ARTICLE
Auteur(s) : Anne
Godier, Gilles Pernod, Pierre Sié
Sservice d’anesthésie-réanimation, Hôtel-Dieu, 1, place du
parvis de Notre Dame, 75004 Paris
Risque hémorragique des chirurgies et actes invasifs sous
AVK
Le risque hémorragique lors d’un traitement par AVK augmente
rapidement quand l’INR est > 4. Pour l’INR, la valeur de 1,5 est
souvent retenue comme seuil en dessous duquel il n’y a pas de
majoration des complications hémorragiques (Kearon & Hirsh
1997, White 1995, Hewitt 1997). Le seuil de 1,3 est aussi proposé.
Pour la neurochirurgie, la valeur de 1 est préférée.
Le risque hémorragique per et postopératoire dépend du type de
chirurgie.
Certaines chirurgies ou procédures invasives, responsables de
saignements peu fréquents, de faible intensité ou aisément
contrôlés, peuvent ainsi être réalisées chez des patients
anticoagulés à taux thérapeutiques. Le traitement par AVK peut
alors être poursuivi.
Les procédures à risque hémorragique modéré ou élevé nécessitent
l’arrêt des AVK.
Douketis (2002) a proposé une classification des procédures
suivant leur risque hémorragique (tableau
I).
En ce qui concerne l’anesthésie loco-régionale, la Société
Française d’Anesthésie et de Réanimation, en collaboration avec la
Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique et
la Société Française de Médecine Physique et de Réadaptation a émis
des recommandations, dont nous présentons les conclusions plutôt
que d’exposer une revue exhaustive de la littérature :
- • la réalisation d’une anesthésie péridurale ou d’une
rachianesthésie chez un patient traité par AVK expose à un risque
d’hématome périmédullaire et n’est pas recommandée ;
- • en ce qui concerne les blocs périphériques des membres
chez l’adulte les recommandations établies en mars 2003 sont
les suivantes (question 10) :
« En cas de traitement anticoagulant et/ou
antithrombotique, la survenue d’un hématome chez un patient sous
traitement interférant avec l’hémostase après un bloc périphérique,
quel qu’il soit, est exceptionnelle (D). L’imputabilité n’est pas
toujours certaine. Dans les rares cas rapportés, l’évolution est le
plus souvent favorable. L’hématome comporte trois risques : la
reprise chirurgicale pour évacuation, la transfusion et la
compression nerveuse. Le risque pourrait intuitivement être plus
important en présence d’une anticoagulation efficace ou d’une
association anticoagulant/antiagrégant et pour les blocs profonds
comparativement aux blocs plus superficiels (consensus
professionnel). La surveillance neurologique postopératoire doit
tenir compte de la potentielle survenue d’une complication à type
d’hématome (D). La mise en place d’un cathéter doit pouvoir être
argumentée (D). » (Dans ce document, la gradation (D)
correspond à un niveau de preuve 3).
Tableau I Classification des procédures selon le risque
hémorragique (Douketis 2002)
|
Haut risque
|
Risque modéré
|
Risque faible
|
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Neurochirurgie
|
Chirurgie abdominale majeure
|
Chirurgie cutanée
|
|
Chirurgie cardiaque
|
Chirurgie thoracique majeure
|
Chirurgie de la cataracte
|
|
Chirurgie vasculaire majeure
|
Chirurgie orthopédique majeure
|
Cholécystectomie
|
|
Chirurgie carcinologique majeure
|
Chirurgie vitréenne et du globe oculaire
|
Cure de hernie
|
|
Prostatectomie, chirurgie vésicale
|
Mise en place d’un stimulateur cardiaque
|
Angiographie
|
|
Biopsie rénale
|
|
|
|
Polypectomie endoscopique
|
|
|
Procédures chirurgicales ou invasives réalisables sans
interruption des AVK
Certaines chirurgies ou procédures invasives, responsables de
saignements peu fréquents, de faible intensité ou aisément
contrôlés, peuvent être réalisées chez des patients anticoagulés à
taux thérapeutiques. Le traitement par AVK peut donc être
poursuivi.
Chirurgie cutanée
Données disponibles
Trois études de cohortes (Alcalay & Alcaly 2004, Ah-Weng 2003,
Kargi 2002, Billingsey & Maloney 1997, Otley 1996) et 1 série
de cas.
Résultats
Les résultats des analyses de cohortes sont présentés dans le tableau II.
L’analyse prospective d’une cohorte de 322 patients bénéficiant
d’une chirurgie micrographique selon Mohs a observé que parmi les
12 patients ayant pris des AVK dans les deux jours précédant la
chirurgie, 5 (42 %) ont présenté un saignement peropératoire
excessif, et 1 (8 %) a nécessité une reprise opératoire,
versus 4 et 0,5 % dans le groupe contrôle respectivement
(Billingsley & Maloney 1997).
Otley (1996) a réalisé une étude rétrospective de 653 patients
bénéficiant d’une chirurgie cutanée. 127 recevaient un traitement
par warfarine. En ce qui concerne la chirurgie micrographique selon
Mohs, des complications modérées ou sévères du site opératoire ont
été observées chez 2 (3 %) des 61 patients ayant interrompu
l’anticoagulation et 2 (1 %) des 165 patients contrôles, mais
chez aucun des patients ayant poursuivi le traitement par AVK.
Parmi les patients ayant bénéficié d’une exérèse cutanée, des
complications modérées ou sévères du site opératoire ont été notées
chez 4 (33 %) des 12 patients ayant poursuivi les AVK en
périopératoire, 1 (2 %) des 40 patients ayant interrompu les
AVK et aucun des 102 patients contrôles.
Kovich & Otley (2003), à partir de l’analyse des 168
réponses à un questionnaire adressé à 504 membres du collège
américain de chirurgie cutanée, ont étudié les complications
thromboemboliques liées à l’arrêt des AVK en périopératoire de
chirurgie cutanée. Ils ont recensé 25 complications et a estimé
l’incidence à 1/6 219 procédures.
Tableau II Procédure chirurgicale réalisée sans
interruption des AVK : chirurgie cutanée
|
Type d’étude
|
|
- Saignement postopératoire
- Effectif sous AVK versus contrôles
- Comparaison AVK sans AVK
|
Niveau de preuve
|
|
Cohorte rétrospective
|
- Chirurgie de Mohs
- AVK n = 68 (2,4 %)
- Total n = 2 790
|
|
4
|
|
Cohorte rétrospective
|
- Chirurgie cutanée
- AVK n = 68 (1,84 %), 85 actes
- Total n = 3 696
|
|
4
|
|
Cohorte prospective
|
- Chirurgie cutanée mineure
- AVK n = 21
- Total n = 102
|
- 5 (23,8 %) saignement majeur versus 0
- p = 0,02
|
2
|
|
Cohorte rétrospective
|
- Chirurgie cutanée mineure
- AVK n = 16 (1,5 %)
- Total n = 1 090
|
|
4
|
- Billingsley
- 1997
- États-Unis
|
Cohorte prospective
|
- Chirurgie de Mohs
- AVK n = 12
- Total n = 322
|
- 5 sous AVK/4 contrôles
- ns
|
2
|
|
Cohorte rétrospective
|
- Chirurgie cutanée
- AVK n = 127
- Total n = 653
|
2/2 (chirurgie Mohs) ; 13/0 (exérèse)
|
4
|
Conclusion
Les complications hémorragiques associées à la poursuite des AVK en
périopératoire de chirurgie cutanée sont rares et ne nécessitent
qu’exceptionnellement une prise en charge spécifique.
Chirurgie de la cataracte
Données disponibles
- – Trois études de cohorte (Gainey 1989, Carter &
Miller 1998, McMahan 1988).
- – Cinq séries de cas (Kumar 2006, Hall 1996, Hall 1988,
Robinson & Nylander 1989, Roberts 1991).
Résultats
Les résultats de l’analyse de ces études sont présentés dans le
tableau III. Les données de la
littérature disponibles suggèrent une augmentation des saignements
mineurs, dont l’hyperhémie et l’hémorragie sous-conjonctivale
(niveau de preuve 2).
Le risque de saignement cliniquement significatif en
périopératoire est faible chez ces patients bénéficiant d’une
chirurgie de la cataracte, et n’affecte pas l’acuité visuelle à
long terme (niveau de preuve 4).
