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Marfan’s syndrome


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 20, Number 10, 511-20, Décembre 2008, Mini-revue

DOI : 10.1684/stv.2008.0338

Résumé   Summary  

Author(s) : Guillaume Jondeau, Delphine Detaint, Florence Arnoult, Mathieu Gauthier, Gabriel Delorme, Catherine Boileau , Département de cardiologie, centre de référence sur le syndrome de Marfan et apparentés, hôpital Bichat, 46, rue Henri-Huchard, 75018 Paris, France.

Summary : Marfan’s syndrome is characterised by clinical signs of different systems: cardiovascular (aortic dilatation, risk of dissection, mitral valve prolapse), ophthalmological with risk of blindness, rheumatological, dermatological and neurological. It is a genetic disorder, usually related to a mutation of the gene coding for type 1 fibrillin. The physiopathology has been clarified over the last few years by the implication of the TGF-beta signalling pathway. The specific receptors may be abnormal in some cases\; this pathway seems paradoxically activated in the aortic wall. Its blockade in the mouse limits aortic dilatation and clinical studies are underway. While waiting for these results, present management is based on beta blocker therapy, regular checks of the aortic diameter and preventive surgery, usually with preservation of the aortic valve. The life expectancy of these patients has already increased by 30 years and this could continue in the future with an improved quality of life.

Keywords : Marfan’s syndrome, TGF-beta, aortic valve, genetic mutation

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ARTICLE

Auteur(s) : Guillaume Jondeau, Delphine Detaint, Florence Arnoult, Mathieu Gauthier, Gabriel Delorme, Catherine Boileau

Département de cardiologie, centre de référence sur le syndrome de Marfan et apparentés, hôpital Bichat, 46, rue Henri-Huchard, 75018 Paris, France

Le syndrome de Marfan est une maladie génétique dominante autosomique, généralement en rapport avec une mutation du gène de la fibrilline de type 1. C’est la plus fréquente des maladies monogéniques responsables d’anévrisme de l’aorte ascendante. La compréhension de sa physiopathologie a beaucoup évolué ces dernières années, ainsi que sa prise en charge et son pronostic. Une étude débute, qui évalue le bénéfice du losartan chez les patients présentant un syndrome de Marfan à la suite des avancées obtenues dans le modèle animal (souris KI).

Sur le plan cardiovasculaire, elle se traduit par une faiblesse de la paroi aortique qui se dilate progressivement au cours de la vie et risque de se disséquer : avant que la chirurgie de remplacement de la racine de l’aorte ne soit réalisée (intervention de Bentall), les patients mourraient à 80 % des conséquences de la dilatation aortique (dissection ou fuite aortique avec insuffisance cardiaque), et la moitié des patients décédaient avant l’âge de 40 ans. Depuis que la prise en charge médicale et chirurgicale a été optimisée, l’espérance de vie des patients a augmenté de plus de 30 ans. Un volet fondamental est donc la chirurgie de remplacement de la racine de l’aorte qu’il va falloir proposer à temps pour éviter que les complications ne surviennent, mais pas trop précocement afin d’éviter au patient de prendre un risque inutile (certains patients présentant un syndrome de Marfan ne sont jamais opérés et s’en trouvent très bien). On tend actuellement à préserver les valves natives et ainsi éviter le traitement anticoagulant au long cours et les complications des valves mécaniques.

La deuxième complication cardiovasculaire classique de la maladie est le prolapsus valvulaire mitral qui peut également relever d’une intervention chirurgicale.

Le syndrome de Marfan peut également se compliquer sur le plan ophtalmologique (décollement de rétine, cécité, glaucome) et orthopédique ou rhumatologique : en dehors de la scoliose qui peut justifier une intervention chirurgicale, les complications articulaires, notamment douloureuses, viennent maintenant au premier plan du tableau depuis que l’on voit des patients plus âgés.

Critères diagnostiques

Le syndrome de Marfan est, à ce jour, défini par des critères essentiellement cliniques (établis à Ghent) publiés en 1996 et qui font toujours référence [1]. Ces critères sont complexes et témoignent de la difficulté diagnostique (figure 1A).

Pour parler de syndrome de Marfan, il faut retrouver une atteinte de 3 systèmes avec au moins 2 signes majeurs. Cela illustre la nécessité de la collaboration de multiples spécialistes pour porter le diagnostic (tableau I).

