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Echocardiographic assessment of entry tears in aortic dissections


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 14, Number 2, 84-91, Février 2002, Mini-revues


Résumé   Summary  

Author(s) : Raymond Roudaut, Stéphane Lafitte, Louis Labrousse, Claude Deville, service de cardiologie, hôpital cardiologique du Haut-Lévêque, CHU de Bordeaux, 33604 Pessac..

Summary : Aortic dissection is a medico-surgical emergency with a greater improved prognosis since reliable diagnostic tools have been developped and surgical techniques, especially for the type A dissecting aneuryms. However, some difficult situations exist and long-term follow-up is sometimes unexpected. The exact role of percutaneous fenestration and stent placement as first treatment of aortic dissection has yet to be determined. These percutaneous treatment have been already approved in cases of aortic branch arteries obstruction. Conversely, long-term effects of entry tear exclusion with a stent graft in type B dissection remains hypothetic. These new therapeutic strategies are based on the use of the different imaging techniques available in order to establish a precise diagnosis of the extent of the disease and location of the tears.

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ARTICLE

La dissection aortique est de plus en plus fréquemment reconnue grâce à l'évolution de l'imagerie. Elle frappe environ 27 cas par million d'habitants et par an. Il s'agit d'une urgence médico-chirurgicale non exceptionnelle dont le pronostic initial a été très amélioré ces dernières décennies ; cependant des efforts doivent encore être faits pour en améliorer le pronostic à moyen et long terme [1, 2].

Considérations générales

La dissection aortique est l'accident le plus grave qui puisse toucher l'aorte. Elle correspond au clivage longitudinal de la média à partir d'une déchirure intimale « porte d'entrée » située dans la plupart des cas (60 %) au niveau de l'aorte ascendante, dans 10 % des cas environ au niveau de l'aorte transverse, dans 22 % des cas au niveau de l'aorte thoracique descendante (après l'origine de la sous-clavière gauche) et dans 3 % au niveau de l'aorte abdominale. L'extension de la dissection se fait dans les sens longitudinal (essentiellement en antérograde mais parfois en rétrograde) et transversal (au maximum la dissection est circonférencielle) (figure 1).

Le plus souvent, à l'extrémité distale de la dissection, une déchirure secondaire, dite orifice de « réentrée », permet à la colonne sanguine du faux chenal de regagner le vrai chenal. En réalité, de nombreuses portes d'entrées et de réentrées peuvent être retrouvées dans les dissections par désinsertion de collatérales (troncs supra-aortiques, intercostales, rénales, artères digestives...) (figure 2).

On oppose classiquement, sur le plan pronostique et thérapeutique, les dissections qui intéressent l'aorte ascendante (type A de la classification de Stanford), aux dissections qui respectent l'aorte ascendante (type B de Stanford), car la dissection de l'aorte ascendante présente un très haut risque de rupture. En pratique, dans la dissection de type A en l'absence de chirurgie, un patient sur deux est décédé à la 48e heure et 90 % des patients sont décédés à 1 mois.

Généralement, les dissections de type B relèvent d'un traitement médical, d'une part, car l'évolution naturelle est moins sombre, et d'autre part car la chirurgie de l'aorte thoracique descendante comporte un risque de paraplégie non négligeable. Seules sont considérées comme chirurgicales les dissections de type B compliquées (fissuration, ischémie, persistance de la douleur).

La prise en charge moderne d'une dissection aortique nécessite la connaissance la plus précise possible du site des portes d'entrées et de réentrées. En effet, pour les dissections de type A, le but de la chirurgie est non seulement de remplacer l'aorte ascendante fragilisée, mais aussi de fermer les portes d'entrées dont la persistance continue à alimenter le faux chenal. Certes, lorsque l'orifice d'entrée est situé sur l'aorte ascendante, la chirurgie traite « la porte d'entrée », mais certaines dissections de type A ont une porte d'entrée au niveau de l'aorte horizontale, voire au niveau de l'isthme avec extension rétrograde et dissection de l'aorte ascendante : ces cas nécessitent une chirurgie plus lourde étendue à l'aorte horizontale, voire isthmique, afin de réséquer la porte d'entrée.

Enfin, dans le domaine des dissections aortiques de type B, nous assistons actuellement au développement de l'implantation des endoprothèses couvertes [3-5]. Certes, les indications ne sont pour l'heure pas bien codifiées, mais ce type de geste suppose une connaissance parfaite de l'anatomie de l'aorte disséquée, des portes d'entrées et de réentrées. Les travaux récents soulignent le rôle délétère de la perméabilité du faux chenal [6, 7].