Tableau III Procédure chirurgicale réalisée sans
interruption des AVK : chirurgie de la cataracte
|
- Nombre de patients
- /nombre d’yeux
|
Stratégie d’anticoagulation
|
- Événements hémorragiques
- Nombre (%)
|
Commentaires
|
Niveau de preuve
|
|
65/65
|
Poursuite des AVK
|
- 0 hémorragie menaçante
- 23 (35) hémorragies sous-conjonctivales
|
Phacoémulsification et anesthésie sous-tenonnienne pour tous
|
4
|
|
69/69
|
Poursuite des AVK
|
1 hémorragie rétro-bulbaire
|
- 44 : anesthésie topique
- 25 : anesthésie régionale
|
4
|
|
42/49
|
Poursuite de la warfarine
|
Hyphéma 3 (6)
|
Résolution en 14 jours
|
4
|
- Robinson
- 1989
- Royaume-Uni
|
10/10
|
Poursuite des AVK
|
Hyphéma 3 (30)
|
|
4
|
|
31/35
|
Poursuite des AVK ou de l’aspirine
|
Hémorragie rétrobulbaire 1 (3)
|
- Pas d’analyse séparée pour les AVK
- Anesthésie rétrobulbaire pour tous
|
4
|
|
50/50
|
- Poursuite des AVK n = 9
- Arrêt des AVK sans relais, n = 31
- Arrêt des AVK, relais HNF, n = 10
|
- AVK : 2 (22)
- Arrêt AVK : 4 (13)
- HNF : 0 (0)
|
Pas de conséquence sur l’acuité visuelle
|
3
|
|
25/31
|
- Poursuite des AVK n = 9
- Arrêt des AVK n = 15
- Non connu n = 7
|
- Hémorragie sous-conjonctivale
- 3 (10)
|
Résolution sans séquelle
|
4
|
|
22/28
|
- Poursuite des AVK n = 26
- Arrêt des AVK relais HNF n = 2
|
Hyphéma 3 (12)
|
|
3
|
Chirurgie bucco-dentaire
Les recommandations pour la prise en charge des patients sous
traitement antivitamines K en chirurgie bucco-dentaire publiées en
2006 de la Société francophone de médecine buccale et chirurgie
buccale sont disponibles sur le site de la société :
www.societechirbuc.com/Recommandations/Recommandations.html
Endoscopie digestive
Des recommandations pour la pratique clinique ont été établies en
décembre 2006 par le Groupe d’étude sur l’hémostase et la
thrombose, le Groupe thrombose de la Société Française de
Cardiologie, la Société Française d’Anesthésie et de Réanimation et
la Société française d’Endoscopie Digestive, intitulées
« Prise en charge des patients sous anticoagulants ou sous
agents antiplaquettaires avant une endoscopie digestive »
(Napoléon 2006).
Nous reproduisons ici les principaux extraits :
a) Recommandations générales
Quand le traitement antithrombotique est temporaire et que les
explorations endoscopiques sont à haut risque et sans caractère
d’urgence le report de l’exploration endoscopique doit être
proposé.
En situation d’urgence et en cas de traitement antithrombotique
non interrompu et/ou devant être repris précocement, l’utilisation
de techniques endoscopiques limitant les risques hémorragiques doit
être privilégiée.
b) Adaptation des traitements suivant les situations
Procédures à faible risque :
- – gastroscopie par voie buccale ± biopsies ;
- – rectosigmoïdoscopie ± biopsies ;
- – coloscopie sans polypectomie ± biopsies ;
- – échoendoscopie diagnostique ;
- – CPRE sans sphinctérotomie ± biopsies ;
- – entéroscopie ± biopsies.
Aucun ajustement des thérapeutiques anticoagulantes n’est
nécessaire. Sous AVK, la vérification de l’INR est recommandée. Il
sera nécessaire de différer un geste non urgent si
l’anticoagulation est au-delà des taux recommandés.
Procédures à haut risque
Risque élevé de saignement avec possibilité de contrôle
endoscopique, ou risque faible de saignement sans possibilité de
contrôle endoscopique :
- – coloscopie avec polypectomie ;
- – CPRE avec sphinctérotomie endoscopique ;
- – macrobiopsie gastrique et polypectomie
gastrique ;
- – mucosectomie, ampullectomie ;
- – photodestruction et photocoagulation laser ;
- – traitement des varices œsophagiennes ou
gastriques ;
- – procédures d’hémostase sur des lésions
vasculaires ;
- – ponction sous échoendoscopie ;
- – gastrostomie percutanée ;
- – dilatation des sténoses digestives ;
- – prothèses digestives métalliques sans
dilatation ;
- – gastroscopie par voie nasale.
En théorie, « les traitements antithrombotiques doivent
être arrêtés avant la procédure pendant le temps nécessaire à leur
inactivation. Pour les AVK, un contrôle du retour à la normale de
l’INR devra être réalisé avant le geste ».
En pratique, la conduite à tenir sera guidée par l’indication
même du traitement anticoagulant (cf. infravalves cardiaques, ACFA
et maladie thromboembolique veineuse).
La conduite pratique en fonction du type de geste est donnée en
annexe.
c) Relais et reprise du traitement
Un relais du traitement sera effectué en fonction du risque
thromboembolique :
- – chez un patient à risque majeur : pendant la
période d’arrêt du traitement un traitement antithrombotique adapté
sera mis en place et contrôlé ;
- – chez un patient à risque moyen : pendant la
période d’arrêt du traitement un traitement antithrombotique adapté
sera discuté au cas par cas ;
- – chez un patient à risque mineur : aucun relais
n’est nécessaire.
Le traitement antithrombotique sera repris après le geste.
Du fait du risque de saignement retardé, le bénéfice d’une
reprise immédiate doit être mis en balance avec la majoration du
risque hémorragique. Une adaptation au cas par cas est
nécessaire.
Ponctions articulaires et injections des tissus mous
Ponctions articulaires
Données disponibles
Très peu de travaux se sont intéressés à la réalisation
d’arthrocentèse chez des patients traités par anticoagulants oraux.
Deux séries ont été publiées, ainsi que les recommandations de la
Société italienne de rhumatologie.
Résultats
Thumbo et Duffy (1998) ont réalisé l’analyse prospective de 32
ponctions articulaires réalisées chez 25 patients traités par
warfarine au long cours. Les sites incluaient le poignet, l’épaule,
le genou, la hanche, la bourse sous-acromiale et celle du grand
trochanter. Aucune complication hémorragique n’était observée dans
les 4 semaines suivant la procédure.
L’étude italienne de Salvati (2003) a évalué le risque
hémorragique associé à la réalisation d’une arthrocentèse réalisée
chez 15 patients traités par anticoagulants oraux et dont les INR
étaient < 5. Deux patients ont présenté une hémarthrose :
l’une était de faible abondance, l’autre était plus marquée. Les
auteurs concluaient que l’anticoagulation orale ne représentait pas
de contre-indication absolue à la réalisation d’une
arthocentèse.
La Société italienne de rhumatologie (Punzi 2007) a établi des
recommandations concernant les arthrocentèses. Une anticoagulation
à des taux suprathérapeutiques, une administration concomitante
d’héparine, ou une comorbidité associée augmentant le risque
hémorragique sont des contre-indications formelles à la ponction
articulaire. Une anticoagulation à taux thérapeutique n’est pas une
contre-indication absolue à une arthocentèse.
Il faut noter cependant que ces recommandations découlent des
deux études sus-citées, de faible puissance, et qu’il n’est pas
fait de distinction en fonction du type d’articulation (hanche,
genou).
La Société française de rhumatologie a établi un classement des
risques hémorragiques des actes invasifs en rhumatologie comme
suit : haut risque, risque modéré, risque faible (tableau IV).
En accord avec cette société, il n’est pas jugé nécessaire
d’interrompre le traitement AVK, sous réserve d’un contrôle de
l’INR, dans les situations à risque faible. Les situations à risque
modéré ou élevé nécessitent un arrêt préopératoire des AVK, avec ou
sans relais suivant le risque thromboembolique.
Tableau IV Classification des actes invasifs en
rhumatologie selon le risque hémorragique
|
Faible risque
|
Risque modéré
|
Risque élevé
|
|
Infiltration périarticulaire
|
Ponction/Infiltration simple des articulations coxo-fémorales
|
Ponction/infiltration rachidienne cervicale ou lombaire, épidurale
ou intradurale
|
|
Ponction/infiltration simple d’articulation périphérique hors
coxo-fémorales
|
Infiltration canalaire profonde (cf. Alcock)
|
Ponction/infiltration rachidienne cervicale, foraminale
|
|
Infiltration canalaire superficielle
|
Ténotomie percutanée
|
Ponction-biopsie discale
|
|
Biopsie des glandes salivaires accessoires
|
Ponction/infiltration rachidienne des articulaires postérieures
|
Cimentoplastie
|
|
Ponction/infiltration rachidienne dorsale costovertébrale
|
|
Ponction/infiltration rachidienne lombaire, foraminale
|
|
Lavage articulaire d’une articulation périphérique
|
|
Ponction trituration de l’épaule
|
|
Infiltration sacro-iliaque
|
|
Ponction kyste poplité
|
|
Capsulodistension
|
|
Biopsie synoviale
|
|
Biopsie osseuse
|
|
Ponction/infiltration sternoclaviculaire
|
|
Ponction/infiltration par le hiatus sacrococcygien
|
Injections périmédullaires
La Société française d’anesthésie et de réanimation a établi en
2006 des recommandations pour la pratique clinique concernant les
blocs périmédullaires chez l’adulte, précisant notamment « les
contre-indications générales à une anesthésie/analgésie
périmédullaire ». Suivant celles-ci, l’antagonisation ou
l’arrêt des AVK est nécessaire de manière à obtenir un INR ≤ 1,5
avant l’acte (consensus professionnel).
Tissus mous
Les injections sous-cutanées ne nécessitent pas l’arrêt des AVK.
Les injections intramusculaires sont contre-indiquées lors d’un
traitement par AVK.
Cathétérisme cardiaque/angiographie
Une étude cas-témoins ancienne (Radegran & Jyrala 1979) a
comparé l’incidence des saignements lors d’un cathétérisme
cardiaque chez 50 patients porteurs de valves mécaniques dont
l’anticoagulation a été poursuivie et chez 50 patients contrôles ne
recevant pas d’anticoagulant. Parmi les patients sous AVK, 3
(6 %) ont développé un hématome nécessitant une intervention
chirurgicale versus aucun dans le groupe contrôle (niveau de
preuve 4).
