ARTICLE
Le cholestérol, un des principaux composants de la plaque
athéromateuse reste un des acteurs clés de son développement.
En effet, la maladie athéromateuse est décrite comme une
accumulation de lipides au sein de la paroi artérielle. Pourtant,
dès 1862 Virchow suggérait que « l'inflammation de
la paroi vasculaire est le point de départ de la dégénération
athéromateuse... [puisque] la série complète des
événements qui compose le processus inflammatoire bien connu
y est présente » [1]. Depuis, le rôle d'un processus
inflammatoire chronique dans la formation et l'évolution des plaques
athéroscléreuses a été précisé
et formellement reconnu ; Ross considère d'ailleurs que l'athérosclérose
est avant tout une maladie inflammatoire [2]. Effectivement, le développement
des lésions athéroscléreuses au niveau de la paroi
vasculaire doit être considéré comme une série
de réponses cellulaires et moléculaires spécifiques
qui constituent, dans leur ensemble, une maladie inflammatoire. Cette
revue de synthèse est destinée à mettre en exergue
la participation de mécanismes inflammatoires au cours des différentes
étapes de la formation de la plaque athéroscléreuse,
et de préciser l'apport éventuel du dosage systémique
de molécules de l'inflammation pour la mise en évidence
ou suivre l'évolution de la pathologie athéromateuse.
Les différentes étapes de la formation
de la plaque athéroscléreuse
La description anatomopathologique moderne de l'athérosclérose
retient trois stades évolutifs : la strie lipidique, la lésion
fibro-lipidique, et la lésion compliquée. Une classification
très détaillée a été élaborée
par l'American Heart Assocation, qui divise les événements
en sept stades de gravité croissante [3]. Cette classification
reprend la chronologie de formation de la lésion vasculaire initiale
: l'accumulation de lipides dans l'espace sous-endothélial, l'infiltration
lympho-monocytaire de la paroi, la formation des cellules spumeuses et
du cur lipidique, la constitution d'une chape fibreuse et sa calcification,
et enfin les événements compliquant la plaque athéroscléreuse
(rupture de la chape, hémorragies intra- et extraplaque, etc.)
(tableau I). Dans toutes
ces étapes, le rôle primordial des éléments
cellulaires intervenant dans ces différentes étapes (macrophage
essentiellement mais aussi lymphocyte et cellule endothéliale)
témoigne de l'importance des processus inflammatoires dans la pathogénie
de l'athérosclérose [4]. Les trois événements
principaux qui constituent le processus inflammatoire : (la vasodilatation,
l'augmentation de la perméabilité vasculaire et la sécrétion
de chimiokines et de facteurs solubles) sont présents en filigrane
du déroulement de ces étapes d'évolution de la plaque
athéromateuse.
Les acteurs cellulaires du processus
inflammatoire chronique de l'athérosclérose
Les cellules endothéliales
L'endothélium vasculaire a la propriété d'exprimer
à sa surface luminale (de façon constitutionnelle ou après
activation) des molécules responsables de l'adhésion, la
migration et l'accumulation de monocytes et de cellules T. Ces molécules
d'adhésion, qui agissent comme des récepteurs pour des glycoconjugués
et des intégrines présents à la surface des monocytes
et des cellules T, sont les sélectines (E-sélectine, P-sélectine)
et les molécules d'adhésion (ICAM-1 et VCAM-1 essentiellement)
[5]. Ces molécules associées à la migration des leucocytes
à travers la monocouche endothéliale agissent en conjonction
avec les molécules chimio-attractantes (chimiokines, MCP-1, LDL
modifiées) générées par l'endothélium,
les cellules musculaires lisses et les monocytes, afin d'attirer les monocytes
et cellules T à l'intérieur du tissu vasculaire [5]. Ces
interactions ligands-récepteurs activent les cellules mononucléées,
induisent leur prolifération et aident à la mise en place
d'une réaction inflammatoire localisée au site même
de la lésion.
La nature du flux systémique, selon que la turbulence et les
contraintes de cisaillement sont faibles ou importantes, est prépondérante
pour la formation ou non de lésions à certains sites artériels.
