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Place actuelle de l’écho-doppler dans la prise en charge diagnostique et thérapeutique des sténoses des abords vasculaires de l’hémodialysé


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 8, Number 5, 275, Mai 1996, Mini-revues


Résumé   Summary  

Author(s) : Philippe Melki, Jean-Christophe Boyer, Xavier Belin, Malik Touam, Pierre Bourquelot, Patrick Millet, François Cornud, Olivier Hélénon, Jean-Pierre Grünfeld, Jean-François Moreau, service de radiologie adulte, M. Touam, J.-P. Grünfeld, service de néphrologie, hôpital Necker, 161, rue de Sèvres, 75015 Paris..

Summary : L’écho-doppler est une technique non vulnérante permettant une évaluation à la fois morphologique et fonctionnelle des abords vasculaires pour hémodialyse périodique. Au cours des sténoses intéressant le montage vasculaire, cette technique possède une excellente valeur diagnostique et permet de quantifier le retentissement de la lésion sur le débit de fistule. Si le dépistage de ces lésions doit toujours reposer sur l’examen clinique et la surveillance minutieuse des paramètres de dialyse, l’écho-doppler est indiqué en cas d’hypodébit, de doute diagnostique, pour la surveillance des lésions traitées et pour le dépistage des sténoses chez les patients à haut risque de thrombose d’abord vasculaire. En effet, par rapport à la fistulographie, cette méthode possède une valeur diagnostique comparable pour un coût inférieur. Sur le plan thérapeutique, la confrontation des données cliniques et ultrasonographiques suffit souvent à poser l’indication à la correction de ces lésions et permet d’obtenir dans les cas difficiles un consensus néphro-radio-chirurgical pour une prise en charge harmonieuse de ces patients fragiles.

Pictures

ARTICLE

Les sténoses représentent la complication la plus fréquente des abords vasculaires de l'hémodialysé. Les progrès récents de la radiologie interventionnelle ont renforcé l'intérêt d'un diagnostic précoce de ces lésions qui doit toujours reposer sur l'examen clinique de l'abord vasculaire et sur la surveillance minutieuse des paramètres de dialyse. À l'heure actuelle, la fistulographie diagnostique reste l'examen de référence pour le diagnostic de cette complication, mais son coût élevé et son caractère relativement vulnérant tendent à limiter ses indications.

Avec l'avènement de l'imagerie couleur, l'écho-doppler couleur est apparu comme une méthode non vulnérante et peu onéreuse permettant une évaluation à la fois morphologique et fonctionnelle des abords vasculaires. À partir des données de la littérature et de l'expérience de notre équipe, nous tenterons de préciser la valeur de cette technique pour le diagnostic et la prise en charge thérapeutique des sténoses des abords vasculaires de l'hémodialysé.

Rappels

Nous envisagerons successivement les principaux types d'abords vasculaires [1], les différents types de sténoses [2], leurs sites les plus fréquents (figure 1) [3] et, enfin, les critères utilisés pour poser l'indication thérapeutique de ces lésions [4].

Principaux types d'abords vasculaires de l'hémodialysé

Les abords vasculaires pour hémodialyse sont volontiers confectionnés sur le membre supérieur non dominant. Schématiquement, on distingue les fistules artérioveineuses, qui sont réalisées en créant une anastomose entre une artère et une veine superficielle, et les pontages artérioveineux, qui consistent en l'interposition d'une prothèse (Téflon) entre une artère et une veine profonde. La fistule artérioveineuse radiale, proposée par Brescia et Cimino, possède le plus faible taux de complications et la durée de vie la plus longue par rapport aux autres types d'abords vasculaires [1]. De la même façon, les fistules artérioveineuses basiliques et céphaliques ont une plus grande perméabilité primaire que les pontages artérioveineux réalisés au bras. Lors de la création répétée d'abords vasculaires, le chirurgien envisagera la confection de différents montages selon le capital veineux du patient : la fistule artérioveineuse radiale, puis la fistule cubitale, le pontage à l'avant-bras, la fistule céphalique, la fistule basilique et le pontage au bras (figure 1). Avant d'envisager la mise en place d'un cathéter central définitif, on peut avoir recours à la création de montages relativement exceptionnels, tels que la fistule au cou, les pontages au cou et au thorax, les fistules saphène et fémorale et le pontage à la cuisse.

