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Pollution atmosphérique, dioxines, éthers de glycol, stations
de téléphonie mobile, nuisance sonores : la liste est longue
d'événements ou de dossiers récents qui provoquent
et entretiennent l'émoi du public vis-à-vis des pollutions
environnementales, réelles ou supposées, pouvant avoir un
impact sur la santé. Un sondage réalisé en avril dernier
à l'initiative de la Commission européenne plaçait
le sujet santé et environnement au premier rang des préoccupations
environnementales des Européens, et tout particulièrement
des Français.
Cette sensibilité croissante de nos compatriotes à la
sécurité sanitaire environnementale peut s'expliquer de
plusieurs façons : amélioration de l'information du public,
progrès des connaissances scientifiques et des dispositifs de surveillance
sanitaire et environnementale, abaissement du seuil d'acceptabilité
des risques par la population, en particulier pour les risques subis et
non choisis.
Elle tient aussi à la complexité des questions traitées
et à leur caractère non circonscrit : autant l'on sait généralement
appréhender l'impact de fortes doses de polluants lors d'expositions
brèves, autant l'on sait agir dans le domaine de l'hygiène
et de la prévention des pollutions industrielles majeures, autant
l'exercice s'avère beaucoup plus difficile quand il s'agit de pollutions
diffuses et multiples auxquelles sont soumises des populations nombreuses
sur de longues durées. En cas d'exposition prolongée, un
niveau faible de pollution peut devenir à terme un véritable
enjeu de santé publique. C'est de cette catégorie que semblent
bien relever les nouveaux problèmes sanitaires environnementaux
émergents.
Une telle évolution, tant pour ce qui relève de la nature
des risques auxquels nous avons désormais à faire face qu'en
ce qui concerne la demande sociale quant à la manière de
les traiter, impose à la puissance publique de bien définir
son action. Les problèmes de méthode sont d'autant plus
importants que l'on se trouve souvent confronté à des situations
de déficit d'information, d'incertitude, voire d'ignorance scientifiques
qui rendent la prise de décision particulièrement délicate.
Deux écueils majeurs sont à éviter : l'inaction au
prétexte d'un manque de preuves ou de certitude établies
et, à l'inverse, l'adoption de mesures excessives et trop contraignantes
prises dans l'urgence et la peur, sans réelle estimation de leur
coût et leur efficacité.
La première des responsabilités de l'État est alors
de se doter d'une capacité d'identification et d'appréhension
de ces risques, la plus précise et la plus complète possible.
La démarche d'évaluation des risques reconnue au plan international
et ses quatre grandes étapes (identification du danger, relations
dose-effet, évaluation des expositions, caractérisation
des risques) est une référence incontournable dans ce domaine,
sachant que selon les polluants ou les nuisances considérés,
certaines étapes méritent plus d'attention que d'autres
et peuvent relever soit du domaine de la veille et de la collecte de données,
soit du domaine de l'investigation et de la recherche plus fondamentales.
La mise en place récente de l'Agence française de sécurité
sanitaire environnementale participe de cette exigence.
La deuxième des responsabilités tient à la hiérarchisation
des risques identifiés, d'une part pour faire en sorte que les
problèmes décelés soient traités selon des
priorités objectives et transparentes, et non en fonction des polémiques
déclenchées ou de l'efficacité des groupes de pression
et, d'autre part, dans une perspective de développement durable
en cessant de considérer que les progrès de la science suffiront
dans le futur à réparer les conséquences des risques
que nous prenons aujourd'hui.
Cette vision à long terme participe de la troisième catégorie
de responsabilités qui concerne à la fois l'adoption de
mesures correctives et préventives, proportionnées à
l'ampleur et à la nature des risques et à leurs impacts.
L'enjeu est ici une allocation la plus rationnelle possible de ressources
publiques par nature toujours limitées, sachant que les critères
de rationalité doivent être explicités et prendre
en compte à la fois l'efficacité économique et les
attentes de la collectivité.
Ces trois premières responsabilités placent la sécurité
au cur de l'action de l'État. La quatrième et dernière
paraît tout aussi importante : c'est celle de la transparence et
de la participation. La transparence doit s'appliquer à la manière
dont sont conduites les expertises, de façon à pouvoir confronter
les connaissances et juger de la pertinence des méthodes employées,
mais aussi aux procédures et aux mécanismes de décision.
La participation enfin, parce que la demande sociale face au risque ne
peut être satisfaite uniquement par la production et la diffusion
d'informations, même si leur qualité, leur cohérence
et leur lisibilité sont améliorées. Il convient en
effet, dans un double souci d'efficacité et d'exercice de subsidiarité,
d'associer plus systématiquement les différentes catégories
d'acteurs concernés, scientifiques ou non, aux différentes
étapes de l'analyse des risques, depuis la formulation des problèmes
jusqu'à l'évaluation des actions mises en uvre.
C'est au travers de cette triple exigence de sécurité,
de transparence et de participation que nous parviendrons à gérer
le plus efficacement les risques sanitaires environnementaux. C'est dans
cet esprit que nous préparons un plan national d'action en santé
environnementale ainsi que l'a demandé le Président de la
République.
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