En effet, les modifications de flux modifient l'expression de gènes
dont les promoteurs possèdent des éléments de réponse
au stress. Par exemple, le gène de ICAM-1 au niveau des cellules
endothéliales possèdent de tels éléments de
réponse, et leur expression est accrue par une réduction
des contraintes de cisaillement [6, 7]. Le roulement et l'adhésion
des monocytes résultent d'une activation combinée de l'endothélium
et des cellules blanches circulantes.
La diminution de l'un des acteurs de l'infiltration vasculaire par les
cellules blanches (expression endothéliale de molécules
d'adhésion, sécrétion de facteurs chimiotactiques,
surcharge lipidique) est suffisante pour diminuer l'inflammation locale
de la paroi vasculaire et ainsi ralentir ou faire régresser le
processus athéromateux. En effet, les souris totalement déficientes
en ICAM-1, CD18 ou P-sélectine, ou déficientes dans la combinaison
de ces molécules, développent moins de lésions athéroscléreuses
lorsqu'elles sont soumises à une surcharge en lipides alimentaires
[8]. La comparaison des rôles respectifs de ces molécules
dans le processus inflammatoire artériel pourra donc dans l'avenir
fournir des pistes sur les possibilités de modifier le processus
inflammatoire au niveau de ces sites, et donc de modifier l'évolution
du processus athéromateux.
Les monocytes et lymphocytes
Le monocyte est présent à chaque étape de l'athérogénèse.
Les macrophages résidents qui en dérivent sont des cellules
scavenger et des cellules présentant l'antigène ;
ils sécrètent des cytokines, des chimiokines, des molécules
de régulation de la croissance cellulaire, des métalloprotéases
et d'autres enzymes hydrolytiques. La pénétration des cellules
mononucléées dans les lésions athéromateuses,
leur survie et leur réplication dépendent de nombreux facteurs,
parmi lesquels les facteurs de croissance M-CSF et G-CSF pour les monocytes,
et l'IL2 pour les lymphocytes [9, 10]. L'exposition prolongée au
M-CSF permet au macrophage de survivre in vitro, et lui permettrait
de proliférer in vivo. En revanche, les cytokines pro-inflammatoires
telles que l'interféron-gamma activent les macrophages et, dans
certaines conditions programment leur apoptose. In vivo, ce processus
contribuerait alors à la formation du noyau nécrotique caractéristique
des lésions athéroscléreuses avancées [9].
Par ailleurs, les macrophages activés expriment les antigènes
HLA DR de classe II, qui leur permettent de présenter les antigènes
aux lymphocytes T [11]. Les réponses immunes de type cellulaire
sont ainsi impliquées dans le processus athéromateux, puisque
les cellules CD4+ et CD8+ sont présentes
au sein des lésions à chaque étape du processus.
Les cellules T sont activées lorsqu'elles fixent l'antigène
présenté par les macrophages. Cette activation entraîne
la sécrétion de cytokines, notamment l'IFNgamma et les TNFalpha
et beta, ce qui amplifie la réponse inflammatoire [12]. Les cellules
musculaires lisses présentes dans les lésions possèdent
également les antigènes de classe II à leur surface,
probablement sous l'influence de l'IFNgamma, et peuvent donc aussi présenter
l'antigène aux cellules T. L'un de ces antigènes peut être
les LDL oxydées, qui peuvent être formés sous l'action
des macrophages.
Les plaquettes
L'adhésion plaquettaire et la thrombose murale sont ubiquitaires
dans l'initiation et la génération des lésions d'athérosclérose
chez l'animal et chez l'homme [13]. Les plaquettes peuvent adhérer
à l'endothélium vasculaire, au collagène exposé
à la surface pariétale et aux macrophages. Lorsqu'elles
sont activées, les plaquettes libèrent leurs granules, qui
contiennent des cytokines, des facteurs de croissance qui, associés
à la thrombine, peuvent contribuer à la migration et à
la prolifération des cellules musculaires lisses et des monocytes
[14]. L'activation plaquettaire conduit à la formation d'acide
arachidonique, substrat à l'origine de la synthèse des prostaglandines,
des thromboxanes et des leucotriènes, qui sont d'importants acteurs
de la vasodilatation et de l'augmentation de la perméabilité
vasculaire au cours de la réaction inflammatoire.
