ARTICLE
Auteur(s) : Benjamin Tremey, Gilles Pernod, Pierre Sié
Département d’anesthésie, hôpital Foch, 40, rue Worth, 92150
Suresnes
Définition des symptômes hémorragiques suivant leur gravité et
leur urgence
Quatre échelles sont couramment utilisées pour classer les
syndromes hémorragiques.
Le Bleeding Severity Index (Landefeld 1987, Landefeld,
1989)
Hémorragie majeure :
- – fatale ;
- – menaçant le pronostic vital : entraîne une
intervention chirurgicale ou endovasculaire pour hémostase, ou des
lésions irréversibles comme infarctus du myocarde, accident
vasculaire cérébral, cécité ;
- – potentiellement menaçante pour le pronostic
vital : aiguë (< 3 jours) ou subaiguë (3-7 jours)
et qui entraîne au moins 2 des 3 conséquences suivantes :
perte sanguine sévère, hypotension (PAS : < 90 mmHg et
chute ≥ 20 %), anémie critique (avec hématocrite ≤ 20 %
et chute de 20 % ou plus) ;
- – aiguë ou subaiguë et entraînant une réintervention ou
une perte sanguine sévère (≥ 4 unités de sang si chirurgie, et ≥ 3
unités sinon) ou modérée (3 à 3,9 unités si chirurgie, 2 à 2,9
sinon).
Hémorragie mineure :
- – autres hémorragies internes évidentes (incluant :
saignements gastro-intestinaux, hémoptysie, hématurie macroscopique
et excluant : hématomes, saignement hémorroïdaire et hématurie
microscopique) non associées à une perte sanguine
significative ;
- – perte sanguine modérée ou sévère se manifestant sans
site d’hémorragie interne, si elle est associée à :
- • soit : transfusion ≥ 2 unités de sang et perte ≥
1 unité par semaine ou chute de l’hématocrite ≥ 20 %,
- • soit : hématocrite < 0,30 et perte sanguine ≥
1 unité par semaine et chute de l’hématocrite > 20 %.
La classification de Fihn (1993)
Hémorragie mineure : sans coût ou conséquence médicale
(ex : saignements de nez légers, bleus, saignements
hémorroïdaires légers, hématurie microscopique).
Hémorragie sérieuse : nécessite un traitement ou une
évaluation médicale (ex. : hémorragie gastro-intestinale
évidente, hémorragie gastro-intestinale occulte [radio ou
endoscopie], hématurie ayant entraîné une cystoscopie ou une
urographie IV ou ayant duré > 2 jours, hémoptysie) ou une
transfusion sanguine ≤ 2 unités.
Hémorragie menaçant le pronostic vital : entraînant un
arrêt cardio-respiratoire, une intervention chirurgicale ou
endovasculaire, ou des séquelles irréversibles (telles que :
infarctus myocardique, déficit neurologique consécutif à une
hémorragie intracérébrale ou hémothorax massif) ou hémorragie
entraînant au moins 2 des conséquences suivantes : perte d’au
moins 3 unités de sang, PAS < 90 mmHg ou anémie critique
(hématocrite ≤ 20 %).
Hémorragie fatale : entraînant directement le décès.
Classification de la Fédération Italienne des Cliniques des
Anticoagulants (Palareti, 2000, Pengo, 2001)
Hémorragie majeure : fatale ; intracrânienne (documentée
par imagerie) ; oculaire (avec cécité) ;
articulaire ; rétro-péritonéale ; si intervention
chirurgicale ou endovasculaire nécessaire pour l’arrêter ;
baisse de l’hémoglobine ≥ 2 g/dl et/ou nécessité d’une
transfusion sanguine ≥ 2 unités.
Hémorragie mineure : toutes les hémorragies non majeures.
Ne sont pas pris en compte les contusions légères et ecchymoses,
les épistaxis s’arrêtant spontanément sans visite aux urgences ni
nécessité d’un tamponnement, les saignements hémorroïdaires
occasionnels, l’hématurie microscopique.
Classification du sous-comité « Contrôle de
l’anticoagulation » de la Société internationale de thrombose
et d’hémostase (ISTH) (Schulman, 2005)
Hémorragie majeure :
- – hémorragie fatale ;
- – hémorragie symptomatique dans une zone ou un organe
critique, telle que : intracrânienne, intraspinale,
intraoculaire, rétropéritonéale, intra-articulaire, péricardique,
ou intramusculaire avec syndrome de compartiment ;
- – hémorragie entraînant chute de l’hémoglobine ≥
2 g/dL ou conduisant à transfuser ≥ 2 unités de sang total ou
de concentrés érythrocytaires.
Hémorragie mineure : toutes les hémorragies non
majeures.
D’autres publications (Makris, 2001, van Latum 1995, van der
Meer 1993, van der Meer 1996, Schulman 2003, Beyth 1998, Kuijer
1999, Copland 2001, Prandoni 2002) ont cherché à préciser ces
notions de gravité des hémorragies :
- – Les hémorragies fatales y sont, ou non, séparées des
hémorragies majeures.
- – Les hémorragies majeures y sont caractérisées :
- • par leur localisation : intracrânienne,
rétropéritonéale, intraoculaire (sauf conjonctive), hématome
spontané du muscle associé à un syndrome de compartiment,
hémorragie des muscles et articulations, impliquant le système
nerveux central ;
- • par leurs conséquences : menaçant le pronostic
vital, nécessitant une transfusion (parfois précisée : ≥ 4
unités de sang en moins de 48 heures, ≥ 2 unités de concentrés
érythrocytaires, au moins 2 unités de sang), chirurgie ou
hospitalisation, nécessitant une procédure invasive pour hémostase,
saignement actif de n’importe quel orifice associé à une PAS ≤
90 mmHg, oligurie, chute de l’hémoglobine > 2 g/dL,
entraînant un handicap fonctionnel permanent quel que soit son
degré, entraînant l’arrêt définitif du traitement, altérant la vue
ou l’ouïe ;
- • par leur volume : perte ≥ 2 unités de sang en
7 jours ou moins, associée à une diminution du taux
d’hémoglobine ≥ 2 g/dL.
- – La notion d’hémorragies intermédiaires a été utilisée
pour des hémorragies notifiées séparément des questionnaires de
routine, car plus manifestes que les épisodes mineurs, sans pour
autant correspondre à des hémorragies majeures : hématurie
macroscopique, hématomes importants, saignements de nez
prolongés.
- – Les hémorragies mineures sont le plus souvent définies
par défaut par rapport aux hémorragies majeures. Une étude les
caractérise un peu plus précisément : hématomes, épistaxis,
rectorragies, urines hématiques. Une revue les décrit comme les
épisodes hémorragiques sans coût ou conséquence (Schulman,
2003).
Conclusion
Dans une perspective pratique pour la prise en charge des patients
sous AVK, les hémorragies ont été classées en « graves »
sur la base des critères retenus dans les diverses classifications
et non graves, par défaut.
