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Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 20, Number 7, 56-68, Juillet 2008, Chapitre II

DOI : 10.1684/stv.2008.0311

Résumé  

Author(s) : Claire Gozalo, Benjamin Tremey, Gilles Pernod, Pierre SiÉ , Laboratoire de pharmacologie-toxicologie, CHU de Reims, hôpital Maison Blanche, 45 rue Cognacq-Jay, 51092 Reims Cedex.

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ARTICLE

Auteur(s) : Claire Gozalo, Benjamin Tremey, Gilles Pernod, Pierre Sié

Laboratoire de pharmacologie-toxicologie, CHU de Reims, hôpital Maison Blanche, 45 rue Cognacq-Jay, 51092 Reims Cedex

Définition

Le surdosage asymptomatique est défini par une valeur d’INR au-delà de la limite supérieure de la zone thérapeutique définie pour l’indication (3 pour la majorité des indications, jusqu’à 4,5 pour certaines indications cardiologiques). L’INR exprime le degré d’hypocoagulabilité par le rapport du temps de Quick du patient au temps de Quick du témoin corrigé par l’ISI (indice de sensibilité international, propre à la thromboplastine utilisée par le laboratoire).

La standardisation de la mesure de l’INR est encore imparfaite et, outre les problèmes techniques éventuels, ce test souffre de quelques limites, rares mais qu’il convient de connaître.

La littérature sur le sujet est de qualité moyenne (tableau I).

Quatre études de cohorte ont étudié la variabilité de l’INR (Johnston 1996, McKernan 1988, Le 1994, Lind 1997), une série de cas (Moll, 1997) et 6 études cas-contrôles (Della Valle 1996, Robert, 1998, Lawrie, 1997, Tripodi 2001, Rosborough 2004, Bijsterveld 2000) ont étudié l’interférence avec les anticoagulants lupiques, et 3 études cas-contrôles (Kovacs 1994, Robert 1996, Deitcher 2002) ont évalué l’INR dans l’insuffisance hépatique (IH).

  • L’INR est basé sur des valeurs d’ISI dérivées de plasmas de patients sous traitement anticoagulant stable depuis plus de 6 semaines (WHO Expert Committee on Biological Standardisation, 33rd report : technical report series N° 687 Geneva, Switzerland : WHO, 1983). L’INR pourrait être moins fiable en début de traitement. En effet, la contribution relative des différents facteurs vitamine K-dépendants à la prolongation du TP varie du fait de leurs différences de demi-vies entre l’initiation (facteur VII essentiellement) et le traitement en période stable (facteurs II, VII et X). Cependant, il a été montré que l’INR était toujours plus fiable que le rapport des temps de Quick (PT ratio ou PTR des Anglo-Saxons), que la signification clinique de la variabilité observée en début de traitement était incertaine et qu’il était donc recommandé à la fois en phase d’initiation et de traitement stabilisé (IH).
  • L’INR refléterait moins le niveau de facteur II que le niveau des facteurs VII et X. Or, le niveau de facteur II est le déterminant majeur de l’efficacité thérapeutique des traitements anticoagulants oraux.
  • L’INR manque de fiabilité au-delà de 4,5 (et en deçà de 1,5), car ces valeurs sont exclues des calibrations de l’ISI. Il existe une relation logarithmique dans la définition de l’INR. Les valeurs d’INR augmentent exponentiellement par rapport aux valeurs du rapport des temps de Quick correspondantes et ne reflètent plus correctement la gravité de la situation clinique.
  • Il existe vraisemblablement une interférence des pathologies hépatiques sur la mesure de l’INR. Cependant, il n’y a pas d’étude évaluant la fiabilité du suivi de traitement anticoagulant oral par l’INR chez les insuffisants hépatiques, mais seulement des études évaluant l’INR pour mesurer le degré d’insuffisance hépatique, ou des études évaluant l’intérêt de l’INR pour le suivi du traitement anticoagulant oral.
  • Il existe un effet variable (souvent une surestimation de l’INR) des antiphospholipides (anticoagulants lupiques) lorsque l’INR est mesuré avec certaines thromboplastines et ceci chez certains patients seulement, traduisant l’hétérogénéité biologique de ces auto-anticorps.


Tableau I Surdosage asymptomatique : variabilité de l’INR

Référence - Titre

Paramètre (s)

Type d’étude

Protocole

Résultats

[Johnston, 1996] Reliability of the INR for monitoring the induction phase of warfarin : comparison with the PTR

  • Phase induction
  • Thromboplastines


Cohorte prospective

43 patients, mesure TP avant et jusqu’à 5 jours après début traitement par warfarine par 5 thromboplastines différentes (TP normal établi pour chaque thromboplastine avec plasma de 40 donneurs sains)

Variabilité entre thromboplastines beaucoup plus importante pour PTR que pour INR (p < 0,0001).

[McKernan, 1988] The reliability of INR during short-term OA treatment

Phase induction Thromboplastines

Cohorte prospective

15 patients, INR mesuré entre les 7e et 40e jours de traitement (moyenne = 13,1). Comparaison de différentes thromboplastines entre elles et/référence.

Divergence importante entre les différentes thromboplastines pour chaque jour de mesure. = > INR non fiable en début de traitement, probablement lié aux réponses différentes des thromboplastines à la diminution des différents facteurs vitamine K-dépendants. Plus probablement erreurs liées à la mauvaise calibration. Mais INR plus fiable que PTR.

[Le, 1994] The INR for monitoring warfarin therapy : reliability and relation to other monitoring methods

Thromboplastines

Cohorte prospective

79 patients ; comparaison des INR mesurés avec 6 thromboplastines différentes (+ corrélation avec INR obtenu par système portatif)

Thromboplastines de faible sensibilité peuvent donner des INR faussement élevés dans la zone thérapeutique haute.

[Lind, 1997] Plasma levels of factors II, VII and X and their relationship to the INR during chronic warfarin therapy

INR

Cohorte

Mesure des niveaux plasmatiques de F II, X et VII chez 50 patients sous warfarine

Différence significative. Le niveau de FII est le moins significatif dans la détermination de l’INR = > si déterminant majeur de l’efficacité thérapeutique de la warfarine, peuvent être envisagés des moyens alternatifs de surveillance du traitement qui refléteraient plus précisément le niveau de prothrombine que l’INR.

[Moll, 1997] Monitoring warfarin therapy in patients with lupus anticoagulant

  • Anticoagulant lupique
  • thromboplastines


Série de cas prospective

34 patients avec anticoagulants lupiques : 22 sans traitement anticoagulant (dont 5 repris sous traitement), 12 sous warfarine. + 5 personnes saines et 10 patients sans anticoagulants lupiques stabilisés sous warfarine. Mesure TP avec différentes thromboplastines.

