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Cardiovascular consequences of low birth weight


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 20, Number 5, 239-44, mai 2008, Mini-revue

DOI : 10.1684/stv.2008.0281

Résumé   Summary  

Author(s) : Taly Meas, Claire Levy-Marchal , Inserm U690, hôpital Robert-Debré, 48, boulevard Sérurier, 75019 Paris, France, Université Paris-VII–Denis-Diderot, 75205 cedex 13 Paris, France.

Summary : For many years, epidemiological data have shown a relationship between cardiovascular diseases in adulthood and a history of low birth weight. The term « small for gestational age » (SGA) describes a neonate whose birth weight or length is 2 standard deviations below the mean, for the newborn’s gestational age, based on data derived from a reference population, or with a birth weight or length below the 10th percentile. Low birth weight is also associated with a very high risk of developing hypertension, insulin resistance and type 2 diabetes. The association with an atherogenic lipid profile is less clear. Therefore, all the components of the metabolic syndrome’s have been shown to be associated with the SGA phenotype. These data also raised the pathogenic role of catch-up growth following growth retardation during in utero life. Although the biological mechanisms underlying this association are still unknown, different explanatory hypotheses have been proposed. Animal models are an invaluable tool for investigating these questions.

Keywords : low birth weight, cardiovascular mortality

ARTICLE

Auteur(s) : Taly Meas, Claire Levy-Marchal

Inserm U690, hôpital Robert-Debré, 48, boulevard Sérurier, 75019 Paris, France
Université Paris-VII–Denis-Diderot, 75205 cedex 13 Paris, France

Depuis une vingtaine d’années, de nombreuses données épidémiologiques ont démontré l’association inverse entre le poids de naissance et la survenue à l’âge adulte de troubles du métabolisme et d’événements cardiovasculaires.

La définition du petit poids de naissance n’est pas toujours bien établie. Idéalement, le poids de naissance doit être rapporté à l’âge gestationnel. Les mensurations du poids, de la taille et du périmètre crânien doivent être réalisées à la naissance. Enfin, on se réfère à des courbes établies dans la population adéquate. On parle de petit poids pour l’âge gestationnel (small for gestational age ou SGA, en anglais) lorsque le poids ou la taille de naissance ou les deux sont en dessous du troisième percentile, ou si ces valeurs sont à moins de 2 déviations standard de la distribution de la population de référence [1]. Le terme de retard de croissance intra-utérin (RCIU) est parfois utilisé. Il fait normalement référence à une modification de la croissance fœtale authentifiée par au moins deux échographies. Le critère échographique, le plus souvent utilisé, pour mesurer la croissance fœtale, est le périmètre abdominal, considéré comme pathologique si inférieur au cinquième percentile de la distribution pour l’âge gestationnel. Ce RCIU survient le plus souvent au troisième trimestre de la grossesse. Ainsi, les enfants ayant subi un retard de croissance intra-utérin sont susceptibles de devenir des petits poids de naissance pour l’âge gestationnel.

Poids de naissance et mortalité cardiovasculaire

Barker et al. ont été les premiers à décrire l’influence d’une croissance fœtale altérée sur le risque cardiovasculaire [2]. En 1989, ils publient des données de mortalité par coronaropathie. Il s’agit de 5 654 hommes nés, entre 1911 et 1930, et vivant dans six districts d’Hertfordshire en Angleterre, pour lesquels le poids de naissance était connu. Les hommes nés avec le poids le plus faible, et qui, à un an, restaient maigres, avaient le risque le plus élevé d’infarctus du myocarde mortel.

Le SMR (standard metabolic rate) était de 11 chez les hommes pesant moins de 8 kg à un an, comparé à un SMR de 42 chez ceux pesant 12 kg à un an.

