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Chronic environmental exposure to heavy metals: Renal and neurological effects among children living around foundries in Northern France


Environnement, Risques & Santé. Volume 2, Number 6, 335-43, Novembre-Décembre 2003, Article original


Résumé   Summary  

Author(s) : Claire de Burbure, Jean‐Pierre Buchet, Edna Alvarez Leite, Ariane Leroyer, Catherine Nisse, Jean‐Marie Haguenoer, Alfred Bernard , 1. Unité de toxicologie industrielle et de médecine du travail, Faculté de médecine, Université catholique de Louvain, Clos Chapelle‐aux‐Champs 30, bte 30.54 B‐120 Bruxelles Belgique <bernardtoxi.ucl.ac.be> 2. Laboratoire universitaire de médecine du travail, Faculté de médecine, 1, place de Verdun, 59045 Lille cedex France 3. CERESTE, Laboratoire de toxicologie, Faculté de pharmacie, Avenue Oscar Lambert 1, 59037 Lille cedex France .

Summary : Few studies have examined the long‐term effects of low‐grade environmental exposure to heavy metals on children‘s kidneys and nervous systems. The present survey focused on children living near two foundries in Northern France (Auby and Noyelles‐Godault, Nord Pas‐de‐Calais\; n ∓ 200: 99 girls, 101 boys), in an area with high levels of heavy metal contamination in the soil (lead: 100‐1, 700 ppm, cadmium: 0.7‐233 ppm, zinc: 101‐22,257 ppm). It measured lead, cadmium, and mercury levels in their blood and urine, along with several renal biomarkers (albumin, beta 2‐microglobulin, retinol‐binding protein, brush border antigens, N‐acetyl‐beta‐D‐glucosaminidase (NAG), transferrin, and Clara cell secretory protein) and serum prolactin and urinary homovanillic acid, both peripheral dopaminergic markers recently implicated in the neurological effects of lead and mercury. The results were compared with those from children of similar age living in uncontaminated areas of the same district (200 controls: 101 girls, 99 boys). The impact of heavy metal exposure was studied by multiple regression analysis. Although lead and cadmium blood levels (Pb‐B, Cd‐B) were higher in boys and in the contaminated area, the relatively low geometric mean concentrations of heavy metals indicate low absorption from the environment (Pb‐B: 39.5 µg\\L, range 4.6‐165 µg\\L, Cd‐B: 0.51 µg\\L, range 0.15‐1.91 µg\\L, Hg‐U: 1.05 µg\\g creatinine, range 0.03‐18.7 µg\\g creatinine, n ∓ 200). No correlation was observed between heavy metal levels and either renal or dopaminergic markers. Weak positive correlations were nonetheless found between NAG and Cd‐B (n ∓ 230, r 2 ∓ 0.06, p ∓ 0.0002) after adjustment for creatinine and body mass index, and between HVA‐U and Pb‐B (n ∓ 121, r  ∓ 0.04, p ∓ 0.03) in the population of 121 children with Pb‐B greater than 50 µg\\L. These weak associations, in the absence of any other positive correlations, indicate that chronic environmental exposure to heavy metals, sometimes present in high concentrations in soil around old foundries, leads to only moderate absorption in the bodies of children living in the contaminated area: renal and dopaminergic effects are minimal.

Keywords : lead\; cadmium\; mercury\; environmental exposure\; child\; metallurgy\; biological markers\; kidney\; neurologic manifestations.

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ARTICLE

Auteur(s) : Claire de Burbure1, Jean-Pierre Buchet1, Edna Alvarez Leite1, Ariane Leroyer2, Catherine Nisse2, Jean-Marie Haguenoer3, Alfred Bernard1

1. Unité de toxicologie industrielle et de médecine du travail, Faculté de médecine, Université catholique de Louvain, Clos Chapelle-aux-Champs 30, bte 30.54 B-120 Bruxelles Belgique 
<bernard@toxi.ucl.ac.be>
2. Laboratoire universitaire de médecine du travail, Faculté de médecine, 1, place de Verdun, 59045 Lille cedex France
3. CERESTE, Laboratoire de toxicologie, Faculté de pharmacie, Avenue Oscar Lambert 1, 59037 Lille cedex France

Bien que les effets néphrotoxiques et neurotoxiques aigus et chroniques des métaux lourds tels que le plomb, le cadmium et le mercure soient bien connus pour des populations exposées professionnellement ou environnementalement à des doses souvent élevées, peu d'études se sont intéressées aux effets de faibles expositions environnementales aux métaux lourds chez les enfants, qui pourtant les absorbent plus facilement que les adultes [1]. Or c'est un sujet d'autant plus important que les contrôles du respect des normes des émissions de métaux lourds par l'industrie n'ont été mis en place qu'au cours des dernières décennies du siècle passé et que des niveaux de pollution importants persistent encore dans les nappes phréatiques et les sols de plusieurs régions de nos pays industrialisés, avec pour conséquence possible une surexposition environnementale de la population vivant sur ces sites.