Patients avec anticoagulant lupique sans traitement anticoagulant oral : + TP anormaux (p < 0,001), variation en fonction des thromboplastines plus importante que pour donneurs normaux, un certain nombre INR > 2.

Patients avec anticoagulant lupique sous traitement par warfarine : + grande variabilité de l’INR mesuré par les différentes thromboplastines pour un même patient/patients sous warfarine sans anticoagulant lupique (p < 0,001). Pour un certain nombre de patients, variabilité INR faible, comparable à celle de patients sans anticoagulant lupique.

= > TP fréquemment prolongé chez patients avec anticoagulant lupique ; thromboplastines plus ou moins sensibles à l’effet de ces anticoagulants mais aucune insensible pour l’ensemble des patients. INR ne standardise pas la réponse à la warfarine par rapport à la variabilité de sensibilité des thromboplastines chez patients avec anticoagulant lupique : INR peut être sub, supra ou thérapeutique pour même échantillon en fonction du réactif ; INR surévalue fréquemment le degré d’anticoagulation chez ces patients.

= > INR ne peut être utilisé pour surveiller traitement anticoagulant chez de nombreux patients avec anticoagulants lupiques.

[Della Valle, 1996] Potential failure of the INR system in the monitoring of OA in patients with LA

Anticoagulant lupique

Cas-contrôles

Surveillance du traitement par acénocoumarol de 10 patients avec anticoagulants lupiques en comparant 2 thromboplastines. Comparaison avec 110 patients sans anticoagulant lupique avec traitement stabilisé.

Chez les patients avec anticoagulant lupique, la valeur de l’INR dépend de la thromboplastine utilisée = > validité ?

[Robert, 1998] Control of OA in patients with the APS : influence of the LA on INR

  • Anticoag. lupique
  • Thromboplastines
  • Détermination INR


Cas-contrôles

47 plasmas sans anticoagulant lupique, 43 avec (tous patients sous traitement anticoagulant oral) INR déterminé en utilisant 8 thromboplastines différentes. Mesure FX chromogénique.

  • → INR calc. avec ISI indiquées par fabricant : grande variabilité en fontion réactif (p < 0,0001) qu’il y ait ou non anticoagulants lupiques.
  • → INR calc. après calibration avec plasmas de référence : variabilité réduite dans les deux groupes, NS. Comparaison avec niveaux facteur X chromogénique (non perturbé par anticoagulants lupiques) dans 2 groupes : INRc estime correctement le niveau d’anticoagulant dans groupe avec anticoagulant lupique. 1 des thromboplastines entraîne plus fréquemment surestimation de l’INR sur sous-groupe de patients avec anticoagulant lupique (6/43).
  • Interférence potentielle des anticoagulants lupiques sur INR restreinte à sous-groupe de patients. Ne remet pas en cause surveillance du traitement anticoagulant oral par INR dans la mesure où sélection de réactifs sans interférence.


[Lawrie, 1997] Monitoring of OA therapy in LA positive patients with the APS

  • Anticoagulant lupique
  • Thromboplastines


Cas-contrôles

Comparaison d’INR mesurés avec 8 thromboplastines (ISI faible = > sensibles) chez 35 patients sous traitement anticoagulant oral, 14 avec anticoagulant lupique et 21 sans. Degré anticoagulant vérifié par mesure FVII et FX.

  • ISI fabricant : divergence importante entre thromboplastines pour un même échantillon (p < 0,0001), d’autant plus qu’INR élevé. Variabilité diminuée quand utilisation ISI déterminée après calibration, et dans zone thérapeutique, pas de différence entre réactifs. Aucune thromboplastine ne manifeste de signes de sensibilité ou d’insensibilité aux anticoagulants lupiques.
  • > si utilisé avec les thromboplastines sensibles avec ISI spécifiques de l’appareil, pas de problème pour surveillance traitement anticoagulant oral chez patients avec anticoagulant lupique.


[Tripodi, 2001] Laboratory control of OA treatment in patients with the APS and LA

  • Anticoagulant lupique
  • Thromboplastines


Cas-contrôles multicentrique

58 cas avec anticoagulant lupique ; 57 contrôles avec intensité anticoagulation similaire. Tous sous traitement anticoagulant oral stabilisé. Neuf thromboplastines utilisées. Mesures INR et activité amidolytique du FX.

Variabilité entre réactifs plus importante chez cas que chez contrôles (12,4 versus 6,7 %) et INR moyen légèrement plus élevé (2,89 ± 0,36 versus 2,57 ± 0,17) mais à cause d’une seule des thromboplastines utilisées : quand elle est exclue des analyses, CV et INR moyen entre cas et contrôles à peu près identiques (5,5 versus 5,7 % et 2,79 ± 0,15 versus 2,53 ± 0,14). Relation INR en fonction activité FX similaire entre cas et contrôles ce qui indique que l’INR moyen (avec les 9 réactifs) estime correctement le niveau d’anticogulation dans les deux cas. L’interférence des anticoagulants lupiques sur l’INR est un problème mineur (NS) pour la majorité des thromboplastines (8/9).

[Rosborough, 2004] Unreliability of INR for monitoring warfarin therapy in patients with LA

Anticoagulant lupique

Cas-contrôles

68 patients avec anticoagulant lupique et 57 contrôles sous warfarine long terme. Mesure concomitante INR et activité FX.

Sur les patients avec activité FX thérapeutique (22-40 % N), plus de patients avec INR > 3 ou > 4 chez les cas (18/46 = 39 % et 5/46 = 11 % respectivement) que chez les contrôles (4/44 = 9 % et 0/44 respectivement) = > au moins 10 % des patients avec anticoagulant lupique recevant warfarine à long terme pourraient avoir INR faussement élevés ce qui pourrait conduire à des réductions de posologie inappropriées.

[Bijsterveld, 2000] Monitoring therapy with VKA in patients with LA

  • Anticoagulant lupique
  • Thromboplastines


Cas-contrôles

11 patients avec anticoagulant lupique et 11 contrôles sous AVK. Détermination de l’INR par 7 tests différents et comparaison de la variation de ces valeurs entre les deux groupes. Mesure de l’intensité du traitement warfarine par le niveau de FX amidolytique.

