de
transition exercent leur toxicité par leur capacité à générer des
EAO, ils peuvent être une source supplémentaire d’EAO participant
ainsi aux effets cellulaires induits par les PM.
Rôle des paramètres physiques (taille, réactivité de
surface)
Plusieurs études récentes utilisant des particules de noir de
carbone ont montré, qu’à masse égale, plus les particules sont
fines (14 à 21 nm), et donc plus leur surface est importante,
plus elles induisent des inflammations aiguës et persistantes chez
le rat [16]. Ces effets seraient liés à leurs propriétés oxydantes.
Celles-ci ont été mises en évidence par leur capacité à induire des
coupures dans un ADN plasmidique, inhibées en présence
d’anti-oxydants [17], et à dépléter les réserves antioxydantes,
notamment en glutathion (GSH), du fluide recouvrant les cellules
épithéliales respiratoires [18]. Les mécanismes d’action à
l’origine de ces réponses restent cependant à mieux comprendre.
Mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans les
dommages induits par les particules atmosphériques
La production d’EAO est, en général, considérée comme un facteur
clé des réponses adaptatives ou des événements toxiques induits par
les PM. Elle serait à l’origine de l’activation de voies de
signalisation intracellulaire et de facteurs de transcription
nucléaires qui régulent l’expression de gènes impliqués dans une
variété de processus biologiques comme la croissance, l’apoptose,
l’inflammation et les réponses au stress. Les niveaux relatifs de
pro-oxydants produits et d’anti-oxydants présents dans les tissus
détermineraient le type de réponse : adaptative pour une
production faible d’EAO, induisant la mort cellulaire par apoptose
ou nécrose pour une production plus forte. Les particules peuvent
agir sur les cellules et tissus cibles par leur interaction avec
des récepteurs membranaires et/ou après phagocytose par ces
cellules. En effet, s’il est bien connu que les macrophages
alvéolaires, dont c’est le rôle, phagocytent les particules, ce
mécanisme a également été démontré dans les cellules épithéliales
des voies aériennes et alvéolaires [19, 20].
Facteurs de transcription
De nombreux gènes impliqués dans la réponse cellulaire aux
particules sont régulés par NF-κB, un facteur de transcription qui
contrôle la transcription de gènes de la réponse immunitaire et
inflammatoire tels que les gènes des cytokines et des chimiokines.
Les PDi sont capables d’activer NF-κB dans des cellules
épithéliales bronchiques humaines in vitro [21, 22] et les
composés organiques contribuent fortement à cette réponse.
L’activation de NF-κB induite par les PDi et leurs extraits est
inhibée en présence d’antioxydants mettant en évidence une étape
sensible aux EAO dans l’activation de ce facteur de transcription
[23]. Cette implication des EAO dans l’activation de NF-κB a été
également rapportée pour les PM2,5 [24] et les ROFA
[25]. D’autres facteurs de transcription tels qu’AP1 doivent
également intervenir dans la réponse à l’agression
particulaire.
Une autre voie métabolique peut être activée par les HAP
extraits des PDi [26] via l’ARE, élément de réponse impliqué
dans le contrôle des enzymes de phase II (UDP-GT :
UDP-glucuronyl transferase ; NQO1 : NADPH quinone
oxydoreductase ; GST : glutathion-S-transferase),
d’enzymes antioxydantes (Hème oxygénase, γ-glutamyl synthétase) et
de certaines cytokines (IL-6) et chimiokines (MIP-1α).
Voies de transduction
La régulation des facteurs de transcription passe par
l’activation de voies de transduction situées en amont. Parmi la
multitude des voies de signalisation, les voies des MAP kinases
sont celles qui sont impliquées généralement dans la réponse aux
polluants particulaires. Ainsi les PDi, comme les PM10
et les ROFA, induisent une augmentation de la phosphorylation de la
p38 et de Erk 1/2 dans les cellules épithéliales bronchiques [19,
27-29].
Elles pourraient être activées pendant ou après la phagocytose,
ou bien dès le niveau membranaire, soit par interaction directe de
la particule avec des récepteurs membranaires, soit par
l’intermédaire de composés solubles. En effet, pour certaines
particules comme l’amiante et des particules riches en métaux qui
se solubilisent facilement, il a été montré une activation de
certains récepteurs membranaires et plus particulièrement une
activation du récepteur à l’epidermal growth factor (EGF)
[30, 31]. En ce qui concerne les composés organiques des
particules, leur implication dans les effets observés nécessite
qu’ils deviennent biodisponibles. Or, une induction du gène du
cytochrome P450 1A1, spécifique des HAP, a été récemment
montrée in vivo au niveau de poumons de rat après exposition
à des PDi [32] et in vitro dans des cellules épithéliales
bronchiques humaines [23]. Cela suggère que ces composés, en
particulier les HAP, peuvent être extraits des PDi phagocytées par
les cellules et pourraient être ensuite métabolisés.
