ARTICLE
Auteur(s) : Alain Zourdani, Agnès Glacet-Bernard, Gabriel
Coscas, Gisèle Soubrane
Clinique ophtalmologique universitaire de Créteil, Créteil,
France
Les deux barrières qui protègent la rétine de la diffusion des
grosses molécules sont l'épithélium pigmentaire et l'endothélium
vasculaire rétinien.
L'endothélium des vaisseaux rétiniens est étanche grâce à ses
zonulae occludens, mais au cours des maladies vasculaires il peut
être altéré. Suivant les cas, il peut se produire une rupture de la
barrière hémato-rétinienne à l'origine d'une diffusion des éléments
plasmatiques et d'un œdème diffus ou localisé de la rétine, des
hémorragies, des exsudats et le développement de néovaisseaux en
bordure des territoires rétiniens ischémiques.
Les rétinopathies vasculaires en dehors du diabète doivent être
séparées en deux groupes : les anomalies et malformations
congénitales et les rétinopathies vasculaires acquises.
Anomalies et malformations congénitales
Ces maladies vasculaires rétiniennes sont apparemment
primitives, donc sans relation avec une maladie générale comme une
hypertension artérielle, un diabète ou une occlusion de la carotide
interne. Ces affections ont un retentissement variable sur la
vision.
Anomalies du trajet ou de distribution des vaisseaux
rétiniens
L'origine et la fréquence de ces variantes physiologiques sont
inconnues. Elles sont le plus souvent découvertes lors d'un examen
systématique.
Elles consistent en un trajet anormal, ou une anomalie de
distribution : trifurcation vasculaire au lieu d'une
bifurcation habituelle, drainage d'une partie du fond d'œil par un
vaisseau unique (figure
1), etc [1]. Ces anomalies sont asymptomatiques et ne
justifient d'aucun traitement.
Boucles vasculaires péripapillaires
Ce sont des dilatations vasculaires en avant de la papille.
Elles naissent d'une branche artérielle ou veineuse rétinienne ou
d'une artère ciliorétinienne.
L'angiographie à la fluorescéine précise sur les clichés précoces,
l'origine et l'extension de la boucle (figure 2). Il faut
distinguer une boucle vasculaire congénitale d'une boucle
anastomotique péripapillaire observée dans l'occlusion de la veine
centrale de la rétine [2].
Les complications comme les hémorragies intravitréennes sont
exceptionnelles, une vitrectomie peut être alors indiquée.
Syndrome de la tortuosité artérielle dominant
C'est une maladie rare, de transmission autosomique
dominante.
Le fond d'œil met en évidence une tortuosité des artères
rétiniennes alors que les veines rétiniennes sont normales. La
tortuosité est souvent de découverte systématique ou à l'occasion
d'une complication hémorragique (figure 3). La baisse de
vision intervient uniquement si l'hémorragie est située au niveau
maculaire [3].
Anastomoses artérioveineuses congénitales
Il s'agit de communications artérioveineuses anormales, sans
interposition de capillaires ou avec interposition de capillaires
raréfiés et dilatés. Les lésions sont classées en trois groupes
[4] :
1. Anévrisme racémeux (figure 4) : gros
vaisseaux rétinien dilaté et ramifié avec interposition d'un réseau
capillaire anormal.
2. Communication artérioveineuse directe sans
interposition de capillaires (figure 5).
3. Anévrisme cirsoïde (figure 6) : anastomose
multiple de vaisseaux rétiniens de gros calibre. Elles sont
localisées à un quadrant ou généralisées.
Ces affections ne sont accessibles à aucun traitement.
Angiomatose de Von Hippel
Il s'agit d'une phacomatose héréditaire sévère, liée à la
mutation d'un gène situé sur le bras court du chromosome 3, de
transmission autosomale dominante.
L'atteinte peut être oculaire isolée ou multisystémique (maladie
de Von Hippel Lindau)
Le fond d'œil révèle la présence d'une angiomatose blanc rosé ou
rougeâtre située principalement en moyenne périphérie. Les angiomes
sont accompagnés d'une dilatation importante de l'artère
nourricière et de la veine de drainage avec shunt artérioveineux
sans interposition de capillaires (figure 7) [5, 6].
L'examen en angiographie à la fluorescéine de l'ensemble de la
périphérie des deux yeux est indispensable à la recherche de petits
angiomes passés inaperçus à l'examen du fond d'œil.
Les complications possibles sont une exsudation importante et des
décollements de rétine sévères qui apparaissent lors des examens
tardifs.
Le pronostic oculaire dépend essentiellement de la précocité du
diagnostic. La surveillance sera poursuivie de manière attentive et
perpétuelle.
Le pronostic vital peut être mis en jeu par les lésions
viscérales. Leur recherche doit être systématique et répétée, ces
lésions sont : hémangioblastome cérébelleux, hémangioblastome
médullaire, carcinome à cellules claires du rein, kyste
pancréatique ou rénal, phéochromocytome.
Le traitement par photocoagulation au laser des lésions
périphériques qui mesurent moins d'un diamètre papillaire est
indiqué. Lorsque les lésions mesurent plus d'un diamètre
papillaire, un complément de traitement par cryothérapie externe
est recommandé.
Les formes sévères compliquées de décollement de rétine exsudatif
ou rhegmatogène nécessitent un traitement chirurgical [5].
Les angiomes exophytiques juxtapapillaires ne peuvent pas être
photocoagulés ou cryothérapés. Une radiothérapie externe ou une
photothérapie dynamique est parfois proposée.
La précocité du traitement est le facteur pronostique le plus
important, car plus les angiomes sont petits, plus leur traitement
est facile.