Sténoses des abords vasculaires [1, 2]

Elles sont favorisées par l'hyperdébit et les ponctions veineuses traumatiques. En l'absence de traitement, le risque évolutif de ces lésions est la survenue d'une thrombose du montage vasculaire. En fonction de leur siège et des anomalies rencontrées en dialyse, on distingue les sténoses entraînant un défaut d'apport artériel de l'abord vasculaire (ou sténoses « artérielles »), les lésions responsables d'une anomalie de drainage de celui-ci (ou sténoses « veineuses ») et les sténoses siégeant en zone de ponction [2].

­ Sténoses « artérielles » 2

Cliniquement, l'abord vasculaire est mal développé, son temps de remplissage est allongé et son thrill diminué. Lors des dialyses, la ponction de l'abord vasculaire est difficile et le débit de la pompe à sang est insuffisant (¾ 200 ml/min). Pour les fistules artérioveineuses radiales, il s'agit typiquement de sténoses juxta-anastomotiques de la veine artérialisée (figures 1a et 2). Dans le cas des fistules artérioveineuses, les rares sténoses de l'anastomose artérioveineuse sont liées à une technique chirurgicale imparfaite. Elles sont parfois rencontrées sur les fistules artérioveineuses radiales, alors qu'elles sont exceptionnelles pour les fistules confectionnées au bras. Bien que peu fréquente, une sténose intéressant l'artère alimentant l'abord vasculaire ou un tronc artériel d'amont est toujours possible. Des signes d'ischémie de la main (vol artériel) peuvent alors être associés au défaut d'apport artériel de l'abord vasculaire.

­ Sténoses « veineuses »

Elles sont suspectées devant l'existence d'une élévation des pressions veineuses de dialyse. Ces lésions sont responsables de saignements prolongés des points de ponction et favorisent le développement d'anévrismes sur le trajet d'un abord vasculaire qui est tendu. Il peut également s'agir d'un œdème du membre supérieur ou du développement d'un réseau veineux collatéral. La lésion vasculaire siège sur les veines de drainage de l'abord vasculaire et intéresse fréquemment (figure 1) les veines du pli du coude pour les fistules artérioveineuses radiales (séquelles de ponctions), la partie haute ou la crosse de la veine céphalique pour les fistules artérioveineuses du même nom, la veine axillaire pour les fistules artérioveineuses basiliques, l'anastomose veineuse des pontages artérioveineux et les veines centrales (souvent secondaires à la pose de cathéters centraux).

­ Sténoses siégeant en zone de ponction

Elles sont favorisées par la ponction transfixiante d'un cordon veineux immature. Le diagnostic de ces lésions est souvent possible à la palpation et/ou à l'auscultation de l'abord vasculaire. Selon la position des aiguilles artérielle et veineuse, elles seront responsables d'un débit de dialyse insuffisant et/ou d'une élévation des pressions veineuses. Il faut rappeler que les lésions siégeant entre les aiguilles artérielle et veineuse n'entraînent pas d'anomalies des paramètres de dialyse. Elles peuvent donc passer inaperçues et être révélées par une thrombose de l'abord vasculaire.

Place de la fistulographie au cours des sténoses des abords vasculaires

L'indication du traitement d'une lésion vasculaire repose classiquement sur la quantification du degré de sténose (pourcentage de réduction du diamètre vasculaire). En raison d'importantes variations de calibre des veines artérialisées, cette dernière est classiquement réalisée en prenant l'artère humérale comme segment de référence. En dehors des rares problèmes de superpositions vasculaires (figure 4b) ou des sténoses en diaphragme, la fistulographie fournit, dans la plupart des cas, une excellente analyse morphologique des sténoses des abords vasculaires. Cependant, celle-ci ne permet pas de quantifier l'éventuel retentissement d'une sténose sur le débit de l'abord vasculaire. De plus, le caractère relativement vulnérant et, surtout, le coût de cette technique (de l'ordre de 2 500 francs) tendent à limiter ses applications diagnostiques.

