ARTICLE
En 1986, Murry et al. [1] ont fait une observation qui a modifié
notre conception de la physiopathologie de la nécrose myocardique.
Ces auteurs ont montré que des occlusions coronaires brèves
(trop courtes pour provoquer une nécrose myocytaire), réalisées
avant une occlusion plus prolongée (de durée suffisante
pour provoquer un infarctus myocardique), pouvaient réduire de
façon importante (50 à 75 %) la taille finale de l'infarctus.
Ils ont appelé ce phénomène preconditioning
(traduit ici par « préconditionnement »). Le fait de
rendre le myocarde brièvement ischémique induit une protection
endogène qui s'exprime lors d'une ischémie prolongée
consécutive. Personne n'avait, jusqu'à présent, mis
en évidence une telle capacité d'adaptation du myocarde
à l'agression ischémique.
Sur le plan expérimental, le préconditionnement permet
une approche nouvelle de la limitation de l'étendue de l'infarctus
et de la protection du myocarde ischémique en général
:
- la protection (réduction de 50 à
75 % de la taille de l'infarctus) est nettement plus importante que celle
obtenue avec n'importe quel traitement connu à ce jour ;
- il représente un traitement préventif, puisque l'intervention
protectrice précède le développement de la
nécrose.
Des études récentes suggèrent que le myocarde humain
peut être préconditionné [2, 3]. Mais, si de très
nombreux travaux sont aujourd'hui entrepris pour tenter de mieux connaître
le mécanisme de cette cardioprotection endogène très
puissante, c'est surtout dans l'espoir d'identifier de nouvelles «
cibles pharmacologiques » (voies métaboliques, enzymes clés,
récepteurs, canaux ioniques...) dont l'activation ou le blocage
pourrait mimer le préconditionnement.
Histoire naturelle
Dans l'observation princeps de Murry et al. [1], la phase d'induction
comportait quatre occlusions coronaires de 5 minutes chacune. On s'est
aperçu par la suite que la répétition des épisodes
brefs d'ischémie/reperfusion n'est cependant pas indispensable.
En revanche, la durée des épisodes ischémiques brefs
est déterminante : la tolérance n'apparaît pas si
l'épisode préconditionnant est réduit à 2
minutes [4]. Le degré de réduction du débit sanguin
myocardique au cours de la phase préconditionnante est également
un facteur important : une ischémie peu sévère, provoquée
par une sténose coronaire non occlusive autorisant un débit
régional myocardique moyen de l'ordre de 30 % du débit de
base, est suffisante pour préconditionner le myocarde de chien
[5].
La reperfusion du myocarde entre l'occlusion brève initiale et
l'occlusion prolongée est essentielle à l'induction du phénomène.
Une reperfusion trop courte (moins de 1 minute) ne permet pas le préconditionnement.
Inversement, une reperfusion trop longue (plus de 2 heures) fait disparaître
l'effet protecteur [6]. La tolérance à l'ischémie
liée au préconditionnement est donc un phénomène
transitoire, ne durant que quelques heures : le préconditionnement
« classique » est donc une adaptation rapide à l'ischémie.
( figure 1 )
Cependant, Kuzuya et al. ont montré que la protection
induite par une ischémie/reperfusion brève pourrait être
biphasique : la phase initiale correspondrait au préconditionnement
conventionnel et la seconde phase, plus tardive, surviendrait après
un intervalle libre d'environ 24 heures [7]. Une occlusion brève
réalisée 24 heures avant une occlusion coronaire de 90 minutes
préconditionne le myocarde de chien [7]. Cet effet bénéfique
ne s'observe pas si le temps écoulé entre l'occlusion brève
initiale et l'occlusion prolongée de 90 minutes n'est que de 3
ou 12 heures ; il faut donc un temps minimum pour que cette protection
apparaisse : Yellon et al. ont nommé ce préconditionnement
tardif : « la seconde fenêtre de protection ». Des études
récentes suggèrent que cette protection retardée
pourrait être due à la production de protéines de
stress (heat shock proteins) [8].