Variation minimale des résultats entre les différents tests pour un patient et comparable entre les deux groupes. Variation augmentée dans les deux groupes à des niveaux d’anticoagulation suprathérapeutiques ou en cas d’anticoagulation instable (mesurée par le ratio FX/FVII). Pas d’influence des anticoagulants lupiques sur la relation entre l’INR et le FX.

[Kovacs, 1994] Assessment of the validity of the INR system for patients with liver impairment

  • IH
  • Thromboplastines


Cas-contrôles

Comparaison prospective de l’INR de 28 patients consécutifs avec insuffisance hépatique mesurés avec 3 thromboplastines différentes ; 31 contrôles sous traitement anticoagulant oral.

  • Variabilité entre INR mesurés pour chaque patient IH en fonction de la thromboplastine (p = 0,0001) mais pas pour contrôles sous anticoagulant oral. = > INR non valable pour comparer patients avec IH (mais pas pire que TP).
  • Corrélation entre les réactifs = > répondent de façon cohérente.


[Robert, 1996] PT in liver failure : time, ratio, activity percentage or INR ?

  • IH
  • Thromboplastines


Cas-contrôles

Mesure du TP de 27 patients avec IH chronique ou aiguë et 29 patients sous traitement anticoagulant oral comme contrôles. 7 thromboplastines différentes. Expression en temps, en ratio, en % activité et en INR et étude si standardisation ou non entre réactifs.

PT en secondes et en ratio divergents dans 2 groupes en fonction réactif mais moindre variabilité des TP dans groupe IH. INR permet standardisation dans groupe anticoagulant oral mais pas dans groupe IH. % activité standardisé pour IH mais pas pour anticoagulant oral.

[Deitcher, 2002] Interpretation of the international normalized ratio in patients with liver disease

IH

Cas-contrôles

Comparaison du degré de déficience des différents facteurs pour un INR donné chez 76 patients avec pathologie hépatique sans anticoagulant oral et chez 23 contrôles sous anticoagulant oral sans problème hépatique

INR en cas de pathologie hépatique ne reflète pas les mêmes niveaux de déficience des différents facteurs que chez patients sous anticoagulant oral. Relations entre log activité des facteurs et log INR linéaires dans 2 situations, pentes comparables pour FII mais plus importantes pour FV et FVII dans groupe hépatique = > INR peut être utilisé pour comparer patients IH mais interprétation différente/INR dans anticoagulant oral.

Facteurs d’instabilité de l’INR conduisant à un surdosage

Les facteurs de risque hémorragique sous AVK décrits en introduction sont reconnus également comme facteurs d’instabilité du traitement.

En dehors de ceux-ci, on retient comme spécifiquement liés à un risque de surdosage le type de molécule utilisé, la compliance du patient et son degré d’éducation thérapeutique.

  • Le type de molécule est controversé. Une méta-analyse réalisée d’après l’analyse de 67 études, indique que le temps passé en zone thérapeutique ne serait pas significativement différent entre groupes de patients traités par warfarine et acénocoumarol mais serait significativement plus important pour les groupes traités par d’autres molécules (p = 0,003) (van Walraven, 2006). Un essai comparatif randomisé inclus dans cette méta-analyse (Laporte, 2003) ne retrouve pas de différence entre warfarine et acénocoumarol pour le temps passé et la proportion d’INR en zone thérapeutique, mais retrouve une différence en ce qui concerne la variance de l’INR (σ2) qui serait plus importante avec l’acénocoumarol (p < 0,0004). Une étude cas-contrôles prospective (Palareti, 2005) retrouve une plus forte proportion de patients traités par acénocoumarol dans le groupe de patients instables avec un OR d’instabilité de 2,63 [1,23-5,61] par rapport aux patients traités par warfarine. Deux études cas-contrôles rétrospectives non incluses dans la méta-analyse retrouvent, l’une, une plus forte proportion d’INR en zone thérapeutique sous phenprocoumon que sous acénocoumarol, mais uniquement après les 6 premières semaines de traitement (différence de 8,9 % [4,6-13,1] pour le pourcentage d’INR thérapeutiques et de 6,1 % [1,8-10,4] pour le temps en zone thérapeutique (Gadisseur, 2002) ; et l’autre, une plus forte proportion de patients en zone thérapeutique pour ceux traités par warfarine par rapport à ceux traités par acénocoumarol (patients traités depuis plus de 3 mois) (p < 0,001) (Pattacini, 1994).
  • La compliance du patient semble jouer un rôle même si elle n’explique qu’une part de l’instabilité. Une difficulté est que la compliance, comme l’instabilité, peut être évaluée de différentes façons, qui ne donnent pas toujours les mêmes résultats. L’essai comparatif randomisé de Laporte (2003) a ainsi trouvé une corrélation entre compliance et instabilité du traitement uniquement chez les patients sous acénocoumarol et non chez ceux sous warfarine, la compliance n’expliquant de toute façon qu’une faible part de la variabilité (r2 = 0,14, p = 0,016 pour le pourcentage d’INR en zone thérapeutique en fonction du pourcentage d’ouvertures correctes du pilulier). Une étude de cohorte prospective de 136 patients (Kimmel, 2007) a montré qu’une adhésion insuffisante au traitement était associée à une anticoagulation insuffisante (p < 0,001) et non à une anticoagulation excessive. Trois autres études retrouvent un lien entre compliance et stabilité du traitement, mais la différence entre patients stables et instables est faible et la mauvaise compliance ne semble pas être une cause majeure d’instabilité en début de traitement :
    • absence de différence de compliance entre patients stables et instables dans la partie cas-témoins. La compliance semble meilleure quand les patients sont plus compliants dans la partie randomisée mais l’effectif est faible, et il n’y a pas d’analyse statistique (van der Meer, 1997) ;
    • risque d’instabilité chez les patients non compliants versus compliants : OR = 2,68 [0,5-14,3] pour compliance en termes de doses et de visites, OR = 2,74 [1,32-5,67] en termes d’horaires de prise (Palareti, 2005) ;
    • l’entrée dans une étude cas-témoins de patients préalablement instables permet d’améliorer le contrôle de l’anticoagulation avec un changement significatif de l’INR (p = 0,0045), ce qui n’est pas observé chez les patients stables (Kumar, 1989).
  • L’éducation du patient et sa compréhension de sa pathologie et de son traitement semblent jouer un rôle plus important. Deux essais comparatifs randomisés retrouvent une plus grande stabilité de l’INR s’il y a éducation du patient (p < 0,001 [Beyth, 2000] ; p = 0,054 [Khan, 2004]). La différence est encore plus nette si on associe éducation et autocontrôle (p < 0,001 au lieu de p = 0,054 [Khan, 2004]). Les hémorragies sont moins fréquentes (p = 0,0498 [Beyth, 2000]) chez les patients ayant reçu l’information. Toutefois, cet effet de l’éducation ne s’observe que pendant les 6 premiers mois de traitement et disparaît ensuite. Une étude cas-contrôles confirme que la compréhension insuffisante du traitement anticoagulant oral est un facteur de risque d’instabilité de ce traitement (Palareti, 2005). Inversement, l’essai comparatif randomisé de Laporte (2003) ne met pas en évidence de différence significative entre le groupe de patients ayant reçu l’intervention éducative et le groupe de patients contrôle, mais tous les indicateurs sont plutôt en faveur de l’éducation. Ceci est peut-être dû à un manque de puissance de l’essai (effectif faible ; n = 86).