L’importance des critères cliniques dans la définition de la pathologie illustre les limites floues de ce syndrome : des mutations de la fibrilline, mais également du gène codant pour le récepteur 2 et peut-être du récepteur de type 1 du TGF-bêta peuvent donner des tableaux plus ou moins complets. Parfois, aucune mutation n’est retrouvée.

La fréquence des différents signes cliniques est donnée à titre d’illustration pour les patients qui se sont présentés au centre de référence et chez lesquels un diagnostic de certitude a été porté. L’atteinte rhumatologique est la plus fréquente : l’arachnodactylie est présente chez 80 % des patients (signe du poignet ou signe du pouce), un pectus chez plus de 50 %, la dolichosténomélie chez 1/3 (rapport envergure/taille > 1,05). Les autres signes sont plus rares. Les douleurs rachidiennes sont les complaintes les plus fréquentes qui justifient en règle un simple traitement phytothérapique et symptomatique. La surveillance est dictée par les symptômes.

L’atteinte ophtalmologique est dominée par l’ectopie du cristallin (65 % des patients) et la cornée plate (40 % des patients). La myopie forte est plus rare. La surveillance doit être annuelle du fait du risque de déplacement du cristallin qui peut se compliquer de cécité. On peut proposer alors une intervention préventive d’ablation du cristallin.

L’atteinte cutanée est présente surtout dans les formes complètes, et l’atteinte pulmonaire (pneumothorax) est rare.

La multiplicité des signes cliniques et des systèmes atteints souligne l’importance, pour porter le diagnostic, de la réunion de l’avis de différents spécialistes. Du fait de la grande variabilité des signes cliniques, l’évocation du diagnostic devrait être systématique devant tout anévrisme ou dissection de l’aorte, et ce, d’autant plus que l’origine athéromateuse est moins probable. On devrait donc faire un bilan à la recherche d’une atteinte des différents appareils et une enquête familiale pour rechercher d’autres anévrismes dans la famille.

Tableau I Critères diagnostiques du syndrome de Marfan selon De Paepe et al. [1]

Système

Signes cliniques majeurs

Signes cliniques mineurs

Définition de l’atteinte du système

Squelettique

  • – Pectus carinatum ou excavatum nécessitant la chirurgie
  • – Rapport segment supérieur sur segment inférieur bas ou envergure sur taille > 1,05
  • – Signe du poignet ou du pouce
  • – Scoliose > 20 ou spondylolisthésis
  • – Extension maximale des coudes < 170
  • – Pied plat
  • – Protrusion acétabulaire


  • – Pectus excavatum modéré
  • – Hyperlaxité ligamentaire
  • – Palais ogival avec chevauchement des dents
  • – Faciès


Majeure : si au moins 4 signes cliniques majeurs sont présents

Oculaire

Ectopie cristalline

– Cornée plate

Présence d’au moins 2 signes mineurs

– Globe oculaire allongé

– Iris hypoplasique ou hypoplasie du muscle ciliaire

Cardiovasculaire

  • – Dilatation de l’aorte ascendante intéressant les sinus de Valsalva
  • – Dissection aortique


  • – Insuffisance aortique
  • – Prolapsus valvulaire mitral avec ou sans fuite
  • – Dilatation de l’artère pulmonaire avant l’âge de 40 ans
  • – Calcifications de l’anneau mitral avant l’âge de 40 ans
  • – Anévrisme ou dissection de l’aorte abdominale avant l’âge de 50 ans


Présence d’au moins 1 signe mineur

Pulmonaire

– Pneumothorax spontané

Présence d’au moins 1 signe mineur

– Bulle apicale

Cutané

– Vergetures (à l’exclusion de : grossesse, perte de poids)

Présence d’au moins 1 signe mineur

– Hernies récidivantes

Dure-mère

Ectasie de la dure-mère lombosacrée

Présence d’1 signe majeur

Génétique

– Un parent direct ayant les critères diagnostiques

– Mutation de FBN1 déjà connue pour provoquer un MFS

– Présence d’un marqueur génétique proche du gène de la fibrilline de type I, se transmettant avec la maladie dans la famille

Atteinte cardiaque

La gravité du syndrome de Marfan vient du risque de dissection aortique qui lui est associé. La dissection aortique est, ici, précédée d’une dilatation aortique, si bien que le diamètre aortique est le meilleur marqueur du risque de dissection que présente un patient.

