ARTICLE
Auteur(s) : Éric Renard
Service des Maladies endocriniennes, Hôpital Lapeyronie, CHU de
Montpellier, F 34295 Montpellier cedex 5
Développement et diffusion des pompes à insuline
La perfusion continue sous-cutanée d’insuline par pompes portables
est utilisée de façon croissante pour le traitement du diabète de
type 1 et tend à devenir une option de plus en plus souvent
considérée pour l’insulinothérapie des malades diabétiques de type
2. Environ 250 000 (25 %) diabétiques de type 1 utilisent la
pompe aux États-Unis actuellement, tandis que ce mode
d’insulinothérapie concerne environ 30 000 patients en Allemagne et
10 000 sujets en France.
Cette expansion du traitement par pompe a été principalement
promue par les résultats de l’étude du Diabetes Control and
Complications Trial (DCCT), durant laquelle la pompe a été utilisée
avec efficacité par près de la moitié des patients soumis au
traitement intensif [1]. Pour mémoire, dès les premiers pas du
traitement par pompe durant les années 1970, son efficacité
apparaissait déjà comme supérieure à celle des injections
sous-cutanées discontinues, qui comprenaient alors le plus souvent
une ou deux injections quotidiennes d’insulines ordinaires et NPH.
Après une période initiale d’enthousiasme durant laquelle les
pompes ont été prescrites de façon croissante, la survenue de
complications aiguës sévères, telles que des acidocétoses fatales,
a ralenti leur diffusion. L’association d’améliorations techniques,
qui rendaient les pompes plus sûres, et du succès persistant de la
thérapeutique par pompe chez des patients bien sélectionnés et
mieux encadrés a suscité un renouveau d’intérêt pour les pompes
durant les années 1990. Les analogues de l’insuline d’action rapide
ont amélioré en outre l’efficacité de la pompe [2]. Une couverture
plus large et plus facile des coûts liés au traitement par pompe
par les compagnies ou les systèmes d’assurance maladie a aidé
finalement l’expansion récente des pompes dans certains pays.
Actuellement, la thérapeutique par pompe est considérée comme
l’étalon-or de l’insulinothérapie pour les patients diabétiques de
type 1 [3, 4] (figures 1 à 3).
Aspects techniques du traitement par pompe à insuline
Trois éléments principaux sont impliqués dans les performances de
la perfusion continue d’insuline sous-cutanée : la pompe
elle-même, le cathéter par lequel l’insuline est perfusée depuis la
pompe jusqu’à la peau, le type d’insuline.
Toutes les pompes actuellement disponibles assurent une
perfusion pulsatile, puisque le mécanisme d’entraînement
péristaltique a été démontré comme favorisant une altération de la
stabilité physique des solutions d’insuline et était davantage
gourmand en énergie. Elles se présentent de la taille d’un
téléphone mobile d’environ 100 × 50 × 20 mm, avec un poids
moyen de 100 g. Toutes offrent la possibilité de multiples
débits de base programmables par 24 heures et certains modèles
permettent différents profils de bolus. Le réservoir d’insuline
doit être changé tous les 2 à 4 jours, tandis que l’énergie est
fournie par une pile à changer tous les 1 à 2 mois. La plupart
d’entre elles enregistrent les ordres de programmation dans une
mémoire incorporée. Les spécificités des principaux modèles
commercialisés par les quatre grands fabricants sont présentées
dans le tableau I. Les pompes
disponibles aujourd’hui sont sûres et fiables grâce aux progrès de
la microélectronique et à la présence de systèmes d’alarme
incorporés. La plupart des pompes peuvent être utilisées en continu
pendant le temps de fonctionnement attendu avec un risque très
faible de défaillance [5].