La durée de l'occlusion coronaire prolongée doit aussi
être prise en compte. En effet, chez le chien, l'effet cytoprotecteur
ne peut s'exercer vis-à-vis d'une ischémie prolongée
de 3 heures [1]. Le préconditionnement ischémique n'empêche
donc pas la mort cellulaire, mais la retarde simplement (figure
2). Il n'est d'ailleurs pas envisageable qu'une protection myocardique
de quelque nature puisse empêcher la mort d'un tissu soumis à
une ischémie létale persistante.
Effets
secondaires
Si le préconditionnement protège le myocarde contre l'ischémie
de façon très puissante, il est logique de se demander s'il
ne protège pas aussi contre les conséquences néfastes
de cette ischémie. Les deux effets secondaires délétères
majeurs de l'ischémie/reperfusion sont la dysfonction contractile
postischémique et les arythmies ventriculaires graves, (tachycardies
ventriculaires, fibrillation ventriculaire).
Sur les arythmies ventriculaires
Chez le rat, le préconditionnement diminue l'incidence des arythmies
ventriculaires graves aussi bien au cours de l'ischémie prolongée
que de la reperfusion [9]. Dans les autres espèces animales, plus
proches de l'homme en termes d'arythmogenèse, les résultats
sont contradictoires. Nous avons montré que le préconditionnement
ne limite pas l'incidence de la fibrillation ventriculaire au cours de
l'infarctus du myocarde chez le porc mais pourrait, au contraire, accélérer
sa survenue [10]. Les effets du préconditionnement sur l'électrophysiologie
et l'arythmogenèse ventriculaire restent à préciser.
Sur la fonction contractile postischémique
La fonction du ventricule gauche est un déterminant essentiel
du pronostic vital postinfarctus. L'analyse des effets du préconditionnement
sur la récupération fonctionnelle postischémique
est complexe : le ou les épisodes brefs d'ischémie/reperfusion
de la phase d'induction peuvent altérer la fonctiosystolique avant
même que la protection ne s'exprime au cours de l'ischémie
prolongée ; le myocarde reperfusé de la zone à risque
est hétérogène et contient du myocarde sous-endocardique
nécrosé inerte, qui altère la contraction normale
des tissus sains avoisinants, mais aussi du myocarde viable reperfusé
périnécrotique dont le degré de sidération
(stunning) disparaît progressivement au cours des jours qui
suivent l'infarctus du myocarde. L'analyse de la fonction régionale
de la zone à risque devra tenir compte de cette hétérogénéité
histologique et fonctionnelle.
Le préconditionnement améliore-t-il la dysfonction contractile
régionale après infarctus du myocarde ? Cet effet est-il
dû à un effet propre du préconditionnement sur la
contractilité ou est-il seulement lié à la diminution
de l'étendue de la zone infarcie ? Expérimentalement, l'amélioration
de la fonction systolique postischémique semble dépendante
de la limitation de la taille de l'infarctus, les animaux préconditionnés
récupérant mieux parce qu'ils ont des infarctus plus petits
[11, 12]. De plus, le préconditionnement ne semble pas avoir d'effet
bénéfique propre sur la contractilité. En effet,
les curs de chiens ayant subi une occlusion coronaire de 15 minutes,
n'induisant pas de nécrose, ont une fonction contractile postischémique
similaire, qu'ils aient ou non été préconditionnés
[4].
Mécanisme de
l'adaptation précoce
Le mécanisme du préconditionnement est actuellement inconnu.
Deux hypothèses sont très travaillées qui privilégient,
soit les récepteurs A1 de l'adénosine soit les
canaux ioniques K+ATP comme éléments
clés de cette protection.
L'hypothèse « adénosine »
L'adénosine est un métabolite cellulaire issu en majeure
partie de la dégradation de l'adénosine triphosphate (ATP).