Histologie

Sur le plan histologique (figure 1B), la paroi d’un patient présentant un syndrome de Marfan est identique à la paroi aortique d’un patient présentant un anévrisme de l’aorte ascendante d’autre origine. La disparition des cellules musculaires lisses, la fragmentation des fibres d’élastine, l’apparition de zones acellulaires riches en polysaccharides ne permettent pas d’orienter le diagnostic. L’aspect histologique est également identique en cas d’anévrisme associé à une bicuspidie de la valve aortique ou est observé en cas d’anévrisme sur valve tricuspide, sans facteur familial, chez les sujets plus âgés. Ainsi, le diagnostic de maladie de Marfan ne peut pas être porté sur l’histologie.

Physiopathologie

Elle a beaucoup évolué ces dernières années [2].

Conception classique

La fibrilline de type 1 intervient lors de la mise en place des fibres d’élastine, pour lesquelles elle pourrait jouer un rôle de « tuteur ». L’anomalie de la fibrilline entraînerait donc directement une anomalie des fibres d’élastine. L’anomalie des fibres d’élastine explique la fragilité de la paroi aortique des patients, qui est également « rigide » avec perte de son élasticité. Cela reste vrai aujourd’hui.

On a également proposé que l’anomalie de la fibrilline soit responsable d’une anomalie de la transmission des forces à la cellule musculaire lisse, qui, de ce fait, libère des métalloprotéases qui détruisent la paroi. Cette théorie reste d’actualité.

Importance de la voie du TGF-bêta

De grandes ouvertures ont été obtenues grâce à un modèle de souris KI pour une mutation humaine de la fibrilline de type 1. Cette souris développe des anomalies proches des anomalies observées chez les patients présentant un syndrome de Marfan (figure 2A et B). Notamment, une dilatation aortique survient avec une désorganisation de la structure de la paroi. Les fibres d’élastine sont rompues, l’épaisseur de la paroi est augmentée. Dans ce modèle, dans lequel surviennent également un prolapsus valvulaire mitral avec épaississement des valves, un emphysème pulmonaire et une myopathie squelettique, la voie du TGF-bêta semble être activée de façon inappropriée.

Le TGF-bêta est une cytokine, synthétisée par les cellules musculaires lisses sous forme de dimère (figure 3). Cette molécule est stockée au niveau des microfibrilles, et notamment de la fibrilline 1. Elle se fixe sur des récepteurs de type 2 (TGFBR2) qui s’associent aux récepteurs de type 1 (TGFBR1). Ces derniers se phosphorylent et phosphorylent la smad-2 intracellulaire. Smad-2 est un intermédiaire intracellulaire qui va être transloqué dans le noyau une fois phosphorylé, en association avec d’autres molécules, où il va modifier l’expression de certains gènes, notamment ceux codant pour des protéines de la matrice extracellulaire.

Dans le modèle de souris Marfan, KI pour une mutation humaine de la fibrilline de type 1, le taux de smad-2 phosphorylé est élevé dans les cellules musculaires lisses de la paroi aortique notamment. Plus intéressant, le blocage de la voie du TGF-bêta par un anticorps anti-TGF-bêta permet de limiter la dilatation aortique chez les souriceaux. Enfin, le même résultat peut être obtenu en donnant aux souriceaux du losartan. Cette molécule bloque la dilatation aortique, diminue le nombre de cellules dans lesquelles le smad-2 est phosphorylé. Pour expliquer ces résultats, on imagine que la fibrilline anormale ne permet plus le stockage du TGF-bêta. Celui-ci est libéré et peut alors se fixer sur ses récepteurs [3].

La grande question est de savoir si les patients présentant un syndrome de Marfan pourraient bénéficier de cette thérapeutique. Diverses études sont en cours à travers le monde, qui donneront une réponse dans quelques années. Une étude a lieu en France comparant le placebo et le losartan en double insu, en plus du traitement classique. Pour l’instant, les données préliminaires, rapportées par les promoteurs de la théorie, sont encourageantes.

Se pose tout de même la question de la spécificité de cette observation : le taux de smad-2 phosphorylé est augmenté dans des parois aortiques de patients présentant une mutation de la fibrilline, mais également chez les patients porteurs d’une mutation du récepteur 2 du TGF-bêta, dont on sait qu’elle bloque la transmission du signal. Chez ces patients, la stimulation de la voie du TGF-bêta est inattendue et actuellement complètement inexpliquée.