Les études présentées ici concernent des enfants de 10 municipalités situées dans un rayon de 8 km autour de deux fonderies du Nord-Pas-de-Calais – une fonderie de zinc (Auby) et une fonderie de zinc et plomb (Noyelles-Godault) – distantes de 3,5 km, toutes deux opérationnelles depuis la deuxième moitié du XIXe siècle. Les deux fonderies ont considérablement réduit leurs émissions de 90 % entre 1975 et 1996, émettant cependant encore, par exemple en 1996, plus de 24 tonnes de plomb et 950 kg de cadmium dans l'atmosphère [2-4]. La contamination des sols alentour varie entre 100 et 1 700 ppm de plomb (avec des valeurs supérieures à 1 000 ppm dans un rayon de 500 m autour des fonderies), entre 0,7 et 233 ppm de cadmium et entre 101 et 22 257 ppm de zinc, les valeurs les plus élevées correspondant à un rayon de 500 m autour des fonderies. Les déterminants des taux de plombémie des enfants exposés ont été étudiés par ailleurs [2] et correspondent à la distance des fonderies et à la consommation d'eau de distribution, tandis que ceux des taux de cadmiémie sont l'habitat à moins de 4 km des fonderies, la consommation d'eau de distribution et de légumes produits localement, de poisson et de crustacés [4].

Comme le rein constitue la principale voie d'excrétion des métaux lourds, il est particulièrement sensible à leurs effets toxiques, notamment en raison de son importante vascularisation et activité métabolique [5, 6]. Cet organe a cependant une grande capacité de compensation, les tests classiques de fonction rénale ne déviant que lorsqu'un nombre important de néphrons sont endommagés. Puisque chacun des métaux lourds étudiés peut exercer des effets toxiques sur différents segments du néphron, divers biomarqueurs ont été sélectionnés à la fois pour leur sensibilité aux modifications rénales précoces et pour leur spécificité des différents segments du néphron : ce sont soit des indicateurs de la fonction rénale globale (créatinine sérique, protéinurie totale), de l'intégrité glomérulaire (protéinurie de haut poids moléculaire : transferrine, albumine), ou encore du segment tubulaire proximal (protéinurie de faible poids moléculaire : β2-microglobuline, protéine de la cellule de Clara ; antigènes de bordure en brosse ; activité de la N-acétyl-β-D-glucosaminidase) [6, 7].

Les mécanismes précis de la toxicité des métaux lourds et plus particulièrement du plomb et du mercure sur le système nerveux central, demeurent encore mal élucidés. Outre une neurotoxicité directe et un effet apoptotique sur les cellules gliales, des interactions entre autres avec l'ion calcium dans diverses fonctions cellulaires ou encore avec plusieurs neurotransmetteurs tel le glutamate [8-10], le mercure et le plomb agiraient également au niveau du système dopaminergique selon plusieurs études in vivo et in vitro, même si les résultats de celles-ci semblent souvent contradictoires [11-16]. Deux marqueurs périphériques reflétant l'intégrité du système dopaminergique, la prolactine sérique (Pro-S, dont la sécrétion est inhibée par la dopamine) et l'acide homovanillique urinaire (HVA-U, dérivé métabolique de la dopamine), ont donc été sélectionnés.

Cette étude est l'une des rares à s'intéresser aux effets rénaux et neurologiques d'une faible exposition environnementale aux métaux lourds chez les enfants. Elle est en outre la première à utiliser HVA-U et Pro-S comme marqueurs biologiques pour tenter de détecter des effets neurologiques dopaminergiques précoces liés au plomb et au mercure chez ces enfants. Les taux d'exposition de l'étude peuvent par ailleurs être considérés comme représentatifs des taux de contamination historique des régions industrialisées des pays d'Europe occidentale.