Lors d'une ischémie, l'adénosine est libérée
dans le milieu extracellulaire et se fixe sur des récepteurs membranaires
spécifiques. Deux sous-types de récepteurs ont été
décrits dans le système cardiovasculaire : les récepteurs
A1 situés principalement sur le myocarde, et les récepteurs
A2 situés principalement sur les cellules musculaires
lisses vasculaires. La stimulation des récepteurs A2
vasculaires est responsable en partie de la vasodilatation coronaire observée
dans le myocarde ischémique. C'est en 1991 que le rôle de
l'adénosine a été suspecté pour la première
fois dans le préconditionnement ; il fut démontré
que la cardioprotection induite par le préconditionnement était
abolie après administration de 8-p-sulfophényl-théophylline
(8-SPT), un bloqueur des récepteurs de l'adénosine (figure
3) [13]. Inversement, une perfusion intracoronaire brève
d'adénosine produit, chez le lapin, un effet cytoprotecteur similaire
à celui réalisé par le préconditionnement.
L'utilisation d'agonistes et d'antagonistes spécifiques a permis
de démontrer la responsabilité des récepteurs myocardiques
A1 dans le préconditionnement. Le rôle de l'adénosine
a été confirmé en utilisant des molécules
(comme le dipyridamole) qui n'ont pas d'activité directe sur les
récepteurs mais qui diminuent la recapture cellulaire de l'adénosine.
La plupart des travaux impliquant l'adénosine dans le préconditionnement
ont été réalisés chez le lapin ou chez le
chien. Inversement, différents travaux suggèrent que l'adénosine
n'est pas impliquée de façon importante dans le préconditionnement
chez le rat [14].
L'hypothèse canaux K+ATP
Les canaux potassiques sont un groupe de protéines-canal membranaires
sélectivement perméables aux ions K+. De nombreux
sous-types ont été décrits dans le myocarde qui se
distinguent par leurs propriétés biophysiques, leur pharmacologie,
leur régulation et leur rôle. Parmi ces nombreux sous-types,
les canaux potassiques ATP-dépendants se caractérisent par
leur sensibilité à l'état métabolique de la
cellule ; ces canaux sont activés lors d'une baisse de la concentration
intracellulaire en ATP, comme cela est réalisé au cours
de l'ischémie. En l'absence d'ischémie, les canaux K+ATP
restent physiologiquement fermés en présence d'une concentration
intracellulaire normale en ATP. L'activation des canaux K+ATP
autorise la sortie d'ions K+ de la cellule, ce qui provoque
un raccourcissement du potentiel d'action et, in fine, une diminution
de la contractilité. Lorsque le nombre de canaux activés
est important, la cellule devient inexcitable et mécaniquement
incompétente. L'ATP intracellulaire épargné par la
réduction pourraient alors être utilisé pour le fonctionnement
de systèmes essentiels à la survie de la cellule, directement
ou indirectement consommateurs d'ATP, comme les pompes et échangeurs
ioniques membranaires responsables en particulier de l'extrusion du calcium
et du sodium. Gross et Auchampach furent les premiers à suggérer
que les canaux K+ATP pourraient jouer un rôle
important dans le préconditionnement [15]. Ces auteurs ont montré
que l'administration de glibenclamide (un inhibiteur spécifique
des canaux K+ATP) supprimait le bénéfice
du préconditionnement chez le chien. À l'inverse, l'administration
d'activateurs des canaux K+ induit une réduction de
taille de l'infarctus comparable à celle réalisée
par le préconditionnement. Il n'est pas certain cependant que l'activation
des canaux K+ATP au cours du préconditionnement
soit fonctionnellement identique à celle réalisée
pharmacologiquement par les activateurs.
Il est intéressant de noter que des arguments expérimentaux
suggèrent que l'adénosine pourrait protéger le myocyte
ischémique en activant les canaux K+ATP.