Indications thérapeutiques [5]

Le seuil de 70 % utilisé en pathologie artérielle, à partir duquel le caractère hémodynamiquement significatif d'une sténose peut être affirmé, ne peut être appliqué aux abords vasculaires. L'évaluation du degré de sténose ne permet pas à lui seul de conclure au caractère hémodynamiquement significatif de la lésion vasculaire. En pratique, une sténose ne devra faire l'objet d'un traitement que si elle explique des problèmes rencontrés en dialyse, une symptomatologie clinique invalidante, ou si elle expose à un risque élevé de thrombose de l'abord vasculaire. Les sténoses de l'ordre de 50 % ­ particulièrement évolutives ­ de l'anastomose veineuse des pontages artérioveineux ainsi que les lésions expliquant un hypodébit de l'abord vasculaire entrent dans ce dernier cadre. Dans les cas difficiles, la mesure du gradient de pression systolique trans-sténotique, réalisée au cours de la fistulographie, et surtout la confrontation des données cliniques et fistulographiques permettront de fixer la conduite à tenir.

Dans le cas des fistules artérioveineuses radiales présentant une sténose juxta-anastomotique de la veine artérialisée, la réfection chirurgicale de l'anastomose en aval de la sténose doit ­ lorsqu'elle est possible ­ être préférée à l'angioplastie transluminale. Il s'agit d'un geste simple qui permet un traitement durable et efficace de la lésion vasculaire. Pour les sténoses veineuses (intéressant les veines de drainage situées au-dessus du tiers supérieur de l'avant-bras et les anastomoses veineuses des pontages artérioveineux), l'angioplastie transluminale, qui possède un coût et une morbidité inférieurs à ceux de la chirurgie, sera réalisée en première intention. En effet, pour ces localisations, le geste chirurgical consiste, dans la plupart des cas, en l'interposition d'un greffon qui expose aux sténoses des anastomoses et aboutit à une réduction du capital veineux.

L'examen écho-doppler d'un abord vasculaire

Il doit toujours être précédé par un examen clinique du montage vasculaire et par une analyse minutieuse des paramètres de dialyse.

Méthode d'examen [6-8]

L'examen écho-doppler couleur d'un abord vasculaire débute par une étude morphologique en mode B et en doppler couleur de l'ensemble des axes vasculaires du membre porteur de l'abord vasculaire : depuis l'ostium de l'artère sous-clavière jusqu'à l'anastomose artério-veineuse, puis l'abord vasculaire lui-même et, enfin, ses veines de drainage (y compris les veines centrales : veine sous-clavière, tronc veineux innominé et veine cave supérieure). Les segments vasculaires anormaux feront l'objet d'une analyse vélocimétrique complémentaire, utile à la quantification du degré de sténose. Enfin, le débit de l'abord vasculaire sera estimé à partir de plusieurs mesures du débit de l'artère humérale. Au cours de l'examen, l'opérateur devra éviter de comprimer l'abord vasculaire ainsi que ses veines de drainage. Une cale acoustique sera adaptée sur la sonde afin d'incliner le tir doppler de façon optimale par rapport à la direction du flux sanguin.

­ Étude morphologique

Elle est réalisée à partir des images échotomographiques (mode B) et doppler couleur. Ces images sont obtenues à l'aide d'une sonde linéaire de haute fréquence (7,5 MHz) qui fournit une résolution spatiale élevée sur ces vaisseaux superficiels. Rappelons que l'imagerie écho-doppler couleur est faite de la superposition d'une image échographique et d'une cartographie des vitesses codées selon une échelle colorée. Alors que l'échotomographie est utilisée afin de visualiser la paroi vasculaire elle-même, l'imagerie doppler couleur permet une analyse vélocimétrique directe du contenu circulant. L'étude des veines profondes, qui est souvent délicate en échotomographie, a largement bénéficié de l'apport de l'imagerie couleur et de l'utilisation de sondes de petite taille (sonde finger).