Les recommandations récentes établies par l’ACC/AHA (Bonow 2006)
précisent que, si en urgence ou semi-urgence un cathétérisme
cardiaque peut être réalisé chez un patient traité par AVK, il est
préférable d’interrompre les AVK jusqu’à obtenir un INR < 1,5.
En cas de ponction transseptale, l’INR sera < 1,2.
Pose de pacemaker et défibrillateur implantable
Données disponibles
- – 2 séries prospectives ;
- – 1 étude prospective de cohorte ;
- – 2 études prospectives comparatives.
Résultats
Al Khadra et al. (2003) ont publié une série prospective de 47
patients bénéficiant de la pose d’un pacemaker (n = 42) ou d’un
défibrillateur (n = 5). La warfarine était poursuivie après avoir
vérifié que l’INR était inférieur à 3,5. Aucun patient n’a présenté
d’hémorragie majeure ni d’hématome nécessitant évacuation. Un
hématome superficiel a été rapporté. À 6 semaines, la
cicatrisation était satisfaisante. L’auteur concluait que les
patients traités par anticoagulants oraux pouvaient bénéficier de
l’implantation de pacemaker ou de défibrillateur sans arrêt des
AVK.
Goldstein (1998) ont rapporté leur expérience de la pose des
pacemakers à travers une série de 150 procédures réalisées en
ambulatoire. Trente-sept patients avaient poursuivi les AVK lors de
la procédure. Deux patients parmi ceux-ci (5,4 %) et 2 parmi
ceux ne prenant pas d’AVK (1,8 %) ont présenté un saignement
du site opératoire. Néanmoins, ni hématome de loge ni recours à la
transfusion n’ont été rapportés.
Wiegand (2004) a réalisé l’analyse de 3 164 interventions pour
pose de pacemaker (n = 2 792) ou de défibrillateur (n = 372)
réalisées entre 1990 et 2002. Les 1 069 patients traités
par anticoagulants oraux bénéficiaient d’un relais par héparine.
L’incidence des hématomes était évaluée à 4,9 %. Ces hématomes
étaient associés à une déglobulisation, à une hospitalisation
prolongée pour 46 patients (moyenne 2,8 j, IC = 1,5-4,1) et à
une réhospitalisation pour 17 autres. Après analyse multivariée,
une héparinothérapie à forte dose était un critère prédictif
d’hématome.
Dans l’étude comparative de Giudici (2004), parmi les 1 025
patients traités par anticoagulants oraux au long cours et devant
bénéficier de la pose d’un défibrillateur ou d’un pacemaker, 470
ont poursuivi leur traitement (INR moyen = 2,6 ± 1 [1,5-7,5])
tandis qu’une normalisation de l’INR a été obtenue pour les autres.
Le taux de complications était comparable dans les deux
groupes.
Michaud (2000) a étudié la mise en route d’une anticoagulation
par héparine IV après la pose de pacemaker ou de défibrillateurs (n
= 49) chez des patients ayant interrompu pour la procédure leur
traitement par AVK au long cours. Il a comparé deux délais
d’initiation de l’héparine : 6 heures versus
24 heures après la procédure. Vingt-huit patients reprenant
les AVK en post-procédure et 115 ne prenant pas d’anticoagulant
servaient de groupe contrôle. Un hématome de loge était noté chez
10 (20 %) des 49 patients traités par héparine post-procédure,
1 (4 %) des patients recevant des AVK seuls et 2 des 115
patients ne recevant pas d’anticoagulants. Aucune différence de
saignement n’était associée au délai de reprise de l’héparine.
Conclusion
Les études publiées ont montré la faisabilité de la pose de
pacemakers et de défibrillateurs chez des patients anticoagulés au
long cours à taux thérapeutique, sans modification du traitement
(niveau de preuve 2).
Risque thrombotique lié à une interruption temporaire du
traitement par AVK
Lorsque les AVK doivent être interrompus pendant la période
périopératoire, la décision d’un relais par une héparine est
fonction, outre le risque hémorragique de la procédure, du risque
thrombotique lié à l’arrêt du traitement AVK, qui dépend de son
indication.
Patients porteurs de prothèses valvulaires mécaniques
(PVM)
Relativement peu d’études se sont intéressées à l’incidence des
complications thromboemboliques à l’arrêt des AVK en périopératoire
chez les patients porteurs de valves mécaniques.
Données disponibles
- – 1 méta-analyse (Cannegieter 1994) ;
- – 5 séries de cas (Katholi 1976, Katholi 1978, Tinker
& Tarhan 1978, Carrel 1999, Ananthasubramaniam
2001) ;
- – 1 revue de la littérature (Dunn & Turpie
2003).
Résultats
La méta-analyse de Cannegieter (1994) a observé les complications
thromboemboliques et hémorragiques survenant chez les patients
porteurs de PVM. Elle a inclus 7 études publiées entre 1977
et 1992 dans lesquelles aucun traitement antithrombotique
n’était administré. Il s’agissait essentiellement de valves de
Starr-Edwards en position aortique. L’incidence des complications
emboliques majeures était évaluée à 4,0 % par an. Les
complications thromboemboliques, détaillées dans le tableau
suivant, étaient au moins 4 fois plus fréquentes en absence
d’anticoagulation. La warfarine était associée à une réduction de
75 % de l’incidence des complications majeures, ramenant ainsi
le risque annuel à 1 %. Des facteurs de risque
thromboembolique étaient observés : position mitrale de la
valve mécanique, valves à cage, âge et fibrillation auriculaire
(niveau 4).
|
Anticoagulation
|
Taux d’incidence pour 100 patients/année (IC
95 %)
|
|
Thrombose de valve
|
Embolies majeures
|
Embolies totales
|
|
Arrêt
|
1,8 (0,9-3)
|
4 (2,9-5,2)
|
8,6 (7,0-10,4)
|
|
Poursuite
|
0,2 (0,2-0,2)
|
1 (1-1,1)
|
1,8 (1,7-1,9)
|
Il s’agit de la seule méta-analyse disponible et elle porte sur
des valves d’ancienne génération.
La série de cas présentée par Katholi (1976) inclut 36 patients
porteurs de PVM ayant bénéficié de 44 interventions chirurgicales
non cardiaques (22 majeures, 22 mineures). Aucun des 25 patients
porteurs de valve aortique mécanique n’a présenté d’événement
thromboembolique tandis que 2 des 10 patients porteurs d’une valve
mitrale mécanique ont présenté une complication embolique. Quatre
des 9 patients poursuivant leur traitement anticoagulant en
périopératoire ont présenté un saignement majeur.
Les mêmes investigateurs ont analysé prospectivement 39 patients
bénéficiant de 45 procédures non cardiaques (Katholi 1978). Le
traitement anticoagulant oral était interrompu pour tous les
patients. Pour ceux qui étaient porteurs d’une valve aortique
mécanique sans autre pathologie, aucun relais n’était réalisé. Pour
les patients porteurs d’une valve mitrale mécanique, la warfarine
était interrompue, antagonisée par de la vitamine K parentérale
24 heures avant la chirurgie et relayée à la 12e
heure postopératoire par de l’héparine intraveineuse. Pour les
porteurs de valves aortiques, aucune complication thromboembolique
ni hémorragique majeure n’était enregistrée lors de 19
interventions (10 majeures, 9 mineures). Pour les patients porteurs
de valves mitrales mécaniques, aucun épisode thromboembolique n’est
survenu, et 1 (4 %) événement hémorragique majeur a été
observé lors de 26 interventions (13 majeures) (niveau de preuve
4).
Dans l’analyse rétrospective réalisée par la Mayo Clinic de 159
patients porteurs de PVM, principalement en position aortique
bénéficiant de 180 interventions chirurgicales non cardiaques,
l’arrêt du traitement par AVK sans administration d’héparine
(87 % des cas) n’a été suivi d’aucun événement
thromboembolique observé (Tinker & Tarhan 1978).
Ananthasubramaniam (2001) a publié l’analyse rétrospective
monocentrique d’une série de 28 patients porteurs de PVM
(position : 12 aortiques, 12 mitrales, 4 mitrales et
aortiques) hospitalisés pour hémorragie majeure. La prise d’AVK
était interrompue chez tous les patients. L’interruption de toute
anticoagulation a été en moyenne de 15 ± 4 jours et ne s’est
accompagnée d’aucune complication thromboembolique.
Dans une revue de la littérature regroupant 31 séries (Dunn
& Turpie 2003), le risque d’accident thromboembolique à
l’occasion d’une intervention chirurgicale ou d’une procédure
invasive chez des patients ayant interrompu leur traitement
anticoagulant oral au long cours sans relais était estimé à
0,6 % (6 sur 996).
Conclusion
Dans une perspective pratique pour la prise en charge
périopératoire des patients sous AVK, le risque thromboembolique
des PVM a été qualifié comme suit :
- – modéré dans la situation d’une valve aortique à
ailettes, sans facteur de risque associé et en rythme
sinusal ;
- – élevé dans tous les autres cas.