Hémorragie non grave
Nous n’avons pu identifier aucune étude s’intéressant
particulièrement aux événements hémorragiques mineurs. Ainsi,
concernant les situations hémorragiques mineures survenant sous
AVK, aucune donnée de la littérature ne permet de proposer
clairement une attitude plus qu’une autre. Les diverses
recommandations internationales proposent d’utiliser la vitamine K
orale à la dose de 5 à 10 mg et l’arrêt des AVK. L’objectif
est de ramener l’INR en zone thérapeutique sans induire de
résistance secondaire aux AVK. Aucune donnée ne permet d’évaluer
l’indication d’une hospitalisation systématique.
Conclusion
Il n’existe aucune donnée de la littérature concernant la conduite
à tenir en cas d’hémorragies non graves, dont la prise en charge
rejoint celle d’un surdosage lorsqu’il existe.
Hémorragie grave
Moyens médicamenteux en cas d’hémorragie grave
Concentré de complexe prothrombique (CCP, aussi appelé
PPSB [tableau I])
Données disponibles
Les études portant sur l’effet des CCP sur l’INR des patients
traités par AVK au long cours sont :
- – 4 études observationnelles prospectives (Evans 2001,
Preston 2002, Lubetsky 2004, Vigue 2007) et une série rétrospective
(Lankiewicz, 2006) ;
- – 2 études comparant différentes doses de CCP (Yasaka
2005, van Art 2006).
Tableau I Moyens médicamenteux en cas d’hémorragie
grave : CCP
|
Population incluse
|
Traitement
|
Facteurs étudiés
|
Résultats
|
Niveau de preuve
|
- Lankiewicz
- 2006
- États-Unis
|
- n = 58
- Warfarine, INR > 2, saignement actif ou chirurgie
urgente
- →population hétérogène avec et sans surdosage
|
- 25-50 UI/kg Proplex-T® (Baxter)
- + vit. K, iv ou sc
|
- INR t0 avant traitement
- INR t1 après traitement (< 1h)
- Taux de correction INR < 2
- Taux de correction INR < 1,5
|
- t0 : moy11,7 méd 3,8 (1,4-52,8)
- t1 : moy 1,4 méd 1,3 (0,9-5,7)
- < 2 : 56 patients, 97 %
- < 1,5 : 44 patients, 76 %
|
4
|
|
- n = 18
- hémorragie intracrânienne avec indication chirurgicale
|
- CCP Kaskadil® (20 UI/kg en bolus iv en
3 min + vit. K 5 mg entérale
- Objectif : INR < 1,5
|
- t0 : INR avant traitement
- t3 : INR à 3 min
- t6-12 : INR à 6-12 h
|
- t0 : 4 ± 1,6 (moy) 50 % > 3,5
- t3 : 1,2 ± 0,2 100 % < 1,5
- t6-12 : 1,3 ± 0,3 28 % > 1,5 avec vit K non
donnée
|
4
|
|
- n = 42
- Antagonisation nécessaire en urgence
- →population hétérogène, avec (n = 22) et sans (n = 20)
surdosage
|
- CCP Beriplex® (Adventis)
- Dose fonction de l’INR
- + vit. K iv
|
INR à t0, 20, 60, 120 min
|
- t0 : INR 3,98 (2-27,6)
- t20 : < 1,3 : 79 % soit 33/42
- 1,3-1,9 : 21 % soit 9/42
|
4
|
- Lubetsky
- 2004
- Israël et Russie
|
- n = 20
- Grp I : saignement majeur et INR > 5, n = 10, INR = 5 ±
2,8
- Grp II : chirurgie urgente et INR > 3, n = 10 INR =
7,1 ± 2,5
|
- CCP Octaplex® (octapharma)
- 25-50 UI/kg
- ± vit K
|
- INR à t0 et INR à 10 min
- Evaluation de la réponse : bonne, modérée, nulle,
selon l’arrêt du saignement et la baisse de l’INR
|
- t0 : 6,1±2,8 (2,1-12,8)
- A 10 min : 1,5 ± 0,3 (1-2,1)
- Grp II : 8 bonnes, 2 modérées
|
4
|
|
- Prospective
- n = 42, hémorragie majeure ou indication chirurgicale
urgente
|
- CCP : CCP-HT Nichiyaku ± vit K
- -Grp I : 200 UI CCP n = 6
- -Grp II : 500 UI
- n = 30
- -Grp III : 1 000 à 1 500 UI
- n = 6
|
|
- I : t0 : 3,34 (2,06-5,08)
- t10 min : 1,85(1,23-2,43) p < 0,05
- II : t0 : 2,49 (1,54-10)
- t10 min : 1,19(0,87-1,55) p < 0,05
- III : t0 : 2,33 (1,96-4)
- t10 min : 0,96(0,87-1,24) p < 0,05
|
2
|
|
- Prospective randomisée contrôlée
- n = 93, hémorragie majeure ou indication chirurgicale
urgente
|
- Vit K 10 mg IV + CCP Cofact® (avec 2
doses) :
- - Grp I : dose fixe, 500 UI n = 47
- - Grp II : dose selon poids, INR initial et INR cible, n =
46
|
Nombre de patients atteignant l’INR cible à 15 min.
|
- I : 43 %
- II : 89 % p < 0,001
|
2
|
Résultats
Les populations de patients inclus sont hétérogènes, mélangeant
surdosage en AVK et traitement équilibré.
Efficacité
Dans la série prospective de Preston (2002) (n = 42),
l’administration de CCP permet d’obtenir une antagonisation
complète de l’INR (INR < 2) chez tous les patients, 20 minutes
après traitement (INR < 1,3 dans 79 % des cas).
Dans la série rétrospective de Lankiewicz (2006) concernant 58
patients traités par warfarine, l’administration de CCP permet de
ramener l’INR 1 heure après traitement à des valeurs < 2 dans
97 % des cas (INR médian 1,3 [0,9-5,7] après 1 heure versus
3,8 [1,4-52,8] initial). Seuls 76 % des patients avaient un
INR inférieur à 1,5 mais la proportion de patients non surdosés
n’est pas précisée.
Dans la série prospective de Lubetsky (2004) portant sur 20
patients traités par AVK au long cours, l’administration de CCP
permet une baisse rapide en 10 minutes de l’INR de 6,1 ± 2 à 1,5 ±
0,3. Une bonne réponse clinique est notée dans 85 % des cas
(arrêt du saignement).
Dans l’étude prospective observationnelle de Vigué (2007)
portant sur 18 patients traités par AVK (INR = 4 ± 1,6)
et présentant une hémorragie intracrânienne, l’administration en
bolus de concentrés de complexes prothrombiniques permet
l’antagonisation totale (INR = 1,2 ± 0,2) des AVK en 3 minutes dans
100 % des cas.
Dans la série prospective de Yasaka (2005), l’INR est
significativement réduit 10 minutes après antagonisation, que le
CCP soit utilisé seul (1,36 versus 6,23) ou en association à la
vitamine K (1,13 versus 2,7).
Dans la série prospective d’Evans (2001), l’INR est normalisé
(1,1 versus > 20) 10 minutes après antagonisation, Un arrêt du
saignement est noté dans 100 % des cas.