Les plaquettes sont également des acteurs importants des complications
des lésions avancées de la plaque athéroscléreuse
(rupture de la plaque, thrombose) qui conduisent aux syndromes coronariens
instables et à l'infarctus du myocarde. Lorsqu'elles sont activées,
les plaquettes peuvent se concentrer sur le mur vasculaire et former un
thrombus en recrutant de nouvelles plaquettes [15].
Les molécules du processus inflammatoire
chronique de l'athérosclérose
Les éléments moléculaires impliqués dans
l'état inflammatoire chronique de la paroi artérielle sont
très nombreux ; leur synthèse est assurée par les
différents types cellulaires que nous venons d'évoquer,
par les cellules musculaires lisses, mais également par les cellules
circulantes ou même au niveau hépatique, pour les protéines
de la réaction inflammatoire (PRI).
Les cytokines
Les cytokines sont des médiateurs solubles synthétisés
par l'ensemble des types cellulaires impliqués dans le processus
athéroscléreux, présents au niveau de la paroi ou
au niveau vasculaire. Cette grande famille de molécules est constituée
de différents groupes de molécules, réunies en fonction
de l'origine de leur synthèse et sécrétion ou de
leur activité biologique : les interleukines (IL1, IL2, etc.),
les facteurs nécrosants (TNFalpha et beta), les interférons
(IFNalpha, beta et gamma), les facteurs de croissance (FGF a et b, EGF,
PDGF, VEGF, etc.) et Colony stimulating factors (G-CSF, GM-CSF,
M-CSF, etc.), les facteurs transformants (TGFalpha et beta), les chimiokines
(MCP-1, beta-thromboglobuline, Rantes, etc.), les protéines de
stress (heat shock proteins).
Ces multiples molécules exercent des actions générales
ou le plus fréquemment très spécifiques, qui concourent
de façon physiologique soit à l'initiation et au maintien
d'une réaction inflammatoire, soit à son inhibition pour
permettre l'atténuation et finalement la disparition de la réaction,
devenue inutile et potentiellement délétère pour
l'organisme. C'est ainsi que l'on peut distinguer les cytokines pro-inflammatoires
et les cytokines anti-inflammatoires (tableau
II) [16].
Cytokines pro-inflammatoires
Un grand nombre de cytokines pro-inflammatoires sont présentes
dans la plaque athéromateuse : TNFalpha, IL1, IL6, IL8, IL12, IFNgamma...,
synthétisées et sécrétées par les différents
types cellulaires de la plaque (cellule endothéliale, cellule musculaire
lisse, monocyte macrophage, lymphocyte) [16]. Elles participent, seules
ou en association, à la formation de la plaque, en favorisant le
recrutement des monocytes circulants par stimulation de la libération
de MCP-1 par les cellules de la plaque et en favorisant leur adhérence
à l'endothélium par l'expression de VCAM-1 (et la surexpression
de ICAM-1) par les cellules endothéliales. En outre, ces cytokines
modulent la réponse fibro-proliférante dans la plaque :
la production des collagènes de types I et III par les cellules
musculaires lisses apparaît inhibée par l'IFNgamma, mais
augmentée par l'IL1 et le TNFalpha. De plus, ces cytokines induisent
l'expression par les cellules musculaires lisses (mais aussi les macrophages
et les cellules endothéliales) de métalloprotéases
matricielles (MMP), enzymes responsables du remodelage de la matrice extracellulaire
sous-endothéliale [17]. Elles stimulent l'activité de la
MMP-2, et induisent l'expression et la sécrétion des MMP-3
et MMP-9. L'activité des MMP est inhibée par des inhibiteurs
tissulaires des métalloprotéases (les TIMP), mais dont l'activité
n'est pas modifiée par IL1 et TNFalpha : l'équilibre physiologique
entre les MMP et les TIMP est donc rompu lorsque ces deux cytokines sont
très exprimées, aboutissant à une dégradation
accrue des protéines matricielles et donc à une fragilisation
de la plaque.
