ARTICLE
Auteur(s) : Amélie Mlynski, Magalie Lefrançois, Claude Laurian
Chirurgie vasculaire, groupe hospitalier Saint-Joseph,
185 rue R. Losserand, Paris, 75014
Observation
Mme B., 27 ans, tunisienne, est hospitalisée dans le service
pour prise en charge d'une aorto-artérite inflammatoire.
En 2003, un épisode de dyspnée aiguë, sans fièvre, constituait
probablement la phase initiale de la maladie. En 2004
apparaissaient une gêne présternale à l'effort et une fatigabilité
peu invalidante des deux membres supérieurs. Aucun bilan n'était
effectué. En février 2008, apparaît brutalement une symptomatologie
à type de sensations vertigineuses, s'accompagnant de céphalées, de
flous visuels positionnels, et d'instabilité à la marche.
À son arrivée en mai 2008, un bilan des TSA était effectué :
- – au niveau neurologique, la patiente est de nouveau
asymptomatique. Cliniquement, il existait un pouls carotidien
droit isolé. Au doppler, on retrouvait à droite une occlusion
segmentaire de la vertébrale, une sténose serrée diffuse de la
carotide primitive ; à gauche, une sténose serrée proximale de
la vertébrale et une occlusion de la carotide primitive avec
revascularisation médiocre des carotides interne et externe. (figure 1)
Le doppler intracrânien montre des artères cérébrales moyennes
et des vertébrales de flux démodulé, mais conservé ;
- – au niveau des membres supérieurs, la patiente
présentait une fatigabilité à l'effort, peu invalidante dans
son métier d'institutrice. Cliniquement, aucun pouls n'était perçu.
Au doppler, on retrouvait une sténose des deux artères
sous-clavières postvertébrales. L'angioscanner confirmait ces deux
sténoses, avec une revascularisation axillaire distale gauche
;
Le bilan était complété :
- – au niveau pulmonaire, l'angioscanner thoracique
retrouvait des sténoses proximales au niveau des branches
inférieures des artères pulmonaires, avec développement d'une
circulation artérielle bronchique. La scintigraphie montrait
des défauts de perfusion des lobes inférieurs (figure 2) ;
- – au niveau cardiaque, chez une patiente asymptomatique,
le bilan ne retrouvait pas d'anomalie de la valve aortique, des
coronaires ou de la fonction cardiaque ;
- – au niveau abdominal et des membres inférieurs, la
patiente est totalement asymptomatique. Les pouls ne sont pas
perçus au niveau des membres inférieurs. Le doppler retrouve
une aorte cœliaque épaissie, une sténose de la mésentérique
supérieure longue, des sténoses des deux artères rénales non
significatives, et une sténose très serrée, longue de l'aorte sous
rénale, sans anomalie des vaisseaux iliaques et sous-jacents.
Le scanner confirmait la sténose de l'aorte sous-rénale,
étendue jusqu'à un centimètre au-dessus de la bifurcation aortique
(figure 3)
;
- – au niveau biologique, le bilan était normal, mais la
patiente est sous corticothérapie depuis février 2008.
L'ischémie cérébrale, confirmée par l'altération des flux dans
les territoires carotidiens, conduisait à retenir la
revascularisation carotide gauche. La revascularisation des
membres supérieurs n'est pas retenue, en raison d'une
symptomatologie peu invalidante et des lésions
axillo-sous-clavières étendues. Un pontage entre l'aorte ascendante
et la bifurcation carotidienne gauche par une prothèse en
polytétrafluoroéthylène (PFTE) de 7 mm fut réalisé pour
assurer la revascularisation hémisphérique.
Dans les suites postopératoires à court terme, la patiente ne
présentera pas de complication neurologique. L'analyse histologique
confirmera la présence d'une artérite inflammatoire chronique (figure 4).
Le doppler de contrôle sera satisfaisant.
La corticothérapie sera progressivement diminuée, puis
arrêtée. L'indication de revascularisation des membres inférieurs
sera retenue dans un second temps, afin de pouvoir réaliser
une surveillance tensionnelle artérielle.
Commentaires
Artérite inflammatoire des vaisseaux de gros calibre, la maladie de
Takayasu atteint préférentiellement l'aorte et ses principales
branches. Il s'agit d'une panartérite segmentaire, touchant
surtout la média et l'adventice [1, 2]. L'épaississement de la
paroi vasculaire est le signe le plus précoce de la maladie,
aboutissant progressivement à des sténoses [1].
L'incidence de la maladie varie de 1,2 à
2,6 cas/millions/an. Les femmes entre 20 et
40 ans en sont plus souvent atteintes que les hommes.
Les manifestations sont très polymorphes [3].
La survie est satisfaisante (90 % à 5 ans) ; en revanche,
la morbimortalité est importante.
L'atteinte des artères rénales peut être à l'origine
d'une hypertension artérielle d'origine rénovasculaire.
La présence de cette hypertension artérielle est un facteur de
mauvais pronostic, de même que certaines atteintes cardiaques :
lésions des artères coronaires ou de la valve aortique [2].
Enfin, une partie est représentée par les complications
neurovasculaires [1].
L'atteinte des artères des membres entraîne une claudication
souvent peu invalidante en raison de la collatéralité
artérielle.
Le diagnostic est fondé en grande partie sur le bilan
anatomique, et le retentissement fonctionnel. Les critères
diagnostiques d'Ishikawa, modifiés par Sharma en 1996,
suggèrent, s'ils sont présents, une forte probabilité de maladie de
Takayasu [3, 4]. Il n'y a pas vraiment de consensus dans la
prise en charge du traitement de cette maladie. Il est
cependant admis que le traitement de première ligne est la
corticothérapie, associée en cas d'échec à d'autres
immunodépresseurs [1-3]. Les antiagrégants plaquettaires sont
souvent associés. L'évolution progressive des sténoses fait que
s'installe progressivement une circulation collatérale efficace et,
d'après les images radiologiques de sténose, il n'y a pas lieu
d'intervenir chirurgicalement [3, 5]. Les indications
opératoires sont posées en cas de retentissement fonctionnel majeur
ou de risques vitaux. Les gestes chirurgicaux ne doivent pas être
réalisés en phase inflammatoire [1-3, 5].Conflit
d'intérêts : non déclaré.
Références
1 Piette AM, Arnaud L. Maladie de Takayasu. In :
Encyclopédie médico-chirurgicale. Cardiologie, 2006.
2 Piette AM, Blettry O. Maladie de Takayasu. In :
Encyclopédie médico-chirurgicale. Angiologie, 1998.
3 Quéméneru Th, Hachulla E, Lambert M, et al. Maladie de
Takayasu. In : Encyclopédie Orphanet. Vol 35. Paris : Presse
Med, 2006 ; 847-56.
4 Hachulla E, Lambert M. Maladie de Takayasu. In : Encyclopédie
pratique de médecine, 1998.
5 El Mesnaoui A, Sedki N. Revascularisation cérébrale
dans la maladie de Takayasu. Annales de Cardiologie et
d'Angéiologie 2007 ; 56 : 130-6.
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