Effets secondaires
Dans la série prospective de Preston (2002), aucun accident
thrombotique et aucune CIVD biologique ne sont rapportés.
Dans la série prospective de Lubetsky (2004)., aucun accident
thrombotique n’est rapporté.
Dans la série prospective de Vigué (2007), aucun accident
thrombotique et aucune CIVD biologique ne sont rapportés.
Aucun cas de thrombopénie immunoallergique à l’héparine n’a été
rapporté.
Mode d’administration et posologie
Les posologies sont exprimées en unités de facteur IX.
Dans la série prospective de Preston, les posologies vont de 25
à 50 Ul/kg sans différence dans la réponse de l’INR.
Dans la série prospective de Yasaka (2005), la posologie est de
25 Ul/kg.
Dans la série rétrospective de Lankiewicz (2006), la posologie
va de 25 à 50 Ul/kg.
Dans la série prospective prospective de Lubetsky (2004), la
posologie va de 23 à 31 Ul/kg.
Dans la série prospective d’Evans (2001), la posologie est de 30
Ul/kg.
Dans la série prospective de Vigué (2007), la posologie est de
20 Ul/kg.
Dans l’étude de rétrospective cas-témoins de Cartmill (2000), la
posologie est de 50 Ul/kg.
Dans toutes les études, l’administration se fait en 10 minutes,
excepté dans celle de Vigué (2007), où elle se fait en 3
minutes.
Les études comparant différentes doses de CCP ont montré un
effet proportionnel à la dose et un effet plus important pour les
doses adaptées au poids par comparaison aux doses fixes (Yasaka
2005, van Aart 2006). L’étude de Yasaka a testé différentes doses
de CCP. Pour des doses allant de 18 à 26 Ul/kg, l’INR passe de 2,33
à 0,96. Pour des doses moyennes de 8,8 Ul/kg, l’INR passe de 2,49 à
1,19. Pour des doses de 3,3 Ul/kg, l’INR passe de 3,24 à 1,85. Dans
l’étude de van Art (2006), l’adaptation au poids permet un retour
dans l’INR cible dans 89 % des cas, versus 43 % en cas de
dose fixe.
Limites méthodologiques
Elles sont communes à toutes les études sélectionnées. Il s’agit
souvent de publications de cohortes sans randomisation et sans
groupe contrôle. Le nombre de patients par cohorte est faible,
entre 10 et 93. Les populations sont hétérogènes (type de
saignement, population médicale ou chirurgicale), et les valeurs de
l’INR à la prise en charge sont variables (surdosage ou zone
thérapeutique). Les produits employés sont différents dans la
littérature.
Conclusion
En ce qui concerne le traitement des hémorragies graves, toutes les
études disponibles, malgré des diversités méthodologiques
importantes, démontrent l’efficacité des concentrés de complexe
prothrombiniques (CCP) pour normaliser en quelques minutes l’INR.
La posologie idéale de CCP n’est pas clairement déterminée.
L’intérêt d’une adaptation à la valeur de l’INR n’est pas établi.
Néanmoins des posologies supérieures à 25 Ul/kg ne semblent pas
pertinentes (niveau 4). Il n’existe aucune publication datant des
20 dernières années rapportant un effet secondaire thrombotique
suite à l’utilisation du CCP.
Plasma frais congelé
Données disponibles (tableau II) : 1 étude randomisée
contrôlée, 1 étude rétrospective de cohorte et 1 étude
rétrospective cas-témoins ont été sélectionnées.
Tableau II Moyens médicamenteux en cas d’hémorragie
grave : plasma frais congelé
|
Auteur, pays année
|
Type d’étude, population incluse, n, durée
|
Interventions, n
|
Critères de jugement principal et secondaire
|
Résultat et signification
|
Niveau de preuve
|
|
- Série de cas rétrospective 44 patients
- Inclusion : HIC sous warfarine et suivi
scanographique
- Exclusion : hématome sous ou extradural, traumatisme,
infarctus hémorragique, malformation
- Durée = 6 ans
|
Administration de plasma ± vit. K
|
- Délai admission-début administration
- Délai admission-fin administration
- Délai admission-normalisation de l’INR (INR < 1,2)
- Volume de l’hématome
- Etat respiratoire
|
- Délai admission-début administration
- 3 heures (1,5-4)
- Délai admission-fin administration
- 9-25 heures (5-11,5)
- Délai admission-normalisation de l’INR (INR < 1,2)
- 30 heures (11-48)
- Absence de corrélation entre augmentation du volume de
l’hématome et délai de correction de l’INR
- Etat respiratoire
- 10/44 patients défaillance respiratoire
|
4
|
|
- RCT monocentrique
- 102 patients
- Inclusion : prothèse valvulaire mécanique sous warfarine
et INR entre 4 et 7
- Exclusion : saignement majeur
- Durée = 2 ans
|
- Vit K IV 1 mg = 57
- Plasma = 45
- Dans les 2 cas, diminution de la dose de warfarine de
0,25 mg
|
- Survenue d’un saignement majeur, d’accident thrombotique ou
d’effet indésirable de l’administration de vit K
- INR à H6 et 1 semaine
|
- Aucun saignement majeur ou accident thromboembolique
- Différence significative INR à H6 entre vit. K et plasma
- 3,44 versus 2,75, p < 0,01
- Pas de différence significative INR à 1 semaine entre vit. K et
plasma
- 2,7 versus 2,56, p = 0,41
|
1
|
|
- Étude rétrospective et prospective cas-témoins contrôlée
- 82 patients
- Inclusion : traumatisme crânien et traitement par
warfarine
- Durée = 1 an
|
- Protocole spécifique de prise en charge :
- -TC sous warfarine
- -TDM en urgence
- -Si lésion : plasma 4 culots + vit K IV 10 mg =
19
- Cohorte non spé. = 35
- Cohorte historique = 22
|
- Délai admission-réversion
- Progression de l’ICH
- Mortalité
|
- Différence significative délai admission-réversion cohorte
historique/protocole
- 4,2-4,3 versus 1,9, p < 0,0001
- Différence significative progression ICH cohorte
historique-protocole
- 40 % versus 11 %, p < 0,001
- Différence significative mortalité cohorte
historique-protocole
- 50 % versus 10 %, p < 0,001
|
3
|
Résultats
Efficacité
Dans l’étude randomisée contrôlée de Yiu (2006), dans une situation
de saignement mineur, l’administration de plasma est
significativement supérieure à la vitamine K seule en termes de
correction d’INR à la 6e heure (2,75 versus 3,44).
Dans l’étude rétrospective de Lee (2006), l’administration de
plasma permet d’obtenir un délai de normalisation moyen de l’INR
(INR < 1,2) de 30 heures.
Dans l’étude cas-témoins rétrospective d’Ivascu (2005),
l’administration de plasma dans le cadre d’une procédure écrite et
standardisée permet de diminuer significativement le délai
d’antagonisation (1,9 heure versus 4,2 heures), la
progression scanographique de l’hémorragie intracrânienne
(11 % versus 40 %) et de réduire la mortalité (10 %
versus 50 %).