Patients traités par AVK pour une ACFA
Données disponibles
Les patients porteurs d’une arythmie complète par fibrillation
auriculaire (ACFA) sont exposés à un risque thromboembolique
artériel.
Peu de travaux se sont intéressés à la gestion périopératoire
des anticoagulants oraux et au risque de leur arrêt en
périprocédure chez les patients porteurs d’une ACFA et traités au
long cours par AVK. Le risque thromboembolique périopératoire à
l’arrêt des AVK est donc difficile à évaluer. Il peut néanmoins
être estimé à partir des essais contre placebo des différentes
stratégies antithrombotiques réalisées chez les patients avec ACFA
(Petersen 1989, Boston area anticoagulation trial 1990, Connolly
1991, Stroke prevention in atrial fibrillation study 1991,
Ezekowitz 1992).
Résultats
L’incidence annuelle moyenne des accidents vasculaires ischémiques
est évaluée à travers ces 5 essais entre 2,98 et 5,2 %, mais
peut atteindre 20 % dans certains sous-groupes de patients.
La revue de la Cochrane Collaboration (Aguilar & Hart 2005)
des 5 essais précités a estimé à 4 % l’incidence annuelle
d’accidents ischémiques du groupe contrôle avec une réduction
significative du risque par les AVK (OR : 0,39 ; IC
95 % = 0,26-0,59).
Certaines comorbidités augmentent le risque de complication
thromboembolique artérielle : l’âge avancé (risque
relatif-RR : 1,4), l’insuffisance cardiaque (RR : 1,4),
l’hypertension artérielle, (RR : 1,6), un diabète (RR :
1,7), un antécédent d’accident vasculaire cérébral constitué ou
transitoire (RR : 2,5) (Fuster 2006).
Des scores cliniques aident à stratifier le risque
thromboembolique en fonction des caractéristiques des patients
présentant une ACFA. Ainsi, le score de CHADS (cardiac failure,
hypertension, age, diabetes, stroke) permet une estimation du
risque embolique en fonction des pathologies associées chez les
patients porteurs d’ACFA (Gage et al. 2001). Ce score varie de 0 à
6, selon la présence ou non de facteurs de risque. Un point est
attribué en cas d’insuffisance cardiaque, d’HTA, d’âge supérieur à
75 ans, ou de diabète, tandis que deux points sont ajoutés en
cas d’antécédent d’AVC ou d’accident ischémique transitoire.
L’incidence annuelle d’AVC pour les patients sans traitement
anticoagulant est estimée en multipliant d’un facteur d’1,5 (IC
95 % = 1,3-1,7) chaque point du score. 1,9 (IC 95 % =
1,2-3,0) pour un score de 0 ; 2,8 (IC 95 % = 2,0-3,8)
pour 1 ; 4,0 (IC 95 % = 3,1-5,1) pour 2 ; 5,9 (IC
95 % = 4,6-7,3) pour 3 ; 8,5 (IC 95 % = 6,3-11,1)
pour 4 ; 12,5 (IC 95 % = 8,2-17,5) pour 5 ; et 18,2
(IC 95 % = 10,5-27,4) pour 6.
Un score de 0 à 2 inclut les patients à bas risque (risque
annuel < 5 %), un score de 3 à 4 inclut les patients à
risque modéré (risque annuel 5-10 %) et un score de 5 ou 6
correspond aux patients à haut risque (risque annuel >
10 %). Il faut noter que d’après le score de CHADS, un
antécédent d’AVC sans autre facteur de risque associé correspond à
un risque faible, alors que dans la majorité des études et
recommandations, cet antécédent est jugé associé à un risque élevé.
Par ailleurs, ce score n’a pas été établi spécifiquement pour la
période périopératoire.
Conclusion
Devant ces limites, dans une perspective pratique pour la prise en
charge périopératoire des patients sous AVK, le risque
thromboembolique des patients porteurs d’une ACFA a été qualifié
d’élevé en cas d’antécédent d’embolie cérébrale ou systémique, et
modéré dans les autres cas.
Patients traités par AVK pour un épisode thromboembolique
veineux
Chez les patients traités par AVK pour un épisode thromboembolique
veineux, le risque à l’arrêt des anticoagulants doit être estimé
non seulement en termes de fréquence de récidive mais aussi en
termes de gravité de la récidive. En effet, la maladie
thromboembolique veineuse récidive souvent sur le même mode :
embolies pulmonaires ou thromboses veineuses sans embolie. La
morbi-mortalité d’une récidive d’embolie pulmonaire est donc plus
lourde qu’en cas de récidive d’une thrombose veineuse profonde des
membres inférieurs.
Données disponibles
La recherche bibliographique n’a retrouvé aucune étude concernant
l’arrêt des AVK en périopératoire chez des patients traités pour un
épisode thromboembolique veineux.
Le risque ne peut donc qu’être estimé à partir du risque
thromboembolique lié à l’arrêt des AVK en dehors de la période
périopératoire. À celui-ci s’ajoute l’augmentation du risque
thromboembolique veineux postopératoire lié à la chirurgie.
Résultats
- a) Absence de traitement anticoagulant à la phase
aiguëEn absence d’anticoagulation, le risque de récidive dans
les 3 premiers mois après un épisode de thrombose veineuse est
estimé à 50 % (Hull 1979). Le taux de récidive hors traitement
est réduit selon le même auteur à environ 10 % après 1 mois de
traitement par AVK et tombe à 5 % après 3 mois d’AVK
(Levine 1995, Research Committee of the British Thoracic Society
1992, Hull 1979).La méta-analyse de la Cochrane Collaboration
(Cundiff 2006) a inclus les essais randomisés contrôlés comparant
les anticoagulants au placebo ou aux anti-inflammatoires non
stéroïdiens pour le traitement initial des événements
thromboemboliques. L’analyse des deux essais incluant un total de
113 patients présentant un événement thromboembolique documenté a
mis en évidence que 5 des 12 patients traités par placebo avaient
présenté une embolie pulmonaire, une progression ou une récidive de
la thrombose veineuse. La puissance de l’étude était très
insuffisante pour mettre en évidence une différence entre les deux
groupes de traitement.
- b) Arrêt des AVK après 1 mois et 3 mois de
traitementHit (2000) a réalisé, à partir de la base de données
du « Rochester Epidemiology project », l’analyse d’une
série de 2 218 patients ayant présenté un premier épisode
thromboembolique entre 1966 et 1990 (10 198
patients-années), et anticoagulés de façon standard. 404 patients
ont présenté 588 récidives thromboemboliques. Le pourcentage cumulé
global de récidives à 7, 30, 90 et 180 jours a été évalué
respectivement à 1,6 %, 5,2 %, 8,3 % et 10,1 %.
Après un épisode thromboembolique veineux, le risque de récidive
chez les patients traités diminue donc progressivement au cours des
3 premiers mois.
Kearon (2004) a comparé dans une étude contrôlée randomisée en
double aveugle l’effet de deux durées de traitement (1 mois
versus 3 mois) d’une thrombose veineuse profonde sur le risque
de récidive. L’incidence des récidives était évaluée à 6,8 %
par patient-année dans le groupe traité 1 mois et à 3,2 % dans
le groupe traité 3 mois (différence de taux : -3,6 %, IC
95 % = -3,8-11) (niveau 1).
Un autre essai contrôlé randomisé comparant 1 mois à
3 mois de traitement dans la thrombose veineuse profonde
proximale a donné des résultats proches : après
4 semaines de traitement par warfarine, les patients étaient
randomisés en deux groupes et recevaient des AVK pour
8 semaines supplémentaires ou un placebo. Dans les
8 semaines après randomisation, 9 (8,6 %) des 105
patients du groupe placebo ont présenté une récidive
thromboembolique, tandis que seul 1 (0,9 %) des patients
traités 3 mois a récidivé (p < 0,009) (niveau 1) (Levine
1995).
De même, l’essai multicentrique publié par le Research Committee
of the British Thoracic Society (1992) comparant 1 à 3 mois de
traitement anticoagulant pour des patients hospitalisés pour un
épisode thromboembolique veineux aigu a observé un nombre de
récidives plus élevé dans le groupe traité 1 mois : 14
(4 %) versus 28 (7,8 %) (p = 0,04) (niveau 1) dans le
groupe traité 3 mois.
L’étude prospective randomisée de Holmgren (1985) a évalué
l’incidence mensuelle des récidives après 1 mois de traitement
à 2,66 % par mois, dans les 2 mois suivant l’interruption des
AVK, chez 135 patients.
Au total, l’arrêt des AVK au cours du premier mois après un
épisode aigu est associé à un risque de récidive très élevé
(40-50 %), qui devient un risque intermédiaire (10 %)
lorsque l’interruption du traitement a lieu au cours du deuxième ou
troisième mois.
Le risque de récidive est estimé à 15 % par an, si le
traitement anticoagulant est interrompu (Hull 1983), chez les
patients présentant des épisodes thromboemboliques multiples, ou un
état d’hypercoagulabilité fort (thrombophilie ou syndrome des
antiphospholipides, cancer évolutif). La réduction du risque par
les AVK est estimée à 80 % dans chacune de ces situations
(Kearon & Hirsh 1997).