Trois études ont par ailleurs établi que la vitamine K pouvait entraîner des variations de l’INR, qu’elle soit apportée par l’alimentation ou sous forme de supplément :

  • une étude observationnelle (n = 39) associant le score de consommation de vitamine K à la sur- ou la sous-anticoagulation (p = 0,04) et une étude croisée prospective randomisée (n = 12) montrant l’association entre l’augmentation de la consommation de vitamine K et la diminution de l’INR (p = 0,04) et inversement (p = 0,005) (Franco, 2004) ;
  • une étude cas-contrôles (n = 26 dans chaque groupe) comparant la consommation de vitamine K chez des patients stables et instables : la consommation de vitamine K est beaucoup plus faible chez les patients instables (p < 0,001) (Sconce, 2005) ;
  • une étude dose-réponse sur 12 volontaires sains stabilisés sous acénocoumarol démontrant que la dose-seuil de vitamine K1 en supplémentation entraînant une diminution significative de l’INR est de 150 μg/j (p < 0,05), avec un test de l’effet de différents aliments montrant qu’un repas unique comprenant un aliment riche en vitamine K n’entraîne pas de variation cliniquement significative de l’INR (Schurgers, 2004).

Enfin, une étude de cohorte rétrospective plus ancienne sur 49 patients a montré une corrélation entre l’instabilité de l’anticoagulation et le nombre de changements dans les médicaments associés (p < 0,001) (Wickramasinghe, 1988).

L’enquête à réaliser pour identifier l’origine d’un surdosage doit donc s’intéresser plus particulièrement à ces différents facteurs, ainsi qu’à la recherche d’éventuelles interactions médicamenteuses. De même, pour éviter les récidives, il faut agir en priorité sur ces différents facteurs.

La possibilité d’une supplémentation en vitamine K chez un patient présentant une instabilité du traitement anticoagulant oral a été étudiée : deux essais comparatifs randomisés (Sconce 2007, Rombouts 2007), une étude de cohorte prospective (Ford, 2007) et une étude de cohorte rétrospective (Reese, 2005) retrouvent une amélioration de la stabilité du traitement anticoagulant après supplémentation en vitamine K par voie orale, les doses utilisées variant de 100 à 500 μg/j :

  • l’apport de 150 μg/j de vitamine K pendant 6 mois diminue la variabilité de l’INR (p < 0,001) et augmente le temps passé en zone thérapeutique (p < 0,01) (Sconce, 2007) ;
  • l’apport de 100 μg/j de vitamine K pendant 6 mois n’augmente pas significativement le temps passé en zone thérapeutique mais améliore les chances de stabilité maximale (RR = 1,8 [1,1-2,7]) (Rombouts, 2007) ;
  • une étude de cohorte prospective montre une diminution de la variabilité de l’INR après supplémentation des patients par 500 μg/j de vitamine K (Ford, 2007). Cependant le nombre de patients est très faible et il n’y a pas d’analyse statistique ;
  • une petite étude de cohorte rétrospective (8 patients) trouve une diminution des variations de l’INR après supplémentation en vitamine K (Reese, 2005).

Conclusion

Les facteurs d’instabilité de l’INR conduisant au surdosage sont souvent les mêmes que ceux rapportés pour le risque hémorragique. La mauvaise compliance et l’insuffisance d’éducation thérapeutique peuvent être en cause.

Moyens médicamenteux de correction du surdosage asymptomatique

L’arrêt simple du traitement

D’après les données Afssaps 2003, la demi-vie des différentes molécules commercialisées en France est de 35-45 heures pour la warfarine, 31 heures pour la fluindione et 8 heures pour l’acénocoumarol.

La demi-vie des facteurs de coagulation dépendants de la vitamine K va de quelques heures (facteur VII : 4-6 heures ; protéine C : 9 heures) à quelques jours (facteur II : 42-72 heures ; facteur IX : 18-30 heures ; facteur X : 27-48 heures ; protéine S : 60 heures) (Stirling 1995, Wittkowsky 2003).

Chez les patients anticoagulés stabilisés, les facteurs II et X sont plus diminués (19 % [9-54 %] et 18 % [9-45 %] respectivement) que les facteurs VII (33 % [16-57 %]) et IX (48 % [26-94 %]) (Kumar, 1990).

La durée de l’action anticoagulante après l’arrêt du traitement est différente en fonction de la molécule : 4 jours pour la warfarine, 3-4 jours pour la fluindione, 2-3 jours pour l’acénocoumarol. Elle peut être augmentée si l’INR est élevé (3-3,5) ou chez la personne âgée (Ickx, 2006).

Grip (1991) a décrit 9 patients parmi 47 traités à long terme (9 jours -23 mois, médiane = 4 mois) par warfarine en prévention secondaire d’un infarctus du myocarde. Ces patients ont présenté une complication thromboembolique dans les 4 semaines suivant l’arrêt brutal (7/27) ou graduel (2/22, ns) du traitement. Pendant les 4 premiers jours suivant l’arrêt, on assiste à une augmentation des facteurs VII et IX (retour à la normale : VII = J2, II = J7 (et valeurs > N à J4), IX = J2, X = J4), plus rapide que celle des protéines C et S, suggérant un état d’hypercoagulabilité transitoire avec risque d’événements thromboemboliques.

Cette notion d’hypercoagulabilité transitoire à l’arrêt du traitement AVK est reprise par Genewein (1996). Celui-ci a mesuré chez 19 patients les taux de complexes thrombine-antithrombine (TAT) et de fibrinopeptide A (FPA), deux fois au cours du traitement AVK stabilisé et à différents temps après l’arrêt : une augmentation transitoire du niveau de TAT au-dessus des valeurs normales a été retrouvée chez 17 patients entre J3 et J11, et une élévation transitoire de FPA chez 8 patients, traduisant une augmentation transitoire de la formation de thrombine et de fibrine. Ces paramètres ont rejoint les valeurs normales un mois après l’arrêt.