Les cytokines pro-inflammatoires de la plaque peuvent également
intervenir dans les complications thrombotiques associées à
l'athérosclérose. Les propriétés antithrombotiques
des cellules endothéliales sont en effet très altérées
par l'IL1 et le TNFalpha, qui augmentent l'activité procoagulante
de type tissulaire et suppriment l'activité anticoagulante relayée
par le système thrombomoduline-protéine C, en diminuant
l'expression de la protéine C. Ces cytokines modifient aussi les
propriétés fibrinolytiques des cellules endothéliales,
en inhibant la production de l'activateur tissulaire du plasminogène
(tPA) et en augmentant la production de son inhibiteur principal, le PAI-1
[18].
Cytokines anti-inflammatoires
Les cytokines réprimant la réaction inflammatoire permettent
physiologiquement une régulation de l'équilibre inflammatoire,
et pourraient constituer dans l'avenir un important axe thérapeutique
pour l'ensemble des pathologies inflammatoires. Trois cytokines ont une
activité anti-inflammatoire marquée : l'IL4, l'IL10 et l'IL13.
Elles présentent une activité antagoniste des cytokines
pro-inflammatoires, par exemple en inhibant l'activation macrophagique
induite par l'IFNgamma et l'IL2 [19]. L'IL10 semble particulièrement
importante dans le contexte de l'athérosclérose, car elle
est produite en grandes quantités par les monocytes-macrophages
et possède des propriétés désactivatrices
de ces cellules, en inhibant la synthèse de nombreuses cytokines
pro-inflammatoires par ces cellules [20]. Elle est aussi capable d'induire
la production du TIMP de type 1 (TIMP-1) et d'inhiber la synthèse
de MMP-1 et MMP-9 [21]. Enfin, IL10 intervient dans l'homéostasie
fibrinolytique de la plaque athéromateuse en réprimant la
synthèse locale du facteur tissulaire.
La figure 1 illustre
les différents sites d'action (activation, inhibition) des cytokines
pro-inflammatoires et anti-inflammatoires sur les différents intervenants
cellulaires et moléculaires de la formation de la plaque athéroscléreuse.
Les protéines de la réaction inflammatoire
[PRI]
Quelle qu'en soit l'origine, le processus inflammatoire, lorsqu'il est
étendu ou intense conduit à une réaction systémique
dont les retentissements sont biologiques (hyperleucocytose, PRI) et éventuellement
cliniques (douleur, fièvre). Ces PRI sont des marqueurs de la phase
aiguë de la réaction inflammatoire, mais un processus chronique
peut également conduire à une augmentation de leur concentration
systémique. C'est en particulier le cas de la protéine C-réactive
(CRP) et du fibrinogène, dont l'intérêt en tant que
marqueurs biologiques de la pathologie athéromateuse est maintenant
bien établi. Les PRI sont en fait de véritables anti-inflammatoires
naturels, puisqu'elles interagissent avec différents ligands du
foyer inflammatoire. Leurs fonctions biologiques principales sont :
(1) une activité antiprotéasique, fonction essentielle
de l'alpha1-antitrypsine et de l'alpha1-antichymotrypsine ;
(2) une action d'épuration, par exemple de la CRP vis-à-vis
du fragment C3b, de la SAA vis-à-vis des débris lipidiques
membranaires ou de la céruléoplasmine, qui semble agir comme
une véritable superoxyde dismutase extracellulaire et neutralise
les radicaux libres produits au site de la réaction inflammatoire
;
(3) une activité de restauration cellulaire, par exemple grâce
au fibrinogène, précurseur de la fibrine, molécule
d'ancrage favorisant la reconstruction tissulaire grâce à
ses interactions avec l'acide hyaluronique, et à l'orosomucoïde,
dont l'homologie de structure avec les lipocalines lui conférerait
un rôle d'apport de molécules lipophiles au site lésé.