Conclusion
Dans une perspective pratique pour la prise en charge
périopératoire des patients sous AVK, le risque thromboembolique
des patients ayant un antécédent de thrombose veineuse a été
qualifié comme suit :
- – élevé lorsqu’il existe une embolie pulmonaire ou une
thrombose veineuse profonde proximale datant de moins de
3 mois, et/ou une maladie thromboembolique récidivante (au
moins deux épisodes, dont un apparemment idiopathique) ;
- – modéré dans tous les autres cas.
Modalités du relais par héparine lorsque celui-ci est
nécessaire
En fonction des situations, le relais des AVK peut être réalisé par
héparine de bas poids moléculaire (HBPM) ou par héparine non
fractionnée (HNF), IV ou SC.
L’HNF peut être préférée en postopératoire d’une chirurgie à
haut risque hémorragique pour sa durée d’action brève et la
possibilité d’antagonisation par la protamine.
Une évaluation récente de la fonction rénale est nécessaire
avant l’introduction des HBPM. En effet, l’utilisation des HBPM est
contre-indiquée à dose curative dans l’insuffisance rénale sévère
(limite définie par la clairance de la créatinine ≤
30 mL/min).
Relais préopératoire
Comme indiqué plus haut, après arrêt du traitement AVK, l’évolution
de l’INR dépend de la demi-vie de la molécule utilisée, de l’âge du
patient et de l’INR initial.
Les données concernant le contrôle préopératoire de l’INR sont
quasi inexistantes. Dès lors, le groupe de travail propose une
mesure de l’INR 7 à 10 jours avant l’intervention (accord
professionnel). Cette détermination de l’INR en ambulatoire permet
d’établir au mieux les modalités du relais, en fonction de l’INR
initial. La détermination de l’INR la veille de la chirurgie
programmée, à l’hôpital, permet de confirmer la correction de l’INR
(< 1,5), ou de prescrire de faibles doses de vitamine K orale
aux patients dont l’INR reste supérieur à ce seuil. Pour les
patients recevant de la vitamine K la veille, un contrôle de l’INR
est souhaitable.
L’administration d’héparines à doses curatives vient en relais
des AVK, donc lorsque l’INR devient < 2.
L’HNF en perfusion IV à la seringue électrique nécessite une
hospitalisation ; l’HNF SC (2 ou 3 injections/j) et les HBPM
peuvent être administrées en ambulatoire.
Ces modalités doivent faire l’objet d’un protocole de service
écrit et communiqué au médecin traitant si le relais est réalisé en
ville. À titre d’exemple, nous indiquons ci-dessous un schéma
possible de prise en charge :
|
(INR, déterminé 7 à 10 jours avant, dans la fourchette
thérapeutique).
|
- J-5 : dernière prise de fluindione/warfarine
- J-4 : pas de prise d’AVK
- J-3 : première dose d’HBPM curative SC ou HNF SC le
soir
- J-2 : HBPM x 2/j SC ou HNF SC x 2 ou
3/j
- J-1 : hospitalisation systématique
- HBPM à dose curative le matin de la veille de l’intervention ou
HNF SC jusqu’au soir de la veille de l’intervention.
- Ajustement de l’anticoagulation en fonction du bilan
biologique : si INR ≥ 1,5 la veille de
l’intervention, prise de 5 mg de vitamine K PO.
- J0 : chirurgie
|
Relais postopératoire
Crowther (1999) estime à 3 jours le délai pour que l’INR
atteigne 2 à la reprise des AVK. L’étude d’une cohorte de 650
patients reprenant les AVK à la posologie habituelle préopératoire
après relais périopératoire a montré que le délai pour atteindre un
taux thérapeutique était de 5,1 ± 1,1 jours
(Douketis 2004). Dans une autre étude de 224 patients reprenant les
AVK après un relais périopératoire, à dose double les 2 premiers
jours, le délai moyen pour atteindre un taux thérapeutique était de
4,6 jours (intervalle 0-10 jours) (Kovacs 2004).
La surveillance de l’INR permet de déterminer le moment de
l’arrêt de l’héparinothérapie (obtention de 2 INR successifs en
zone thérapeutique).
Prise en charge pour un acte programmé en fonction de
l’indication du traitement anticoagulant
Prise en charge du patient traité par AVK pour une PVM
Données disponibles
Arrêt des AVK avec ou sans relais par une héparine
Les séries rapportées par Katholi (1976), Katholi (1978) et Tinker
et Tarhan (1978) ont été présentées plus haut (Chapitre
« Risque thrombotique lié à une interruption temporaire du
traitement par les AVK »).
Carrel (1999) a réalisé une étude rétrospective de 235 patients
porteurs de valves cardiaques mécaniques et bénéficiant
d’intervention chirurgicale. La prise en charge de
l’anticoagulation périopératoire était variable : poursuite
des AVK, arrêt des AVK sans relais, arrêt des AVK et relais par HNF
intraveineuse ou sous-cutanée ou HBPM. Dix-huit (8 %) des 235
patients ont développé un syndrome hémorragique et 16 (7 %)
ont présenté une complication thromboembolique. Aucune
complication, ni hémorragique, ni thrombotique, n’a été observée
chez les 22 patients ayant reçu des HBPM.
Caliendo (1999) a analysé une série de 40 patients traités par
anticoagulants pour différentes indications (dont 10 porteurs de
valves mécaniques) et bénéficiant de 50 interventions
chirurgicales. Trente ont poursuivi leur traitement par AVK et les
20 autres ont reçu de l’héparine. Cinq complications
thromboemboliques ont été observées chez les patients dont les AVK
avaient été interrompus. Douze complications hémorragiques ont été
notées : 8 patients parmi les 20 traités par héparine
(40 %) versus 4 parmi les 30 patients poursuivant les AVK
(13,3 %), (OR = 4,333 ; p = 0,035). Les délais
d’interruption des AVK, d’administration de l’héparine et les
niveaux d’anticoagulation atteints n’étaient pas décrits (niveau de
preuve 4).
Madura (1994) a analysé la prise en charge de 21 patients
traités par warfarine pour diverses indications au long cours et
nécessitant une chirurgie majeure. Tous recevaient de l’héparine en
périopératoire en relais des AVK interrompus. Aucun événement
thromboembolique n’était noté. Sept (33 %) patients ont
présenté un syndrome hémorragique nécessitant une reprise
chirurgicale.
Le tableau V présente 9 séries de cas
prospectives dans lesquelles un relais par héparine non fractionnée
ou héparine de bas poids moléculaire a été réalisé à l’arrêt des
AVK. Différentes modalités d’anticoagulation sont ainsi décrites.
Aucun cas de thrombose de valve n’a été décrit (niveau de preuve
4).
Tableau V Séries de cas prospectives évaluant le relais
anticoagulant en périopératoire chez les patients traités au long
cours par AVK (niveau de preuve : 4)
|
Nombre de patients
|
Indications des AVK
|
Nombre de procédures
|
Relais anticoagulant
|
Complications TE
|
Saignement majeur
|
|
39
|
PVM
|
45
|
HNF IV
|
0
|
1
|
|
20
|
- 12 PVM (10 aortiques, 2 mitrales)
- 4 MTEV
- 4 ACFA
|
10
|
Enoxaparine 1 mg/kg x 2/j
|
|
1
|
|
24
|
- 12 PVM (7 aortiques, 5 mitrales)
- 6 MTEV
- 6 ACFA
|
26
|
Daltéparine : 200 Ul/kg x 1/j
|
|
0
|
|
48
|
|
48
|
Daltéparine 200 UI/kg x 1/j ou 120 UI/kg x 2/j
|
|
0
|
|
82
|
82 PVM (43 aortiques, 39 mitrales)
|
82
|
Enoxaparine 1 mg/kg x 2/j
|
0
|
1
|
|
650
|
- 134 PVM (52 aortiques, 52 mitrales, 30 aortiques +
mitrales)
- 416 ACFA
|
650
|
Enoxaparine 1 mg/kg x 2/j
|
|
6
|
|
224
|
|
224
|
Daltéparine 200 UI/kg x1/j
|
|
15
|
|
65
|
|
65
|
Enoxaparine 1 mg/kg x 2/j
|
|
2
|
|
825
|
- 246 PVM
- 230 MTEV
- 349 ACFA
|
825
|
- HNF et HBPM
- Dose thérapeutique (75 %)
- Dose prophylactique (25 %)
|
|
31
|
Place des HBPM
Peu d’études se sont intéressées à la place des HBPM en
périopératoire malgré leurs nombreux avantages potentiels :
commodité pour un traitement ambulatoire, absence d’ajustement de
posologie.
Données disponibles
Les études concernant la place des HBPM en périopératoire chez les
patients porteurs de valves mécaniques sont peu nombreuses :
- – 4 études comparant HBPM et HNF (tableau VI) :
- • 1 étude randomisée (Omran 2003) (niveau 2),
- • 1 étude prospective de cohorte (Spyropoulos 2006)
(niveau 2),
- • 2 études (une étude avant-après et une étude
cas-témoins) en postopératoire de pose de valves mécaniques
cardiaques (Montalescot 2000, Fanikos 2004) (niveau 3),
- – 1 étude comparative rétrospective (Carrel 1999)
(niveau 4) ;
- – 8 séries de cas prospectives (tableau V) (Spyropoulos 2004, Spandorfer 1999,
Wilson 2001, Ferreira 2003, Douketis 2004, Kovacs 2004, Jaffer
2005, Tinmouth 2001) (niveau 4).