Des améliorations considérables ont été également accomplies
concernant les cathéters [5]. Tous comprennent un revêtement
interne en polyéthylène qui est imperméable au dioxyde de carbone,
évitant ainsi des altérations de la stabilité physique de
l’insuline. La canule de perfusion sous-cutanée est soit en acier
inoxydable, soit en Téflon®, avec une meilleure
tolérance et une possibilité d’utilisation plus longue dans ce cas
(3 à 4 jours au lieu de 2) en raison d’un moindre traumatisme
du tissu sous-cutané. Leur utilisation a été rendue plus commode,
d’une part, par la disponibilité de dispositifs d’insertion pour
mettre en place les canules souples dans le tissu sous-cutané à
l’aide d’une aiguille extractible, d’autre part, par la possibilité
d’une déconnexion transitoire de la ligne de perfusion au niveau ou
en amont de la canule dans la plupart des modèles couramment
utilisés. Cependant, le cathéter demeure le maillon faible du
système de perfusion. Les deux problèmes principaux qui peuvent
interrompre la perfusion d’insuline ou altérer la diffusion de
l’insuline de façon impromptue sont : 1) une obstruction de
l’extrémité de la canule ou la plicature d’une canule souple ;
2) une réaction sous-cutanée, par exemple un petit hématome, au
site d’insertion de la canule. Bien que des alarmes incorporées
dans la plupart des modèles de pompes doivent alerter le patient de
toute résistance à la perfusion normale, l’expérience clinique
commune indique que les plicatures de canule ou les réactions
modérées au site d’insertion, qui empêchent toutefois l’absorption
de l’insuline, ne sont habituellement pas détectées par le
dispositif d’alarme. L’éducation du patient apparaît dès lors
cruciale sur la conduite à tenir en cas d’hyperglycémie persistante
après une tentative de bolus correcteur : le remplacement du
cathéter dans un tel cas est indispensable même en l’absence
d’évidence de la défaillance du cathéter. Les fuites aux connexions
entre le réservoir de la pompe et le cathéter, ou entre la ligne de
perfusion et la canule, ne sont, aussi, pas souvent détectées par
le système d’alarme et le patient doit être éduqué à envisager
cette possibilité en cas d’hyperglycémie.
Les formulations d’insuline utilisées dans les pompes sont
aujourd’hui dominées par les analogues d’action rapide [2]. Il n’y
a pas de supériorité évidente d’un des analogues rapides
disponibles. À partir de là, les insulines lispro
(Humalog®, Eli-Lilly, Indianapolis, IN, USA),
aspart (NovoRapid®, Novo-Nordisk, Bagsvaerd, DK)
et glulisine (Apidra®, Sanofi-Aventis, Paris,
France) doivent être considérées comme équivalentes. Un seul modèle
de pompe peut utiliser des cartouches préremplies d’insuline lispro
pour stylo injecteur, alors que tous les autres modèles utilisent
un réservoir à remplir par les patients à partir de flacons
d’insuline de 10 mL ou de stylos à insuline préremplis. Seuls
deux modèles de pompes peuvent accueillir des cartouches
préremplies d’insuline ordinaire spécialement destinées aux pompes
(Insuman Infusat®, Sanofi-Aventis, Paris,
France). Suite aux améliorations techniques des mécanismes de
perfusion et des composants des cathéters, la stabilité physique et
chimique des solutions d’insuline peut maintenant être maintenue
pour la durée moyenne d’utilisation du réservoir, c’est-à-dire 2 à
4 jours.