Suite à cette publication, de nombreuses études épidémiologiques vont confirmer ces résultats. Ces études ont balayé un ensemble de populations très variées (Europe, Amérique du Nord, Australie, Inde, Chine…) [3-5]. Si l’association entre « petit poids de naissance » et risque de décès, augmenté par maladie cardiovasculaire, est claire, les données sont plus hétérogènes en ce qui concerne l’évolution de la croissance pondérale et ce risque. En effet, on sait que plus de 85 % des enfants qui naissent avec un petit poids pour l’âge gestationnel vont avoir un « rattrapage » pondéral dans les premières années de leur vie. L’impact de cette prise de poids rapide semble être un élément déterminant de ce risque cardiovasculaire. Selon les études, l’impact du gain de poids sur le risque cardiovasculaire durant l’enfance est variable. Les données de la cohorte d’Helsinki [6], comprenant 8 760 hommes et femmes nés entre 1934 et 1944, soulignent l’importance d’un gain en index de masse corporelle (IMC) entre 2 et 11 ans. Les sujets ayant fait un accident coronarien sont ceux qui étaient les plus minces et qui ont eu un accroissement important de leur IMC après l’âge de deux ans. Il semble aussi que l’ajustement sur l’IMC au moment de l’événement cardiovasculaire modifie peu l’effet du petit poids de naissance sur le risque. Les données de la cohorte des infirmières américaines (Nurses’ Health Study) confirment la relation inverse entre poids de naissance et accident coronarien, et précisent l’interaction entre poids de naissance et IMC à l’âge adulte [7]. Ainsi, cette relation inverse entre poids de naissance et risque coronarien est plus importante chez les femmes avec l’IMC le plus élevé à l’âge adulte. De plus, ce sont les femmes nées les plus maigres et qui ont le plus récupéré, en termes de poids, qui ont le risque cardiovasculaire le plus marqué.

Effet du poids de naissance sur la pression artérielle

De nombreuses études épidémiologiques ont confirmé la relation inverse entre poids de naissance et pression artérielle. En France, l’équipe de Claire Lévy-Marchal a étudié une cohorte française de 1 600 sujets, nés à l’hôpital de Haguenau, entre 1971 et 1985, et issus d’un registre établi à la maternité permettant l’accès aux données de naissance. Une analyse, réalisée quand les sujets avaient 22 ans, a retrouvé une relation entre des chiffres tensionnels systoliques élevés et le petit poids de naissance, après ajustement sur la taille à l’âge adulte [8]. Une étude anglaise, portant sur 346 hommes et femme, âgés aussi de 22 ans, a confirmé ces résultats et précisé le rôle de la croissance postnatal [9]. Ces sujets, suivis durant 22 ans, ont eu des mesures cliniques de poids et taille répétées tous les ans jusqu’à l’âge de dix ans. Les sujets les plus maigres à la naissance, et qui ont gagné le plus de poids entre un et cinq ans, avaient la pression artérielle la plus élevée. La pression systolique augmentait de 1,3 mmHg (IC 95 % : 0,6 à 2,7) pour chaque déviation standard de poids de naissance en moins et augmentait par ailleurs de 1,6 mmHg (IC 95 % : 0,6 à 2,7) pour chaque point d’augmentation dans le score de gain pondéral durant l’enfance. Lorsque ces données étaient ajustées sur l’IMC à 22 ans, l’effet du gain pondéral durant l’enfance était atténué, mais celui du poids de naissance demeurait. La même relation existe avec la pression diastolique mais est moins marquée. Sur une cohorte plus importante de 3 634 sujets britanniques suivis durant 20 ans, l’effet inverse du poids de naissance sur l’augmentation de la pression artérielle est confirmé, aux âges de 36 et 53 ans, mais sans que l’on note d’amplification de cette relation avec l’âge. Le lien avec le poids de naissance n’est visible qu’avec la pression systolique, et est fortement atténué quand on prend en considération l’IMC à l’âge adulte des sujets [10]. Hardy et al., dans une étude plus récente, ont comparé les données de cinq différentes cohortes européennes (The European Birth Lifecourse Studies) [11]. Ces cohortes provenaient de régions différentes de l’Europe et avaient été établies entre 1927 et 1937 et en 1991 pour la plus récente. Les données de naissances ont été collectées dans toutes les cohortes ainsi que les facteurs confondants potentiels d’un petit poids de naissance et de l’hypertension artérielle (HTA) [caractéristiques maternelles, statuts socio-économiques]. Cette méta-analyse confirme l’effet négatif du poids de naissance sur la pression artérielle, qui est présent au travers de cinq cohortes. Une autre méta-analyse, réalisée par Huxley et al., en 2002, vient pondérer ces données [12]. En effet, dans cette étude, 55 papiers ont été utilisés, et confirment l’impact négatif du poids de naissance. Sur les 55 études retenues, trois ne montraient pas d’effet du poids de naissance sur la pression artérielle. Mais, quand les études sont ordonnées, selon leur poids statistique (nombre plus important de sujets inclus), l’effet est plus marqué avec les études de moins de 1 000 sujets (prise de 1,9 mmHg pour un kilo de moins de poids de naissance) par rapport aux études avec plus de 3 000 sujets (différence de 0,6 mmHg par kilo de poids en moins à la naissance).