­ Analyse vélocimétrique complémentaire

Les fréquences du signal doppler sont directement proportionnelles aux vitesses du flux sanguin alors que, pour une fréquence donnée, l'énergie du spectre (ou brillance spectrale) reflète le nombre d'hématies possédant une vitesse considérée. L'écoute du signal doppler et l'analyse spectrale permettent ainsi une analyse du régime circulatoire. En routine clinique, ces données vélocimétriques sont obtenues en premier lieu à l'aide de la technique de doppler pulsé dont sont équipées les sondes d'imagerie. Cependant, pour des vitesses très élevées, cette technique ne permet pas de quantifier précisément les vitesses circulatoires maximales et d'apprécier l'importance des turbulences. L'utilisation d'une sonde de doppler continu (sonde « crayon » de fréquence comprise entre 2 et 5 MHz) permet alors de pallier cette limite. Notons encore que la taille de cette sonde permet d'enregistrer des segments vasculaires dont l'étude est parfois délicate, à l'aide de sondes destinées à l'imagerie (veines centrales et vaisseaux tortueux).

­ Mesure du débit de fistule par effet doppler [10-12]

Elle est réalisée au niveau de l'artère humérale, en amont de l'anastomose artérielle. Avant de procéder à cette mesure, l'opérateur devra vérifier l'absence de naissance haute de l'artère radiale, dont la présence conduit à une sous-estimation du débit de l'abord vasculaire. Les mesures réalisées au niveau de l'abord vasculaire lui-même comportent un risque important d'erreur, lié aux variations de calibre de celui-ci. La mesure du débit de l'artère humérale tend à surestimer le débit de l'abord vasculaire d'une quantité qui correspond à l'apport artériel destiné au membre supérieur. Au repos et dans des conditions physiologiques, celui-ci est de l'ordre de 80 ml/min et peut donc être négligé devant le débit de l'abord vasculaire.

La méthode la plus répandue consiste à effectuer un enregistrement en mode duplex (couplage de l'imagerie mode B et du doppler pulsé) de l'artère humérale, à partir d'une coupe longitudinale (figures 2d et 4d). L'opérateur devra prendre grand soin d'obtenir une coupe passant par le grand axe de l'artère humérale, ainsi qu'un tracé spectral de bonne qualité (angle de tir inférieur à 60°, insonnation complète de l'artère, réglages de la fréquence de répétition et des filtres). La surface de section (S) de l'artère humérale est mesurée à partir de l'image échotomographique. À l'aide d'un logiciel adapté, les variations spatiales (correspondant au profil d'écoulement) et temporelles (liées à l'activité cardiaque) des fréquences du signal doppler sont intégrées sur l'ensemble d'un cycle cardiaque. En tenant compte de l'angle de tir doppler, la vitesse moyenne du flux sanguin (Vm) est calculée et le débit de l'artère humérale en est déduit (Q = Vm x S x 60, exprimé en ml/min).

Une mauvaise évaluation du diamètre de l'artère humérale est la principale cause d'erreur de la débimétrie doppler. L'estimation du débit de l'artère humérale doit reposer, au minimum, sur trois mesures concordantes. À l'aide d'une méthode rigoureuse, la débimétrie doppler possède une imprécision de l'ordre de 50 ml/min, qui tend néanmoins à augmenter en cas d'hyperdébit (au-delà de 1,5 l/min).

Données ultrasonographiques normales [6]

­ Données morphologiques

Réalisée à l'aide d'une sonde de haute fréquence, l'échotomographie permet à elle seule une excellente analyse des abords vasculaires. Ainsi, on reconnaît facilement l'existence de lésions athéromateuses des troncs artériels, les zones d'anastomoses (clips métalliques) et les segments vasculaires prothétiques (Téflon). L'opérateur peut également s'aider de la sonde pour déprimer les structures veineuses profondes et ainsi apprécier leur degré de tension.

­ Données vélocimétriques

L'artère afférente possède un important flux diastolique continu dont l'amplitude témoigne de l'effondrement des résistances vasculaires (figure 4d). Parallèlement à l'augmentation de son débit, celle-ci présente une élévation de ses vitesses circulatoires qui explique l'apparition de turbulences au niveau de l'ostium des gros troncs artériels. L'anastomose artérioveineuse est souvent le siège d'importantes accélérations et de turbulences qui rendent difficile l'évaluation vélocimétrique d'une sténose à ce niveau. Sur l'abord vasculaire et ses veines de drainage, le signal doppler est modulé par l'activité cardiaque et le régime d'écoulement y est turbulent. Au fur et à mesure que l'on s'éloigne de l'anastomose artérielle pour s'intéresser aux troncs veineux proximaux, la fréquence maximale et les modulations systoliques des tracés tendent à s'atténuer.