Tableau VI Études comparant les HBPM et l’HNF en
périopératoire chez les patients porteurs de valves cardiaques
mécaniques et traités au long cours par AVK
|
Type d’étude
|
- Critères d’inclusion
- Effectif
|
Traitement
|
Critères de jugement
|
Résultats
|
Niveau de preuve
|
|
- Prospective
- randomisée
- monocentrique
|
- Phenprocoumone
- Valves mécaniques n = 14
- ou ACFA avec FDR TE n = 54
- Cathétérisme cardiaque
- n = 68
|
- Enoxaparine pour 0,5 < antiXa <1
- n = 32
- HNF IV pour 1,5 < TCA < 2,5
- n = 36
|
- Délai jusqu’aux taux thérapeutiques
- % de jours en taux thérapeutiques
- Incidence des complications
|
- 1,1 ± 0,4 j versus 3,7 ± 2,5 j
- p < 0,0001
- 93,3 ± 9,5% versus 53,7 ± 26,2 %
- p < 0,0001
- ns
|
2
|
- Spyropoulos
- 2006
- États-Unis/Canada
|
- Prospective
- cohorte
- multicentrique
|
- Chirurgie programmée ou procédure invasive
- n = 901
|
|
- Événement TE+ saignement majeur + décès
- Effets secondaires
|
- 4,2 % versus 7,9 % ns
- 16,2 % versus 17,1 % ns
|
2
|
|
Avant-après
|
- Relais AVK en postopératoire de valve cardiaque mécanique
- n = 208
|
- HBPM x 2/j SC pour 0,5 < antiXa < 1
- HNF x 3/j SC pour 1,5 < TCA < 2,5
|
- % en zone thérapeutique à J2
- % en zone thérapeutique dernier jour de traitement
- Durée de traitement
- Effet indésirable
|
- p < 0,0001
- p < 0,0001
- ns
- 1TE (HNF), 1 hémorragie (HNF), 1 hémorragie (HBPM)
|
4
|
|
Cas-témoins
|
- Relais AVK en postopératoire de valve cardiaque mécanique
- n = 63
|
- Enoxaparine en ambulatoire n = 29
- HNF IV à l’hopital
- n = 34
|
- Durée de l’hospitalisation
- Coût des soins/patient
- Décès, TE, saignement
|
- p < 0,0001
- 7,8 ± 4 j versus 18,1 ± 11,6 j
- p < 0,0001
- 29141 ± 11 415 versus 50 569 ± 30 097 ($)
- ns
|
3
|
Résultats
La seule étude randomisée, de très faible effectif (14 patients
porteurs de valves mécaniques), a observé que les HBPM permettaient
d’obtenir le taux attendu d’activité anti-Xa de façon plus rapide
et plus stable que l’HNF intraveineuse à la seringue électrique
(Omran 2003). Les mêmes résultats sont mis en évidence dans l’étude
comparative de Montalescot (2000) (niveau de preuve 3).
Les données de l’étude de Carrel (1999) sont en faveur d’une
supériorité du relais par HBPM par rapport à l’ensemble des autres
options testées (relais par HNF, absence de relais, poursuite des
AVK) : hémorragies 0 % versus 8,5 % et accident
thromboembolique 0 % versus 7,5 % (niveau de preuve
4).
Les séries de cas ont décrit l’usage des HBPM pour des patients
bénéficiant aussi bien de chirurgie majeure, mineure, d’actes
invasifs ou de chirurgie orale (Spyropoulos 2006, Spandorfer 1999,
Ferreira 2003, Spyropoulos 2004, Wilson 2001, Douketis 2004, Kovacs
2004, Jaffer 2005, Tinmouth 2001). Les taux de complications
thromboemboliques et hémorragiques étaient bas.
Ces séries de cas ont établi que les HBPM étaient une
alternative à l’HNF :
- – efficaces, évaluées sur l’incidence des complications
thromboemboliques (Spandorfer 1999, Ferreira 2003, Kovacs 2004,
Tinmouth 2001, Spyropoulos 2004, O’Neill 2005, Meurin
2006) ;
- – sûres, évaluées sur l’incidence des complications
hémorragiques (Ferreira 2003, Kovacs 2004, Tinmouth 2001,
Spyropoulos 2004, O’Neill 2005, Meurin 2006) ;
- – économiques, évaluées sur la réduction des coûts de
prise en charge permise par les HBPM (Tinmouth 2001, Spyropoulos
2004), qui ont pour avantage la possibilité d’être administrées en
ambulatoire pour éviter la contrainte et le coût de
l’hospitalisation ;
- – satisfaisant pour les patients (Spandorfer 1999).
Elles ont aussi montré qu’elles permettaient d’atteindre des
taux thérapeutiques de façon plus rapide et plus stable.
Conclusion
Le groupe recommande un relais pré- et postopératoire par une
héparine à dose curative chez tous les patients porteurs d’une PVM.
Les HBPM (hors AMM dans cette indication) sont une alternative à
l’HNF, sous réserve du respect de leurs contre-indications.
Prise en charge du patient traité par AVK pour une ACFA
Peu de travaux se sont intéressés à la gestion des anticoagulants
oraux en périopératoire chez les patients ayant une ACFA et traités
au long cours par AVK.
Arrêt des AVK
Très peu de données sont disponibles concernant le risque
thromboembolique périopératoire à l’arrêt de toute anticoagulation.
Vink (2005) a évalué rétrospectivement le risque
thromboembolique et hémorragique après une chirurgie générale dans
une série de patients présentant une ACFA traitée au long cours par
AVK. L’âge moyen était de 70 ± 7 ans, 50 % des
patients présentaient une HTA, 13 % un diabète, 16 % des
antécédents thromboemboliques artériels. Quatre-vingt-quatorze
patients ont bénéficié de 121 interventions chirurgicales non
cardiaques, après arrêt de leurs anticoagulants. Il n’a pas observé
de complications thromboemboliques dans le mois suivant la
procédure invasive. Les complications hémorragiques ont augmenté de
3,6 fois dans le mois postopératoire comparé à la période
contrôle.
Relais des AVK par une héparine
Les 7 séries de cas prospectives totalisant 925 patients décrivant
les relais par héparine (HNF ou HBPM) à l’arrêt des AVK chez des
patients atteints d’ACFA sont détaillées dans le tableau V (Spyropoulos 2006, Spandorfer 1999,
Douketis 2004, Kovacs 2004, Jaffer 2005, Tinmouth 2001). La plupart
des patients ayant une ACFA inclus dans ces études présentaient au
moins un facteur de risque associé. Les relais ont consisté dans la
très grande majorité des cas en des HPBM. Les schémas
d’administration étaient variables, depuis les doses thérapeutiques
en deux injections aux doses préventives. De même, plusieurs
posologies ont été étudiées : daltéparine 200 UI/kg x
1/j ; daltéparine 120 UI/kg x 2/j ; enoxaparine
1 mg/kg x 2/j ; enoxaparine 1,5 mg/kg x 1/j.
L’analyse de ces séries fait apparaître un risque thromboembolique
artériel (8 complications rapportées). Les principales
complications sont hémorragiques, survenant en postopératoire.
Recommandations des sociétés savantes
Les recommandations de ACC/AHA/ESC 2006 (Fuster 2006) sont les
suivantes :
- – chez les patients porteurs d’une fibrillation
auriculaire n’ayant pas de valve mécanique, il est raisonnable
d’interrompre l’anticoagulation jusqu’à une semaine sans relais par
héparine pour une chirurgie ou une procédure diagnostique à risque
hémorragique (recommandation de classe IIa, niveau C) ;
- – lorsqu’une procédure chirurgicale nécessite
l’interruption du traitement anticoagulant oral pour une durée
supérieure à une semaine chez des patients à haut risque, de
l’héparine non fractionnée peut être administrée ou des injections
sous-cutanées d’HBPM peuvent être réalisées bien que l’efficacité
de ces alternatives soit incertaine dans cette situation
(recommandation de classe IIb, niveau C).
Conclusion
Le groupe recommande un relais pré et postopératoire par une
héparine à dose curative dans les situations à risque élevé
définies précédemment. Les HBPM (hors AMM dans cette indication)
sont une alternative à l’HNF, sous réserve du respect de leurs
contre-indications.
Prise en charge du patient traité par AVK pour un épisode
thromboembolique veineux
La gestion de l’arrêt des AVK chez les patients aux antécédents
thromboemboliques récents diffère de celle concernant les patients
porteurs de valves mécaniques ou d’ACFA sur plusieurs points. Le
risque à l’arrêt est celui d’une récidive ou d’une embolie
pulmonaire tandis que dans les deux autres populations de patients,
le risque est celui d’un accident thrombotique artériel.
Relais des AVK par une héparine
Les 5 séries de cas prospectives décrivant le relais périopératoire
des AVK chez 284 patients traités pour un épisode aigu de thrombose
veineuse profonde sont détaillées dans le tableau V (Spyropoulos 2006, Spandorfer 1999,
Wilson 2001, Jaffer 2005, Tinmouth 2001). Les relais ont consisté
dans la très grande majorité des cas en une HPBM. Les schémas
d’administration étaient variables, depuis les doses thérapeutiques
en deux injections aux doses préventives. De même, plusieurs
posologies ont été étudiées : daltéparine 200 UI/kg x
1/j ; daltéparine 120 UI/kg x 2/j ; enoxaparine
1 mg/kg x 2/j ; enoxaparine 1,5 mg/kg x 1/j. Un cas
de récidive a été rapporté.