Hémangiome caverneux rétinien
C'est un hamartome de la rétine ou du nerf optique, rare,
habituellement asymptomatique, isolé ou associé à des hémangiomes
cutanés ou cérébraux.
Il est découvert lors d'un examen systématique du fond d'œil, plus
rarement au cours de l'exploration d'une amblyopie, ou après
résorption d'une hémorragie intravitréenne.
Au fond d'œil, la tumeur est superficielle, sous forme d'un amas
de dilatations sacculaires, de couleur rouge sombre, donnant un
aspect en grappe de raisin caractéristique avec parfois des petites
hémorragies à sa surface mais sans exsudation (figure 8). L'angiographie à
la fluorescéine montre un remplissage vasculaire retardé et
incomplet de la tumeur [7].
Le pronostic est habituellement bon, mais une complication à type
de baisse de l'acuité visuelle secondaire à une membrane
épirétinienne ou à une hémorragie intravitréenne peut survenir.
La recherche d'une atteinte extraoculaire doit être
systématique : hémangiomes cutanés, hémangiomes cérébelleux ou
cérébraux responsables de crises convulsives ou d'hémorragies
intracérébrales.
Le traitement n'est destiné qu'aux complications comme les
hémorragies intravitréennes, par la photocoagulation des
dilatations vasculaires au laser à argon vert. La vitrectomie est
exceptionnelle.
Maladie de Coats
Le syndrome de Coats ou télangiectasies rétiniennes primitives
ou anévrismes miliaires de Leber ou maladie de Leber Coats est une
affection congénitale non héréditaire, non familiale, survenant
typiquement chez le garçon, dans plus de 90 % des cas, de
façon unilatérale stricte.
Les formes du nourrisson sont sévères. Elles sont recherchées
habituellement devant la présence d'une leucocorie.
L'examen sous anesthésie générale trouve des exsudats lipidiques
diffus associés à des anomalies vasculaires du lit rétinien :
dilatation vasculaire, hémorragies ponctiformes, ectasies
localisées. Ces formes exsudatives peuvent se compliquer d'un
décollement de rétine total.
Chez l'enfant plus âgé ou à l'adolescence, l'affection est
découverte devant une baisse d'acuité visuelle unilatérale.
L'examen du fond d'œil montre des exsudats rétiniens centrés par
des anomalies microvasculaires (figure 9) : ectasies
et microanévrismes, qui peuvent siéger également au niveau de la
paroi des gros vaisseaux, artères ou veines [8-9].
L'angiographie à la fluorescéine met également en évidence un lit
capillaire à la fois dilaté et raréfié et qui constitue le signe
essentiel en périphérie.
Le diagnostic différentiel se fait avec les télangiectasies
maculaires idiopathiques, des ectasies capillaires secondaires à
des occlusions de branches veineuses, à la rétinopathie diabétique
ou à la rétinopathie d'irradiation.
Les anévrismes miliaires de Leber présentent une extension limitée
des télangiectasies, situées à la partie temporale de la macula
s'étendant plus ou moins loin vers la périphérie temporale. Des
exsudats sont associés ainsi qu'un œdème maculaire cystoïde.
Le syndrome de Coats est associé à de nombreuses affections :
dystrophie faciale scapulohumérale et surdité, syndrome d'Alport,
rétinopathie pigmentaire.
La photocoagulation au laser est le traitement classique et
habituel (effectué sous anesthésie générale chez le nourrisson).
Les sites de photocoagulation sont les ectasies elles-mêmes et la
rétine avoisinante. Le traitement de l'œdème maculaire cystoïde ne
doit être envisagé qu'après photocoagulation des anomalies
microvasculaires qui lui ont donné naissance.
Les formes les plus exsudatives ou les plus résistantes peuvent
bénéficier d'une cryothérapie associée.
Télangiectasies maculaires idiopathiques
Les télangiectasie maculaires idiopathiques ou maladie de Reese
correspondent à des dilatations des capillaires rétiniens
juxtafovéolaires. Elles sont uni ou bilatérales, strictement
limitées à la région maculaire, sans aucune atteinte capillaire
périphérique associée.
Les télangiectasies rétiniennes visibles et exsudatives, sont
habituellement trouvées chez les hommes, d'âge jeune (entre 35 et
40 ans), unilatérales (90 % des cas).
L'examen retrouve une baisse d'acuité visuelle, en rapport avec un
œdème maculaire diffus ou cystoïde ou à l'accumulation d'exsudats
lipidiques centraux. Des dilatations capillaires peuvent être
observées, le plus souvent dans la région temporomaculaire
[10].
L'angiographie à la fluorescéine montre un remplissage rapide des
dilatations capillaires (figure 10) et une diffusion
modérée du colorant avec une imprégnation progressive du tissu
rétinien de voisinage.
Les télangiectasies rétiniennes idiopathiques non exsudatives,
occultes sont retrouvées chez des personnes d'âge plus avancé, sans
prédominance de sexe, de manière bilatérale.
Les télangiectasies sont difficilement visibles à l'examen du fond
d'œil et nécessitent une angiographie à la fluorescéine pour leur
détection. Les exsudats lipidiques sont souvent absents Dans les
formes sévères, responsables d'une baisse de l'acuité visuelle, une
néovascularisation choroïdienne ou une atrophie focale des
photorécepteurs est parfois associée aux télangiectasies.
Bien qu'exceptionnelle, l'association des télangiectasies à une
raréfaction des capillaires périmaculaires et une ischémie
rétinienne a été constatée.