Ces derniers résultats montrent l’importance de la partie
organique des particules atmosphériques dans les mécanismes de
toxicité. Ils sont confortés par la mise en évidence du rôle
essentiel des extraits organiques dans l’activation de la sécrétion
des cytokines et chimiokines proinflammatoires. Les métaux,
capables de générer un stress oxydant jouent également un rôle
important.
Réponse immunologique et réponse allergique aux particules
Une question centrale a été de déterminer si les particules
atmosphériques pouvaient à elles seules rendre compte de
l’apparition d’allergies respiratoires dans la mesure où on observe
une augmentation alarmante de ces pathologies, et en particulier de
l’asthme, dans les pays industrialisés.
Les expérimentations animales (animal sensibilisé à un allergène
et injection simultanée de l’allergène et des PDi) mettent en
évidence que les PDi exercent une activité adjuvante sur la
production d’IgE, et cela quelle que soit la voie d’administration
utilisée. En effet, la présence combinée de PDi associée à un
allergène entraîne, d’une part, localement une augmentation des
cytokines de type Th2, caractéristiques de la réponse allergique,
rendant compte de l’infiltrat à prédominance éosinophile observé au
niveau de la muqueuse respiratoire, et, d’autre part, une réponse
systémique IgE-spécifique.
Chez l’homme, l’instillation nasale de PDi chez des volontaires
sains provoque l’augmentation de la production de cytokines pro
Th2, caractéristiques de la réponse allergique, mais également pro
Th1, associées à l’hypersensibilité retardée. L’étude des lavages
nasaux a également montré que les concentrations en IgE totales, en
IgG4 et des cellules sécrétant les IgE étaient significativement
augmentées de manière dose-dépendante après exposition aux PDi.
Chez les sujets allergiques, la production se fait
essentiellement au profit des cytokines pro Th2. Ainsi, chez des
sujets présentant une hypersensibilité à l’ambroisie (Amb a
I), exposés à l’antigène en présence de PDi, on observe une
modification du profil des cytokines produites par les cellules
issues des lavages nasaux : i) augmentation des ARNm des
cytokines de type Th2 (IL4, IL5, IL6, IL10, IL13) ;
ii) baisse des ARNm des cytokines de type Th1 (IL2, IFNγ). La
synthèse d’IL4 était observée 4 heures après l’exposition,
pour atteindre un maximum à 18 heures, contemporain de la
détection d’une majorité de lymphocytes T de type Th2 dans le
liquide de lavage nasal [4]. L’afflux des différentes cellules
composant l’infiltrat inflammatoire (polynucléaires neutrophiles,
éosinophiles, monocytes et lymphocytes) accompagnait l’augmentation
des concentrations locales de différentes chimiokines comme RANTES,
MCP-3 et MIP-1α. Une approche « thérapeutique » a été
étudiée en traitant des sujets exposés aux PDi + Amb a
I par un anti-inflammatoire pendant 1 semaine. La synthèse
d’IgE et les ARNm des cytokines n’étaient pas inhibés au niveau de
la muqueuse nasale, à l’inverse d’une exposition à l’allergène seul
[33]. Cela tend à prouver que ce ne sont vraisemblablement pas les
mêmes voies qui sont impliquées dans la réponse inflammatoire.
Ces faits suggèrent donc que les PDi peuvent amplifier une
réaction allergique chez le sujet allergique mais ne démontrent pas
que les PDi peuvent induire un état allergique chez le sujet
sain.
La production de cytokines a été démontrée in vitro sur
plusieurs types cellulaires (cellules épithéliales, monocytes,
macrophages, mastocytes, lymphocytes T). Chez le macrophage
alvéolaire, les PDi induisent la production d’IL-1 et de TNFα mais
également d’IL-10, molécule immunomodulatrice. Les résultats sont
toutefois discordants en fonction du type cellulaire utilisé ou de
la lignée cellulaire. La production de chimiokines comme l’IL-8 et
le RANTES est également amplifiée (monocytes), mais cet effet n’est
pas retrouvé pour le MCP-1 dont la production est diminuée [34].