Effets secondaires
Dans l’étude rétrospective de Lee (2006), 10/44 patients ont
développé une défaillance respiratoire.
Mode d’administration et posologie
Les modalités d’administration et les posologies n’ont pas été
définies dans les études. Dans l’étude rétrospective de Lee (2006),
le délai moyen d’administration de plasma est de 9,25 heures.
Limites méthodologiques
Ces études sont peu convaincantes méthodologiquement. L’étude
randomisée de Yiu (2006) n’inclut que des saignements mineurs. Les
deux autres études sont rétrospectives. La quantité de plasma
administrée est variable et inconstamment rapportée.
Les recommandations de bonne pratique de l’Afssaps (2002) ont
précisé les indications du plasma frais congelé (PFC) :
« L’apport de PFC se limite aux situations où l’apport d’un
volume liquidien est utile (choc hémorragique) ou en cas d’absence
de disponibilité du concentré complexe prothrombinique.
Contrairement au concentré de complexe prothrombinique qui apporte
les facteurs nécessaires sous un très faible volume (<
100 mL), la correction de l’INR par le PFC nécessite de grands
volumes et expose donc au risque de surcharge vasculaire, notamment
chez les porteurs de prothèse valvulaire ou d’autres cardiopathies
nécessitant le recours aux AVK. Un volume de 5 à 8 mL par kg
est habituellement recommandé pour antagoniser l’effet des AVK,
mais ce volume semble insuffisant et plusieurs études suggèrent que
30 à 40 mL par kg sont plus souvent nécessaires, ce qui
renforce encore la nécessité de prudence quant au risque de
surcharge vasculaire ».
Conclusion
Les études démontrent le peu d’efficacité du plasma dans
l’antagonisation des AVK (niveau 3). Le délai d’antagonisation est
élevé, et l’efficacité médiocre. La survenue d’effet secondaire
liée à l’apport volumique important est fréquente.
Comparaison des CCP et des plasmas frais congelés
Données disponibles
Les études comparant l’efficacité des CCP et du plasma chez les
patients traités par AVK au long cours en absence de surdosage sont
peu nombreuses et de qualité méthodologique médiocre :
- – 1 essai prospectif randomisé contrôlé (Boulis
1999) ;
- – 1 étude avec témoins historiques (Cartmill
2000) ;
- – 3 études de cohortes (Fredriksson 1992, Makris 1997,
Huttner 2006).
Les études comparatives ne concernant que les surdosages n’ont
pas été prises en compte.
Efficacité
Dans l’étude randomisée contrôlée (n = 13) de Boulis (1999),
l’administration de CCP associé au plasma est significativement
supérieure au plasma seul en termes de vitesse de correction d’INR
(0,6/heure versus 0,18/heure), de délai de correction (INR <
1,3) (2,9 heures versus 8,9 heures).
Dans l’étude de cohorte prospective de Makris (1997)
l’administration de CCP est supérieure au plasma en termes de
correction moyenne (INR 1,3 versus 2,3), sans qu’une
significativité statistique soit évoquée.
Dans l’étude cas-témoins rétrospective de Cartmill (2000)
l’administration de CCP est supérieure au plasma en termes
d’intensité de correction 15 minutes après antagonisation (INR 1,32
versus 2,3), de vitesse de correction (41 minutes versus
115 minutes) sans qu’une significativité statistique soit
évoquée.
Dans l’étude cas-témoins rétrospective de Fredriksson (1992),
l’administration de CCP en cas d’hémorragie intracrânienne (HIC)
est significativement supérieure au plasma en termes d’intensité de
correction (TP 63 % versus 33 %), de vitesse de
correction du TP (13 % h versus 2 % h). Des résultats
similaires ont été rapportés par Huttner (2006).
Tableau III Moyens médicamenteux en cas d’hémorragie
grave : comparaison CCP–plasma frais congelé
|
Type d’étude
|
Inclusion
|
Intervention
|
Critères de jugement
|
Résultats
|
Niveau de preuve
|
|
Étude prospective de cohorte
|
- 41 patients
- Inclusion : indication à une réversion immédiate de
l’anticoagulation (warfarine)
- durée = 2 ans
|
- Administration de CCP = 29
- Administration de plasma = 12
|
INR moyen après antagonisation
|
- Différence significative CCP versus plasma
- INR moyen, 1,3 versus 2,3
|
2
|
|
- Prospective
- randomisée sans aveugle, monocentrique
|
Hémorragie intracrânienne confirmée en TDM sous AVK avec TQ >
17s
|
- C : PFC+CCP (Konyne, Bayer) + vitamine K
- n = 5
- P : PFC + vitamine K
- n = 8
|
- - Délai de correction pour INR 1,3
- - Taux de correction : delta d’INR/délai
- - Volume de PFC
|
- - Délai : 2,95 ± 0,46 versus 8,9 ± 1,51 h p <
0,01
- - Tx : 0,63 ± 0,18 versus 0,18 ± 0,03 p < 0,01
- - Volume : 399 ± 271 versus 2712 ± 346 mL p
< 0,0007
|
2
|
- Cartmill
- 2000
- Royaume-Uni
|
Cas-témoins monocentrique
|
Hémorragie intracrânienne sous AVK
|
- C : CCP (factor Ixa-BPL Bioproduct laboratory))+ vitamine
K n = 6
- P : PFC+ vitamine K n = 6
|
- - Taux de correction pour INR < 1,5
- - Délai avant fin du traitement
|
- - Tx : 6/6 versus 1/6 p < 0,001
- INR 4,86 (1,32 versus 5,32 (2,3
- -Délai : 41 (30-60) versus 115 (60-180)s p < 0,001
|
3
|
|
Rétrospective monocentrique
|
- Hémorragie intracrânienne sous AVK
- Ayant reçu de la vitamine K IV et des CCP ou PFC
|
|
- - INR final
- - Délai de correction
- - Taux de correction : delta du TP/délai
|
- - INR 2,83 (2,14-4,72) (1,22 versus 2,97 (2,03-4,72) (1,74 p
< 0,05
- - Délai : 4,8 heures versus 7,3 heures
- 13 ± 6,7 versus 2,8 ± 1,4 p < 0,001
|
4
|
|
Rétrospective monocentrique
|
Hémorragie intracrânienne confirmée en TDM sous AVK avec INR >
1,5
|
- I : CCP ± PFC ± vitamine K n = 31
- II : PFC ± vitamine K n = 18
- III : vitamine K n = 6
|
- Secondaire :
- Correction d’INR < 1,5 en < 2 heures
|
- I : 26/31 83,8 %
- II : 7/18 38,8 %
- III : 0/6 0 % p < 0,01
|
4
|
Effets secondaires
Dans l’étude randomisée contrôlée de Boulis (1999), aucun accident
thrombotique n’est rapporté. En revanche, 5/8 patients recevant du
plasma ont développé une défaillance respiratoire, contre aucun
dans le groupe recevant un CCP.