Le diagnostic différentiel des télangiectasies maculaires
idiopathiques se fait principalement avec une rétinopathie
d'irradiation, mais aussi avec une occlusion de branche veineuse
maculaire rétinienne, ou parfois une rétinopathie diabétique.
Le traitement par photocoagulation au laser est réservé aux formes
les plus exsudatives (figure 11), mais expose au
risque de survenue de néovaisseaux. Le traitement par photothérapie
dynamique, à l'inverse pourrait jouer un rôle bénéfique.
Anomalies et malformations acquises
Occlusions artérielles
Occlusion de l'artère centrale de la rétine
L'occlusion de l'artère centrale de la rétine est une maladie
rare (0,01 %). Elle concerne habituellement l'adulte de plus
de 60 ans, avec une prédominance masculine.
Les étiologies sont très variés mais dominées par
l'artériosclérose :
– les affections emboligènes (artériosclérose carotidienne,
valvulopathies cardiaques, rhumatismales ou secondaires à un
prolapsus de la valve mitrale, infarctus du myocarde, myxome
cardiaque, endocardite, emboles lipidiques, toxicomanie
intraveineuse, pathologie iatrogène, lymphographie, injection de
corticoïdes dans le cou (ou par voie rétrobulbaire) ;
– les coagulopathies (drépanocytose, contraception orale,
anomalies plaquettaires, grossesse) ;
– les maladies de système (lupus érythémateux systémique,
périartérite noueuse, maladie de Horton) ;
– anomalies oculaires (boucles artérielles prépapillaires, drusen
de la tête du nerf optique, compressions directes du globe
post-traumatiques) ;
– autres : migraine, hypotension artérielle.
L'interrogatoire peut trouver la notion de perte de vision brutale
transitoire, de type amaurose fugace, précédant l'épisode
d'occlusion artérielle définitive.
L'examen révèle une baisse de vision, brutale, limitée souvent à
la perception lumineuse (parfois absente). La pupille est en
mydriase aréflexique.
L'examen du fond d'œil montre l'aspect typique d'une rétine
d'aspect blanc, ischémique contrastant avec l'aspect rouge cerise
de la macula. Des emboles peuvent être observés dans environ
20 % des cas sous la forme d'une lésion jaunâtre située dans
une lumière vasculaire.
L'angiographie à la fluorescéine montre un retard circulatoire du
temps artérioveineux sans retard vasculaire choroïdien (figure 12). La présence
d'un retard circulatoire choroïdien oriente vers une sténose
carotidienne.
Le pronostic est sévère, l'évolution se fait vers l'atrophie
optique définitive. Le pronostic vital est mauvais avec un taux de
mortalité de 56 % à 9 ans d'évolution contre 27 %
dans la population générale à cet âge, ou présentant les mêmes
facteurs de risque.
Le risque de survenue d'une néovascularisation postérieure est
très rare [11], mais une néovascularisation du segment antérieur
qui entraîne un glaucome néovasculaire n'est pas exceptionnelle (10
à 15 % des cas) imposant une surveillance prolongée.
Une hypertension artérielle est présente dans deux tiers des cas.
L'artériosclérose carotidienne serait responsable de 45 % des
cas d'occlusions de l'artère centrale de la rétine, une maladie
valvulaire (surtout chez les adultes jeunes) dans 25 % des
cas.
La survenue d'une occlusion de l'artère centrale de la rétine
impose un bilan systémique complet. La prescription
d'anticoagulants en attendant les résultats du bilan semble
logique, dans le but d'éviter une bilatéralisation
(exceptionnelle), ou la survenue d'un accident vasculaire cérébral.
Les autres traitements comprennent : ponction de chambre
antérieure et/ou injection intraveineuse d'acétazolamide (formes
précoces, avant 2 h), massages oculaires, injection systémique
ou rétrobulbaire de vasodilatateurs ou fibrinolytiques.
Occlusions de branches artérielles
Elles sont moins fréquentes que les occlusions de l'artère
centrale, elles concernent dans la majorité des cas les vaisseaux
temporaux.
Les étiologies des occlusions de branche sont similaires à celle
des occlusions de l'artère centrale de la rétine.
Selon le territoire occlus, une baisse de vision peut être
constatée, associée à un scotome intéressant une portion du champ
visuel. L'examen du fond d'œil montre une rétine blanche dans le
territoire ischémié et en angiographie à la fluorescéine, on
observe un arrêt circulatoire de l'artère à la limite du territoire
ischémié (figure
13).
Une photocoagulation du territoire ischémique est proposée en cas
d'apparition de néovaisseaux prérétiniens [13].
Occlusion de l'artère ciliorétinienne
La présence d'une artère ciliorétinienne à la partie temporale
de la rétine est observée dans 15 % des cas environ. Celle-ci
se remplit de façon concomitante à la circulation choroïdienne en
angiographie à la fluorescéine. Ces artères desservent
habituellement une partie de la macula.
Les occlusions de l'artère ciliorétinienne peuvent être isolées,
ou associées à une occlusion de la veine centrale de la rétine [12]
ou à une neuropathie optique ischémique antérieure aiguë.
La baisse de l'acuité visuelle est variable, parfois sévère.
L'examen du fond d'œil montre un territoire blanchâtre, souvent
linéaire centré par l'artère qui apparaît blanchâtre et
déshabitée.
L'angiographie à la fluorescéine montre un retard de remplissage
de l'artère ciliorétinienne (figure 14),
d'identification parfois difficile.
Le pronostic des formes isolées est favorable, 90 % des
occlusions des artères ciliorétiniennes retrouvent une acuité
visuelle de 5/10 ou plus.