Les molécules de l'inflammation : acteurs
ou marqueurs de l'athérosclérose
?
Une récente publication de Tracy aborde de façon très
pertinente la relation de cause à effet entre l'inflammation de
la paroi artérielle et le développement de la maladie athéroscléreuse
[22]. L'existence d'un processus inflammatoire, révélée
par une augmentation des molécules de l'inflammation, au sein de
la plaque d'athérome constitue-t-elle une cause ou une conséquence
de la formation et de l'évolution de la plaque ? Ces deux possibilités
peuvent être considérées séparément,
en établissant deux modèles des relations entre le processus
athéroscléreux et les molécules de l'inflammation
(figure 2).
Dans le premier modèle, les molécules de l'inflammation
sont des acteurs du développement athéroscléreux,
et l'inflammation constitue une cause ou l'une des causes de la pathologie
athéroscléreuse. Par exemple, le fibrinogène est
une molécule de réparation au cours de l'inflammation et
un facteur de la coagulation, dont les concentrations plasmatiques élevées
en font un agent causal de l'athérosclérose.
Dans le second modèle, les molécules de l'inflammation
ne constituent qu'un reflet de l'état inflammatoire de la plaque
athéromateuse, et n'interviennent qu'en tant que protéines
de la réaction inflammatoire. Par exemple, les concentrations systémiques
de la CRP plus élevées chez les patients athéromateux,
ne seraient qu'une conséquence de l'inflammation chronique de la
paroi artérielle de ces sujets.
En fait, la réalité n'est probablement pas schématisée
par l'un ou l'autre de ces deux modèles, mais très vraisemblablement
par leur combinaison en un troisième, qui fait de la molécule
de l'inflammation à la fois un marqueur et un acteur de l'athérosclérose.
Ce troisième modèle est étayé par le fait
que beaucoup de molécules de l'inflammation sont ubiquitaires et
peuvent être un agent causal de l'athérosclérose et
une conséquence (tableau
III).
Les marqueurs biochimiques avérés
ou potentiels de l'état inflammatoire au cours de l'athérogénèse
L'implication, même forte, de molécules dans le processus
athéromateux n'en fait pas, loin s'en faut, des marqueurs utilisables
en biologie clinique pour la prédiction, le dépistage ou
le suivi de la maladie athéromateuse. Les molécules ont
en effet une synthèse et/ou une expression le plus souvent locale,
qui ne suffit pas à modifier notablement leur concentration systémique,
ou sont trop peu spécifiques du processus inflammatoire de l'athérosclérose.
Néanmoins, quelques marqueurs semblent présenter un intérêt
diagnostique et/ou pronostique.
Les leucocytes totaux
L'étude déjà ancienne de Framingham avait mis en
évidence une association entre la concentration de leucocytes totaux
et le développement de la pathologie athéromateuse [23].
Une récente méta-analyse des principales études prospectives
menées sur ce sujet a indiqué un risque relatif associé
à ce marqueur de 1,4, en soulignant l'importance de facteurs associés
tels que le tabagisme [24].
L'albumine
Les mêmes études (en particulier l'étude NHANES)
ont également montré que les sujets ayant une concentration
plasmatique de l'albumine élevée, même à l'intérieur
des valeurs normales, ont un risque relatif de développement de
pathologie cardiovasculaire d'environ 0,6 (entre 0,4 et 0,7 selon les
études et le sexe) [25, 26].
Le fibrinogène
Le fibrinogène est une protéine majeure du système
de la coagulation, mais c'est aussi une protéine de la réaction
inflammatoire, intervenant particulièrement dans les modifications
de viscosité sanguine et favorisant la sédimentation globulaire.
Le risque relatif lié à cette molécule dans le développement
de la maladie athéromateuse est estimé entre 1,5 et 1,8
(après prise en compte des autres facteurs de risque) [24, 27].