Schofield (1987) a suivi 6 patients traités depuis 4-34 mois par acénocoumarol, et a mesuré les taux de VII et protéine C tous les jours de J0 (dernier jour traitement) à J4 puis, 6 semaines après l’arrêt traitement. On assiste à une remontée excessive du VII entre 64 et 88 heures par rapport au niveau d’équilibre mesuré à 6 semaines, et une remontée plus lente de la protéine C, avec encore des niveaux subnormaux à J4.

White (1995) a mené une étude sur 22 patients (12 H/10 F ; âge moyen 55 ans [25-81 ans]) recevant une dose fixe de warfarine et chez qui l’arrêt du traitement était certain : l’INR a été mesuré 20, 65, 115 et 185 heures après la dernière prise. L’INR initial moyen est à 2,6 (tous entre 2 et 3 sauf 1 à 1,95 et 1 à 3,8). À J3 (66,5 ± 2 heures), 55 % patients ont un INR > 1,5 et seulement 9 % un INR < 1,2. À J5 (115 ± 7h), tous les patients sauf 5 (77 %) ont un INR < 1,2. À J8, tous les INR sont < 1,2 (sauf 2 : à 1,2 et 1,23). Après régression linéaire, seul l’âge est significativement (p = 0,005) et indépendamment relié au pourcentage de décroissance de l’INR entre J1 et J3 : - 6,8 % ± 2 % 2 jours par décennie, r2 = 0,34. Toutes les autres variables testées ne sont pas associées : poids, sexe, dose de warfarine, INR initial et temps entre INR J1 et INR J3.

Une étude complémentaire a été réalisée chez 5 patients sélectionnés pour une grande variabilité du taux de décroissance, un mois après la reprise de leur traitement : l’INR a été mesuré 2 fois par jour pendant 5 jours après l’arrêt. Après transformation logarithmique, la régression linéaire INR/jour donne des coefficients de 0,93 à 0,99 ce qui suggère une décroissance exponentielle de l’INR. La demi-vie moyenne des INR est de 0,9 ± 0,2 jour. Le délai moyen entre la dernière dose de warfarine et le début de la décroissance exponentielle de l’INR est de 29 ± 5 heures.

Hylek (2001) a mené une étude de cohorte rétrospective pour identifier les paramètres prédictifs de la vitesse de normalisation de l’INR après anticoagulation excessive. L’INR est mesuré 2 jours après un INR > 6 (88 % entre 6 et 10) ayant entraîné la suspension du traitement par warfarine, chez 633 patients (36 % ≥ 75 ans, âge moyen 69 ans [25-95], 45 % H/55 % F). À J2, 37 % patients ont un INR > 4 : il s’agit plutôt de patients âgés (OR par décennie = 1,18 [1,01-1,38], p = 0,04), présentant un INR élevé lors du surdosage (OR par unité = 1,25 [1,14-1,37], p < 0,001), une insuffisance cardiaque congestive décompensée (OR = 2,79 [1,30-5,98], p = 0,009) ou un cancer actif (OR = 2,48 [1,11-5,57], p = 0,03).

Un effet indépendant sur la vitesse de décroissance de l’INR est retrouvé pour l’âge (p < 0,001) et la dose de warfarine à l’équilibre (p < 0,001), l’insuffisance cardiaque congestive et la diminution de l’alimentation ralentissant également le retour à la normale (Hylek, 2001).

Conclusion

Les moyens thérapeutiques sont la suspension du traitement et l’administration de vitamine K. En cas de surdosage asymptomatique, l’arrêt simple des AVK si l’INR est supérieur à 6 ne permet pas un retour de l’INR en zone thérapeutique rapidement (24 heures) (niveau1).

L’administration de vitamine K

Les publications sur ce sujet sont peu nombreuses, souvent anciennes. Plusieurs études ont été effectuées in vitro à partir de microsomes ou de biopsies hépatiques.

Mode d’action de la vitamine K antidote (Wallin 2004)

Pour que les facteurs de coagulation vitamine K-dépendants soient activés, ils doivent être carboxylés au niveau du foie par la gamma-glutamyl carboxylase en présence d’un cofacteur indispensable : la vitamine K réduite.

La vitamine K est une vitamine liposoluble. Il en existe deux formes principales : la phytoménadione, ou vitamine K1, qui provient principalement des légumes verts, et la ménaquinone, ou vitamine K2, qui est produite par des bactéries dans le côlon ou qui apparaît dans certains aliments à la suite d’un processus de fermentation (fromage, miso, natto, etc.). La vitamine K1 intervient plus directement dans le processus de la coagulation tandis que la vitamine K2 agit plutôt sur la calcification des tissus mous. La vitamine K3 (ménadione) est une forme synthétique de vitamine K.

La vitamine K administrée à visée de réversion de l’effet anticoagulant des AVK est de la vitamine K1. La vitamine K absorbée arrive au foie sous forme de quinone : elle doit donc être réduite pour pouvoir être utilisée. La principale voie de réduction est celle de la « vitamine K époxyde réductase » (VKOR), cible des anticoagulants oraux et inhibée chez les patients traités.

Une deuxième voie de réduction de la vitamine K quinone a également été mise en évidence, chez le rat (Wallin, 1982, Wallin, 1986) et chez l’homme (Wallin, 1985) . Cette voie ferait intervenir une ou plusieurs déshydrogénases hépatiques capables d’utiliser à la fois le NADH et le NADPH pour la réduction de la vitamine K. Il s’agit d’une voie alternative qui n’est pas neutralisée par la warfarine mais qui est activée par la vitamine K1, ce qui explique l’activité antidote de la vitamine K1 administrée en cas de surdosage par AVK (Wallin, 2004) ou lors de fortes concentrations de vitamine K au niveau hépatique (Berkner, 2005) (figure 1).

La vitamine K antidote agit en stimulant la voie déshydrogénase, non inhibée par les AVK (Wallin, 2004). Elle permet ainsi la génération de vitamine K réduite et la carboxylation des PIVKA partiellement carboxylés déjà synthétisés (figure 2).