Le pronostic des formes associées dépend de l'importance et de la
sévérité de l'occlusion de la veine. Les formes associées aux
neuropathies optiques ont un pronostic défavorable.
Occlusion de l'artère ophtalmique
Les causes de l'occlusion sont similaires aux étiologies des
occlusions de l'artère centrale de la rétine. L'occlusion de
l'artère ophtalmique entraîne une occlusion choroïdienne et
rétinienne.
L'occlusion entraîne une baisse de l'acuité visuelle profonde et
sévère, sans perception lumineuse. L'examen du fond d'œil montre un
aspect œdémateux blanchâtre de l'ensemble de la rétine, et une
macula rouge cerise dans lamoitié des cas. L'angiographie à la
fluorescéine (figure
15) montre un retard circulatoire choroïdien et rétinien
[14].
L'électrorétinogramme peut contribuer au diagnostic en montrant
une absence ou une diminution de l'onde a et de l'onde b.
Le pronostic fonctionnel est extrêmement sévère avec une évolution
habituelle vers l'atrophie optique.
Occlusions veineuses rétiniennes
Introduction
Le tableau clinique d'occlusion veineuse rétinienne est la
conséquence d'un ralentissement circulatoire brutal dans le
compartiment veineux. Ses mécanismes de survenue ne sont pas
complètement élucidés et sont probablement multifactoriels comme
les anomalies de la viscosité sanguine, de la coagulation, de la
dynamique circulatoire, et des altérations pariétales.
Devant une occlusion veineuse rétinienne récente, dont le
diagnostic est en règle aisé à l'examen clinique (dilatations et
tortuosités veineuses, œdème rétino-papillaire, microanévrismes,
hémorragies) (figure
16) et confirmé par l'angiographie à la fluorescéine, il
est nécessaire de faire rapidement le point des facteurs
étiologiques parfois intriqués et d'envisager en semi urgence les
possibilités du traitement médical. Le traitement par
photocoagulation au laser n'intervient en règle que dans un
deuxième temps, pour prévenir ou traiter les complications de
l'occlusion.
Bilan des occlusions veineuses rétiniennes
Les occlusions veineuses rétiniennes surviennent le plus souvent
chez des sujets d'âge mûr. Dans ce cas le bilan étiologique doit se
limiter à la recherche des facteurs de risque de
l'artériosclérose.
À l'inverse, les occlusions veineuses rétiniennes du sujet jeune,
sans antécédents particuliers ou en cas d'atteinte bilatérale
doivent bénéficier d'un bilan plus complet de la coagulation,
rhéologique, immunologique et cardiovasculaire.
– Sujet âgé. Dans la grande majorité des cas
(75 %) les occlusions veineuses rétiniennes surviennent chez
des sujets d'âge supérieur à 60 ans, atteints d'affection
cardiovasculaire ou ayant un ou plusieurs facteurs de risque de
l'artériosclérose : hypertension artérielle, diabète,
dyslipoprotéinurie, tabagisme. Chez ces patients, le bilan doit
rechercher principalement des facteurs de risque de
l'artériosclérose [15]. Après un interrogatoire minutieux, le
patient sera adressé à un médecin généraliste afin de chercher une
hypertension artérielle ou une anomalie cardiovasculaire, de les
traiter et en évaluer les conséquences
L'électrocardiogramme, le doppler carotidien et l'échocardiogramme
sont demandés en fonction du résultat de l'examen clinique.
Un bilan biologique comprend principalement la numération de la
formule sanguine avec numération des plaquettes, fibrinogène, bilan
lipidique et glucidique ainsi que l'évaluation de la fonction
rénale (calcul de la clearance de la créatinine).
La recherche d'un glaucome chronique sous-jacent doit être faite
avec soins car il représente un facteur de risque important des
occlusions veineuses rétiniennes. Il est trouvé dans environ un
tiers des cas [15, 16]. Il doit être particulièrement recherché au
niveau de l'œil adelphe : mesure du tonus oculaire avant
dilatation pupillaire, recherche d'une excavation papillaire. En
effet, au niveau de l'œil atteint d'occlusions veineuses
rétiniennes, le tonus oculaire est abaissé du fait de l'occlusion,
et l'œdème papillaire peut masquer une excavation préexistante.
Dans les cas « limites », le relevé du champ visuel peut
apporter des informations décisives.
– Sujet jeune ou sans facteurs de risque, et formes
bilatérales. Un bilan étiologique plus complet est réalisé
chez les sujets jeunes qui ne présentent apparemment aucun facteur
de risque vasculaire, ou en cas de formes bilatérales, à la
recherche de causes plus ou moins rares d'occlusion veineuse
rétinienne.
Les examens biologiques recherchent des facteurs de risque
vasculaires classiques ; dosage de cholestérol, triglycérides,
HDL cholestérol, LDL cholestérol, apoprotéines A et B, glycémie à
jeun, et uricémie [17].
L'interrogatoire cherche la notion de tabagisme en précisant son
intensité et son ancienneté et la prise de traitement hormonal à
visée contraceptive qui devra être interrompu [18]. Le traitement
hormonal substitutif de la ménopause, au contraire, semble avoir un
effet protecteur, mais les doses et les voies d'administration
doivent être évaluées.
Certaines maladies cardiovasculaires peuvent favoriser les
occlusions veineuses rétiniennes par les modifications
hémodynamiques qu'elles engendrent, principalement le
ralentissement du débit circulatoire (arythmie complète par
fibrillation auriculaire, bradycardie, bloc de branche...). Des
valvulopathies (comprenant la maladie de Barlow réputée bénigne)
ont été également décrites comme associées à un risque accru
d'accident vasculaire occlusif rétinien, probablement par le biais
d'altérations plaquettaires [19].