Clinique

L’atteinte aortique prédomine sur la partie initiale de l’aorte : la dilatation est généralement maximale au niveau des sinus de Valsalva. Cela est vrai lorsque la mutation en cause est une mutation du gène de la fibrilline, mais également une mutation des récepteurs du TGF-bêta. A l’inverse, en cas de bicuspidie, la dilatation aortique est maximale au-dessus de la jonction sinotubulaire et prédomine sur la convexité. Les raisons en sont mal connues.

La dilatation aortique est un des critères majeurs du diagnostic de la maladie, et la reconnaître est donc fondamental. Il faut donc que cette mesure soit standardisée pour que la reproductibilité soit maximale (figure 4). Les normes les plus utilisées sont celles publiées par Roman et al. en 1989, même si elles sont établies à partir d’une petite population. Elles sont probablement imparfaites, surtout chez les enfants pour lesquels on peut conclure à tort à une dilatation aortique. La figure 4 montre la technique de mesure à utiliser, en voie parasternale, en incluant la paroi antérieure et non la paroi postérieure, en s’assurant de mesurer le diamètre perpendiculairement à l’axe de l’aorte. Cette mesure généralement réalisée par échographie (et fiable) peut parfois être difficile, et il faut alors la réaliser avec une autre technique en appliquant les mêmes règles. Notamment, la mesure effectuée sur des coupes de scanner horizontales, sans reconstruction conduit à des mesures de diamètres erronées.

On doit garder en tête qu’une dilatation aortique modérée est compatible avec un diamètre aortique restant dans les valeurs normales : si l’aorte a un diamètre avant toute dilatation exactement à la valeur moyenne de la population générale, elle ne sera considérée comme dilatée que si elle dépasse 2 écarts-types. Cela est surtout important pour ne pas considérer que l’atteinte aortique est absente, si le patient présente d’autres signes, et ne pas, à tort, le priver du traitement préventif de la dissection.

Dissection de l’aorte

La dissection aortique survient très généralement au niveau de l’aorte ascendante, mais peut s’étendre au niveau de la crosse, des vaisseaux du cou et de l’aorte descendante. La dissection de l’aorte descendante sans dissection de l’aorte ascendante est plus rare. Elle risque de se compliquer d’une dilatation progressive qui imposera une intervention. En revanche, la dissection des vaisseaux du cou, des artères digestives, rénales, des membres inférieurs est l’extension d’une dissection aortique, et la maladie ne prédispose pas à la dissection des vaisseaux cérébraux.

La dissection de l’aorte ascendante a d’autant plus de risque de survenir que :

  • la dilatation est importante : on considère que le risque est faible (bien que non nul) lorsque le diamètre aortique au niveau des sinus de Valsalva reste en dessous de 50 mm. Une dissection est exceptionnelle en l’absence de dilatation. Le diamètre aortique est considéré comme le facteur prédictif le plus puissant de dissection aortique ;
  • la dilatation est rapide : cela doit faire répéter l’examen afin de confirmer la valeur par une autre technique d’imagerie ;
  • la dilatation aortique est diffuse et s’étend au-delà de la jonction sinotubulaire ;
  • un parent a présenté une dissection aortique sans dilatation importante ;
  • le patient réalise des efforts isométriques qui s’accompagnent d’une augmentation importante de la pression artérielle systolique et augmentent ainsi la contrainte appliquée à l’aorte initiale. Il faut donc déconseiller les sports qui impliquent ce type d’effort, tels le basket-ball, le tennis, le hand-ball, le volley-ball… et bien sûr la musculation que ces patients pourraient être désireux de la pratiquer du fait de la diminution de la masse musculaire qui accompagne parfois le syndrome ;
  • le patient est hypertendu ;
  • le patient ne prend pas de traitement bêtabloquant ;
  • la patiente est enceinte (d’où l’importance de ne pas arrêter le traitement bêtabloquant pendant cette période ni lors de l’accouchement ni en post-partum : l’allaitement est moins important que la vie de la mère !).

La dilatation aortique peut également être responsable d’une fuite aortique : l’altération de la géométrie de la racine aortique modifie la position des valves et peut faire apparaître une fuite. C’est ce mécanisme qui est en cause le plus souvent lorsqu’une fuite est présente, et la fuite est grossièrement proportionnelle à la dilatation aortique, rare avant 50 mm. Un prolapsus d’une des valves aortiques peut également s’observer, et enfin une endocardite peut aggraver une fuite. En pratique, de nos jours, les fuites aortiques observées chez les patients sont généralement modérées.