Traitement du surdosage par l’administration de vitamine K

Données disponibles

Une méta-analyse regroupant 10 études randomisées contrôlées et 11 études prospectives, 1 étude randomisée contrôlée, 1 série de cas prospective, et 2 séries de cas rétrospectives ont été analysées (tableau II). Les principales limites de ces études tiennent aux critères d’inclusion et d’exclusion, ainsi qu’aux objectifs d’INR. Les patients inclus présentent tous un surdosage asymptomatique, sauf dans deux études où les saignements mineurs étaient inclus (Weibert 1997, Lubetsky 2003). Il s’agit également, non pas de restaurer une hémostase normale, mais de ramener l’INR en zone thérapeutique.

L’application des résultats de ces études doit donc se faire en condition bien particulière : surdosage asymptomatique ou paucisymptomatique.

Tableau II Conduite à tenir devant un surdosage asymptomatique

Auteur, année pays

Type d’étude, population incluse, n, durée

Interventions, n

Critères de jugement principal et secondaire

Résultat et signification

Niveau de preuve

  • DeZee
  • 2006
  • États-Unis


  • Méta-analyse
  • Inclusion :
  • INR > 4 et pas de saignement majeur
  • Durée = 1985-2004


  • 10 RCT
  • 11 études prospectives
  • Vitamine K orale = 75
  • Vitamine K IV = 69
  • Vitamine K SC = 58
  • Placebo = 27


Obtention d’un INR entre 1,8 et 4 à 24 heures

  • % INR entre 1,8 et 4 à H24
  • vitamine K orale = 82 % (IC 95 % 70-93 %)
  • vitamine K IV = 77 % (IC 95 % = 60-95 %)
  • vitamine K orale = 31 % (IC 95 % = 7-55 %)


1

  • Ageno
  • 2005
  • Italie


  • RCT, monocentrique,
  • 59 patients
  • Inclusion :
  • INR entre 6 et 12, prothèse valvulaire mécanique, sous warfarine
  • Exclusion : hémorragie, nécessité d’une réversion complète
  • INR > 12
  • durée = 2 ans


  • Arrêt des AVK
  • 1 mg de vitamine K par voie orale = 30
  • arrêt des AVK seul = 29
  • Reprise AVK à la discrétion des praticiens


INR à J1

  • Différence significative vitamine K versus placebo
  • % INR entre 2,3 et 4,5 = 45 % versus 13 % ; p < 0,001


1

  • Weibert
  • 1997
  • États-Unis


  • Étude prospective de cohorte
  • bicentrique,
  • 81 patients
  • Inclusion : INR > 5 avec ou sans saignement (n = 7, saignement mineur) sous AVK
  • durée = 6 ans


  • Arrêt des AVK 2,5 mg de vitamine K par voie orale
  • 24 heures d’arrêt des AVK = 58
  • 48 heures d’arrêt des AVK = 23


  • Retour d’un INR entre 2 et 5 heures à 24 ou 48 heures
  • Limiter l’induction d’une résistance aux AVK


  • % de retour à un INR < 5 = 90 % (73/81)
  • % d’INR < 2 = 17 %
  • (14/81)
  • pas de résistance aux AVK


2

  • Lubetsky
  • 2003
  • Israël


  • Série de cas rétrospective
  • 76 patients
  • Inclusion : INR > 6
  • Exclusion : saignement majeur


  • Arrêt des AVK pour tous les patients
  • 0,5 mg vitamine K IV


  • % INR entre 2 -5 à H12 en fonction de l’INR de base
  • de réadministration


  • INR de base 6-10
  • % INR entre 2–5 = 88%
  • % de réadministration = 8 %
  • % INR de base > 10
  • % INR entre 2–5 = 46%
  • % de réadministration = 50 %


4

  • Shieds
  • 2001
  • États-Unis


  • Série de cas rétrospective
  • 105 patients inclus
  • Inclusion : patient ayant reçu de la vitamine K IV pour retour en zone thérapeutique, sous AVK
  • Exclusion : saignement


  • Arrêt des AVK
  • Administration de vitamine K IV, 0,5 ou 1 mg


  • Etudier l’innocuité et l’efficacité de la vitamine K IV
  • Délai pour obtention d’un INR < 1,4
  • Incidence saignement/thrombose
  • Délai avant reprise AVK


  • Effet secondaire : 2/105 (1,9 %)
  • Efficacité : valeur d’INR avant et après vitamine K : 4,1 ± 3 versus 1,4 ± 0,5
  • % INR < 1,4 = 43 % (45/105)
  • Délai moyen pour un INR < 1,4 = 36 heures
  • Délai avant reprise : 4,1 jours (0,8-31,7 jours)


4

  • Crowther
  • 2005
  • Canada


  • Prospective, randomisée en aveugle contre placebo
  • n = 30, 2 < INR < 3, arrêt des AVK


  • T : 2,5 mg PO de vitamine K n = 15
  • P : placebo n = 15


  • INR à 24 heures de la prise
  • INR à 48 heures


  • 24 heures : T : 1,3 (0,8-1,8)
  • P : 1,7 (0,9-2,5) p < 0,02
  • 48 heures : T : 1,1 (0,9-1,7)
  • P : 1,4 (1-1,8) p < 0,003


2

  • Hylek
  • 2000
  • États-Unis


  • Étude rétrospective de cohorte
  • 633 patients
  • Inclusion = patients sous warfarine avec INR > 6, pas d’administration de vit K
  • Durée = 5 ans


Interruption du traitement par warfarine, 2 doses omises

  • INR après interruption du traitement
  • Facteur de risque de non-normalisation de l’INR


  • % INR > 4 après arrêt du traitement
  • 37 % (232/633)
  • facteur de risque indépendant INR > 4
  • dose = OR = 0,87 (IC95 % = 0,79-0,97)
  • âge (+ 10 ans) = OR 1,18 (IC95 % = 1,01-1,38)
  • INR (per U) = OR 1,25 (IC95 % = 1,14-1,37)
  • Insuffisance cardiaque = OR 2,79 (IC95 % = 1,30-5,98)
  • Cancer = OR 2,48 (IC95 % = 1,11-5,57)


2

  • Banet
  • 2003
  • États-Unis


  • RCT unicentrique
  • 231 patients (clinique des anticoagulants)
  • Inclusion : INR entre 3,2 et 3,4 asymptomatique (objectif à 2,5) sous warfarine
  • Durée = 1 an


  • Groupe sensibilisé à l’intérêt de ne pas diminuer la dose (ACS) : 103
  • Groupe non sensibilisé (PCP) : 128


  • Intérêt d’une sensibilisation
  • Relation diminution dose/INR


  • % diminution dose warfarine
  • 47 % (PCP) versus 23 % (ACS), p < 0,001
  • INR après surdosage
  • 2.7 (ACS) versus 2,6 (PCP)
  • relation baisse de dose/INR
  • INR 2,7 (pas de baisse) versus 1,7 (21 à 43 % de baisse), p < 0,001


1

Résultats

Efficacité. Dans la méta-analyse de DeZee (2006), 2 études randomisées contrôlées se sont intéressées aux patients sous acénocoumarol. Il n’existe pas de différence à 24 heures entre arrêt simple du traitement et administration de 1 mg de vitamine K par voie orale dans la proportion de patients avec INR entre 1,8 et 4 (RR = 0 ; 9, IC 95% = 0,7-1,1). Il existe une différence entre arrêt simple du traitement et administration de 1 mg de vitamine K orale dans la proportion de patients avec INR infrathérapeutique (RR = 5,7, IC95 = 2,3-14).