Plus rarement, la recherche d'un état d'hypercoagulabilité
sanguine, sera faite par la mesure du taux de prothrombine, temps
de céphaline activée, facteur VII coagulant, fonction plaquettaire,
temps de saignement, activité des protéines inhibitrices de la
coagulation (protéines C, protéine S, antithrombine III),
résistance à la protéine C activée à la recherche du facteur de
Leiden (mutation du gène situé sur le chromosome 5), recherche
d'anticoagulant circulant ou d'anticorps anticardiolipine dans le
cadre du syndrome des antiphospholipides, dosage de la lipoprotéine
(a) qui pourrait diminuer la fibrinolyse, dosage de
l'homocystéïne.
La recherche d'un état d'hyperviscosité met en évidence des
anomalies beaucoup plus fréquentes, dans la moitié des cas environ.
On pourra rechercher une élévation de la viscosité sanguine et
plasmatique, le taux d'hématocrite, les concentrations plasmatiques
de fibrinogène, des protides. L'agrégation érythrocytaire qui
permet d'obtenir des paramètres de l'affinité avec laquelle les
globules rouges forment des agrégats (comme l'index d'agrégation à
10 s) et des paramètres témoignant de la facilité avec
laquelle les agrégats ont tendance à se dissocier (comme le seuil
de dissociation partielle) semble être un élément important dans la
pathogénie des occlusions veineuses rétiniennes, mais
malheureusement est actuellement difficile à obtenir en
laboratoire.
D'autres étiologies plus rares peuvent être incriminées dans
l'occlusion veineuse rétinienne, leur diagnostic se fera
essentiellement sur le contexte clinique. On pourra retrouver des
maladies comme le Sida, la sarcoïdose, la maladie de Behcet, la
maladie de Crohn, les collagénoses, les drusen de la papille, la
maladie de Basedow, la maladie de Wegener...
Une occlusion veineuse rétinienne a aussi été constatée lors de
certaines manifestations comme la mucoviscidose, un méningiome, la
migraine, le stress, la déshydratation, le jeûne, le séjour en
haute altitude (supérieure à 5 000 mètres).
Parfois on pourra suspecter une malformation anatomique de la
veine centrale en arrière de la lame criblée avec un trajet par
exemple anormalement sinueux.
Le bilan peut rester négatif, l'accident veineux rétinien pourrait
être considéré comme un accident inaugural de la maladie vasculaire
dont les autres manifestations apparaîtraient plus tard dans la
vie.
Modalités thérapeutiques
– Le traitement médical. Les occlusions veineuses vues
précocement doivent être considérées comme des urgences
thérapeutiques. Le traitement médical a plusieurs buts :
traiter et corriger les facteurs de risque, améliorer les
conditions circulatoires, lutter si possible contre l'obstacle
veineux, et traiter spécifiquement certains symptômes. Il doit être
établi en urgence.
– Le traitement du terrain consiste à traiter une
hypertension artérielle, une hyperlipidémie, un désordre systémique
associé. Ce traitement semble avoir peu d'influence sur l'évolution
de l'occlusion veineuse rétinienne qui est déjà constituée, mais il
peut être bénéfique dans la prévention des rechutes ou d'une
éventuelle bilatéralisation.
– Le traitement d'un glaucome sous jacent est également
fondamental. Un traitement hypotonisant est administré de manière
systématique.
– Le traitement anticoagulant constitue un traitement
approprié lorsqu'il existe des troubles de la coagulation reconnus
(anticoagulant circulant, résistance à la protéine C activée,
déficit en antithrombine III, etc.). Dans ces cas, le traitement
doit être institué après avis hématologique car la conduite
thérapeutique dans ces étiologies n'est pas parfaitement codifiée
pour l'instant. En dehors de ces cas particuliers, l'efficacité du
traitement anticoagulant n'a pas été démontrée, ni à titre curatif,
ni à titre préventif. Ce traitement ne sera pas proposé aux
patients présentant un risque majeur (chirurgie récente, accident
vasculaire cérébral, hypertension maligne) ; il sera également
aussitôt interrompu en cas de néovascularisation, en raison du
risque hémorragique.
– Les traitements antiagrégants plaquettaires sont
d'utilisation aisée, peu contraignants et peu coûteux. Ils n'ont
pas fait la preuve de leur efficacité dans les OVCR au cours
d'études rétrospectives [20] mais peuvent avoir un rôle utile dans
le traitement de l'artériosclérose. Ce traitement est
particulièrement indiqué en cas d'anomalie des fonctions
plaquettaires.
– Les traitements fibrinolytiques ont un rôle rhéologique
car ils diminuent la viscosité sanguine en coupant les ponts de
fibrine. L'utilisation de ces traitements par voie générale
(urokinase, streptokinase, rt-PA) a montré des résultats
intéressants, mais ce traitement n'est pas recommandé car dangereux
du fait du risque hémorragique parfois fatal. L'administration
locale permet d'éviter les complications systémiques des
fibrinolytiques. L'injection intravitréenne est simple, sans
complications ni contre-indication mais ses résultats restent
discutés.
– Les traitements correcteurs rhéologiques sont en général
bien supportés, et de prescription aisée.
• Le traitement par troxérutine joue un rôle dans
l'inhibition de l'agrégation érythrocytaire et plaquettaire, et
dans l'augmentation de la déformabilité érythrocytaire. Ce
traitement a montré des résultats encourageants à l'occasion d'une
étude pilote randomisée [21].