Autres hypothèses
Il a été montré chez le chien que l'administration,
avant une occlusion coronaire prolongée, de faibles doses d'acétylcholine,
n'ayant pas d'effet hémodynamique significatif, réduit la
taille de l'infarctus de façon comparable au préconditionnement.
La stimulation des récepteurs a1-adrénergiques
et des récepteurs k opioïdes peut aussi préconditionner
le myocarde. Enfin, nous avons récemment observé que l'étirement
du myocarde, en l'absence de toute ischémie, préconditionne
le cur du chien [16]. Le préconditionnement induit par l'étirement
peut être bloqué (de même que le préconditionnement
induit par une ischémie brève conventionnelle) par le Gd3+,
un bloqueur des canaux ioniques activés par l'étirement.
On voit donc que différents stimuli peuvent déclencher le
phénomène au niveau de la membrane plasmique.
Mais comment ce signal « passe-t-il » à l'intérieur
de la cellule à protéger contre l'ischémie et quelles
sont ses cibles ?
Transduction et transmission du « signal protecteur
»
Les données actuelles sont encore pauvres et parfois contradictoires.
Cependant, certaines constatations peuvent être faites.
Les protéines G
Il est intéressant de noter que la stimulation des récepteurs
myocardiques A1 de l'adénosine, des récepteurs
muscariniques M2, des récepteurs a1-adrénergiques,
des canaux K+ATP et des canaux activés par
l'étirement peut activer des protéines G (en particulier
de type Gi). Le rôle possible des protéines G
dans la transduction du signal protecteur au cours du préconditionnement
est suggéré par Thornton et al., qui ont montré
que l'administration préalable de pertussis toxin, un bloqueur
des protéines G, empêche la limitation de la taille de l'infarctus
due au préconditionnement chez le lapin [17]. Néanmoins,
des résultats contradictoires ont été observés
chez le rat. Ainsi, le rôle des protéines G dans la transduction
du signal au cours du préconditionnement reste à éclaircir.
La protéine kinase C
Dans les tissus mammifères, la protéine kinase C représente
un lien entre le cycle des phospho-inositides activé par différents
signaux extracellulaires et des réactions de phosphorylation des
protéines cellulaires. De plus, cette enzyme (qui présente
de nombreuses isoformes) constitue l'un des récepteurs protéiques
majeurs de certains promoteurs tumoraux (esters de phorbol) qui activent
l'enzyme en se substituant au diacylglycérol.
Des travaux récents suggèrent que la protéine kinase
C pourrait être impliquée dans le préconditionnement.
Ytrehus et al. ont montré que la staurosporine et la polymyxine
B, deux antagonistes de la protéine kinase C, peuvent inhiber la
limitation de la taille de l'infarctus due au préconditionnement
chez le lapin [18]. Ces mêmes auteurs ont également rapporté
que la stimulation de la protéine kinase C par un ester de phorbol
(4b-phorbol-12myristate-13acétate : PMA) ou le diacylglycérol
peut mimer le préconditionnement dans le cur isolé
de lapin. De façon similaire, Speechly-Dick et al. ont montré
que l'on peut bloquer ou reproduire l'effet protecteur du préconditionnement
dans le cur isolé de rat par l'administration, respectivement
de chéléréthryne (antagoniste de la protéine
kinase C) ou d'un analogue du diacylglycérol [19]. Ces auteurs
spéculent que, sous l'effet de l'activation d'un récepteur
membranaire (récepteur A1 de l'adénosine par
exemple), qui pourrait elle-même activer une protéine G,
la forme cytosolique inactive de la protéine kinase C serait activée
et se fixerait à la face interne de la membrane plasmique (translocation)
pour y phosphoryler et activer (ou inhiber) un effecteur final (qui pourrait
être un canal K+ATP). Les incertitudes de
ce schéma physiopathologique sont actuellement très nombreuses.