Toutefois, l’effet biologique marquant observé après contact entre
particules et monocytes est l’induction d’un chimiotactisme pour
les neutrophiles et les éosinophiles. De plus, les particules
agissent de façon synergique avec l’allergène sur les cellules de
patients allergiques, suggérant que les particules pourraient
amplifier la réaction inflammatoire initiée par un allergène.
Il existe également un effet moins étudié concernant la réponse
immune et la sensibilité à l’infection bactérienne. Chez la souris,
les PDi amplifient l’agression secondaire aux endotoxines par
augmentation des molécules d’adhérence ICAM-1, de certaines
cytokines et des récepteurs Toll-like4, démontrant pour la première
fois que les PDi amplifient l’inflammation à neutrophiles liée aux
endotoxines bactériennes.
Des travaux récents sont également consacrés aux particules
atmosphériques. Il a été ainsi montré que les PM10 et
les PM2,5 augmentent la sécrétion des cytokines comme
l’IL-1, l’IL-8, le TNF ou le GM-CSF [35-37].
À partir des études chez l’homme et chez l’animal, on peut donc
proposer une hypothèse explicative de la recrudescence des
pathologies respiratoires et plus particulièrement des crises
d’asthme observées lors des épisodes de pollution particulaire. Les
particules fines comme les PDi sont facilement inhalables et aptes
à atteindre le poumon profond. De plus, elles sont souvent
associées à des allergènes qui s’adsorbent à leur surface. Elles
pourraient alors provoquer, chez les asthmatiques en particulier,
l’apparition de crises à des niveaux d’exposition plus faibles
qu’aux allergènes auxquels ils sont sensibilisés. Par ailleurs, les
particules fines, en induisant une réponse inflammatoire après
inhalation, seraient susceptibles de déclencher ou d’accentuer les
troubles respiratoires dans des populations sensibles telles que
les enfants ou les insuffisants respiratoires.
Association particules-allergènes et rôle des endotoxines
Rôle des endotoxines dans l’allergie respiratoire
Le rôle des endotoxines dans l’aggravation des symptômes chez
des patients asthmatiques allergiques aux acariens a été démontré
pour la première fois par Michel et al. [38] et a été
confirmé par une seule étude épidémiologique [39]. En revanche, les
données expérimentales chez l’homme n’ont pas, à ce jour, validé
ces résultats. Récemment, une publication de Braun-Fahrländer et
al. [40] a clairement mis en évidence une relation inverse
entre l’exposition aux endotoxines dans la poussière et
l’apparition du terrain atopique. Cette étude confirme les premiers
résultats obtenus par Gereda et al. [41].
Les données épidémiologiques actuellement disponibles sont assez
contradictoires. En ce qui concerne l’allergie aux rats de
laboratoire, qui est une pathologie professionnelle parmi les plus
fréquentes (30 à 40 % du personnel exposé), après une étude
transversale effectuée récemment à Strasbourg, les concentrations
aériennes d’allergène majeur de rat (Rat n 1) et d’endotoxines
n’étaient pas corrélées aux symptômes décrits par les personnes
exposées aux rats de laboratoire. De plus, près d’un patient
symptomatique sur deux n’était pas sensibilisé aux allergènes de
rat. Cependant, un sous-groupe de sujets décrivant des gênes
respiratoires et/ou de la rhinite semblait être exposé à des
concentrations aériennes d’endotoxines plus importantes, ce qui
laissait supposer que les endotoxines seraient responsables des
symptômes décrits [42]. Des études récentes non publiées tendent à
confirmer ces résultats.
Rôle du diamètre aérodynamique des particules portant
l’allergène dans la réponse bronchique allergique
Peu d’équipes se sont intéressées à l’impact de la taille des
particules sur la réponse bronchique. Pourtant les caractéristiques
aérodynamiques des particules portant les allergènes pourraient
expliquer certaines différences observées entre les réponses
bronchiques aux différents allergènes, entre les réponses
provoquées lors de tests de provocations bronchiques (TPB) et en
conditions réalistes. D’après des études récentes, il apparaît que
la dose provocatrice de symptômes lors de TPB est 20 fois
moins importante lorsque les allergènes de chat sont portés par des
particules de 10,3 µm plutôt que par des particules de
1,4 µm. Ainsi, la réponse bronchique immédiate à l’allergène
de chat serait localisée dans les voies aériennes proximales et
devrait être étudiée lors de TPB utilisant des particules de
diamètre aérodynamique de 10 µm.
Particules Diesel et allergènes de l’environnement
intérieur
La présence de particules de suie (proches des particules
Diesel) associées aux allergènes majeurs de chat (Fel d 1), de
chien (Can f 1) et de bouleau (Bet v 1) a été démontrée dans la
poussière de maisons par une équipe norvégienne [43]. Ainsi, la
maison pourrait être un lieu où l’effet des allergènes domestiques
pourrait être potentialisé par des particules Diesel.