Limites méthodologiques
Ces études sont peu convaincantes méthodologiquement. La
publication randomisée de Boulis (1999) n’inclut que 13 patients.
Conclusion
Chez les patients traités par AVK au long cours et en absence de
surdosage, les CCP permettent une correction de l’INR plus rapide
et complète que le plasma (niveau 3).
Comparaison des CCP à la vitamine K seule
Données disponibles
Les études comparant l’efficacité des concentrés de complexes
prothrombiniques et de la vitamine K chez les patients traités par
AVK au long cours en absence de surdosage sont :
- – 1 étude prospective observationnelle (Yasaka
2003) ;
- – 1 étude rétrospective de cohorte (Hunter 2006).
Yasaka (2003) a comparé l’effet sur la correction de l’INR de 3
traitements : CCP, seuls ou associés à de la vitamine K, et
vitamine K seule. Le recours aux CCP permet une correction plus
rapide de l’INR.
L’étude rétrospective de cohorte de Huttner (2006) a observé que
la baisse de l’INR pour des valeurs < 1,5 en moins de
2 heures était possible dans 84 % des cas avec
l’administration de CCP, mais n’était pas atteinte avec
l’administration de vitamine K seule.
Conclusion
Chez les patients traités par AVK au long cours et en absence de
surdosage, les CCP permettent une correction de l’INR plus rapide
et plus importante que la vitamine K.
Tableau IV Moyens médicamenteux en cas d’hémorragie
grave : comparaison CCP – vitamine K
|
Type d’étude
|
Population étudiée
|
Critères de jugement
|
Résultats
|
Niveau de preuve
|
|
Prospective observationnelle
|
- n = 17, hémorragie majeure :
- - Grp I : CCP + vitamine K n = 11
- - Grp II : CCP n = 2
- - Grp III : vitamine K, n = 4
|
Variation d’INR : à t0, à 10 min, à 24 heures
|
- I : t0 : 2,7 (2,26- > 10) (méd)
- t10 min : 1,13 (0,91-1,36) p < 0,01
- 24 heures : 1,06 ns
- II : t0 : 6,23
- t10 min : 1,36
- 24 heures : 2,07
- III : t0 : 2,69 (2,03-3,31)
- t10 min : idem ns
- 24 heures : 1,28 (1,25-1,44) p = 0,07
|
2
|
|
Voir tableau III
|
|
|
|
4
|
Facteur VII activé recombinant (Novoseven®)
Quatre séries de cas et 1 étude expérimentale animale ont été
sélectionnées.
Tableau V Moyens médicamenteux en cas d’hémorragie
grave : rFVIIa
|
Auteur, pays année
|
Type d’étude, population incluse, n, durée
|
Interventions, n
|
Critères de jugement principal et secondaire
|
Résultats et signification
|
Niveau de preuve
|
|
- Série de cas
- 13 patients
- Inclusion : INR > 10 ou hémorragie sous warfarine ou
nécessité d’une procédure interventionnelle
- durée = 2 ans
|
- Administration de facteur VII activé en 5 min
- Dose de 10 à 90 μg/kg
|
INR avant et immédiatement après
|
- Succès clinique
- % INR < 1,5 = 15 % (2/13)
|
4
|
|
- Série de cas
- 4 patients
- Inclusion : HIC sous AVK
- durée = 1 an
|
- Administration de facteur VII activé en 5 min
- Dose de 16 à 22 μg/kg
- Administration concomitante de plasma
- Nouvelle coadministration en post-opératoire
|
- INR avant et immédiatement après
- Effet secondaire
|
- % INR < 1,5 à H2 = 100 %
- pas d’événement thrombotique
|
4
|
|
- Série de cas
- 7 patients
- Inclusion : HIC sous AVK
- durée = 1 an
|
- Administration de facteur VII activé en 5 min
- Dose de 60 μg/kg
- Administration de plasma
|
- INR avant et après
- GOS (Glasgow outcome scale)
|
- INR avant et après
- 2,07 versus 1,08
- GOS à 6 mois
- GOS 1-2 = 28 %
- GOS 3 = 72 %
|
4
|
|
- Série de cas prospective
- 16 patients
- Inclusion : saignement majeur sous warfarine
- durée = 1 an
|
Administration de facteur VII activé 1,2 mg
(16,3 μg/kg)
|
INR avant et après
|
- Différence INR avant et après antagonisation
- 2,8 versus 1,07, p < 0,001
|
4
|
|
- Étude expérimentale animale, ouverte, traitement versus
placebo
- Inclusion : modèle de rat anticoagulé (phenprocoumon)
|
- Administration de facteur VII activé (100 μg/kg) : gpe
FVII
- Administration de CCP (50Ul/kg) : groupe CCP
- Administration de sérum salé : groupe placebo
|
TP avant et après administration
|
- Normalisation du TP dans groupe FVII et CCP
- Normalisation du TP moindre dans groupe FVII que dans groupe
CCP en cas d’anticoagulation préalable plus prolongée
|
2
|
Résultats
Efficacité
Dans l’étude de Deveras (2002), l’utilisation du rFVIIa ne permet
un retour à un INR < 1,5 que dans 15 % des cas.
L’utilisation de dose allant de 14 à 90 μg/kg et des INR de départ
variables rendent l’interprétation de ces résultats difficile.
Dans l’étude de Lin (2003), l’utilisation du rFVIIa permet une
correction complète (INR < 1,5) à la 2e heure et
permet la réalisation d’une neurochirurgie. Tous les patients
reçoivent de façon concomitante du plasma. Deux patients reçoivent
une dose supplémentaire en peropératoire.
L’étude de Freeman (2004) met en évidence une réversion complète
de l’antagonisation après une dose de rFVIIA associée à
l’administration de plasma. Seul 1 patient sur 7 est surdosé en
AVK.
Dans l’étude de Dager (2006), l’administration de 1,2 mg
permet de reverser totalement l’INR (2,8 versus 1,07), sans effet
secondaire
L’étude expérimentale animale de Dickneite (2007) est la seule
étude à comparer le rFVIIa et le CCP. Ces deux produits permettent
de corriger rapidement le taux de prothrombine, mais le CCP réduit
le temps et le volume de saignement plus efficacement que le
rFVIIa.
Limites méthodologiques
Les 4 études cliniques, sont des séries de cas sans comparaison.
Aucune étude de dose n’est réalisée.
La seule étude comparative est une étude expérimentale animale
utilisant un AVK non disponible en France (phénocoumarol).
Conclusion
Le rFVIIa semble être efficace dans la réduction de l’INR chez les
patients sous warfarine (niveau 4). Ni l’intensité de cette
correction, ni sa durée, ni la dose optimale de rFVIIa ne sont
connues.
Conduite à tenir en cas d’hémorragie grave
Données disponibles
Les études portent essentiellement sur la prise en charge des
hémorragies intracrâniennes (HIC) sous anticoagulants, traumatiques
ou non.