En particulier, certains auteurs n'ont observé ni augmentation
de l'activité enzymatique protéine kinase C au cours du
préconditionnement, ni effet inhibiteur de la limitation de la
taille de l'infarctus des antagonistes de la protéine kinase C
dans le myocarde préconditionné [20].
La voie des phospho-inositides
L'activateur naturel de la protéine kinase C dans la cellule
est le diacylglycérol qui est le produit de la dégradation
du phosphatidylinositol-biphosphate (PIP2) par la phospholipase C (l'autre
produit de dégradation est l'inositol-triphosphate (IP3) qui active
la libération de Ca++ par le réticulum sarcoplasmique).
Certaines isoformes de la phospholipase C sont activées par des
protéines G. On peut donc faire l'hypothèse que l'activation
de la phospholipase C joue un rôle dans le préconditionnement
; cela reste à démontrer.
En somme, la transduction et la transmission du signal préconditionnement
au sein de la cellule ischémique restent à explorer !
Le préconditionnement
chez l'homme
Des études récentes suggèrent que les cellules
myocardiques humaines peuvent être préconditionnées.
Des cellules ventriculaires humaines, préalablement soumises à
une courte période d'hypoxie/réoxygénation, tolèrent
mieux une hypoxie prolongée consécutive [21]. La récupération
de la fonction mécanique de fragments d'oreillette droite soumis
à une phase d'hypoxie prolongée est de meilleure qualité
dans les préparations ayant bénéficié d'une
courte période d'hypoxie/réoxygénation préalable
[22]. Ces résultats suggèrent un mécanisme de tolérance
à l'ischémie du myocarde humain comparable à celui
observé chez l'animal entier préconditionné.
Que se passe-t-il dans des conditions cliniques d'ischémie myocardique
? Deutsch et al. ont réalisé une angioplastie coronaire
transluminale chez 12 patients présentant une atteinte monotronculaire
de l'interventriculaire antérieure [3]. Deux inflations de 90 secondes
espacées de 5 minutes ont été pratiquées.
Au cours de la seconde inflation, la douleur angineuse, l'élévation
du segment ST et la production de lactates prélevés dans
le sinus coronaire étaient moindres. Ces auteurs en ont conclu
que la première inflation avait préconditionné le
myocarde qui tolérait mieux l'ischémie réalisée
par la seconde inflation. Cribier et al. [23] ont réalisé
quatre à cinq inflations successives d'une durée de 2 minutes,
espacées par des périodes de reperfusion de 3 à 5
minutes, chez 17 patients atteints d'une lésion monotronculaire
de l'interventriculaire antérieure. Les inflations successives
du ballon d'angioplastie ont induit un moindre sous-décalage du
segment ST sur l'enregistrement électrocardiographique intracoronaire
réalisé dans la zone à risque, mais aussi un recrutement
des vaisseaux collatéraux évalué à la fois
par angiographie coronaire perinflation et par la mesure de la pression
d'occlusion coronaire. Chez les patients qui ne présentaient pas
de recrutement de la collatéralité, une diminution du sous-décalage
du segment ST a cependant été observée. Ces deux
études suggèrent que le préconditionnement peut être
induit chez l'homme au cours de l'angioplastie coronaire.
Le préconditionnement chez l'homme a également été
étudié lors de pontages aorto-coronaires [2]. Après
mise en route de la circulation extracorporelle, des biopsies myocardiques
ont été réalisées et le contenu myocardique
en ATP déterminé au cours d'un clampage aortique de 10 minutes.
Dix curs ont été préalablement préconditionnés
par deux clamplages d'une durée de 2 minutes, espacés de
3 minutes de déclampage, et comparés à dix curs
témoins. Le taux d'ATP myocardique mesuré à l'issue
des 10 minutes de clampage aortique était significativement plus
élevé dans les curs préconditionnés
que dans les curs témoins, suggérant que les curs
préconditionnés avaient été protégés.