Traitement

Le traitement de la dissection de l’aorte doit être préventif. Il repose sur l’éducation du patient, les bêtabloquants, la surveillance échocardiographique régulière et la chirurgie de remplacement de l’aorte préventive.

Médical : limitation des sports, traitement bêtabloquant, prévention de l’endocardite éventuellement

Le patient doit éviter les efforts au cours desquels la pression artérielle systolique, et donc la contrainte appliquée sur la racine de l’aorte, s’élève brutalement et de façon importante ; il existe une classification des sports par l’American College of Cardiology qui peut être utilisée pour guider les patients.

Il faut également éviter les sports comportant des accélérations et des décélérations brutales, ainsi que les sports de contact pour limiter les risques oculaires.

Les bêtabloquants diminuent la vitesse d’éjection aortique et ainsi la vitesse de distension de l’aorte, et probablement surtout la fréquence cardiaque. Leur bénéfice a été confirmé par une étude randomisée contre placebo en simple insu, réalisée par l’équipe de l’hôpital John Hopkins, chez 70 patients de plus de 12 ans (figure 5). Dans le groupe de patients recevant le bêtabloquant (32 patients), la dilatation aortique était moins rapide, la survenue d’une dissection aortique plus rare (2 contre 4 dans le groupe placebo) et le taux global de complications (décès, dissection, diamètre supérieur à 60 mm, insuffisance aortique chirurgicale) moindre (5/32 patients recevant un bêtabloquant et 9/38 patients recevant un placebo). Chez les enfants, aucune étude n’a définitivement établi un bénéfice équivalent, en partie au moins à cause de la difficulté de réalisation d’une étude de ce type (le diagnostic est difficile chez les enfants du fait de l’apparition progressive des signes au cours de la vie). Diverses études rétrospectives suggèrent néanmoins un bénéfice identique (figure 6). Il semble logique de protéger l’aorte avant qu’une dilatation (qui témoigne déjà d’un remaniement important de l’aorte) ne soit survenue, dès que la fragilité de l’aorte est établie. Le bénéfice des bêtabloquants est établi y compris pour les patients dont le diamètre aortique est initialement normal. La molécule généralement utilisée est l’aténolol, à la dose de 100 mg si possible.

Le traitement bêtabloquant doit être poursuivi après chirurgie de remplacement de l’aorte ascendante, car l’ensemble de l’aorte est modifié par la maladie et une dissection de l’aorte descendante reste possible.

Les alternatives au traitement bêtabloquant ne doivent s’envisager aujourd’hui qu’en cas d’intolérance. Les inhibiteurs calciques ralentisseurs sont les alternatives les plus acceptées. L’inhibition du système rénine angiotensine par un IEC ou un sartan peut être proposée, mais le bénéfice de cette attitude n’est pas validé chez l’homme. On ne dispose que de peu d’études rétrospectives, non randomisées portant sur de petits effectifs. Une étude récente suggère qu’un IEC est bénéfique sur l’évolution du diamètre aortique, mais 10 patients ont été comparés à 7 témoins dans une étude monocentrique, et la nature des résultats impose une confirmation par d’autres études multicentriques plus importantes qui sont en cours ou sur le point de débuter. Il est clair, au vu des données récentes de physiopathologie observées chez les souris, que les résultats des études réalisées chez l’homme sont attendues avec impatience [4].

Traitement chirurgical : remplacement de l’aorte ascendante

Le traitement chirurgical repose sur le remplacement de l’aorte ascendante. L’ensemble de la paroi est fragile ; l’ensemble de l’aorte ascendante doit être remplacé, et il ne doit pas persister de collerette de tissu aortique natif au-dessus des valves : le tube sus-coronaire est à bannir. On peut ou non y associer un remplacement valvulaire.

Intervention de Bentall

L’intervention de Bentall a réellement transformé le pronostic des patients présentant un anévrisme ou une dissection de l’aorte ascendante. Elle consiste à remplacer l’aorte ascendante et la valve aortique par un tube en dacron dans lequel a été cousue une valve prothétique généralement mécanique. Les coronaires sont réimplantées ensuite dans le tube en dacron aortique de préférence directement. Le chirurgien peut ou non refermer la paroi aortique native autour du tube en dacron pour favoriser l’hémostase.