• Le traitement par pentoxifylline pourrait jouer aussi un
rôle dans l'augmentation de la déformabilité érythrocytaire.
• L'hémodilution est également un traitement rhéologique qui
permet d'abaisser de manière radicale et transitoire la viscosité
sanguine, en abaissant le taux d'hématocrite entre 30 et 38 %
selon les protocoles, par soustraction d'une certaine quantité de
sang compensée par la perfusion isovolémique de plasma autologue ou
de substitut plasmatique.
Ce traitement médical est le seul a avoir fait la preuve de son
efficacité dans les occlusions veineuses rétiniennes dans plusieurs
études convergentes menées sur de grandes séries, sur
l'amélioration de l'acuité visuelle à long terme, l'accélération
des temps circulatoires, et sur la prévention de complications
ischémiques [22-26]. Ce traitement est bien supporté, simple et ne
présente pas d'effets secondaires dans le respect de ses
contre-indications (insuffisance coronaire, antécédent récent
d'infarctus du myocarde, trouble de rythme cardiaque, hypertension
artérielle décompensée, insuffisance respiratoire, diabète, anémie,
drépanocytose, un syndrome infectieux, allergie aux substituts
plasmatiques, âge avancé environ supérieur à 70 ans). Il doit
être proposé à toute occlusion veineuse rétinienne le plus
rapidement possible après le début de l'occlusion car la précocité
du traitement est un facteur important du pronostic visuel.
– Le traitement par corticoïdes, par voie locale ou
générale, s'accompagne réellement d'une diminution de l'œdème
maculaire et papillaire et d'une amélioration de l'acuité visuelle,
mais il s'accompagne d'un effet rebond inévitable à l'arrêt du
traitement.
De part les effets vasculaires néfastes de la corticothérapie, ce
traitement n'est pas recommandé chez les personnes âgées. La
corticothérapie par voie générale ou locale peut néanmoins être
administrée chez les sujets jeunes au lit vasculaire sain, d'autant
plus si une étiologie inflammatoire est suspectée.
Surveillance de l'évolution et traitement par photocoagulation
au laser.
Le traitement laser peut être mis en œuvre par la suite dans le
but de traiter (ou de prévenir) certaines complications des
occlusions veineuses rétiniennes. Ce traitement peut parfois être
réalisé « en urgence » devant une aggravation rapide de
l'occlusion qui peut parfois se compliquer de néovascularisation du
segment antérieur à la fin du 1er trimestre d'évolution.
La surveillance clinique et angiographique doit donc être
régulière pour déceler l'extension de l'ischémie rétinienne ou les
premiers signes de la néovascularisation. Pour cela, l'examen
biomicroscopique de l'iris au fort grossissement et en gonioscopie
est indispensable lors de tout examen avant la dilatation
pupillaire.
Les indications du traitement au laser reposent également
principalement sur les résultats de la surveillance angiographique.
L'efficacité de la photocoagulation panrétinienne (PPR) a été
démontrée depuis plus de 20 ans par plusieurs études
randomisées notamment sur la prévention du risque de glaucome
néovasculaire, sur la prévention ou régression de la rubéose
irienne et sur la prévention ou la régression de la
néovascularisation prérétinienne [27].
Les indications de la photocoagulation panrétinienne dans les
occlusions de la veine centrale de la rétine sont : l'ischémie
rétinienne étendue (figure 17), la rubéose
irienne débutante et la néovascularisation prérétinienne, en règle
plus tardive.
En ce qui concerne les occlusions de la veine centrale de la
rétine, l'efficacité de la photocoagulation en « grille »
maculaire pour un œdème maculaire reste discutée. Même si on admet
une amélioration clinique et angiographique, celle-ci n'a fait la
preuve d'un effet statistiquement significatif sur l'acuité
visuelle dans l'étude de la CVOS (central vein occlusion
study) [28].
L'indication de la photocoagulation en « grille »
maculaire pourrait cependant être posée devant un œdème maculaire
cystoïde persistant après plusieurs mois d'évolution, notamment
chez les patients jeunes, avec une acuité visuelle chiffrable à
1/10 et plus, sans ischémie ni hémorragies maculaires et sans
remaniements pigmentaires centraux.
L'efficacité de la photocoagulation en « grille »
maculaire a été bien démontrée dans l'œdème maculaire persistant au
décours d'une occlusion de branche veineuse, et s'accompagne d'une
amélioration significative de l'acuité visuelle [29]. Ses
principales indications sont une vision abaissée à 5/10 ou moins,
la présence d'un œdème maculaire en angiographie (figure 18), la disparition
des hémorragies rétiniennes maculaires.
La chirurgie a pour l'instant une place marginale, essentiellement
dans le traitement de cas rares où le traitement par
photocoagulation au laser ne peut être réalisé du fait d'un trouble
des milieux (hémorragie intravitréenne) ou lorsqu'il se révèle
inefficace devant la rapidité d'évolution de certaines
néovascularisations du segment antérieur.
L'hémorragie intravitréenne compliquant la néovascularisation
prérétinienne ou prépapillaire peut bénéficier d'une vitrectomie
avec endophotocoagulation au laser, ou d'une cryoapplication
lorsque le risque de rétraction massive du vitré est écarté.
Plusieurs solutions chirurgicales, actuellement en cours
d'évaluation, pourraient être proposées dès la phase initiale de
l'occlusion veineuse dans le but de rétablir au mieux le débit
circulatoire dans les vaisseaux rétiniens : par exemple
dissection de la gaine adventicielle commune au niveau du
croisement artérioveineux pathologique dans les occlusions de
branche veineuse, injection de fibrinolytique dans une veine
rétinienne à l'aide d'une microcanule par voie de
vitrectomie...