Tableau I Caractéristiques principales des pompes à
insuline portables actuellement disponibles pour la perfusion
sous-cutanée
|
Modèles
|
H-TRON PLUS
|
D-TRON PLUS
|
ACCUCHEK SPIRIT
|
IR 1200
|
COZMO
|
PARADIGM 512
|
PARADIGM 712
|
|
Fabricant
|
Roche Diagnostics
|
Roche Diagnostics
|
Roche Diagnostics
|
Animas
|
Smiths Medical
|
Medtronic-MiniMed
|
Medtronic-MiniMed
|
|
Longueur × largeur (mm)
|
97 × 55
|
117,6 × 48,1
|
81 × 55
|
90 × 51
|
88,9 × 50
|
83 × 50,5
|
95 × 52
|
|
Épaisseur (mm)
|
18,9
|
22,25
|
20
|
21,5
|
19
|
22
|
22
|
|
Poids (g)
|
105
|
124
|
110
|
98
|
93
|
103
|
108
|
|
Réservoir d’insuline
|
- Spécifique ou
- cartouche préremplie
|
Cartouche préremplie
|
- Spécifique ou
- cartouche préremplie
|
Seringue en plastique
|
Seringue en plastique
|
Seringue en plastique
|
Seringue en plastique
|
|
Réservoir en unités d’insuline
|
300
|
300
|
300
|
200
|
300
|
180
|
300
|
|
Type d’insuline
|
Ordinaire ou analogue rapide ou Insuman Infusat®
|
Humalog®
|
Ordinaire ou analogue rapide ou Insuman Infusat®
|
Ordinaire ou analogue rapide
|
Ordinaire ou analogue rapide
|
Ordinaire ou analogue rapide
|
Ordinaire ou analogue rapide
|
|
Connexion du cathéter
|
Luer-lock
|
Luer-lock
|
Luer-lock
|
Luer-lock
|
Luer-lock
|
Spécifique
|
Spécifique
|
|
Type de pile
|
Spécifique (n = 2)
|
Spécifique (n = 1)
|
Standard AA
|
Lithium AA
|
Standard AAA
|
Standard AAA
|
Standard AAA
|
|
Durée de la pile
|
1 mois
|
2 mois
|
1 mois
|
8 semaines
|
1 mois
|
4 semaines
|
4 semaines
|
|
Débits de base
|
24
|
24
|
24
|
12
|
48
|
48
|
48
|
|
Profils de bolus
|
1
|
3
|
4
|
3
|
3
|
3
|
3
|
|
Mémoire
|
non
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
Résultats métaboliques sous pompe à insuline
Pickup et Keen ont rapporté en 2002 la première méta-analyse fondée
sur une série de 12 études randomisées comparant la pompe aux
multi-injections quotidiennes d’insuline, toutes sans recours aux
analogues de l’insuline [3]. Les bénéfices apportés par la pompe
comprenaient une différence moyenne de la glycémie de - 0,9
mmol/L (CI 95 % = – 0,5 à – 1,2), et une différence moyenne
sur l’HbA1c de – 0,5 % (IC 95 % = – 0,2 à –
0,7). De plus, une réduction moyenne de 14 % de la dose
quotidienne d’insuline accompagnait la supériorité de la pompe sur
le contrôle glycémique. Contrairement aux données du DCCT [1], la
fréquence des hypoglycémies sévères a été rapportée comme 33 à
84 % moindre sous pompe d’après plusieurs études [3].
L’incidence de l’acidocétose apparaissait similaire avec les deux
modes de traitement après une éducation appropriée et une pratique
suffisante de la pompe [3]. Une méta-analyse de 52 études menées
selon un schéma en groupes parallèles ou appariés comparant la
pompe aux multi-injections ou à une insulinothérapie
conventionnelle réalisée par Weissberg-Benchell et al. a également
rapporté l’efficacité significativement supérieure de la pompe et
une fréquence réduite des épisodes hypoglycémiques sous pompe [4].
Les études qui ont comparé le traitement par pompe avec des
analogues rapides par rapport à l’insuline ordinaire ont démontré
un contrôle glycémique meilleur avec les analogues [2] (tableau II). Une analyse récemment rapportée
cumulant les résultats de trois essais randomisés contrôlés
comparant la perfusion continue d’insuline lispro à des
multi-injections d’insulines lispro et NPH a montré que plus
l’HbA1c initiale était élevée, plus le bénéfice relatif
de la pompe par rapport aux multi-injections était important [6].
Aucun bénéfice ne pouvait ainsi être attendu si l’HbA1c
initiale était de 6,5 %. Cependant, aucune différence
significative sur l’incidence des hypoglycémies n’était
identifiable.