Préservation de la valve aortique

On peut tenter de conserver la valve aortique native lors du replacement de l’aorte ascendante en dehors du contexte d’urgences (intervention de Yacoub ou de Tyrone David). Ces interventions comprennent une résection complète de l’aorte ascendante, et ne laissent aucune collerette aortique au-dessus des valves. Elles nécessitent une grande expertise de la part du chirurgien et l’acceptation de la part du patient de 2 risques : tout d’abord, que le résultat de la plastie soit mauvais. Cela doit être dépisté par l’évaluation per-opératoire par échographie transœsophagienne, et que cela conduise à remplacer la valve (et il faut qu’un accord ait été obtenu sur le type de valve à mettre en place dans cette éventualité) ; il faut également être conscient du risque de l’apparition d’une fuite secondairement ou de l’aggravation d’une fuite initialement minime qui nécessitera une ré-intervention dont le risque est donc plus élevé. Les fuites précoces importantes sont souvent le fait de problèmes techniques et théoriquement dépistés par l’ETO per-opératoire. L’existence d’une fuite excentrée, témoin d’un prolapsus d’une valve aortique, serait un facteur indiquant un plus grand risque d’aggravation d’une fuite précoce.

Indication opératoire

L’indication opératoire est portée du fait de la dilatation aortique sur un faisceau d’arguments :
  • le diamètre aortique maximal, généralement au niveau des sinus de Valsalva : on propose généralement une intervention lorsque le diamètre aortique est de 50 mm avec l’idée de limiter le risque de dissection, mais surtout de permettre une chirurgie de remplacement de l’aorte ascendante qui préserve les valves aortiques natives et évite ainsi au patient (ou à la patiente, notamment en cas de désir de grossesse) les problèmes liés aux valves mécaniques et au traitement anticoagulant. Les recommandations de l’ESC récentes parlent même d’une indication opératoire à porter à 45 mm, mais de nombreuses équipes préfèrent attendre 50 mm (dans notre population de plus de 800 patients, âgée en moyenne de 35 ans, la première cause de mortalité dans cette population jeune est la chirurgie cardiaque préventive, bien qu’elle soit très faible et que l’indication opératoire ait été portée à 50 mm) ;
  • l’augmentation du diamètre aortique, ce qui ne saurait trop souligner l’importance d’une surveillance régulière, annuelle et semestrielle, lorsque l’on s’approche des diamètres où la chirurgie, est recommandée.

Il faut apporter le plus grand soin à la réalisation de l’examen (généralement échocardiographique), standardiser les méthodes de mesure (figure 4) et comparer les résultats obtenus aux valeurs normales compte tenu de l’âge, du poids, du sexe et de la taille. Des valeurs normales du diamètre au niveau du sinus de Valsalva ont été publiées par Roman et sont largement utilisées pour les adultes.

La dilatation aortique peut également être responsable d’une incontinence valvulaire : en effet, les valves aortiques sont appuyées sur la paroi aortique, et une modification de la géométrie de la racine aortique modifie la géométrie des valves et peut faire perdre la continence valvulaire. C’est ce mécanisme qui est en cause le plus souvent, et la fuite est grossièrement proportionnelle à la dilatation aortique, rare avant 50 mm. Le deuxième mécanisme qui peut également être en cause, moins fréquemment, est le prolapsus d’une des valves aortiques, et enfin une endocardite peut aggraver une fuite. En pratique, de nos jours, les fuites aortiques observées chez les patients sont généralement modérées et l’indication est portée sur le diamètre aortique ou son évolution.

Surveillance après intervention

Après remplacement de l’aorte ascendante, les patients justifient toujours d’une surveillance régulière : comme il est souligné plus haut, c’est l’ensemble de l’aorte qui est fragile chez les patients présentant un syndrome de Marfan. En conséquence :
  • le traitement bêtabloquant doit être poursuivi après l’intervention. Ce traitement est encore plus impératif lorsqu’une dissection de l’aorte a touché l’aorte descendante qui n’a très généralement pas été remplacée, au moins d’emblée ;
  • l’aorte doit être surveillée par un examen permettant de la visualiser dans son intégralité, tel que le scanner spiralé synchronisé à l’ECG ou la RMN, à réaliser dans des centres habitués à la mesure des paramètres aortiques. On peut proposer une surveillance, tous les 2 ans, en l’absence de dissection ou de dilatation importante, surveillance à renforcer en cas de complication.