La CRP
L'utilisation de méthodes de dosage « ultrasensible »
a permis de déterminer de façon sensible et précise
les concentrations de la CRP sérique comprises entre 0,01 et 10
mg/l. Initialement décrite comme un marqueur de sévérité
d'une pathologie cardiovasculaire, la CRP a par la suite montré
qu'elle peut être prédictive de l'apparition d'un accident
cardiovasculaire [28, 29], et même de pathologie vasculaire périphérique
[30]. Le risque relatif lié à une augmentation de la CRP
de environ 1 mg/l peut être estimé à 1,7, après
ajustement des autres facteurs de risque [24]. Le rôle de la CRP
et son intérêt diagnostique et pronostique de la pathologie
athéromateuse a été récemment détaillée
par Lagrand et al. [31].
Les molécules d'adhésion solubles
Différentes études cliniques ont en effet trouvé
une corrélation entre des concentrations plasmatiques élevées
des formes solubles des molécules d'adhésion endothéliales
ICAM-1 et VCAM-1 et des pathologies vasculaires telles que les pathologies
cardiaques ischémiques, les resténoses post-angioplastie
et l'athérosclérose [32, 33]. La Physicians' Health Study
a par ailleurs montré que les concentrations de l'ICAM-1 soluble
sont prédictives de l'apparition à long terme d'événements
cardiovasculaires, et sont corrélées à d'autres marqueurs
de l'inflammation, en particulier la CRP [34], et à l'épaissseur
intima-média des artères carotidiennes mesuré par
ultrasonographie [35].
Les métalloprotéases et leurs inhibiteurs
Des concentrations supraphysiologiques de certaines MMP (MMP-1, 3, 9
et 12) ont été mises en évidence dans les lésions
d'athérosclérose, faisant des enzymes de possibles acteurs
importants du développement et de l'instabilité de la plaque
athéromateuse [36]. Les travaux portant sur les concentrations
systémiques des MMP et/ou des TIMP sont en cours de réalisation.
On sait déjà que la concentration de MMP-9 est corrélée
au taux de leucocytes circulants mais pas aux marqueurs lipidiques usuels,
ce qui en fait potentiellement un bon marqueur de l'inflammation au cours
du processus athéroscléreux. Une étude réalisée
dans notre groupe a par ailleurs montré que les concentrations
sériques de MMP-3 et TIMP-1 sont plus élevées chez
les sujets dyslipidémiques présentant ou non des lésions
d'athérosclérose par rapport à un groupe apparié
de sujets sains (résultats non publiés).
Autres marqueurs inflammatoires potentiels
Parmi les nombreuses molécules intervenant dans le processus
inflammatoire, certaines voient leur concentration systémique augmentée
au cours du processus athéromateux. Pour ces molécules,
les résultats sont souvent fragmentaires, et des travaux complémentaires
sont indispensables pour préciser l'apport diagnostique, pronostique
et/ou pour le suivi biologique de la pathologie athéromateuse.
Parmi ces molécules, il convient de citer : la protéine
amyloïde A sérique (SAA), PRI dont la synthèse semble
modulée par les mêmes stimuli que ceux agissant sur la synthèse
de la CRP, l'IL6, le TNFalpha et l'IL1beta [37].
CONCLUSION Le
processus inflammatoire est une composante fondamentale du développement
et de l'évolution de l'athérosclérose. Il participe
à la mise en place des lésions vasculaires, dès l'étape
d'infiltration monocytaire de l'intima artériel, et est présent
à tous les stades de transformation de la plaque jusqu'à sa
stabilisation (fibrose, calcification) ou sa fragilisation et rupture. Par
certains aspects, l'inflammation est acteur de la formation et à
l'évolution des lésions vasculaires, en amplifiant des mécanismes
cellulaires et/ou moléculaires initialement protecteurs de l'intégrité
de la paroi artérielle. Même si leur spécificité
est parfois faible, certaines molécules de l'inflammation (CRP, fibrinogène)
semblent d'ores et déjà pouvoir être utilisées
comme marqueurs de l'athérosclérose. REFERENCES
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