Occlusions de branches veineuses
L'occlusion survient à l'emplacement d'un croisement
artérioveineux. Du fait d'un adventice commun et de la rigidité des
artères en raison de l'artériosclérose, l'artère comprime de façon
importante la paroi veineuse. Le siège de l'occlusion est dans
60 % des cas au niveau du quadrant supérotemporal.
La branche veineuse obstruée est habituellement dilatée et
tortueuse. L'angiographie à la fluorescéine montre un retard de
perfusion du territoire occlus, elle permet également d'apprécier
la forme de l'occlusion : œdémateuse (dilatations capillaires,
exsudats, œdème rétinien ou œdème cystoïde partiel) ou ischémique
(présence de territoire de non perfusion).
L'évolution spontanée et favorable (5/10e d'acuité
visuelle après un an d'évolution dans 50 à 60 % des cas) peut
être favorisée par le développement de circulation collatérale de
suppléance. Ailleurs, l'œdème maculaire peut devenir chronique et
entraîner des séquelles maculaires (exsudats et altérations
pigmentaires) responsable de baisse de l'acuité visuelle. D'autres
complications comme les membranes épirétiniennes et la fibrose sous
rétinienne sont également possibles.
Le second élément péjoratif est la survenue de territoires
ischémiques qui peuvent s'accompagner de complications
néovasculaires prérétiniennes ou prépapillaires.
Conclusion
Les occlusions veineuses rétiniennes constituent une réelle
menace pour la fonction visuelle et nécessitent une prise en charge
précoce destinée à évaluer les causes de l'occlusion et les
possibilités d'un traitement médical administré très
rapidement.
Seul le traitement rhéologique par hémodilution isovolémique a fait
la preuve de son efficacité sur le pronostic visuel, surtout
lorsqu'il est administré précocement.
Cette prise en charge est en constante évolution et d'autres
possibilités thérapeutiques seront probablement à notre disposition
dans un avenir proche.
Autres anomalies vasculaires rétiniennes en rapport avec
l'artériosclérose
Hypertension artérielle
L'artériosclérose entraîne des modifications des composants
musculaires et élastiques de la paroi des artérioles. Elles sont
particulièrement visibles au niveau des croisements artérioveineux,
entraînant une compression des veinules et aboutit à un
ralentissement et parfois à une interruption de la circulation.
Une tortuosité veineuse peut ainsi être observée. Les autres
éléments de la rétinopathie hypertensive sont les microanévrismes,
les nodules cotonneux, les exsudats, l'œdème rétinien, les
hémorragies [30]. Les formes sévères, bien que rares, peuvent se
compliquer d'ischémie rétinienne (après occlusion des capillaires
rétiniens).
L'hypertension maligne est caractérisée par une nécrose fibrinoïde
secondaire à des occlusions choriocapillaires de la paroi des
artérioles, associé à un œdème papillaire.
En dehors des rétinopathies, l'hypertension artérielle est un
facteur de risque des occlusions veineuses rétiniennes et des
neuropathies optiques ischémiques antérieures aiguës. C'est un
facteur d'aggravation de la rétinopathie diabétique.
Le contrôle de la pression artérielle systémique est le seul
traitement de la rétinopathie hypertensive.
Sténose carotidienne
Il s'agit d'une affection rare qui comporte un risque vital
important, d'environ 40 % sur 5 ans. L'âge de survenue se
situe autour de 65 ans, avec une prédominance masculine.
La baisse d'acuité visuelle est le motif habituel de consultation.
Elle est associée dans 40 % des cas à des douleurs oculaires,
en rapport avec une ischémie du globe oculaire et parfois avec un
glaucome néovasculaire.
L'examen du segment antérieur peut mettre en évidence un œdème
cornéen, une rubéose irienne (signe de mauvais pronostic), une
hypertonie oculaire liée à un glaucome néovasculaire, une
inflammation de chambre antérieure.
L'examen du fond d'œil montre un rétrécissement du calibre
artériel, dilatations des veines rétiniennes, hémorragies,
microanévrismes, néovascularisation prépapillaire ou prérétinienne,
nodules cotonneux, une macula rouge cerise [31].
L'angiographie à la fluorescéine montre un retard circulatoire
avec un allongement du temps bras rétine, une augmentation du temps
artérioveineux, un œdème maculaire, des territoires d'ischémie et
des néovaisseaux.
L'électrorétinogramme montre une diminution ou absence des ondes a
et b.
L'angiographie carotidienne confirme le diagnostic de sténose de
l'artère carotide interne.
Le traitement consiste en une endartériectomie (si les conditions
générales le permettent). La photocoagulation panrétinienne au
laser est indiquée devant une rubéose irienne ou néovaisseaux
prérétiniens ou prépapillaires.
Macroanévrismes artériels
Il s'agit de dilatations arrondies ou fusiformes des artérioles
rétiniennes de premier ou second ordre. Elle survient
habituellement chez l'adulte de plus de 60 ans, avec une
prédominance féminine. C'est une affection en rapport avec
l'artériosclérose.
L'affection est habituellement unilatérale, et le macroanévrisme
unique. Le motif de consultation le plus fréquent est une baisse de
l'acuité visuelle secondaire à un œdème rétinien, une exsudation ou
une hémorragie (intravitréenne, rétrohyaloïdienne, intrarétinienne
ou sous- rétinienne).
L'angiographie à la fluorescéine montre un remplissage dès les
temps précoces de la séquence, au temps artériel, avec diffusion de
colorant aux temps tardifs (figure 19). Des dilatations
de capillaires et des territoires d'ischémie au voisinage sont
parfois associés au macroanévrisme [32].