Dissection aortique

Le traitement de la dissection aortique est le même chez les patients Marfan que dans la population générale : la dissection de l’aorte ascendante justifie une intervention en urgence, et la dissection de l’aorte descendante relève initialement d’un traitement médical sous surveillance régulière du diamètre par IRM ou scanner. L’indication opératoire est généralement posée au niveau de l’aorte descendante pour des diamètres de l’ordre de 60 mm, et la pose de prothèse endovasculaire est tout à fait expérimentale dans cette indication à ce jour. On considère généralement que le risque d’expansion est rédhibitoire.

Atteinte mitrale

L’atteinte mitrale est fréquente, mais se limite généralement à un prolapsus avec fuite minime ou modérée. Le remaniement de la valve est souvent moins marqué que lors d’une maladie de Barlow habituelle, même s’il arrive qu’un aspect franchement myxoïde soit retrouvé. Son traitement repose surtout sur la prévention de l’endocardite d’Osler. Cela étant, une fuite importante peut survenir en cas de rupture de cordage.

Intervention sur la valve mitrale

L’intervention sur la valve mitrale n’est nécessaire que chez une minorité des patients présentant un syndrome de Marfan et un prolapsus valvulaire. Cela étant, les indications sont les mêmes que dans la population non Marfan, avec 2 particularités :
  • il est souvent possible de faire une plastie valvulaire, dont les bons résultats sont maintenus dans le temps, même si le prolapsus est volontiers bivalvulaire. Parfois, la dilatation importante de l’anneau complique le geste ;
  • il est parfois difficile de décider que faire sur une aorte un peu dilatée chez un patient chez lequel on réalise une plastie mitrale ou, inversement, chez un patient qui va avoir une intervention de remplacement de l’aorte ascendante et qui présente un prolapsus avec une fuite dont on a l’impression qu’elle augmente.

Conclusion

Le syndrome de Marfan est une maladie génétique sous-diagnostiquée. Sa recherche devrait être systématique devant tout anévrisme de l’aorte ascendante chez un sujet jeune (moins de 50 ans). Son diagnostic conduit à une limitation des efforts violents, la mise en route d’un traitement bêtabloquant, et à une surveillance régulière du diamètre de l’aorte ascendante par échocardiographie, qui permet de porter l’indication opératoire avant que la dissection ne survienne, en permettant parfois de conserver les valves natives. Cette prise en charge a permis un allongement de l’espérance de vie des patients de l’ordre de 30 ans ! Peut-être les progrès médicaux futurs permettront-ils de retarder, voire d’éviter la chirurgie cardiaque. Cette pathologie est en pleine évolution et l’étude randomisée avec le losartan, maintenant débutée, devrait permettre de savoir si cette molécule pourra améliorer encore la prise en charge.

Références

1 De Paepe A, Devereux RB, Dietz HC, Hennekam RC, Pyeritz RE. Revised diagnostic criteria for the Marfan syndrome. Am J Med Genet 1996 ; 62(4) : 417-26.

2 Boileau C, Jondeau G, Mizuguchi T, Matsumoto N. Molecular genetics of Marfan syndrome. Curr Opin Cardiol 2005 ; 20(3) : 194-200.

3 Habashi JP, Judge DP, Holm TM, et al. Losartan, an AT1 antagonist, prevents aortic aneurysm in a mouse model of Marfan syndrome. Science 2006 ; 312(5770) : 117-21.

4 Keane M, Pyeritz R. Medical management of Marfan syndrome. Circulation 2008 ; 117(21) : 2802.

5 Roman MJ, Devereux RB, Kramer-Fox R, O’Loughlin J. Two-dimensional echocardiographic aortic root dimensions in normal children and adults. Am J Cardiol 1989 ; 64(8) : 507-12.

6 Shores J, Berger KR, Murphy EA, Pyeritz RE. Progression of aortic dilatation and the benefit of long-term beta-adrenergic blockade in Marfan’s syndrome. N Engl J Med 1994 ; 330(19) : 1335-41.

7 Ladouceur M, Fermanian C, Lupoglazoff JM, et al. Effect of beta-blockade on ascending aortic dilatation in children with the Marfan syndrome. Am J Cardiol 2007 ; 99(3) : 406-9.

8 Judge D, Biery N, Keene D, et al. Evidence for a critical contribution of haploinsufficiency in the complex pathogenesis of Marfan syndrome. J Clin Invest 2004 ; 114 : 172.


 

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