Matériel et méthode

Population étudiée

Au total, 400 enfants (200 garçons et 200 filles), âgés de 8,5 à 12,3 ans, ont participé à l'étude. Deux cents enfants ont vécu depuis au moins 8 ans dans les 10 municipalités situées dans un rayon de 8 km autour des deux incinérateurs d'Auby et de Noyelles-Godault dans le Nord-Pas-de-Calais (zone de résidence polluée), tandis que 200 enfants témoins ont été recrutés dans 20 municipalités de la même région de France, mais non polluées par les métaux lourds, loin de fonderies, d'usines nucléaires ou d'incinérateurs (zone de résidence témoin, 10 enfants par municipalité, y vivant depuis plus de 8 ans). Cette répartition géographique a été établie sur la base des concentrations de plomb dans le sol. Dans la zone dite polluée, les concentrations du plomb dans le sol étaient comprises entre 100 et 1 700 ppm tandis que dans la zone non polluée, elles se situaient entre 20 et 50 ppm [2]. Les niveaux d'exposition des enfants ont été appréciés sur la base d'indicateurs biologiques (concentrations dans le sang ou l'urine) permettant d'évaluer l'imprégnation des enfants en intégrant toutes les voies et sources d'exposition (alimentation, inhalation, ingestion de poussière par pica ou par contact mains/bouche, eau du robinet, etc.). Une étude antérieure a permis de montrer que les plombémies de ces enfants étaient principalement influencées par deux facteurs : la proximité des fonderies et la consommation d'eau de robinet (canalisations en plomb)[2].

Seul un enfant par famille pouvait participer à l'étude. Les critères d'exclusion comprenaient l'obésité, le diabète, le cancer, une maladie rénale et la puberté. Des informations spécifiques concernant la consommation d'aliments potentiellement contaminés par des métaux lourds, comme le poisson, les abats, les crustacés, etc., ou encore d'aliments riches en calcium, ont été récoltées par le biais d'un questionnaire. Les spécimens de 12 enfants (10 filles et 2 garçons) pour lesquels tous les paramètres biologiques n'ont pu être déterminés ont été exclus de l'analyse.

Échantillons biologiques

Les spécimens biologiques ont été récoltés avec la permission écrite soit des parents de l'enfant soit de la personne qui en était responsable. Les spécimens sanguins ont été centrifugés, puis 2 mL de sérum furent conservés à – 80 °C jusqu'à l'analyse. Les spécimens d'urine extemporanés furent récoltés pendant la journée et préservés dans des tubes contenant 0,5 mL de tampon phosphate 1 M/L avec 1 % d'azoture de sodium.

Analyses

Toutes les analyses d'un paramètre donné ont été faites dans un délai de six mois après prélèvement par un même laboratoire dans des conditions expérimentales semblables. Les protéines totales urinaires (Prot-T-U) sont déterminées par la méthode au bleu de Coomassie G250, les taux urinaires d'albumine (Alb-U), de transferrine (Transf-U) de β2-microglobuline (β2m-U) et de la protéine transporteuse du rétinol (RBP-U) furent quantifiés par la technique immuno-latex [17]. Les antigènes de la bordure en brosse (BBA-U) des tubules rénaux sont analysés par un Elisa sandwich utilisant des anticorps monoclonaux [18]. L'activité totale de la N-acétyl-β-D-glucosaminidase dans l'urine (NAG-T-U) est déterminée par colorimétrie (kit PPR Diagnostics Ltd.) ainsi que décrit par ailleurs [6]. Seule la NAG totale (NAG-T) est utilisée pour les besoins de l'étude. La mesure des taux de créatinine sérique et urinaire (Créat-U) repose sur les méthodes de Heinegard et Tiderström et de Jaffé, respectivement [6].

Les taux d'acide homovanillique sont mesurés par chromatographie en phase liquide à haute pression ainsi que décrit précédemment [19]. Les concentrations d'acide homovanillique sont standardisées pour la concentration de créatinine urinaire. Les taux sériques de prolactine (Pros-S) sont déterminés par chémiluminescence (Immulite Prolactin, DPC). Les méthodes analytiques utilisées pour mesurer les taux de HVA-U et de Pro-S montrèrent respectivement un taux de récupération de 92 % et de 107,7 % et des limites de détection de 0,125 mg/L et 0,5 µg/L. Les taux de plomb et de cadmium dans le sang sont déterminés par spectrométrie d'absorption atomique avec correction Zeeman et utilisation d'un four de graphite (Perkin Elmer 5100 Z) après dilution du spécimen dans 0,1 % de Triton X-100. Des graphes de contrôles ont été préparés ainsi que décrits par ailleurs [2, 4].

Les taux de mercure urinaires sont déterminés par absorption atomique (technique de la vapeur froide après réduction au chlorure d'étain SnCl2). Les paramètres urinaires ont été standardisés pour les taux d'excrétion de créatinine. Les échantillons dont la concentration en créatinine était inférieure à 0,5 g/L ont été exclus de l'analyse des données (52 enfants).

Analyse statistique

Toutes les variables continues ont subi une transformation logarithmique avant l'analyse statistique. Les influences séparées ou combinées du sexe et de la zone de résidence (degré d'exposition) furent déterminées par un test ANOVA à deux voies. Les moyennes de groupes ont été comparées par le test t de Student ou par analyse de variance à une voie suivie du test de Dunnett selon le nombre de groupes à comparer. Les facteurs influençant les paramètres rénaux et neurologiques ont été recherchés par des analyses de régression multiple (technique pas à pas, avec les probabilités pour l'entrée et la sortie du modèle de régression respectivement fixées à 0,25 et 0,05). Les variables indépendantes testées sont : Pb-B, Cd-B, Hg-U, Créat-U, le BMI, l'âge, le sexe et la zone de résidence. Le niveau de signification statistique est fixé à p < 0,05. Le programme SAS/STAT version 6 a été utilisé pour toutes les analyses statistiques [20].