­ Valeurs normales du débit de fistule [13]

À la fin des années 70, certains travaux ont été menés afin de définir les valeurs normales du débit de fistule. Pour mieux apprécier un éventuel retentissement cardiaque, la plupart des auteurs recommandent de rapporter cette mesure à la surface corporelle du patient. Les valeurs normales les plus solidement établies indiquent que le débit moyen d'un abord vasculaire au poignet est de 750 ± 309 ml/min/m2, alors qu'il est de 465 ± 250 ml/ min/m2 pour un abord vasculaire confectionné au bras. Cependant, ces travaux ne précisent pas si ces mesures ont été obtenues à partir d'échantillon de patients porteurs d'abords vasculaires fonctionnellement et/ou morphologiquement normaux. Dans l'avenir, l'intervalle statistique des valeurs normales du débit des différents types d'abords vasculaires pourrait être affiné, en utilisant l'écho-doppler couleur, afin d'éliminer les patients porteurs de sténoses significatives.

Plusieurs travaux ont montré qu'un débit de fistule inférieur à 400 ml/min est associé à un haut risque de thrombose de l'abord vasculaire [14]. Ainsi, chez un patient porteur d'une sténose, l'existence d'une diminution du débit de fistule (¾ 400 ml/min) associée à un mauvais développement de l'abord vasculaire doit faire envisager, dans les meilleurs délais, un traitement de la lésion vasculaire.

À l'inverse, Ponsin et al. ont montré qu'un débit de fistule supérieur à 850 ml/min est associé à un risque accru de décompensation cardiaque [14]. La durée pendant laquelle le cœur est soumis à l'hyperdébit de l'abord vasculaire intervient également dans la survenue de cette complication [13]. En fait, pour mieux tenir compte de certaines variations interindividuelles de cette valeur seuil, il serait nécessaire de quantifier, à partir de larges séries de patients, ce risque pour un débit de fistule donné et pour différents facteurs aggravants (âge, insuffisance coronarienne, facteurs de risque vasculaire...).

Quantification du degré de sténose en écho-doppler [6-9]

­ Analyse morphologique

Les sténoses des abords vasculaires sont constituées d'un matériel échogène non calcifié et présentent fréquemment un aspect en diaphragme (figure 3a). À partir d'images échographiques (mode B) et/ou écho-doppler couleur, on réalise une quantification du degré de sténose en effectuant un rapport entre le diamètre du chenal de la sténose et celui de l'artère humérale. Dans la plupart des cas, l'analyse échographique est suffisante pour quantifier le degré de sténose. Cependant, cette quantification peut être rendue délicate lorsque la sténose siège sur un vaisseau profond ou lorsqu'elle est faite d'un matériel peu échogène. L'imagerie couleur, qui permet de « mouler » la lumière vasculaire circulante, prend alors tout son intérêt. Il faut cependant signaler que les battements et vibrations de la paroi vasculaire présents au site de sténose tendent à dégrader la définition de l'image couleur (artefact périvasculaire).

Les manœuvres de compressions segmentaires de l'abord vasculaire et des veines de drainage permettent de juger qualitativement de la présence d'un gradient de tension au travers d'une sténose. En effet, d'après la loi de Laplace et en l'absence de variation importante du diamètre vasculaire, cette différence de tension reflète l'existence d'un gradient de pression trans-sténotique significatif.

