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Homocystein and transplantation


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 12, Number 8, 510-4, Octobre 2000, Mini-revues


Résumé   Summary  

Author(s) : Pierre Ambrosi, service de cardiologie B, hôpital de la Timone, boulevard Jean-Moulin, 13385 Marseille cedex 5..

Summary : There is a very high prevalence of hyperhomocysteinemia (59 to 100%) in cardiac and renal transplant recipients and mean plasma homocysteine levels are nearly twice those of non-transplant controls. The main cause of this abnormality is renal failure related to ciclosporin nephrotoxicity. However, renal failure only explains part of the increased concentrations. A direct effect of ciclosporin on homocysteine metabolism has been suggested but not confirmed. The prevalence of hyperhomocysteinemia is significantly higher in cardiac transplant patients with coronary graft vasculopathy than in matched cardiac transplant recipient controls without vasculopathy. One report suggested that hyperhomocyteinemia predicted vascular complications in renal transplant patients. The value of folic acid with or without vitamin B12 supplement therapy in transplant patients is still under investigation. On going clinical trials should provide the answer to this question.

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ARTICLE

L'hyperhomocystéinémie sévère (supérieure à 100 mumo/l) est un facteur de risque vasculaire reconnu, bien particulier puisqu'il favorise à la fois les accidents thrombotiques veineux et artériels. L'explication de ce double tropisme serait dans la toxicité endothéliale de l'homocystéine et peut-être dans un effet sur certains facteurs de l'hémostase [1].

Le statut de facteur de risque des hyperhomocystéinémies modérées (comprises entre 15 et 30 mumol/l) ou moyennes (30 < 100 mumol/l) est encore l'objet de discussion. En effet, bien que la quasi-totalité des études transversales aient trouvé une augmentation de la prévalence des hyperhomocystéinémies en cas de maladie vasculaire artérielle ou de maladie veineuse thromboembolique, plusieurs études prospectives ne retrouvent pas de valeur pronostique à l'homocystéine chez des sujets initialement indemnes de maladie vasculaire, suggérant donc que l'homocystéine n'est qu'un marqueur de risque [1]. Parmi les facteurs de confusion possibles, se trouvent l'âge avancé, le sexe masculin, l'insuffisance rénale, toutes sortes de conditions associées à la fois à une augmentation du risque vasculaire artériel et à une augmentation de l'homocystéinémie. Les patients ayant bénéficié d'une transplantation d'organe reçoivent habituellement de la ciclosporine et de ce fait sont souvent insuffisants rénaux. Une forte prévalence de l'hyperhomocystéinémie était donc prévisible a priori chez ces patients ; historiquement, elle a été montrée d'abord chez les transplantés rénaux puis chez les transplantés cardiaques.

Prévalence de l'hyperhomocystéinémie chez le transplanté rénal ou cardiaque

Il y a près de 20 ans, Wilcken avait montré que l'hyperhomocystéinémie modérée ou moyenne est fréquente chez le transplanté rénal [2]. Depuis, une demi-douzaine d'autres études ont confirmé cette forte prévalence qui va de 59 à 88 % dans ce type de population [3, 4]. Chez ces patients, l'homocystéinémie est habituellement élevée avant la transplantation, comme il est habituel chez des dialysés. Après transplantation rénale, l'homocystéinémie chute d'environ un quart en moyenne (passant ainsi de 36,9 mumol/l à 27,7 mumol/l dans la série d'Arnadottir) ; mais chez environ 25 % des patients elle demeure stable, elle peut même augmenter [5].

La prévalence de l'hyperhomocystéinémie est du même ordre chez le transplanté cardiaque, de 54 à 100 % [6-8]. Les homocystéinémies dosées chez ces patients varient de 8 à 60 mumol /l [6]. Elles sont significativement plus élevées que dans les population de coronariens et, a fortiori, que chez des témoins sains [6, 9]. Au cours des premiers mois, l'homocystéinémie augmente d'environ 50 % par rapport aux valeurs prétransplantation et demeure à peu près stable au cours des mois qui suivent (figure 1) [7]. De plus l'homocystéinémie après charge en méthionine est plus élevée chez les transplantés que chez des témoins sains [6]. L'explication physiologique des hyperhomocystéinémies après charge n'est pas simple. En effet, il est vraisemblable que celle-ci explore non seulement la trans-sulfuration aboutissant à la formation de cystéine, mais également la reméthylation qui donne de la méthionine à partir de l'homocystéine [10]. L'intérêt de pratiquer cette épreuve qui s'éloigne nettement des conditions physiologiques demeure sujet à discussion. Des données fragmentaires montrent que les hyperhomocystéinémies sont également fréquentes dans les autres types de transplantation (hépatique, pulmonaire...) [7].