La série de cas rétrospective de Yasaka (2003) met en évidence
qu’un INR > 2 dans les 24 heures suivant l’apparition de
l’HIC est un facteur de risque indépendant de majoration du volume
de l’HIC (niveau de preuve 4).
Dans l’étude prospective de cohorte de Flibotte (2004), il
n’existe pas de différence significative du volume initial de l’HIC
non traumatique entre les patients sans et avec warfarine. En
revanche, il existe une différence significative en termes
d’expansion de l’hématome dans les heures suivant le diagnostic
entre les patients sans et avec AVK (OR 6,2, 1,7-22,9).
Conclusion
Les publications portant sur les modalités de prise en charge
médicamenteuse et non médicamenteuse des hémorragies graves sous
AVK sont peu nombreuses et hétérogènes. L’événement le plus étudié
est l’hémorragie intracrânienne (HIC), archétype de l’hémorragie
grave. Sur la base de ces études, le groupe de travail recommande
l’utilisation des CCP associés à la vitamine K dans les délais les
plus brefs suivant le diagnostic d’hémorragie grave. Cette
recommandation justifie l’existence de procédures pour la prise en
charge de ces patients, permettant d’accélérer l’accès aux moyens
de diagnostic (ex. : imagerie), et aux techniques
hémostatiques non médicamenteuses (chirurgie, embolisation, etc.),
la délivrance des médicaments et la surveillance de l’INR.
Conduite à tenir chez le patient victime d’un traumatisme
Cinq études, une série prospective (Cohen 2006) et 4 études
rétrospectives (Wojcik 2001, Karni 2001, Gittleman 2005, Ivascu
2005), ont été retenues.
Tableau VI Conduite à tenir chez le patient victime
d’un traumatisme
|
Auteur, pays année
|
Type d’étude, population incluse, n, durée
|
Interventions, n
|
Critères de jugement principal et secondaire
|
Résultat et signification
|
Niveau de preuve
|
|
- Série de cas prospective (database)
- 126 patients
- Inclusion = traumatisme crânien sous warfarine (INR >
3)
- Durée = 3 ans
|
- Trauma sévère, GCS < 8, n = 49
- Trauma léger, GCS 13-15, n = 77
|
- Lésions cérébrales
- Prise en charge
- Morbimortalité
- Évolution et suivi en cas de trauma léger
|
- GCS < 8
- Mortalité = 88 %
- GOS entre 3 et 4 pour les survivants
- TDM anormale = 100 %
- Chirurgie = 55 %
- GCS entre 13 et 15
- Mortalité = 80 %
- GOS entre 2 et 4 pour les survivants
- TDM = 65 %, dont 35 % anormale
- Mortalité des patients non hospitalisés (26 %) =
89 %
- Mortalité des patients hospitalisés pour surveillance
(74 %) = 84 %
|
2
|
|
- Étude rétrospective multicentrique cas-témoins
- 2 940 patients
- Inclusion = traumatisme sous warfarine
|
- TC sous warfarine, n = 416
- TC seul, n = 416
- Pas de TC sous warfarine, n = 1 054
- Pas de TC seul, n = 1 054
|
- Données évolutives
- Mortalité
- Durée de séjour
- Statut fonctionnel
|
- Mortalité, durée de séjour, statut fonctionnel :
- pas de différence significative entre warfarine et
non-warfarine
|
3
|
- Gittleman
- 2005
- États-Unis
|
- Série de cas rétrospective
- 89 patients
- Inclusion = traumatisme crânien sous warfarine et réalisation
d’une TDM
- Durée = 5 ans
|
|
- Corrélation GCS et HIC
- % GCS < 15 HIC + versus HIC –
- % IHC, GCS 15 versus < 15
|
- Corrélation significative GCS et HIC p < 0,001
- % GCS < 15, HIC + versus HIC –
- 100% versus 30 %, p < 0,0001
- % IHC, GCS 15 versus < 15
- 0 % versus 34 %, p < 0,0001
- si GCS < 15, RR d’IHC > 42 x
|
4
|
|
- Étude rétrospective et prospective cas-témoins contrôlée
- 82 patients
- Inclusion : traumatisme crânien et traitement par
warfarine
- Durée = 1 an
|
- Protocole spécifique de prise en charge :
- - TC sous warfarine
- - TDM en urgence
- - Si lésion : plasma 4 culots + vitamine K IV 10 mg =
19
- Cohorte non spécifique = 35
- Cohorte historique = 22
|
- Délai admission-réversion
- Progression de l’ICH
- Mortalité
|
- Différence significative délai admission-réversion cohorte
historique/cohorte non spé-protoc
- 4,2-4,3 versus 1,9, p < 0,0001
- Différence significative progression ICH cohorte
historique-protocole :
- 40 % versus 11 %, p < 0,001
- Différence significative mortalité cohorte
historique-protocole
- 50 % versus 10 %, p < 0,001
|
3
|
|
- Étude rétrospective
- 273 patients
- Inclusion = traumatisme crânien avec ou sans AVK
- Durée = 2 ans
|
- TC sans AVK = 257
- TC sous AVK = 16
|
Critères évolutifs
|
- GCS moyen à l’admission
- TC sans AVK, 13
- TC sous AVK, 11
- Mortalité à 30 jours
- TC sans AVK = 20 %
- TC sous AVK = 50 %
|
4
|
Résultats
La série prospective de Cohen (2006) s’intéresse aux patients (n =
126) sous warfarine présentant un traumatisme crânien. La mortalité
des patients avec un score de Glasgow (GCS) < 8 est de 88 %
contre 80 % si le GCS est entre 13 et 15. La tomodensitométrie
(TDM) est anormale chez 100 % des patients avec GCS < 8 et
chez 55 % des patients avec GCS entre 13 et 15. La mortalité
des patients non hospitalisés (26 % de l’effectif) est de
89 %.
La grande étude rétrospective cas-témoins (n = 2 940) de Wojcik
(2001) ne met pas évidence de différence significative dans
l’évolution des patients traumatisés sous warfarine, sur le plan de
la mortalité, de la durée de séjour et du statut fonctionnel, qu’il
y ait traumatisme crânien ou non. La gravité du traumatisme n’est
pas précisée.
La série de cas rétrospective de Gittleman (2005) s’intéresse
aux patients sous warfarine présentant un traumatisme crânien avec
TDM systématique (n = 89). Il existe une corrélation significative
entre GCS et HIC (p < 0,001). Le risque relatif de survenue
d’une HIC est de 44 si le GCS est < 15. Aucun patient présentant
un GCS ≥ 15 ne présente une HIC.
Dans l’étude cas-témoins rétrospective (n = 82) d’Ivascu (2005),
l’administration de plasma dans le cadre d’une procédure de soins
écrite et standardisée permet de diminuer significativement le
délai d’antagonisation (1,9 heure versus 4,2 heures), la
progression scanographique de l’HIC (11 % versus 40 %) et
la mortalité (10 % versus 50 %) en cas de traumatisme
crânien.