Huit études se sont intéressées aux patients sous warfarine présentant un INR entre 4 et 10. Un INR entre 1,8 et 4 est obtenu à 24 heures dans 82 % (IC95 = 70-93 %) des cas après vitamine K orale, 77 % (IC95 = 60-95 %) des cas après vitamine K IV, 31 % (IC95, 7-55 %) des cas après vitamine K SC et 20 % (IC95, 0-47 %) des cas après placebo. Un INR inférieur à 1,5 est obtenu dans 6 % (IC95 = 0-12 %) des cas après vitamine K orale.

En réunissant les études, 105 patients présentant un INR > 10 ont pu être étudiés. L’administration de vitamine K, quelle que soit la voie d’administration, permet d’obtenir à 24 heures un INR entre 1,8 et 4 dans 52 % des cas. L’administration de vitamine K SC ne permet d’obtenir un INR entre 1,8 et 4 à 24 heures que dans 29 % des cas.

Dans l’étude randomisée contrôlée de Ageno (2005), il existe une différence significative entre vitamine K par voie orale 1 mg et placebo dans la proportion d’INR entre 2,3 et 4,5 à 24 heures (45 % versus 13 %).

Dans la série de cas prospective de Weibert (1997), l’administration de vitamine K orale 2,5 mg + arrêt des AVK permet d’obtenir à 24 heures un INR < 5 dans 90 % des cas et < 2 dans 17 % des cas.

Dans la série de cas rétrospective de Lubetsky (2003), l’administration de vitamine K intraveineuse 0,5 mg associée à l’arrêt des AVK permet d’obtenir à 12 heures un INR entre 2 et 5 dans 88 % des cas, si l’INR initial était entre 6 et 10, dans 46 % des cas si l’INR initial était > 10.

Dans la série de cas rétrospective de Shieds (2001), l’administration de vitamine K IV 0,5 ou 1 mg associée à l’arrêt des AVK permet d’obtenir un INR inférieur à 1,4 en 36 heures.

L’étude prospective randomisée contrôlée de Crowther (2005) a montré que la vitamine K1 orale était plus efficace que le placebo pour corriger l’INR à 24 heures. L’INR des 15 patients ayant reçu 2,5 mg de vitamine K1 diminuait et passait en moyenne de 2,6 (0,9-6,2) à 1,3 (0,8-1,8) en 24 heures.

Effets secondaires. Dans la méta-analyse de DeZee (2006), les auteurs n’ont pas pu estimer les effets secondaires, notamment thrombotiques, ni une éventuelle résistance lors de la réintroduction des AVK.

Dans la série de cas prospective de Weibert (1997), il n’est pas noté de résistance aux AVK lors de leur réintroduction.

Mode d’administration et posologie. D’après les résultats de la méta-analyse de DeZee (2006), les voies orale et IV sont équivalentes en termes de correction (INR entre 1,8 et 4 dans 82 % et 77 % des cas), tandis que la voie sous-cutanée est moins efficace (31 %). La dose optimale n’a pu être évaluée.

Conclusion

L’administration de la vitamine K est supérieure à l’arrêt seul des AVK pour permettre de rétablir un INR en zone thérapeutique en 24 heures dans la plupart des cas, notamment en cas d’INR > 6 (niveau 1). Compte tenu du risque anaphylactoïde et de l’équivalence d’efficacité, la voie orale doit être préférée. La voie sous-cutanée est moins efficace (niveau 1). La dose optimale n’est pas déterminée, tout comme l’intérêt éventuel de la majoration de cette dose en cas d’INR > 10.

Conduite à tenir devant un surdosage asymptomatique

La plupart des recommandations semblent basées principalement sur l’expérience personnelle des auteurs. Très peu de littérature est disponible sur le sujet.

Aucune étude n’évalue les facteurs de risque hémorragique en cas de surdosage. Les études ont évalué soit les facteurs de risque hémorragique, soit les facteurs de risque de surdosage, qui semblent être les mêmes.

Un essai clinique randomisé de forte puissance et une série de cas rétrospective non comparative ont été retenus.

L’étude rétrospective de Hylek (2000) s’est intéressée à l’évolution de l’INR après arrêt simple (omission de 2 doses) des AVK en cas de surdosage (INR > 6) asymptomatique. Au 3e jour, 37 % des patients présentent un INR > 4. Les facteurs de risque indépendants sont : la dose de warfarine (OR à 0,87 par 10 mg de warfarine), l’âge (OR à 1,18 par décennie), la valeur de l’INR initial (OR à 1,25 par unité), l’existence d’un cancer et ou d’une insuffisance cardiaque.

L’étude randomisée contrôlée de Banet (2003) s’est intéressée à l’impact d’une sensibilisation sur la gestion des AVK en cas de surdosage modéré (INR entre 3,2 et 3,4). Les patients inclus sont suivis dans le cadre des « cliniques des anticoagulants » et sensibilisés à l’intérêt de ne pas diminuer la dose en cas de surdosage modéré (étude anglo-saxonne). Chez les patients randomisés dans le groupe intervention, la dose d’AVK est diminuée dans 23 % des cas, contre 47 % dans le groupe sans intervention (p < 0,001). L’INR résultant n’est pas différent entre les deux groupes (2,6 et 2,7). Chez les patients dont la dose a été baissée de 21 à 43 %, l’INR moyen résultant est de 1,7 (tableau II).