Résultats et discussion

Étude rénale

Les auteurs ont commencé par séparer les garçons et les filles en raison de la tendance comportementale, et non nutritionnelle, des garçons à être plus contaminés que les filles [2]. Comme le démontrent les résultats des tableaux 1 et  2, les moyennes de plomb sanguin étaient relativement basses (Pb-B), bien qu'elles fussent en effet significativement plus élevées chez les garçons et dans la zone polluée. Les taux moyens de cadmium sanguin (Cd-B) étaient modérément plus élevés, variant entre 0,46 et 0,52 µg/L pour les garçons et les filles (limites : 0,15-2,04 µg/L), mais ces taux étaient du même ordre de grandeur que dans d'autres études [21]. Il n'y avait pas de différence significative entre garçons et filles d'un même territoire, et seuls les garçons vivant dans le secteur pollué avaient un taux moyen de cadmium sanguin plus élevé que leurs témoins (p = 0,023), les facteurs de cette augmentation ayant été étudiés par ailleurs [14]. Les taux de mercure urinaire (Hg-U) n'ont pas montré de différence significative entre enfants exposés et témoins, ce qui suggère que la source principale de mercure inorganique chez ces enfants n'est pas tant liée à l'exposition environnementale qu'à d'autres facteurs. Une part importante du taux de mercure urinaire dérive sans doute du nombre et de la surface des obturations dentaires, dont la quantification dépasse le cadre de cette étude, tandis qu'il est bien connu que le relarguage de mercure des amalgames relève également de différentes habitudes et comportements alimentaires (la consommation de boissons acides ou de chewing-gum, la mastication ou bruxisme sur amalgames dentaires [22], le nombre seul de ceux-ci n'influençant que peu le taux moyen de mercure urinaire [23]).

Tableau 1. Niveaux d'exposition aux métaux lourds et paramètres rénaux et neurologiques chez les garçons résidant dans la zone polluée (Exp.) et la zone témoin (Ctl.).
Zone n Moy SD Min Max P (t test)
Âge Ctl. 99 10,2 0,64 8,5 11,7 ns
  Exp. 101 10,1 0,58 8,7 11,2  
Pb-B Ctl. 99 34,2 1,92 2,29 107 0,029
  Exp. 101 42,2 2,02 4,57 148  
Cd-B Ctl. 98 0,46 1,40 0,16 2,04 0,023
  Exp. 101 0,52 1,41 0,15 1,91  
Hg-U Ctl. 85 0,99 4,92 0,02 25,7 ns
  Exp. 89 0,93 6,61 0,03 18,6  
β2M-U Ctl. 99 87,8 2,06 5,36 785 ns
  Exp. 101 97,3 2,27 7,24 1025  
Alb-U Ctl. 99 15,7 2,55 4,26 446 ns
  Exp. 101 13,9 2,03 3,58 200  
Transf-U Ctl. 71 0,60 2,68 0,12 12,3 ns
  Exp. 65 0,57 2,40 0,12 9,3  
RBP-U Ctl. 97 94 1,79 26,3 510 ns
  Exp. 99 99 1,85 31,5 497  
NAG-T-U Ctl. 58 2,29 4,21 0,07 39,3 ns
  Exp. 60 1,70 2,20 0,28 9,8  
Prot-T-U Ctl. 99 0,006 4,88 0,001 0,371 ns
  Exp. 99 0,006 4,28 0,001 0,129  
BBA-U Ctl. 95 0,64 4,91 0,077 95,6 ns
  Exp. 99 0,71 5,06 0,111 113,1  
Pro-S Ctl. 97 7,39 1,67 2,15 37,30 ns
  Exp. 101 8,15 1,72 2,50 48,95  
HVA-U Ctl. 99 5,58 1,64 0,79 15,1 ns
  Exp. 101 5,30 1,62 1,11 21,0  
Créat-U Ctl. 99 0,93 1,60 0,19 3,07 ns
  Exp. 101 0,90 1,62 0,27 2,59  
Pb-B (µg/L) : plombémie ; Cd-B (µg/L) : cadmiémie ; Hg-U (µg/gcréat) : taux de mercure urinaire ; β2M-U (µg/gcréat) : β2-microglobulinurie ; Alb-U (µg/gcréat) : albuminurie ; Transf-U (µg/gcréat) : transferrine urinaire ; RBP-U (µg/gcréat) : protéine transporteuse du rétinol urinaire ; NAG-T-U (µM/min/gcréat) activité enzymatique de la N-acétyl-β-D-glucosaminidase urinaire ; Prot-T-U (g/gcréat) : protéinurie totale ; BBA-U (IU/gcréat) : antigènes de bordure en brosse urinaires ; Pro-S (µg/L) : prolactine sérique ; HVA-U (µg/gcréat) : acide homovanillique urinaire ; Créat-U (g/L) : créatinine urinaire.