Dans l’étude rétrospective cas-témoins de Karni (2001) portant
sur 273 traumatismes crâniens chez des patients de plus de
65 ans, le GCS moyen est de 11 chez les patients sous AVK et
de 13 chez les patients sans AVK. La mortalité est de 50 %
chez les patients sous AVK et de 20 % chez les patients sans
AVK.
Conclusion
La prise en charge globale des traumatismes sous AVK n’a été que
peu étudiée.
Les conclusions du groupe de travail pour les patients victimes
de traumatisme rejoignent celles retenues pour les hémorragies
graves spontanées. L’importance de la surveillance neurologique,
clinique et par imagerie, est rappelée en cas de traumatisme
crânien.
Réintroduction des AVK après une hémorragie grave
Données disponibles
Deux recommandations européennes, 1 étude de modélisation, 1
méta-analyse, 2 séries de cas prospectifs et 2 études
rétrospectives ont été sélectionnées. Ces études concernent des
patients présentant une hémorragie intracrânienne (HIC) sous AVK.
Elles portent sur l’indication de la reprise des AVK au long cours,
et le délai de celle-ci.
Résultats
Les recommandations de l’ESC (European Society of Cardiology)
concernent la prise en charge des patients après chirurgie
valvulaire (Vahanian 2007). Les auteurs recommandent d’évaluer
précisément le rapport bénéfice-risque du traitement anticoagulant
en cas d’hémorragie grave. Ils rappellent que CCP et vitamine K
augmentent le risque thrombotique. Ils recommandent un arrêt d’une
semaine du traitement anticoagulant en cas d’HIC.
Les recommandations de l’EUSI (European Stroke Initiative)
soulignent l’importance de rediscuter l’indication du traitement
anticoagulant après une hémorragie intracrânienne (Steiner 2006).
Les auteurs recommandent une reprise des AVK après accident
thromboembolique artériel en cas de prothèse valvulaire mécanique
ou d’ACFA. Le délai de reprise de l’anticoagulation recommandé est
de 10 à 14 jours.
L’étude d’Eckman (2003), au travers d’une méthodologie complexe,
utilise un indice de qualité de vie, le QALY, et s’intéresse aux
HIC sous AVK en cas d’ACFA. En cas d’HIC lobaire, le QALY est
supérieur en cas de non-reprise des AVK (5,4 versus 3,5). En cas
d’HIC profonde, le QALY est légèrement supérieur en cas de non
reprise des AVK (7,8 versus 7,5). Les auteurs concluent que,
uniquement dans ce dernier cas, en cas de haut risque thrombotique,
on peut proposer la reprise des anticoagulants à long terme.
La méta-analyse de Cannegieter (1994) s’intéresse au risque
hémorragique et thrombotique des PVM. L’incidence annuelle des
événements thrombotiques sans AVK est de 4 %, sous AVK de
1 %. L’incidence des saignements majeurs est de 1,4 %.
L’incidence d’HIC est de 0,5 %.
Leker (1998) rapporte une série de patients présentant une HIC
sous AVK. Après antagonisation par administration de plasma, l’INR
et le TCA sont maintenus > 1,5 par administration d’héparine
intraveineuse. L’évolution scanographique ne met pas en évidence
une augmentation de volume de l’hématome.
Babikian (1998) rapporte une série de patients porteurs de
prothèse valvulaire mécanique (PVM) présentant une HIC sous AVK.
Les modalités d’antagonisation ne sont pas mentionnées. La durée
moyenne d’arrêt des AVK est de 19 jours. Aucun accident
thrombotique n’est noté.
Dans l’étude rétrospective de Wijdicks (1998), la durée moyenne
d’arrêt des AVK est de 8 jours avec de très larges variations
(2 jours à 3 mois) chez des patients porteurs de
prothèses valvulaires mécaniques présentant une HIC sous AVK. Les
modalités d’antagonisation ne sont pas mentionnées. Aucun accident
thrombotique n’est noté.
Dans l’étude rétrospective de Butler (1998), la durée moyenne
d’arrêt des AVK est de 7 jours (0 à 19 jours) chez tous
les patients. Aucun accident thrombotique précoce n’est noté chez
les patients porteurs de PVM.
Limites méthodologiques
La méthodologie de l’étude d”Eckman (2003) est complexe mais semble
robuste. Cette étude n’inclut que des HIC sous AVK pour ACFA non
valvulaire.
Les recommandations de l’ESC et de l’EUSI s’appuient sur un
consensus professionnel et sur des séries de cas.
Les autres études sont disparates. Il s’agit de publications de
séries non randomisées sans groupe contrôle. Les modalités
d’antagonisation sont mal précisées et les délais de réintroduction
de l’anticoagulation sont très variables.
Conclusion
Les conclusions du groupe de travail sont en faveur d’une
réévaluation systématique de l’indication du traitement par AVK à
l’occasion de la survenue d’une hémorragie grave. Si l’indication
est maintenue, la reprise de l’anticoagulation sera la plus rapide
possible sitôt que l’hémorragie est jugée contrôlée. Dans le cas
d’HIC, le délai (1 à 2 semaines) sera discuté
individuellement.
Recommandations du groupe de travail
Conduite à tenir en cas d’hémorragies spontanées ou
traumatiques
Comment classer les hémorragies en fonction de leur
gravité ?
Une hémorragie grave, ou potentiellement grave, dans le cadre d’un
traitement par AVK est définie par la présence d’au moins un des
critères suivants :
- –
- hémorragie extériorisée non contrôlable par les moyens
usuels ;
- – instabilité hémodynamique : PAS
< 90 mmHg ou diminution de 40 mmHg par rapport à
la PAS habituelle, ou PAM < 65 mmHg, ou tout signe de
choc ;
- – nécessité d’un geste hémostatique urgent :
chirurgie, radiologie interventionnelle, endoscopie ;
- – nécessité de transfusion de culots
globulaires ;
- – localisation menaçant le pronostic vital ou
fonctionnel, par exemple :
- • hémorragie intracrânienne et intraspinale,
- • hémorragie intraoculaire et rétro-orbitaire,
- • hémothorax, hémo et rétropéritoine,
hémopéricarde,
- • hématome musculaire profond et/ou syndrome de
loge,
- • hémorragie digestive aiguë,
- • hémarthrose.
S’il n’existe aucun de ces critères, l’hémorragie est qualifiée
de non grave.
Conduite à tenir en cas d’hémorragie non grave
Une prise en charge ambulatoire par le médecin traitant est
recommandée si :
- – l’environnement médico-social du patient le
permet ;
- – le type d’hémorragie le permet (ex. épistaxis
rapidement contrôlable, etc.).
La mesure de l’INR en urgence est recommandée.
En cas de surdosage, les mêmes mesures de corrections de l’INR
que celles décrites précédemment (chapitre II) sont
recommandées.
Dans tous les cas, la prise en charge ultérieure dépend du type
d’hémorragie et de la réponse aux premières mesures hémostatiques.
L’absence de contrôle de l’hémorragie (durée, reprise, etc.) par
les moyens usuels peut être considérée comme un critère de gravité,
et est une indication à ce titre de prise en charge hospitalière
pour une antagonisation rapide.