Plusieurs études rapportées ces dernières années ont exploré si
la glargine, premier analogue de l’insuline d’action prolongée
disponible, utilisée comme insuline basale et un analogue rapide
utilisé aux repas pouvaient être aussi efficaces qu’une pompe
utilisant un analogue rapide [7]. Parmi les six études identifiées
sur cette question (tableau III), seules
trois sont des études randomisées prospectives. Alors qu’une étude
réalisée chez l’adulte a montré un contrôle glycémique similaire
avec les deux options, celle menée chez des enfants et adolescents
a mis en évidence une supériorité du traitement par pompe sur
l’HbA1c après 16 semaines avec des besoins moyens
en insuline significativement moindres. L’étude la plus récemment
publiée, réalisée à court terme et selon un schéma en cross-over,
comparant la pompe aux multi-injections avec la glargine a rapporté
des niveaux de fructosamine plus bas et une exposition glycémique
quotidienne réduite évaluée par une mesure glycémique continue sous
pompe. Parmi les trois autres études, deux ont montré une
amélioration du contrôle glycémique uniquement avec la pompe par
rapport au traitement antérieur utilisant de l’insuline NPH ou
ultralente, alors que la troisième rapportait significativement
moins d’excursions glycémiques seulement avec la pompe.
Des données toutes récentes argumentent l’efficacité claire de
la pompe chez des patients mal contrôlés sous multi-injections,
montrant une grande variabilité glycémique [8]. Ces observations
sont cependant valides pour des patients qui étaient capables de
gérer un traitement par pompe et acceptaient les contraintes de ce
mode de traitement. En pratique courante, ces deux prérequis
doivent être attentivement pris en compte pour espérer des
améliorations glycémiques sous pompe [8].
Tableau II Études comparant l’analogue lispro (LP) à
l’insuline ordinaire (R) utilisés pour la perfusion continue par
pompe dans le diabète de type 1
|
Auteurs
|
Références
|
Nombre de cas
|
Schéma d’étude (durée)
|
HbA1c (%)
|
SD glycémie (mmol/L)
|
Hypoglycémies/mois (définition)
|
|
Zinman et al.
|
- Diabetes 1997 ;
- 46 : 440–3
|
30
|
- Double aveugle, cross-over
- (2 × 3 mois)
|
- LP: 7,66 ± 0,13
- R: 8,00 ± 0,16
- (p = 0,0041)
|
ND
|
- (< 3 mmol/L)
- LP: 6,0 ± 0,9
- R: 7,6 ± 1,0
- (NS)
|
|
Melki et al.
|
Diabetes Care 1998 ; 21 : 977–82
|
39
|
- Ouvert,
- cross-over (2 × 3 mois)
|
- (ΔHbA1c)
- LP: -0,62 ± 0,13
- R: -0,09 ± 0,15
- (p = 0,01)
|
- LP: 3,44 ± 0,10
- R: 3,80 ± 0,10
- (p < 0,0001)
|
- (< 2 mmol/L)
- LP: 0,05 ± 0,05
- R: 0,47 ± 0,19
- (p < 0,05)
|
|
Renner et al.
|
Diabetes Care 1999 ; 22 : 784–8
|
113
|
- Ouvert,
- cross-over (2 × 4 mois)
|
- LP: 6,8 ± 0,9
- R: 6,9 ± 1,0
- (p < 0,02)
|
ND
|
- (< 3,5 mmol/L)
- LP: 12,4 ± 13,9
- R: 11,0 ± 11,2
- (NS)
|
|
Johansson et al.
|
- Diabetes Metab
- 2000 ; 26 : 192–6
|
41
|
- Ouvert,
- cross-over (2 × 2 mois)
|
- LP: 7,4
- R: 7,6
- (p = 0,047)
|
- LP: 3,6
- R: 3,9
- (p = 0,012)
|
- (< 3 mmol/L)
- LP: 9,7
- R: 8,0
- (NS)
|
Tableau III Études comparant la perfusion continue
sous-cutanée d’un analogue rapide (CSII) à des injections
multiquotidiennes d’analogues rapides et lents (MDI) dans le
diabète de type 1
|
Auteurs et références
|
- Nombre de cas (types)
- Durée d’étude
- Schéma d’étude
|
Insulines utilisées en multi-injections quotidiennes
|
Analogues utilisés dans les pompes
|
- HbA1c (%)
- En fin d’étude
- CSII
- MDI
|
Autres résultats
|
- Bolli et al.