Le diagnostic en urgence de la dissection aortique a largement bénéficié des nouvelles techniques d'imagerie que sont l'échocardiographie transœsophagienne (ETO), le scanner spiralé ou l'imagerie par résonance magnétique (IRM) (tableaux I et II). Les performances de ces examens en termes de diagnostic sont à peu près équivalentes ; en revanche, chaque technique a ses avantages et ses limites en termes d'étude des portes d'entrées et de réentrées. Le scanner ne permet pas une analyse précise des portes d'entrées et de réentrées, alors que l'ETO et l'IRM analysent parfaitement le flux des communications [8-10].

L'aortographie est moins souvent demandée de nos jours, en particulier dans les dissections de type A, véritables urgences vitales. Cependant, certaines équipes l'utilisent beaucoup dans le bilan préopératoire des dissections aortiques compliquées d'ischémie.

L'avantage des techniques type tomodensitométrie (TDM) spiralée ou IRM est de donner une reconstruction tridimensionnelle qui permet de se faire une idée plus précise des anomalies.

Données physiopathologiques concernant les portes d'entrées et de réentrées

Classiquement, la porte d'entrée est assez large facilitant l'extension de la dissection longitunalement et transversalement en spirale ou de façon circonférentielle : le faux chenal a tendance à occuper la courbure extérieure de l'aorte, il est donc le plus souvent à droite sur l'aorte ascendante, postérieur et supérieur sur l'aorte transverse, postérieur gauche sur l'aorte thoracique descendante. Si bien que les collatérales les plus fréquemment concernées par le processus disséquant sont la coronaire droite, les troncs supra-aortiques, les intercostales gauches, l'artère rénale gauche et l'artère iliaque gauche (figure 3).

L'extension de la dissection aux collatérales touche, par ordre de fréquence dominante : les troncs supra-aortiques, les artères rénales, les artères antérieures de l'aorte abdominale (digestives).

Du fait de la fragilité de sa paroi externe, le faux chenal, a tendance à s'étirer au fil du temps, voire à devenir anévrismal avec risque de rupture secondaire. Un des objectifs du traitement moderne de la dissection aortique est de supprimer la porte d'entrée pour faciliter la thrombose du faux chenal et éviter la dilatation anévrismale, qui est d'autant plus à craindre que le faux chenal est perméable.

L'ischémie dans un territoire peut être secondaire à quatre mécanismes (figure 4) [11, 12] :

- dissection de la collatérale elle-même, le faux chenal comprimant le vrai chenal (compression « statique ») ;

- désinsertion de l'artère qui n'est plus alimentée que par le faux chenal ;

- obstruction de l'ostium par le voile intimal flottant (compression « dynamique ») et parfois phénomène d'intussusception ;

- enfin, compression de l'artère par le faux chenal aortique, plus ou moins thrombosé.

La porte de réentrée principale est fréquemment observée au fond du cul-de-sac du faux chenal. Cependant, de nombreuses déchirures secondaires peuvent être observées, principalement au niveau des collatérales désinsérées.

Ces déchirures secondaires, par désinsertion de collatérales de l'aorte descendante, sont souvent constatées par le chirurgien lors du remplacement de l'aorte transverse réalisé en arrêt circulatoire avec anastomose ouverte et dans la chirurgie secondaire pour remplacement de l'aorte thoracique descendante devenue ectasique.

Toute l'importance de ces déchirures secondaires tient au fait qu'elles sont susceptibles d'alimenter le faux chenal au niveau de l'aorte disséquée laissée en place, et de la conserver perméable.

Apport de l'échocardiographie dans le diagnostic des portes d'entrées et de réentrées (figures 5 à 8)

L'échocardiographie, en particulier par voie œsophagienne, réalisable au lit du malade, en salle d'urgence, est devenue un examen clé de diagnostic positif, topographique et de gravité des dissections aortiques [13-15]. Les avantages de cet examen sont sa rapidité d'exécution, son faible coût et sa fiabilité entre des mains expérimentées. Le piège le plus difficile est celui des artefacts linéaires de l'aorte ascendante dont la séméiologie échocardiographique est actuellement parfaitement décrite. Plusieurs équipes proposent également de réaliser l'échographie transœphagienne au bloc opératoire en préopératoire immédiat. Cela a l'avantage de permettre, chez un patient endormi, une étude encore plus minutieuse de l'aorte à la recherche des portes d'entrées et de réentrées [16].

Le voile intimal est le plus souvent mobile, ondulant, la vraie lumière est expansive en systole (avec compression du faux chenal).

L'échocardiographie doppler permet d'analyser le type de flux dans le faux chenal : il est habituellement inférieur à celui du vrai chenal, d'où la mise en évidence d'un phénomène de contraste spontané (lié à la stase), voire de thrombi muraux.

