John Libbey Eurotext

Médecine et Santé Tropicales

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Behind neglected tropical deseases are… neglected people with diseases Volume 26, issue 2, Avril-Mai-Juin 2016

Le concept de maladies tropicales négligées (MTN) est né dans les années 1990 où un groupe d’associatifs (ReMeD) et d’universitaires français (Bordeaux, Grenoble, Chatenay-Malabry) soutenus par le ministère de la Coopération (notamment grâce à un fonds d’aide et de coopération) a mis en exergue le fait que moins de 3 % des budgets de recherche et développement, publics et privés, étaient consacrés aux maladies tropicales.

L’alerte avait été donnée quand le laboratoire Sanofi a arrêté la fabrication du melarsoprol, ce qui privait les malades trypanosomés (sommeilleux) de traitement. À cette époque il était question de médicaments négligés et une certaine analogie existait avec les médicaments orphelins.

Le flambeau a été repris par Médecins sans frontières (MSF) qui en 2002 consacre l’argent de son prix Nobel de la paix à ce combat pour faire en sorte que les malades tropicaux puissent se soigner. Ce combat se transforme en un partenariat public privé le DnDI (Drugs for neglected diseases initiative, www.dndi.org), destiné à recréer les moyens de traiter des maladies pour lesquelles les laboratoires pharmaceutiques manifestent peu ou pas d’intérêt de recherche : trypanosomiases, leishmaniose, etc. Ainsi entre 2000 et 2011, parmi les 850 nouvelles molécules produites, seules 4 % concernent les maladies négligées alors que ces maladies sont responsables de 11 % de l’ensemble des maladies.

La même année, en 2002, la mise en route du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (FMLSTP) va encore diminuer l’intérêt des pouvoirs publics et des entreprises pharmaceutiques pour ces malades « négligés ».

Des initiatives, essentiellement anglo-saxonnes, se mettent alors en place pour lutter contre les schistosomiases (SCI), l’onchocercose (APOC) ou les filarioses.

Un programme intégré de lutte contre quatre maladies négligées est mis en œuvre avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans certains pays. Un passage annuel dans les écoles permet par exemple de traiter en une fois les schistosomiases avec le praziquantel, les filarioses avec l’ivermectine, les géo helminthiases avec l’albendazole et le trachome avec l’azythromycine.

C’est en 2007 que l’assemblée mondiale de l’OMS définit les MTN et en donne une liste de 17 :

  • (i)helminthes : helminthes transmis par le sol (ascaris, trichocéphale, ankylostomes), filariose lymphatique, onchocercose, schistosomiases, dracunculose, cysticercose, échinococcose, trématodes d’origine alimentaire et autres « zoonoses négligées » ;
  • (ii)protozoaires : leishmanioses, trypanosomiase humaine africaine, maladie de Chagas ;
  • (iii)infections bactériennes : lèpre, trachome, ulcère de Buruli, tréponématoses endémiques (pian) ;
  • (iv)infections virales : dengue, rage.

La définition exacte de ces MTN est mouvante et politique, mais globalement ce sont toutes les maladies qui ne se transmettent pas dans le Nord et qui donc n’intéressent pas l’industrie pharmaceutique car elle ne trouve pas un intérêt économique à développer des molécules pour des malades nombreux mais non solvables.

En 2012, les chefs d’État réunis à Londres s’engagent à lutter contre les MTN et en 2015 l’assemblée générale de l’OMS lance un programme de lutte contre les MTN. Mais les rencontres politiques les plus importantes sont celles du G7 de Berlin en 2015 et au Japon en 2016 qui inscrivent cette lutte contre les MTN dans l’agenda politique des États. Les objectifs de développement durable (ODD) citent l’éradication des MTN dans leurs objectifs pour 2030. En 2016 les autorités françaises mettent en place un réseau de lutte contre les MTN.

Pour avancer dans cette lutte il faut encore de notables efforts de recherche car il manque des moyens de diagnostic et de suivi ainsi que des médicaments pour plusieurs des MTN.

Il faut surtout convaincre les bailleurs à investir dans cette lutte car les MTN sont : des maladies qui affectent des populations pauvres, souvent rurales loin des capitales, le nombre de cas n’est pas toujours important, les DALYs (nombre d’années de vie en bonne santé perdues) ne sont pas pertinents car ils se rapportent à la population globale, l’éradication n’est pas forcément la disparition de tous les cas et enfin, plus les progrès de la lutte progressent moins la MTN apparaît comme importante. Cette caractéristique entraîne une difficulté majeure pour la pérennisation des actions de lutte car il est toujours très difficile de financer un programme quand il ne reste « que » quelques centaines de malades.

Une difficulté supplémentaire réside dans leur hétérogénéité, ces maladies sont rangées dans un concept global pour des raisons politiques mais leur prévalence est très variée de plusieurs centaines de millions pour les schistosomiases, helminthiases, leishmanioses, dengue à quelques dizaines de milliers pour trypanosomiases ou Buruli. Les stratégies de lutte sont aussi très différentes même si on distingue les MTN à prise en charge des cas nécessitant un diagnostic individuel et un traitement individualisé (trypanosomiases, Buruli) des MTN à chimiothérapie de masse (helminthiases, schistosomiases). Ces stratégies font intervenir à des degrés divers le diagnostic, le traitement, les soins, la lutte antivectorielle, les changements de comportement, les interventions sur l’environnement, etc..

Ces maladies tropicales négligées ne doivent pas nous faire oublier l’obligation d’équité et d’accès aux soins universels. Derrière ces maladies, il y a des malades à ne pas négliger et donc une contrainte éthique.

Liens d’intérêts

les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec cet article.