Tableau 2. Niveaux d'exposition aux métaux lourds et paramètres rénaux et neurologiques chez les filles résidant dans la zone polluée (Exp.) et la zone témoin (Ctl.).



Paramètre Zone n Moyg SDg Min Max P (t test)
Âge Ctl. 101 10,0 0,60 8,5 11,5 ns
  Exp. 99 10,1 0,70 8,5 12,3  
Pb-B Ctl. 101 27,4 2,00 1,6 126 0,001
  Exp. 99 36,9 1,74 7,8 166  
Cd-B Ctl. 99 0,47 1,40 0,19 1,48 ns
  Exp. 98 0,50 1,25 0,30 0,85  
Hg-U Ctl. 78 0,89 5,22 0,03 22,4 ns
  Exp. 87 1,18 5,82 0,03 18,6  
β2M-U Ctl. 100 88,2 2,23 7,45 412 ns
  Exp. 99 94,8 2,25 2,90 1586  
Alb-U Ctl. 100 22,4 2,57 3,89 1158 ns
  Exp. 99 22,8 3,03 4,57 643  
Transf-U Ctl. 73 0,79 2,77 0,09 7,27 ns
  Exp. 68 0,83 3,36 0,05 31,2  
RBP-U Ctl. 97 110 1,84 32,2 582 ns
  Exp. 98 109 1,83 32,0 493  
NAG-T-U Ctl. 57 2,21 4,98 0,01 38,4 ns
  Exp. 57 1,07 3,29 0,01 74,6  
Prot-T-U Ctl. 100 0,008 4,93 0,001 0,77 ns
  Exp. 98 0,009 5,11 0,001 0,41  
BBA-U Ctl. 94 0,65 4,90 0,09 123 ns
  Exp. 92 0,54 4,62 0,09 33,5  
Pro-S Ctl. 98 8,92 1,79 2,40 38,3 ns
  Exp. 95 9,26 1,72 2,75 42,0  
HVA-U Ctl. 98 5,30 1,71 0,58 18,7 ns
  Exp. 99 5,82 1,76 0,22 35,1  
Créat-U Ctl. 99 0,90 1,73 0,18 2,23 ns
  Exp. 99 0,90 1,76 0,17 2,31  
Pb-B (µg/L) : plombémie ; Cd-B (µg/L) : cadmiémie ; Hg-U (µg/gcréat) : taux de mercure urinaire ; β2M-U (µg/gcréat) : β2-microglobulinurie ; Alb-U (µg/gcréat) : albuminurie ; Transf-U (µg/gcréat) : transferrine urinaire ; RBP-U (µg/gcréat) : protéine transporteuse du rétinol urinaire ; NAG-T-U (µM/min/gcréat) activité enzymatique de la N-acétyl-β-D-glucosaminidase urinaire ; Prot-T-U (g/gcréat) : protéinurie totale ; BBA-U (IU/gcréat) : antigènes de bordure en brosse urinaires ; Pro-S (µg/L) : prolactine sérique ; HVA-U (µg/gcréat) : acide homovanillique urinaire ; Créat-U (g/L) : créatinine urinaire.

Ces résultats sont clairement indicatifs d'un faible taux de contamination par les métaux lourds chez les enfants vivant aux alentours des fonderies. Ils peuvent de plus être considérés comme représentatifs de la situation actuelle dans la plupart des régions d'Europe polluées par des émissions historiques de métaux lourds, en raison des restrictions légales actuelles plus astreignantes, et sont donc bien appropriés pour l'évaluation des risques à la santé de populations exposées.

Ainsi que l'on peut le constater dans les tableaux 1 et  2, aucun des paramètres rénaux étudiés n'a montré de différence statistiquement significative entre les groupes témoins et exposés de filles ou de garçons.