Il n’y a néanmoins que peu de données disponibles concernant
l’efficacité de l’HNF à faibles doses ou des HBPM à doses
préventives sur le risque de récidive thromboembolique veineux en
périopératoire.
Place des filtres cave
Aucune étude n’a comparé les effets d’un filtre cave à la poursuite
d’un traitement anticoagulant en périopératoire chez les patients à
haut risque de complication thromboembolique veineuse.
Peu d’études se sont intéressées aux filtres de veine cave en
périopératoire chez des patients traités au long cours par AVK.
Données disponibles
- – une série de cas de 12 patientes porteuses de
thromboses veineuses en préopératoire ;
- – une série de 30 patients bénéficiant d’un filtre dont
deux en préopératoire ;
- – étude PREPIC ;
- – indications des filtres cave de l’Assistance
Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Résultats
Hoffman (1999) a réalisé l’analyse d’une série de cas de 12
patientes devant bénéficier d’une chirurgie gynécologique
carcinologique et présentant une thrombose veineuse profonde
fémorale préopératoire. Trois conduites thérapeutiques étaient
réalisées : héparine, pose d’un filtre cave préopératoire ou
ligature peropératoire de la veine cave inférieure. Deux tentatives
de pose de filtres ont échoué, conduisant à la ligature
peropératoire avec décès de l’une des deux patientes. Une des poses
de filtre a été suivie d’une migration d’emboles en postopératoire.
Une des deux patientes traitées par anticoagulants seuls a présenté
un syndrome hémorragique majeur et une thrombopénie
immunoallergique préopératoire.
Imberti (2005) a réalisé l’étude d’une série de 30 patients
ayant bénéficié de la pose d’un filtre cave optionnel. Les
indications étaient 26 (86 %) thromboses veineuses profondes
avec contre-indication aux anticoagulants, prise en charge
préopératoire chez 2 (7 %) patients à très haut risque
embolique et 2 (7 %) prophylaxies thromboemboliques chez des
patients polytraumatisés. Après une médiane de suivi de
18,2 mois, ont été observées 3 (10 %) thromboses de
filtres, 1 (3 %) migration asymptomatique du filtre et 2
(7 %) récidives de thromboses veineuses profondes (niveau
4).
L’étude PREPIC (prévention du risque d’embolie pulmonaire par
interruption cave) a été le premier essai randomisé destiné à
évaluer le rapport bénéfices/risques de la mise en place d’un
filtre cave définitif associé au traitement anticoagulant (Decousus
1998). Cette étude a inclus 400 patients avec thromboses veineuses
profondes proximales, associées à une embolie pulmonaire dans la
moitié des cas. Les patients étaient traités par anticoagulants et
étaient randomisés en deux groupes : 200 patients avec filtre
et 200 patients sans filtre.
Au douzième jour, 2 patients (1,1 %) dans le groupe filtre
versus 9 (4,8 %) dans le groupe sans filtre avaient une
embolie pulmonaire (OR : 0,22 ; IC95 = 0,05- 0,90). À 2
ans, 37 patients (20,8 %) du groupe filtre versus 21 patients
(11,6 %) présentaient une récidive de thrombose veineuse
profonde (OR : 1,87 ; IC95 = 1,10-3,20) sans différence
de mortalité. À 8 ans, les filtres ne modifient pas la survie
(PREPIC randomized study 2005) (niveau 1).
Les indications des filtres cave retenues par l’AP-HP sont les
suivantes :
- – Les interventions chirurgicales à risque
thromboembolique élevé chez des patients avec antécédents de
thrombose des veines profondes ou d’embolie pulmonaire si thrombose
fraîche sont une indication établie (groupe I).
- – Les interventions chirurgicales à risque
thromboembolique élevé chez des patients avec antécédents de
thrombose des veines profondes ou d’embolie pulmonaire sont une
indication pertinente (groupe II).
Conclusion
Le groupe recommande un relais pré-et postopératoire par une
héparine à dose curative chez tous les patients traités par les AVK
pour une indication de maladie thromboembolique veineuse à haut
risque. La mise en place préopératoire d’un filtre cave doit être
discutée individuellement.
Prise en charge d’un patient traité par AVK en situation de
risque hémorragique non programmé (traumatisme, chirurgie ou acte
invasif urgent)
En situation d’urgence et de risque hémorragique non programmé, la
prise en charge d’un patient traité par AVK s’apparente à celle des
situations hémorragiques graves, détaillée au chapitre
« Hémorragies spontanées ou traumatiques ».
Recommandations du groupe de travail
Procédures qui peuvent être réalisées sans interrompre les
AVK
Certaines chirurgies ou actes invasifs, responsables de saignements
peu fréquents, de faible intensité ou aisément contrôlés, peuvent
ainsi être réalisés chez des patients traités par un AVK dans la
zone thérapeutique usuelle (INR compris entre 2 et 3). Le
traitement par AVK peut alors être poursuivi après avoir vérifié
l’absence de surdosage.
Toutefois, la prise d’autres médicaments interférant avec
l’hémostase, ou l’existence d’une comorbidité, augmente le risque
hémorragique et peut conduire à choisir l’interruption de
l’AVK.
Ces situations concernent :
- • la chirurgie cutanée (grade C) ;
- • la chirurgie de la cataracte (grade C) ;
- • les actes de rhumatologie de faible risque
hémorragique (cf. annexe 1) ;
- • certains actes de chirurgie bucco-dentaire (se
rapporter aux recommandations de la Société francophone de médecine
buccale et chirurgie buccale :
www.societechirbuc.com) ;
- • certains actes d’endoscopie digestive (se rapporter
aux recommandations de la Société française d’endoscopie
digestive : www.sfed.org).
Dans les autres cas, l’arrêt des AVK ou leur antagonisation en
cas d’urgence est recommandé.
La valeur de 1,5 (1,2 en neurochirurgie) peut être retenue comme
seuil d’INR en dessous duquel il n’y a pas de majoration des
complications hémorragiques périopératoires.
Il est rappelé que les injections sous-cutanées peuvent être
réalisées sans interruption des AVK, mais que les injections
intramusculaires présentent un risque hémorragique et sont
déconseillées.
Situations qui imposent un relais par une héparine, si
l’interruption des AVK est nécessaire pour un acte programmé
Lorsque le risque thromboembolique, fonction de l’indication du
traitement AVK, est élevé, un relais pré et postopératoire par une
héparine à doses curatives (HNF ou HBPM sous réserve de leur
contre-indication) est recommandé.
Dans les autres cas, le relais postopératoire par une héparine à
dose curative est recommandé lorsque la reprise des AVK dans les 24
à 48 heures postopératoires n’est pas possible du fait de
l’indisponibilité de la voie entérale.
Chez les patients porteurs de valves mécaniques
cardiaques : le relais pré et postopératoire des AVK par les
héparines est recommandé (grade C), quel que soit le type de
PVM.
Chez les patients en ACFA :
- • le relais pré et postopératoire des AVK par les
héparines est recommandé chez les patients à haut risque
thromboembolique, défini (niveau de preuve 2) par un antécédent
d’accident ischémique cérébral, transitoire ou permanent, ou
d’embolie systémique ;
- • dans les autres cas, l’anticoagulation par AVK peut
être interrompue sans relais préopératoire (grade C), mais
l’anticoagulation est reprise dans les 24-48 heures
postopératoires.
Chez les patients ayant un antécédent de MTEV :
- • le relais pré et postopératoire des AVK par les
héparines est recommandé (grade C) chez les patients à haut risque
thromboembolique, défini par un accident (thrombose veineuse
profonde et/ou embolie pulmonaire) datant de moins de 3 mois,
ou une maladie thromboembolique récidivante idiopathique (nombre
d’épisodes ≥ 2, au moins un accident sans facteur
déclenchant) ;
- • dans les autres cas, l’anticoagulation par AVK peut
être interrompue sans relais préopératoire (grade C), mais
l’anticoagulation est reprise dans les 24 à 48 heures
postopératoires.
Modalités du relais par une héparine, si nécessaire, en cas
d’acte programmé
Relais préopératoire
• Arrêt préopératoire des AVK et introduction des
héparines à dose curative
Il est recommandé de mesurer l’INR 7 à 10 jours avant
l’intervention :
- • si l’INR est en zone thérapeutique, il est recommandé
d’arrêter l’AVK 4 à 5 jours avant l’intervention et de commencer
l’héparine à doses curatives 48 heures après la dernière prise
de fluindione (Previscan®) ou de warfarine
(Coumadine®) ou 24 heures après la dernière prise
d’acénocoumarol (Sintrom®) ;
- • si l’INR n’est pas en zone thérapeutique, l’avis de
l’équipe médico-chirurgicale doit être pris pour moduler les
modalités du relais.
Si la procédure de relais n’est pas réalisée dans un parcours de
soins coordonné en ville, il est recommandé d’hospitaliser le
patient, au plus tard la veille de la chirurgie, pour adapter
l’anticoagulation.
La réalisation d’un INR la veille de l’intervention est
recommandée. Il est suggéré que les patients ayant un INR supérieur
à 1,5 la veille de l’intervention bénéficient de l’administration
de 5 mg de vitamine K per os. Dans ce cas, un INR de contrôle
est réalisé le matin de l’intervention.