En section circulaire, le flap barre la lumière aortique transversalement, le doppler couleur arrive à distinguer facilement le vrai du faux chenal : dans les formes chroniques, ce faux chenal est toujours le plus volumineux.

De temps à autre, le flap est complexe, l'aorte apparaît séparée en trois chenaux. Cet aspect en trèfle indique souvent qu'une collatérale naît à ce niveau, mais qu'elle n'est vascularisée que par un fin canal enserré, de part et d'autre, par le faux chenal. Parfois, le flap se replie sur lui-même et peut entraîner un obstacle à l'écoulement sanguin dans l'aorte ou vers les collatérales (phénomène d'intussusception) [17]. Dans notre expérience, un flap mobile correspond toujours à un faux chenal perméable. Un flap peu mobile ou immobile est plus fréquemment observé dans les dissections chroniques dans lesquelles il existe une thrombose totale ou partielle du faux chenal [18].

L'avènement des sondes multiplan a grandement amélioré les performances de l'ETO, en particulier dans la recherche de la porte d'entrée. En effet, en monoplan, celle-ci n'était retrouvée que dans 67 % des cas dans l'étude de Guéret [19] contre 100 % dans celle de Hashimoto [20].

En échocardiographie, la porte d'entrée apparaît comme une solution de continuité au niveau du flap intimal. Les rebords de cette déchirure sont parfois nets (trou à l'emporte-pièce), parfois irréguliers (berges déchirées, flottantes).

Surtout, le doppler couleur permet de visualiser un jet systolique turbulent mettant en communication vrai et faux chenaux. Selon le niveau de pression qui règne dans les faux chenaux, les vitesses de ce jet systolique sont plus ou moins élevées. Selon Armstrong [21], les portes d'entrées peuvent être multiples dans 35 % des cas.

Lorsque l'image directe de la porte d'entrée est difficile à enregistrer, on peut se fonder sur les signes indirects, et en particulier l'existence et le sens du flux dans le faux chenal, pour déduire le site de la porte d'entrée.

La recherche de portes de réentrées nécessite un balayage très soigneux de l'aorte dans son ensemble en s'attardant à l'origine des collatérales. Cela est devenu plus facile pour les troncs supra-aortiques grâce aux sondes multiplans [22]. L'exploration des artères à visée digestive par voie transœsophagienne et transgastrique est, selon Orihashi [23], réalisable au bloc opératoire, mais elle peut également être réalisée par échographie transpariétale abdominale.

Récemment, il a été proposé d'utiliser l'échocardiographie de contraste pour faciliter la détection des communications [24].

Enfin, l'échographie intravasculaire a été proposée dans l'exploration des dissections aortiques. Plus qu'à titre diagnostique, son intérêt résiderait dans l'aide à l'implantation d'une endoprothèse lorsque ce type de traitement est proposé [25].

Indications thérapeutiques

Les indications de la chirurgie sont à l'heure actuelle bien codifiées pour les désinsertions de type A, avec trois objectifs principaux : remplacer l'aorte ascendante disséquée, réséquer la porte d'entrée et corriger une éventuelle insuffisance aortique.

Les procédures interventionnelles viennent aujourd'hui enrichir l'arsenal thérapeutique des dissections. Elles sont en cours d'évaluation et sont pour l'heure réservées aux dissections compliquées (ischémie compliquant une dissection de type A opérée ou ischémie dans un contexte de dissection de type B). Les endoprothèses couvertes thoraciques pourraient être proposées dans la dissection de type B compliquée d'ischémie par mécanisme dynamique (flap). Leur principe repose sur la fermeture de la porte d'entrée. Elles ont également été posées en cas de fissuration du faux chenal [4, 5]. Enfin, leur utilisation systématique dans les dissections de type B, afin de prévenir l'évolution de l'anévrisme de l'aorte, est en cours d'évaluation. Leur positionnement est souvent réalisé sous contrôle ETO [26, 27].

La dilatation par ballonnet et mise en place d'un stent est une bonne indication en cas de compression statique (par extension de la dissection à la collatérale). Dans ce cas précis, le but est de remodeler la collatérale comprimée par le faux chenal [28-30].

Une fenestration du flap aortique, soit par ballonnet, soit par la technique du ciseau, peut également être proposée pour traiter une ischémie dynamique (flap obstructif) de plusieurs territoires. Le principe est de créer un large orifice de réentrée entre le faux et le vrai chenal.

Ces gestes délicats nécessitent une collaboration médico-chirurgicale et se font sous contrôle radiologique, voire ETO, certaines équipes utilisant l'échographie endovasculaire à cet effet.

REFERENCES

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