Causes de l'hyperhomocystéinémie du transplanté

Le rein

L'altération de la fonction rénale est un facteur majeur d'élévation de l'homocystéinémie. L'homocystéinémie s'élève dès que le taux de filtration glomérulaire est inférieur à 70 ml/min. Pour des créatininémies de l'ordre de 200 à 300 mumol/l, l'homocystéinémie double environ par rapport à une population témoin [11]. Il existe une forte corrélation entre créatininémie et homocystéinémie soit à jeun soit après test de charge en méthionine dans des populations comportant des sujets avec fonction rénale normale ou modérément altérée. Pour certains auteurs, mais pas tous, l'homocystéine est plus fortement corrélée au taux de filtration glomérulaire ou la cystatine C sérique (un meilleur marqueur de la fonction rénale que la créatinine) qu'avec la créatinine [11, 12]. Les sujets très âgés, dont la fonction rénale est habituellement altérée, sont très souvent hyperhomocystéinémiques. Par exemple pour Hermann, 58 % des sujets de plus de 84 ans sont hyperhomocystéinémiques [13]. Par ailleurs, 85 à 100 % des dialysés sont hyperhomocystéinémiques [12]. Chez ces patients, les concentrations plasmatiques totales d'homocystéine atteignent souvent des valeurs relativement élevées de l'ordre de 50 mumol/l, soit nettement plus élevées que chez les coronariens. Les mécanismes de l'hyperhomocystéinémie de l'insuffisant rénal demeurent discutés. On sait que l'explication n'est pas dans la diminution de l'excrétion urinaire de l'homocystéine qui est habituellement très faible. Classiquement le rein est un des organes assurant une partie importante de la transformation de l'homocystéine [12]. Cependant, tous les auteurs n'ont pas trouvé au niveau rénal une différence artério-veineuse notable de concentration plasmatique d'homocystéine. Le rôle épurateur de l'homocystéine du rein est donc contesté par certains. Ceux-ci évoquent la responsabilité de toxines accumulées en cas d'insuffisance rénale et agissant par exemple sur le métabolisme hépatique de l'homocystéine [10]. Il existe des arguments pour penser que chez le sujet présentant une insuffisance rénale modérée non seulement la trans-sulfuration est altérée mais également la reméthylation [14].

Quelle est l'importance de la part de l'insuffisance rénale dans le déterminisme de l'hyper- homocystéinémie du transplanté ?

Chez les transplantés la corrélation homocystéinémie/créatininémie ou taux de filtration glomérulaire est forte. Cependant l'altération de la fonction rénale n'explique pas tout. Dans un travail mené chez le transplanté cardiaque, nous avions montré que l'homocystéinémie est significativement plus élevée chez ces transplantés que chez des sujets débutant une insuffisance rénale et de créatininémie similaire, suggérant l'intervention d'autres facteurs que l'insuffisance rénale [6]. De même Arnadottir et al. trouvent une homocystéinémie plus élevée chez les transplantés rénaux que chez des témoins appariés pour la clairance de la créatinine (27,7 versus 16 mumol/l) [5]. En analyse multivariée, la créatininémie expliquerait un quart à trois quarts de l'hyperhomocystéinémie des transplantés rénaux ou cardiaques [5, 8, 15].

D'autres arguments militent en faveur du rôle de facteurs extrarénaux. Par exemple, il existe une corrélation entre la valeur de l'homocystéinémie avant et après la transplantation rénale. De plus les transplantés rénaux avec des antécédents de maladie vasculaire ont une homocystéinémie plus élevée en moyenne que ceux qui n'ont pas ces antécédents [16].

Les carences vitaminiques

Il est vraisemblable que la folatémie diminue dans les premiers mois suivant la transplantation du fait d'apports alimentaires insuffisants [17]. Au-delà, nos résultats suggèrent que la folatémie rejoint en moyenne celle de la population générale [6]. Certains auteurs nord-américains ont trouvé de manière discordante une prévalence anormalement élevée de carences en folates chez ces patients, peut-être parce que les apports alimentaires sont insuffisants aux États-Unis [4, 7]. Toutes les études concordent en revanche pour retrouver une corrélation homocystéinémie/folatémie chez les transplantés, ce qui rejoint la constatation anciennement faite chez les coronariens ou les sujets âgés que des folatémies normales basses s'accompagnent d'une élévation de l'homocystéinémie. Le rôle de la vitamine B12 et de la B6 est vraisemblablement moins important.

Le terrain génétique

Le rôle des erreurs innées du métabolisme de l'homocystéine dans la genèse de l'hyperhomocystéinémie des transplantés paraît restreint. Par exemple Bostom et al. n'ont pas trouvé de lien entre l'hyperhomocystéinémie et les mutations de la MTHFR ou de la cystathionine beta synthase communément impliquées dans l'élévation des taux plasmatiques d'homocystéine [4].

La ciclosporine

Certains auteurs ont émis l'hypothèse d'un rôle hyperhomocystéinémiant propre de la ciclosporine, indépendant de son effet délétère sur la fonction rénale [5]. Dans certaines études, mais pas dans toutes, l'homocystéinémie est corrélée à la ciclosporinémie, mais la fonction rénale est un facteur de confusion [8]. En fait après appariement pour la créatininémie, l'homocystéinémie est identique chez des transplantés rénaux recevant de la ciclosporine et chez ceux recevant azathioprine + corticoïdes [11, 15, 16]. On ne peut cependant écarter un effet de l'azathioprine sur l'homocystéinémie. L'effet du tacrolimus sur l'homocystéinémie est mal connu, mais semble voisin de celui de la ciclosporine [16].