Effets cardiovasculaires des particules atmosphériques
Les pics de pollution atmosphérique ont non seulement des effets
respiratoires, mais aussi cardiovasculaires et pendant les épisodes
de pollution atmosphérique urbaine plus de personnes semblent
mourir de maladies cardiovasculaires que respiratoires [44]. Plus
précisément, des études épidémiologiques récentes montrent que
différents paramètres cardiovasculaires sont affectés lors des
épisodes de pollution particulaire [45, 46]. Les effets à court
terme de l’exposition aux PM10 sur les pathologies
cardiovasculaires ont été récemment décrits par Peters et
al. [47] qui ont montré qu’une exposition d’une durée de
2 heures augmente le risque d’infarctus du myocarde.
Bien que la plupart des études aient principalement exploré le
lien avec les PM10 ou PM2,5, des données
récentes, essentiellement expérimentales, suggèrent que la fraction
ultrafine de ces particules (UFP, diamètre inférieur à
0,1 µm), pourrait être particulièrement incriminée [48].
Plusieurs groupes de recherche ont commencé à étudier les
mécanismes par lesquels les particules inhalées exercent des effets
extrapulmonaires. Des hypothèses sont en cours de vérification,
principalement chez l’homme et chez les animaux de laboratoire. La
plupart des études se concentrent sur les conséquences possibles de
l’inflammation pulmonaire sur le cœur et d’autres systèmes, telle
la coagulation du sang [49, 50]. Ainsi, des changements des
indicateurs sanguins tels que la protéine réactive de type C, le
fibrinogène, le facteur VII, et les globules rouges ont été décrits
après l’inhalation des PM10. Une augmentation de la
fréquence cardiaque et une vasoconstriction artérielle ont été
associées aux épisodes de pollution particulaire. En réponse à
l’exposition aux particules, on a observé des anomalies de
fréquence cardiaque ou de rythme sans hypoxie ou détresse
respiratoire, ainsi qu’une augmentation des neutrophiles et des
plaquettes dans le sang périphérique [5].
De plus, Suwa et al. [51] ont montré que l’exposition de
lapins à des niveaux élevés de PM10 est associée à la
progression des lésions athérosclérotiques.
Par ailleurs, nous avons récemment démontré que les UFP passent
rapidement, dans un délai de 1 heure, des poumons dans la
circulation systémique chez les hamsters [52] et chez l’homme [53].
Cette nouvelle ligne de recherche n’exclut pas l’hypothèse selon
laquelle les effets systémiques des particules inhalées seraient
également liés à l’inflammation pulmonaire, mais apporte un
éclairage complémentaire.
Toutefois, malgré les progrès qui ont été faits récemment pour
essayer de comprendre les effets de la pollution particulaire sur
les compartiments extrapulmonaires, il n’en demeure pas moins que
les mécanismes toxicologiques par lesquels ces particules exercent
leurs effets néfastes restent, à ce jour, peu connus.
Spécificité des particules ultrafines
Les études expérimentales ont insisté sur le rôle clé de la
taille des particules, et en particulier des fractions ultrafines
(< 0,1 µm) et donc de leur surface spécifique. Il a
été ainsi démontré que des particules non fibreuses réputées
« inertes » comme le dioxyde de titane, le noir de
carbone ou les particules de polystyrène (absence d’inflammation ou
d’effets irréversibles en inhalation lorsque la granulométrie est
de l’ordre du micron), étaient susceptibles d’entraîner une réponse
inflammatoire, fibrogène et cancérigene lorsque le diamètre
granulométrique était abaissé à quelques dizaines de nanomètres.
Parmi les explications évoquées, on insiste actuellement
sur :
• Le blocage de la clairance alvéolaire : le
phénomène de surcharge de macrophage alvéolaire (overload
effect) qui en résulte, est alors associé dans la cellule et
les tissus à des cascades d’événements moléculaires aboutissant à
une réaction inflammatoire auto-entretenue. Ce phénomène entraîne
également une rétention anormale de toutes les espèces de
particules (solubles ou non, fibreuses ou non) habituellement
épurées par les macrophages, et qui vont pouvoir exprimer un effet
toxique propre [54].
• L’augmentation de la concentration de calcium
intracellulaire aussi bien des macrophages que des cellules
épithéliales (via une modification directe des canaux
calciques au contact de la surface des particules) : elle est
associée à une augmentation de l’expression de gènes
pro-inflammatoires comme le TNFα ou d’IL-8 [55].