• Arrêt préopératoire de l’héparinothérapie
Il est souhaitable que les interventions aient lieu le matin.
L’arrêt préopératoire des héparines est recommandé comme
suit :
- • HNF intraveineuse à la seringue électrique :
arrêt 4 à 6 heures avant la chirurgie ;
- • HNF sous-cutanée : arrêt 8 à 12 heures avant
la chirurgie ;
- • HBPM : dernière dose 24 heures avant
l’intervention.
Le contrôle du TCA ou de l’activité anti-Xa le matin de la
chirurgie n’est pas nécessaire.
En absence de protocole de service, il est proposé un exemple de
schéma de prise en charge (cf. page 94).
Relais postopératoire
• Reprise des héparines après l’intervention
Les héparines doivent être administrées à doses curatives dans les
6 à 48 heures postopératoires selon le risque hémorragique et
le risque thromboembolique.
Il est recommandé de ne pas reprendre les héparines à doses
curatives avant la 6e heure.
Si le traitement par héparine à doses curatives n’est pas repris
dès la 6e heure, dans les situations où elle est
indiquée, la prévention postopératoire de la MTEV doit être
réalisée selon les modalités habituelles.
• Reprise des AVK et arrêt des héparines
En l’absence de risque hémorragique majeur et persistant, il est
recommandé de reprendre les AVK dans les 24 premières heures.
Sinon, dès que possible après l’intervention.
Il est recommandé de reprendre les AVK aux posologies
habituellement reçues par le patient sans dose de charge.
Lorsque la voie entérale n’est pas disponible pendant plus de 24
à 48 heures, et en l’absence de risque hémorragique majeur et
persistant, il est recommandé de poursuivre en postopératoire
l’anticoagulation par l’héparine à doses curatives, introduite dans
les délais préconisés ci-avant jusqu’à ce que la reprise de l’AVK
devienne possible.
Le traitement par héparines est interrompu après 2 INR
successifs en zone thérapeutique à 24 heures d’intervalle.
Prise en charge pour un acte programmé en fonction de
l’indication du traitement anticoagulant
Patient porteur d’une valve mécanique cardiaque
Pour les patients traités par AVK pour une PVM, dans le cadre d’une
chirurgie ou d’un acte invasif programmé, et en dehors des
procédures ne nécessitant pas d’arrêt systématique des
antivitamines K :
- • le relais des AVK par des héparines est recommandé en
périopératoire (grade C) ;
- • ce relais peut être effectué par HBPM (hors AMM) à
doses curatives en deux injections sous-cutanées quotidiennes, par
HNF intraveineuse à la seringue électrique, ou par HNF sous-cutanée
(2/3 injections/j) à doses curatives. Ces trois options sont
possibles (grade B). Les HBPM étudiées dans cette situation sont
l’enoxaparine et la daltéparine (niveau de preuve 2) ;
- • en l’absence de données dans la littérature en
périopératoire, pour les procédures à risque hémorragique modéré ou
élevé, l’utilisation à dose curative d’HBPM en une injection par
jour ou du fondaparinux ne peut être recommandée ;
- • les héparines doivent être administrées à doses
curatives dans les 6 à 48 heures postopératoires, selon le
risque hémorragique et le risque thromboembolique. Il est
recommandé de ne pas reprendre les héparines avant la
6e heure ;
- • si le traitement par héparine à doses curatives n’est
pas repris à la 6e heure, dans les situations où
elle est indiquée, la prévention postopératoire précoce de la MTEV
doit être réalisée selon les modalités habituelles.
Patient traité par AVK pour une arythmie chronique par
fibrillation auriculaire (ACFA)
Pour les patients traités par AVK pour une ACFA, dans le cadre
d’une chirurgie ou d’un acte invasif programmé, et en dehors des
procédures ne nécessitant pas d’arrêt systématique des
antivitamines K, les recommandations sont les suivantes.
• Chez les patients à risque thromboembolique élevé
Un relais préopératoire des AVK par HBPM ou HNF à doses curatives
est recommandé (grade C), préférentiellement par des HBPM (grade
C).
Les héparines doivent être administrées à doses curatives dans
les 6 à 48 heures postopératoires selon le risque hémorragique
et le risque thromboembolique. Il est recommandé de ne pas
reprendre les héparines avant la 6e heure.
Si le traitement par héparine à doses curatives n’est pas repris
à la 6e heure, dans les situations où elle est
indiquée, la prévention postopératoire de la MTEV doit être
réalisée selon les modalités habituelles.
• Chez les patients à risque thromboembolique faible ou
modéré
L’anticoagulation par AVK peut être interrompue sans relais
préopératoire (grade C).
Lorsque la reprise des AVK n’est pas possible dans les 24 à 48
premières heures postopératoires, un relais postopératoire par HBPM
ou HNF à doses curatives doit être envisagé.
Dans les situations où elle est indiquée, la prévention
postopératoire précoce de la MTEV doit être réalisée selon les
modalités habituelles.
Dans tous les cas, en l’absence de données de la littérature en
périopératoire, pour les procédures à risque hémorragique modéré ou
élevé, l’utilisation à dose curative d’HBPM en une injection par
jour ou du fondaparinux ne peut être recommandée.
Patients traités par AVK pour un antécédent de MTEV
Pour les patients traités par AVK pour un épisode thromboembolique
veineux, dans le cadre d’une chirurgie ou d’un acte invasif
programmé, et en dehors des procédures ne nécessitant pas d’arrêt
systématique des antivitamines K, les recommandations sont les
suivantes.
• Pour les patients traités par AVK pour épisode
thromboembolique veineux à haut risque de récidive
Il est recommandé de différer une chirurgie réglée si cela est
possible, au minimum au-delà du 1er mois suivant un
épisode thromboembolique veineux, de préférence au-delà du
3e mois.
Si la chirurgie a lieu dans le 1er mois après un
épisode thromboembolique veineux, la mise en place d’un filtre cave
en préopératoire doit être discutée (grade C), ainsi que le choix
éventuel d’un filtre optionnel.
Un relais préopératoire des AVK par HBPM à doses curatives ou
par HNF intraveineuse à la seringue électrique ou sous-cutanée (2-3
injections/j) est recommandé (grade C).
Si en postopératoire le risque hémorragique lié à
l’héparinothérapie est considéré comme inacceptable, la mise en
place d’un filtre cave en préopératoire doit être discutée. Le
choix d’un filtre optionnel est à discuter. La mise en place d’un
filtre cave ne dispenserait pas de la reprise d’une anticoagulation
à dose curative dès que celle-ci est envisageable.
Pour les patients à risque de récidive modéré
L’anticoagulation par AVK peut être interrompue sans relais
préopératoire.
Il est recommandé de reprendre les AVK dans les 24 à
48 heures postopératoires.
Lorsque la reprise des AVK n’est pas possible dans ce délai, un
relais postopératoire par HBPM ou HNF à doses curatives doit être
réalisé.
Dans tous les cas :
- • la prévention postopératoire précoce de la MTEV doit
être réalisée jusqu’à ce que l’INR soit dans la zone thérapeutique
(ou la reprise des héparines à doses curatives) ;
- • en l’absence de données de la littérature en
périopératoire, l’utilisation du fondaparinux à dose curative ne
peut être recommandée ;
- • l’utilisation d’une HBPM à dose curative en 2
injections par jour doit être privilégiée. L’utilisation d’une HBPM
en une injection par jour peut être discutée au cas par cas.
Prise en charge préopératoire du patient pour une chirurgie ou
un acte invasif urgent à risque hémorragique
Un acte urgent est défini par sa réalisation indispensable dans un
délai qui ne permet pas d’atteindre le seuil hémostatique (objectif
d’un INR < 1,5 et 1,2 pour la neurochirurgie) par la seule
administration de vitamine K.
La mesure de l’INR doit être réalisée à l’admission du
patient.
L’administration de CCP est recommandée (grade C) suivant les
modalités indiquées au chapitre « Prise en charge des
hémorragies graves ».
Il est recommandé d’associer 5 mg de vitamine K à
l’administration des CCP, sauf si la correction de l’hémostase est
nécessaire pendant moins de 4 heures (grade C).
L’administration par voie entérale doit être privilégiée,
lorsqu’elle est possible (grade A).
La réalisation d’un INR est recommandée dans les 30 minutes
suivant l’administration du CCP et avant la réalisation de la
chirurgie ou l’acte invasif. En cas d’INR insuffisamment corrigé,
il est recommandé d’administrer un complément de dose de CCP,
adaptée à la valeur de l’INR suivant les RCP du médicament.
La réalisation d’un INR 6 à 8 heures après l’antagonisation
est recommandée.
La prise en charge postopératoire rejoint celle des actes
programmés.
Lorsque l’acte peut être réalisé dans un délai compatible avec
la réversion par la seule vitamine K (6 à 24 heures suivant le
niveau de l’INR) :
- • l’administration de CCP n’est pas
nécessaire ;
- • la vitamine K est administrée à la dose de 5 à
10 mg, si possible par voie entérale ;
- • la mesure de l’INR est répétée toutes les 6 à
8 heures jusqu’à l’intervention.
La prise en charge postopératoire rejoint celle des actes
programmés.
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