- Diabetes 2004 ; 53 : A107-8
|
|
Glargine + lispro
|
Lispro
|
- CSII : 7,0
- MDI : 7,2
- (NS)
|
- Pas de différence : glycémie moyenne, indice MAGE,
- hypoglycémies
|
- Lepore et al.
- Diab Nutr Metab 2004 ; 17 : 84-9
|
- 48 (A)
- 1 an
- Non randomisée
|
Glargine + lispro
|
Lispro
|
- CSII : 8,0
- MDI : 7,8
- (NS)
|
- Pas de différence : hypoglycémies
- CSII : indice MAGE + bas
|
- Hirsch et al.
- Diabetes Care 2005 ; 28 : 533-8
|
- 100 (A)
- 10 semaines
- Randomisée
- (cross-over)
|
Glargine + lispro
|
Aspart
|
- CSII : 7,1
- MDI : 7,3
- (NS)
|
- Pas de différence : hypoglycémies
- CSII : fructosamine et glycémie sur 24 h +
basses
|
- Doyle et al.
- Diabetes Care 2004 ; 27 : 1554-8
|
- 32 (C)
- 16 semaines
- Randomisée
|
Glargine + aspart
|
Aspart
|
- CSII : 7,2
- MDI : 8,1
- (p < 0,05)
|
- CSII : profil glycémique sur 24 h, dose d’insuline +
bas
- Pas de différence : hypoglycémies,
- qualité de vie
|
- Sciaffini et al.
- Diabetes Metab Res Rev 2005 ; 21 : 347-52
|
- 36 (C)
- 6-12 mois
- Rétrospective
|
Glargine + ordinaire
|
Lispro ou aspart
|
- CSII : 8,5 => 7,6 (p < 0,05)
- MDI : 8,9 => 8,3 (NS)
|
|
- Alemzadeh et al.
- Pediatrics 2004 ; 114 : 91-5
|
- 40 (C)
- 1 an
- Cas-contrôles appariés sur âge et sexe
|
Glargine + lispro
|
Lispro
|
- CSII : 8,4 => 7,8 (p < 0,002)
- MDI : 8,5 => 8,2 (NS)
|
Pas de différence : hypoglycémies
|
Risques liés au traitement par pompe à insuline
Le risque principal du traitement par pompe est le défaut de
perfusion d’insuline qui peut entraîner une acidocétose s’il n’est
pas détecté et corrigé par le patient [9]. Ce risque est inhérent à
la méthode en raison du faible dépôt sous-cutané d’insuline au site
de perfusion. Dès que le défaut de perfusion devient significatif,
l’action de l’insuline va décroître dès la deuxième heure qui suit
son installation. Ce phénomène survient même de façon plus rapide
lors de l’utilisation des analogues rapides [2]. Une même
dégradation du contrôle glycémique peut s’installer quand les
besoins en insuline s’accroissent rapidement sans adaptation par le
patient du débit de perfusion, par exemple en cas d’infection [9].
Une détérioration de l’absorption de l’insuline due à des
altérations du tissu sous-cutané, par exemple en cas de
lipodystrophies ou d’infection au site de perfusion, peut aussi
conduire à une dérive hyperglycémique dangereuse [9]. Alors que de
tels événements peuvent survenir facilement en cas d’inconscience
du patient vis-à-vis de ce risque, une sélection et une éducation
soigneuses des patients peuvent prévenir la survenue d’une
acidocétose par la connaissance et le savoir-faire concernant les
mesures à prendre pour résoudre le problème de perfusion ou pour
accroître le débit d’insuline afin de corriger le défaut
d’administration d’insuline [3]. Bien que demeurant un vrai risque
accru par le traitement par pompe, l’incidence actuelle des
acidocétoses sous pompe est similaire à celle sous injections
discontinues quand les malades ont été bien éduqués à propos des
mesures de correction à mettre en œuvre en cas de dérive
hyperglycémique persistante [3]. La disponibilité permanente d’une
astreinte médicale capable de venir en aide aux malades en cas de
dérive cétosique est également un moyen, dont le caractère
indispensable vient d’être rappelé par la Haute Autorité de santé,
de prévention des décompensations acidocétosiques sous pompe.