Les influences de l'exposition au plomb, au cadmium et au mercure ont alors été analysées de manière plus approfondie dans la population d'enfants totale (témoins et exposés), par régressions multiples, en testant Pb-B, Cd-B, Hg-U, Créat-U (afin d'exclure tout biais provenant de l'ajustement des paramètres urinaires sur la base de la créatinine urinaire), l'âge, le sexe, le BMI et le lieu de résidence comme prédicteurs. Alors qu'il n'y avait aucune corrélation pour Alb-U, β2M-U, Transf-U, RBP-U, Prot-U ou encore BBA-U, une faible corrélation positive (r2 = 0,06, p = 0,0002, n = 230) a été mise en évidence entre NAG-T (standardisée pour une créatininurie de 1 g/L et un BMI de 17,5 kg/m²) et Cd-B [24]. Cette corrélation est illustrée en figure 1 pour les quartiles de Cd-B. Les filles et garçons témoins et exposés étaient répartis de manière équitable au sein des quartiles de Cd-B (tableau 3), reflétant le peu d'impact environnemental de la zone d'habitat par rapport à d'autres facteurs tels que le régime alimentaire ou l'exposition à d'autres sources de cadmium, ainsi que le soulignent d'autres études et rapports [4, 25].

Tableau 3. Analyse de la distribution des enfants des deux zones dans les quartiles de Cd-B.

Sujets Quartiles de Cd-B P(χ2)
0,15-0,41 0,42-0,48 0,49-0,56 0,57-1,26
Zone témoin 35 30 20 28 0,1103
Zone exposée 22 33 32 30  
Garçons 27 32 26 28 0,9562
Filles 30 31 26 30  
Garçons              
    Témoin 17 15 10 14 0,2872
    Exp. 10 17 16 14  
Filles          
    Témoin 18 15 10 14 0,2330
    Exp. 12 16 16 16  

La corrélation entre une élévation des taux d'excrétion urinaire de l'activité enzymatique lysosomiale NAG et l'exposition au cadmium, résultant d'une augmentation du taux d'apoptose ou de nécrose lors d'un accroissement de régénérescence ou d'exfoliation cellulaire tubulaire est bien connue [26]. En général, on considère que l'iso-enzyme NAG-B est la forme lésionnelle de NAG responsable de l'augmentation exponentielle de NAG-T (NAG totale) dans les atteintes rénales [1]. Cependant, son association avec une atteinte rénale réelle n'est pas totalement établie, car elle pourrait simplement être le reflet d'une activité lysosomiale augmentée [27]. Ainsi, même si une élévation de la NAG est un marqueur précoce et sensible de toxicité rénale dans les exemples de néphropathies induites par le plomb in vivo [28] et leurs modèles expérimentaux in vitro [29, 30], cela ne signifie pas pour autant que ces lésions soient irréversibles, ainsi que le suggère le rapport concernant cinq années de suivi de l'étude Cadmibel : seule la NAG demeurait positivement associée aux taux de cadmium sanguins après 5 ans chez les femmes (Cd-B moy : 0,87 µg/L), tandis que l'excrétion urinaire de cadmium continuait à influencer positivement la NAG et la RBP mais plus la β2-microglobuline. En conclusion, l'élévation initiale observée des biomarqueurs liée à une surcharge environnementale chronique modérée au cadmium pourrait correspondre à une atteinte rénale tubulaire infra-clinique dont les effets rénaux à long terme sont faibles, stables ou même réversibles après une réduction de l'exposition environnementale [31].

Afin de tester s'il n'y avait pas d'effets rénaux liés aux taux de plombémie plus élevés chez ces enfants, les auteurs ont spécifiquement recherché la présence de corrélations des marqueurs rénaux étudiés d'abord dans le sous-groupe de 36 filles et 91 garçons dont la plombémie était supérieure à 100 µg/L, puis dans les sous-groupes plus larges avec des taux de plombémie supérieurs à 70 µg/L ou encore supérieurs à 50 µg/L. Comme aucun des paramètres rénaux étudiés n'était corrélé de manière significative aux divers taux de plombémie plus élevés de ces enfants, les auteurs concluent qu'une exposition environnementale faible et chronique au plomb ne semble pas avoir d'effet délétère sur le rein, du moins selon les biomarqueurs actuels, chez des enfants dont la plombémie ne dépasse pas 165 µg/L, taux le plus élevé observé dans notre étude. Ces résultats sont en accord avec d'autres études qui décrivent des anomalies des marqueurs rénaux observées chez des enfants dont la plombémie moyenne est supérieure à 300 µg/L [32, 33], soit une plombémie moyenne six fois plus élevée que celle relevée ici.

Les taux de mercure observés dans cette étude ne semblent pas non plus avoir d'impact au niveau des paramètres rénaux étudiés chez ces enfants, résultats qui sont en accord avec des études précédentes (chez des adultes, cependant) démontrant un seuil biologique de mercure urinaire de 50 µg/g de créatinine, au-delà duquel on observe une augmentation de l'excrétion urinaire de NAG, BBA et autres paramètres rénaux [6, 21]. Les enfants de notre étude avaient un taux moyen de mercure urinaire cinquante fois moins élevé ; seuls 5 % des enfants avaient des valeurs supérieures à 10 µg/g créatinine et, comme aucun des paramètres rénaux n'était corrélé au Hg-U, ces résultats semblent indiquer que, selon ces données, il n'y a pas de perturbation rénale observée chez des enfants dont le taux de mercure urinaire maximal ne dépasse pas 25 µ/g créatinine.

