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PAF-acetylhydrolase: a marker of cardiovascular risk?


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 17, Number 2, 109-15, Février 2005, Mini-revue


Résumé   Summary  

Author(s) : Ewa Ninio , INSERM, U525 « Génétique épidémiologique et moléculaire des pathologies cardiovasculaires », Université Pierre et Marie Curie, Faculté de médecine Pitié-Salpêtrière, 91 b d de l’hôpital, 75634 Paris Cedex 13.

Summary : PAF-AH, also known as lipoprotein-Phospholipase A 2 (Lp-PLA 2) or LDL-PLA 2, mainly associated with LDL (70-80 %) and to a lesser extent with HDL, degrades PAF by hydrolyzing its acetate moiety in the sn-2 position of glycerol, and thus inhibits its pro-inflammatory activity. PAF-AH is a Ca 2+-independent PLA 2 belonging to group VII of PLA 2 enzymes, which also degrades short-chain sn-2-analogues of phosphatidylcholine generated upon oxidation of LDL, and for this reason it might have a key role in atherosclerosis. Mature macrophages and platelets synthesize and excrete this enzyme \; a myeloid origin of PAF-AH was subsequently confirmed. Although, the overexpression of PAF-acetylhydrolase shows marked anti-atherogenic properties in animal models, the epidemiologic data in a Caucasian population demonstrate that it may be a risk factor for cardiovascular disease. Recent genetic studies showed however, that the V 379 allele of this gene, responsible for the slightly higher enzymatic activity, exerts a protective effect, probably by modifying the enzyme function towards a less atherogenic form. Another important question is the exact role of PAF-AH in atherogenesis, as PAF-AH may possess a dual pro- and anti-inflammatory role, depending on the concentration and the availability of potential substrates. However, it may also turn out that PAF-AH has no particular physiological function but is a good marker of undergoing atherosclerosis.

Keywords : PAF-acétylhydrolase, cardiovascular risk

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ARTICLE

Auteur(s) :, Ewa Ninio*

INSERM, U525 « Génétique épidémiologique et moléculaire des pathologies cardiovasculaires », Université Pierre et Marie Curie, Faculté de médecine Pitié-Salpêtrière, 91 bd de l’hôpital, 75634 Paris Cedex 13