Cette observation démontre que le cur humain soumis à
une ischémie globale de 10 minutes peut être protégé
par une ischémie brève préalable. Cependant, elle
ne démontre pas de protection contre une ischémie prolongée
potentiellement infarctoïde, ce qui éloigne cette observation
de la définition première du préconditionnement.
Un angor préexistant est retrouvé chez environ 50 % des
patients qui ont présenté un infarctus du myocarde. L'angor
préinfarctus protège-t-il le cur ?
Trois études récemment publiées ont le mérite
d'avoir abordé le sujet de l'existence du préconditionnement
et de son efficacité chez l'homme, « en situation clinique
» [24-26]. Kloner et al. ont analysé rétrospectivement
les données de l'essai multi-centrique TIMI 4, dont le but était
la comparaison de l'efficacité de l'APSAC (anistreplase) et du
rt-PA (ou la combinaison des deux) dans le traitement de l'infarctus du
myocarde [24]. Ils ont observé une diminution de la taille de l'infarctus
(courbes des créatines phosphokinases et étendue des ondes
Q sur l'électrocardiogramme) et de la mortalité hospitalière
chez les patients qui avaient présenté un angor avant l'infarctus.
Nakagawa et al. ont observé une amélioration de la
fonction contractile régionale et globale, au cours du premier
mois postinfarctus, chez des patients ayant présenté un
infarctus de topographie antérieure et ayant souffert d'un angor
préalable [25]. Ottani et al. ont noté une diminution
du taux cumulé des créatines phosphokinases-MB, dans les
24 heures suivant un infarctus, chez les patients ayant présenté
un angor préalable [26].
Cependant, ces études souffrent de plusieurs défauts.
Il s'agit tout d'abord d'études rétrospectives. Surtout,
quatre défauts méthodologiques très difficilement
contournables chez l'homme limitent les conclusions :
1) La difficulté de définir l'angor « préalable
». L'ambiguïté porte à la fois sur le terme angor
et sur le terme préalable. L'angor n'est que la « partie émergée
de l'iceberg » qu'est l'ischémie. On sait que, au cours de
la période précédant l'infarctus du myocarde, nombre
d'épisodes ischémiques sont cliniquement silencieux. L'ischémie
peut même être exclusivement silencieuse. Il est tout à
fait possible que certains patients classés dans les groupes sans
angor préalable aient présenté des épisodes
d'ischémie myocardique silencieuse.
2) Le délai angor-infarctus du myocarde. Pour les mêmes
raisons, il est très difficile de déterminer précisément
ce délai dont on connaît l'importance dans l'induction du
préconditionnement.
3) La circulation collatérale. Son évaluation reste très
imprécise (score angiographique qualitatif). Il est en effet bien
connu que le débit collatéral coronaire (débit persistant
dans la zone ischémique pendant l'ischémie grâce à
des anastomoses avec les artères collatérales) est un déterminant
majeur de la taille de l'infarctus. Ce débit collatéral
ne peut pas être mesuré de façon correcte chez l'homme.
4) L'évaluation de la taille de l'infarctus. Le préconditionnement
se définit uniquement, jusqu'à présent, par une limitation
de la taille de l'infarctus. Or, il n'existe pas à ce jour de technique
fiable de mesure de la taille de l'infarctus chez l'homme.
Donc, s'il est probable que le préconditionnement existe chez
l'homme, sa mise en évidence en situation clinique d'infarctus
reste très difficile.
CONCLUSION
Le préconditionnement assure une cardioprotection anti-ischémique
dont la puissance n'est égalée par aucune thérapeutique
actuellement disponible. Bien que son mécanisme reste obscur, il
semble que différents stimuli peuvent induire cette tolérance,
peut-être par l'intermédiaire de l'activation du métabolisme
des phospho-inositides et la protéine kinase C. Son existence chez
l'homme est très probable et son utilisation thérapeutique
découlera peut-être de l'identification de cibles pharmacologiques
et de la mise au point de molécules mimant le préconditionnement.
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