Les facteurs d’ajustement varient aussi selon les études. Seules deux études ont ajusté les résultats sur les facteurs socio-économiques, huit sur l’âge gestationnel, 13 sur la taille à l’âge adulte et 48 sur le sexe. A l’inverse, la plupart des auteurs ajustent sur le poids au moment de l’étude. Pour les auteurs de la méta-analyse, cela pourrait constituer un surajustement : en effet, le poids à l’âge adulte et le poids de naissance sont déjà des variables inversement liées. Enfin, les études familiales et chez les jumeaux mono- et dizygotes apportent aussi des arguments forts pour valider l’hypothèse du rôle de l’environnement intra-utérin dans le développement à l’âge adulte d’une hypertension. Ainsi, les données du registre suédois des jumeaux confirment l’association entre poids de naissance et l’augmentation de la pression artérielle à l’âge adulte [13]. Pour une diminution de 500 g du poids de naissance, le risque d’HTA est de 1,34 (IC 95 % : 1,07 à 1,67) pour les paires de jumeaux dizygotes et de 1,74 (IC 95 % : 1,13 à 2,20) pour les paires monozygotes. Les données d’une autre étude suédoise, cette fois concernant 331 089 familles, confirment au sein des fratries, le lien entre poids de naissance et HTA, après prise en compte des facteurs confondants tels que le niveau socio-économique et le mode de vie [14].

Quels sont les mécanismes physiopathologiques impliqués dans le développement de cette HTA ?

Parmi les nombreuses pistes envisagées, le rôle du nombre de néphrons a été évoqué. Des données d’autopsie confirment la baisse du nombre de néphrons chez les sujets nés de petits poids [15]. Les modèles animaux permettent d’avancer dans les mécanismes proposés. Ils confirment, pour la plupart, le rôle de la perte néphronique. Le système rénine–angiotensine a, lui aussi, été incriminé chez les animaux, une hyperactivité de ce système existe dès la vie fœtale et persiste à l’âge adulte. Cela pourrait induire une augmentation de la résorption sodique, et ainsi, augmentant la volémie, participer au développement d’une HTA [16]. La recherche d’associations entre les gènes du système rénine–angiotensine et le développement d’une HTA chez les sujets nés de petits poids n’a pas donné de résultats [17], soulignant la complexité de ces mécanismes. Le système nerveux sympathique, largement impliqué dans l’HTA essentielle, a aussi été proposé. Des anomalies du système nerveux sympathique ont été mises en évidence, au niveau cardiaque, chez des enfants d’un et trois mois nés de petits poids [18]. Le rôle des glucocorticoïdes a aussi largement été étudié, notamment dans les modèles animaux. Il semble y avoir une diminution de l’expression du gène placentaire de l’enzyme 11-bêta-hydroxydéshydrogénase (enzyme qui transforme le cortisol en cortisone et protège le fœtus d’un excès de glucocorticoïdes). On peut supposer qu’une exposition inappropriée in utero aux glucocorticoïdes contribue à la baisse du nombre des néphrons, à l’activation du système rénine–angiotensine…, et ainsi entraîner l’apparition d’une HTA. Enfin, des dysfonctions endothéliales ont été décrites chez les animaux nés de petit poids [19].

Ainsi, l’effet du poids de naissance sur la survenue ultérieure d’une HTA semble robuste à travers les nombreuses séries étudiées. L’effet est cependant inégal selon l’âge, les populations et les autres facteurs de risque. On peut donc considérer que si la contribution de la restriction de croissance fœtale est un facteur de risque parmi d’autres du développement d’une HTA, son effet est toutefois modeste.

Lien entre poids de naissance et dyslipidémie

Les études sont assez hétérogènes, notamment en raison d’autres facteurs confondants (génétiques, ethniques…) difficiles à prendre en compte. Une méta-analyse, publiée en 2003, et reprenant les données publiées à la fois chez l’enfant et l’adulte, montre une relation très modeste [20, 21]. Tout récemment, les données de la cohorte d’Helsinki montrent un lien entre poids de naissance et profil lipidique athéromateux [22]. Mais là aussi l’effet, bien que significatif, est modéré. Une baisse d’un point d’IMC à la naissance s’associe à une hausse de 0,051 mmol/L de cholestérol non HDL et de 0,018 g/L pour l’apoB. L’implication physiopathologique de cet effet, qui reste faible, est discutable…

Concernant donc le profil lipidique, les données de la littérature sont discordantes [23, 24] et ne montrent pas une association forte entre profil lipidique et petit poids de naissance.