Le concept de l’athérosclérose comme maladie inflammatoire date des années 1990 [1], moment où l’on a découvert que les cellules de l’inflammation et les lipoprotéines oxydées étaient impliquées dans la genèse des stries lipidiques qui évoluent en plaque d’athérome ( (figure 1) ).Les lipoprotéines plasmatiques véhiculent une enzyme potentiellement anti-inflammatoire, la PAF-acétylhydrolase (PAF-AH), connue aussi sous le nom de lipoprotéine-phospholipase A2 (Lp-PLA2) ou bien de LDL-PLA2[2] ; pour des raisons historiques, nous utiliserons son nom d’origine, la PAF-AH, tout au long de cette revue ( (figure 1) ). La PAF-AH, associée majoritairement aux LDL (70-80 %) et aux HDL [3, 4], dégrade le PAF en hydrolysant le groupement acétate en position sn-2 du glycérol, et inhibe par conséquent les effets pro-inflammatoires de ce composé [5, 6]( (figure 2 )A). Cette enzyme, Ca2+-indépendante, appartenant au groupe 7 des PLA2, dégrade également certains analogues de la phosphatidylcholine générés au cours de l’oxydation des LDL, notamment ceux à courte chaîne oxydée (maximum 9 carbones) en position sn-2 du squelette glycérol [7, 8]( (figure 2 )B). Par ailleurs, l’oxydation ou le stress oxydant inhibent fortement la PAF-AH [9] ce qui conduit à formation de PAF dans les particules de LDL [10]. Les cellules sanguines, dont les macrophages et les plaquettes, synthétisent cette enzyme et la sécrètent dans le milieu extra-cellulaire [11-13] ; son origine exclusivement myéloïde a été démontrée plus récemment en analysant des individus transplantés avec la moelle des sujets portant la mutation non-sens (Val279Phe), conduisant à la perte de la PAF-AH circulante [14], et qui à leur tour sont devenus déficients [15]. En 1995, une équipe américaine a cloné l’ADNc de la PAF-AH des macrophages humains et a clairement montré l’effet anti-inflammatoire de cette enzyme [16]. Nous avons récemment démontré que la PAF-AH produite par les macrophages est fortement glycosylée et que cette propriété détermine sa faible liaison avec les HDL [17]. Chez l’homme, la PAF-AH liée aux HDL est la seule enzyme dont l’activité anti-inflammatoire a été démontrée de façon convaincante en utilisant encore une fois le plasma des sujets portant la mutation non-sens (Val279Phe), mais présentant une activité normale de la paraoxonase [18].La PAF-AH plasmatique liée aux HDL augmente de manière significative chez les souris transfectées avec un vecteur adénoviral contenant l’ADNc pour l’apoAI humaine [19], le transporteur majoritaire de la PAF-AH chez la souris. Ces souris sont en effet efficacement protégées contre la formation de néointima (resténose) après une désendothélialisation par angioplastie [20]. Par la suite, nous avons démontré que le domaine Arg123-Tyr166 est essentiel pour protéger la carotide contre la formation de la néointima dans ce modèle de resténose, résultat à rapprocher de la très forte diminution de l’activité de la PAF-AH, observée chez les souris chimères chez lesquelles le domaine Arg123-Tyr166 est remplacé par un fragment de l’apo AII [21]. La question s’est ensuite posée de savoir si la PAF-AH circulante pourrait exercer un rôle protecteur contre la resténose et peut-être aussi contre la formation de la plaque d’athérome. Le choix s’est focalisé sur le transfert du cDNA de la PAF-AH chez les souris en construisant le plasmide navette contenant l’ADNc de la PAF-AH, permettant la génération de l’adénovirus recombinant, lequel a été inoculé chez les souris C57Bl6 apo E-/-, sujettes à l’athérosclérose. L’activité de la PAF-AH plasmatique due à la surexpression du cDNA est fortement augmentée, ce qui a permis de tester l’hypothèse que chez ces souris, la PAF-AH s’opposerait aux effets délétères des β-VLDL. Les β-VLDL produites massivement chez les souris C57Bl6 apo E-/- s’oxydent rapidement, et des analogues du PAF apparaissent parmi les produits d’oxydation. Ces derniers contribuent au routage des monocytes/macrophages, par l’intermédiaire du récepteur au PAF, vers la paroi artérielle ( (figure 1) ). Dans ce modèle, nous avons démontré que la surexpression de la PAF-AH :
  • diminue de 2,5 fois le routage aortique des macrophages [22],
  • empêche la formation de la néointima après la dénudation de l’endothélium de l’artère carotide gauche,
  • diminue l’athérosclérose spontanée des racines aortiques chez les souris mâles [23].
Dernièrement, nos études de surexpression adénovirale de la PAF-AH chez la souris apo E-/- ont été confirmées par Hase et al. [24] en induisant une surexpression du cDNA codant pour la PAF-AH par électroporation dans le muscle squelettique de la souris, ce qui a conduit à une augmentation du taux de la PAF-AH circulante et une diminution de l’épaississement de la paroi aortique, donc à diminution de l’athérosclérose. Plus récemment encore, il a été montré qu’une surexpression adénovirale massive de la PAF-AH (76 à 140 fois le taux plasmatique normal) a protégé les lipoprotéines des souris contre l’oxydation et l’accumulation des anticorps anti-LDL oxydées [25]. De plus, la formation des cellules spumeuses in vitro était inhibée du fait de l’augmentation de l’efflux du cholestérol [25]. Des résultats similaires ont été obtenus chez le lapin Watanabe [26].L’arrivée des études épidémiologiques et génétiques a compliqué