­ Analyse vélocimétrique des sténoses des abords vasculaires

Comparés à ceux obtenus sur un segment vasculaire adjacent, les spectres enregistrés au site de sténose permettent une quantification complémentaire du degré de sténose. Pour une réduction du calibre vasculaire de 30 à 50 %, les vitesses maximales enregistrées au site de sténose sont multipliées par un facteur 2 à 4. Du fait du débit important auquel sont soumises ces structures vasculaires, des turbulences modérées (signaux de basse fréquence et d'énergie modérée) sont souvent présentes pour des sténoses de l'ordre de 50 %. Si ces modifications vélocimétriques sont constamment présentes, elles ne permettent pas de juger du caractère significatif de la lésion vasculaire. Dans notre expérience, les sténoses hautement significatives (> 70-80 %) entraînent constamment une accélération majeure (vitesses maximales multipliées par un facteur >= 4), intéressant un faible nombre d'hématies, alors que la majeure partie du flux sanguin est turbulent (signal de fréquence basse voire négative, dont l'énergie est élevée, figure 4c). En écho-doppler couleur, ces lésions sont responsables d'un artefact périvasculaire caractéristique (figure 4b).

­ Retentissement des sténoses sur le débit de fistule

La mesure du débit de fistule permet de juger du retentissement fonctionnel des sténoses des abords vasculaires. Lorsque le débit de fistule est inférieur à 400 ml/min, la correction de la lésion doit être envisagée dans les meilleurs délais afin d'éviter l'évolution vers la thrombose de l'abord vasculaire. Parallèlement à la diminution du débit de fistule, on observe une élévation de l'index de résistivité de l'artère humérale (index de Pourcelot, figure 2c). Cet index possède une sensibilité imparfaite pour le diagnostic de sténoses des abords vasculaires et ne comporte pas d'intérêt supplémentaire par rapport à la mesure directe du débit de fistule.

Intérêt diagnostique de l'écho-doppler au cours des sténoses des abords vasculaires [6-9, 15]

Plusieurs travaux de la littérature ont montré que cette technique permet un diagnostic précis des sténoses des abords vasculaires [5-7]. Les séries les plus larges rapportent une sensibilité de l'ordre de 91 % avec une spécificité d'environ 96 % [9]. Les sténoses siégeant sur les veines centrales constituent une cause classique de faux négatif de l'écho-doppler [9, 16]. De plus, dans notre expérience, les défauts de spécificité de cette méthode sont essentiellement représentés par les sténoses de l'ordre de 50-60 % responsables de turbulences parfois importantes. Pour limiter ces pièges diagnostiques, il est primordial d'effectuer une confrontation systématique des données de l'examen écho-doppler aux anomalies cliniques de l'abord vasculaire. Une étude prospective, menée chez 38 patients porteurs de 43 sténoses des abords vasculaires (avec corrélation fistulographique systématique), nous a permis de montrer que cette technique possédait une sensibilité de 97 % et une spécificité de 100 % [14] lorsque celle-ci était orientée par des données cliniques tangibles.

Comparer la valeur diagnostique de l'écho-doppler couleur à celle de la fistulographie revient à s'interroger sur la nature des données morphologiques et fonctionnelles apportées par chacune de ces techniques : la fistulographie permet de quantifier le degré de sténose et de mesurer un gradient de pression trans-sténotique ; l'écho-doppler fournit une quantification du degré de sténose, une analyse des modifications vélocimétriques présentes au site de sténose et une évaluation de son retentissement sur le débit de fistule. Enfin et surtout, l'écho-doppler est une technique parfaitement non vulnérante qui permet de diminuer de manière substantielle (2 500/550 francs : d'un facteur 4,5 !) le coût lié à l'exploration fistulographique de ces patients, et ce pour une efficacité diagnostique comparable.

Intérêt de l'écho-doppler dans la prise en charge thérapeutique des sténoses des abords vasculaires (figure 6)

­ Sténoses « veineuses »

En fait, dans les cas où il existe une élévation avérée des pressions veineuses de dialyse, le diagnostic de sténose veineuse est quasi certain et le problème n'est pas tant le diagnostic de la lésion en cause que son traitement. Dans la mesure où celui-ci relève, dans la plupart des cas, de l'angioplastie transluminale, la réalisation d'une fistulographie diagnostique avec dilatation de la lésion dans le même temps apparaît la manière la plus directe de procéder et l'écho-doppler préfistulographie ne présente alors que peu d'intérêt.