Recommandations existantes relatives au surdosage asymptomatique

Recommandations nord-américaines

Septième conférence de l’ACCP sur les traitements antithrombotiques et thrombolytiques (Salem 2004)

  • INR > zone thérapeutique mais < 5 : réduire la dose ou sauter une prise et reprendre à une dose inférieure. Si l’INR est peu au-dessus de la limite supérieure de la zone thérapeutique, ne pas réduire la dose (grade 2C).
  • INR ≥ 5 mais < 9 : sauter une ou deux prises, surveiller l’INR plus fréquemment et reprendre à dose plus faible lorsque l’INR est revenu dans la zone thérapeutique. Une alternative consiste à sauter une dose et à donner de la vitamine K1 (≤ 5 mg per os), particulièrement chez les sujets à risque de saignement. Si une antagonisation plus rapide est désirable, par exemple pour une chirurgie semi-urgente, la vitamine K1 peut être donnée (2 à 4 mg per os) dans l’intention de réduire l’INR en 24 heures. Si l’INR est encore excessif, une dose complémentaire de vitamine K1 (1 à 2 mg per os) peut être donnée (grade 2C).
  • INR ≥ 9 : arrêter le traitement, donner de plus fortes doses de vitamine K 5 à 10 mg per os) dans l’intention de réduire significativement l’INR en 24-48 heures. Contrôler plus fréquemment l’INR et administrer à nouveau la vitamine K si nécessaire. Reprendre à dose réduite lorsque l’INR est revenu en zone thérapeutique (grade 2C).

Recommandations australiennes

Recommandations consensuelles sur la réversion de la Warfarine reversal, Société australienne de la thrombose et de l’hémostase (Baker 2004)

  • INR > zone thérapeutique mais < 5 : réduire la dose ou sauter une prise et reprendre à une dose inférieure lorsque l’INR se rapproche de la zone thérapeutique. Si l’INR est peu au-dessus de la limite supérieure de la zone thérapeutique (> 10 %), ne pas réduire la dose.
  • INR ≥ 5 mais < 9 : arrêter le traitement et rechercher la cause du surdosage et évaluer le risque hémorragique du patient. Si le risque est élevé, donner la vitamine K1 (1 à 2 mg per os ou 0,5 à 1 mg IV). Contrôler l’INR à 24 heures et reprendre le traitement lorsque l’INR est en zone thérapeutique.
  • INR ≥ 9 : si le risque hémorragique apparaît faible, arrêter le traitement, donner de la vitamine K (2,5 à 5 mg per os ou 1 mg IV). Mesurer l’INR à 6-12 heures et reprendre le traitement à dose réduite lorsque celui-ci est < 5.
  • Si le risque est élevé, arrêter le traitement, donner 1 mg de vitamine K IV et, envisager l’administration de concentré de complexes prothrombiniques ou de plasma. Mesurer l’INR à 6-12 heures et reprendre le traitement à dose réduite lorsque celui-ci est < 5.

Recommandations européennes

Recommandations de la Société Européenne de Cardiologie (Vahanian 2007)

« Le risque de saignement majeur augmente considérablement lorsque l’INR excède 4,5, et exponentiellement pour un INR > 6. De ce fait, un INR > 6 requiert une réversion. Cependant, chez les patients porteurs de valves, en dehors de syndrome hémorragique, la vitamine K intraveineuse ne doit pas être utilisée du fait du risque de thrombose de valve si l’INR chute trop rapidement. Le patient doit être admis à l’hôpital, les AVK stoppés et la correction spontanée de l’INR surveillée… Il est permis d’utiliser de la vitamine K per os par palier de 1 mg chez des patients utilisant des AVK de demi-vie longue comme la phenprocoumon. Si l’INR est > 10, l’utilisation de plasma frais congelé doit être considérée. En cas d’hémorragie non contrôlable, une attitude thérapeutique plus agressive doit être envisagée, plasma frais congelé, vitamine K intraveineuse. »

Conclusion

Les recommandations nord-américaines et australiennes tiennent compte de limites d’INR > 5 et > 9, sans justifier ces bornes. Compte tenu du risque hémorragique lorsque l’INR est > 4, une attitude spécifique est proposée, qui s’applique aux patients dont la zone thérapeutique est comprise entre 2 et 3. Pour les patients traités plus intensément, le seuil d’intervention est fixé à 6.

Recommandations du groupe de travail

Mode de prise en charge

Dans le cadre de la prise en charge d’un surdosage asymptomatique, il est recommandé de privilégier une prise en charge ambulatoire, si le contexte médical et social le permet. L’hospitalisation est préférable s’il existe un ou plusieurs facteurs de risque hémorragique individuel (âge, antécédent hémorragique, comorbidité).

L’absence d’hospitalisation impose de bien informer le patient et son entourage :

  • de l’existence d’un risque hémorragique à court terme ;
  • des signes d’alerte : la constatation d’un saignement, même minime, ou tout symptôme nouveau doit conduire à une consultation médicale dans les plus brefs délais.

Mesures thérapeutiques permettant de corriger le surdosage

Quel que soit le mode de prise en charge, les mesures du tableau III sont recommandées.

Tableau III Mesures recommandées par le groupe de travail en cas de surdosage
  • INR cible 2,5
  • (fenêtre entre 2 et 3)


  • INR cible ≥ 3
  • (fenêtre 2,5–3,5 ou 3–4,5)


INR < 4

  • pas de saut de prise
  • pas de vitamine K


4 ≤ INR < 6

  • saut d’une prise
  • pas de vitamine K


  • pas de saut de prise
  • pas de vitamine K


6 ≤ INR < 10

  • arrêt du traitement par AVK
  • 1 à 2 mg de vitamine K par voie orale (1/2 à 1 ampoule buvable forme pédiatrique) (grade A)


  • saut d’une prise
  • un avis spécialisé (par ex. cardiologue si le patient est porteur d’une prothèse valvulaire mécanique) est recommandé pour discuter un traitement éventuel par 1 à 2 mg de vitamine K par voie orale (1/2 à 1 ampoule buvable forme pédiatrique)


INR ≥ 10

  • arrêt du traitement par AVK
  • 5 mg de vitamine K par voie orale (1/2 ampoule buvable forme adulte) (grade A)


• un avis spécialisé sans délai ou une hospitalisation est recommandé

À faire dans tous les cas

La cause du surdosage doit être recherchée et prise en compte dans l’adaptation éventuelle de la posologie.

Un contrôle de l’INR doit être réalisé le lendemain.

En cas de persistance d’un INR suprathérapeutique, les recommandations précédentes (cf. tableau I) restent valables et doivent être reconduites.

La surveillance ultérieure de l’INR doit se calquer sur celle habituellement réalisée lors de la mise en route du traitement11 Voir sur le site de l’Afssaps le dossier « Les médicaments antivitamine K » à l’adresse suivante : http://afssaps.sante.fr/htm/10/avk/sommaire.htm


 

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