• L’augmentation du passage interstitiel des particules
ultrafines : ce phénomène est observé lorsque les
particules sont dispersées mais disparaît lorsqu’elles sont
inhalées sous forme d’agrégats [56].
• L’augmentation des tumeurs observées dans les tests
in vivo (inhalation ou instillation intra-trachéale de
particules ultrafines) est mise sur le compte des conséquences de
la réponse inflammatoire et ne témoigne pas d’un effet cancérigène
propre de ces particules [57].
• Le rôle des effets localisés : les phénomènes
précédemment décrits surviennent pour des niveaux d’exposition très
supérieurs à ceux habituellement observés en milieu urbain (dose
externe), correspondant à des concentrations importantes de
particules déposées de façon homogène dans un poumon initialement
sain (dose interne). Les études expérimentales faites sur des
rongeurs prétraités par des endotoxines ou des rongeurs âgés
(augmentation de la susceptibilité au stress oxydant) démontrent
une réduction des doses externes nécessaires de particules
ultrafines pour induire la même réponse inflammatoire globale liée
à des dépôts localisés susceptibles d’atteindre des concentrations
ponctuelles beaucoup plus importantes (dose interne) [56].
Chez l’homme, le rôle exact de la fraction ultrafine des
particules insolubles de l’aérosol atmosphérique est encore
incertain. En effet, les observations épidémiologiques restent très
difficiles à interpréter pour deux raisons principales :
– d’abord le nombre limité de cohortes susceptibles d’avoir
des informations pertinentes sur le rôle spécifique de la pollution
particulaire fine (évaluée actuellement au mieux par la mesure des
PM2,5 au lieu des PM10) et l’absence quasi
complète de données pour les particules ultrafines, à l’exception
de quelques études de morbidité en milieu professionnel (noir de
carbone) ;
– ensuite, du fait de l’intrication quasi constante entre
les particules insolubles, les particules solubles et les
particules chargées d’espèces moléculaires toxiques adsorbées, qui
caractérise la majorité des aérosols résultant de la pollution
atmosphérique en milieu urbain et industriel.
Conclusion
Les études expérimentales sur les mécanismes d’action des
particules atmosphériques éclairent la relation entre pollution
particulaire et troubles respiratoires établie par les
épidémiologistes. La composante inflammatoire paraît déterminante
dans le développement des pathologies et les cellules épithéliales
participent directement à la réponse en libérant des médiateurs
capables d’activer les cellules du système immunitaire. La fraction
organique des particules ainsi que les métaux jouent un rôle
important dans les mécanismes de toxicité. Il faut donc, d’une
part, les mesurer dans les PM et, d’autre part, tendre à les
réduire le plus possible dans les émissions qu’il est important de
diminuer globalement. Il reste cependant encore beaucoup
d’incertitudes, en particulier pour expliquer les effets à
distance. Les données systémiques récentes sur les particules
ultrafines montrent qu’elles sont préoccupantes mais encore très
mal connues. Il est donc urgent de promouvoir les recherches
permettant de mieux caractériser les fractions fines et ultrafines
des aérosols et de poursuivre les études sur le comportement de ces
particules dans les modèles in vivo et in vitro. Il
est probable que ces particules franchissent les muqueuses
respiratoires et sont directement ou indirectement responsables des
effets systémiques observés, en particulier au niveau
cardiovasculaire. Divers aspects sont plus particulièrement à
prendre en compte :
– Par quels mécanismes ces particules fines et ultrafines
peuvent-elles franchir les barrières épithéliales ?
– Quel est leur devenir et leur biopersistance ?
– Quels sont les mécanismes impliqués dans l’aggravation
des pathologies respiratoires et cardiovasculaires ?
– Peuvent-elles avoir des effets sur des organes autres que
le poumon et le système cardiovasculaire ?
Ces recherches sont indispensables pour justifier une adaptation
des techniques de métrologie des aérosols et des valeurs limites
d’exposition en population générale ou en milieu professionnel.
Il reste donc encore beaucoup de questions en suspens.
Cependant, une prise de conscience des effets de la pollution
atmosphérique se développe dans le monde médical, dans le public et
au niveau des gouvernements. Les avancées conjointes des études
épidémiologiques et toxicologiques donnent des éléments objectifs
qui permettent d’établir une politique de santé publique. Rappelons
que dans l’article 3 de la loi sur l’air, il est dit que
« l’État assure, avec le concours des collectivités locales,
la surveillance de la qualité de l’air et de ses effets sur la
santé et l’environnement ». n
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