­ Sténoses « artérielles »

Pour les problèmes d'hypodébit de l'abord vasculaire, l'écho-doppler cherchera une sténose para-anastomotique unique relevant de la chirurgie. L'écho-doppler couleur trouvera parfois des lésions majeures de la veine artérialisée (secondaires aux ponctions traumatiques d'un cordon veineux immature), où la correction de la lésion devra céder la place à l'abstention thérapeutique et à la surveillance clinique de l'abord vasculaire. En appréciant le retentissement sur le débit de fistule, l'écho-doppler permet de poser l'indication à la correction de sténoses artérielles isolées. Ainsi, sur la base de données ultrasonographiques et cliniques, les équipes chirurgicales acceptent volontiers de poser l'indication thérapeutique de ces lésions et renoncent dans bien des cas à la fistulographie.

­ Sténoses siégeant en zone de ponction

Ces lésions bénéficieront ou non d'une exploration en écho-doppler selon les anomalies cliniques de l'abord vasculaire, l'existence d'un doute diagnostique et en fonction de l'option thérapeutique envisagée (chirurgie avec doppler préalable ou fistulographie avec angioplastie transluminale).

­ Cas particuliers

Compte tenu de sa valeur prédictive négative élevée, l'écho-doppler permet de surseoir à la fistulographie diagnostique lorsqu'il s'agit d'éliminer une lésion vasculaire significative. Cette technique est donc indiquée en cas de doute diagnostique, pour la surveillance de sténoses veineuses dilatées et pour le dépistage de sténoses chez les patients aux lourds antécédents de thrombose d'abord vasculaire. Lorsqu'on suspecte une sténose dont le traitement relève de la chirurgie, l'écho-doppler confronté aux données cliniques permet d'affirmer l'existence d'une lésion vasculaire, de préciser son retentissement sur le débit de fistule et d'éliminer des lésions associées. Ainsi cette technique aide à une prise en charge thérapeutique harmonieuse et efficace de ces patients.

En cas de lésions intriquées (sténose « artérielle » et « veineuse »), l'indication thérapeutique est souvent difficile à poser et la fistulographie diagnostique ne donne que rarement lieu à un geste endovasculaire unanime. En effet, chez un patient présentant un débit de l'abord vasculaire normal, voire élevé, la correction d'une lésion artérielle fait courir le risque d'un hyperdébit secondaire de l'abord vasculaire. Cette donnée fonctionnelle est certes corrélée au débit de la pompe à sang de dialyse, mais elle ne peut guère être quantifiée qu'à l'aide de l'écho-doppler. Dans ces cas difficiles, l'écho-doppler apporte ainsi des données fonctionnelles nécessaires afin de fixer la conduite à tenir.

CONCLUSION

Réalisé par un opérateur expérimenté, l'écho-doppler permet un diagnostic précis des sténoses des abords vasculaires. Pour l'évaluation du degré de sténose, cette technique possède un intérêt et des limites comparables à ceux de la fistulographie. Par rapport à cette dernière, elle permet d'évaluer le retentissement éventuel d'une sténose sur le débit de fistule. Ainsi, la confrontation des données cliniques et ultrasonographiques suffit souvent à poser l'indication à la correction de ces lésions et permet d'obtenir un consensus néphro-radio-chirurgical pour une prise en charge harmonieuse et efficace de ces patients.

Malgré les progrès de l'imagerie des abords vasculaires, les indications de l'écho-doppler doivent rester rigoureuses. Dans l'avenir, il faut veiller à ce que l'écho-doppler ne vienne pas se substituer à l'évaluation clinique minutieuse des abords vasculaires. Pour les patients qui ne posent pas de problèmes particuliers, le dépistage d'une sténose doit donc toujours reposer sur l'examen clinique de l'abord vasculaire et sur la surveillance minutieuse des paramètres de dialyse. Compte tenu de son excellente valeur prédictive négative, un examen écho-doppler négatif permet d'éliminer une lésion vasculaire significative et de surseoir ainsi à la fistulographie dans un certain nombre de situations cliniques : en cas de doute diagnostique pour la surveillance de sténoses traitées, chez des patients à haut risque de thrombose d'abord vasculaire, pour les problèmes d'hypodébit et lorsqu'on suspecte une lésion relevant de la chirurgie. Par rapport à une stratégie diagnostique et thérapeutique reposant sur la fistulographie, l'écho-doppler permet une réduction substantielle du coût lié à l'exploration de ces patients fragiles.

REFERENCES

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