Les hypoglycémies sévères pourraient également être considérées
comme un risque potentiel sous pompe. L’incidence accrue des
hypoglycémies sévères parallèlement à la baisse de
l’HbA1c a été bien reconnue depuis le rapport des
résultats du DCCT [1]. Les données du DCCT ont même montré que le
traitement par pompe était associé à une incidence
significativement supérieure de comas hypoglycémiques par rapport
aux multi-injections [1]. Cependant, une analyse plus détaillée
indique que ces événements ont décru de manière importante dès lors
que les centres investigateurs avaient acquis davantage
d’expérience du traitement par pompe [1]. Une étude rapportée
quelques années après la publication du DCCT a clairement démontré
que l’incidence des hypoglycémies sévères était au contraire
réduite par le traitement par pompe [2, 3]. Un facteur déterminant
essentiel est en fait l’entraînement des patients sous pompe à la
recherche du strict contrôle glycémique [3]. La perfusion excessive
d’insuline par la pompe ou son emballement sont bien prévenus par
les mécanismes de sécurité installés actuellement sur les pompes
disponibles. Les analogues rapides ont réduit la variabilité
d’absorption et d’action de l’insuline observée avec l’insuline
ordinaire. À part les erreurs de programmation de la perfusion
d’insuline par le malade, les causes résiduelles de survenue
d’hypoglycémies sévères sont l’absence de perception des signes
inauguraux d’hypoglycémie, et les défauts de fiabilité de
l’absorption de l’insuline sous-cutanée observés chez certains
malades.
Indications et contre-indications du traitement par pompe
Compte tenu de l’efficacité du traitement par pompe sur le contrôle
glycémique global (HbA1c) comme sur la réduction de la
variabilité glycémique et du risque d’hypoglycémie sévère, il peut
être considéré comme le traitement de référence pour tous les
diabétiques de type 1 motivés pour l’obtention d’un contrôle strict
du diabète [3]. Plus particulièrement, les patients qui atteignent
difficilement un niveau d’HbA1c proche de 7 % en
raison d’hypoglycémies sévères ou modérées fréquentes sous
multi-injections apparaissent comme les meilleurs candidats à la
pompe. Parce que la pompe offre une plus grande flexibilité en
termes de prises alimentaires et d’activités professionnelles ou de
loisirs, elle peut être aussi un mode préféré d’insulinothérapie
par les patients actifs socialement, ceux attirés par la pratique
sportive intensive ou fréquente, ou les travailleurs à horaire
variable. Ainsi, la recherche d’une liberté et d’une qualité de vie
accrues est actuellement une source croissante de demande de pompe.
L’absence de validation actuelle de l’innocuité des analogues lents
pendant la grossesse peut être aussi une raison particulière de
promouvoir la pompe chez les femmes qui programment une grossesse.
Les données actuelles autorisent l’utilisation des analogues
rapides, en particulier dans les pompes, pendant la grossesse.
Enfin, le diabète du nourrisson ou des enfants d’âge préscolaire
est une bonne indication de la pompe parce qu’elle permet un
ajustement fin des doses d’insuline chez des sujets qui nécessitent
de petites doses d’insuline avec des besoins très fluctuants et qui
sont soumis à de fréquentes prises alimentaires.
En fait, les contre-indications de la pompe sont surtout les
situations où une insulinothérapie intensive est elle-même
difficile à réaliser : désordres psychologiques graves
affectant la fiabilité d’adaptation de l’insulinothérapie et de la
pratique de l’autosurveillance glycémique, troubles sévères du
comportement alimentaire empêchant l’efficacité de toute
insulinothérapie, mauvaise acceptation du diabète et défaut de
pratique de l’autosurveillance qui accroissent le risque
d’événements métaboliques aigus par défaut de vigilance,
association au diabète d’une pathologie qui interfère avec la
gestion correcte d’une insulinothérapie (par exemple, maladie
d’Alzheimer). Cependant, la pompe peut être utile pour prévenir les
déviations hyper et hypoglycémiques chez les patients atteints
d’une comorbidité qui entraîne des besoins très fluctuants en
insuline. Si ces patients sont bien éducables, la réactivité
offerte par la pompe peut constituer un avantage appréciable.