Conséquences potentielles de l'hyperhomocystéinémie chez le transplanté

La découverte d'une forte prévalence de l'hyperhomocystéinémie à des concentrations relativement élevées chez le transplanté cardiaque offre une piste nouvelle et prometteuse dans la compréhension des anomalies vasculaires de ces patients. La coronaropathie du greffon est fréquente. À 5 ans, plus du tiers des cœurs transplantés présentent des anomalies à la coronarographie : parfois de simples sténoses focales, souvent des sténoses longues, tubulaires et distales, parfois également des anévrismes coronaires (figure 2) [18]. La genèse de ces lésions n'est pas ou est mal expliquée par les facteurs de risque traditionnels (tabagisme, dyslipidémie, HTA) pourtant fréquents chez ces patients. Le facteur immunitaire (rejet chronique) joue vraisemblablement le rôle principal quoiqu'on n'ait pas bien corrélé la survenue de ces lésions avec la discordance immunitaire entre donneur et receveur. La découverte récente d'une plus forte prévalence de l'hyperhomocystéinémie chez les patients qui ont développé une maladie coronaire du greffon que chez des patients d'ancienneté de transplantation comparable, laisse penser que l'hyperhomocystéinémie peut jouer un rôle toxique pour les cellules endothéliales coronaires fragilisées par l'atteinte immunitaire [19]. Le rôle de l'hyperhomocystéinémie dans la genèse des autres lésions vasculaires de ces patients n'a pas encore été bien étudié. Là encore l'hyperhomocystéinémie pourrait expliquer au moins en partie la forte prévalence des lésions vasculaires chez ces patients. Ainsi Erdoes et al. trouvent dans une population de transplantés cardiaques 10 % de patients porteurs de lésions significatives aortiques, carotidiennes ou fémoropolitées [20]. Cependant, ces patients, transplantés dans environ la moitié des cas pour une coronaropathie, cumulent d'autres facteurs de risque.

L'hyperhomocystéinémie pourrait également expliquer en partie les complications vasculaires des transplantés rénaux. S'il est vrai qu'après transplantation l'incidence de ces complications diminue chez les patients dialysés, celle-ci demeure élevée par rapport à la population générale et n'est pas bien expliquée par les facteurs de risques traditionnels [11]. Deux études prospectives ont testé cette hypothèse. Dimény et al. sur une population de taille relativement petite pour ce type d'étude n'ont pas trouvé de valeur pronostique de l'homocystéinémie pour la survie du greffon ou le décès [3]. Massy et al. ont en revanche, dans une étude préliminaire, trouvé une valeur pronostique de l'homocystéinémie pour la survenue d'événements vasculaires [21].

Faut-il traiter l'hyperhomocystéinémie du transplanté ?

La question de l'opportunité de traiter les hyperhomocystéinémies modérées à moyennes est loin d'être tranchée.

Les arguments en faveur du traitement par vitamines des hyperhomocystéinémies sont nombreux. En particulier, le traitement par folates diminue d'environ 20 à 50 % les concentrations plasmatiques d'homocystéine [1]. En cas d'insuffisance rénale sévère, le traitement bien que ne permettant pas de normaliser l'homocystéinémie demeure efficace [22]. Il est également efficace chez le transplanté rénal [2]. De plus l'administration de folates est dépourvue d'effets secondaires (sous réserve d'avoir éliminée les carences en B12 généralement soupçonnées sur l'hémogramme). En effet, l'administration de folates en cas de carence non compensée en B12 pourrait majorer les signes neurologiques liées à cette carence.

En revanche, il manque toujours la preuve d'un effet des folates sur la prévention des événements vasculaires, aussi bien chez le transplanté que chez le non-transplanté. En cas d'hyperhomocystéinémie sévère par mutation de la cystathionine-beta synthase, c'est la vitamine B6 qui est habituellement efficace pour améliorer le pronostic [1]. Celle-ci ne modifie que peu ou pas du tout les hyperhomocystéinémies modérées. Elle ne corrige que les hyperhomocystéinémies après charge en méthionine dont nous avons vu précédemment le caractère non physiologique. Une dizaine d'essais sont en cours chez l'homme pour évaluer l'effet protecteur des folates associés ou non à la B6. Chez le porc hyperhomocystéinémique, nous n'avons pas trouvé d'effet protecteur des folates sur les lésions ou les événements vasculaires [23]. Malgré ces résultats préliminaires négatifs, il paraît particulièrement utile de monter un essai de prévention par folates chez les transplantés. Étant donné la forte incidence des lésions vasculaires dans le greffon et hors du greffon chez ces patients, l'effet protecteur, s'il existe, pourrait être montré avec des populations de taille modérée.

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