Le traitement par photocoagulation au laser du macroanévrisme est
parfois indiqué en cas de décollement séreux rétinien et
d'exsudation maculaire bien que le risque d'occlusion soit
important. Le contrôle strict de l'hypertension artérielle est un
temps important du traitement.
Occlusions diverses
Drépanocytose
La drépanocytose est une affection génétique, héréditaire, de
l'hémoglobine caractérisée par une modification de la forme de
l'érythrocyte avec un risque d'obstruction circulatoire. Une ou les
deux chaînes bêta de la globine sont modifiées par une mutation de
l'acide glutamique situé en position 6 de la chaîne des acides
aminés. Lorsque l'acide aminé est remplacé par une valine,
l'hémoglobine est dite S. Lorsque la substitution est effectuée par
une lysine, l'hémoglobine est dite C. On peut distinguer des
patients hétérozygotes SC présentant les deux types de mutation,
des patients homozygotes SS.
Les anomalies systémiques qui peuvent être rencontrées sont :
modifications osseuses et vertébrales, nécrose aseptique de la tête
fémorale, crise drépanocytaire avec douleurs abdominales, dyspnée,
accidents neurologiques cérébraux, infarctus osseux. Ces
manifestations systémiques sont plus fréquentes chez les patients
homozygotes. Elles sont plus rares chez les patients hétérozygotes
AS ou AC, sauf dans les conditions d'hypoxie sévère.
Les patients SC présentent une anémie modérée et de rares crises
drépanocytaires, mais ont cependant les formes oculaires les plus
sévères. L'examen du fond d'œil peut mettre en évidence au niveau
de la rétine périphérique des hémorragies rouge orangé (taches
saumon), des petites lésions réfringentes (taches iridescentes) ou
des mottes pigmentaires périphériques (black sunburst). Une
complication néovasculaire peut survenir sous forme d'éventails
blanchâtres (sea fans) (figure 20). Ces
néovaisseaux sont le plus souvent surélevés et contenus dans du
tissu glial, avec un risque important d'hémorragie intravitréenne
[33].
Habituellement, les rétinopathies drépanocytaire sont de gravité
modérée. En cas de survenue d'une néovascularisation prérétinienne,
la photocoagulation du territoire ischémique adjacent est la règle.
L'indication d'une vitrectomie est rarement posée en cas
d'hémorragie intravitréenne, la résorption spontanée est la règle
en attendant la possibilité d'une photocoagulation des territoires
ischémiques à proximité des néovaisseaux prérétiniens. A l'inverse
les décollements de rétine nécessitent un traitement
chirurgical.
La maladie de Takayasu
Il s'agit d'une artérite inflammatoire avec inflammation
granulomateuse de l'ensemble de la paroi artérielle. L'affection
intéresse les artères de gros calibres, en particulier les branches
de l'aorte (elle est également connue sous le nom de « maladie
des femmes sans pouls »). Des dissections artérielles et des
anévrismes artériels peuvent compliquer l'affection. Cette maladie
atteint les enfants et surtout les jeunes femmes. Elle est
fréquente dans l'Asie du sud-est, et en particulier le Japon.
L'atteinte oculaire est caractérisée par des anastomoses
artérioveineuses autour de la papille et en moyenne périphérie.
L'angiographie à la fluorescéine montre un retard circulatoire
extrêmement important, une dilatation capillaire, des
microanévrismes, des hémorragies. Une ischémie rétinienne, une
néovascularisation, des hémorragies intravitréennes peuvent
survenir dans les formes les plus sévères [34]. Le traitement
repose sur la corticothérapie par voie générale.
Maladie de Eales
Il s'agit d'une vascularite rétinienne idiopathique,
périphérique associée à une non perfusion périphérique. Elle est
d'origine inconnue. Elle touche préférentiellement les patients
originaires des Indes et du Moyen-Orient. L'âge de survenue
habituelle est de 20 à 30 ans, avec une prédominance
masculine.
Le motif de consultation en ophtalmologie est l'apparition de
corps flottants, de trouble visuel, ou de baisse de l'acuité
visuelle dans le cas d'hémorragies intravitréennes. Elle est en
règle bilatérale.
L'examen du fond d'œil montre la présence d'engainements
vasculaires (présents dans 80 % des cas, atteignant plus
souvent les veines que les artères), parfois associés à des
hémorragies, des bouquets néovasculaires prérétiniens, des
hémorragies intravitréennes, un œdème maculaire cystoïde [35].
L'angiographie à la fluorescéine met en évidence la vascularite
avec imprégnation pariétale des vaisseaux rétiniens et notamment
les veines, l'étendue des territoires d'ischémie avec une
démarcation nette entre les territoires perfusés et non perfusés
(figure 21).
Des complications néovasculaires, prérétiniens ou prépapillaires
surviennent dans 80 % des cas, associées parfois à une rubéose
irienne et hémorragies intravitréennes. La macula est
habituellement préservée. Les autres complications possibles sont
les occlusions de branches veineuses rétiniennes, ischémie
maculaire sévère, proliférations fibreuses responsables de
décollements rétiniens tractionnels.
Le diagnostic différentiel de la maladie de Eales se fait avec les
occlusions de branches veineuses rétiniennes, la rétinopathie
diabétique, la drépanocytose, les maladies de systèmes, la
sarcoïdose.
Il n'existe pas de traitement médical de la maladie de Eales. Le
traitement est réservé aux complications ischémiques avec ou sans
néovascularisation par une photocoagulation n
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