La recherche de la cause du saignement doit être réalisée.
Médicaments utilisables en cas d’hémorragie grave
La vitamine K et les concentrés de complexes prothrombiques (CCP,
aussi appelés PPSB, dont les deux spécialités commercialisées en
France en mars 2008 sont Kaskadil® et
Octaplex®) sont les moyens médicamenteux les plus
appropriés. Les posologies des CCP sont exprimées en unités de
facteur IX et celles de la vitamine K en mg.
Sauf en cas d’indisponibilité d’un CCP, il est recommandé de ne
pas utiliser le plasma dans le seul but d’antagonisation des effets
des AVK (grade B).
Il est recommandé de ne pas utiliser le facteur VII activé
recombinant (eptacog alpha NovoSeven®) dans le but
d’antagonisation des effets des AVK (grade C).
Conduite à tenir en cas d’hémorragie grave
Une hémorragie grave nécessite une prise en charge hospitalière.
L’existence de procédures organisationnelles pluridisciplinaires
améliore la rapidité et la qualité de prise en charge (niveau de
preuve 3). La formalisation de telles procédures est recommandée.
La nécessité d’un geste hémostatique chirurgical, endoscopique
ou endovasculaire, doit être rapidement discutée avec les
chirurgiens et les radiologues.
A l’admission du patient, il est recommandé de mesurer l’INR en
urgence. La mise en route du traitement ne doit pas attendre le
résultat de l’INR, s’il ne peut pas être obtenu rapidement. Si le
délai prévisible pour obtenir le résultat est important (au-delà de
30 à 60 min), la réalisation d’un INR par microméthode au lit
du patient est recommandée, sous réserve du respect des bonnes
pratiques et de la réglementation applicables aux actes de biologie
délocalisée.
En cas d’hémorragie grave, la restauration d’une hémostase
normale (objectif d’un INR au moins inférieur à 1,5) doit être
réalisée dans un délai le plus bref possible (quelques
minutes).
Il est recommandé :
- – d’arrêter l’AVK ;
- – d’administrer en urgence du CCP et de la vitamine K
(grade C) ;
- – d’assurer simultanément le traitement usuel d’une
éventuelle hémorragie massive (correction de l’hypovolémie,
transfusion de culots globulaires si besoin, etc.).
En l’absence d’un circuit d’approvisionnement rapide, il est
recommandé qu’il existe, en accord avec la pharmacie et dans le
respect de la traçabilité, une réserve de quelques flacons de CCP
dans les services hospitaliers concernés, notamment d’urgences, de
réanimation et dans certains blocs opératoires.
Les modalités thérapeutiques suivantes sont
recommandées :
- – administration de CCP : dose utilisée :
- • si l’INR contemporain de l’hémorragie n’est pas
disponible : administrer une dose de 25 UI/kg
d’équivalent facteur IX, soit 1 ml/kg dans le cas
d’utilisation de concentrés dosés à 25 U/ml de facteur IX
(préparations disponibles en France) (grade C),
- • si l’INR contemporain de l’hémorragie est disponible,
la dose suivra les recommandations du résumé des caractéristiques
du produit (RCP) de la spécialité utilisée ;
- – vitesse d’injection : la vitesse d’injection
intraveineuse préconisée par les fabricants est de 4 ml/min.
Toutefois, des données préliminaires indiquent qu’une
administration en bolus (3 minutes) permet d’obtenir le même taux
de correction (proportion d’INR < 1,5) en seulement 3
minutes (niveau de preuve 4) ;
- – administration de vitamine K : administration
concomitante de 10 mg de vitamine K par voie orale ou
intraveineuse lente, quel que soit l’INR de départ
(grade C) ;
- – contrôles biologiques :
- • la réalisation d’un INR 30 minutes après
administration du CCP est recommandée ;
- • si l’INR reste > 1,5, une administration
complémentaire de CCP, adaptée à la valeur de l’INR et en suivant
le RCP de la spécialité utilisée, est recommandée ;
- • la mesure de l’INR 6 à 8 heures plus tard, puis
quotidiennement pendant la période critique, est recommandée.
Conduite à tenir chez le patient victime d’un traumatisme
Il est recommandé de mesurer l’INR en urgence et d’adopter la même
conduite que celle définie au chapitre des hémorragies spontanées,
graves ou non graves, suivant la nature du traumatisme.
En cas de traumatisme crânien, sont recommandées :
- – l’hospitalisation systématique pour surveillance
pendant au moins 24 heures ;
- – la réalisation d’un scanner cérébral :
- • immédiatement s’il existe une symptomatologie
neurologique,
- • dans un délai rapide (4 à 6 heures) dans les
autres cas (grade C).
Réintroduction des AVK après une hémorragie grave
Si l’indication des AVK est maintenue et lorsque le saignement est
contrôlé, un traitement par héparine non fractionnée (HNF) ou
héparine de bas poids moléculaire (HBPM) à dose curative (cf.
chapitre gestion périopératoire des AVK, relais postopératoire) est
recommandé, en parallèle de la reprise des AVK.
Il est recommandé que la réintroduction de l’anticoagulation se
déroule en milieu hospitalier, sous surveillance clinique et
biologique.
Les modalités sont fonction du siège de l’hémorragie et de
l’indication des AVK.
Dans le cas d’une hémorragie intracrânienne
Chez un patient porteur d’une prothèse valvulaire mécanique
(PVM) :
- • l’existence d’une PVM impose la reprise d’une
anticoagulation au long cours (grade A) ;
- • une fenêtre thérapeutique de normocoagulation d’une à
deux semaines est proposée (drade C) ;
- • une discussion multidisciplinaire pour fixer la durée
de cette fenêtre est souhaitable1.
Chez un patient ayant une pathologie thromboembolique artérielle
(arythmie complète par fibrillation auriculaire [ACFA]) :
l’arrêt définitif du traitement anticoagulant en cas d’hémorragie
intracrânienne à localisation hémisphérique et d’ACFA non
valvulaire est recommandé (grade A).
Chez un patient ayant une MTEV:
- • une fenêtre thérapeutique de normocoagulation d’une à
deux semaines est proposée (grade C) ;
- • une discussion multidisciplinaire pour fixer la durée
de cette fenêtre est proposée ;
- • en cas de pathologie thromboembolique datant de moins
d’un mois, la mise en place d’un filtre cave est discutée.
Dans les autres cas d’hémorragies graves
Une fenêtre thérapeutique de 48 à 72 heures, à moduler en
fonction du risque thromboembolique, est proposée.
La reprise de l’anticoagulation est d’autant plus précoce qu’un
geste hémostatique (chirurgical, endoscopique ou endoluminal) a été
réalisé et garantit une faible probabilité de récidive.1 Le risque thrombotique des PVM en position mitrale,
des PVM de 1re génération, ou lorsque le patient est
porteur de 2 PVM, est supérieur au risque des PVM en position
aortique, mais il n’a jamais été étudié dans un contexte
d’hémorragie intracrânienne.
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