Conclusions de l'étude rénale

Peu d'études épidémiologiques se sont intéressées à l'impact rénal de la contamination des sols par métaux lourds chez les enfants. Une seulement fait état d'une élévation de 14 % de la NAG par augmentation des taux de plombémie de 100 µg/L, sans toutefois faire mention de la cadmiémie, chez 151 enfants roumains âgés de 3 à 6 ans avec une plombémie largement supérieure à celle de la présente étude (Pb-B moyenne de 340 µg/L) [33]. Dans une autre étude chez 195 enfants tchèques dont les taux de plombémie s'étalaient entre 30 et 350 µg/L (et la cadmiémie entre 0,01 et 0,37 µg/L), les paramètres rénaux corrélés avec une augmentation de la plombémie étaient la β2-microglobuline, la RBP et la CC16, mais pas la NAG [32]. Une étude concernant 112 enfants polonais, de plombémie moyenne de 133 µg/L pour les enfants exposés et de 39 µg/L pour les témoins, rapporte de manière inattendue des taux inférieurs de NAG-B chez les enfants exposés par rapport aux témoins [1]. Toutefois, il ressort clairement de plusieurs études que l'activité de la NAG-B urinaire est positivement corrélée aux faibles degrés d'exposition au cadmium, et notamment qu'il s'agirait d'une association spécifique sans seuil biologique détectable [32]. La corrélation observée entre NAG-T et Cd-B chez les enfants à la fois exposés et non exposés apparaît donc, en l'absence de tout autre signe de dysfonctionnement tubulaire classique et suite à la revue de la littérature ci-dessus, être le reflet d'une activité infraclinique précoce accrue du tube rénal proximal, n'entraînant vraisemblablement pas de progression vers une lésion rénale franche, si toutefois l'exposition aux métaux lourds n'augmente pas.

Étude neurologique : effets dopaminergiques

Effets de la plombémie sur Pro-S et HVA-U

Les garçons avaient des taux de HVA-U semblables à ceux des filles, mais, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, leurs taux de Pro-S étaient plus bas (tableaux 1 et  2). Les taux de HVA-U et de Pro-S étaient également semblables en zone polluée et zone témoin. Il n'y avait pas d'interaction entre le sexe et le lieu de résidence pour ces variables. Il n'y avait pas non plus de différence entre les sexes ni entre les zones pour les taux de créatinine, ce qui permet d'exclure un biais qui aurait pu provenir de l'ajustement de HVA-U pour ce paramètre.

L'influence de l'exposition au plomb sur HVA-U et Pro-S a d'abord été étudiée par un modèle de régressions multiples, en testant Pb-B, l'âge, le sexe et le lieu de résidence comme valeurs prédictives. Les résultats de cette analyse sur l'ensemble des enfants révélèrent une corrélation négative significative entre l'âge des enfants et HVA-U (r2 = 0,03, p = 0,0006) ainsi que pour Pro-S (r2 = 0,02, p = 0,0045). Cependant, aucun des deux marqueurs ne démontra une association avec Pb-B ou le lieu de résidence.

Afin d'évaluer plus précisément l'influence possible du plomb sur ces marqueurs dopaminergiques, l'analyse fut reproduite pour les enfants ayant une plombémie supérieure à 50 µg/L (121 au total, dont 40 [28 garçons et 12 filles] vivaient dans la zone témoin) puis ceux dont Pb-B dépassait 100 µg/L, limite correspondant au seuil d'action recommandé à la fois par le Center for Disease Control aux États-Unis et par l'OMS sur la base d'études de population. Tandis que Pro-S demeurait seulement influencée par le sexe dans le sous-groupe des 121 enfants (standardisés pour un âge moyen de 10 ans) avec une plombémie supérieure à 50 µg/L, HVA-U ne se montra qu'en faible association avec Pb-B (rpartiel = 0,0376, p = 0,03) après prise en compte de l'association avec l'âge (r2 partiel = 0,0418, p = 0,02), comme indiqué par ailleurs [19]. Ces résultats sont en accord avec des études précédentes [12], mais doivent également être lus à la lumière de l'étude de Manini et al., qui, en accord avec l'évidence expérimentale que le plomb peut inhiber la production dopaminergique, décrit une corrélation opposée pour des taux de plombémie beaucoup plus élevés (approchant les 900 µg/L) [13]. Ces résultats apparemment contradictoires pourraient suggérer que le plomb exerce un effet biphasique dépendant de sa dose sur la neurotransmission dopaminergique, ainsi que c'est le cas pour les canaux du récepteur du glutamate de type NMDA [8], avec ou sans effets combinés sur d'autres co-transmetteurs (comme ceux du plomb sur les taux de glycine qui a elle-même un effet sur la neurotransmission du glutamate). Malgré le fait que l'association d'HVA-U avec Pb-B soit faible, puisqu'elle ne contribuait que pour 3,7 % de sa variance, et qu'elle soit probablement insignifiante de point de vue biologique, il faut garder à l'esprit que la puissance de cette association est du même ordre de grandeur que les associations rapportées entre le quotient intellectuel et Pb-B. Dans le sous-groupe encore plus restreint des 15 enfants avec un taux de Pb-B supérieur à 100 µg/L (douze garçons et trois filles – un garçon et une fille de la zone de témoin), seule Pro-S apparaissait corrélée positivement avec Pb-B ainsi que le montre la figure 2, bien que le nombre des enfants soit trop restreint pour être statistiquement significatif (r2 = 0,1980, p = 0,095). Cet effet est cependant à nouveau en accord avec de précédentes études [11], et indique la nécessité d'études plus approfondies concernant des enfants avec des taux de plombémie aux alentours du seuil d'action de 100 µg/L.