La contre-indication essentielle de la pompe demeure l’absence
d’acceptation de ce mode de traitement, le plus souvent pour des
motifs psychologiques. Par exemple, les patients qui n’aiment pas
dépendre d’un dispositif ou montrer leur condition de malade, pour
lesquels porter une pompe représente un rappel permanent
inacceptable de leur diabète, ne sont pas de bons candidats à la
pompe. Même si leur profil glycémique sous injections d’insuline
semble améliorable par la pompe, le soignant doit s’empêcher de
leur imposer une pompe qu’ils ne géreront jamais efficacement.
Une rétinopathie ischémique ou préproliférante non contrôlée
représente une contre-indication temporaire à la pompe jusqu’à ce
que la photocoagulation au laser ait été achevée. La baisse du
niveau glycémique augmenterait le risque de prolifération
néovasculaire dans de telles situations [9].
La cécité ou la surdité ne devraient plus constituer des
contre-indications à la pompe quand les patients sont motivés pour
apprendre, éducables et bien entourés par des parents ou un
conjoint qui peuvent les aider. Les patients vivant seuls ne
devraient pas non plus être exclus du recours à la pompe s’ils
peuvent organiser des mesures de sécurité pour éviter l’absence
d’assistance si elle devient nécessaire (par exemple, en cas
d’hypoglycémie sévère).
Le bénéfice de la pompe pour les malades diabétiques de type 2
insulinorequérants manque encore de forte évidence scientifique.
Cependant, des travaux récents ont montré une efficacité similaire
à celle des multi-injections dans cette population avec aucune
prise de poids supplémentaire, mais une amélioration de la qualité
de vie [10]. Des études cliniques complémentaires sont attendues
pour mieux documenter ces bénéfices, notamment chez les sujets
obèses qui restent mal contrôlés malgré des doses d’insuline
massives.
Développements attendus du traitement par pompe dans le futur
proche
Les deux facteurs limitants principaux du recours à la pompe sont
la mauvaise acceptation des dispositifs actuels comme détaillé plus
haut, et le contrôle glycémique encore imparfait obtenu par la
pompe chez un nombre significatif de malades.
Les résultats insuffisants sous pompe peuvent être dus à
l’information limitée donnée par l’autosurveillance glycémique sur
les variations glycémiques [11]. On peut penser qu’une surveillance
glycémique en continu et en temps réel assurée par un capteur de
glucose pourrait procurer des données utiles pour mieux adapter
l’administration d’insuline selon les besoins réels en insuline.
Des alertes de tendance hypoglycémique permettraient en particulier
une réduction plus précoce du débit de perfusion et pourraient
réduire le risque d’hypoglycémies sévères. En outre, la mise en
évidence de pics hyperglycémiques devrait induire des actions
correctives immédiates et entraîner un meilleur contrôle du
diabète. La disponibilité croissante de capteurs de glucose
capables de fournir des données quasiment en temps réel avec une
exactitude acceptable devrait rendre faisable cette approche
innovante du traitement par pompe [11]. Des premiers essais sont en
cours avec un capteur de glucose transmettant directement à la
pompe une estimation continue de la glycémie. En utilisant ce
système intégré, des premiers essais de fonctionnement en boucle
fermée par la mise en jeu d’algorithmes liant les données du
capteur à la perfusion d’insuline ont même été tentés.
Un autre développement prometteur de la pompe à insuline est
l’évolution vers des dispositifs de perfusion préremplis
miniaturisés sans cathéter. L’insuline diffuserait alors depuis le
réservoir à travers la peau par ponction transcutanée. Une fois
démontrées comme sûres et efficaces, de telles
« patch-pompes » pourraient favoriser l’acceptation de la
perfusion continue sous-cutanée d’insuline.
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