Poids de naissance et troubles métaboliques glucidiques

Il est aussi bien établi qu’il existe un lien entre poids de naissance et insulinorésistance, développement d’un diabète de type 2 et l’obésité [25-27]. Là aussi, la première observation est issue de la cohorte masculine d’Hertfordshire [25, 28]. Le développement d’une insulinorésistance a été démontré dès la petite enfance et est donc très précoce. Le rôle du rattrapage pondéral est, là encore, prépondérant. Et, de plus en plus de données montrent le rôle central du tissu adipeux.

Dans notre cohorte de jeunes adultes, l’effet du poids de naissance sur le métabolisme glucidique a été étudié. Il s’agissait de comparer deux groupes, sélectionnés selon leurs caractéristiques de naissance (petits poids nés avec un poids inférieur au dixième percentile et témoins nés avec un poids entre le 25 et 75e percentile) [8, 29], nous avons mis en évidence une insulinorésistance plus marquée dans le groupe de petit poids de naissance. De plus, le tissu adipeux de sujets de ce groupe est modifié dans sa répartition, ses proportions et ses sécrétions. Parmi les sujets nés de petit poids, les individus les plus maigres à la naissance, et qui ont l’IMC le plus important à l’âge adulte, étaient les plus susceptibles de développer des anomalies du métabolisme. Enfin, dans cette cohorte de 1 600 sujets, on notait une grande hétérogénéité de réponse dans le groupe né de petit poids, laissant penser que le poids de naissance seul n’est pas le critère de sélection le plus pertinent pour repérer les nouveau-nés à risque de développer ces futures anomalies.

Enfin, les différents composants du syndrome métaboliques sont plus marqués chez les sujets de petit poids de naissance [8, 30, 31].

Hypothèses physiopathologiques

Les mécanismes physiopathologiques, expliquant ces associations, ne sont pour le moment qu’hypothétiques. La théorie la plus ancienne est celle du génotype d’épargne [32], proposée par Neel, en 1962, pour expliquer « l’épidémie » de diabète de type 2 dans les pays industrialisés. Elle part du principe que, certains gènes, qui permettent la survie durant des périodes de famines, deviennent délétères quand l’organisme est placé dans un environnement avec apport nutritionnel normal, voire pléthorique. Un parallèle peut être établi avec le petit poids de naissance, si on le considère comme marqueur d’une carence nutritionnelle in utero. Cette hypothèse reste pour le moment peu étayée.

La deuxième hypothèse est celle de Hales et Barker, du phénotype d’épargne ou de programmation fœtale. Il s’agirait là d’une adaptation des organes du fœtus soumis à la restriction in utero qui deviendrait délétère une fois le fœtus soumis à un environnement plus favorable [33]. Pour préserver certaines fonctions, des organes comme le cerveau seraient privilégiés au détriment d’autres, comme le rein, le foie et le pancréas.

La théorie du developmental mismatch regroupe les deux hypothèses précédentes. Il y aurait des modifications épigénétiques durant la vie fœtale quand l’environnement n’est pas adéquat [34]. Puis, après la naissance et en fonction de l’environnement proposé, il peut y avoir inadéquation entre ces modifications et cet environnement conduisant au risque cardiovasculaire.

Enfin, l’hypothèse du rattrapage pondéral a été proposée par Ciafarini et al. en 1999 [35]. On sait que le gain rapide en poids, qui survient dans les deux premières années de la vie des enfants nés de petits poids, concerne surtout le tissu adipeux. On sait aussi que ce rattrapage est à l’origine de l’augmentation du risque cardiovasculaire. Il est possible que les anomalies que nous venons de décrire passent par cette modification précoce de la composition corporelle des enfants nés de petits poids pour l’âge gestationnel.

Conclusion

Des arguments épidémiologiques solides confirment l’association entre poids de naissance et risque cardiovasculaire. La surmortalité rapportée au petit poids de naissance s’associe à un risque accru d’HTA, d’obésité, d’insulinorésistance et de diabète de type 2. Le lien avec la dyslipidémie est plus discuté. Le rôle du rattrapage pondéral, qui survient dans les premières années de la vie, est lui aussi bien établi. Toutefois, les mécanismes physiopathologiques sous-jacents à ces associations restent à confirmer.

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