Effets du mercure urinaire sur Pro-S et HVA-U

Il n'y avait pas de différence significative entre les taux de mercure urinaire (Hg-U) des enfants exposés et témoins (tableaux 1 et 2). Comme pour le plomb, l'influence de l'exposition au mercure sur HVA-U et Pro-S a été étudiée par un modèle de régressions multiples, en testant Hg-U, l'âge, le sexe et le lieu de résidence comme valeurs prédictives. Une corrélation simple positive fut mise en évidence entre HVA-U et Hg-U (n = 331, r² = 0,0139, p = 0,0318), mais celle-ci disparut quand on tint compte simultanément de l'âge et du sexe (n = 331, r² = 0,0342, p = 0,0812, ns), l'âge seul demeurant un facteur déterminant (p = 0,01) influençant négativement les taux d'HVA-U.

Afin d'évaluer plus précisément l'influence possible du mercure sur ces marqueurs dopaminergiques, l'analyse a été reproduite pour les enfants ayant un taux de mercure urinaire supérieur à 10 µg/g créatinine (22 enfants au total, dont 7 garçons et 8 filles exposés) puis ceux dont Hg-U était supérieur à 20 µg/g créatinine, (2 enfants au total, 1 garçon et 1 fille témoins). Aucune corrélation entre les marqueurs dopaminergiques et les taux de mercure urinaire ne put être mise en évidence dans ces deux sous-groupes restreints. Ces résultats sont à mettre en parallèle avec l'étude de Camerino et al. qui concluait à l'absence d'effets toxiques à la fois rénaux et en particulier neurologiques dopaminergiques pour des valeurs d'excrétion urinaire de mercure inférieures à l'indice biologique d'exposition suggéré pour les adultes (35 µg/g créatinine) [34]. Ces résultats permettent de conclure que chez des enfants dont le taux de mercure urinaire ne dépasse pas 25 µg/g créatinine, il n'y a aucun signe de toxicité neurologique dopaminergique mise en évidence par les deux marqueurs étudiés ici, soit la prolactine sérique et l'acide homovanillique urinaire.

Conclusions de l'étude neurologique

Les marqueurs potentiels de dysfonctions dopaminergiques induites par le plomb et le mercure ont été sélectionnés sur la base d'études antérieures cependant caractérisées par des taux d'exposition au plomb et au mercure qui étaient en général plus élevés que ceux retrouvés dans la population décrite ici. Cette différence d'intensité d'exposition explique probablement pourquoi les auteurs n'ont pu trouver d'association significative sur l'ensemble de la population, et pourquoi des associations ne sont apparues avec la plombémie qu'en étudiant les sous-groupes d'enfants avec des taux de plombémie supérieurs à 50 µg/L. En outre, à des taux d'exposition aussi bas, il n'est pas formellement exclu qu'il n'y ait pas d'associations générées par un troisième facteur (nutritionnel, métabolique, génétique, etc.) qui influence à la fois le métabolisme des biomarqueurs et l'ingestion/la capture du plomb et du mercure.

L'acide homovanillique urinaire et la prolactine sérique demeurent donc des marqueurs biologiques potentiels des effets du plomb et du mercure dignes d'être étudiés de manière plus approfondie chez des enfants avec des taux d'exposition plus élevés que dans l'étude présente. n

Remerciements

Cette étude a été effectuée avec le soutien de l'Association Minéraux, métaux non ferreux, santé et environnement (AMSE, France) et de la Commission européenne (ENV4-CT96-0171).A. Bernard est Directeur de recherche auprès du Fonds national de recherche scientifique (Belgique).

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