notre perception du rôle de la PAF-AH dans l’athérosclérose chez l’homme. Tout d’abord la découverte de la mutation non-sens (Val279Phe), conduisant à la perte de la PAF-AH circulante, présente à l’état homozygote chez 4 % de la population japonaise [14], a confirmé le rôle protecteur de cette enzyme contre les maladies cardiovasculaires ; notamment, son absence plasmatique chez les porteurs de la mutation est un facteur de risque pour les maladies coronariennes [27] et pour la survenue de l’infarctus cérébral [28]. Ce knock out naturel est très peu répandu en dehors de l’archipel japonais, mais il ne compromet pas la vie de ses porteurs. En revanche, dans la population caucasienne, le rôle de la PAF-AH est plus complexe et plus controversé. La première étude épidémiologique européenne West of Scotland Coronary Prevention Study Group (WOSCOP) a montré que le taux de la PAF-AH circulante était un facteur indépendant pour prédire le risque cardiovasculaire chez l’homme d’un âge moyen avec un taux élevé du cholestérol plasmatique [29]. Une étude américaine, Women’s Health Study (WHS), a ensuite montré que cette association était beaucoup moins forte chez les femmes en bonne santé, concluant que la PAF-AH n’était pas un bon facteur de prédiction chez la femme [30]. Une autre étude récente, Atherosclerosis Risk In Communities Study (ARIC), sur environ 13 000 hommes et femmes sains, a montré que le taux de la PAF-AH circulante n’était pas associé avec le risque de maladies coronariennes, sauf pour les sujets ayant un taux bas de LDL-cholestérol (< 130 mg/mL) [31]. Dans ce cas, les mesures simultanées de la PAF-AH et du CRP plasmatiques devenaient complémentaires pour identifier les sujets à risque [31].Chez les sujets dyslipidémiques, l’atorvastatine diminuent le taux de la PAF-AH contenue dans les LDL [32] ; le phénofibrate a une action similaire sur le LDL, mais en plus il augmente ce taux dans les HDL, c’est qui est probablement bénéfique pour les patients [33]. Chez les sujets diabétiques de type 2, le traitement avec la fluvastatine-slow release a montré une diminution de la PAF-AH liée aux LDL denses, par rapport aux patients sous placebo [34]. Il est à noter que la majorité de la PAF-AH est liée aux LDL ; la diminution de son transporteur par traitement médicamenteux devrait donc influencer son taux plasmatique.Les études sur la variabilité génétique permettent parfois d’apprécier la participation d’un facteur dans une pathologie, car le gène, contrairement au phénotype, n’est pas modifié par la maladie elle-même. Nous avons étudié l’expression et la variabilité du gène de la PAF-AH au cours de l’évolution de maladies cardiovasculaires chez l’homme dans la cohorte AtheroGene. L’activité de la PAF-AH est corrélée avec le syndrome aigu coronarien, mais pratiquement pas avec les cytokines, les molécules d’adhésion solubles et autres facteurs inflammatoires [35]. Nous avons complété le criblage des polymorphismes des gènes du système PAF, qui inclut pour l’instant deux gènes, la PAF-AH et le récepteur du PAF. L’intérêt du récepteur du PAF vient du fait qu’il reconnaît non seulement le PAF mais aussi certains de ses analogues produits au cours de l’oxydation des LDL (résultats non publiés de notre laboratoire). Nous avons criblé son gène dans une population caucasienne et démontré qu’il ne porte pas de polymorphismes dans sa partie codante et que les rares polymorphismes observés dans les parties non-transcrites ne sont pas associés aux maladies cardiovasculaires [36]. La situation est différente pour la PAF-AH, dont 3 variants fonctionnels affectent l’activité enzymatique [37], et nous venons de trouver 4 polymorphismes nouveaux situés dans sa partie promotrice [36]. Les génotypages et l’analyse de liaison ont montré que seulement 2 variants de la PAF-AH : le R292H et le A379V – déjà connus comme fonctionnels dans un test in vitro [37] – étaient associés avec les maladies coronariennes ; l’activité de l’enzyme était significativement augmentée pour les homozygotes V379 par rapport aux homozygotes A379[36]. Des plus, le variant A379 était associé avec le risque futur d’une maladie coronarienne dans l’étude prospective. Nous avons effectué une analyse haplotypique qui a montré que le variant V379 était protecteur contre les maladies cardiovasculaires de manière indépendante des autres génotypes [36]. Une étude indépendante de la nôtre a aussi montré que le variant V379 protège contre le risque d’infarctus du myocarde [38]. La faible augmentation de l’activité de la PAF-AH plasmatique mesurée empiriquement chez les porteurs de l’allèle V379 ne peut pas expliquer la protection de ce génotype contre les maladies cardiovasculaires [36]. Une explication possible serait que ce polymorphisme modifie l’enzyme vers une forme moins athérogène, par exemple, qu’il change son affinité pour les substrats potentiels.À l’heure actuelle il est donc très difficile de définir le rôle exact de la PAF-AH dans l’athérosclérose. Elle pourrait avoir une fonction anti- et pro-inflammatoire selon sa concentration et la présence de ses substrats potentiels. Il se pourrait aussi que sa fonction soit neutre, mais qu’elle soit un bon marqueur du risque ou de l’évolution de la maladie cardiovasculaire.

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